● Les foyers soninké en France ou la reproduction des hiérarchies sociales ? Par M. Souleymane Sidibé

📸 : Jeune Afrique

Il fut un temps où les foyers de travailleurs immigrés étaient bondés. Des hommes venus de plusieurs pays, de plusieurs régions ; ceux d’Afrique de l’Ouest que l’on connaît y vivaient dans une promiscuité dont on parle peu, dans des conditions matérielles souvent difficiles. Parmi eux se trouvaient les Soninko. Ils viennent travailler, envoyer de l’argent au pays , économiser (pour ceux qui peuvent connaissant la structure des lieux où de bonnes dames faisaient fortune !) et faire vivre les familles restées derrière eux. Leur présence en France était ainsi étroitement liée à une obligation de solidarité envers le village et la famille. 
Une « solidarité fétichiste », dirait l’autre.
Ils travaillent ici pour que les leurs proches puissent vivre là-bas. C’est louable dans le principe. Qu’est-ce que cela pouvait signifier dans les faits ? Ils n’avaient pas seulement transporté avec eux leurs valises et leurs souvenirs. Ils avaient également transporté une organisation sociale, des querelles, du dédain.

Dans ces foyers, les structures du village pouvaient se reconstituer à plusieurs milliers de kilomètres de leur lieu d’origine. Les appartenances anciennes, l’immobilisme sociale, les anachronismes, continuaient à organiser les relations entre les humains : « Komo », « Horo », « Ñaxamalanu », « Moodinu ». La migration ne faisait pas disparaître ces catégories. Elle les déplaçait. Le foyer devenait en quelque sorte une extension du village, avec ses solidarités, ses obligations, ses cérémonies et ses hiérarchies. C’est une contradiction qui est profonde : ces hommes vivent dans une société française qui proclame l’égalité, mais pouvaient continuer à reproduire, dans leur espace communautaire, des rapports sociaux fondés sur la naissance. Le bouclage consanguin, la hiérarchisation sociale, les réflexes de subordination, le complexe d’infériorité ou de supériorité (assez fréquents dans les rapports !) étaient une donnée dans les rapports sociaux.  La précarité du logement, la promiscuité et les tensions quotidiennes n’empêchaient pas la reproduction de cet ordre ; elles demandaient à l’aide ou même à renforcer le besoin de s’appuyer sur les structures communautaires existantes.

Les cotisations constituaient l’un des principaux mécanismes de cette solidarité. Il fallait participer aux décès, aux cérémonies, aux événements familiaux et aux dépenses collectives. Cette organisation répondait à une « nécessité » : un homme isolé dans un pays étranger ne pouvait pas toujours affronter seul les obligations qui pesaient sur lui et sa famille.
La « solidarité fétichiste » était nécessaire. Elle l’est encore de nos jours à leurs yeux : les habitants du foyer avec les tares et l’esprit du village. Les anciennes distinctions sociales continuent ainsi à produire leurs effets dans un environnement nouveau. La naissance, la famille et le statut hérité sont encore déterminant dans le regard, les tâches et les attentes que le groupe formulait.

Cette organisation devenait particulièrement contraignante lorsqu’un individu cherchait à s’en détacher. Il fut un temps, un jeune qui quittait le foyer pour prendre un logement, trouver un métier, fonder une famille et construire une existence indépendante pouvait être considéré comme quelqu’un qui s’éloignait des siens. La rumeur devenait alors une forme de contrôle social : « Il a changé » ; « Il a oublié les autres » ; « Il est venu au pays des Blancs pour se détourner de ses frères ». Le simple fait de vouloir organiser sa vie autrement pouvait être interprété comme une rupture avec la communauté. Ceux qui réussissaient à sortir du foyer et à construire leur autonomie pouvaient progressivement réduire leur dépendance à l’égard de cette organisation, mais cette émancipation n’était pas toujours sans conséquences. Dans un univers où l’appartenance engage l’individu auprès de sa famille et de son groupe, devenir autonome pouvait apparaître comme une forme de défection.

Les cérémonies permettaient également de maintenir les anciennes répartitions. Certaines personnes étaient chargées de cuisiner, de servir ou d’accomplir les tâches associées à leur statut, tandis que les marabouts « Moodinu » assuraient les récitations religieuses. Ces fonctions n’étaient pas simplement des rôles pratiques : elles pouvaient rappeler la place attribuée à chacun dans l’ordre social. Ce qui rendait le phénomène particulièrement puissant, c’était son caractère ordinaire. Il n’était pas nécessaire d’expliquer chaque fois pourquoi telle personne faisait telle chose. La distinction était connue de tous, transmise par la famille et intégrée aux habitudes. Une hiérarchie sociale peut ainsi survivre sans avoir besoin d’être constamment formulée, parce qu’elle finit par être vécue comme quelque chose de naturel. Ne cotisaient que ceux qui sont d’une certaine ascendance ; les autres s’occupaient de la cuisine et des corvées…

Avec le regroupement familial, les femmes et les enfants ont progressivement rejoint les hommes installés en France. Beaucoup d’hommes ont alors quitté les foyers pour s’installer dans des logements ordinaires. Mais le déplacement hors du foyer ne signifiait pas nécessairement la disparition des obligations communautaires. Les décès, les cérémonies et les événements collectifs continuaient à mobiliser les mêmes réseaux. La mort occupait notamment une place considérable dans cette organisation. Les cotisations, les caisses de solidarité, l’organisation des cérémonies et le rapatriement des corps formaient une véritable économie de la mort. La solidarité était indispensable, mais elle entretenait aussi des obligations qui pouvaient se prolonger jusqu’au dernier moment de la vie. Le foyer cessait d’être le lieu quotidien de résidence, mais il pouvait redevenir le lieu vers lequel on revenait lorsque les circonstances l’exigeaient.

Puis sont arrivées les générations nées en France, et avec elles une contradiction plus difficile à ignorer. Ces enfants naissent dans une République qui proclame l’égalité devant la loi. Ils sont scolarisés en France, grandissent dans les villes françaises et appartiennent à une génération qui n’a pas nécessairement connu le village que les parents évoquent. Pourtant, lors de certaines cérémonies, ils peuvent être replacés dans les catégories sociales héritées de leurs parents. Les danses elles-mêmes peuvent reproduire ces distinctions : danse des Komo (« personnes serviles »), danse des Horo («nobles »), danse des « Tago » (« forgerons »)…
Pour les adultes qui questionnent la signification de ces catégories : c’est la tradition. Pour l’enfant né en France, la question est différente : il se trouve inscrit dans une classification sociale qu’il n’a pas choisie et dont il ne comprend parfois même pas toute la portée.

C’est ici que la question de la transmission devient essentielle. Une hiérarchie sociale n’a pas besoin d’être présentée comme une doctrine pour se perpétuer. Elle peut passer par une cérémonie, une plaisanterie, une manière de désigner quelqu’un, une fonction attribuée à une personne ou une danse que l’on apprend aux enfants. Celui qui grandit dans cet environnement peut ne pas percevoir immédiatement la distinction qui se cache derrière la pratique. Il reçoit simplement une « mauvaise donnée ». Mais ce qui est présenté comme une tradition peut aussi contenir une conception de la place de chacun dans la société. La question n’est donc pas seulement de savoir ce que l’enfant apprend de ses origines, mais ce qu’on lui demande implicitement d’accepter avec elles.

Il ne s’agit évidemment pas de réduire les Soninké à ces pratiques, encore moins de considérer leur communauté comme un bloc homogène. Des individus ont contesté ces hiérarchies, s’en sont éloignés et ont construit leur vie en dehors de ces cadres. Ce qui mérite d’être observé est plutôt la capacité d’une organisation sociale à survivre à la migration et à se reproduire dans un autre environnement. L’émigration ne transporte pas seulement des individus. Elle transporte des rapports sociaux, des solidarités, des croyances, des mémoires et des hiérarchies. Certaines de ces structures disparaissent avec le temps, d’autres se transforment et certaines trouvent dans la communauté immigrée les conditions de leur maintien.

La difficulté apparaît lorsqu’on ne distingue plus l’héritage culturel de l’ordre social qui l’accompagnait. Une langue peut être transmise, une musique, une mémoire familiale, une religion, des récits et des pratiques collectives. Mais lorsqu’une place sociale est attribuée en fonction de la naissance, sa transmission ne relève plus seulement de la culture : elle touche directement à la liberté de l’individu. On peut connaître le monde de ses parents sans accepter qu’il détermine le sien. On peut respecter ses ancêtres sans considérer que leurs pratiques doivent gouverner la vie de leurs descendants. On peut appartenir à une communauté sans lui abandonner le droit de décider qui l’on doit être.

C’est peut-être dans cette tension que se trouve le véritable problème. Les sociétés ne transmettent pas seulement des valeurs ; mais aussi leurs anciennes distinctions, leurs réflexes et parfois leurs rapports de domination. La barbarie n’est donc pas nécessairement spectaculaire. Elle réside dans une hiérarchie devenue tellement familière qu’elle ne suscite plus de question. Elle peut se cacher derrière une cérémonie, une obligation familiale ou une tradition que personne ne pense à interroger. Elle peut traverser les frontières avec ceux qui la portent et trouver refuge dans un pays qui proclame pourtant la liberté, l’égalité et la fraternité.

L’arrivée de Ganbanaaxu (l’idée d’une révolution en pays sooninké) a suscité un accueil qui n’était pas celui escompté.  L’idée a fait les frais d’un accueil plutôt réticent, alors qu’elle ne s’y prêtait guère. Heureusement qu’elle n’a pas fait chou blanc. L’ordre social a été secoué. Le progrès social a été accentué. Que chacun accepte la dignité de l’autre. Les réflexes d’assujettissement se sont émoussés. Les milieux les plus réfractaires ont été touché. Des foyers parisiens aux villages, le mot d’ordre est : autodétermination. Doit diriger la prière, celui qui a maitrisé les textes. Doit être mis en avant celui ou celle qui a le meilleur(e) programme dans les élections municipales. Doit gérer les caisses, une équipe démocratique. Bien sûr que des tensions sont nées du refus de certains « blessés de l’existence ». Mais chaque famille est responsable d’elle-même. Cette réorganisation sociale a amorcé l’éveil citoyen et le changement. L’ancien ordre a activé ses leviers (pouvoir, lobbys, etc.). Mais l’autre penseur anglais disait d’une idée qu’elle devient une force lorsqu’elle s’empare de la masse. Après avoir sévi (pris racine) en un lieu, Ganbanaaxu a gagné d’autres horizons, réputés plus éclairés, mais où se manifestaient avec une subtilité plus pernicieuse les pratiques rétrogrades.

Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, une question demeure : l’enfant à qui l’on transmet cette histoire peut-il recevoir la mémoire de ses parents sans recevoir leur place sociale ? Peut-il appartenir à une communauté sans être enfermé dans les catégories qu’elle a héritées de son passé ? La réponse à ces questions détermine peut-être la différence entre une culture qui se transmet et une structure sociale qui se perpétue. La première donne à l’individu une histoire ; la seconde risque de lui donner une place avant même qu’il ait eu la possibilité de choisir la sienne. Sans oublier que les personnages qui manipulent sooninkara (surtout en Mauritanie !) aujourd’hui forment leurs enfants dans les plus grandes universités au monde en tirant les ficelles de l’immobilisme social.

📸 : Jeune Afrique

Souleymane Sidibé

● Mauritanie ~ Guidimagha | 24 septembre 2026 – Une étrange « sauce politicienne soninké » à Sélibaby.

Ici (📷1) une réunion entre référents tradi-politiques de certains clans sociaux soninkés de la région (issus de différentes localités) avec la présence d’élus d’un quart représentant du camp encarté Insaf (parti au pouvoir  ). Officiellement…c’est pour la restitution attendue de leurs émissaires reçus par le président de la République Ould Ghazouani (📷2) il y a quelques mois. Officieusement, ce serait plutôt un autre épisode dans l’agenda concurrentiel entre tendances clanico-politiques soninkés du camp présidentiel dans la région. Ici leur chef de fil est le député Sidney Sokhna qui, dans son discours du jour, a plus explicité la substance du briefing attendu des émissaires. Dont leur mission aurait été principalement « demander au président l’éradication de l’éveil anti-esclavagiste et anti-féodal du mouvement social Ganbanaaxu dans les villages ». Une posture qui apparaît en filigrane dans leur prise de parole. Et M. Sokhna d’utiliser un langage politicien pour réconforter ses  soutiens et relais sociaux en face concernant leurs régimes coutumiers tout en prônant entre les lignes une nécessité d’inclusion qui serait demandée par le président de la République.

Dans ce compte-rendu exposé en mondovision, les propos d’un des émissaires nécessitent un focus par son fond insolite comme doléance. Ce monsieur qui serait originaire de la localité de Bouanze assume publiquement qu’ils ont demandé l’érection de leur chefferie clanico-politique comme un cran administrativement reconnu. Ils veulent une faveur étrangement singulière au-dessus des autres citoyens avec l’identification de leur chef-maison par le drapeau national. Ainsi, ils font fi visiblement des segments relais de l’administration normale (Mairie, Arrondissement, Département et Région). Un appel implicite à un séparatisme dans le corps institutionnel de la RÉPUBLIQUE. Une requête scandaleuse qui ne semble pas heurter les élus (députés et maires) présents lors cette rencontre aux visées nébuleuses finalement pour tous les observateurs extérieurs.

● Fait à noter : la présence du référent traditionnel de Bambaradougou (quartier-village dans Sélibaby). En la personne de M. Bafode Traoré (📷3) qui déclare que de mémoire, c’est la première fois qu’un référent traditionnel de leur localité a été invité à une réunion du genre entre autres représentants clanico-politiques soninkés. Il a salué cette évolution… naturellement à entendre son discours mais est-il suffisamment aux faits de la portée de l’instrumentalisation orchestrée avec sa présence dans pareille assemblée seulement aujourd’hui en 2026…?
Le député Sidney Sokhna n’a pas raté l’occasion de l’afficher en exemple (comme par hasard) dans son propos pour appuyer ses positions pro anciens régimes coutumiers intrinsèquement féodaux et discriminatoires dans les villages soninkés.

En résumé la rencontre c’est : travail et sensibilisation politique des relais clients sociaux entre tendances pro pouvoir et tentatives de délégitimer encore l’éveil anti-esclavagiste Ganbanaaxu qui aspire à plus d’égalité sociale et contre les discriminations statutaires. Les dynamiques de l’autogestion sociale des descendants d’esclaves organisés en citoyens éveillés dans les localités soninkés sont difficilement acceptables pour les régimes tradi-politiques et leurs parrains politiques qui sont par ailleurs de la même souche sociologique généralement.

À suivre…

Paisible Vendredi à TOUS.

Nous sommes le 25 septembre 2026… BONNE JOURNÉE DE LA LANGUE SONINKÉ À L’ENSEMBLE LOCUTEUR DE CETTE BELLE LANGUE🎉 . 

KS pour le BLOG

● Mauritanie ~ Politique | Nos réalités sont dans nos affiches et symboles folkloriques !


Je viens d’écouter la note vocale de précision du président Biram Dah Abeid concernant la substance et les circonstances de sa prise de parole d’hier soir dans la zone de Boghé (Brakna). Il a parlé en pular, une langue dont il ignore beaucoup de ses subtilités diffuses potentiellement chargées… et sûrement il porterait beaucoup plus d’attention prochainement en cas d’espèce. J’ose croire.

Ce qui est d’évidence de marché public en Mauritanie, quasiment dans toutes nos communautés sociolinguistiques, les « cadets sociaux » en particulier la composition sociale assignée « esclave » ou anciennement « esclave » fait l’objet d’une fourbe exploitation (parfois dite volontaire) lors de grands rassemblements théâtraux. Généralement, ceux qui sont exposés publiquement dans le folklore dit d’animation culturelle devant les hôtes et invités de renom, n’accèdent que rarement aux rencontres sérieuses à huis clos pour parler et exposer leurs doléances sociales et politiques. Il y seront méthodiquement empêchés par conditionnement en amont et ne servent que d’ambianceurs avec de petits traitements pécuniaires à la fin.
Une réalité trans-communautaire très répandue… et qui ne changera que si le personnel politique dans son ensemble OSE ENFIN affronter les mécanismes producteurs : les régimes tradi-politiques foncièrement féodaux et ses marges esclavagistes. Souvent appelés subtilement les « notables » au sens de relais élites qui occupent généralement les positions valorisantes et SURTOUT PAR HÉRITAGE. Ici le langage politique du CITOYEN n’existe pas dans l’enclos communautaire, ce sont les hiérarchies hermétiques avec assignations sociales et droit du sang qui prévalent. Ça peut CRIER le jour, anti-esclavagiste et antiraciste hors-sol notamment concernant d’autres communautés (pour ne pas dire exclusivement dans l’ensemble maure « haratines-arabo-berbères ») et ENTRETENIR la nuit, les suprémacismes sociaux dans sa propre communauté. Une typologie d’animation militante d’apparence progressiste ou à la géographie variable (le village à part, le pays à part), est malheureusement observable dans le pays comme dans les diasporas mauritaniennes politisées en occident.

Petite morale de provoc : celui qui te refuse comme référent traditionnel (par le droit d’aînesse) et qui se dit lutter pour que tu deviennes président de la République, il spécule avec un ticket de tontine (tremplins politiques et autres avantages…) sur toi. Un grand leurre.
Et la période de la bagarre est devant vous… lorsque l’idéologie progressiste à l’échelle étatique menace résolument ses références tradi-politiques  dans son groupe sociolinguistique.

27 septembre 2026

KS pour le BLOG

● Mauritanie ~ Politique | Guidimakha : la chefferie traditionnelle au cœur d’un agenda politique. Par M. Moussa Hamet SOUMARÉ


Les chefs de village soninké du Guidimakha ont été conviés, jeudi 24 septembre 2026, à une rencontre inédite tant dans son style que dans son genre,  organisée par un groupe politique Soninké affilié au pouvoir.

La rencontre est organisée à l’initiative du leader de cette tendance politique même,  il y avait également d’autres politiques soninké issus d’autres formations politiques.

Cette assemblée Soninké, loin d’être représentive de la configuration du Soninkara actuel du Guidimakha est motivée par une seule préoccupation : celle d’œuvrer au maintien du statu quo social, pour freiner l’élan d’éancipation lancé par le mouvement abolitionniste soninké Ganbanaaxu Fedde. En effet, la question de l’esclavage intra-soninké au Guidimakha est devenue un véritable fonds de commerce économique et politique pour les hommes politiques Soninké.

Opportuniste dans l’âme et stratège aguerri, le chef de file du groupe politique en question a trouvé meilleure idée de se refaire une santé politique pour combler ses déconvenues et la perte de sa mainmise politique sur le Guidimakha.

Ainsi, ce personnage politique sulfureux a choisi un agenda politique : la venue imminente au Guidimakha du coordinateur du parti au pouvoir, l’INSAF, pour convoquer les dignitaires du Guidimakha, une partie du Guidimakha, sous prétexte de leur restituer le contenu d’un entretien entre des représentants des chefs de villages soninké du Guidimakha et le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

Voilà le meilleur moyen de galvaniser l’orgueil de la chefferie traditionnelle. Le groupe restreint qui a rencontré le président de la République a pris la parole pour rassurer la chefferie en ces termes : « le chef de l’État compte beaucoup sur vous et vous  demande d’être patients et davantage à l’écoute ».

Ce qui est bizarre, c’est qu’il n’a jamais été mentionné, dans leur restitution oral, que le président de la République avait parlé de la citoyenneté, qui est la règle d’or dans une République démocratique, de la criminalisation de l’esclavage et des discours apologistes.

C’est dire que si Ould Ghazouani a manqué de rappeler à l’intention des représentants soninké qu’il a rencontrés la primauté de l’État et de ses lois sur les considérations locales et traditionnelles, il aura failli par complaisance et double standard, ce qui romprait avec les discours de Ouadane et de Djéol.

À l’issue de cette rencontre, chacun peut comprendre que le Guidimakha des chefs traditionnels a son agenda et ses préoccupations, qui ne sont pas ceux de la population. Les premiers sont hantés par la continuation d’une tradition féodale et esclavagiste, en contradiction avec la législation nationale, alors que la première préoccupation des seconds reste les questions existentielles et vitales : le développement du Guidimakha, la lutte contre la pauvreté, la question de l’état civil, l’enclavement de la région, la déliquescence et le manque d’infrastructures socio-économiques et éducatives, la corruption et les abus normalisés par les autorités locales, etc.

À Sélibaby, on rencontre encore des populations qui passent des nuits devant le centre d’enrôlement, espérant chaque jour être enrôlées et retrouver leur citoyenneté qu’on leur a arrachée. Dans chaque famille, soninké, pulaar essentiellement, on trouve un cousin, une sœur, une tante ou un oncle qui est devenu apatride. Dans la diaspora, certains ont perdu leur carte de séjour faute de pouvoir fournir aux autorités du pays d’accueil, en France notamment, un nouvel acte de naissance ou un passeport biométrique. Ces sujets ont été occultés, car ils n’intéressent pas nos politiques et encore moins les chefs de village.

Connaissant la mentalité et la psychologie de la chefferie traditionnelle soninké, surtout dans un contexte où le mouvement abolitionniste soninké Ganbanaaxu Fedde a le vent en poupe, Sidney utilise les chefs de village pour essayer de retrouver une santé politique, à travers le vieux dicton : « Diviser pour mieux régner. »

Le Guidimakha des sages doit pouvoir décrypter les tenants et aboutissants de cette rencontre pour en comprendre le caractère opportuniste et politique.

Il était plus sage, honorable et même raisonnable pour les dignitaires soninké du Guidimakha de chercher la voie de la paix, de privilégier le dialogue avec les abolitionnistes et progressistes, plutôt que de remuer le couteau dans la plaie.

Nous assistons de nos jours à une configuration inédite de la chefferie traditionnelle soninké, et même de nos villages. Comme un navire sans capitaine qui tangue dans tous les sens. Des terroirs meurtris, sans âme, devenus des terreaux fertiles aux discours de haine et séparatistes.

Nouakchott le 26 septembre 2026

Moussa SOUMARE
Membre du conseil régional Guidimakha

● Contribution | Changeons le prisme de la caméra. Par M. Seyre Sidibe



Il faut le leur concéder, à nos amis et compatriotes Maures : ils ont une carapace qui leur permet de supporter, d’être plus tolérants, réceptifs à la critique, et même à la calomnie. Je mesure maintenant la difficulté qu’ils éprouvent lorsqu’on s’attaque à la Mauritanie, le » foyer national »  sous le prisme de la société Maure. Parce qu’elle est au pouvoir et ne peut pas être « innocente » à tout point de vue de la situation déplorable que connait notre pays.

C’est pourtant notre exercice quotidien :  » les Maures ont gâté le pays » ,  « les Maures ont conduit la Mauritanie vers le chaos ». On va jusqu’à faire l’amalgame, consciemment ou inconsciemment, à  travers un abus de langage nourri par la passion ; en désignant pour responsables tous les Beydanes du pays du marasme, de l’hécatombe et du racisme normalisé. Or, il y a une portion des Maures qui n’a jamais fait de mal à personne et qui subit autant les injustices et les discriminations.

Cette rhétorique qui consiste à jeter l’opprobre sur la communauté Maure est bien accueillie et appréciée dans le milieu Négro-mauritanien qu’il soit intellectuel ou  populaire. Et lorsque certains Maures, agacés par l’acharnement et la satire contre leur communauté, sortent du silence, ces derniers sont pris à partie et lynchés sur les réseaux sociaux. Ils sont traités de racistes, de chauvins, de nationalistes arabes, de suprémacistes, etc.

Cependant dès qu’on parle de l’esclavage par ascendance chez les Soninké, des inégalités et des  injustices intra-soninke, il y a en a qui perdent tout leurs moyens et toute la lucidité qu’on leur connait.

Or, ce qu’on appelle racisme beydane exclut, stigmatise et discrimine au même titre que le système de castes dans nos communautés sociolinguistiques. Critiquer les autres semble être un exercice plaisant, qui stimule l’esprit et la réflexion de beaucoup d’entre nous.

Les Noirs mauritaniens développent souvent une complicité et une similitude de raisonnement et d’approche lorsqu’il s’agit de « dézinguer « nos compatriotes au pouvoir.

Cependant, cette entente n’est valable que lorsqu’il s’agit de parler de l’autre. Il suffit d’orienter la caméra sur nous-mêmes pour qu’apparaissent : cacophonie, ambivalence, duplicité et même confusion.

Ainsi, certains grands défenseurs des droits de l’homme, des idées progressistes, de la citoyenneté, de l’inclusivité sociale et de la méritocratie perdent leur rigueur analytique, leur aptitude à la réflexion critique dès lors qu’il est question de parler de leur village, de la chefferie traditionnelle et du droit des franges marginalisées dans nos contrées.

Ce sont les mêmes qui s’insurgent contre la nomination des ministres selon les logiques tribales ; ce sont les mêmes qui dénoncent l’esclavage, mais un esclavage qui n’existe dans leur subconscient que chez les Maures (Beydane maître et Haratine esclave).

Chez nous aussi, il est question d’esclavage et d’assignation sociale, où les chaînes sont moins visibles. Mais elles sont là pour freiner, cataloguer les individus afin de les réduire dans un carcan social hérité qui les étouffe et les empêche d’être eux-mêmes, mais plutôt les clichés projetés par la société.

Merci aux réseaux sociaux d’avoir permis de donner la parole à tout le monde, même de manière virtuelle.

Ce qui a permis de révéler au grand jour la face cachée de chacun d’entre nous, nos limites et nos certitudes, nos dogmes, nos craintes et nos hantises, etc. Les masques sont tombés. La lumière est partout.

L’exigence de justice et d’égalité doit commencer par soi-même, avant de vouloir l’imposer à l’autre. Qui mieux que le Noir mauritanien peut comprendre le malheur d’être infériorisé, minimisé, chosifié, discriminé et exclu ?

Nous avons un dénominateur commun qui nous impose d’apprendre à nous respecter les uns les autres, au risque de disparaître.

Et la première règle du respect est d’aller au-delà des intentions et des discours proclamant « l’égalité entre tous » : « Ganbanaaxu ». Il faut désormais apprendre  à intégrer le concept Ganbanaaxu dans toutes nos manifestations, dans nos rapports sociaux et politiques. C’est la garantie d’un Soninkara apaisé, fort et rassemblé.

Seyré SIDIBE

● JOURNEE INTERNATIONALE DE LA LANGUE SONINKE 2026 | ÉLÉMENT CONTRIBUTIF PAR LES « AMIS PROGRESSISTES » ET PARTENAIRES. [Textes et audiovisuel]

À l’occasion de la Journée internationale de la langue soninké, proclamée le 25 septembre de chaque année par l’UNESCO sous le numéro de résolution 42 C/Résolution 53 (adoptée en novembre 2023 lors de la 42e session de la Conférence générale), des sympathisants et militants de l’engagement progressiste de Ganbanaaxu Fedde lancent une initiative culturelle visant à mettre en valeur, à travers la langue soninké, les idéaux de Ganbanaaxu fondés sur l’égalité en dignité, la fraternité, la solidarité, l’unité et le vivreensemble.
Le poème suivant, en langue soninké suivi de la traduction approximative en langue française, se déclame en deux grandes parties. La première partie est écrite par le groupe « Les Amis progressistes », un groupe de travail et de réflexion sur les enjeux contemporains de manière générale et sur la société soninké en particulier. Ce sont tous des militants engagés pour les droits de l’homme et qui œuvrent pour l’expansion de l’idéologie « Ganbannaxu » (égalité dans la dignité) au sein de la communauté soninké, une société réputée conservatrice et hiérarchisée. Les initiateurs de ce projet ont collaboré étroitement et partagent le combat de Ganbannaxu avec l’auteur de la deuxième partie de ce poème, Bouba MAGASSA (Diawara, Sénégal).
Le groupe « Les amis progressistes » est composé de : 
– Koundou SOUMARE (Dafort, Mauritanie)
– Issa BA dit Gangara (Bakel, Senegal)
– Issa CAMARA (Toulel, Mauritanie)
– Biranté SIDIBE (Dembacane, Senegal)
– Souleymane CISSOKHO (Toulel, Mauritanie)
– Sikhou DIARRA dit Cheikh Mohamed (Wompou, Mauritanie)


• Le Poème
Partie 1 :
Sooninke : an xanne, an yerewuraaxu, an hooraaxu Sooninkan xannen koota, sewoyen koota.
Sooninkan xannen koota, ñaxaliyen koota.
Sooninkan xannen koota, sooninkaaxu koota.
Sooninkaaxu feti roxomaxantaaxu, sooninkaaxu ni yerewuraaxu.
Sooninkaaxu feti fasoŋontaaxu, sooninkaaxu ni hooraxu.

Haadama remme su nan fatanta ñaana hooren ya.
Hooraaxun feti xeyaado 
Yerewuraaxu xa feti Xeyaado,
Haadama remme su gollen do a sigimoxon ra wa yemme su ñaana yerewuru ya.
Haadama remme su gollen do a sigimoxo ra wa yemme su ñaana hoore ya.

Faaba xase do kisima xase ra nta, sere ñaana yerewuru ya  Faaba xase do kisima xase ra nta, sere ñaana hoore ya.
Faaban danbe feti yerewuraaxu.
Saaxan danbe feti hooraaxu.
Yemme su ga balla yeretigiyen ŋa, ken kaman ni yerewurun ya.
Yemme su ga balla yeretigiyen ŋa, ken kaman ni hooren ya.

Duna su da roxomaxantaaxunun bulu kuudo na haadama remmaaxun xiiman Wurugi.
Haadama remmaaxun xiiman feti fo kontinte ya.
Hadama remmaaxun xiima yaani fo timmanten ŋa.
Xiima feti fo roxe, 
Fo roxe xa feti xiima.
Yerewuraaxu, hooraaxu, a do xiima, sere su yimme yaani ku fiini gollini duuda.
Sere su yimme yaani ku fiini tangana duuda.
Haadama remme su yimme yaani ku fiini dabarini duuda.

Haadama remme su nan xawa i men fune ñaana duuda aaxi ya.
Duna sere sirun su yan gollini aaxaaxu danŋa. 
Duna sere sirun su yan gollini Ganbaanaaxu danŋa.
Haadama remme su nta fatanta balla aaxaaxu do Ganbaanaaxu.
Fonxulle, fonbinne, o su nan fatanta, senbe kinni aaxaaxu do Ganbaanaaxu.
Haadama remmaaxu, aaxaaxu, a do Ganbaanaaxu, ku yaani  duna fonxura
Fonxura be ra ga wuron bitan binnen xatana.


Partie 2 :

O jomu 
Sooninka nxanne, ndo sooninko nkuure ye ŋa Awa finna qurungu nxuubene ji noxo.  Duna Fon kullun su kafi GANBANAAXU, nfuura hoore noxo nŋa Yerewuraxu ntigiti ya, Fosonwuntaawu, kofo xonne ida kari. Tuwaaxun ya be su muuri fo , baanaganxaaxu ndi wara kaane. Yerewuraxu, hooraxu, tuwaaxu, yexu, ku su ma ña dura nxabiila ma duran danbe 
Afiriki fatanbinnu soninkara wa dura nkaara . O suuxe do i xannu, nan gollobe katta i jamaanu xari kalle. Nxa ke su ma sooninko ntuuwano ndo i senbe gumun ya, googotidaano, do sinmaano. Ko fo jomu.  sooninkara duuraxu  :  kitanto nxa ?ituwaano nxa?fonna xayu xa ? O bara o soninkara o bara xanne daga kaane.
Nan bara GANBANAAXU fuure ntagana, nan toxo a noxo ti banaaxu, Yerewuraxu be su dura njukku geni. Hooraxu besu taqqe, tuwaaxu be su muuri fo. Sigi dingira tuwaaxun gada ke be kinni. 
O su sanqi : jelegin gabo, misikiinaxu nma xatee, tuwa nbalaxun ma sanku, ke terinde su. 
O siilaamaaxun lanpu .
Ke TUNKA !
O jomu sooninko

● Traduction approximative :
Partie 1 :
SONINKÉ : ta langue, ta probité (intégrité), ta dignité
Journée de la langue soninké, un jour de joie et de bonheur. La journée de la langue soninké, journée de soninkaxu.
Soninkaxu, ce n’est pas du mépris social ; c’est la fraternité et l’inclusion.
Soninkaxu, ce n’est pas du suprémacisme ; Soninkaxu, c’est l’égalitarisme.
Tous les êtres humains naissent égaux en dignité. La probité ne s’hérite pas, elle s’acquiert. L’intégrité, non plus.
Tout être humain tient sa valeur de ses propres actes ; fais de toi un être digne.
Tout être humain est digne par ses œuvres et son attitude.
Ta filiation n’est pas une cage de rectitude comportementale et de noblesse.
L’ascendance non plus n’est pas une garantie de noblesse.
La lignée paternelle ne garantit pas à elle seule l’intégrité. La lignée maternelle non plus.
Est également noble celui qui s’évite le déshonneur.
La plupart de l’humanité a combattu les inégalités pour promouvoir la dignité humaine.
La valeur humaine n’est pas négligeable. La valorisation de l’humain doit être pleine et entière.
Cette valeur n’est pas banale. Et le rabaissement non plus n’est pas une valeur.

Liberté, dignité et lumière : nul ne peut, seul, œuvrer pour elles.
C’est à tout un chacun de les protéger et de les préserver.
C’est à chacun, individuellement, de garantir la préservation de ces valeurs.
Que tous les êtres humains sachent que leurs droits sont liés les uns aux autres.
Nul, au monde, ne peut œuvrer seul pour les droits.
Nul, au monde, ne peut œuvrer seul pour la justice.
Les êtres humains ne naissent pas déjà maîtres des droits et de la justice.
Blancs comme noirs, tous naissent avec la force d’établir les droits et la justice.
L’humanité, les droits et la justice : voilà ensemble la grandeur du monde.
Et cette grandeur-là ne se bâtit pas en un seul jour.

Partie 2 :

Notre épanouissement !
La langue et l’essor de la communauté Soninké peinent à trouver son éclat
La société occidentale a cultivé les principes d’égalité et de probité
Ils ont déraciné l’arbre des inégalités et de l’injustice sociale.
Ils ont démocratisé le savoir et promu l’égalité. 
La dignité et la science ne sont pas monopolisé.
Les africains, les soninkés en particulier, nous avons maitrisé leur langue, sillonner leur territoire parfois au péril de nos vies sans tirer notre épingle du jeu.

Notre épanouissement !
Nos terroirs se vide : Où sont nos notables ? Où sont nos érudits ? Où est notre jeunesse ? Notre société s’étiole !
En refusant de construire une société juste et égalitaire, de considérer la dignité comme inhérent à l’homme, d’estimer la science comme universelle et le mérite comme personnelle
Nous nous sommes éparpillés, les responsabilités ne sont pas situées, la pauvreté prend de l’ampleur, l’ignorance perdurent, et notre foi se fragilise, en dépit de tout ce périple
Oh mon Dieu

Notre épanouissement !

©️ L’équipe « Les Amis progressistes »

● Contribution | La fièvre d’être Soninké. Par M. Seyre SIDIBE



Derrière la fièvre de proclamer sa fierté d’être Soninké devant les projecteurs se cache une réalité bien plus amère. Celle qui ronge tout bon Soninké, soucieux de l’égalité et de la justice entre les membres d’une même communauté sociolinguistique.

Un Soninkara divisé, fragilisé et piégé par son orgueil et son refus d’entendre ses propres rugissements et soupirs internes. Chacun retournera ou retrouvera, au terme de la journée du 25 septembre, son village avec ses réalités soninké bien tristes : climat délétère, suspicion et animosités ambiantes, guerre de clans et de classes, etc.

Cette tribune aurait été l’occasion d’appeler à la paix entre Soninké, de solder les différends et de raviver la flamme d’un Soninkara plus égalitaire et apaisé.

En effet, il n’y a aucune société qui puisse véritablement s’épanouir, se développer dans la haine et en dehors de la paix.

Célébrer la langue et la culture soninké à Paris est en soi une tribune opportune et une perche tendue à la communauté soninké pour aller de l’avant.

L’avant, c’est la modernité, c’est le désir de se développer, de s’adapter et de faire preuve de résilience. La capacité à changer les codes et les mots de passe qui trébuchent, ainsi que les logiciels devenus obsolètes.

On ne peut pas construire une société soninké viable avec seulement de la nostalgie comme moteur et en faisant fi des réalités du moment. Un diagnostic sans complaisance est nécessaire pour définir un nouveau cap, celui de l’inclusivité sociale, du pragmatisme social et de la dignité comme élément fédérateur entre les Soninké.

En effet, la meilleure façon de porter le costume hérité de son père, tout en restant élégant sans paraître ridicule, de dégager le visage de son père et de soi-même, c’est de l’ajuster à sa propre taille.

Seyré SIDIBE

● Soninkara ~ débats | M. Adama BATHILY et ses détracteurs : le philosophe face aux hypocrites?

📷 Octobre 2021 | Bamako et Nioro (Mali)


En novembre 2020, j’avais consacré cet élément de témoignage à l’endroit de l’oncle M. Adama Mady Wally Bathily.. https://ecrit-ose.blog/2020/11/08/lesclavage-par-ascendance-chez-les-soninkes-monsieur-adama-madi-waly-bathily-ou-la-voix-juste-et-humaniste-dun-avertisseur-resolu/ . Je n’ose pas dire que j’ai pu suivre et écouter suffisamment ses différentes interventions critiques et questionnements sur le champ polémiste à frictions verbales dans l’écosystème soninké autour du fait religieux (islam et arabisme)  vs l’arène encartée kémitiste notamment dans le réseau social Tiktok. Aujourd’hui, ce qui en sort en termes de joutes verbales et de tensions anathèmiques alléguent une évolution philosophique proactive chez lui. Et du bruit, il y en a beaucoup à son sujet et le camp abolitionniste et anti-esclavagiste soninké notamment l’environnement du mouvement social Ganbanaaxu Fedde ne peut être insensible (par ricochet plus ou moins) à son cas. Ces derniers temps, une certaine déviation sonore s’entend avec confusion laissant entendre que son engagement anti-esclavagiste dans la communauté soninké serait objet à une instrumentalisation liée à ses disputations théologiques avec d’autres éléments sociaux (religieux et communautaires).
De mon point de vue, je ne m’estime pas activiste d’une sorte de police de la pensée ou de la foi à l’encontre de qui que ce soit.
J’ai eu l’occasion de le côtoyer lors d’un voyage de 2 semaines au Mali en octobre 2021, je l’ai vu en homme humble accordant beaucoup d’attention aux notes et à la réflexion. Une voix d’un grand courage qui s’est manifestée tôt sans ambiguïtés contre l’esclavage intra-africain particulièrement celui qui sévit dans la communauté soninké. Il s’affirmait résolument contre les sources théologiques de l’esclavage surtout celles d’une certaine lecture validant implicitement l’asservissement des Noirs exclusivement…par certains cercles religieux arabo-musulmans et également par d’autres Noirs par effet d’imitation bien étrange.

Notre voyage du programme Études-Action pour la formation au plaidoyer anti-esclavagiste nous avait menés jusqu’à Nioro après les étapes de Bamako et de Kayes. À Nioro, auprès des rescapés  de la localité de Djandioumé où 4 pères de famille du mouvement abolitionniste Ganbanaaxu Mali (Mountagha Diarrisso, Hamet Cissokho, Gossi Cissokho et Youssouf Cissokho) avaient été lynchés à mort par une équipée criminelle féodalo-esclavagiste dans la nuit 1 septembre 2020. Lire : https://www.maliweb.net/societe/pour-avoir-refuse-leur-statut-d-esclave-quatre-personnes-sauvagement-assassinees-a-djandjoume-2893909.html . Sa prise de parole humaniste et pleine d’empathie à l’endroit des rescapés (femmes et enfants) a été d’un réconfort remarquable.

Pour rappel, sociologiquement monsieur Bathily n’est pas victime des assignations sociales de cet esclavage par ascendance dans la communauté. Et pourtant il s’est distingué avec responsabilité et courage en épousant ouvertement les idéaux anti-esclavagistes du mouvement Ganbanaaxu. Il appelait à l’implication des pouvoirs étatiques dans nos pays pour contrer sérieusement les relais intégristes et violents (certaines chefferies coutumières et subordonnés) de cette tare sociale.

Aujourd’hui, que son évolution philosophique le mène à explorer d’autres questions tendues liées au fait « islam », ne saurait constituer une indexation de disqualification contre lui dans l’engagement anti-esclavagiste. Il est de loin plus humaniste et juste que beaucoup qui baignent dans une panoplie de petites, moyennes et grandes hypocrisies dans l’enclos communautaire soninké sur la compréhension et la pratique du fait religieux islamique. Surtout quand l’idéologie suprémaciste et féodale d’un certain ethno-racisme communautaire est mis à nu face aux principes d’une théologie de libération et d’égale DIGNITÉ entre les membres d’un même groupe sociolinguistique.

Le 24 septembre 2026

KS pour le BLOG

● Mauritanie droit-de-l’hommiste | Rencontre entre pionniers Messieurs Koné Makan et Baba Ould Jiddou.

Le déjeuner, d’hier 17/09/2026, en Île de France à la maison Orange, au portail rouge, avec le Dr Koné Makan Djibril dépassait le simple cadre d’un repas. C’est une immersion immédiate dans une complicité forgée par le temps, où les décennies s’effacent en un instant.

Autour du traditionnel rituel des trois verres de thé à la menthe, la conversation s’est d’abord ancrée dans l’actualité de son récent séjour en Mauritanie, avant de remonter naturellement le fil de nos souvenirs communs. De Nouakchott à Sélibaby, des quartiers d’Alger à Bab Ezzouar à Bab El Oued,  jusqu’à nos combats militants en Île-de-France, chaque étape est réapparue avec clarté.
Nous avons évoqué les rires partagés entre nos deux familles et le sens de nos engagements, notamment la création de l’association ARMEPES, matrice du mouvement GANBANAXU, dont il fut le premier Président en France.

Aux côtés de Makan, ami et compagnon de longue date, les masques tombent. Les silences ne pèsent jamais et les rires fusent sans effort. Ce type de rencontre agit comme un ancrage essentiel : il rappelle d’où l’on vient, permet de mesurer le chemin parcouru et donne toute sa saveur à l’instant présent.

18 septembre 2026

Par M. Baba Ould Jiddou

● Contribution ~ Science | La carte du monde qui redessine l’aviation en Afrique. Par M. Fousseynou COULIBALY


L’ONU vient d’adopter une nouvelle carte du monde, plus fidèle aux proportions réelles des continents. Un changement qui semble anodin, mais qui pourrait bien redessiner notre façon de penser les distances aériennes, et en particulier la connectivité aérienne en Afrique.

Il y a deux semaines, l’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé l’usage de la projection Equal Earth, invitant le monde à s’éloigner peu à peu de la projection de Mercator, celle-là même qui, depuis des générations, trône dans nos salles de classe et façonne, sans que nous en ayons vraiment conscience, notre manière de voir la planète, y compris notre perception des distances que l’on peut parcourir en avion.

Derrière ce choix technique se cache un sujet bien plus vaste : celui d’un continent que nous avons collectivement appris à sous-estimer. Ce continent, c’est l’Afrique.

Une carte qui trompe sur les proportions

La projection de Mercator, inventée au XVIe siècle pour faciliter la navigation maritime, a un défaut bien connu des géographes : plus on s’éloigne de l’équateur, plus les terres sont étirées et grossies. Résultat, le Groenland semble aussi grand que l’Afrique sur nos cartes murales, alors qu’il est en réalité quatorze fois plus petit.

L’Afrique, elle, se trouve précisément là où cette distorsion la pénalise le plus : près de l’équateur, au centre du planisphère, mais rétrécie à l’œil comme nulle autre région du monde.

Un continent presque impossible à imaginer

À quel point l’Afrique est-elle réellement grande ? Les chiffres sont très parlants. Avec ses 30,37 millions de kilomètres carrés, le continent africain est trois fois plus vaste que l’Europe, et quatorze fois plus grand que le Groenland, qui pourtant paraît déjà immense sur nos cartes. À titre de comparaison, la seule République démocratique du Congo, avec ses 2,34 millions de kilomètres carrés, dépasse à elle seule la superficie totale du Groenland.

Les données sont encore plus éloquentes lorsqu’on assemble les pièces autrement. Car l’Afrique est si vaste qu’elle pourrait, sur le papier, accueillir en son sein plusieurs des pays que l’on considère parmi les plus grands du monde, tous à la fois. Le continent pourrait littéralement « avaler » l’Europe entière, les États-Unis (8,12 millions de km² sans l’Alaska), la Chine (9,56 millions de km²) et même l’Inde (3,28 millions de km²), et il resterait encore de la place.

Pour se figurer la chose autrement : l’Afrique compte aujourd’hui 54 pays et représente, à elle seule, environ 20 % de la surface terrestre totale du globe. Une échelle que la carte de Mercator a longtemps faussée.

Ce que cette échelle change pour l’aviation

Les cartes ne façonnent pas seulement notre culture générale : elles façonnent aussi notre intuition des distances, une intuition que l’aviation, plus que tout autre secteur, vient rapidement corriger.

Un vol entre l’Europe et l’Afrique australe n’est, en distance, pas si différent d’un vol entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est. Pourtant, dans l’imaginaire collectif, l’Afrique semble bien plus proche.

Le même phénomène se reproduit à l’intérieur même du continent. Lorsqu’on évoque la connectivité aérienne entre pays africains, on imagine volontiers, carte conventionnelle à l’appui, des trajets courts entre marchés voisins. La réalité est tout autre : traverser l’Afrique d’est en ouest peut représenter de très nombreuses heures de vol. Un trajet entre Addis-Abeba et Dakar dépasse les 6 000 kilomètres, soit davantage que la distance entre New York et Los Angeles (moins de 4 000 kilomètres). Ce n’est pas la liaison intérieure la plus longue des États-Unis, ce record revenant à Miami-Seattle (plus de 4 300 kilomètres), mais elle reste la référence la plus connue du grand public pour un vol transcontinental.

Bien sûr, les compagnies aériennes ne construisent pas leurs réseaux en regardant une carte de salle de classe. Elles s’appuient sur des distances orthodromiques précises, des temps de vol réels, les performances de leurs appareils et des modèles économiques sophistiqués. Mais le développement du transport aérien ne se limite pas à ces calculs : il dépend aussi, en amont, de la façon dont décideurs, investisseurs et voyageurs se représentent intuitivement les marchés et les distances qui les séparent.

Changer la carte pour changer le regard

C’est peut-être là que la nouvelle carte du monde peut avoir un effet, modeste mais réel : en donnant à voir l’Afrique à sa juste échelle, elle pourrait, lentement, changer cette intuition collective, et faire apparaître le continent non plus comme un ensemble de marchés proches les uns des autres, mais comme ce qu’il est réellement : un continent-monde, où la distance représente à la fois l’un des plus grands défis de la connectivité et l’un des arguments les plus puissants en faveur de l’aviation.

Changer la carte ne change pas le monde. Mais cela peut, enfin, changer la façon dont nous le regardons.

À propos de l’auteur

Fousseynou Coulibaly est ingénieur mauritanien spécialisé dans les systèmes électroniques embarqués pour l’aéronautique, l’aérospatiale, l’automobile et la robotique, fort de plus de 20 ans d’expérience internationale. Il a occupé des postes de direction technique au Royaume-Uni, chez Rolls-Royce et ZF, avant de rejoindre H55, entreprise suisse spécialisée dans les systèmes de propulsion et de stockage d’énergie pour avions électriques, où il est directeur du département électronique et de l’équipe hardware, et contribue notamment au programme de propulsion hybride-électrique (HEP) mené avec le motoriste américain Pratt & Whitney. À Rolls-Royce, il a piloté le développement électronique des ordinateurs de vol du turboréacteur Pearl 700, qui propulse les jets privés Gulfstream G700 et G800, après avoir contribué au programme Trent 7000 de l’Airbus A330neo. Chez ZF, il a dirigé la conception des systèmes mécatroniques de direction assistée arrière équipant la Porsche Panamera, la Mercedes Classe S et le Hummer électrique. En Mauritanie, il est fondateur de TABATOO, entreprise de suivi GPS et IoT, et membre du Conseil du Prix Chinguitt, plus haute distinction scientifique et culturelle du pays, nommé par décret présidentiel en 2023.