● LE ROI ET LE MARABOUT | Par Yaya SY Anthropologue, Professeur d’histoire, Harmattan, 2015, Théâtre

Bonjour chers amis, aujourd’hui je vais vous présenter mon ouvrage mi-fiction mi-réalité, intitulé : « LE ROI ET LE MARABOUT », (théâtre).
Un ouvrage émouvant qui retrace la vie d’un Aristocrate peul du Macina nommé Boubou Ardo-Galo (ici Wouri-Boubou) et d’un marabout tout aussi Peul du nom d’Ahmadou-Amadi-Boubou (Maoudo) ; ici Mayel -Amadi .
Le Macina était resté imperméable à l’islam jusqu’au XVIIIe siècle, mais quand le Roi se convertit, il fut aussitôt chassé et remplacé au trône par Boubou Ardo-Galo, alias Wouri-Boubou.
Survint alors  un marabout qui fit le tour du pays prêchant le nom d’Allah et de son prophète et serviteur Muhammad (paix à son âme). Il fut chassé de tous les villages du Macina comme un  imposteur à l’image d’autres prédicateurs qui ont tenté de les convertir avant lui, tous considérés par les Macinankoobe comme des  parasites vivant sur le dos des populations.
Sans se décourager, le petit marabout fut un jour conseillé secrètement par une vieille femme peule déjà islamisée depuis longtemps, qui lui ordonna d’aller demander à Boubou Ardo-Galo de se convertir : « Si lui se convertit à l’islam, c’est comme si c’était fait pour tout le reste du pays, mais s’il refuse ce n’est plus la peine de te fatiguer.. .»
Le marabout se rendit aussitôt au village royal de Néné, arrivé devant le portail du palais de Wouri-Boubou, il demanda humblement au Roi venu lui-même ouvrir la porte, de se convertir à l’islam : « La religion de la paix sur terre, la religion de l’égalité de tous les êtres humains devant leur créateur Allah et son prophète et serviteur Muhammad (paix à son âme). Une religion qui rassemble et unit tous les hommes et les femmes au sein d’une seule communauté humaine nommée Oumma. »
Le roi convaincu par ces bonnes paroles, accepte immédiatement de prononcer la chahada de conversion et le marabout lui coupa une petite mèche de cheveux. 
Pourtant, dans son for intérieur, Wouri-Boubou aurait préféré ne pas quitter sa communauté humaine pour une autre, par une simple formule « magique.» Il veut conserver certaines valeurs héritées de ses ancêtres. Il voulait les faire co-habiter pacifiquement avec celles de l’islam dans le respect des deux communautés devenues amies et alliées. Pourquoi fondre sa communauté dans une autre au point de perdre son identité ? Se demande-t-il.
Il a embrassé l’islam après avoir été convaincu par le marabout, mais avec l’espoir intime de faire accepter sa position conciliante par le marabout…
Dans une première phase, Wouri-Boubou  fit accepter l’islam à l’ensemble des trois cent trente-trois villages de son royaume, accompagné dans chaque village par son ami Mayel-Ammadi qui rasait aussitôt les têtes et faisait répéter la chahada à tout un chacun.
Une fois le peuple converti, le marabout devint de plus en plus puissant, exigeant, autoritaire et inflexible face à certaines coutumes et pratiques des Peuls et de Wouri-Boubou lui-même.
Petit à petit la situation se tendait,  le Roi ne voulait pourtant pas rompre ni céder sur tout. Il voulait toujours discuter avec le Marabout pour mieux articuler les deux systèmes de valeurs des deux cultures de façon apaisée et harmonieuse.
Mais rien n’y fait, le marabout durcit ses positions sur tout, le peuple étant converti, il réussit à avoir une très grande emprise sur lui. Avec le temps, le peuple du Macina finit par écouter le marabout plus que son propre Roi…
Quand le conflit éclate au grand jour entre les deux hommes, il n’y a plus que la ville royale de Néné, qui est restée fidèle à Wouri-Boubou, tout le reste du pays s’est  rangé derrière Mayel-Ammadi, la situation est sans aucune ambiguïté… Deux camps se font face.
Le conflit ouvert était inévitable, après deux attaques importantes de la ville-capitale restée fidèle à son Roi, Mayel-Ammadi réfléchit à de nouveaux plans de guerre sainte pour vaincre Wouri-Boubou  retourné selon lui, à ses pratiques ancestrales… 
Le combat entre les deux hommes prend une autre dimension…

Tout Africain doit lire ce récit et y réfléchir sereinement. Comment l’Afrique doit-elle faire pour  trouver sa propre voie spirituelle pour sa communauté humaine ? Une voie apaisée, sans ressentiment,  une voie qui ne nie ni ne condamne les orientations religieuses et spirituelles librement choisies par d’autres Africains ou d’autres communautés humaines.
Cependant, nul ne doit plus tenter d’imposer son modèle culturel ou civilisationnel par la force…
L’humanité doit emprunter une autre voie : celle de la tolérance de la diversité culturelle des peuples.
                                                 
Yaya SY

● Mauritanie – Droits humains | Message de M. Biram Dah Abeid aux citoyens mauritaniens

Trois militants d’IRA (Abdallahi Abou Diop, Elhaj Elid, Bounnass Hmeida) ont été condamnés hier, le 13 août 2026, à quatre ans de prison ferme, dans une affaire qui trouve son origine dans le signalement d’une situation présumée d’esclavage, un soupçon que sont venus renforcer les tergiversations du tribunal, l’attitude du wali(gouverneur) du Hodh El Gharbi, de l’Agence Taazour et celle de la présidence de la République dans leur manière pour le moins étrange de traiter la victime et sa mère. Cette condamnation lourde et gratuite, est faite à la base de l’article 24 de la loi sur le cybercriminalité qui réprime la prise de photos et leurs publications à l’insu des personnes et dans le but de nuisance ; les responsables d’IRA avaient interviewé en vidéo la victime Nouha en documentant son calvaire d’enfant esclave et en remettant le document au parquet au moment de déposer la plainte qui réclamait justice pour la victime.

Je le dis clairement : je suis aux côtés de ces militants et de leurs familles, et je tiens le pouvoir pour responsable de cette injustice grave et retentissante. Je salue nos camarades héroïques, les résistants El Hadj El Eid, Abdallah Abou Diop et Boulnass Ahmeida, pour leur résistance qui déstabilise les ennemis de la liberté et des droits.

Mais cette affaire dépasse largement ces trois militants, aussi déterminés et dignes soient-ils. Notre pays affirme avoir aboli l’esclavage. Notre pays affirme le combattre. Alors comment celui qui dénonce l’esclavage devient-il celui qu’on enferme ? Comment celui qui révèle une situation d’asservissement devient-il un accusé, alors que les victimes de l’esclavage restent, sans protection et que ceux qui en sont responsables échappent à toute sanction ?

Un État qui combat réellement l’esclavage doit protéger celui qui le dénonce. Mais lorsque celui qui le dénonce devient lui-même la cible, et subit l’acharnement de l’Etat, ce n’est plus une lutte contre l’esclavage. C’est une lutte contre ceux qui le révèlent, qui le combattent. C’est une persécution de l’ensemble des victimes et de tous ceux que touchent les pratiques et les violations liées à l’esclavage et ceux en ont hérité des séquelles indélébiles et encore douloureuses.

Regardez la rapidité de ce procès. Regardez la sévérité des peines prononcées et leur gratuité. Et regardez, en face, les dossiers de corruption, de mauvaise gestion et de pillage de l’argent public et de sa dilapidation.

Les rapports de la Cour des comptes sont remplis de faits, de chiffres et de noms. Ils décrivent des pratiques qui ont contribué à ruiner le pays et à transformer le peuple en populations misérables et démunies, sans emploi, sans routes, sans eau, sans électricité, sans écoles, sans soins, sans justice, sans administration.

Et pourtant, combien de ces dossiers sont arrivés à leur terme ? Combien de ceux dont les noms figurent dans ces rapports ont été jugés avec la même célérité que ces militants magnifiques, pacifiques et inoffensifs?

Souvenez-vous de Mohamed Ould Ghadda, cet homme qui a affronté la corruption et dénoncé de graves irrégularités et des malversations dans des marchés publics. Quel a été son sort ? Les poursuites. La prison. La condamnation. Rien d’autre.

Nous ne parlons donc pas aujourd’hui d’un incident isolé. Il y a un schéma qui se répète.

Celui qui dénonce l’esclavage est poursuivi.

Celui qui dénonce la corruption est poursuivi.

Celui qui dénonce le pillage de l’argent public est poursuivi.

Et celui qui élève la voix contre l’injustice se retrouve face au pouvoir, face aux juges..,

Où est cette même rapidité lorsqu’il s’agit de ceux qu’on accuse d’avoir volé et dilapidé l’argent public ? Où est la même rigueur ? Où est la même reddition de comptes ?

Dans le même temps, nous assistons à la libération de plusieurs personnes poursuivies dans des affaires liées au trafic de drogue, au blanchiment d’argent, à l’inondation du marché par des médicaments falsifiés et à l’importation de cargaisons de comprimés hallucinogènes.

C’est le deux poids, deux mesures : quatre ans de prison ferme pour celui qui dénonce l’esclavage, et de la clémence, des libérations, dans des dossiers qui détruisent le peuple, la nation et la société.
Voilà l’image que voit le citoyen mauritanien.

Rappelons-nous l’histoire. En 2016, sous Ould Abdel Aziz, treize militants d’IRA avaient été condamnés à de lourdes peines, allant jusqu’à quinze ans de prison. Parmi eux se trouvait le héros condamné hier, Abdallah Abou Diop.

On les avait éloignés de Nouakchott. On les avait jetés dans des prisons lointaines. On voulait les isoler. On voulait les briser. On croyait que la répression mettrait fin à IRA.

Mais qu’est-il arrivé ? Ould Abdel Aziz croupit aujourd’hui en prison, tandis qu’IRA n’a jamais cessé d’être debout. Elle est toujours debout et elle le restera. Elle existe toujours. Elle continue de lutter. Elle continue de s’étendre.

Et aujourd’hui, dix ans plus tard, nous voyons le pouvoir revenir à la même méthode.

C’est pourquoi je m’adresse à Mohamed Ould Ghazouani : vous avez dit que vous veniez avec une méthode différente. Alors, qu’est-ce qui change lorsqu’il s’agit d’IRA ? Quelle est la différence entre ce que vous faites aujourd’hui et ce que faisait Ould Abdel Aziz hier ?

La mentalité a-t-elle changé ? La méthode a-t-elle changé ? Ou seuls les visages ont-ils changé ?

Ce durcissement, ces poursuites à répétition, ces lourdes condamnations, cette volonté de faire taire les voix qui dérangent le pouvoir, est-ce le signe d’un régime fort et sûr de lui ? Ou le signe d’un régime qui commence à sentir que son cycle touche à sa fin ?

L’histoire récente tranchera. Les Mauritaniens jugeront.

Quant à moi, je veux dire une chose très clairement : je ne défends pas ces militants simplement parce qu’ils appartiennent à IRA. Je les défends parce que je défends le droit de chaque Mauritanien à parler. Le droit de celui qui dénonce l’esclavage à parler. Le droit de celui qui dénonce la corruption à parler. Le droit de celui qui révèle le pillage de l’argent public à parler. Le droit de chaque citoyen à réclamer son dû sans devenir lui-même un accusé.

Un pays où celui qui dénonce l’injustice a davantage peur que celui qui la commet est un pays où la balance de la justice est profondément déséquilibrée.

C’est pourquoi cette affaire ne concerne pas seulement trois militants. Elle ne concerne pas seulement IRA. Elle concerne, je crois, une nation tout entière. Un peuple tout entier.

Toute la question est là : le Mauritanien peut-il dire la vérité sans avoir peur ? Peut-il réclamer la justice sans en payer le prix de sa liberté ? Peut-il dénoncer l’injustice sans devenir lui-même victime de l’injustice ?

La réponse à ces questions est au cœur de la bataille. Et de cette bataille, nous ne reculerons pas.

Je ne terminerai pas sans saluer les foules de militants d’IRA qui ont afflué hier vers le tribunal de Nouakchott-Nord et qui ont résisté face à la machine de torture, de répression et aux violences extrêmes utilisées par le régime jusqu’à la fin du procès.

Je salue les trois militants( les deux lanceuses d’alerte Vatma Lalla et Rachida Saleck, le militant Mohamed Vadel Aleyat) qui ont résisté pendant des mois dans une prison injuste et qui en sont sortis victorieux.

Je salue les trois qui sont toujours en prison et qui occupent le véritable lieu de la résistance.

Je salue la patience et la résistance de leurs femmes et de leurs enfants.

Je leur promets la victoire et l’émancipation, car telle est la promesse de Dieu aux opprimés et aux asservis sur cette terre, à ceux qu’Il établira comme ses héritiers sur terre.

Le 14 Août 2026

Biram Dah Abeid

● Contribution | Et si la citoyenneté numérique redéfinissait les notions de territoire et d’État ? Par M. Seyre Sidibe

Les réseaux sociaux sont devenus un espace de citoyenneté. Cette  citoyenneté nouvelle  qui bouscule celle classique est unique en son genre. Ici, point de territoire circonscrit, point de nationalité unique sous la bannière d’un État avec ses symboles : un territoire, une armée et un drapeau…

Il en va de même pour la famille, l’amitié et la politique. Tous ces fondements de la société classique sont  en  perpétuelle changement ; en mutation.

La notion de frontière a profondément changé. Tout est dans l’imaginaire, dans la représentation. Voilà le nœud de la polémique récemment alimentée par la sortie de l’ancien ministre  Sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane GADIO.

Le voisin n’est plus celui qui habite le palier d’à côté.  Celui qu’on croise tous les jours:  deux, trois, quatre fois par jour. Le voisinage est désormais une notion de connexion et de partage. Elle n’est plus une question de distance.

Les réseaux sociaux ont dès lors bousculé, voire bouleversé, la conception traditionnelle de citoyenneté, de territoire, de voisinage et même de la géopolitique.

En effet, désormais, tout est question de centres d’intérêts, de partage des mêmes passions, des mêmes combats, des mêmes valeurs, des mêmes sensibilités ou complicités, etc.

Sur le plan politique, par exemple, certains compatriotes mauritaniens sont offusqués de constater l’intérêt que porte une partie des Mauritaniens à la politique sénégalaise, cristallisée ces derniers temps par l’opposition entre Sonko et Diomaye.

La même critique peut être formulée contre ceux parmi les Mauritaniens qui connaissent tout de Bagdad, de Benghazi, de Doha, de Rabat et d’Alger, du Fatah et du Hamas, alors que, devant une production orale dans nos langues nationales, ils sont incapables de faire la différence entre le pulaar, le soninké et le wolof, pourtant des langues inscrites dans la Constitution.

Au plan politique, il est évident que des hommes et des femmes placés dans les quatre coins du globe sont désormais unis par les mêmes idéaux grâce aux réseaux sociaux autour des mêmes problématiques : l’émigration, la lutte contre le terrorisme, l’homosexualité, etc.

Ils transcendent ainsi les appartenances et les clivages locaux pour internationaliser leur vision. Les exemples ne manquent pas : les nouveaux intellectuels du panafricanisme dans l’espace AES et leurs répondants à travers le monde, etc. Idem du côté de l’Occident, où la guerre Russie-Ukraine a été déterminante.

Chez nous encore, la lutte  contre l’esclavage par ascendance est présente surtout en milieu Soninké.
Les réseaux sociaux sont  devenus un champ de bataille et de confrontation. Cela a occasionné une nouvelle configuration des paradigmes. De nouvelles amitiés ont été créées mais également des nouveaux antagonismes.

Désormais, les likes sont révélateurs des prises de position. On ne cherche plus la vérité, la cohérence et la force de l’argument ou encore sa pertinence. Ce qui est jugé, ce qui compte, c’est l’identité de celui qui a écrit ou partage.

La contradiction et les critiques constructives, qui sont les marqueurs des échanges intellectuels ou académiques, sont utilisées pour humilier ou ridiculiser. Elles sont souvent convoquées de manière malhonnête et impertinente pour se faire remarquer, passer pour un génie. Impressionner peut-être.

Une telle démarche se caractérise par la recherche effrénée du sensationnel et de l’irrationnel. Elle a parfois altéré la pertinence de débats aux thématiques pourtant intéressantes sur la toile.

Cette dernière est transformée en un champ de tirs et de règlements de compte. Certains trouvent l’occasion de s’acharner contre des personnes à qui ils ne peuvent jamais oser s’attaquer dans la réalité.

Dans ce contexte, la neutralité et l’objectivité intellectuelles sont devenues rares. Chaque post est scruté, chaque like est analysé pour classer l’auteur dans un compartiment.

Le silence est également questionné. La réaction tardive aussi, surtout pour les intellectuels classiques et maintenant les nouveaux « intellectuels des réseaux sociaux ». Ils sont beaucoup plus bavards et présents.

Quelle place et quelle posture pour les intellectuels face aux bouleversements de notre époque : doivent-ils être dans la complaisance, la complicité, la modération, ou au contraire dans l’éveil des consciences ?

Les intellectuels, eux, sont tenus de ne pas céder aux pressions extérieures, au petit calcul et autres intérêts. Leur posture doit être celle du médecin qui soigne avant tout le mal. Les éléments identitaires du patient importent peu. Cela devrait être l’attitude irréprochable d’un intellectuel : s’affranchir des pesanteurs.

Seyré SIDIBE

● La protection des ressources naturelles commence par une gouvernance juste. Par M. Ibrahima Deh

Je salue l’initiative du Gouvernement mauritanien, en particulier du ministère des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel ainsi que des institutions concernées par la gestion des ressources naturelles, d’avoir consacré le prêche du vendredi 7 août 2026 à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles et à leur préservation à la lumière des enseignements de l’islam.

Cette démarche est à la fois pertinente et symboliquement forte. Dans un pays où l’islam constitue un socle commun de valeurs, mobiliser les références coraniques et la tradition prophétique pour sensibiliser les citoyens à la protection de l’environnement peut contribuer à renforcer la conscience collective et le sens de la responsabilité envers les biens communs. J’espère que ce message rappellera aux fidèles que les ressources naturelles sont un dépôt (amānah) confié à l’humanité et que leur préservation est une responsabilité religieuse, morale et citoyenne.

Cependant, à mon humble avis, cette réflexion ne devrait pas se limiter à la seule protection ou à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles. Elle devrait également s’interroger sur la manière dont ces ressources sont produites, gouvernées, redistribuées et mises au service du développement humain.

La Mauritanie dispose d’un potentiel naturel exceptionnel : minerai de fer, or, cuivre, gaz, ressources halieutiques parmi les plus riches au monde, terres arables, potentiel solaire et éolien, ressources en eau et ressources forestières. Pourtant, malgré cette abondance, une grande partie de la population continue de faire face à la pauvreté, au chômage, aux difficultés d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux infrastructures et aux services sociaux de base.

Cette réalité pose une question fondamentale : comment expliquer le paradoxe d’un pays riche en ressources naturelles où persistent encore de fortes vulnérabilités socio-économiques, alors que la population dépasse à peine cinq millions d’habitants ?

La réponse ne réside pas uniquement dans la nécessité de mieux protéger les ressources naturelles. Elle implique aussi une réflexion approfondie sur leur gouvernance. Les enjeux concernent notamment les mécanismes de production et de captation de la rente, les modalités de redistribution des richesses, les rapports de pouvoir, les inégalités territoriales et sociales, les phénomènes de corruption, les logiques clientélistes, les solidarités tribales, les conflits sociaux et environnementaux ainsi que la participation effective des communautés aux décisions qui concernent leurs territoires.

La Mauritanie ne manque pourtant ni de lois, ni d’institutions, ni d’engagements internationaux en matière de bonne gouvernance des ressources naturelles. Le pays participe notamment à des initiatives internationales de transparence dans les industries extractives. Le véritable défi réside davantage dans la mise en œuvre effective de ces principes et dans leur appropriation par l’ensemble des acteurs.

Dans cette perspective, la prêche du vendredi pourrait également rappeler que l’islam accorde une place centrale à la justice (al-‘adl), à la transparence (al-amānah), à la consultation (ash-shūrā), à la responsabilité (al-mas’ūliyyah) et à la lutte contre toute forme d’injustice et de corruption. Ces valeurs constituent également les fondements d’une gouvernance collaborative, légitime et durable des ressources naturelles.

Lorsque les populations perçoivent que les ressources naturelles sont gérées de manière transparente, que leurs bénéfices sont équitablement répartis et qu’elles participent aux décisions qui les concernent, la protection de ces ressources devient un intérêt partagé par tous. Les citoyens ne protègent plus seulement une richesse nationale ; ils protègent également une source de développement, de bien-être et d’espoir pour les générations présentes et futures.

La préservation des ressources naturelles ne peut donc être dissociée de la justice dans leur gouvernance. L’une ne saurait produire des résultats durables sans l’autre.

En fin, cette initiative du Gouvernement constitue une excellente opportunité pour ouvrir un débat national plus large sur la gouvernance des ressources naturelles. Une gouvernance fondée sur la transparence, la participation citoyenne, la justice distributive, la responsabilité des institutions et l’équité permettrait de transformer l’abondance des ressources naturelles en un véritable levier de développement durable, plutôt qu’en une source de frustrations ou de ce que la littérature qualifie de « malédiction des ressources ».

Par Ibrahima Deh
Doctorant en sciences de l’environnement – Université du Québec à Montréal (UQAM), associé au groupe Cheurcheur.e.s en Responsabilité Sociale et Developpement Durable (CRSDD)

● Contribution | Et si c’était l’ordre colonial français qui sauva certains africains du joug ténébreux de l’esclavage « maison » !

📷 Bamako, 21 octobre 2021, autour de la figure symbolique descendante des pionniers anti-esclavagistes soninkés fondateurs du village de Bouillagui en 1914, le journaliste malien Goudia Konate Konate , le président Gaye Tene Traoré et votre modeste rédacteur de cet article.


L’esclavage « maison » fut (est) cette traite intra-africaine très étrangement oubliée et banalisée dans beaucoup d’études et autres mobilisations revendicatives centrées sur les problématiques africaines (pendant et après colonisation). Une Afrique esclavagiste et affreusement esclavagiste était bien en mouvement au cœur du continent qui était sous domination coloniale occidentale (française dans notre zone sahélo-saharienne). Il serait intéressant  qu’on puisse retrouver des matériaux- ressources historiques au crédit anti-esclavagiste de certains de nos figures dites résistantes anti-coloniales… par exemple : Samory Touré, Elhaj Omar Tall ou Mohamed Lamine Dramé

À leur époque d’activisme militaro-politique anti français, courant tardif 19ème siècle, des noirs esclavagisés souffraient dans des plantations au Brésil et ailleurs mais il y en avait qui étaient sous les fers de l’asservissement massif tout près dans leurs zones d’engagement contestataire. Et cette Afrique esclavagiste intra-muros d’antan rumine de nos jours par un continuum d’aspect héréditaire (l’esclavage par ascendance) au cœur sociologique de nombreuses communautés ouest-africaines, par exemple du groupe sociolinguistique #soninké. Et osons le dire, le système colonial français avec tout ce qu’il provoquait d’inique et de travers avec l’indigénat et la domination multidimensionnelle sur les populations africaines, eut fait preuve d’une certaine lucidité stratégique à une époque pour gêner les mécanismes de l’esclavage intra-africain dans certaines zones. C’est le cas de la région de Kayes dans l’actuel Mali (anciennement le Soudan français) avec la fondation de cités refuges appelées aussi « Villages liberté ». Ce fut pour contrecarrer la déferlante esclavagiste en vigueur entre africains (Noirs). Les régimes et pratiques coutumiers dans la jungle de l’époque chez les univers communautaires, acceptaient l’esclavage comme institution sociale et économique. Ainsi, nombre de leaders tradi-politiques et religieux répugnaient la présence des Blancs pas à cause de la domination politique extérieure mais parce qu’ils ne supportaient pas voir péricliter leur système d’exploitation et d’asservissement sur d’autres Noirs.

Donc.. à une époque de notre histoire, certains africains sous les violences d’un braconnage humain menées par d’autres africains, préféraient de loin la présence du relais d’un pouvoir Blanc tenu à Paris qu’être à la proie de ses semblables de peau dans un village voisin.
Une réalité historique sur la problématique de l’esclavage intra-africain qui nous rattrape de nos jours dans certaines communautés ouest-africaines où les mentalités esclavagistes persistent et des personnes ou des composantes sociales assignées statutairement « esclaves » subissent diverses représailles (expropriation des terres, expulsions, agressions physiques..) en refusant leur statut. Étrangement… dans la continuité de ce que l’ordre colonial avait laissé comme structure étatique dans nos sphères territoriales, seules les lois qui en sont inspirées tiennent de références anti-esclavagistes et abolitionnistes dans la lettre et dans l’acte au forcing par du plaidoyer actif de cercles abolitionnistes. Ni morale sociale ni prêche religieux domestiques… n’ont pu être d’activants résolument anti-esclavagistes dans nos terroirs. Ce qui répond pourquoi… certains parmi nous restent très « accrocs » socialement à l’esclavage par ascendance qui sévit autour d’eux jusqu’à dans leur concession familiale.

En guise de référence, le visionnage du film documentaire (sorti en 2014) de l’universitaire Dr Marie Rodet, les Diambourou https://vimeo.com/245704895 , serait d’un grand intérêt. C’est sur le cas du village soninké de Bouillagui au Mali.

À cet article, je ne saurait manquer d’y adjoindre une contribution d’hommage consacrée à une tante du village de #Bouillagui, rencontrée en octobre 2021 à Bamako, Madame Hawa Cissoko. C’était à l’occasion d’un événement de formation au plaidoyer anti-esclavagiste organisé à l’USJPB Bamako et à Kayes, voir https://ecrit-ose.blog/2021/11/09/%e2%9c%93temoignage-emouvant-qui-marque-la-memoire-de-la-tante-hawa-cissoko-de-bouyagui/ .


4 août 2026

KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● Livre ~ Histoire – Sénégal ~ Soninké | « MOUHAMADOU LAMINE DARAME ». Par l’anthropologue Yaya SY

Né à Goudiourou dans la première moitié du XIXe siècle, Mouhamadou Lamine a grandi dans une famille de marabouts soninkés. Il fut influencé dans son adolescence par l’aura et la réputation d’El-Hadj Omar Tall le marabout toucouleur qui a voulu rassembler les musulmans de l’Ouest contre la colonisation française du haut –fleuve.
Après ses études coraniques auprès de son père puis  à Bakel, Moumadou Lamine se rendit à la Mecque à la fin des années 1860.
Dès son retour  au  Soudan en 1885, il était étroitement surveillé par les colons français  de Tombouctou à son village natal où il fut accueilli triomphalement par Diouxa Sambella le roi du Xasso  en juillet 1885.
Le Colonel Henri Frey chef de fil des colons français lui rendit aussitôt visite pour s’enquérir de son allégeance  à l’ordre colonial naissant et balbutiant au Soudan. Mouhamadou Lamine le rassura en lui promettant de ses bonnes intentions envers les Français. 
A la fin de l’année 1885, il se rendit à Bakel pour une visite de courtoisie à ses maîtres coraniques et à sa famille Darame. Il y rencontra le Commandant Lefranc et le rassura également…  Sur le chemin du retour, arrivé à Baalou le village de ses oncles, son étoile brillait déjà au firmament de tous les pays soninkés.  Le village était rempli d’étrangers venus de partout voir le fils prodige du Soninkara occupé ou dominé par les Toucouleurs…
Il avait un vieux projet d’aller combattre les infidèles du Tenda qui l’avaient emprisonné quand il était étudiant à Bakel lors d’un conflit entre le Kaméra et le Tenda. De Balou, les jeunes venus le rejoindre le persuadèrent de mener son  projet de Jihad.
Mais beaucoup de royaumes du Soudan occidental sur le fleuve Sénégal et ses alentours  s’étaient déjà alliés aux Français par un traité de protectorat… Quand Mouhamadou Lamine voulut traverser le Boundou pour se rendre à Gamon la capitale du Tenda, le roi du Boundou Omar Penda  lui refusa le droit de passage pour raison d’alliance avec les Français… Les jeunes Soninkés dont les pays étaient occupés les fils d’El Hadj Omar comme le Jafunu et le Kingi étaient pour le passage en force…
Dès lors, les choses commencèrent à s’envenimer dans tout le haut-Sénégal…  Les Soninkés et les Toucouleurs n’ont pas pu surmonter leurs conflits ethno-religieuses pour faire face à la menace de colonisation imminente…
Un ouvrage à lire pour mieux comprendre tout le processus de phagocytage méticuleux et méthodique des pays du fleuve par la France de 1820 à la défaite d’Ahmadou le fils aîné d’El Hadj Omar face au colonel Archinard le 1Er janvier 1891.

Yaya SY

● Réflexion – Contribution | « Une société ne construit pas nécessairement la paix en supprimant les différences, mais en apprenant à organiser les différences. » Tentative de réflexion par le Dr. Ousmane Sao


Introduction

I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société

II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée

III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales
Pour ne pas conclure

● Introduction

Toute société humaine est caractérisée par la diversité. Les individus qui la composent ne partagent pas tous les mêmes origines, les mêmes pratiques culturelles, les mêmes valeurs ou les mêmes conditions sociales. Cette pluralité constitue une réalité permanente de la vie collective. Cependant, les différences sociales peuvent aussi être à l’origine de tensions, de divisions et de conflits lorsque certains groupes se sentent exclus, dominés ou incompris.Face à cette situation, une question essentielle se pose : faut-il rechercher la paix sociale en supprimant les différences afin de créer une société homogène, ou faut-il plutôt apprendre à organiser cette diversité pour permettre une coexistence harmonieuse ? L’expérience des sociétés modernes montre que la disparition des différences est non seulement impossible, mais qu’elle peut également conduire à l’exclusion et à la négation des identités individuelles et collectives. La véritable question n’est donc pas de savoir comment supprimer les différences, mais comment les intégrer dans un cadre social commun.D’un point de vue sociologique, la paix sociale dépend de la capacité d’une société à produire de la cohésion, à réguler les rapports entre les groupes et à construire des mécanismes permettant la coexistence des diverses composantes sociales.Nous montrerons d’abord que les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion collective lorsqu’elles produisent des inégalités ou des oppositions entre groupes. Nous verrons ensuite que la diversité peut constituer une richesse sociale lorsqu’elle est reconnue et intégrée. Enfin, nous analyserons les moyens par lesquels une société peut organiser les différences afin de construire une paix durable.

● I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société.

Dans toute société, les individus appartiennent à différents groupes sociaux. Ils peuvent se distinguer par leur origine, leur niveau économique, leur profession, leur culture ou leur mode de vie. Ces différences ne sont pas nécessairement négatives, mais elles peuvent devenir problématiques lorsqu’elles créent des rapports d’inégalité ou d’exclusion.Les inégalités sociales constituent l’une des principales sources de tensions. Lorsqu’une partie de la population a un accès limité à l’éducation, à l’emploi, au logement ou aux services publics, elle peut développer un sentiment d’injustice et de marginalisation. La différence entre les groupes sociaux ne devient alors plus seulement une diversité, mais une hiérarchie qui menace l’équilibre collectif.Les phénomènes de discrimination renforcent également les divisions sociales. Lorsqu’un individu est défavorisé en raison de son origine, de sa culture ou de son appartenance sociale, il peut ressentir un rejet de la société dans laquelle il vit. Ces mécanismes affaiblissent le sentiment d’appartenance commune et peuvent alimenter les conflits.De plus, les différences culturelles ou identitaires peuvent provoquer des tensions lorsque les groupes refusent de reconnaître la légitimité des autres. Le manque de dialogue, les préjugés et les stéréotypes peuvent créer une opposition entre « nous » et « eux », favorisant ainsi la méfiance et la division.Ainsi, les différences peuvent représenter un défi pour la paix sociale lorsqu’elles sont associées à des inégalités, à l’exclusion ou à l’absence de reconnaissance.

● II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée.

Cependant, considérer les différences uniquement comme une source de conflits serait une vision limitée. La diversité constitue également une ressource importante pour les sociétés. Les échanges entre individus et groupes différents favorisent l’enrichissement culturel, l’innovation et la créativité collective.Une société totalement uniforme est difficilement réalisable. Les individus ont toujours des expériences, des opinions et des parcours différents. La stabilité sociale ne dépend donc pas de la disparition de ces différences, mais de la capacité à créer un espace commun dans lequel elles peuvent s’exprimer.L’intégration sociale joue ici un rôle essentiel. Elle ne signifie pas que les individus doivent abandonner leurs particularités, mais qu’ils doivent pouvoir participer pleinement à la vie collective tout en conservant certains éléments de leur identité. Une société intégrée est une société où les différences existent, mais où elles ne constituent pas un obstacle à l’égalité des droits et à la participation sociale.La diversité peut également renforcer la solidarité. Lorsque les individus apprennent à coopérer avec des personnes différentes d’eux, ils développent des compétences sociales telles que le respect, l’écoute et la capacité à négocier. La rencontre avec l’autre devient alors un facteur de développement collectif.Ainsi, la paix sociale ne repose pas sur l’uniformité, mais sur la capacité d’une société à transformer la diversité en une force collective.

● III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales.

Pour qu’une société puisse vivre en paix malgré ses différences, elle doit mettre en place des mécanismes d’organisation et de régulation. Les institutions sociales jouent un rôle essentiel dans ce processus.L’État et les institutions publiques ont pour fonction de garantir un cadre commun fondé sur l’égalité des droits. Les lois permettent de limiter les discriminations et d’assurer que les différences individuelles ou collectives ne deviennent pas des sources d’injustice. Une société pacifique est donc une société où tous les membres se sentent protégés et reconnus.L’école constitue également une institution fondamentale dans l’organisation des différences. Elle transmet des valeurs communes, favorise la socialisation des jeunes et apprend le respect des règles collectives. Elle permet aux individus issus de milieux différents de partager des références communes et de construire une identité citoyenne.Les médias, les associations et les espaces de dialogue jouent aussi un rôle important. Ils peuvent contribuer soit à renforcer les divisions sociales, soit à favoriser la compréhension entre les groupes. La manière dont une société parle de ses différences influence fortement la façon dont celles-ci sont perçues.Enfin, l’organisation des différences nécessite une culture du dialogue. Dans une société pluraliste, les désaccords sont inévitables. L’objectif n’est pas de supprimer les conflits, mais de développer des moyens pacifiques pour les gérer. La négociation, la participation citoyenne et la recherche de compromis permettent de maintenir la cohésion sociale.Ainsi, organiser les différences signifie construire des règles communes permettant à des individus différents de participer à un même projet collectif.

Pour ne pas conclure

En définitive, une société ne construit pas la paix en cherchant à supprimer les différences, car cellesci sont une réalité fondamentale de la vie sociale. Les différences deviennent dangereuses lorsqu’elles produisent des inégalités, des exclusions ou des oppositions entre groupes. En revanche, lorsqu’elles sont reconnues et encadrées par des institutions justes, elles peuvent devenir une richesse collective.La véritable cohésion sociale ne repose donc pas sur l’uniformité des individus, mais sur leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences. Le rôle d’une société moderne est ainsi de créer les conditions permettant à chaque groupe et à chaque individu de trouver sa place dans un cadre commun. Organiser les différences revient donc à construire un équilibre entre diversité et unité, entre liberté individuelle et solidarité collective. C’est dans cet équilibre que se trouve le fondement d’une paix sociale durable.

Quelques précisions :

Émile Durkheim (1858-1917) : De la division du travail social (1893) : étude des formes de solidarité qui unissent les membres d’une société.Émile Durkheim (1858-1917) : Les Règles de la méthode sociologique (1895) : définition de la sociologie comme science étudiant les faits sociaux.Émile Durkheim (1858-1917) : Le Suicide (1897) : analyse sociologique de l’influence de la société sur les comportements individuels.Max Weber (1864-1920) : Économie et société (1921-1922) : analyse des formes d’organisation sociale, du pouvoir et de l’autorité.Pierre Bourdieu (1930-2002): La Distinction (1979) : étude des différences de pratiques culturelles selon les positions sociales.

● Mauritanie ~ Système de correction du Baccalauréat | « J’accuse » Par M. Sneiba Mohamed

J’accuse

J’accuse un système de correction qui soulève aujourd’hui plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Les résultats du baccalauréat, notamment en français, ont laissé de nombreux enseignants, parents et élèves dans l’incompréhension. Certes, aucun système d’évaluation n’est infaillible. Une erreur de correction, un cas isolé, un « accident » peuvent toujours survenir. Mais lorsque les mêmes anomalies semblent se répéter, le doute devient légitime.

Comment expliquer que des élèves régulièrement évalués à plus de 15 sur 20 tout au long de l’année, par des enseignants expérimentés comptant parfois plus de trente années de carrière, obtiennent soudainement des notes de 5 sur 20 à l’examen national ? L’hypothèse d’une baisse générale de niveau ne suffit pas à justifier des écarts aussi considérables.

Il ne s’agit pas de contester le principe de l’examen, encore moins de remettre en cause le travail de tous les correcteurs. Il s’agit d’interroger un processus lorsque ses résultats apparaissent, dans de nombreux cas, en contradiction flagrante avec les performances observées durant toute une année scolaire.

Le ministère de l’Éducation nationale a aujourd’hui le devoir de dissiper les doutes. Une enquête administrative et pédagogique s’impose. Elle devrait porter sur les modalités de correction, l’harmonisation des notes, les éventuelles erreurs matérielles, ainsi que sur les écarts entre le contrôle continu et les résultats du baccalauréat.

La crédibilité d’un examen national repose avant tout sur la confiance. Or cette confiance ne peut être préservée que par la transparence. Si les résultats sont parfaitement justifiés, une investigation le démontrera. Si, en revanche, des dysfonctionnements sont constatés, ils devront être corrigés sans délai.

Parce que derrière chaque copie se trouvent des mois d’efforts, des familles qui espèrent et des enseignants qui s’investissent, il serait dangereux de laisser s’installer le soupçon.

J’accuse non pas des personnes, mais le silence face à des faits qui méritent d’être examinés avec rigueur, impartialité et responsabilité.

SNEIBA Mohamed, professeur de français, sortant de l’ENS (1988), ancien du Lycée de Boghé, du Lycée National, de Chems Dine, Les Nations, Le Petit Centre, assurant actuellement des cours au lycée privé IBTIKAR.

● Mauritanie Politique | Déclaration à chaud de Biram Dah Abeid sur la soirée média de Ghazouani

J’ai suivi avec attention la conférence de presse du chef de l’Etat mauritanien. Ce que j’en retiens d’abord, ce n’est pas un dirigeant porteur d’une vision pour la Mauritanie. C’est un chef d’Etat bouffi d’autosatisfaction. Après sept années de pouvoir, les Mauritaniens étaient en droit d’attendre des réponses sur la réconciliation, l’apaisement, la justice sociale, l’emploi, l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, la pauvreté, la corruption et la gouvernance.

Il y a un déphasage profond. Je pose la question : est-ce le chef de l’Etat qui est déconnecté de la réalité des Mauritaniens, ou les Mauritaniens qui sont déconnectés de la réalité qu’il leur présente ?

Il dit que la corruption recule. Les citoyens voient des fortunes surgir, la concentration des marchés publics entre les mêmes réseaux tribaux et de clans familiaux, et les puissants échapper à toute sanction. Et quand il présente l’augmentation des recettes de l’État comme une preuve de recul de la corruption, je pose simplement cette question : depuis quand des recettes en hausse prouvent-elles une corruption en baisse ? La vraie question, c’est comment cet argent est géré, comment les marchés sont attribués et comment les irrégularités sont sanctionnées.

Sur une éventuelle révision de la Constitution qui permettrait de briguer un troisième mandat en 2029, une phrase aurait suffi : « Je ne toucherai pas aux verrous constitutionnels. » Il ne l’a pas dite. Il a louvoyé et cultivé l’ambiguïté et parler de « volonté du peuple ».

Et ses silences sont lourds de sens : rien sur Mohamed Ould Abdel Aziz, en prison ; rien sur les députées Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour, qu’il tente de dépouiller de leur mandat ; rien sur un Parlement devenu une chambre d’enregistrement ; rien sur les détenus politiques; rien sur le parti politique interdit de légalité de son principal opposant et du seul courant capable de tenir tête au parti-Etat!!!

Ghazouani parle d’unité nationale. Nous partageons cet objectif, mais pas sa méthode. On ne construit pas la cohésion en traitant l’opposant capable de compétir et de mobiliser, comme un problème à neutraliser plutôt que comme un citoyen à convaincre.

Alors oui, les Mauritaniens doivent combattre ce système. Mais ils doivent aussi sauver le chef de l’État de ceux qui l’entourent et lui cachent cette réalité. Il n’a pas besoin de courtisans. Il a besoin qu’on lui dise la vérité. Et nous sommes prêts à la lui dire.

Nouakchott, le 25 juillet 2026

● Mauritanie : Afrikajom Center alerte sur la situation préoccupante de l’État de droit et appelle au respect des institutions républicaines

AfrikajomCenter exprime sa profonde préoccupation face aux développements récents de la situation politique et judiciaire en République islamique de Mauritanie, qui traduisent une dégradation inquiétante du respect de l’État de droit, des libertés fondamentales et du fonctionnement régulier des institutions républicaines.

©️ Lien médias https://www.afrikajomcenter.org/publications/mauritanie-afrikajom-center-alerte-sur-la-situation-pr%C3%A9occupante-de-l%E2%80%99%C3%A9tat-de-droit-et-appelle-au-respect-des-institutions-r%C3%A9publicaines/?fbclid=Iwb21leATPYitjbGNrBM9huGV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAABHp-LurEXt_S-dcJdBrM6XEt8k1g_WbyskVkRci-4hfrZM1qttfxA3y06ssH7_aem_jDe35kx4qSZdCmEI-OGA5g