● Contribution | Et si c’était l’ordre colonial français qui sauva certains africains du joug ténébreux de l’esclavage « maison » !

📷 Bamako, 21 octobre 2021, autour de la figure symbolique descendante des pionniers anti-esclavagistes soninkés fondateurs du village de Bouillagui en 1914, le journaliste malien Goudia Konate Konate , le président Gaye Tene Traoré et votre modeste rédacteur de cet article.


L’esclavage « maison » fut (est) cette traite intra-africaine très étrangement oubliée et banalisée dans beaucoup d’études et autres mobilisations revendicatives centrées sur les problématiques africaines (pendant et après colonisation). Une Afrique esclavagiste et affreusement esclavagiste était bien en mouvement au cœur du continent qui était sous domination coloniale occidentale (française dans notre zone sahélo-saharienne). Il serait intéressant  qu’on puisse retrouver des matériaux- ressources historiques au crédit anti-esclavagiste de certains de nos figures dites résistantes anti-coloniales… par exemple : Samory Touré, Elhaj Omar Tall ou Mohamed Lamine Dramé

À leur époque d’activisme militaro-politique anti français, courant tardif 19ème siècle, des noirs esclavagisés souffraient dans des plantations au Brésil et ailleurs mais il y en avait qui étaient sous les fers de l’asservissement massif tout près dans leurs zones d’engagement contestataire. Et cette Afrique esclavagiste intra-muros d’antan rumine de nos jours par un continuum d’aspect héréditaire (l’esclavage par ascendance) au cœur sociologique de nombreuses communautés ouest-africaines, par exemple du groupe sociolinguistique #soninké. Et osons le dire, le système colonial français avec tout ce qu’il provoquait d’inique et de travers avec l’indigénat et la domination multidimensionnelle sur les populations africaines, eut fait preuve d’une certaine lucidité stratégique à une époque pour gêner les mécanismes de l’esclavage intra-africain dans certaines zones. C’est le cas de la région de Kayes dans l’actuel Mali (anciennement le Soudan français) avec la fondation de cités refuges appelées aussi « Villages liberté ». Ce fut pour contrecarrer la déferlante esclavagiste en vigueur entre africains (Noirs). Les régimes et pratiques coutumiers dans la jungle de l’époque chez les univers communautaires, acceptaient l’esclavage comme institution sociale et économique. Ainsi, nombre de leaders tradi-politiques et religieux répugnaient la présence des Blancs pas à cause de la domination politique extérieure mais parce qu’ils ne supportaient pas voir péricliter leur système d’exploitation et d’asservissement sur d’autres Noirs.

Donc.. à une époque de notre histoire, certains africains sous les violences d’un braconnage humain menées par d’autres africains, préféraient de loin la présence du relais d’un pouvoir Blanc tenu à Paris qu’être à la proie de ses semblables de peau dans un village voisin.
Une réalité historique sur la problématique de l’esclavage intra-africain qui nous rattrape de nos jours dans certaines communautés ouest-africaines où les mentalités esclavagistes persistent et des personnes ou des composantes sociales assignées statutairement « esclaves » subissent diverses représailles (expropriation des terres, expulsions, agressions physiques..) en refusant leur statut. Étrangement… dans la continuité de ce que l’ordre colonial avait laissé comme structure étatique dans nos sphères territoriales, seules les lois qui en sont inspirées tiennent de références anti-esclavagistes et abolitionnistes dans la lettre et dans l’acte au forcing par du plaidoyer actif de cercles abolitionnistes. Ni morale sociale ni prêche religieux domestiques… n’ont pu être d’activants résolument anti-esclavagistes dans nos terroirs. Ce qui répond pourquoi… certains parmi nous restent très « accrocs » socialement à l’esclavage par ascendance qui sévit autour d’eux jusqu’à dans leur concession familiale.

En guise de référence, le visionnage du film documentaire (sorti en 2014) de l’universitaire Dr Marie Rodet, les Diambourou https://vimeo.com/245704895 , serait d’un grand intérêt. C’est sur le cas du village soninké de Bouillagui au Mali.

À cet article, je ne saurait manquer d’y adjoindre une contribution d’hommage consacrée à une tante du village de #Bouillagui, rencontrée en octobre 2021 à Bamako, Madame Hawa Cissoko. C’était à l’occasion d’un événement de formation au plaidoyer anti-esclavagiste organisé à l’USJPB Bamako et à Kayes, voir https://ecrit-ose.blog/2021/11/09/%e2%9c%93temoignage-emouvant-qui-marque-la-memoire-de-la-tante-hawa-cissoko-de-bouyagui/ .


4 août 2026

KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● Mauritanie Politique | Nous et nos petits paradoxe.

📷 2011 | visuel du DVD de la première conférence de l’association Armepes Ganbanaaxu-France Ganbanaaxu Fedde Armepes 

—C’est bien d’être philosophes et alertes en dénonçant la gouvernance ethno-raciale et monocolore à la constatation de certains visuels sur le personnel étatique. Il est encore mieux si on osait indexer avec le même entrain certain fonctionnement qui régit hermétiquement nos associations communautaires. Parce qu’il y règne parfois un fascisme social qui reproduit insidieusement les suprémacismes liés aux hiérarchies de naissance dans le corps ethnique. Pour se faire, tout un conditionnement est mobilisé pour perpétuer une sorte de juxtaposition fonctionnelle par laquelle le sang de naissance mène à la position statutaire de lead. Au sein de certains milieux chez les négro-mauritaniens (notamment soninkés et peulhs), ces discriminations sont socialisées de fait et les éléments socialement subalternisés subissent cette sorte d’un ethno-racisme de communauté. Une réalité de nature très politique qui assure pérennité au modèle inégalitaire et ségrégationniste des régimes coutumiers du régalien intra-communautaire. Les ambiguïtés et la terreur sociale constituent des piliers actifs pour maintenir le schéma en place d’apparence moderne. Et généralement l’association loi X ou Y en France, en Mauritanie ou au Québec est difficilement déconnectée des influences d’un déterminisme construit et chevillé à l’ensemble communautaire.
Par ailleurs… on voudrait instruire cohérence pour dénoncer le racisme d’Etat tout en comptant entretenir cet autre ethno-racisme très animé dans nos enclos communautaires. Ainsi… une brève conclusion osée : celui qui ne t’accepte pas le lead intra-communautaire par déterminisme coutumier ne peut croire sincèrement te voir élu président de la République. Son penchant féodal et suprémaciste risque d’inhiber sa tentation de libération citoyenne. C TRÈS DUR !



28 juin 2026

KS pour le BLOG

● Sénégal Politique | Le Président Diomaye se sépare de son Premier ministre Ousmane Sonko.

Ce vendredi 22 mai 2026, le couperet faussement inattendu est dégainé depuis la présidence à Dakar. Ce duo victorieux « Diomaye Moy Sonko » (Diomaye C’est Sonko) de l’élection présidentielle de 2024 n’a pas pu tenir harmonieusement face aux réalités insondables de l’exercice du pouvoir étatique. Ainsi, cette séparation ouvre une phase spéculative dans la vie politique sénégalaise. Le film à suivre dans l’avenir entre les 2 camps est d’un intérêt en terme de sciences politiques pour les observateurs. Le camp du président OS du Pastef s’affiche et clame sa fidélité aux promesses du Projet électoral exposé au peuple sénégalais. De l’autre côté, le jeune président Diomaye semble opter pour un suspect recentrage séparatiste qui interroge. Il n’ignore pas que son désormais ex PM est actuellement la personnalité politique la plus puissante pas que du Sénégal seulement mais de notre sous-région ouest-africaine.

Maintenant les responsabilités sont prises de part et d’autre ouvertement…et leurs conséquences n’échapperont pas au tribunal de l’Histoire devant l’opinion publique.

À suivre…

23 mai 2026

KS pour le BLOG

● TRIBUNE | de la résolution de l’onu aux réalités africaines : le défi de l’esclavage par ascendance

—-Le 25 mars 2026, les Nations unies, par une déclaration solennelle de son assemblée générale (AG/12755), adoptent une résolution historique : celle qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de «plus grave crime contre l’humanité ». (cf. lien n°1). Cette résolution a été votée sous l’impulsion du président du Ghana John Dramani Mahama avec l’appui de l’Union africaine.

Nous saluons cette décision symbolique d’une grande portée pour la reconnaissance de l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité. C’est dans cet esprit que nous, militants de droits humains de l’espace sahélien, à travers cette tribune, interpellons, par des remarques citoyennes, l’union africaine, les décideurs de nos Etats, les sociétés civiles et les diasporas africaines.

Nous considérons que cette résolution onusienne mérite d’être un point d’enclenchement d’une prise de conscience collective des peuples africains sur les différents types d’esclavage qui ont saigné diversement notre continent.

En effet, l’Afrique politique et intellectuelle a certes obtenu un succès diplomatique majeur au sein de l’Assemblée générale onusienne. Mais elle ne devrait pas passer sous silence les nombreuses frictions sociales intra-communautaires encore existantes dans certaines zones ouest-africaines, et qui sont relatives à la problématique de “l’esclavage par ascendance”. Une réalité sociale insidieusement intégrée dans le système de castes de communautés très hiérarchisées.

Le cas, entre autres, du groupe sociolinguistique soninké en est une illustration parfaite. Cette société est aujourd’hui traversée par une dynamique abolitionniste qui se heurte à des forces réactionnaires qui font usage d’une violence inouïe et bafouent la dignité humaine.

C’est ainsi qu’au cours de cette dernière décennie, de 2016 à 2026, plusieurs faits d’une gravité extrême ont été recensés : le lynchage à mort de 4 militants anti-esclavagistes du mouvement d’éveil Gambana (Égalité en droit et en dignité) à Diandjoumé (Mali) (cf. lien n°2), l’horrible exécution de madame Diogou Sidibé à Lany (Mali) (cf. lien n°3) et également en Mauritanie avec l’agression de monsieur Samba Moussa Kone (cf. lien n°4).

Au vu de la gravité des crimes susmentionnés, les différents gouvernements, instances et ONG droit-de-l’hommistes devraient aborder frontalement les problématiques très actuelles liées au passé esclavagiste transsaharien et intra-africain. Car en effet, une forme de passivité et de mise à distance sont constatées à chaque fois que la question de l’esclavage est abordée.

Inutile de rappeler le vote abstentionniste de certains pays occidentaux dont la France (cf. carte de jeune Afrique). Vote d’autant plus incompréhensible que la Loi n° 2001-434 adoptée le 21 mai 2001 et portée par la députée Christiane Taubira, reconnait officiellement la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cette France abstentionniste qui proclame son attachement aux droits de l’homme est pourtant celle qui a été l’un des pays les plus actifs dans la traite transatlantique.

Ce négationnisme des puissances esclavagistes ne doit pas masquer celle de nos Etats africains, encore plus troublante. Il est évident que la traite transatlantique constitue un crime contre l’humanité, toutefois l’esclavage arabo-musulman en est un autre, ainsi que l’esclavage par ascendance qui perdure subtilement en Afrique de l’Ouest.

Ce dernier, longtemps passé sous silence, constitue une autre forme d’atteinte à la dignité humaine. Elle se manifeste par un déterminisme social assignant statutairement les individus dès la naissance et les condamnant à une subalternité perpétuelle. Ce système discriminatoire érigé en norme sociale qui se transmet de génération en génération est une négation totale de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine. Il lèse un pan entier de la société.

Au XXIᵉ siècle, une telle pratique est une honte pour l’humanité. L’esclavage par hérédité doit être dénoncé avec courage et détermination. Le silence sur cette question et le caractère tabou ne sauraient perdurer. La complaisance des intellectuels, des religieux et des instances culturelles doit cesser afin d’éradiquer définitivement ces tares.

De la même manière, le laxisme de nos Etats modernes, qui se traduit par la complicité de certains de leurs représentants, censés garantir la citoyenneté pleine et entière, doit être banni. Bien qu’il existe des textes et des lois interdisant ces pratiques dégradantes, force est de constater que leur application laisse à désirer. Ainsi, rien ne change sur le terrain.

Comment expliquer qu’on puisse encore parler d’esclavage dans un pays comme la Mauritanie où il existe tout un arsenal juridique (e.g. loi 031-2015) sans impact réel sur l’abolition effective de l’esclavage et ses séquelles. Au Mali, une récente loi historique (loi n°2024-027) a été adoptée, renforçant la condamnation de la pratique et de l’apologie de l’esclavage. Pourtant, cela n’a pas eu l’effet escompté. Il est donc plus qu’urgent que nos États s’impliquent davantage dans la lutte contre ce fléau, seule condition, pour l’avènement d’un véritable État de droit.

A travers cette tribune d’alerte notre objectif est triple :

1- Lancer un plaidoyer humaniste et citoyen à l’endroit des institutions internationales et continentales, au premier rang desquelles l’ONU et l’Union africaine sur la question des survivances de ce grave crime qu’est l’esclavage. Il s’agit notamment de souligner l’impérieuse nécessité de conduire une réflexion sérieuse et approfondie sur les problématiques multiformes liées à l’esclavage par ascendance qui est actif dans certaines coutumes et pratiques dites faussement « traditionnelles ».

2- Interpeller les leaders d’opinion et les représentants sociaux (les représentants traditionnels, les intellectuels, les élus, les militants de la société civile…) en Afrique et dans les univers diasporiques pour une initiative morale et sociale de grande ampleur sur les problématiques de l’esclavage dans ses diverses manifestations. Les mentalités esclavagistes et féodales qui persistent au sein de nos communautés en ce siècle sont un marqueur avilissant pour la personnalité africaine et noire.

3-Enfin, nous invitons solennellement les leaders d’opinion de la communauté soninké à un dialogue sans tabou afin de briser l’omerta sur la réalité de l’esclavage par hérédité.

En d’autres termes, il nous appartient d’unir nos efforts pour éradiquer l’esclavage dans le but d’instaurer une société juste et égalitaire. Ceci est un devoir moral qui incombe à tout un chacun pour préserver l’harmonie sociale.

LES SIGNATAIRES :

CAMARA Issa (Mauritanie)

BA Issa (Sénégal)

SOUMARE Koundou (Mauritanie)

SIDIBE Biranté (Sénégal)

DIARRA Cheikh (Mauritanie)

CISSOKHO Souleymane (Mauritanie)

Références :

Lien n°1 : https://press.un.org/fr/2026/ag12755.doc.htm

Lien n°2 : https://bamada.net/lynchage-des-militants-anti-esclavagistes-dans-la-loc...

Lien n°3 : https://www.dw.com/fr/mali-diogou-sidibé-esclavage-par-ascendance-kaye/a-62903536

Lien n°4 : https://cridem.org/C_Info.php?article=747569

● Mauritanie – Droits Humains | Nécrologie : le décès de M. Boubacar Ould Messaoud, président de l’Ong SOS Esclaves.

—Par un post Facebook https://www.facebook.com/share/p/1Azhpvipwn/ de la journaliste Mariya Traoré, nous avons appris le décès du président de l’organisation SOS Esclaves, M. Boubacar Ould Messaoud. Ainsi ce jeudi 12 mars 2026 qui correspond au 23 Ramadan 1447, une voix pionnière vaillante de la lutte pour la défense des droits humains et singulièrement pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie, s’est éteinte. Un parcours d’engagement salué et reconnu par nombre de nos compatriotes et autres militants droit-de-l’hommistes à travers le monde depuis l’annonce de son décès.

Paix à son âme. Mes fraternelles condoléances à sa famille et à l’ensemble de la communauté militante pour les droits humains en Mauritanie et ailleurs. Il y a quelques semaines, à l’occasion d’un évènement marquant le 31ème anniversaire de la fondation de son organisation, nous lui avons consacré ce bref rendu hommage https://ecrit-ose.blog/2026/02/17/%e2%97%8f-mauritanie-droits-humains-rendons-nous-hommage-vivant-m-boubacar-ould-messaoud-une-personnalite-iconique-de-labolitionnisme-en-mauritanie/ .

23 mars 2026

Koundou SOUMARE, blogueur et militant des droits humains.

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Dr DIALLO Djibril

—La rubrique GEB (Grand Entretien du BLOG) vous propose l’interview ci-après accordée par M. Diallo Djibril. Originaire de la commune de Tachott dans le Guidimagha, le juriste est actuellement haut cadre au Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Ici l’expression de notre fraternelle reconnaissance à son endroit pour la disponibilité.

Bonne lecture !

Question 1 : Présentation sommaire ?

Dr DIALLO Djibril : Je m’appelle Diallo Djibril Cheikh Bouye. Je suis juriste de formation, titulaire d’un doctorat en droit public de l’université Paris 8, avec une spécialisation en intégration régionale africaine et en gouvernance publique. Mon parcours universitaire m’a conduit également à l’Université de Perpignan, ainsi qu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où j’ai approfondi mes recherches en droit de l’intégration et en droit international économique.
Sur le plan professionnel, j’exerce aujourd’hui principalement dans le champ des politiques publiques, de la stratégie institutionnelle et du conseil juridique. J’occupe présentement la fonction de conseiller technique chargé des affaires juridiques au cabinet du ministre de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Parallèlement, j’ai longtemps évolué dans le monde de la recherche et des études stratégiques au Centre Essahraa d’Études et de Consultations, un think Tank mauritanien.
J’ai également été enseignant en droit, économie et management, dans le secondaire et certains établissements de l’enseignement supérieur lors de mon séjour en France. 
Aussi, j’ai toujours été engagé dans la vie associative, notamment sur les questions de citoyenneté, d’éducation et de développement communautaire.
Je m’arrête là, avec cette brève présentation.
Question 2 : Retour d’expérience après l’Europe ?
DD : Mon séjour en Europe fut une expérience intellectuelle et humaine extrêmement structurante. Il m’a permis d’évoluer dans des environnements académiques exigeants, où la rigueur méthodologique, l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle sont fortement valorisés.
Les facilités résident principalement dans l’accès aux ressources documentaires, à des réseaux scientifiques denses et à un encadrement académique structuré. Toutefois, les écueils ne sont pas négligeables : solitude, exigence d’adaptation culturelle, pression académique et nécessité d’une discipline personnelle constante.
Mon principal conseil aux jeunes serait de ne pas idéaliser l’extérieur, mais de le considérer comme un espace d’apprentissage. L’essentiel est d’acquérir des compétences transférables, une méthode de travail solide et une ouverture d’esprit. Le retour au pays doit être pensé comme une continuité logique : il s’agit de réinvestir les acquis au service du développement national.
Question 3 : Conseils à la jeunesse mauritanienne, notamment soninké ?
DD : L’éducation demeure le levier fondamental de transformation sociale. À la jeunesse mauritanienne, je recommanderais d’investir prioritairement dans la formation intellectuelle, technique et morale. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de cultiver la compétence, l’éthique et la discipline.
À l’adresse particulière des jeunes soninké, dont l’histoire est marquée par une forte tradition intellectuelle et migratoire, je dirais qu’il est impératif de concilier enracinement culturel et ouverture au monde. La maîtrise des langues, des outils numériques, des sciences et des métiers émergents est aujourd’hui indispensable.
Il faut également développer l’esprit entrepreneurial et sortir d’une logique exclusive de recherche d’emploi public. La création de valeur, l’innovation et l’initiative privée constituent des perspectives majeures pour l’avenir.
Question 4 : Diagnostic sur les pratiques féodalo-esclavagistes et pistes d’éradication ?
DD : Les survivances de pratiques féodalo-esclavagistes constituent une réalité sociologique et historique complexe. Elles s’inscrivent dans des structures mentales héritées, parfois intériorisées, qui continuent d’influencer les rapports sociaux.
Mon diagnostic est double : d’une part, il existe un décalage entre le cadre juridique – qui prohibe clairement ces pratiques – et certaines représentations sociales persistantes ; d’autre part, la transformation des mentalités nécessite un travail de longue haleine.
Les pistes d’action devraient s’articuler autour de trois axes :
L’éducation et la conscientisation : renforcer l’enseignement de l’égalité, de la dignité humaine et de la citoyenneté.
L’application rigoureuse du droit : l’État doit garantir l’effectivité des normes existantes.
Le dialogue communautaire et religieux : mobiliser les leaders d’opinion, intellectuels et acteurs associatifs pour déconstruire les justifications culturelles erronées.
La sortie définitive de ces tares suppose une évolution générationnelle appuyée par des politiques publiques cohérentes et une volonté collective affirmée.

● Question 5 : Engagement des jeunes en politique en Mauritanie ?

DD : La jeunesse mauritanienne manifeste un intérêt croissant pour les questions politiques, notamment à travers les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes. Cependant, cet engagement demeure parfois fragmenté et insuffisamment structuré.
Je constate un dynamisme réel, mais qui gagnerait à être davantage organisé, formé et encadré. L’engagement politique ne devrait pas se limiter à la revendication ; il doit également intégrer la formation doctrinale, la compréhension des institutions et la culture du compromis.
Il est essentiel que les jeunes investissent les partis, les organisations de la société civile et les espaces de débat avec compétence et éthique. L’avenir démocratique du pays dépendra largement de leur capacité à conjuguer idéal et responsabilité.

● Réalisé par KS pour le BLOG

🔴 Études ~ Histoire | Critique historique des affirmations sur Koumbi Saleh et l’Empire du Ghana | Par M. Mady Ibrahim Kante



1) L’existence historique de Koumbi Saleh
L’affirmation selon laquelle Koumbi Saleh n’est qu’un mythe ou une invention coloniale est remise en question par des fouilles archéologiques, titre d’exemple, les premières grandes fouilles scientifiques ont été effectuées par Raymond Mauny (1950-60), puis par Serge Robert et Sophie Berthier. Cependant, les vestiges comprennent bien évidemment, habitations en pierre, mosquées anciennes et structures urbaines étendues sur le lieu considérait l’ancienne citée de Koumbi Saleh. On peut situer l’occupation principale entre le Ie/IVe et le XIIIe siècle selon les datations. Ces travaux témoignent de la présence réelle d’une ville importante précoloniale, bien avant 1910.
2) Koumbi Saleh et la capitale de l’Empire du Ghana (Wagadou)
L’Empire du Ghana, appelé Wagadou par les Soninké, est attesté par plusieurs sources médiévales musulmanes, indépendantes de la colonisation européenne. En particulier, la Source majeure : Al-Bakri au XIe siècle, il décrit Koumbi comme une capitale composée de deux villes distinctes : une ville royale (tradition animiste) ; une ville musulmane avec 12 mosquées, sous un pouvoir politique structuré et un commerce d’or florissant.
Son œuvre date de 1068 — soit près de 850 ans avant la présence coloniale française en Mauritanie. Il est donc historiquement inconcevable que l’Empire du Ghana soit une ‘invention coloniale’.
3) Sur l’accusation d’« invention par le sergent Bonnet en 1910 »
Aucune source académique officielle ne fait référence à un « sergent Bonnet » comme l’inventeur du royaume du Ghana. Au contraire, des auteurs arabes comme : Al-Bakri (XIe siècle), Al-Idrissi (XIIe siècle) et Ibn Khaldoun (XIVe siècle), mentionnent déjà l’existence d’un royaume puissant appelé Ghana. Les sources islamiques médiévales documentent donc le royaume, bien avant toute entreprise coloniale européenne.
4) Les Almoravides ont-ils fondé Koumbi Saleh ?
Les Almoravides étaient un mouvement réformiste berbère né au XIe siècle en Mauritanie et au Maroc. Regardons les faits historiques établis, qui ont mené des campagnes militaires vers le sud. Également, certains historiens pensent qu’ils ont attaqué Ghana vers 1076. Mais aucune preuve sérieuse n’indique qu’ils ont fondé Koumbi Saleh. Cependant, Les vestiges archéologiques montrent que la ville existait avant l’expansion almoravide.
Toutefois, les Almoravides ont pu influencer l’islamisation et renforcer les quartiers musulmans. Mais pas créer la ville ni l’empire.
5) Origine soninké de l’Empire (Wagadou)
Chez les Soninké, la tradition orale soninké (Mama Dinga – Soninké) identifie comme le fondateur de Wagadou (Ghana) depuis les premiers siècles de notre ère (A.J.). En établissant un système politique structuré considéré comme une aristocratie locale. Ces informations sont approuvées académiquement par des recherches linguistiques et anthropologiques confirment l’ancienneté soninké dans cette région.
En effet, l’Empire du Ghana ou Wagadou est donc purement africain, existait dans la période de précolonial, sous le règne de soninké.
6) Sur la thèse du « mensonge colonial pour effacer l’islam »
Cette affirmation pose un problème logique, notamment, les premières descriptions détaillées de Ghana viennent d’auteurs musulmans. Puis, la ville comportait des quartiers musulmans importants. Selon Docteur Ahmed Chalabi, il y’avait douze grandes mosquées dans les deux grandes villes de l’empire de Ghana. Il est important de noter que l’Islam y était déjà présent au XIe siècle.
Si l’objectif colonial était d’effacer l’islam, pourquoi s’appuyer sur des sources musulmanes anciennes ? pourquoi documenter l’existence de mosquées et de savants musulmans ? En effet on pourrait dire que l’argument manque de cohérence historique.
7) La question archéologique actuelle
Il est vrai que tous les aspects de l’Empire ne sont pas entièrement élucidés, des débats existent sur l’étendue exacte du territoire. Mais débat scientifique ≠ inexistence historique. La majorité des historiens spécialisés en Afrique médiévale reconnaissent l’existence de l’Empire du Ghana, l’importance de Koumbi Saleh et son rôle probable de capitale ou centre majeur
Conclusion
Le texte attribué à un certain « Ahmed Lehbib » présente plusieurs affirmations non étayées ni fondées, en particulier : absence de sources académiques ; négation des sources arabes médiévales ; confusion entre débat scientifique et négation historique ; accusation coloniale non documentée.
En revanche, les preuves en faveur de l’existence de « Koumbi Saleh » dans l’Empire du Ghana (Wagadou) et son noyau soninké ainsi que son importance dans le commerce transsaharien, sont appuyées par : sources arabes médiévales ; fouilles archéologiques ; traditions orales corroborées et ; recherches universitaires modernes.
Bien sûr, la reconnaissance de l’existence de l’Empire du Ghana ne diminue en rien l’importance des Almoravides, l’histoire islamique régionale et la valeur culturelle des Soninkés. Au contraire, cela montre la complexité et la richesse de l’histoire ouest-africaine-sahélienne précoloniale.
Bibliographie
I. Sources médiévales arabes (sources primaires)
1. Al-Bakri
Kitāb al-Masālik wa-l-Mamālik (Livre des routes et des royaumes), 1068.
o Description détaillée du royaume du Ghana et de sa capitale composée de deux villes.
o Traduction partielle dans :
De Slane, W. (trans.), Description de l’Afrique septentrionale, Alger, 1913.
2. Al-Idrissi
Nuzhat al-mushtāq fī ikhtirāq al-āfāq, XIIe siècle.
o Mention du royaume du Ghana dans ses descriptions géographiques.
3. Ibn Khaldoun
Kitāb al-‘Ibar, XIVe siècle.
o Chroniques historiques mentionnant les dynasties soudanaises, dont Ghana.
II. Travaux archéologiques sur Koumbi Saleh
4. Mauny, Raymond.
Tableau géographique de l’Ouest africain au Moyen Âge, Dakar, IFAN, 1961.
o Étude fondamentale reliant les descriptions arabes au site archéologique. (https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000066051_fre?posInSet=1&queryId=0346effd-082d-48d3-9101-036141508a5b)
5. Berthier, Sophie & Robert, Serge.
Recherches archéologiques à Koumbi Saleh (Mauritanie), CNRS, années 1970-1980.
o Rapports détaillant les fouilles, structures urbaines, mosquées, habitations en pierre.
6. UNESCO
Fiche descriptive du site de Koumbi Saleh (Liste indicative du patrimoine mondial).
o Documentation archéologique et historique officielle.
III. Ouvrages académiques modernes sur l’Empire du Ghana
7. Nehemia Levtzion
Ancient Ghana and Mali, Methuen, 1973.
o Analyse critique des sources arabes et des données archéologiques.
8. D.T. Niane (dir.)
Histoire générale de l’Afrique, Vol. IV : L’Afrique du XIIe au XVIe siècle, UNESCO, 1984.
o Chapitres consacrés à Ghana (Wagadou) et aux Soninké.
9. John Iliffe
Africans: The History of a Continent, Cambridge University Press, 1995.
o Synthèse historique incluant l’Empire du Ghana.
10. Kevin Shillington (ed.)
Encyclopedia of African History, Routledge, 2005.
o Entrée “Ghana Empire”.
IV. Sur les Almoravides
11. Nehemia Levtzion & Hopkins, J.F.P.
Corpus of Early Arabic Sources for West African History, Cambridge University Press, 1981.
o Compilation et traduction des textes arabes mentionnant Ghana et les Almoravides.
12. Vincent Cornell
The Almoravids and the Meanings of Jihad, Journal of African History.
o Étude critique du mouvement almoravide.
V. Synthèses générales
13. Basil Davidson
Africa in History, 1968.
o Vulgarisation historique basée sur recherches académiques.
14. Encyclopaedia Britannica
Article “Ghana Empire”.
o Résumé académique validé.

Mady Ibrahim Kanté, Enseignant-chercheur

©️ Lien médias source https://www.facebook.com/share/p/187tAP9y46/

● Chez Nyamsi : « L’Afrique des Libertés » ou « L’afrique des limites » | Par KS

©️ Source RS – Facebook

Ici Nyamsi… l’un des prophètes « perturbés » de suffisance d’une certaine dite virilité panafricaniste de notre temps. Peuples éprouvés se trouvent facilement un messie. Anciennement… enchanteur de Blaise Compaoré du Burkina Faso et aujourd’hui activiste jocker auprès des juntes militaires du Sahel. As de la rhétorique disruptive et fréquentations diversement confuses, il surfe sur le filon « sucré politiquement » du couplé « panafricanisme -souverainisme » fourre-tout instrumentalisé par certains régimes militaristes et autoritaires qui opèrent un brumeux musellement des espaces civiques et politiques dans leurs pays. Il enseigne complaintes et pleurnichiardes comme sève de culture générale politique de motivation auprès de ses ouailles. Il incarne l’école des hautes études 2.0 en termes de manipulation et de raccourcis à faire substance potable et alternative de tous les faits tordus et épars de l’actualité…. et entre temps les réalités appliquent impitoyablement une lourde facture du jour au jour sur le cou des petits peuples.

Son univers discursif et narratif dans les réseaux digitaux qui s’appelle « L’Afrique des Libertés » peut être décrit d’un certain substrat comme « L’Afrique des limites ».

L’éveil politique et intellectuel afro et diasporique mérite MIEUX !

• KS pour le BLOG

● Afrique – Politique | Le personnage Kémi Seba en un petit mot. Par KS.

©️ Photo via les RS

–KS comme Kémi Seba | il est en train d’habiter son véritable personnage en mutant d’éveilleur de conscience collective auprès du monde afro diasporique à agitateur et politicien très instable dans ses démarches et vues. Planqué chez le général Tiani, le mythomane putschiste qui tient le Niger aux fers AES-siens (pouvoir militaire à rallonge et fermeture du champ politique et civique), Kémi Seba rameute et exploite en fin manipulateur des bonnes causes pour ses agendas nébuleux axés sur un ego surdimensionné à assouvir. Par son aura et ses prétentions, actuellement s’il était prisonnier politique au Bénin, on l’aurait pris au sérieux et ses bluffs compulsifs seraient mieux lisibles à juste titre. Il fait partie de la team Nyamsi, Yamb et leur suite… imaginons confier la gouvernance d’un pays à ce trio, ils ne vont pas tarder à se saigner horriblement dès les premiers 50 jours… parce que les rengaines compulsives tellement simplistes via les réseaux digitaux ne résistent pas aux réalités vivaces du jour au jour des hommes.

Actuellement, il serait doté d’un passeport diplomatique nigérien, le nombre de ressortissants de ce pays du même âge et N fois plus futés intellectuellement que lui, subissent un réel social et économique bouché et ne verraient jamais à quoi ressemble ce type de passeport officiel. Au Niger, il y est un élément parmi une élite politique et économique pro militariste et sûrement affairiste qui s’est faite de la thématique siamoise « souveraineté – panafricanisme » et ses biais raccourcis comme le nouvel opium d’un peuple qui se cherche. Et un peuple subissant désespoir multidimensionnel se trouve aisément…un messie arriviste loquace pour tenir face à une atmosphère de béance matérielle pour ne pas dire existentielle.

-KS pour le BLOG

● Réflexion ~ Contribution | Pour un rééquilibrage du Fiqh dans l’Etat islamique moderne | Par Mme Aissata Ahmedou Tidjane Bal

Certains ont comparé l’ordre et la discipline urbaine de certaines villes asiatiques à l’application d’une logique d’inspiration coranique : celle d’une rationalité ordonnée, d’une harmonie collective née du respect de principes supérieurs. Mais cette référence, souvent réappropriée à des fins politiques ou culturelles, témoigne d’un paradoxe : l’Islam, religion de raison et de justice, semble parfois absent des réalités sociales et politiques de ceux qui s’en réclament.

C’est pourtant sur des préceptes d’ordre, d’équité et de dignité que s’est fondée la Révolution torodo au Fouta-Toro, où Ceerno Souleymane Baal chercha à ériger une société islamique équilibrée  une cité où chaque caste tirait sa dignité du travail, où la femme était respectée comme gardienne du lien social, et où l’esclavage fut combattu comme une offense à la justice divine. Ceerno, fidèle à l’école malikite, sut unir la lecture littérale du Coran à l’exigence rationnelle. Il démontra que la fidélité à la Révélation n’exclut pas la lucidité politique, et que la spiritualité, loin d’être un refuge, est un acte d’ordre et de construction.

Le premier verset révélé au Prophète  » Lis ! » (Iqra’)  n’est pas une simple injonction littérale. C’est une ordonnance ontologique : un appel à la connaissance, à la quête de sens, à la compréhension du monde comme condition humaine. Lire, c’est déchiffrer le visible et l’invisible, c’est participer à l’acte divin de compréhension. La tradition islamique a toujours lié la foi à la connaissance (ʿilm), et la connaissance à la dignité. Le Coran évoque d’ailleurs la création du calame et de la tablette, symboles de la mémoire et de la pensée. Le musulman est ainsi appelé non seulement à croire, mais à penser le juste, à aimer la vérité et à agir selon la raison éclairée par la foi.

Dès lors, que signifie le silence des juristes religieux lorsque l’ordre public est bafoué, que l’égalité sociale s’effondre, que la corruption dévore les institutions ? Que signifie ce mutisme quand les prêches ne sont plus entendues, ou quand elles sont écoutées pour être aussitôt oubliées ? Ce silence devient plus qu’un désengagement spirituel : il est la marque d’une démission morale. Est-ce le signe d’une foi de façade, d’une passivité devant le chaos, ou le produit d’une éducation religieuse biaisée qui a détaché la foi de la cité, la conscience du politique, la prière de la justice ?

Car lorsque les savants se taisent, le vide qu’ils laissent est aussitôt comblé. Ce silence des fuqahāʾ ouvre un espace que d’autres s’empressent d’occuper : des activistes, sincères parfois, mais souvent emportés par la colère plus que guidés par la connaissance. Ils se croient porteurs d’un langage de vérité, mais leurs voix, nourries d’indignation plutôt que de science, finissent par déformer ce qu’ils prétendent défendre. Ils brandissent la justice sans en comprendre la mesure, s’érigent en juges sans la rigueur du droit, parlent au nom du peuple sans la sagesse de la loi. Ainsi, le déséquilibre s’installe : la parole du savant, qui aurait pu apaiser, structurer et élever, est remplacée par le cri du militant qui divise, blesse et consume. Et lorsque la colère tient lieu de pensée, la justice elle-même devient aveugle.

Dans des États qui se proclament islamiques, ce silence n’est pas seulement religieux : il devient institutionnel, étatique, moral. Les conseils religieux, souvent intégrés aux appareils du pouvoir, préfèrent l’obéissance à la vérité, oubliant que la mission du savant est d’être miroir du juste, non paravent du prince. Ce silence, c’est celui d’une conscience qui abdique. Et cette abdication ouvre la voie à la confusion : entre foi et idéologie, entre engagement et agitation, entre l’appel au bien et la soif de visibilité.

Pourtant, le fiqh originel n’a jamais été un droit du silence. Il était une pensée dynamique, ouverte sur la raison et sur le changement des temps. Les juristes malikites rappelaient que le changement des coutumes entraîne le changement des jugements : la loi ne se fige pas, elle s’adapte pour préserver l’équité. L’ordre islamique véritable n’est pas celui d’une immobilité, mais d’un équilibre : celui d’une justice sociale et morale, d’une préservation de la dignité humaine, d’une paix intérieure qui se prolonge dans la cité.

Le mutisme du savant face à l’injustice équivaut à la démission du témoin, car le témoignage du vrai (shahāda) est le prolongement de la foi. Celui qui se tait devant l’oppression participe à son maintien. Le rôle du fiqhi n’est pas de bénir l’ordre établi, mais de rappeler que la cité de Dieu n’est pas celle des puissants, mais celle de la justice.

L’Islam, dès ses origines, a proposé une vision cosmique du monde. Le Coran évoque les étoiles, les galaxies, l’expansion du ciel  bien avant que la science moderne n’en formule les lois. Cette ouverture au cosmos traduit une conception unifiée du savoir : l’homme, en connaissant, participe à l’ordre divin. Aujourd’hui, cette dimension rationnelle et contemplative s’est dissoute dans une pratique fragmentaire où la religion devient un refuge identitaire plutôt qu’un projet de civilisation. Beaucoup cherchent dans l’islam un apaisement spirituel sans y puiser une éthique du monde.

Mais la véritable foi, celle qu’incarnait Ceerno Souleymane Bal, consiste à faire régner la justice dans la cité. Refuser la justice, c’est trahir la volonté divine. Le fiqhi qui se tait face à l’oppression ne manque pas seulement à sa mission : il rompt le pacte du savoir et du juste. Et c’est alors la raison  ce don premier de Dieu qui s’éteint dans le vacarme du monde.

Dans les États islamiques contemporains, où les textes juridiques mêlent droit moderne et droit religieux, le fiqh pourrait redevenir une source d’équilibre et d’inspiration. À travers une lecture rationnelle du Coran et une compréhension renouvelée de ses finalités, il peut aider les magistrats à replacer le souci du juste au cœur de leur fonction. Car juger, dans la perspective islamique, n’est pas seulement appliquer la loi : c’est rechercher la vérité avec équité, préserver la dignité humaine et restaurer la balance morale du monde. En réconciliant la rigueur du droit avec la lumière de la raison coranique, le fiqhi peut encore inspirer des textes plus justes, des décisions plus équilibrées et une justice plus conforme à la noblesse de l’esprit islamique.

La Mauritanie par exemple alliant droit islamique et moderne dans ses cadres normatifs aurait pu être un bastion de la pensée rationnelle islamique, le lieu d’un rééquilibrage inspiré par le fiqh, aussi bien dans son paysage législatif que dans l’action des acteurs sociaux et politiques. Son histoire ne manque pourtant pas d’exemples où la rigueur religieuse s’alliait à la justice politique : l’héritage de l’empire du Ghana, l’expérience réformatrice du Fouta, ou encore Chinguetti, temple du savoir et carrefour des sciences religieuses. En renouant avec cette tradition, la Mauritanie aurait pu rappeler au monde musulman le socle vivant de la science juridique islamique  une science qui ordonne la cité, éclaire la raison et élève la justice.

Ainsi, dans le cadre républicain mauritanien, il serait possible de concevoir un projet institutionnel qui réconcilie la foi et la raison autour d’un même horizon éthique : celui de la justice, du savoir et de la dignité. L’éducation nationale, pierre angulaire de la conscience civique, devrait devenir l’espace privilégié où se tisse ce dialogue entre la science et la Révélation. Non pas pour confondre les domaines, mais pour leur restituer leur complémentarité : la foi, comme source de valeurs et d’équilibre moral ; la raison, comme instrument d’exploration du monde et de progrès collectif. Un tel plan pourrait intégrer, dans les curricula, une pédagogie de la justice sociale inspirée des principes coraniques d’équité et de solidarité, tout en renforçant la formation scientifique et cosmologique comme acte spirituel de connaissance. Il s’agirait aussi de développer des programmes de prévention intellectuelle contre les idéologies extrémistes, en opposant à la radicalité la rigueur du fiqh, à la haine la lumière de la connaissance, et à la confusion des discours la clarté d’une raison éclairée par la foi.

Mais au-delà de l’éducation, la pensée islamique elle-même doit être reconstruite, non dans une rupture avec la tradition, mais dans une fidélité intelligente à son esprit de raison et de justice. L’ijtihād effort d’interprétation et la maṣlaḥa recherche du bien commun doivent redevenir les instruments centraux d’une pensée islamique vivante, capable de dialoguer avec les réalités sociales contemporaines. Ces mécanismes, loin d’être figés, peuvent nourrir un projet de réunification nationale, en fondant la cohésion non sur l’ethnie ou la région, mais sur la dignité partagée de l’être humain, créé libre et responsable. L’‘adl (justice), l’ukhuwwa (fraternité) et la karāma (dignité) pourraient ainsi devenir les piliers d’un civisme spirituel, où la foi ne s’oppose pas à la citoyenneté, mais en élève le sens moral.

La Mauritanie, forte de sa diversité culturelle et de son expérience dans la lutte contre le terrorisme, pourrait devenir un laboratoire de ce renouveau islamique. Sa stabilité relative, son enracinement dans la tradition malikite et son héritage intellectuel issu de Chinguetti lui offrent les conditions d’une réconciliation entre religion, raison et République. En transformant la lutte contre le radicalisme en un combat intellectuel et moral pour une pensée éclairée, une justice sociale authentique et une pédagogie du respect , elle pourrait montrer qu’un État musulman moderne n’est pas celui qui impose, mais celui qui élève. La Mauritanie, fidèle à sa vocation spirituelle et politique, pourrait rappeler au monde que la véritable force d’une nation ne réside pas dans la domination, mais dans la construction d’une dignité partagée, où la foi inspire le civisme et la civilité devient un prolongement de la spiritualité.

Dans les Républiques Islamiques comme dans tous les États, traversés par le tumulte de la désinformation, l’indignation sélective et la confusion des repères, il faut des voix qui rappellent que la parole de Dieu doit rester audible : une parole de justice, de connaissance et d’équilibre, capable de réguler le désordre du monde et de rétablir la mesure du vrai.

Aissata Ahmedou Tidjane Bal, Juriste en droit Public.

©️ lien médias https://kassataya.com/pour-un-reequilibrage-du-fiqh-dans-letat-islamique-moderne/?fbclid=Iwb21leAOFa3ljbGNrA4Vrc2V4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAhjYWxsc2l0ZQIyNQABHtVDFUhVvD84ozYtVBAejoNgPfkQWIurZPCeNlqLUSvAl7ymwxRrsdEGbuzs_aem_8sATkrFjiGyFs8qGqfiFmA