
Je salue l’initiative du Gouvernement mauritanien, en particulier du ministère des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel ainsi que des institutions concernées par la gestion des ressources naturelles, d’avoir consacré le prêche du vendredi 7 août 2026 à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles et à leur préservation à la lumière des enseignements de l’islam.
Cette démarche est à la fois pertinente et symboliquement forte. Dans un pays où l’islam constitue un socle commun de valeurs, mobiliser les références coraniques et la tradition prophétique pour sensibiliser les citoyens à la protection de l’environnement peut contribuer à renforcer la conscience collective et le sens de la responsabilité envers les biens communs. J’espère que ce message rappellera aux fidèles que les ressources naturelles sont un dépôt (amānah) confié à l’humanité et que leur préservation est une responsabilité religieuse, morale et citoyenne.
Cependant, à mon humble avis, cette réflexion ne devrait pas se limiter à la seule protection ou à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles. Elle devrait également s’interroger sur la manière dont ces ressources sont produites, gouvernées, redistribuées et mises au service du développement humain.
La Mauritanie dispose d’un potentiel naturel exceptionnel : minerai de fer, or, cuivre, gaz, ressources halieutiques parmi les plus riches au monde, terres arables, potentiel solaire et éolien, ressources en eau et ressources forestières. Pourtant, malgré cette abondance, une grande partie de la population continue de faire face à la pauvreté, au chômage, aux difficultés d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux infrastructures et aux services sociaux de base.
Cette réalité pose une question fondamentale : comment expliquer le paradoxe d’un pays riche en ressources naturelles où persistent encore de fortes vulnérabilités socio-économiques, alors que la population dépasse à peine cinq millions d’habitants ?
La réponse ne réside pas uniquement dans la nécessité de mieux protéger les ressources naturelles. Elle implique aussi une réflexion approfondie sur leur gouvernance. Les enjeux concernent notamment les mécanismes de production et de captation de la rente, les modalités de redistribution des richesses, les rapports de pouvoir, les inégalités territoriales et sociales, les phénomènes de corruption, les logiques clientélistes, les solidarités tribales, les conflits sociaux et environnementaux ainsi que la participation effective des communautés aux décisions qui concernent leurs territoires.
La Mauritanie ne manque pourtant ni de lois, ni d’institutions, ni d’engagements internationaux en matière de bonne gouvernance des ressources naturelles. Le pays participe notamment à des initiatives internationales de transparence dans les industries extractives. Le véritable défi réside davantage dans la mise en œuvre effective de ces principes et dans leur appropriation par l’ensemble des acteurs.
Dans cette perspective, la prêche du vendredi pourrait également rappeler que l’islam accorde une place centrale à la justice (al-‘adl), à la transparence (al-amānah), à la consultation (ash-shūrā), à la responsabilité (al-mas’ūliyyah) et à la lutte contre toute forme d’injustice et de corruption. Ces valeurs constituent également les fondements d’une gouvernance collaborative, légitime et durable des ressources naturelles.
Lorsque les populations perçoivent que les ressources naturelles sont gérées de manière transparente, que leurs bénéfices sont équitablement répartis et qu’elles participent aux décisions qui les concernent, la protection de ces ressources devient un intérêt partagé par tous. Les citoyens ne protègent plus seulement une richesse nationale ; ils protègent également une source de développement, de bien-être et d’espoir pour les générations présentes et futures.
La préservation des ressources naturelles ne peut donc être dissociée de la justice dans leur gouvernance. L’une ne saurait produire des résultats durables sans l’autre.
En fin, cette initiative du Gouvernement constitue une excellente opportunité pour ouvrir un débat national plus large sur la gouvernance des ressources naturelles. Une gouvernance fondée sur la transparence, la participation citoyenne, la justice distributive, la responsabilité des institutions et l’équité permettrait de transformer l’abondance des ressources naturelles en un véritable levier de développement durable, plutôt qu’en une source de frustrations ou de ce que la littérature qualifie de « malédiction des ressources ».
Par Ibrahima Deh
Doctorant en sciences de l’environnement – Université du Québec à Montréal (UQAM), associé au groupe Cheurcheur.e.s en Responsabilité Sociale et Developpement Durable (CRSDD)












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