Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (3ème Partie et fin), Par Mr Bocar Oumar BA

« Nos vies commencent à finir le jour où nous devenons silencieux à propos des choses qui comptent ». Martin Luther King.

« Ceux qui aiment la paix doivent commencer à s’organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre ». Martin Luther King

Ainsi donc disais-je à la fin de la deuxième partie de ma réflexion, que l’endogamie est ce qui renforce le mieux, tout en le pérennisant, le système des castes, ainsi que l’esprit féodal qui sous-tend son détournement social et politique.

En réalité, la question du mariage est centrale chez les Haalpulaar’en. Elle est la clé de voûte qui permet de maintenir intactes les deux institutions les plus conservatrices de notre société : le système des castes et le patriarcat. Car si le mariage préférentiel est un moyen efficace de contrôle du sang et du rang (donc de la reproduction de la logique des castes), il est avant tout un moyen efficace de contrôle de la femme et de sa mobilité dans la société (donc du maintien du patriarcat dans toute sa rigueur). Et le Haalpulaar’en, quelle que soit son extraction sociale, est éduqué dans le sens de ce conservatisme séculaire. Les personnes issues de castes dites inférieures elles-mêmes, qu’elles furent hommes ou femmes, et quel que soit par ailleurs leur degré d’engagement contre l’esprit féodal, auront tendance à vouloir maintenir une forme de prépotence sur la femme, sans forcément faire le lien que je tente d’établir plus haut avec le patriarcat et avec le système des castes…Les conséquences logiques à tirer d’un tel combat sont si douloureuses en termes de renonciation à des parcelles de pouvoir pour l’homme haalpulaar, qu’elles impliquent une grande rigueur avec soi-même d’abord.

Il n’aura donc pas échappé au lecteur que les injustices que je tente de dénoncer dans notre société Haalpulaar sont systémiques. Elles se maintiennent toutes en raison d’une vision globale de l’humain et de sa place parmi ses semblables. C’est donc une réforme en profondeur de la société qu’il faudrait, à l’image de celle que nous avons hélas ratée en 1776 avec Ceerno Sileymaani BAAL et Abdul Kader KAN. Que les descendants d’Almamys n’y voient aucune insulte, il ne s’agit là que d’une critique historique des politiques conduites. L’homme qui écrit ces lignes est lui-même un descendant direct de l’Almamy Moustapha BA de Hoore Foonde, et n’accepterait aucune insulte à sa mémoire, mais pour rien au monde ne tiendrait pour sacrée l’action à laquelle son nom est associé. La critique de notre société, même de ses géniales trouvailles, n’est pas une déconsidération des anciens, mais leur nécessairement dépassement.

Une fois que l’on a dit tout cela, que nous reste-t-il comme perspectives de solution? Quelles mesures pour le court-terme, et quelles mesures pour le long-terme ? Que répondre à ceux qui pensent qu’introduire ce débat est contre-productif, et aurait pour seul effet d’introduire des divisions dans la société Haalpulaar légitimement préoccupée par l’oppression qu’elle vit au plan national ?
Il est évident que la mentalité populaire que j’ai tenté de décrire tout au long de mon propos ne se combat pas seulement à coup de décrets et de lois. La détricoter suppose un travail de longue haleine. Mais la pire des postures serait que sous ce prétexte, nous ne le commencions pas dès aujourd’hui. L’attentisme qui caractérise certaines réactions consistant à sous-traiter au temps ce qui relève de la responsabilité des hommes contemporains, est une reculade devant l’Histoire. Il n’est pire arrogance que l’appel à la patience des dominants.

S’il appartient à chacun de prendre ses responsabilités face à l’Histoire, la responsabilité des cadres et intellectuels Haalpular’en issus de la féodalité me parait encore davantage engagée que celle des autres. Car la lutte des dominés elle, va de soi. Mais l’engagement des personnes issues de la féodalité, dans l’optique de réformer un système qui les privilégie, est le signe d’une société qui va plutôt bien. Commençons donc par là. Que chacun rejoigne ce combat nécessaire, au sens de la nécessité morale et historique, pour se reformer et reformer par là même notre société. Cela suppose d’abord d’accepter que ce débat est utile, et d’y apporter sa contribution. Rien n’oblige évidemment d’être d’accord sur tout, la seule éthique à tenir étant de ne pas s’opposer au principe sacro-saint de l’égalité des humains.

Parmi les mesures à court-terme pouvant être prises par l’Etat, garant par ailleurs de l’égalité des citoyens devant la loi, il y a celle qui consisterait à démocratiser la question du mariage. La puissance publique devra permettre que des règles dissuasives découragent ceux qui seraient tentés d’empêcher deux personnes qui s’aiment, de se marier hors considération de castes. Il faut que ceux qui en seraient empêchés à ce titre, puissent trouver un moyen de recours judiciaire. Mais cela suppose naturellement que les lois concernant la condition générale des femmes évoluent au même rythme ; car les deux questions sont intrinsèquement liées. Rien de ce point de vue n’est imaginable dans une société où la femme n’est pas reconnue souveraine dans ses choix. Vous aurez donc compris la révolution sociale et le courage politique que cela suppose…

Le même effort de démocratisation devra être fait sur la question foncière. Une réforme générale du foncier consistant dans l’esprit, à remettre les exploitants agricoles au centre de la propriété est nécessaire. Mais pour cela, il y a d’abord à renoncer à la politique d’expropriation actuelle qui consiste à déposséder les communautés villageoises au bénéfice des agro-business men du système. Et dans le même temps, au sein des communautés villageoises elles-mêmes, d’entreprendre une opération de réparation des injustices nées du Feccere Fuuta que nous avons évoquées dans les précédentes parties.

Il y a également à envisager des actions pour le long terme ; tant de la part de l’Etat et de la société civile, que de la part des simples citoyens que nous sommes. Du côté de l’Etat, l’éducation nationale, dans une démarche globale de faire émerger le citoyen de demain, devra faire l’objet d’une réforme de fond. Pour qu’elle aboutisse à ce que nous souhaitons, cette réforme devra être largement concertée. L’émergence de la citoyenneté moderne ne peut se passer de la question de l’égalité dans toutes ses déclinaisons : égalité des « races », des « castes », des genres, etc. Les mécanismes de production des injustices et des humiliations au sein de nos sociétés doivent être enseignés à nos enfants afin qu’ils s’en affranchissent. Seule une volonté politique réelle, affranchie de toute forme d’influence de nature conservatrice, notamment cléricale, peut conduire à de telles réformes.

Du côté de la société civile et des citoyens, il s’agit de nourrir courageusement un tel débat dans les différents médias de la société. Cela passe par tous les acteurs de notre quotidien (journalistes, artistes, intellectuels, religieux, etc.), et notamment par une jeunesse subversive, qui ose rêver et bousculer la société pour tenter de réaliser ses rêves. Une jeunesse qui ne rêve pas de justice sociale et de révolution est une jeunesse éteinte.

Et c’est peut-être finalement cela, et au-delà de tout, l’enjeu principal de notre débat de société : avons-nous encore une jeunesse suffisamment passionnée d’avenir pour ne pas se résoudre à singer machinalement ses ancêtres qu’elle a le droit d’aimer malgré tout ? Car comme j’ai pu le dire dès l’entame de mon propos, il est question dans ce débat de l’avenir de nos jeunes. Comment interpréter dès lors leur désintérêt manifeste pour cette question qui les concerne au premier plan ? Quel est notre rôle auprès d’eux afin qu’éclose une conscience de lutte ? Sans doute un autre débat…

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Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (2ème Partie)



« La tradition, c’est le progrès dans le passé; dans l’avenir, ce sera la tradition ». Edouard HERRIOT

« La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu’elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition, comme la tradition a surgi du progrès ». Jean D’ORMESSON

La stratification actuelle du groupe peul de Mauritanie, plus communément appelé Haalpulaar, est le résultat de la dernière glaciation des rapports de forces sociaux issus des derniers régimes politiques du Fuuta précolonial, notamment Deeniyankoo6e et Tooro66e.

• Quels termes précis pour définir ce système social ?

Système féodal ? Classes sociales ? Système des castes? A dire vrai, il serait difficile de le classer en toute rigueur dans l’une ou l’autre des dénominations. Le système que je tente ici d’analyser pourrait se retrouver à l’intersection de tous. Je fais, quant à moi, le choix de retenir l’appellation « système des castes » avec, en arrière-plan, le référentiel indien dont il n’épouse pas cependant toute la rigueur. Il en reproduit néanmoins la logique d’essentialisation, et partant, de stigmatisation.

Je ne referai pas ici la nomenclature des différentes castes en pays Pulaar dont on peut retrouver aisément une foultitude de travaux d’autorité (Oumar BA, Amadou Hampathé BA, Yaya WANE, Oumar KANE, etc.) Ce qui m’importe en définitive, c’est comment un système de division du travail, à la base fonctionnel, sans doute horizontal au départ, s’est mué en un rapport de verticalité interdépendante. Et comment, encore au 21ème siècle, alors même que nous vivons dans un état « moderne », et que les rapports sociaux sont de plus en plus des rapports économiques, perdurent encore des souffrances que nous avons parfois du mal à entendre dans notre société ? Quelle est la nature de ces souffrances ? Comment la société dans son ensemble s’arrange encore aujourd’hui avec l’humiliation de l’autre (et quelque fois de soi-même…), au prétexte de la sacro-sainte tradition ? Comment reposer les termes d’un débat de société avec le seul souci du nécessaire dépassement d’un anachronisme handicapant ?
Il me semble que le système que nous connaissions, où le fils du Baylo (forgeron) était destiné à reprendre la forge de papa, est en voie de disparition dans sa logique de reproduction sociale. Nombre de mes amis Subal6e (pêcheurs) ayant grandi à Nouakchott nagent moins bien que moi, et trembleraient à la seule idée de monter dans une pirogue. L’un comme l’autre, tout comme le fils du Toorodo (caste en charge du spirituel) qui ne maitrise pas le premier verset du coran, contiendraient difficilement les soubresauts de leurs torses à l’évocation du Mbaylaagu, du Cubalaagu ou du Toorodaagu…

Soyons clairs ! Il ne me vient pas un seul instant à l’esprit de dénier aux uns et aux autres le droit d’être fiers de ce qu’ils « sont ». J’essaie juste de comprendre de quelle façon notre société arrive encore à leur faire intégrer l’idée qu’ils seraient dépositaires du Mbaylaagu, du Cuballagu et du Toorodaagu, en dépit de leur incompétence manifeste en la matière…

C’est bien l’essentialisation des castes qui forge l’hérédité ontologique que nous lui reconnaissons. Et on est là en plein cœur du problème. C’est à la seconde même où nous avons commencé à penser que l’on pouvait être imam, cordonnier ou tisserand, non par compétence mais par essence, que nous avons définitivement dévoyé le caractère fonctionnel de nos castes. Celles-ci se seraient sans doute plus facilement adaptées au monde moderne, n’eut été ce détournement de sens. Cette essentialisation de l’appartenance à la caste met en œuvre tout un système de représentations qui est hélas à l’origine des souffrances évoquées plus haut, et fonde par la même occasion des discriminations réelles. Ces discriminations sont à la fois d’ordre symbolique, politique et économique. La direction des prières et la chefferie du village qu’on dénie souvent aux anciens esclaves est sans doute la manifestation la plus paradigmatique de cette discrimination. L’autre source de discrimination étant l’inégal accès au foncier. C’est que la révolution Toorodo de 1776 a réussi à certains endroits du Fuuta, le tour de force de concentrer ces trois pôles entre les mains d’un seul groupe : le savoir, le pouvoir et l’avoir. Là aussi au nom du détournement de la révolution théocratique pensée par Sileymaani BAAL ; détournement qui permit l’émergence d’une nouvelle aristocratie. Le feccere Fuuta (partage foncier du Fuuta) en 1790 permit à la nouvelle caste Tooroodo à bien des endroits, d’accéder aux privilèges fonciers que lui octroie sa prise de pouvoir. Il y a lieu de noter cependant que les aristocraties plus anciennes, mis à part quelques familles deeniyanke victimes de leur fidélité réelle ou supposée à l’ancien régime, conservèrent de larges domaines fonciers. C’est notamment le cas des castes se66e et subal6e. En somme, les castes dites d’autorité (Tooro6e, ful6e se66e et cubal6e) ; c’est-dire celles qui dirigent nos villages, sont les principales bénéficiaires de notre tenure foncière traditionnelle actuelle. Les autres castes dites de métiers, ainsi que les esclaves statutaires, sont les grands oubliés du feccere fuuta ; alors même que les esclaves par exemple, sont ceux qui travaillent principalement la terre sans en être les propriétaires. Ils sont souvent réduits, dans le meilleur scénario, à faire du « rem peccen » (cultive, nous partageons ! »). Il s’agit d’un procédé par lequel le propriétaire terrien reçoit une partie de la récolte d’une terre que sa famille n’exploite plus depuis des générations quelque fois. L’exploitant étant souvent l’esclave statuaire qui, de fait, ne bénéficie pas de tous les fruits de son labeur… Et c’est ce système aujourd’hui qui est décrié assez souvent dans la vallée du fleuve Sénégal par les victimes de ce système inique, sous la thématique de l’esclavage foncier. Il fait partie de ce qui fonde la récurrence des conflits autour de la question de l’esclavage en milieu négro-africain de Mauritanie.

L’autre point important de la dénonciation à laquelle s’adonnent les militants égalitaristes en milieu Haalpulaar, se situe au niveau des clichés humiliants dont les personnes dites de castes inférieures peuvent souffrir au sein de notre société. Bien sûr, et il faut oser le dire, ces clichés sont entretenus y compris par des personnes dites « castées ». Nos rituels de familles (mariage, « baptêmes », etc.) sont souvent l’occasion de recréer ses rapports dominants/dominés. Et c’est à travers ces dons symboliques que les personnes dites nobles accordent, qu’elles reçoivent de la part des autres la reconnaissance de leur statut de dominants. Il a pu être dit que c’est un rapport de dépendance financier dont profitent également les personnes « castées ». A vrai dire, rien n’est moins sûr… Comment penser de nos jours, que des personnes vivent encore de ce qu’elles perçoivent à ses occasions ? Si les profits matériels sont réels, je crois néanmoins davantage à un attachement affectif à une coutume, dont on sait qu’elle permet de conserver sa place dans la société, qu’à une dépendance financière réelle. Il y aurait de mon point de vue, plus une peur d’un changement qui perturberait l’ordre établi, peur qui existe dans toutes les sociétés conservatrices, qu’un réel besoin de survie économique. Conserver la tradition semble être pour les Haalpulaar une forme de repli identitaire face à un monde moderne violent et insécurisant, où la moindre concession pourrait soulever le fantasme d’une cosmogonie qui s’écroule.

D’où la vitalité de l’endogamie qui permet de conserver deux choses importantes aux yeux du haalpulaar : le sang et le rang. De tout temps la logique matrimoniale a été fondée sur le mariage préférentiel qui ne trouve sa limite que dans l’inceste. Le mariage entre cousins étant celui qui est privilégié, il a alors forcément pour conséquence de rigidifier la cloison caste. Si on se marie préférentiellement dans sa lignée, on se marie forcément préférentiellement dans sa caste aussi. Ici la notion de pureté du sang qui irrigue la logique des castes est sacralisée ; car il s’agit d’assurer la descendance. Les mariages entre castes (ou tout au moins entre castes non équivalentes) sont donc proscrits en raison du risque de confusion qu’ils induisent. L’adage pulaar « Yoo gundo res gundo, elo resa elo » (que le lézard se marie avec le lézard, et le varan avec le varan), est une illustration de cette volonté de cloisonner. En vérité, à y réfléchir, cet adage est bien plus terrifiant qu’on y croit. En effet, il est du même ordre que la logique qui a fait appeler les métis « mulâtres ». Le mot mulâtre a la même racine que le mot mulet : animal issu du croisement entre le cheval et l’âne et qui a la particularité d’arrêter à elle la descendance par son incapacité à se reproduire. Cette terminologie animalière appliquée à l’humain en dit long sur le mépris qu’elle ne s’embarrasse même pas de cacher.

L’adage pulaar ne dit pas forcément la crainte d’une non-reproduction physique, mais symboliquement, l’enfant issu d’un mariage exogamique inter-castes souffrirait d’un déficit de reconnaissance sociale. Son géniteur fait courir le risque que la pureté de la lignée, et par conséquent la lignée elle-même, s’arrête à lui. Du moins dans sa pureté… La crainte d’une discontinuité étant toujours ce qui semble opérer ici.
(Suite)

Lien utile Partie 1 : https://soninkideesjose.wordpress.com/2020/12/24/conservatisme-feodalite-systeme-des-castes-pour-un-regard-lucide-partie-1-par-ba-bocar-oumar/

©️ Crédit source: post Facebook de – https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224416097648387&id=1184398165

LE SENS DE NOTRE ENGAGEMENT! Par Kaaw Touré

Je ne suis ni un « influenceur » (à la mode), ni un activiste et encore moins un blogueur même si j’écris au quotidien sur la toile depuis novembre 1999 et bien avant depuis le début des années 90 en tant que rédacteur en chef de l’organe d’information de notre mouvement de libération en exil (Le Flambeau des Flam). Je suis juste un simple citoyen qui milite pour le respect des droits les plus élémentaires de mon peuple opprimé, exclu, clochardisé, génocidé et déporté. Je me considère comme un simple combattant de la liberté et non un politicien au sens galvaudé du terme sous nos cieux. Pour moi la politique c’est surtout et avant tout une question d’éthique et de principes. Notre combat n’est pas dirigé contre une communauté et encore moins contre un régime particulier mais contre un Système raciste, esclavagiste et injuste. Notre combat est pour une autre Mauritanie où le fait d’être arabe, Noir, Haratine, Znégua ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. Notre combat est pour une Mauritanie réconciliée avec sa diversité, sa réalité sociologique et géographique, une Mauritanie contrée de la liberté et de la démocratie.
Que Dieu nous donne la force et le courage , guide nos pas et nos actes pour continuer dignement ce noble combat engagé depuis notre prime adolescence, à 15 ans et qui nous a valu la prison à 18 ans et plus de 26 ans d’exil forcé.
Demain il fera jour et la lutte continue!

Bon dimanche les amis.

Et la lutte continue!

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

« Il faut dépasser les niaiseries socioculturelles pour l’avènement d’une culture citoyenne » Par Souleymane Sidibé

La tradition, par essence, évolue et se lègue de générations en générations. Elle est la transmission d’un contenu culturel à travers le temps. Si j’ose dire, elle est ce que l’on peut appeler un « héritage immatériel » qui marque l’identité de toute communauté.
Chaque génération doit alors choisir quelle tradition( « pratique transmise ») laisser aux générations futures.

Ma génération est celle qui s’en passe pour bons nombres de personnes, des traditions ancestrales qu’elle assimile à l’illogique et la déraison. Cette génération dont je fais partie voit le poids du capitalisme dans les relations entre l’humain et son milieu. Il faut alors considérer que la tradition qui est un marqueur culturel a évolué et tend vers une nouvelle quête: satisfactions des besoins primaires puis secondaires (par l’éducation) aux tertiaires (voyager et découvrir le monde).

Nonobstant cela, il y’a encore des actions concrètes à mener pour l’éradication de plusieurs fléaux. La bêtise n’a pas de limite! Souvent, elle (la bêtise) s’érige en mode de pensées. C’est pourquoi sur le terrain idéologique, nous avons des débats encore d’esclavages et de féodalité. Les intellectuels africains ont cherché à plaire à l’Occident sans vouloir véritablement changer la conscience collective africaine. Les noirs en Mauritanie, victimes pour la plupart d’un système qui favorisent une partie, vivent des inégalités et considérations d’antan. Certains sont déconnectés mais encore étiquetés.

Il ne faut pas des tensions avec nos populations encore pour la vielle génération prisonnière des tares. Cette vielle génération avec toute sa « grande sagesse » n’a pas occulté de son mode de fonctionnement:

  • les privilèges liées à la naissance comme l’affirme Abdoulaye Doro Sow
  • la noblesse comme l’affirme Kissima Diagana
  • le monopole des fonctions essentielles à une seule entité
  • la relégation de l’humain
  • le mythe de la pureté de sang
  • le refus de « mélange de sang ».

Il faut alors dépasser l’intellectualisme pour des actes dans la sphère publique jusqu’au sein des familles dans nos sociétés. Parler à hue et à dia ne sert à rien sans ce préalable qui est de dépasser son milieu pour aller vers les rapports de force pour le changement citoyen.
Quand les africain.e.s partent en Occident et se marient avec des femmes ou des hommes sans se poser les mêmes questions du terroir, c’est que la tradition a évolué. La femme comme l’homme est alors libre de ses choix et de ses engagements.
Il faut dépasser les niaiseries socioculturelles pour l’avènement d’une culture citoyenne en posant encore et encore des actes et pas seulement des discours. L’hypocrisie africaine est incroyable! Les dits intellectuels sont encore plus surprenants.

Entre la parole et l’acte (pour poser les bases d’un changement) , il y’a du chemin à faire. Certains se glorifient encore de chants de griots et autres pour qui, s’il y avait des élections, ils ne voteront pas. Pour eux, cette forme de musicalité dithyrambique se résume à leur égo. Il ne faut pas à longueur de journée parler de système beidane alors que sous nos cieux, le noir est l’ennemi de son semblable.

Quand on sera juste envers nous mêmes, nous pourrons pointer du doigt l’extérieur. Toutes les composantes mauritaniennes doivent pour les politiques et les membres de la société civile tendre vers un nouveau type d’individu, de mauritanien.nne et de CITOYENNETÉ.

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (Partie 1) Par BA Bocar Oumar.


« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ».

« Une civilisation qui choisit de fermer les yeux sur ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation éteinte ».

Aimé CESAIRE, « Discours sur le colonialisme ».

Le récurent débat sur la notion de « féodalité » dans notre société mauritanienne impose aux gens honnêtes d’en faire le leur. Il ne s’agit pas ici de questionner son actualité, ni sa pertinence, mais les moyens de son intelligence et de sa compréhension. L’enjeu pour moi ici, est de tenter modestement de replacer la question au centre d’un débat serein et dépassionné, loin de l’invective facile et du sauve-qui-peut archaïque et réactionnaire qui caractérisent bien souvent certaines postures sur la défensive. L’ensemble rendant les échanges sur les réseaux sociaux parfois inaudibles en raison du dialogue parallèle ainsi instauré. Il me semble que l’avenir de nos enfants, car c’est de lui qu’il est question au final, mérite mieux. Essayons donc de comprendre dans quoi nous sommes pris dans ce débat.

Je n’ai évidemment pas la prétention de commettre une réflexion anthropologique exhaustive sur la féodalité en société mauritanienne. Un regard qui se veut lucide sur cette question dans le groupe sociolinguistique Peul auquel j’appartiens suffirait déjà à sa peine…Il n’empêche cependant qu’un propos préliminaire sur la nature conservatrice du pays qui est le nôtre, et par conséquent sur le détournement de l’Etat moderne qu’elle occasionne, autoriserait des ouvertures de fenêtres sur ce qui se passe chez les voisins.
Il se trouve effectivement, que notre pays se caractérise par le fait que très tôt, les pôles de décision traditionnels (chefferies, tribus, castes dites nobles, etc.), ont investi les structures de l’état, figeant ainsi dans une forme de conservatisme cette institution qui était peut-être la seule à avoir vocation à impulser efficacement les politiques nécessaires à la transformation sociale et à la lutte contre les archaïsmes de nos sociétés rurales. Et c’est à ce niveau que la féodalité, au sens où on pouvait l’entendre dans le moyen-âge européen (pouvoir territorialisé de seigneurs contrôlant des fiefs), peut s’entendre en République Islamique de Mauritanie. Non pas que nous aurions en Mauritanie des seigneurs et des fiefs, mais bien davantage dans la tension permanente entre état moderne et pouvoirs traditionnels. La persistance d’une forme d’aristocratie au sein même de la gouvernance étatique a forcément pour conséquence d’affaiblir celle-ci et de retarder l’émergence d’une citoyenneté unique pourtant seul gage de l’égalité. Car l’émergence du citoyen fait renaître la loi face à la coutume. Et la loi est en principe seule garante de l’égalité citoyenne qui n’établit en définitive de verticalité que vis-à-vis de l’Etat. Mais tout cela fut hélas jusque-là un enjeu insuffisamment porté.

Ni les discours aux relents « progressistes » de nos dirigeants, encore moins les incantations de certains de nos théoriciens du grand soir, n’ont suffi à bousculer sérieusement les déterminismes sociaux, les réflexes de stigmatisation et les crispations culturelles et mentales qui nous habitent tous. Et cela, parce qu’entre le discours de tribune bien souvent produit par mimétisme et fidélité à des idéologies (voire à des « idoles ») occidentales, et l’attitude à tenir en toutes circonstances en société, il y a un gouffre que l’on se pardonne assez facilement en Mauritanie par schizophrénie.

Et ce conservatisme banalisé par tous, quand il n’est pas sciemment entretenu par tous, n’aide naturellement pas à l’émergence d’un vrai débat autocritique sur nos sociétés et leurs archaïsmes. Il n’y a guère que les coups de boutoir des victimes de ces archaïsmes pour obliger nombre d’entre nous à ouvrir les yeux aujourd’hui. La société Peul de Mauritanie n’échappera pas à un nécessaire examen de conscience ; car son histoire cache bien des cadavres dans le placard. Sa stratification actuelle qui est le produit de cette histoire, se retrouve dans la centralité même du débat.

©️ Crédit source: Repris via post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224385750289722&id=1184398165

À quand la fin du cumul des mandats ou la démocratie véritable en Afrique ? Par Ismaël Traoré

Initiatives News – Les départs contraints ou « volontaires » de nombreux chefs d’États africains tels, entre autres, Robert Mugabe, Blaise Compaoré, Yahya Jammeh, Josoph Kabila, le renoncement au troisième mandat du général Mohamed Ould Abdel Aziz, la démission du président algérien Abdelaziz Bouteflika et la chute du dirigeant soudanais Omar El-Béchir me font espérer que tôt ou tard le cumul des mandats cessera et que la vraie démocratie arrivera en Afrique, même s’il reste encore un long chemin à parcourir.

Accordons-nous le temps et patientons tout simplement ! Car comme le dit ce proverbe africain : « C’est en supportant les piqûres des abeilles qu’on récolte le miel ». Le recours à la violence, notamment par l’utilisation forcenée des armes n’est plus une solution.

Tout doit se jouer dans les urnes tant pour les scrutins présidentiels, municipaux que législatifs, et ce quelles que soient les erreurs ou les fraudes : absence de représentants de bureaux des camps adverses, suppression de certains noms et numéros sur les listes de votants, ou encore suspension du vote pour les électeurs en faveur des candidats d’opposition.

Les considérations ethniques, claniques et statutaires quant à elles, doivent être non seulement révolues, mais aussi bannies, surtout au XXIe siècle. De même, il est temps de tourner le dos au « hold-up électoral ».

Le vainqueur doit être indubitablement celui qui a remporté plus des voix. Peu importe son origine ! Je suis écœuré par l’accaparement du pouvoir par certains dirigeants d’Afrique francophone, anglophone et arabophone.

Ces soi-disant démocrates, rédempteurs, gentilshommes et vénérables maîtres, en majorité militaires, se targuent davantage de leurs pouvoirs autocratiques, s’autorisant à briguer plusieurs mandats électifs bien que la Constitution de leurs pays ne le leur permette pas.

Après les pays tels que le Zimbabwe, le Burkina Faso, le Gabon, le Tchad, le Cameroun, une nouvelle retouche constitutionnelle est entrain d’être amorcée sur le territoire africain.

Les idées le plus couramment avancées pour justifier cette mesure sont immuables : le besoin de stabilité, la nécessité de poursuivre une œuvre inachevée, la réalisation d’un projet délaissé, la protection d’intérêt public et la réponse à une sollicitation populaire.

C’est le cas en Guinée, en Côte d’Ivoire… Car pendant que l’opposition proteste, les chefs suprêmes de ces pays continuent à briser les verrous constitutionnels.

Ismail Traoré

Étudiant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges / France

ismael172017@yahoo.com

Réflexion | Notre « noir » n’est pas causé par que du Blanc !

Certains militants afro-panafricanistes sont tellement obsédés par le fait « Homme Blanc », qu’ils perdent toute lucidité militante et intellectuelle jusqu’à vouloir dédouaner nos dirigeants Noirs tortionnaires et également nos propres tares abjectes. Genre, on était au paradis dans Mama Africa avant l’arrivée du Blanc (oriental ou occidental), et l’esclavage intra-africain serait importé… ou il n’existe pas du tout. Sauf qu’en parlant d’Afrique, je me demandais pourquoi parmi les Noirs, les tenants des traites (orientales et occidentales) trouvèrent facilement un marché d’hommes Noirs en masse sur plusieurs siècles alors que d’autres populations non Noires furent épargnées…!

Dans l’Histoire, d’autres peuples non Noirs ont subi l’esclavage, mais si le Noir a été essentialisé comme le « marqueur universel et originel » de l’esclave, revient à nous réapprendre profondément en matière civilisationnelle.

Pire, on devrait se poser certaines questions, pourquoi ça se passait à sens unique ce trafic d’êtres humains ?

Pourquoi ne trouve t- on pas aujourd’hui des populations blanches d’ascendance esclave dans des zones majoritairement Noires ?

Les diasporas afros d’outremer et en milieux orientaux d’aujourd’hui ne suffisent pas comme matière à questionnements perpétuels pour nous…?

Le célèbre kankan Musa dans son voyage en Orient, il avait beaucoup d’or dit – on mais également beaucoup d’esclaves sous son joug apparemment qui ne seraient autre chose que du Noir en masse. A t – il pu ramener tous ces esclaves à leurs terres originelles…?

Les souverains orientaux lui avaient-ils donné comme présents d’esclaves blancs issus de leurs sociétés orientales…?

En Occident d’aujourd’hui, quand un mauritanien Noir rencontre un africain black acquis idéologiquement à certaines thèses afrocentrées et anti-blancs, et lui parle d’esclavage, il sautille en indexant des méchants arabes qui seraient venus d’Orient pour nous réduire en esclavage. En répliquant que Non, ce sont des Noirs qui considèrent d’autres Noirs d’esclaves dans leurs propres communautés dites autochtones, et là il va se sentir perturbé amèrement…. et il peut même te suspecter d’être un vendu à la cause du monde Blanc…!

Et c’est Vrai pourtant !

La lutte anti-esclavagiste engagée dans les communautés soninkés en Afrique de l’ouest, symbolise les tristes et acerbes réalités de cet esclavage par ascendance . Voir et lire ces liens médiatiques :

https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26219&LangID=F

https://observers.france24.com/fr/20191118-resister-esclavage-ascendance-kayes-caste-malinke-soninke-peuls

KS pour le BLOG

Réflexion : La lecture, source de liberté, Par Salihina Moussa KONATE

Bien que toute liberté demeure relative. Elle existe quand même. La liberté n’est que le pouvoir d’esquisser sa voie sereinement sans se soucier du regard des autres ; qu’on soit la cible de l’attention ou non, quelles que soient les circonstances. Elle consiste à faire des choix aussi loin que ces derniers ne nuisent pas au mieux-être d’autrui, puisqu’on ne sera jamais libre en privant l’autre de sa liberté. Quoi qu’on fasse, l’absolu reste toujours inaccessible à l’homme même quand il perd sa raison. Quand il devient fou, il obéit aussi à des lois dites instinctives sans savoir ce qu’il fait vraiment. Il peut jouir d’une sorte de liberté, mais qui ne sort jamais du cadre de la relativité restreinte, en l’occurrence, il peut jouir instinctivement d’une liberté d’expression, dire tout ce qui se passe par sa tête sans savoir exactement ce qu’il dit. Cependant, il y a une liberté que tout individu doit goûter, c’est celle de vivre pleinement sa vie en toute quiétude sans se préoccuper des jugements que les autres portent sur lui.

«Le secret de la liberté, c’est la librairie,» affirme un auteur de fiction de nos jours, Bernard Weber dans son livre intitulé « les Thanatonautes. »
La liberté, c’est aussi la lecture des livres comme disait le Toto de Juliette Drouet «tout homme ouvrant un livre y trouve des ailes, et peut planer là-haut où l’âme en liberté se meut » . «La liberté commence où finit l’ignorance», disait-il. Puisque l’ignorant se fait plus de torts qu’on ne lui en fait subir. Alors qui veut voler sans ailes doit ouvrir des livres et s’exposer à la nature pour y lire la sagesse qu’elle nous procure. Lire des livres délivre et aide à gérer sa liberté sans nuire à celle d’autrui. Qui lit, conserve sa liberté, lime son cerveau comme on lime un couteau et s’arme contre toutes formes de violences. Qui lit s’immunise contre les torts de ses congénères. Point de liberté en dehors de livres. Ces manuels qui sauvent l’homme même dans les moments ingrats de la vie et qui donnent vie à toute âme meurtrie et à tout cœur perclus.

Nous vivons dans un monde de silhouette, un monde où l’honnêteté, la justice, somme toute la bonne foi boite en cassure par conséquent faire nos humanités est notre unique voie de salut, aussi le moyen le plus efficace pour conquérir notre liberté et de nous éclairer.

«Diminuer le nombre des ténébreux, augmenter le nombre des lumineux, voilà le but. C’est pourquoi nous crions : enseignement ! Science ! Apprendre à lire, c’est allumer du feu ; toute syllabe épelée étincelle», arguait Toto de Juliette.

Il n’y a pas de connaissance sans la lecture et sans connaissance il n’y a pas de liberté.
L’ignorance fait de l’homme un serf, le maintient en servilité et lui fait accroire qu’il jouit pleinement de sa liberté.
Nous devons recourir aux lettres à tout moment car elles sont indispensables.

« Il n’y a jamais trop de livres ! Il en faut, et encore, et toujours ! C’est par le livre, et non par l’épée, que l’humanité vaincra le mensonge et l’injustice, conquerra la paix finale de la fraternité entre les peuples.»
Sans la connaissance, nous ne saurions faire humanité ensemble.

Qui lit,

S’arme.

La lecture est un sésame
Vers la réussite.
Le livre est une panacée
Qui cure l’esprit,
Et le préserve du mépris.
Qui lit,
S’immunise contre un monde de silhouette,
Parfume sa matière grise de bluette
S’inocule contre les torts de ses congénères,
Se cultive et onques ne se dégénère.

Le livre est un bel ami,
Aussi le meilleur palliatif
Qui berce les troubles cognitifs.
Celui qui veut se consoler et se hisser au rang des élites,
Celui qui cherche à toucher au faîte de la gloire,
Qu’il s’abreuve, se nourrisse des lettres.

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur.

Mauritanie : Soixante ans, il est temps de changer d’heure ! (Lettre au Président de la République)

Monsieur le Président,


C’est avec respect et honneur que j’ai décidé de vous adresser ces lignes. Dans quelques jours vous allez vous adresser à la nation mauritanienne pour accomplir le rituel annuel célébrant l’indépendance du pays. Vous n’êtes pas sans savoir que, depuis 30 ans, ce rituel est parallèlement accompagné d’un autre beaucoup moins festif. Le 28 Novembre 1990, à Inal, des militaires noirs mauritaniens ont été pendus par le pouvoir d’alors afin de célébrer cette même indépendance. Le contexte génocidaire de cet évènement particulièrement marquant pour le pays n’a nul besoin d’être présenté dans les détails, surtout qu’il est bien connu de tous les Mauritaniens. Ce qu’on peut retenir c’est que, depuis 30 ans, une Mauritanie fête l’indépendance sous le coup des fanfares, et une autre se recueille sobrement devant la mémoire des morts. Et cela n’a que trop duré. Ma lettre, loin de se vouloir une quelconque singularité, est une voix comme toutes ces autres qui résonnent dans les coins des rues de Nouakchott, d’Atar, de Kaédi ou de ces villes à travers le monde qui accueillent notre diaspora.
J’ai la moitié de l’âge de notre pays, le même âge que l’horreur d’Inal, je suis un jeune Mauritanien qui exprime son droit, si ce n’est son devoir, d’exposer, dans une large mesure, sa vision, ses craintes et ses perspectives pour son pays.
Pour ce faire, que l’on m’accorde un espace de liberté, en effet, sans liberté pas de réflexion. Que l’on tolère aussi ma fougue, pour moi une jeunesse sans fougue est une vieillesse prématurée. En retour, je garantis le respect dans l’expression mais, plus important encore, je promets l’honnêteté et la franchise.
Si les années étaient des minutes, on en aurait consommé 60 et il serait alors temps de changer d’heure. Nos voisins et cousins Dogons nous diraient de prendre très au sérieux cette période de 60 ans quand eux-mêmes la suivent pour observer leurs fameuses cérémonies de Sigi marquant la fin du siècle dogon. Je ne dis pas qu’il faudrait organiser, nous aussi, une fête des masques et un congrès mystique, mais nous avons plus grave : c’est la conscience de notre pays qui est appelée à la barre.
Durant ses premiers soixante ans, notre pays a pu traverser une vie mouvementée. Il a expérimenté diverses solutions aux questions essentielles qui se posent naturellement à un état composite. La question de la cohabitation de ses diverses communautés linguistiques est de loin le plus important de ses défis nationaux. Ce ne serait qu’employer un euphémisme si on disait que la Mauritanie n’a pas réussi à y répondre efficacement. On serait plus exact si on disait qu’elle y a répondu par des voies dangereuses dont les conséquences, au-delà des assassinats, de la détention politique, de la déportation massive et d’autres exactions, ont miné le pays sur bien des plans : politique, économique, militaire. 
Le courant nationaliste arabe revigoré par l’effervescence de la décolonisation a été adopté par certains cercles mauritaniens de façon progressive. Le mouvement qui en a résulté a été renforcé après que des mauritaniens formés dans des pays arabes sont rentrés au pays et qu’ils se sont mis à appliquer les principes du panarabisme dans un pays pourtant multiculturel. Ce mouvement panarabiste est le principal responsable de l’échec de la cohabitation et ses conséquences. Je n’ai rien contre le panarabisme, je dis juste qu’il ne s’applique pas dans un pays comme la Mauritanie. Et on a bien vu les conséquences criminelles qu’il a occasionnées dans le pays.
L’autre problème majeur de la Mauritanie est l’utilisation ambivalente de la religion. Tantôt considérée comme un facteur de cohésion pour un pays à la croisée des cultures mais entièrement musulman, tantôt utilisée, de façon sournoise, comme élément d’oppression et de justification de toutes les injustices, la religion est sans aucun doute un des nœuds du problème mauritanien. Les questions qui la concernent sont d’ordre social et judiciaire.  Car à côté de la mouvance panarabiste, un courant fondamentaliste religieux a peu à peu prospéré et s’est servi de la part judiciaire tandis que le panarabisme s’est déjà installé sur la chaise politique. Une sorte de cohabitation que l’on ne peut que trouver curieuse si on connaît un peu les tendances plutôt laïques des mouvements panarabistes (tels que le baathisme) dans les pays où ils se sont établis pendant des décennies – Irak, Syrie, Tunisie, Libye ouÉgypte. Leurs dirigeants dans ces pays-là avaient affirmé un choix laïque clair. En Mauritanie, curieusement, panarabisme et fondamentalisme religieux partagent le lit à deux places du pouvoir et convolent à des noces pour le moins suspectes.  Mais bien évidemment que personne n’est dupe sur le fait qu’il ne s’agit là que d’une alliance de circonstance si ce n’est une utilisation pure et simple des fondamentalistes par les panarabistes qui, dans leur rhétorique, n’hésitent pas à brandir des textes religieux pour justifier leur idéologie. Une victime récurrente de cette bassesse est la question des langues nationales. 
Très tôt après la vague des indépendances, les résistants Noirs mauritaniens se sont retrouvés dans un autre combat politique. Face à la volonté d’imposer l’arabisme, ils ont compris assez tôt que l’occupation coloniale à laquelle ils s’étaient opposés avait laissé sa place à une forme d’oppression culturelle bien déterminée à redéfinir la destinée du pays. Ils ont alors initié la résistance culturelle organisée autour de la promotion de leurs langues et de l’expression de leurs cultures. Ce n’est pas un hasard si la conférence dite de Mbagne tenue en 1962 dans les environs de cette localité du sud de la Mauritanie a devancé de quatre ans la grande conférence de l’UNESCO dite de Bamako sur la transcription des langues africaines. La question des langues était étudiée en long et en large et intégrée par les intellectuels du mouvement des Noirs mauritaniens qui prônaient l’égalité des cultures et des langues auprès de l’état et de ses institutions. Il convient de noter une dissymétrie importante entre le mouvement panarabiste et celui des Noirs mauritaniens. Tandis que le premier se préoccupe exclusivement de l’Arabe et assume sa volonté de domination, le second adopte une démarche inclusive et égalitariste des langues. De toute façon, les intellectuels noirs, étant eux-mêmes musulmans, ont une certaine tendresse à l’égard de leur langue liturgique. Ainsi, le jeu auquel on a affaire n’est pas exactement à somme nulle.  La religion, même si on ne peut affirmer qu’elle est un inconvénient pour le mouvement noir dans ce problème précis, est néanmoins un avantage à exploiter pour le mouvement arabe. Et comme dit plus haut, ce dernier n’a pas hésité à transgresser son principe laïque pour en capitaliser. 
Le panarabisme s’est exprimé dans tous les régimes qui ont successivement gouverné la Mauritanie. Une raison simple à cet état de fait est qu’il est structurel. D’ailleurs une occurrence qui réconforte cette affirmation est le fait que l’Arabe est l’unique langue officielle de la Mauritanie. Au niveau de l’éducation nationale, une série de réformes procède au remplacement du Français, hérité de la colonisation, par l’Arabe. Sur ce point précis des réformes, on trouve un argument fallacieux que les panarabistes opposent au mouvement noir. Cet argument consiste à dire que l’Arabe est authentiquement mauritanien et musulman alors que le Français est occidental et que donc qu’une Mauritanie dans laquelle l’Arabe aurait détrôné le Français dans tous les secteurs serait la meilleure. Les opposants à ces réformes sont souvent taxés de toutes les traîtrises. Mais ce qui est en jeu est fondamentalement une question de justice sociale. Nous, tous, savons la parenté que la langue Hassaniya a avec l’Arabe. Cette parenté occasionne naturellement une tendance des locuteurs du Hassaniya à l’adopter comme langue dominante tant dis que la plupart des Noirs mauritaniens optent pour le Français. Et ce, depuis le temps que ces deux langues cohabitent dans le système éducatif. Une élimination du Français s’accompagnera nécessairement d’une réduction drastique de la présence des Noirs mauritaniens dans tous les domaines du corps administratif, mais surtout d’une sélection biaisée des futures générations. Si la Mauritanie veut plus de mauritanité dans son système éducatif et dans son administration, elle devrait accéder aux requêtes demandant l’officialisation de toutes les langues mauritaniennes et leur introduction à l’école et dans l’administration. D’ailleurs, l’expérience faite sous le contrôle de l’institut des langues nationales dans les années 80 et 90 a été concluante. Mais bizarrement, on y a mis un terme sans aucune explication ! 
Les causes de l’arrêt de cette expérience pourraient être cherchées du côté de nos chers militants du panarabisme à la tête desquels se trouvent des auteurs de ce que l’écriture et la logique ont connu de pire !
Ely Ould Sneiba se distingue particulièrement quand il s’agit de déployer un raisonnement fallacieux connecté par des formules abracadabrantesques. Dans sa dernière sortie sur les langues, il associe avec sa magie habituelle des histoires incompatibles pour ériger un édifice mensonger culminant, comme on pourrait s’y attendre, à un rabaissement des langues comme le Pulaar, le Soninké ou le Wolof et à l’élévation de l’Arabe en passant par l’anéantissement du Français. Sneiba prétend que si ces langues ne sont officialisées dans aucun pays, alors il ne faudrait pas le faire en Mauritanie. La question de l’officialisation des langues nationales n’est pas aussi étrange que Sneiba veut le faire croire, un pays comme la suisse a trois langues officielles avec une quatrième à statut assez haut, la Belgique en a également trois, la Russie en a des dizaines par exemple. Nos voisins du nord, le Maroc et l’Algérie, ont fini par officialiser l’Amazigh après des décennies de lutte. Les dynamiques linguistiques au Sénégal et au Mali tendent également vers l’officialisation de leurs langues nationales. Le texte de Sneiba est loin de refléter la situation réelle des langues ne serait-ce que chez nos voisins immédiats. Je ne m’attarderai pas aux autres fantaisies qu’il prend plaisir à employer pour tenter de discréditer les partisans du multilinguisme et par la même occasion de s’attaquer à des communautés entières ; ces fantaisies ne dénotent qu’une absence d’arguments valables, et ici nous avons plus sérieux à faire.


Monsieur le Président,


Je m’excuse de cette longue digression sur la situation du pays. J’aurais aimé m’arrêter là sur les rappels historiques mais, hélas, vous savez que le pire reste à décrire. Quand le panarabisme en est venu à la solution ultime pour se débarrasser du problème noir mauritanien. Quand la répression violente s’est invitée au terrain des idées, quand la terreur est utilisée pour intimider, le plan le plus macabre se dessinait discrètement. Ce plan a muri pendant la présidence d’Ould Taya dont les agents ont procédé à l’arrestation systématique des intellectuels noirs (la prison de Oualata en a gagné une célébrité), la suppression physique de toute substance noire à tous les échelons de l’armée nationale (Inal et Jreida en sont devenus de hauts lieux), l’occupation militaire de la vallée du fleuve Sénégal, peuplée essentiellement par les Noirs, afin d’y semer la terreur en procédant à de diverses exactions, en particulier aux déportations massives des mauritaniens vers le Sénégal et le Mali. Monsieur le Président, vous venez du corps militaire. Vous savez ce que signifie la fraternité d’armes. Le 28 Novembre 1990, des officiers arabes ont pendu 28 militaires noirs compatriotes pour célébrer l’indépendance du pays. Cette ignominie s’est passée au milieu de mois d’épuration ethnique procédée au sein de l’armée, et dans le pays en général. Monsieur le Président, après ces années d’enfer que les Noirs mauritaniens ont subies, des lois d’amnistie ont été imposées pour bloquer des poursuites à l’encontre des responsables au rang desquels se trouvait Ould Taya. Aujourd’hui encore, les rescapés, les veuves, les orphelins, les déportés demandent activement que justice se prononce, mais un mur se dresse devant eux.  Tous les jours des rescapés voient leurs anciens bourreaux mener des vies et des carrières sans être inquiétés, des orphelins croisent les assassins de leurs pères laissés en liberté, les déportés observent leurs terres et leurs maisons occupées sans pouvoir les récupérer. Monsieur le Président, si le projet de Ould Taya et les idéologues de la Mauritanie arabe était clairement une épuration ethnique en Mauritanie, celui de ses successeurs n’a pas l’air de s’y opposer fermement. Sinon pourquoi aucun de vous, présidents de la Mauritanie, n’a décidé d’ouvrir une enquête sur le génocide ? Pourquoi aucun de vous ne réhabilite les déportés ? Pourquoi aucun de vous ne décide de prendre le fond du problème, qui est une lutte culturelle, et ne promet par des actes forts la promotion et l’égalité des langues et des cultures de Mauritanie ?


Monsieur le Président,


Notre pays a 60 ans, 60 ans que les termites de l’injustice rongent les piliers de notre jeune état, 60 ans que la gestion calamiteuse de notre pays par une classe de dirigeants nous enfonce dans les abysses de la misère, 60 ans que notre bateau vogue hasardeusement dans la dangereuse mer de l’oppression et de l’esclavage et que nos chances de devenir un peuple uni périclitent jour après jour.  Il est temps de faire le bilan, le bilan de 60 ans d’existence, de nos calvaires, de nos réussites si maigres soient-elles, de nos échecs si déshonorants qu’ils puissent paraître. Le constat d’un échec est en effet un acte honorifique, même si cet échec était aussi déshonorant que celui que pose une humanité lorsqu’elle faillit à en devenir criminelle. Le déni, à l’inverse, loin de faire échapper au déshonneur, l’accumule dans une enceinte bien protégée, l’amplifie silencieusement jusqu’à la submersion et la paralysie totale de l’âme. Il est temps que la Mauritanie sorte du déni et regarde son histoire d’un œil tragique mais honnête, intransigeant sur les faits mais responsable, d’un œil à la fois serein et sensible. Il va sans dire que l’ouverture d’un tel œil ne peut se résumer à un simple réveil mécanique, mais elle implique un réveil plus profond ; celui de la sensibilité de chaque citoyen, d’une conscience aigüe des dirigeants, la capacité de la nation à éprouver de la compassion à l’égard des victimes et sa volonté à désigner les coupables. Cette histoire n’est pas une affaire dans laquelle la Mauritanie serait scindée en deux camps : victimes, d’un côté, face aux coupables, de l’autre. Loin d’un tel schéma vicieux, ce à quoi la Mauritanie est invitée c’est tout simplement de faire valoir son rôle suprême de mère et prendre en charge cette question vitale. Et seulement après avoir situé clairement les responsabilités, il lui incombera d’organiser un cadre d’explication en vue d’une réconciliation nationale véritable et durable.
Monsieur le Président,
Vous allez vous adresser au peuple mauritanien dans quelques jours. Puis-je espérer qu’enfin vous le saluerez dans ses différentes langues en signe d’engagement de votre part à faire de l’égalité linguistique une de vos priorités ? Puissions-nous nous attendre, mes compatriotes et moi, à ce que vous annonciez en cette date doublement symbolique de 28 Novembre que le massacre d’Inal et tous les autres feront l’objet d’une vraie enquête en vue de rendre la justice tant attendue aux ayants-droit et ainsi décharger notre pays de ce poids ? Pourrai-je m’attendre à ce que vous annonciez la libération des détenus d’opinion ? Monsieur le Président, le peuple peut-il s’attendre aux décisions de la vraie rupture qui aboutiront au pansement des plaies de notre pays, pour que plus jamais deux célébrations du 28 Novembre ne puissent être possibles sur notre territoire ? 
Monsieur le Président, ce sont les circonstances qui forgent nos destins ; vous avez devant vous une porte d’entrée à la cour des grands serviteurs de l’humanité. Cette cour de l’honneur où les sièges sont faits d’actes nobles et de conduites héroïques. Cette haute cour qui se distingue des bas lieux dans lesquels la grandeur du chef est déterminée par l’éloge des laudateurs. Monsieur le Président, poussez la porte ! Poussez la porte et faites sortir le pays du cercle vicieux de l’injustice et du déni. Poussez la porte que nous nous embarquions dans la trajectoire vertueuse de l’égalité et du vivre-ensemble. Poussez la porte pour qu’enfin les mauritaniens puissent dépasser les différences apparentes et accéder à l’essentiel humain qui les réunit afin de vivre dans la solidarité et la fraternité.
Notre pays, de par sa position géographique et de sa constitution culturelle, a un rôle fondamental à jouer dans la sous-région. Un rôle de mise en contact des sociétés. Et aucun réductionnisme idéologique ne devrait nous faire trahir ce destin. Assumer ce rôle passe nécessairement par l’acceptation de notre diversité et l’adoption de rapports profonds, et à distribution équitable, avec d’un côté l’Afrique subsaharienne et de de l’autre le Maghreb.
Du haut de ses cent millions d’années d’existence, le géant Guelb er Richât nous observe. Nombreux sont évènements et saisons dans sa mémoire, nombreux sont paysages et êtres qu’il a vus défiler et ne jamais revenir. Er Richât a témoigné de tant de beauté, de tant de tragédies et de tant d’enchantements. Mais dans sa mémoire récente, Er Richât est témoin des gloires de nos ancêtres, Er Richât voit et entend ce que disent la plaine de Foriet les sables de Bilbassi.  Comme pour tous les autres, le géant œil conservera le spectre de nos actes en son fond lorsque nous aurons disparu. J’ose imaginer que d’ici là nous aurons infléchi le cours de notre plume de sorte à laisser une signature honorable de notre passage. 
Enfin, j’appellerais les Mauritaniens à plus de solidarité et de compassion envers leurs compatriotes victimes d’injustice, n’importe laquelle. La mesquinerie c’est quand l’homme refuse de se retrouver dans le juste combat des femmes, quand le privilégié n’est pas dérangé de l’état de son compatriote lésé, quand l’hétérosexuel appelle à l’oppression sur l’homosexuel, quand l’adepte du rigorisme soutient les peines infligées au libertaire. Je dis que nous sommes honteux quand, en lieu et place du débat d’idées, nous préférons la force de la répression ; dans une logique telle que celle-ci nous ne faisons que trinquer autour de la table des horreurs avec nos propres oppresseurs. Le destin des Mauritaniens opprimés c’est la solidarité indépendamment du critère selon lequel on est opprimé. 
Si nos premiers 60 ans sont marqués par une dynamique conflictuelle ayant passé par une phase génocidaire, nous avons le devoir de faire des prochains un lieu de reconstruction. Alorsil faut que cesse cette oppression qui, du fond des idéologies délirantes, continue encore d’agir au cœur de notre administration, dans notre armée et au sein même de notre état civil. Monsieur le Président, vous ne nous rassurez guère si depuis votre investiture nous voyons déferler des listes quasi-monocolores de recrues dans l’administration et dans l’armée. L’impression qui se dessine jusqu’à présent est que vous êtes, comme le furent vos prédécesseurs, l’otage des courants nationalistes arabes. J’appelle aussi les intellectuels qui se sont fait une profession de justifier les actes de ce système à se ressaisir et à bien comprendre qu’aimer la Mauritanie ne veut pas dire s’aligner à tout prix sur les principes du système. Non ! La Mauritanie est au-dessus de tout système, juste ou fautif, qui s’y exécute. Aimer la Mauritanie c’est justement avoir unelecture du système à l’aune des valeurs que le pays est censé porter et de formuler en conséquence des critiques constructives. Ainsi, aucun système, ni juste et encore moins malhonnête, ne peut absorber le principe de la république de sorte à faire passer les reproches à son égard pour des calomnies contre la nation. Nos prochains soixante ans doivent être ceux du dépassement de toutes les hypocrisies, ceux de la justice et de la responsabilité. 
Notre pays a des défis, beaucoup de défis qui, s’ils ne sont pas relevés, compromettront sérieusement notre avenir. L’éducation, la recherche, la santé et l’environnement sont des domaines interconnectés qui détermineront notre sort dans un contexte de changement climatique global, d’une transition démographique et d’une globalisation sans précédent. Notre activité intellectuelle devrait plus se mobiliser pour être à la hauteur de ces enjeux monumentaux. L’investissement dans la jeunesse sur le plan de sa formation et de son implication est primordial. Il nous faut de brillants esprits capables de mener les projets les plus ambitieux, d’échafauder des solutions efficaces et d’assurer leur mise en œuvre effective.  
Cependant, sans un traitement sérieux de la question nationale, on ne pourra réussir une seule de ces missions qui sont d’ordre technique.
Notre pays a des chances de rayonner si, loin des fanatismes, nous décidons de le construire avec son matériau de chance qu’est sa diversité. C’est dans les vestiges de Koumbi Saleh et d’Aoudaghost, dans ceux de Tekrouri, dans la grande mémoire du sahara et les rues perdues de Njurbel que nous retrouverons ce matériau, seul garant de la pérennité de l’édifice Mauritanie. Il est temps de changer d’heure et de consacrer nos soixante prochains battements à sa collecte et à la construction de l’œuvre de notre existence. Les mauritaniens, dans leur diversité, sont appelés à ce projet. Aucun défi ne pourra résister devant la force de notre union.


Mouhamadou SY

©️ Crédit source: http://rmi-info.com/mauritanie-soixante-ans-il-est-temps-de-changer-dheure-lettre-au-president-de-la-republique/?preview=true&frame-nonce=caeeba45d8

Réflexion – débats | « MAURITANIE : PARTITION OU GUERRE ? » Par Ciré Kane

« le mariage est permis, mais le divorce aussi est permis »
Proverbe africain

Voilà 60 ans que la France a enjoint les noirs et les arabes à vivre sur cette vaste terre entre le Sénégal et le Maroc. Elle a octroyé le pouvoir politique aux maures, c’est le péché originel. 30 ans plus tard ceux-ci commettaient un génocide de grande envergure contre les noirs, les peuls allaient payer le plus lourd tribut.

Après 60 ans d’indépendance, le constat est amer: les arabes ont accaparé tous les centres de pouvoir : religieux, politique, économique, financier, militaire et même médiatique. Les noirs sont pulvérisés et n’ont plus que leurs yeux pour pleurnicher. Les manifestes sur leurs conditions s’empilent (1966, 1986, 2013) mais le pouvoir fait la sourde oreille, quand il ne réprime pas tous ces sanglots dans le sang.

Aujourd’hui, avec une armée de 30 milles hommes, bien équipée et assistée par la France dans sa lutte contre le terrorisme, et des milices qui s’entraînent dans des clubs de tir à la cible, on peut se demander quelle est la vraie cible d’un tel surarmement. La menace d’un second génocide plane.

Les maures auront bientôt fini de dénégrifier l’administration, principal employeur du pays et les élèves noirs ont un échec scolaire programmé par une méticuleuse arabisation éliminatoire. Ils sont très peu à réussir les concours. On va donc vers un blanchiment des emplois de niveau cadres, dans les secteurs public et privé.

C’est dans ce contexte que cette alerte est lancée pour qu’une séparation à l’amiable du Nord et du Sud soit décidée et planifiée pour éviter la guerre. Cette union entre le cavalier et sa monture n’a que trop duré.

Le peuple noir, pour sa sécurité et sa survie, doit exercer son droit à l’autodétermination. Après un référendum sous l’égide de l’ONU organisé en deux temps, les autochtones d’abord et ensuite les haratines, anciens esclaves africains des maures, les noirs décideront des formes d’organisation politique à adopter pour aboutir à un Etat séparé : la Mauritanie du Sud.

Faut-il une autonomie des régions du Sud, une fédération ou 2 États séparés?

Pour minimiser les risques de conflits, il serait prudent de passer par ses trois étapes et le calendrier global pourrait être celui-ci :

2022: Référendum autodétermination des autochtones (pulaars, soninkés, wolofs, bambaras )

2024: Référendum autodétermination des haratines

2025 : Autonomie administrative et financière des régions du Sud

2030: Etat fédéral

La solution à deux États séparés ne serait nécessaire qu’en cas d’échec de la fédération.

S’il est admis que les haratines représentent 50% de la population, les autochtones seraient environ 30%. Ces référendums permettraient d’évaluer leur nombre exact et évaluer leurs besoins en ressources pour rompre toute dépendance future avec l’Etat tribal maure.

Ainsi donc, les autochtones, pour avoir été enfermés 60 ans avec leurs bourreaux maures par le colon, ont bien plus de raison d’être en colère contre la France.

Dans le prochain article, il sera question du pouvoir religieux. L’islam continue à être instrumentalisé par les arabes pour dominer les noirs et les réduire en esclaves. Nous essaierons de montrer cela. Vous comprendrez pourquoi leurs oulemas ne feront pas campagne contre l’esclavage.

lundi 16 novembre 2020

Ciré KANE
Blogueur et activiste en droits humains


POST SCRIPTUM:

  • cet article est le premier d’une série de quatre publications à l’occasion du 60eme anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie. 60 ans! L’âge de la retraite et du bilan d’une vie faite des larmes et du sang des noirs de Mauritanie.
  • c’est une contribution qui s’adresse en premier aux populations noires de Mauritanie, elle doivent enfin réaliser qu’il n’est plus possible d’être les esclaves des maures, sur notre terre. Il est impératif qu’elles sortent de la victimisation et soient maîtresses de leur destin.
  • 2013: manifeste pour les droits politiques et socio-économiques des haratines.
  • le texte qualifie les maures d’arabes pour rappeler leur origine lointaine par rapport aux autochtones, mais surtout dépasser l’éternel débat sur leur identité. Ils ont assimilé les berbères depuis longtemps et c’est ce sort, déjà emprunté par les haratines, qui est à craindre pour les autochtones.
  • les haratines auraient pu être aussi appelés autochtones, puisqu’ils sont issus des razzias maures effectuées en Mauritanie du Sud, Sénégal, Mali. C’est par besoin de clarté des populations concernées par les futurs référendums qu’on a fait rejaillir la spécificité haratine.
  • cette contribution s’adresse aussi au peuple mauritanien dans son entièreté car l’autodétermination du peuple noir impactera le devenir de notre jeune nation. Elle n’en constitue pas l’échec mais la reformulation pour une vie plus digne pour toutes nos composantes nationales.
  • la communauté internationale doit être sensibilisée dès maintenant à cette aspiration légitime à une réelle autonomie du Sud, voire à la séparation si les velléités de domination des maures persistent.

-enfin, le but recherché est un nouvel éveil des consciences. Ce n’est pas en traitant l’actualité, en scrutant les nominations monocolores, en attendant les résultats des concours,.dénonçant les détournements ..qu’on trouvera des solutions pérennes au sein d’un Etat maure qui ne VEUT PAS DE NOUS! Un Etat raciste, qui vote des lois racistes et interdit de parler de son…RACISME !

©️ Crédit source: reçu de l’auteur via FB 16/11/2020 https://www.facebook.com/251225971745282/posts/1521611011373432/