● Contribution | Et si c’était l’ordre colonial français qui sauva certains africains du joug ténébreux de l’esclavage « maison » !

📷 Bamako, 21 octobre 2021, autour de la figure symbolique descendante des pionniers anti-esclavagistes soninkés fondateurs du village de Bouillagui en 1914, le journaliste malien Goudia Konate Konate , le président Gaye Tene Traoré et votre modeste rédacteur de cet article.


L’esclavage « maison » fut (est) cette traite intra-africaine très étrangement oubliée et banalisée dans beaucoup d’études et autres mobilisations revendicatives centrées sur les problématiques africaines (pendant et après colonisation). Une Afrique esclavagiste et affreusement esclavagiste était bien en mouvement au cœur du continent qui était sous domination coloniale occidentale (française dans notre zone sahélo-saharienne). Il serait intéressant  qu’on puisse retrouver des matériaux- ressources historiques au crédit anti-esclavagiste de certains de nos figures dites résistantes anti-coloniales… par exemple : Samory Touré, Elhaj Omar Tall ou Mohamed Lamine Dramé

À leur époque d’activisme militaro-politique anti français, courant tardif 19ème siècle, des noirs esclavagisés souffraient dans des plantations au Brésil et ailleurs mais il y en avait qui étaient sous les fers de l’asservissement massif tout près dans leurs zones d’engagement contestataire. Et cette Afrique esclavagiste intra-muros d’antan rumine de nos jours par un continuum d’aspect héréditaire (l’esclavage par ascendance) au cœur sociologique de nombreuses communautés ouest-africaines, par exemple du groupe sociolinguistique #soninké. Et osons le dire, le système colonial français avec tout ce qu’il provoquait d’inique et de travers avec l’indigénat et la domination multidimensionnelle sur les populations africaines, eut fait preuve d’une certaine lucidité stratégique à une époque pour gêner les mécanismes de l’esclavage intra-africain dans certaines zones. C’est le cas de la région de Kayes dans l’actuel Mali (anciennement le Soudan français) avec la fondation de cités refuges appelées aussi « Villages liberté ». Ce fut pour contrecarrer la déferlante esclavagiste en vigueur entre africains (Noirs). Les régimes et pratiques coutumiers dans la jungle de l’époque chez les univers communautaires, acceptaient l’esclavage comme institution sociale et économique. Ainsi, nombre de leaders tradi-politiques et religieux répugnaient la présence des Blancs pas à cause de la domination politique extérieure mais parce qu’ils ne supportaient pas voir péricliter leur système d’exploitation et d’asservissement sur d’autres Noirs.

Donc.. à une époque de notre histoire, certains africains sous les violences d’un braconnage humain menées par d’autres africains, préféraient de loin la présence du relais d’un pouvoir Blanc tenu à Paris qu’être à la proie de ses semblables de peau dans un village voisin.
Une réalité historique sur la problématique de l’esclavage intra-africain qui nous rattrape de nos jours dans certaines communautés ouest-africaines où les mentalités esclavagistes persistent et des personnes ou des composantes sociales assignées statutairement « esclaves » subissent diverses représailles (expropriation des terres, expulsions, agressions physiques..) en refusant leur statut. Étrangement… dans la continuité de ce que l’ordre colonial avait laissé comme structure étatique dans nos sphères territoriales, seules les lois qui en sont inspirées tiennent de références anti-esclavagistes et abolitionnistes dans la lettre et dans l’acte au forcing par du plaidoyer actif de cercles abolitionnistes. Ni morale sociale ni prêche religieux domestiques… n’ont pu être d’activants résolument anti-esclavagistes dans nos terroirs. Ce qui répond pourquoi… certains parmi nous restent très « accrocs » socialement à l’esclavage par ascendance qui sévit autour d’eux jusqu’à dans leur concession familiale.

En guise de référence, le visionnage du film documentaire (sorti en 2014) de l’universitaire Dr Marie Rodet, les Diambourou https://vimeo.com/245704895 , serait d’un grand intérêt. C’est sur le cas du village soninké de Bouillagui au Mali.

À cet article, je ne saurait manquer d’y adjoindre une contribution d’hommage consacrée à une tante du village de #Bouillagui, rencontrée en octobre 2021 à Bamako, Madame Hawa Cissoko. C’était à l’occasion d’un événement de formation au plaidoyer anti-esclavagiste organisé à l’USJPB Bamako et à Kayes, voir https://ecrit-ose.blog/2021/11/09/%e2%9c%93temoignage-emouvant-qui-marque-la-memoire-de-la-tante-hawa-cissoko-de-bouyagui/ .


4 août 2026

KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● Livre ~ Histoire – Sénégal ~ Soninké | « MOUHAMADOU LAMINE DARAME ». Par l’anthropologue Yaya SY

Né à Goudiourou dans la première moitié du XIXe siècle, Mouhamadou Lamine a grandi dans une famille de marabouts soninkés. Il fut influencé dans son adolescence par l’aura et la réputation d’El-Hadj Omar Tall le marabout toucouleur qui a voulu rassembler les musulmans de l’Ouest contre la colonisation française du haut –fleuve.
Après ses études coraniques auprès de son père puis  à Bakel, Moumadou Lamine se rendit à la Mecque à la fin des années 1860.
Dès son retour  au  Soudan en 1885, il était étroitement surveillé par les colons français  de Tombouctou à son village natal où il fut accueilli triomphalement par Diouxa Sambella le roi du Xasso  en juillet 1885.
Le Colonel Henri Frey chef de fil des colons français lui rendit aussitôt visite pour s’enquérir de son allégeance  à l’ordre colonial naissant et balbutiant au Soudan. Mouhamadou Lamine le rassura en lui promettant de ses bonnes intentions envers les Français. 
A la fin de l’année 1885, il se rendit à Bakel pour une visite de courtoisie à ses maîtres coraniques et à sa famille Darame. Il y rencontra le Commandant Lefranc et le rassura également…  Sur le chemin du retour, arrivé à Baalou le village de ses oncles, son étoile brillait déjà au firmament de tous les pays soninkés.  Le village était rempli d’étrangers venus de partout voir le fils prodige du Soninkara occupé ou dominé par les Toucouleurs…
Il avait un vieux projet d’aller combattre les infidèles du Tenda qui l’avaient emprisonné quand il était étudiant à Bakel lors d’un conflit entre le Kaméra et le Tenda. De Balou, les jeunes venus le rejoindre le persuadèrent de mener son  projet de Jihad.
Mais beaucoup de royaumes du Soudan occidental sur le fleuve Sénégal et ses alentours  s’étaient déjà alliés aux Français par un traité de protectorat… Quand Mouhamadou Lamine voulut traverser le Boundou pour se rendre à Gamon la capitale du Tenda, le roi du Boundou Omar Penda  lui refusa le droit de passage pour raison d’alliance avec les Français… Les jeunes Soninkés dont les pays étaient occupés les fils d’El Hadj Omar comme le Jafunu et le Kingi étaient pour le passage en force…
Dès lors, les choses commencèrent à s’envenimer dans tout le haut-Sénégal…  Les Soninkés et les Toucouleurs n’ont pas pu surmonter leurs conflits ethno-religieuses pour faire face à la menace de colonisation imminente…
Un ouvrage à lire pour mieux comprendre tout le processus de phagocytage méticuleux et méthodique des pays du fleuve par la France de 1820 à la défaite d’Ahmadou le fils aîné d’El Hadj Omar face au colonel Archinard le 1Er janvier 1891.

Yaya SY

● L’idéologie esclavagiste et Ahmed Al-Wansharisi : Une interprétation religieuse d’un passé qui fait écho à un présent problématique.

—In Le génocide voilé de Tidiane N’Diaye, il y est rapporté quelques perles d’une certaine sincérité à propos de l’esclavage sous certaine caution religieuse LUE de l’islam. C’est une interprétation signée qu’il cite d’un marocain à la page 127 : « Le Marocain Ahmed al-Wancharisi, dans une singulière interprétation des textes, décrétait : « Seul un incroyant peut être réduit en esclavage. Mais s’il y a un doute sur la date à laquelle un homme est devenu esclave et s’est converti à l’Islam, on ne peut remettre en question sa vente ou sa possession.  » Il ajoute que « la conversion à l’Islam ne conduit pas forcément à la libération, car l’esclavage est une humiliation due à l’incroyance présente ou passée » »

Ici une substance étrangement similaire à ce qu’on peut entendre du narratif pro esclavage de nos jours, chez certains de nos milieux. Al-Wansharisi ayant vécu courant 15 ème siècle et début 16 ème, a toujours beaucoup d’apprentis héritiers idéologiquement parmi nos lettrés religieux dans cette interprétation foncièrement apologétique de l’esclavage comme institution impérialiste et guerrière. Selon cette école, la prédication prendrait plutôt une motivation d’un braconnage mercantile du « butin humain » à asservir à cause de l’incroyance ou même d’une croyance de date récente. Une trouvaille lue qui me fait penser à certains discours de tenants intégristes des coutumes esclavagistes chez les Soninkés. Par exemple, le marabout malien décédé il y a quelques années (paix à son âme) Mohamed khoumba Touré et ses suiveurs activistes féodaux plaidaient et plaident une lecture interprétative relativement ressemblante au sujet de l’esclavage par ascendance dans la communauté soninké. Selon eux…. les personnes assignées statutairement « esclaves » par les coutumes intra-communautaires le restent pour toujours religieusement si elles ne rachètent pas leur libération auprès de leurs maîtres. Et la commune appartenance à la même religion (maîtres et esclaves) depuis plusieurs siècles ne changerait rien. À rappeler que l’association Armepes Ganbanaaxu-France fut fondée (en 2010) en partie à cause cet activisme idéologique pro esclavage de cheikh Touré (depuis l’Arabie Saoudite à l’époque) avec ses cassettes audio largement diffusées à travers une littérature socio religieuse soninké dans les années 2000.

Une pensée militante à nos camarades militant.e.s d’Armepes- Ganbanaaxu Fedde Armepes en assemblée générale ce jour.

Seule la lutte repousse l’oppression. | Ganbanaaxu

Angers, 11 juillet 2026

KS pour le BLOG

● La violence de la tradition : l’esclavage de l’héritage. Par M. Seyre Sidibe



Parce qu’un de vos ancêtres s’est retrouvé, par malheur, au mauvais endroit et au mauvais moment, dans un rapport de force inégal et loin de son environnement d’origine, vous vous retrouvez, des années ou des décennies plus tard, à hériter d’un passif.

Parce que la situation lui était défavorable et que, pour des raisons de survie, il a dû accepter ou a été contraint de jouer un rôle social peu enviable, toute sa descendance en héritera et en paiera le prix.

Voilà la vérité qu’entend imposer la tradition née de l’esclavage par ascendance chez les Soninké et chez la plupart des peuples africains : l’esclavage héréditaire.
Cette manière, sans état d’âme, de juger, de condamner, d’étiqueter, de cataloguer des générations et des générations, des familles et des familles, pour quelque chose dont elles n’ont rien à voir, est quand même, pour le moins, débile et déconcertante.

Transposons cette logique à la vie de tous les jours et essayons d’aller jusqu’au bout de cette façon pitoyable de raisonner,  pour en démontrer la niaiserie.

Puisque tout passerait par héritage et par voie successorale, les enfants des colonels seraient colonels, ceux des médecins seraient médecins, ceux des enseignants seraient enseignants, ceux des députés des députés, et ceux des bergers, des paysans, etc., ne pourraient que courir derrière les animaux ou cultiver la terre.

Dans ce type de société, quelle place accorderions-nous à l’effort,  à l’école, au travail, à l’esprit, au mérite, à la responsabilité qui est individuelle le plus souvent.

Voyez-vous, mesdames et messieurs, l’héritage est soit une plus-value ou une moins-value dont il ne faut jamais se contenter au point d’en faire un motif d’orgueil ou de blâme. Dans les deux cas, chacun doit apprendre à se battre pour se défaire du passif qui peut servir ou desservir selon l’usage qu’on en fera.

À chacun de montrer, de prouver ce dont il est capable, de marquer son temps et son époque. On ne peut pas se contenter d’une médaille héritée  de ses aïeux  pour remporter une guerre. Le courage de votre grand-père n’est pas le votre. Sa lâcheté n’est pas non plus la vôtre.

Imaginez que le Mali d’aujourd’hui se cache derrière son histoire glorieuse, berceau des grands empires ouest-africains –  empire du Mali, empire du Ghana, empire songhaï, empire du Sosso, empire bambara de Ségou, empire du Wassoulou, etc. –  : ce passé glorieux ne saurait, à lui seul, peser en faveur du Mali contre les terroristes du Nord.

C’est dire que le respect absolu de la tradition dessert la tradition au lieu de la relever. Dans toutes les sociétés humaines, au nom du progrès et de la préservation de l’intérêt général, il a fallu, à un moment donné, renoncer à certaines pratiques pour aller de l’avant. Cela n’est pas dirigé contre les ancêtres ni contre une famille, mais relève plutôt du réalisme et du pragmatisme.

Nos filles étaient excisées systématiquement ; elles étaient mariées sans leur consentement : autant de pratiques de plus en plus en perte de vitesse et auxquelles nous renonçons petit à petit.

Que dire de nos idées reçues et de nos superstitions ?
Par exemple, voyager avec un cordonnier serait source de malheur : accident, panne, etc. Et, pour éviter le pire, il faudrait verser de l’eau sur la tête de celui-ci.

Se marier avec une femme issue d’une caste différente de la sienne serait également source de malédiction : les enfants en paieraient le prix. Certains osent soutenir qu’un esclave intelligent ne vit pas longtemps ou encore que l’esclave marche toujours du pied gauche, un peu comme à l’armée où l’on apprend à marcher de la gauche vers la droite.

Les idées reçues ne manquent pas dans nos sociétés traditionnelles africaines. Elles sont toutes l’expression d’une certaine manière de penser et d’être. Cependant, elles ne sont jamais neutres, car elles cherchent, à chaque fois, à créer la peur, à limiter ou à dissuader ceux qui s’aventureraient à sortir des lignes tracées.
In fine, on s’approprie le corps et l’esprit des hommes et des femmes pour les empêcher de réfléchir, de s’émanciper ou de se révolter. C’est une grosse arnaque, la pire des manipulations au service des groupes dominants.

Même la religion musulmane (l’islam) a été mise à contribution pour justifier ces aberrations. Certains marabouts disaient aux esclaves qu’Allah n’était pas exigeant à leur égard puisqu’ils étaient esclaves. Ainsi, les esclaves seraient exemptés de prier ; Dieu ne leur en tiendrait pas rigueur. En effet, la prière du maître était considérée comme suffisante : ses esclaves y étaient inclus.

Ce mensonge, qui porte atteinte à l’islam, était distillé parce que le temps qu’un esclave passait à faire la prière était considéré comme un manque à gagner pour le maître.

Ces méthodes et pratiques sont identiques à celles utilisées par les colonisateurs blancs ou arabes. En vérité, tous les hommes qui ont imposé la domination par la force pour asseoir  leur hégémonie,  ont été cruels et inhumains. L’histoire de l’esclavage, quelle qu’en soit la forme et sous tous les cieux, est jalonnée de cruauté, d’abominations et de viols.

C’est pourquoi, dans les sociétés occidentales, les descendants de négriers comme ceux de l’ancienne noblesse évitent de se prévaloir de leur lignée. Ils savent que revendiquer une grandeur héritée d’une autre époque inspire aujourd’hui davantage la honte que la fierté.

Nul n’est responsable des exactions commises par ses parents ou ses aïeux. Mais à force de s’identifier à une prétendue “grandeur” héritée, certains finissent par tourner en dérision les descendants des victimes et basculent dans la provocation. Ceux qui se réclament de la “noblesse” oublient trop souvent qu’on n’a jamais régné innocemment.

La véritable noblesse ne se sépare jamais de la sagesse, entendue en son sens philosophique. Elle ne saurait coexister avec l’oppression, l’exclusion ou la violence sociale et politique, ni avec l’humiliation ou la réduction d’autrui à la servitude.

Seyré SIDIBÉ

● Mauritanie Politique | Nous et nos petits paradoxe.

📷 2011 | visuel du DVD de la première conférence de l’association Armepes Ganbanaaxu-France Ganbanaaxu Fedde Armepes 

—C’est bien d’être philosophes et alertes en dénonçant la gouvernance ethno-raciale et monocolore à la constatation de certains visuels sur le personnel étatique. Il est encore mieux si on osait indexer avec le même entrain certain fonctionnement qui régit hermétiquement nos associations communautaires. Parce qu’il y règne parfois un fascisme social qui reproduit insidieusement les suprémacismes liés aux hiérarchies de naissance dans le corps ethnique. Pour se faire, tout un conditionnement est mobilisé pour perpétuer une sorte de juxtaposition fonctionnelle par laquelle le sang de naissance mène à la position statutaire de lead. Au sein de certains milieux chez les négro-mauritaniens (notamment soninkés et peulhs), ces discriminations sont socialisées de fait et les éléments socialement subalternisés subissent cette sorte d’un ethno-racisme de communauté. Une réalité de nature très politique qui assure pérennité au modèle inégalitaire et ségrégationniste des régimes coutumiers du régalien intra-communautaire. Les ambiguïtés et la terreur sociale constituent des piliers actifs pour maintenir le schéma en place d’apparence moderne. Et généralement l’association loi X ou Y en France, en Mauritanie ou au Québec est difficilement déconnectée des influences d’un déterminisme construit et chevillé à l’ensemble communautaire.
Par ailleurs… on voudrait instruire cohérence pour dénoncer le racisme d’Etat tout en comptant entretenir cet autre ethno-racisme très animé dans nos enclos communautaires. Ainsi… une brève conclusion osée : celui qui ne t’accepte pas le lead intra-communautaire par déterminisme coutumier ne peut croire sincèrement te voir élu président de la République. Son penchant féodal et suprémaciste risque d’inhiber sa tentation de libération citoyenne. C TRÈS DUR !



28 juin 2026

KS pour le BLOG

● La diaspora mauritanienne a honoré ses bâtisseurs dans une cérémonie historique | 20 juin 2026 à la bourse de Travail de paris

20 juin 2026 : La diaspora mauritanienne honore ses bâtisseurs

Le 20 juin 2026 restera une date forte dans la mémoire de la diaspora mauritanienne en France. Ce jour-là, sous l’impulsion du Cadre de concertation et de dialogue des Mauritaniens de la diaspora (CCDMD), présidé par le Docteur Sao Ousmane, une grande Journée d’honneur et de reconnaissance a réuni un public nombreux venu célébrer des figures majeures ayant marqué l’histoire intellectuelle, culturelle, scientifique, associative et médiatique de la Mauritanie.
Dans son discours d’ouverture, le Docteur Sao Ousmane a donné le ton de la journée. Avec gravité et conviction, il a rappelé que « les peuples qui avancent sont ceux qui savent honorer leurs bâtisseurs ». Il a insisté sur le devoir de mémoire, la responsabilité de reconnaissance et l’urgence de transmettre les valeurs portées par ces figures d’exception. Son intervention a été accueillie par une profonde adhésion de l’assistance, consciente de la portée symbolique de cette initiative. Il a également souligné la nécessité de préserver la mémoire collective et de transmettre aux jeunes générations les valeurs d’engagement, de savoir et de solidarité.
Parmi les personnalités présentes figurait M. Issa Diawara, député des Mauritaniens de l’extérieur, qui a pris la parole pour saluer l’initiative du CCDMD et souligner l’importance de préserver la mémoire des grandes figures de la diaspora.
La cérémonie a également connu une forte présence des forces vives de la diaspora, avec la participation des représentants de plusieurs organisations associatives, notamment ACTUME, la DHDS France, la Fédération Hirnagué Boosoya France et Union des ressortissants de Mbagne en France, ainsi que de nombreuses autres structures engagées dans la solidarité, la culture et le développement.
Dans une salle comble, empreinte d’émotion et de respect, élus, universitaires, intellectuels, responsables associatifs, artistes et membres de la société civile ont répondu présents à cet appel à la mémoire collective. Tous se sont retrouvés autour d’un même objectif : reconnaître les parcours d’exception et transmettre aux générations futures l’héritage de celles et ceux qui ont consacré leur vie au savoir, à l’engagement et au service de la communauté.

La cérémonie a ensuite laissé place à une série d’hommages solennels rendus à des personnalités dont les contributions ont profondément marqué la Mauritanie contemporaine. Parmi elles figuraient notamment Ndiaye Ciré Kane de Tekane, le Professeur Abdel Wedoud Ould Cheikh, le regretté Professeur Ousmane Moussa Diagana (Dembo), le Professeur Yerim Fassa, Mr. Ousmane Dia, Mr. Hamady Mbodj, le regretté Cheikh Oumar Ba et Med Hondo.

À travers des témoignages riches, précis et souvent chargés d’émotion, intervenants et proches ont retracé les trajectoires de ces hommes d’exception. Tous ont été décrits comme des bâtisseurs de savoir, des passeurs de culture et des acteurs essentiels du rayonnement mauritanien. Leurs œuvres, leurs combats et leurs engagements ont été rappelés avec force, soulignant leur rôle dans la construction intellectuelle, sociale et culturelle du pays.
Chaque hommage a révélé une constante : des vies entièrement consacrées à l’excellence, à la transmission et au service des autres. Qu’il s’agisse du monde universitaire, artistique, associatif ou médiatique, tous ont laissé une empreinte durable et une influence qui dépasse largement leurs domaines respectifs.
L’émotion a atteint son paroxysme lors des hommages rendus aux figures disparues, dont la mémoire continue d’habiter les consciences et d’inspirer les générations actuelles. Dans un silence respectueux, ponctué d’applaudissements nourris, l’assistance a mesuré la portée de leur héritage et la responsabilité collective de le préserver.
Au-delà de la cérémonie, cette journée a pris la dimension d’un véritable moment fondateur pour la diaspora. Elle a incarné une volonté claire : construire une passerelle entre les générations, entre mémoire et avenir, entre reconnaissance et transmission.
Le CCDMD, à travers cette initiative, a voulu rappeler que la valorisation des parcours exemplaires n’est pas un simple hommage symbolique, mais un acte scientifique, culturel et social essentiel. En mettant en lumière ces figures, il a offert à la jeunesse des repères solides et des modèles d’engagement fondés sur le mérite, la rigueur et la persévérance.
Dans une atmosphère fraternelle et profondément humaine, les échanges ont renforcé les liens entre les participants et mis en évidence la richesse du tissu associatif mauritanien en France. Cette mobilisation collective a donné à l’événement une dimension rare : celle d’une communauté rassemblée autour de son histoire et de ses valeurs fondamentales.
La cérémonie s’est achevée par la remise solennelle de diplômes aux personnalités honorées, marquant l’aboutissement de cette journée placée sous le signe de la mémoire, de la reconnaissance et de la transmission. Dans une ambiance chargée d’émotion, l’assistance a salué ces distinctions symboliques rendues à des parcours d’exception.
Le 20 juin 2026 s’impose ainsi comme une journée de mémoire vive, de reconnaissance assumée et de transmission engagée. Une journée où la diaspora mauritanienne n’a pas seulement honoré ses figures illustres : elle a affirmé son identité, consolidé son unité et rappelé que l’avenir se construit toujours sur la mémoire de ceux qui ont ouvert la voie.

©️ Équipe CCDMD

● Reims : la Fondation de l’Armée du Salut célèbre le Donut Day entre solidarité, engagement et ouverture au public. [OndeInfo]

Ce vendredi 6 juin 2026, à l’occasion du Donut Day, la Fondation de l’Armée du Salut de Reims a ouvert grand ses portes au public au sein de son établissement situé au 42 rue de Taissy. Héritée d’une tradition née durant la Première Guerre mondiale, cette journée emblématique a une nouvelle fois conjugué gourmandise et solidarité.

Si les célèbres donuts étaient bien au rendez-vous, l’événement avait surtout pour vocation de faire découvrir les multiples missions menées quotidiennement par les professionnels de l’institution auprès des personnes en situation de précarité, d’exclusion ou de vulnérabilité.

Pour cette édition 2026, l’ensemble des pôles de la structure – insertion, logement, asile et intégration, ainsi qu’urgence – s’étaient mobilisés afin de présenter leurs actions, leurs projets et leurs savoir-faire aux partenaires, bénévoles, étudiants et visiteurs venus nombreux. Pour Stéphanie LEMOAL, directrice adjointe du pôle logement et de l’établissement d’insertion de Reims (CHRS), cette journée représente un rendez-vous incontournable.

« C’est une journée très importante pour nous. C’est l’occasion de montrer les différents projets et activités que nous portons. Les personnes accompagnées et les salariés se sont fortement mobilisés pour mettre en place un grand nombre d’actions. L’objectif est de faire parler de nous, d’inciter les personnes à pousser nos portes et de trouver davantage de bénévoles. »

Au-delà de la valorisation du travail accompli, cette journée constitue également un levier pour renforcer les partenariats et développer le réseau de soutien autour de la Fondation.C’est précisément ce qu’a souligné Étienne DEQUENNE, chef de service au CHRS et au pôle logement.

« Cette journée est exceptionnelle puisqu’elle n’a lieu qu’une fois par an, le premier vendredi du mois de juin. Elle a pour objectif de favoriser l’ouverture vers l’extérieur, de créer de nouveaux partenariats et de susciter des engagements bénévoles. Je remercie toutes les équipes pour leur mobilisation et leur implication. »

Des parcours de vie qui témoignent de l’accompagnement reçu.

Car les véritables invités d’honneur de cette journée restent les personnes accompagnées. Chacune porte une histoire singulière, marquée par des difficultés mais aussi par un parcours de reconstruction.

Parmi elles, Stéphane DUFOUR, aujourd’hui en fauteuil roulant à la suite d’un accident, a tenu à participer à cette manifestation qui lui est chère. Désormais installé dans un logement autonome grâce à l’accompagnement de l’Armée du Salut, il garde un souvenir reconnaissant de son passage au CHRS.

« Ma famille et moi avons passé trois ans et demi ici. J’en garde de très bons souvenirs. Je n’ai jamais eu de problèmes. »

À quelques mètres de là, Sabine FICHER partageait une expérience similaire. Hébergée au sein du dispositif destiné aux personnes victimes de violences, elle souligne l’accompagnement humain dont elle a bénéficié.

« Je suis arrivée il y a deux ans et demi au sein du dispositif pour les personnes victimes de violences. Tout s’est très bien passé. J’ai rencontré une équipe de professionnels exceptionnelle, notamment Nadir et Anaïs. Ils font bien plus que leur travail. Les appartements sont propres et nous nous y sentons bien. »

Même satisfaction du côté d’Amir, originaire du Tchad et président du Conseil de la Vie Sociale (CVS), qui met en avant l’accompagnement global proposé par la Fondation.

« C’est un endroit très convivial où l’on vous accompagne dans toutes vos démarches. »

Une journée riche en animations et en rencontres

Tout au long de la journée, les visiteurs ont pu découvrir de nombreux ateliers valorisant les talents des personnes accueillies : couture, tressage, maquillage ou encore défilé de mode ont rythmé l’événement dans une ambiance festive.

Des lycéens et des étudiants avaient également répondu à l’invitation. À travers la visite des différents stands, ils ont pu mieux comprendre les réalités de l’exclusion sociale ainsi que le travail mené quotidiennement par les équipes de l’Armée du Salut pour accompagner les personnes les plus fragiles vers l’autonomie.

Cette édition 2026, du Donut Day a pleinement rempli sa mission : créer du lien, favoriser les rencontres, sensibiliser le public aux situations de précarité et encourager le bénévolat. Une journée placée sous le signe de la solidarité et de l’engagement collectif, qui a permis à la Fondation de l’Armée du Salut de rappeler que derrière chaque parcours accompagné se cache avant tout une histoire humaine.

Seyré SIDIBE

©️ Source médias https://ondeinfo.com/5217-2/

● Débat sur Facebook Féodalisme et racisme : éléments de comparaison. Par le journaliste mauritanien M. Seyre Sidibe



J’ai lancé un débat qui se voulait comparatif entre le féodalisme et le racisme, deux maux, deux abominations, deux tares sociales dont on parle beaucoup en Mauritanie.

Au départ, le débat n’a pas suscité l’enthousiasme escompté. Mais lorsque mon frère Youssouph Kamara a repris sur sa page Facebook la question suivante : « Celui qui pratique et fait l’apologie du féodalisme peut-il se plaindre du racisme ? », les réactions n’ont pas tardé à affluer.

Très suivi sur les réseaux sociaux, Youssouph Kamara a permis au sujet de toucher un large public composé de profils divers. Les contributions recueillies montrent, dans leur grande majorité, que le féodalisme et le racisme sont perçus comme deux réalités tout aussi détestables.

Militant infatigable des droits humains et membre du mouvement abolitionniste IRA, Youssouph Kamara dans un échange avec le sociologue, Boulaye DIAKITE a écrit : « C’est mal connaître la féodalité que de penser que tous les féodaux se considèrent comme des êtres supérieurs, beaucoup d’adepte du féodalisme (féodaux) se considèrent comme étant inférieurs et le prônent ouvertement. L’un des piliers du féodalisme est justement cette majorité de personnes qui soutiennent et revendiquent leur statut et en tirent un bénéfice. Les marxistes les désignent par lumpenprolétariat. »

Au fil des échanges, un consensus semble s’être dégagé autour du caractère abject et répugnant du féodalisme comme du racisme. Tous deux apparaissent comme des sources d’exclusion, de stigmatisation et d’exploitation qui fragilisent l’unité nationale dans un pays comme la Mauritanie.

Fait révélateur : ceux qui font habituellement l’apologie du féodalisme ou du racisme se sont abstenus de participer au débat. Comme s’il devenait difficile, aujourd’hui, d’assumer publiquement un discours fondé sur la hiérarchisation des êtres humains. Soutenir ouvertement de telles pratiques paraît désormais gênant, peu lucide, voire honteux.

Parmi les premiers à réagir, Koundou Soumaré, blogueur et militant du mouvement Ganbanaxu Fedde, a évoqué « un débat d’intérêt intra-communautaire, inter-communautaire et national ». Avant d’ajouter : « On va suivre la température… alors entre nos petits fascismes villageois et les affaires nationales en débat… » À travers cette réflexion, Koundou Soumaré montre que le féodalisme et le racisme renvoient, en Mauritanie, à deux espaces imbriqués : le communautaire et le national.

Le journaliste Seydi Moussa Camara estime que racisme et féodalisme procèdent d’une même logique d’infériorisation de l’autre: « Celui qui adhère à une logique de supériorité sociale ou de hiérarchie entre les groupes peut difficilement accepter, lorsque cette logique se retourne contre lui, une idéologie qui l’infériorise à son tour. »

De son côté, le professeur Wagué Cheikhna ne prend pas de gants : « Le féodalisme, le racisme, le tribalisme, le communautarisme… je les mets dans le même panier. Tous relèvent du négationnisme. »

Même son de cloche chez le professeur de littérature orale à l’UGB, Oumar N’Diaye, qui résume sa pensée en quelques mots : « Logiquement, non, parce que c’est du kif-kif. »

Le journaliste Kissima Diagana, quant à lui, a livré une formule brève mais particulièrement expressive : « Il peut, mais il ne DOIT pas. » À la question de savoir si celui qui pratique le féodalisme peut se plaindre du racisme, le doyen Kissima répond ainsi par une formule presque philosophique, opposant l’être- le réel, les faits- au devoir-être, c’est-à-dire la norme morale et l’idéal.

Le sociologue Boulaye Diakité pousse, lui, la comparaison encore plus loin : « Les féodaux sont pires que les racistes. Les racistes vivent dans des préjugés absurdes et certains peuvent être “sauvés” par la psychiatrie. Les féodaux, eux, se considèrent comme des êtres supérieurs ; ils sont irrécupérables. »

Pour sa part, l’ancien ministre Diarra Idrissa préfère une définition plus conceptuelle : « Le féodalisme est l’expression culturelle de l’esclavagisme. Quant au racisme, c’est une forme de féodalisme en l’absence de rapports directs de domination entre les individus. »

Allant dans le même sens, Cheikh Mohamed Diarra s’interroge : « Quelqu’un qui défend une supériorité fondée sur la naissance au sein d’une même communauté peut-il condamner une prétendue supériorité naturelle entre des races différentes ? Avec quel argument cohérent ? »

Enfin, l’homme de lettres Souleymane Sidibé livre une réaction sans détour : « La féodalité est nauséabonde et me répugne. Je peux discuter avec un raciste, mais le féodalisme, pour moi, c’est radioactif. »

Au final, ce débat aura permis de faire réagir des profils variés autour de deux réalités sociales particulièrement sensibles. Mais malgré la délicatesse du sujet, chacun a pu exprimer son opinion dans le respect de l’autre.

Seyré SIDIBÉ

©️ Lien médias https://ondeinfo.com/debat-sur-facebook-feodalisme-et-racisme-elements-de-comparaison/

● À la mémoire de ma MÈRE | Paix éternelle à son âme.


    

📷 21 avril 2023 | Dafort, une journée de l’Eid El Fitr

  ~~Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun~~

La nuit du 2 au 3 mai 2026, notre chère mère Lalya Mohamed COULIBALY a rencontré l’inéluctable faucheuse, la mort, à Nouakchott à l’âge de 77 ans. Paix éternelle à son âme ainsi qu’à l’ensemble de nos défunts. Avec un profond chagrin nous avons perdu une éducatrice rigoureuse, une gestionnaire familiale, une boussole relationnelle de la parentèle élargie (liens parentaux au sein de plusieurs villages) et un bouclier alerte qui a tant comptée dans ma construction sociale et morale. Je lui dois ÉNORMÉMENT et je prie Le TOUT Puissant Dieu par Son Illustre Miséricorde pour lui Accorder éternellement un Séjour Paradisiaque parmi les âmes vertueuses. Ameen.

Son slogan-conseil à mon endroit lors de ma visite de février 2017 au village (DafortMauritanie 🇲🇷) aux débuts de frictions verbales réactionnaires contre l’engagement abolitionniste et social Ganbanaaxu, fut en substance : « ..qu’aucune conflictualité ne te dévie dans la mauvaise foi et les mensonges. Reste vrai et dans la rectitude comportementale dans tes relations.. » . Elle fut personnellement lésée dans son droit (depuis avril 2018) quand 9 familles avaient été visées par une initiative d’expropriation de terres ourdie par un camp féodalo-esclavagiste local qui comptait en vain nous dissuader du refus résolu d’un mépris trop longtemps socialisé et construit en norme de violences symboliques dans l’écosystème coutumier soninké (Laadalenmaxu). Un dossier judiciaire à propos reste toujours pendant dans un système étatique où le petit peuple peu reseauté dans le clientélisme socio-politique, se convainc amèrement que l’institution judiciaire ne traiterait la matière litigieuse qu’en fonction de certaines données périphériques peu avouables (identités sociologiques, références statutaires et administratives, couloirs politiques et sociaux…) plaquées et attribuées aux protagonistes en face. Souvent, on ne juge pas réellement un fond mais on l’oriente et le formalise avec beaucoup de partialité au profit d’une clientèle identifiée et conseillée en amont dans les coulisses.

Elle me déconseillait toute personnalisation dans l’engagement et croyait fermement à la dynamique du collectif. À rappeler que l’éveil social et politique contre les coutumes féodales en pays soninké, a été un grand boulevard de dévoilement sur une certaine nature humaine : des amitiés et des parentés furent assainies et consolidées ici ou défaites et éclatées là-bas en fonction de la sincérité et de la profondeur empathique des uns et des autres pour une commune dignité pleine ou d’un égoïste utilitarisme fonctionnel et suprémaciste pour la perpétuation d’une insidieuse subordination sociétale.

Je suis tellement fier d’elle pour sa résilience et sa tenue morale face aux épreuves. Comme serment, J’essaierai de m’accrocher dignement à sa legacy, In sha Allah.

Mes fraternelles condoléances à l’ensemble parentèle SOUMARE, COULIBALY et NDIAYE à Dafort et ailleurs. Mes vifs et reconnaissants remerciements à l’endroit de mes frères, sœurs, oncles, cousins, cousines, amis et amies qui n’ont liardé sur rien pour assurer la meilleure des assistances morales, médicales, relationnelles et matérielles autour d’elle dès Dafort jusqu’à Nouakchott. Merci à la communauté fraternelle et amicale mobilisée à Nouakchott lors de son décès ainsi qu’au jour de son enterrement le 4 mai 2026. Encore Merci à vous (la communauté RS) pour vos nombreux messages et appels de condoléances. Vos mots ont été d’un grand réconfort pour notre famille. Que votre récompense soit parfaite par la Grâce d’Allah. Ameen.

Paris, 11 mai 2026

KS

● TRIBUNE | de la résolution de l’onu aux réalités africaines : le défi de l’esclavage par ascendance

—-Le 25 mars 2026, les Nations unies, par une déclaration solennelle de son assemblée générale (AG/12755), adoptent une résolution historique : celle qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de «plus grave crime contre l’humanité ». (cf. lien n°1). Cette résolution a été votée sous l’impulsion du président du Ghana John Dramani Mahama avec l’appui de l’Union africaine.

Nous saluons cette décision symbolique d’une grande portée pour la reconnaissance de l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité. C’est dans cet esprit que nous, militants de droits humains de l’espace sahélien, à travers cette tribune, interpellons, par des remarques citoyennes, l’union africaine, les décideurs de nos Etats, les sociétés civiles et les diasporas africaines.

Nous considérons que cette résolution onusienne mérite d’être un point d’enclenchement d’une prise de conscience collective des peuples africains sur les différents types d’esclavage qui ont saigné diversement notre continent.

En effet, l’Afrique politique et intellectuelle a certes obtenu un succès diplomatique majeur au sein de l’Assemblée générale onusienne. Mais elle ne devrait pas passer sous silence les nombreuses frictions sociales intra-communautaires encore existantes dans certaines zones ouest-africaines, et qui sont relatives à la problématique de “l’esclavage par ascendance”. Une réalité sociale insidieusement intégrée dans le système de castes de communautés très hiérarchisées.

Le cas, entre autres, du groupe sociolinguistique soninké en est une illustration parfaite. Cette société est aujourd’hui traversée par une dynamique abolitionniste qui se heurte à des forces réactionnaires qui font usage d’une violence inouïe et bafouent la dignité humaine.

C’est ainsi qu’au cours de cette dernière décennie, de 2016 à 2026, plusieurs faits d’une gravité extrême ont été recensés : le lynchage à mort de 4 militants anti-esclavagistes du mouvement d’éveil Gambana (Égalité en droit et en dignité) à Diandjoumé (Mali) (cf. lien n°2), l’horrible exécution de madame Diogou Sidibé à Lany (Mali) (cf. lien n°3) et également en Mauritanie avec l’agression de monsieur Samba Moussa Kone (cf. lien n°4).

Au vu de la gravité des crimes susmentionnés, les différents gouvernements, instances et ONG droit-de-l’hommistes devraient aborder frontalement les problématiques très actuelles liées au passé esclavagiste transsaharien et intra-africain. Car en effet, une forme de passivité et de mise à distance sont constatées à chaque fois que la question de l’esclavage est abordée.

Inutile de rappeler le vote abstentionniste de certains pays occidentaux dont la France (cf. carte de jeune Afrique). Vote d’autant plus incompréhensible que la Loi n° 2001-434 adoptée le 21 mai 2001 et portée par la députée Christiane Taubira, reconnait officiellement la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cette France abstentionniste qui proclame son attachement aux droits de l’homme est pourtant celle qui a été l’un des pays les plus actifs dans la traite transatlantique.

Ce négationnisme des puissances esclavagistes ne doit pas masquer celle de nos Etats africains, encore plus troublante. Il est évident que la traite transatlantique constitue un crime contre l’humanité, toutefois l’esclavage arabo-musulman en est un autre, ainsi que l’esclavage par ascendance qui perdure subtilement en Afrique de l’Ouest.

Ce dernier, longtemps passé sous silence, constitue une autre forme d’atteinte à la dignité humaine. Elle se manifeste par un déterminisme social assignant statutairement les individus dès la naissance et les condamnant à une subalternité perpétuelle. Ce système discriminatoire érigé en norme sociale qui se transmet de génération en génération est une négation totale de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine. Il lèse un pan entier de la société.

Au XXIᵉ siècle, une telle pratique est une honte pour l’humanité. L’esclavage par hérédité doit être dénoncé avec courage et détermination. Le silence sur cette question et le caractère tabou ne sauraient perdurer. La complaisance des intellectuels, des religieux et des instances culturelles doit cesser afin d’éradiquer définitivement ces tares.

De la même manière, le laxisme de nos Etats modernes, qui se traduit par la complicité de certains de leurs représentants, censés garantir la citoyenneté pleine et entière, doit être banni. Bien qu’il existe des textes et des lois interdisant ces pratiques dégradantes, force est de constater que leur application laisse à désirer. Ainsi, rien ne change sur le terrain.

Comment expliquer qu’on puisse encore parler d’esclavage dans un pays comme la Mauritanie où il existe tout un arsenal juridique (e.g. loi 031-2015) sans impact réel sur l’abolition effective de l’esclavage et ses séquelles. Au Mali, une récente loi historique (loi n°2024-027) a été adoptée, renforçant la condamnation de la pratique et de l’apologie de l’esclavage. Pourtant, cela n’a pas eu l’effet escompté. Il est donc plus qu’urgent que nos États s’impliquent davantage dans la lutte contre ce fléau, seule condition, pour l’avènement d’un véritable État de droit.

A travers cette tribune d’alerte notre objectif est triple :

1- Lancer un plaidoyer humaniste et citoyen à l’endroit des institutions internationales et continentales, au premier rang desquelles l’ONU et l’Union africaine sur la question des survivances de ce grave crime qu’est l’esclavage. Il s’agit notamment de souligner l’impérieuse nécessité de conduire une réflexion sérieuse et approfondie sur les problématiques multiformes liées à l’esclavage par ascendance qui est actif dans certaines coutumes et pratiques dites faussement « traditionnelles ».

2- Interpeller les leaders d’opinion et les représentants sociaux (les représentants traditionnels, les intellectuels, les élus, les militants de la société civile…) en Afrique et dans les univers diasporiques pour une initiative morale et sociale de grande ampleur sur les problématiques de l’esclavage dans ses diverses manifestations. Les mentalités esclavagistes et féodales qui persistent au sein de nos communautés en ce siècle sont un marqueur avilissant pour la personnalité africaine et noire.

3-Enfin, nous invitons solennellement les leaders d’opinion de la communauté soninké à un dialogue sans tabou afin de briser l’omerta sur la réalité de l’esclavage par hérédité.

En d’autres termes, il nous appartient d’unir nos efforts pour éradiquer l’esclavage dans le but d’instaurer une société juste et égalitaire. Ceci est un devoir moral qui incombe à tout un chacun pour préserver l’harmonie sociale.

LES SIGNATAIRES :

CAMARA Issa (Mauritanie)

BA Issa (Sénégal)

SOUMARE Koundou (Mauritanie)

SIDIBE Biranté (Sénégal)

DIARRA Cheikh (Mauritanie)

CISSOKHO Souleymane (Mauritanie)

Références :

Lien n°1 : https://press.un.org/fr/2026/ag12755.doc.htm

Lien n°2 : https://bamada.net/lynchage-des-militants-anti-esclavagistes-dans-la-loc...

Lien n°3 : https://www.dw.com/fr/mali-diogou-sidibé-esclavage-par-ascendance-kaye/a-62903536

Lien n°4 : https://cridem.org/C_Info.php?article=747569