● Mauritanie Politique | De la discrimination positive en Mauritanie ? | Par M. Amadou Alpha Ba

Ces dernières semaines ont été marquées par des débats suscités par la signature d’un appel de leaders Haratines appelant à deux décisions majeures : la reconnaissance de l’identité aratine dans la constitution au même titre que les autres « identités reconnues ».
La discrimination positive désigne un ensemble de mesures définies comme correctives, donc temporaires visant à corriger un gap de niveau économique ou social au profit de groupes considérés comme défavorisés ou discriminés par un système né de l’histoire, de la culture, ou de la politique, pour des considérations souvent liées à l’origine, au genre, au handicap, ou au milieu social. L’objectif de la discrimination positive est d’égaliser les chances de départ, non seulement par la loi, mais par des mesures socio-économiques et culturelles correctives pour une égalité non seulement juridique et théorique, mais réelle dans tous les aspects de la vie quotidienne.
Qui donc peut bénéficier de ces mesures si leur nécessité s’avère en Mauritanie ? Les cadres Haratines en appellent d’abord à la loi fondamentale qui doit reconnaître l’identité Haratine.  Cet appel se justifie suivant la logique de la nécessité de mise en œuvre d’une politique de discrimination positive au profit de ce groupe. Car sans reconnaissance, la haratinité n’existe ni politiquement ni juridiquement pour prétendre à des mesures ciblées. Seulement, la où le bât blesse, c’est quand cet appel considère que la constitution reconnaît les autres communautés ethniques du pays. Il faut lever cette équivoque qui induit beaucoup de personnes en erreur. La constitution Mauritanienne ne reconnaît aucune communauté ethnique du pays, elle reconnaît les langues nationales, or une langue n’est pas forcément le marqueur identitaire ethnique d’un groupe donné. La constitution de 1991 révisée en 2012 puis en 2017 ne fait que distinguer les langues dites « nationales » et langue « officielle ». L’article 6 dispose : « Les langues nationales sont : l’Arabe, le Poular, le Soninké et le Wolof. L’Arabe est la langue officielle. »  Les cadres Haratines devraient le savoir plus que tout autre individu, car la reconnaissance de leur identité ethnique particulière par la constitution ne modifierait en rien leur identité linguistique arabe. Les Hutus et les Tutsis du Rwanda parlent la même langue, mais sont d’identités ethniques différentes. Les Bambaras du Mali, les Malinkés de Guinée, et les Socés du Sénégal parlent la même langue mais se considèrent d’ethnies différentes. Il y a des exemples similaires à foison dans le monde. Le fait est que la langue n’est pas le seul marqueur identitaire d’une ethnie. Une ethnie peut être identifiée, par son origine, par sa culture, par son histoire, par son organisation sociale et sociétale, par son économie, par sa géographie (son lieu d’habitat), etc. Le refus de la reconnaissance des identités ethniques dans les textes de lois est une politique héritée de la conception française jacobine de la citoyenneté. Or, cette conception crée aujourd’hui beaucoup de problèmes à la politique de lutte contre les discriminations et à la politique de discrimination positive à la française. En effet, comment mesurer le degré d’atteinte d’une politique ou son efficacité si on ne peut pas quantifier le public ciblé ne serait-ce que pour des nécessités statistiques ? Et si on appliquait la discrimination positive au profit des Haratines, comment pourrait-on mesurer son taux d’efficacité ou d’inefficacité si juridiquement et statistiquement les Haratines n’existent pas ?
La discrimination positive est une politique de correction des inégalités largement utilisée dans le monde à des degrés divers selon les pays. Certains pays tels que les USA, l’Inde, l’Afrique du Sud ou la France sont les plus médiatisés et plus étudiés en raison de l’ampleur de leurs politiques respectives, mais surtout en raison des différences d’approche de leurs modèles qui permettent des études comparatives très instructives. Le modèle pionnier étant celui de l’Inde introduit dans la constitution du pays depuis 1950. Il vise à briser le système des castes et son corollaire les inégalités de naissance, inégalités renforcées par une politique coloniale faite de racisme et de discrimination au détriment des castes dites inférieures. Le modèle indien cible principalement les Dalits (appelés aussi les intouchables) et les autres castes marginalisées. L’Affirmative Action des Etats-Unis est né de la lutte pour les droits civiques des années 1960. Si on ne peut pas parler de système de castes aux USA comme en Inde, la politique de discrimination positive à l’américaine que certains qualifient d’ethno-raciale, a ses racines dans la lutte contre les inégalités nées de l’histoire esclavagiste du pays et de la marginalisation de certaines communautés ethniques du pays tels que les Hispaniques et les indiens. Les Afro-américains, descendants d’esclaves, et les communautés Hispaniques sont les principaux bénéficiaires de cette politique. En Afrique du Sud, le Black Economic Empowerment de 1994, vise à faire entrer la majorité noire dans l’économie formelle qui était confisquée par la minorité blanche du fait de dizaines d’années d’apartheid. Si ces trois exemples ont ciblé soit des groupes ethniques soit des castes, la France jacobine a pris un tout autre chemin. C’est le modèle socio-territorial. Interdisant les critères fondés sur la religion ou la race, la France a opté pour des critères socio-géographiques et de genre en ciblant des quartiers dits prioritaires sans mention d’identités ethniques, et instaurant un quota pour la représentativité des femmes dans les instances de décision des entreprises (tels que les conseils d’administrations) et dans la politique. Tous ces systèmes de discrimination positive ont à un niveau ou à un autre utilisé le système de réservation par quotas au profit des groupes ciblés. Mais, en fonction des modèles et des pratiques, les points forts et les points faibles variant d’un modèle à l’autre ont fait que des mesures correctives sont souvent prises par les autorités politiques (Inde, France) ou judiciaires (USA) pour ajuster ou supprimer certaines mesures.
Et la Mauritanie dans tout cela ? Elle a sa discrimination positive. Comme à notre habitude, nos modèles juridiques et politiques sont inspirés de la France. La Mauritanie a créé sont système socio-géographique en instaurant ce qu’on a jadis appelé le Triangle de la Pauvreté rebaptisé Triangle de l’Espoir au début des années 2000. Elle est à cheval sur les régions du Gorgol, du Brakna, de l’Assaba et du Tagant. Les sommets de ce triangle sont délimités par les villes d’Aleg, de Mbout, et de Kiffa. C’est une zone caractérisée par son enclavement, son sous-équipement en service sociaux de base, et sa dépendance presque exclusivement agricole très vulnérable aux sécheresses récurrentes dans le pays. Dans les années 2000, des projets spécifiques y ont étés déployés : désenclavement routier, projets d’adduction d’eau, infrastructures scolaires et de santé. La Mauritanie a aussi pris des mesures de discrimination positive en faveur de la représentativité des femmes dans les instances politiques et administratives du pays par un système de quotas légaux qui repose sur une loi organique de 2006, renforcée par les réformes électorales de 2012 et 2022. 
Ce survol de la situation internationale et nationale en matière de discrimination positive nous permet de soutenir que la situation en Mauritanie a plusieurs similitudes dans le monde et qu’elle peut s’inspirer des modèles extérieurs et de sa propre expérience en la matière pour développer son propre modèle adapté à ses réalités tout en tenant compte des forces et des faiblesses des expériences des autres. Mais, à part ses propres modèles expérimentés dans la représentativité des femmes et dans le Triangle de l’Espoir, la Mauritanie devrait-elle se limiter à une discrimination positive au profit des Haratines comme le suggère l’appel de cadres de cette communauté ? Si une discrimination positive au profit des Haratines devrait voir le jour en Mauritanie, elle serait plus proche des situations aux Usa et en Inde, deux pays héritiers de traditions esclavagistes ou de castes comme en Mauritanie. Aux Usa et en Inde, les groupes les plus vulnérables étaient pour l’un les afro-américains issus de siècles d’esclavage comme les Haratines, et pour l’autre les Intouchables issus d’une tradition féodale dans une société hiérarchisée par le système de castes. Mais aux Usa, l’Affirmative Action n’a pas bénéficié qu’aux Afro-américains, mais aussi aux autres minorités discriminés tels que les Hispaniques. En Inde, dès le début, les castes intermédiaires ont été introduites dans les politiques de quotas, et plus tard, des mesures correctives ont aussi profité aux pauvres des castes dites supérieures. Si en Mauritanie la situation des Haratines est préoccupante, elle ne l’est pas plus que celle des autres descendants d’esclaves des autres communautés ethniques du pays. Les Maccube chez les haalpulaars, les Komé chez les Soninkés, les Jamm chez les Wolofs sont tout aussi discriminés que les Haratines voire plus dans certains domaines. Dans le domaine politique et dans la haute administration, les Haratines sont beaucoup plus représentés et beaucoup plus visibles que les descendants d’esclaves Haalpulaars, Soninkés ou Wolofs, qui sont quasiment absents des instances de décision du pays. Malgré l’absence de statistiques, ce fait est une constante visible héritée des traditions féodales et des politiques discriminatoires depuis la colonisation. N’est-ce pas le colon qui avait créé l’école des fils de chefs qui formait les élites du pouvoir ? Ecole qui était de fait réservée aux castes dites supérieures. N’est-ce pas notre pratique politique qui favorise les chefs de tribus et les soi-disant grandes familles ? La relative récente politique de libération des Haratines du joug de l’esclavage et sa visibilité due à ses propres caractéristiques et à son importance numérique, ne doivent pas nous conduire à l’aveuglement sur les souffrances des autres castes dites inférieures dans nos autres communautés nationales.
L’Afrique du Sud, par sa politique du Black Empowerment, a pris des mesures correctives en faveur des Noirs victimes de l’Apartheid. Ces mesures ont surtout ciblé la représentativité des noirs dans la direction des entreprises et la répartition des terres qui étaient majoritairement détenus par la minorité blanche. En Mauritanie, les Noirs, depuis les indépendances, sont victimes d’une politique ségrégationniste qui ne dit pas son nom, mais qui les exclut systématiquement de la possession de grandes entreprises. Malgré les tentatives, aucun noir ne possède une banque, aucun noir ne possède une radio ou une télévision privée, aucun noir ne possède une usine. Les postes de souveraineté dans l’administration sont à plus de 90% détenus par les maures. Depuis la réforme foncière de 1983, beaucoup de noirs ont été dépossédés de leurs terres de cultures au profit de l’agro-business maure ou international. Le point culminant de cette politique a été la tentative de génocide de 1989 à 1991 qui a vu des milliers de fonctionnaires noirs essentiellement haalpulaars radiés de leurs postes, des milliers de noirs radiés des forces de défense et de sécurité, et des centaines d’entre eux exécutés sans aucun procès. Des dizaines de milliers d’autres populations rurales et citadines déportées vers le Sénégal et le Mali, des villages entiers rasés ou occupés par d’autres populations maures. Tous les fonctionnaires assassinés, radiés ou déportés, n’ont été remplacés que par des maures et des Haratines. Si cette situation n’est pas comparable à l’Apartheid vécu par les sud-africains, elle a créé un profond fossé dans la représentativité de nos communautés, fossé qui n’a profité qu’aux communautés maures, bidhanes et haratines compris. Cette situation nécessite des mesures correctives. Des terres et des villages haalpulaars sont encore occupés par des populations Haratines. Les forces armées et les forces de police ne recrutent presque depuis les années de braises que dans les communautés Haratines et Bidhanes. Les autres communautés y étant presque systématiquement exclues. Les mesures de réintégration prises sous le régime de Aziz n’ont été que théoriques dans la plus part des cas. Après une indemnisation de misère, les concernés ne recevaient dans la plupart des cas aucune affectation de service. Ils continuaient ainsi à végéter dans la nature si on ne les avait pas mis à la retraite anticipée.
La Mauritanie doit oser. La Mauritanie doit prendre le taureau par les cornes. Une discrimination positive n’est pas une politique à vie. C’est une mesure provisoire de correction des inégalités de chance. La justice américaine a jugé que la discrimination positive pour l’entrée à l’université, qui était en vigueur depuis des décennies n’était plus nécessaire et l’a arrêtée depuis 2023. Notre discrimination positive doit prendre en compte toutes nos réalités socioculturelles et toutes nos préoccupations à l’origine de nos inégalités structurelles. En un mot, notre discrimination positive ne doit pas être elle-même discriminatoire à l’instar de la majorité des politiques qui l’ont précédée depuis notre indépendance. Elle ne doit pas se limiter à des mesures juridiques qui ne sont en fait que des vœux pieux. Des actes concrets en matière de politique économique, en matière de politique sociale, en matière de recrutement, et aussi en matière d’éducation des consciences doivent être posés. Nos systèmes féodaux faits de tribus et de castes doivent être remis en cause par l’éducation dans les écoles et par l’éducation populaire. La promotion des castes dites inférieures doit être une de nos préoccupations fondamentales. Notre survit ne dépend que de notre capacité à affronter nos défis, il y va de l’existence de notre pays dans l’unité.

Amadou Alpha BA

● La théologie esclavagiste au nom de l’islam | Élément diagnostic dans l’ouvrage de Tidiane N’Diaye (Le génocide voilé)

📖 Lu_Su Livres | In Le génocide voilé de Tidiane N’DIAYE : L’esclavage étant validé et institutionnalisé par l’Islam, il eût été impie chez les Arabes de le remettre en cause. «L’esclavage en terre d’Islam reste un sujet à la fois obsur et hypersensible, dont la seule mention est souvent ressentie comme le signe d’intentions hostiles», notait l’historien Bernard Lewis. P255

Bon…Mr Ndiaye (paix à son âme) tenait résolument à décrire sans gants ni filtres les pratiques esclavagistes de l’ensemble arabo-musulman sous lesquelles des Noirs furent horriblement soumis (vente et chasse à l’homme…Noir, castrations, eunuques, exploitations inhumaines…). Seulement… il semblait modérément expressif sur les répliques sociétales et politiques de cette idéologie humainement dévastatrice au sein des communautés noires islamisées surtout en intra-muros.
La théologie esclavagiste construite au nom de l’islam chez l’environnement arabo-arabe visait (vise) principalement d’autres peuples non arabes (ou non suffisamment arabisés), alors que les milieux esclavagistes africains (Noirs) islamisés de la bande centrale géographiquement sahara-sahelienne (de l’océan atlantique à l’océan indien) sévissent à l’encontre d’autres Noirs. Les mentalités et les pratiques esclavagistes et assimilées socialement y sont actives de nos jours… entre de gens appartenant au même groupe sociolinguistique.
Aujourd’hui, dans les milieux musulmans afro, une théologie anti-esclavagiste et de libération est d’une nécessité absolue. En Mauritanie, par exemple de nos jours, les lésés sociaux (tous Noirs presque) à cause du passé esclavagiste sont dans toutes les communautés et ceux qui y bénéficient des hautes positions sociales et politiques par hérédité sont généralement une émanation directe des corps sociaux esclavagistes et féodaux (Arabo-berbères et Noirs). Ainsi… dans l’écosystème de la militance pour les Droits humains en Mauritanie, un élément activiste pourrait être antiraciste… anti-esclavagiste à Nouakchott et esclavagiste et féodal dans son giron communautaire. Également dans la diaspora mauritanienne politisée en France, le manifestant de Trocadéro pour les manquements de l’État… peut être le cotisant d’une caisse réactionnaire pour consolider les coutumes esclavagistes dans son village d’origine au pays. Une approche gymnastique qui heurte le bon sens des non avertis sur les données sociales et politiques trans-communautaires dans notre pays.

• Complément d’analyse : notre contribution de décembre 2025 parue dans l’agence de presse Pressenza Francophone  : L’esclavage par ascendance en Mauritanie: l’angle analytique trop binaire et partiel https://www.pressenza.com/fr/2025/12/lesclavage-par-ascendance-en-mauritanie-langle-analytique-trop-binaire-et-partiel/


Bon week-end à Tous

29 août 2026

Par KS pour le BLOG

● Contribution | Et si c’était l’ordre colonial français qui sauva certains africains du joug ténébreux de l’esclavage « maison » !

📷 Bamako, 21 octobre 2021, autour de la figure symbolique descendante des pionniers anti-esclavagistes soninkés fondateurs du village de Bouillagui en 1914, le journaliste malien Goudia Konate Konate , le président Gaye Tene Traoré et votre modeste rédacteur de cet article.


L’esclavage « maison » fut (est) cette traite intra-africaine très étrangement oubliée et banalisée dans beaucoup d’études et autres mobilisations revendicatives centrées sur les problématiques africaines (pendant et après colonisation). Une Afrique esclavagiste et affreusement esclavagiste était bien en mouvement au cœur du continent qui était sous domination coloniale occidentale (française dans notre zone sahélo-saharienne). Il serait intéressant  qu’on puisse retrouver des matériaux- ressources historiques au crédit anti-esclavagiste de certains de nos figures dites résistantes anti-coloniales… par exemple : Samory Touré, Elhaj Omar Tall ou Mohamed Lamine Dramé

À leur époque d’activisme militaro-politique anti français, courant tardif 19ème siècle, des noirs esclavagisés souffraient dans des plantations au Brésil et ailleurs mais il y en avait qui étaient sous les fers de l’asservissement massif tout près dans leurs zones d’engagement contestataire. Et cette Afrique esclavagiste intra-muros d’antan rumine de nos jours par un continuum d’aspect héréditaire (l’esclavage par ascendance) au cœur sociologique de nombreuses communautés ouest-africaines, par exemple du groupe sociolinguistique #soninké. Et osons le dire, le système colonial français avec tout ce qu’il provoquait d’inique et de travers avec l’indigénat et la domination multidimensionnelle sur les populations africaines, eut fait preuve d’une certaine lucidité stratégique à une époque pour gêner les mécanismes de l’esclavage intra-africain dans certaines zones. C’est le cas de la région de Kayes dans l’actuel Mali (anciennement le Soudan français) avec la fondation de cités refuges appelées aussi « Villages liberté ». Ce fut pour contrecarrer la déferlante esclavagiste en vigueur entre africains (Noirs). Les régimes et pratiques coutumiers dans la jungle de l’époque chez les univers communautaires, acceptaient l’esclavage comme institution sociale et économique. Ainsi, nombre de leaders tradi-politiques et religieux répugnaient la présence des Blancs pas à cause de la domination politique extérieure mais parce qu’ils ne supportaient pas voir péricliter leur système d’exploitation et d’asservissement sur d’autres Noirs.

Donc.. à une époque de notre histoire, certains africains sous les violences d’un braconnage humain menées par d’autres africains, préféraient de loin la présence du relais d’un pouvoir Blanc tenu à Paris qu’être à la proie de ses semblables de peau dans un village voisin.
Une réalité historique sur la problématique de l’esclavage intra-africain qui nous rattrape de nos jours dans certaines communautés ouest-africaines où les mentalités esclavagistes persistent et des personnes ou des composantes sociales assignées statutairement « esclaves » subissent diverses représailles (expropriation des terres, expulsions, agressions physiques..) en refusant leur statut. Étrangement… dans la continuité de ce que l’ordre colonial avait laissé comme structure étatique dans nos sphères territoriales, seules les lois qui en sont inspirées tiennent de références anti-esclavagistes et abolitionnistes dans la lettre et dans l’acte au forcing par du plaidoyer actif de cercles abolitionnistes. Ni morale sociale ni prêche religieux domestiques… n’ont pu être d’activants résolument anti-esclavagistes dans nos terroirs. Ce qui répond pourquoi… certains parmi nous restent très « accrocs » socialement à l’esclavage par ascendance qui sévit autour d’eux jusqu’à dans leur concession familiale.

En guise de référence, le visionnage du film documentaire (sorti en 2014) de l’universitaire Dr Marie Rodet, les Diambourou https://vimeo.com/245704895 , serait d’un grand intérêt. C’est sur le cas du village soninké de Bouillagui au Mali.

À cet article, je ne saurait manquer d’y adjoindre une contribution d’hommage consacrée à une tante du village de #Bouillagui, rencontrée en octobre 2021 à Bamako, Madame Hawa Cissoko. C’était à l’occasion d’un événement de formation au plaidoyer anti-esclavagiste organisé à l’USJPB Bamako et à Kayes, voir https://ecrit-ose.blog/2021/11/09/%e2%9c%93temoignage-emouvant-qui-marque-la-memoire-de-la-tante-hawa-cissoko-de-bouyagui/ .


4 août 2026

KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● Mauritanie Politique | Nous et nos petits paradoxe.

📷 2011 | visuel du DVD de la première conférence de l’association Armepes Ganbanaaxu-France Ganbanaaxu Fedde Armepes 

—C’est bien d’être philosophes et alertes en dénonçant la gouvernance ethno-raciale et monocolore à la constatation de certains visuels sur le personnel étatique. Il est encore mieux si on osait indexer avec le même entrain certain fonctionnement qui régit hermétiquement nos associations communautaires. Parce qu’il y règne parfois un fascisme social qui reproduit insidieusement les suprémacismes liés aux hiérarchies de naissance dans le corps ethnique. Pour se faire, tout un conditionnement est mobilisé pour perpétuer une sorte de juxtaposition fonctionnelle par laquelle le sang de naissance mène à la position statutaire de lead. Au sein de certains milieux chez les négro-mauritaniens (notamment soninkés et peulhs), ces discriminations sont socialisées de fait et les éléments socialement subalternisés subissent cette sorte d’un ethno-racisme de communauté. Une réalité de nature très politique qui assure pérennité au modèle inégalitaire et ségrégationniste des régimes coutumiers du régalien intra-communautaire. Les ambiguïtés et la terreur sociale constituent des piliers actifs pour maintenir le schéma en place d’apparence moderne. Et généralement l’association loi X ou Y en France, en Mauritanie ou au Québec est difficilement déconnectée des influences d’un déterminisme construit et chevillé à l’ensemble communautaire.
Par ailleurs… on voudrait instruire cohérence pour dénoncer le racisme d’Etat tout en comptant entretenir cet autre ethno-racisme très animé dans nos enclos communautaires. Ainsi… une brève conclusion osée : celui qui ne t’accepte pas le lead intra-communautaire par déterminisme coutumier ne peut croire sincèrement te voir élu président de la République. Son penchant féodal et suprémaciste risque d’inhiber sa tentation de libération citoyenne. C TRÈS DUR !



28 juin 2026

KS pour le BLOG

● Sénégal Politique | Le Président Diomaye se sépare de son Premier ministre Ousmane Sonko.

Ce vendredi 22 mai 2026, le couperet faussement inattendu est dégainé depuis la présidence à Dakar. Ce duo victorieux « Diomaye Moy Sonko » (Diomaye C’est Sonko) de l’élection présidentielle de 2024 n’a pas pu tenir harmonieusement face aux réalités insondables de l’exercice du pouvoir étatique. Ainsi, cette séparation ouvre une phase spéculative dans la vie politique sénégalaise. Le film à suivre dans l’avenir entre les 2 camps est d’un intérêt en terme de sciences politiques pour les observateurs. Le camp du président OS du Pastef s’affiche et clame sa fidélité aux promesses du Projet électoral exposé au peuple sénégalais. De l’autre côté, le jeune président Diomaye semble opter pour un suspect recentrage séparatiste qui interroge. Il n’ignore pas que son désormais ex PM est actuellement la personnalité politique la plus puissante pas que du Sénégal seulement mais de notre sous-région ouest-africaine.

Maintenant les responsabilités sont prises de part et d’autre ouvertement…et leurs conséquences n’échapperont pas au tribunal de l’Histoire devant l’opinion publique.

À suivre…

23 mai 2026

KS pour le BLOG

● TRIBUNE | de la résolution de l’onu aux réalités africaines : le défi de l’esclavage par ascendance

—-Le 25 mars 2026, les Nations unies, par une déclaration solennelle de son assemblée générale (AG/12755), adoptent une résolution historique : celle qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de «plus grave crime contre l’humanité ». (cf. lien n°1). Cette résolution a été votée sous l’impulsion du président du Ghana John Dramani Mahama avec l’appui de l’Union africaine.

Nous saluons cette décision symbolique d’une grande portée pour la reconnaissance de l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité. C’est dans cet esprit que nous, militants de droits humains de l’espace sahélien, à travers cette tribune, interpellons, par des remarques citoyennes, l’union africaine, les décideurs de nos Etats, les sociétés civiles et les diasporas africaines.

Nous considérons que cette résolution onusienne mérite d’être un point d’enclenchement d’une prise de conscience collective des peuples africains sur les différents types d’esclavage qui ont saigné diversement notre continent.

En effet, l’Afrique politique et intellectuelle a certes obtenu un succès diplomatique majeur au sein de l’Assemblée générale onusienne. Mais elle ne devrait pas passer sous silence les nombreuses frictions sociales intra-communautaires encore existantes dans certaines zones ouest-africaines, et qui sont relatives à la problématique de “l’esclavage par ascendance”. Une réalité sociale insidieusement intégrée dans le système de castes de communautés très hiérarchisées.

Le cas, entre autres, du groupe sociolinguistique soninké en est une illustration parfaite. Cette société est aujourd’hui traversée par une dynamique abolitionniste qui se heurte à des forces réactionnaires qui font usage d’une violence inouïe et bafouent la dignité humaine.

C’est ainsi qu’au cours de cette dernière décennie, de 2016 à 2026, plusieurs faits d’une gravité extrême ont été recensés : le lynchage à mort de 4 militants anti-esclavagistes du mouvement d’éveil Gambana (Égalité en droit et en dignité) à Diandjoumé (Mali) (cf. lien n°2), l’horrible exécution de madame Diogou Sidibé à Lany (Mali) (cf. lien n°3) et également en Mauritanie avec l’agression de monsieur Samba Moussa Kone (cf. lien n°4).

Au vu de la gravité des crimes susmentionnés, les différents gouvernements, instances et ONG droit-de-l’hommistes devraient aborder frontalement les problématiques très actuelles liées au passé esclavagiste transsaharien et intra-africain. Car en effet, une forme de passivité et de mise à distance sont constatées à chaque fois que la question de l’esclavage est abordée.

Inutile de rappeler le vote abstentionniste de certains pays occidentaux dont la France (cf. carte de jeune Afrique). Vote d’autant plus incompréhensible que la Loi n° 2001-434 adoptée le 21 mai 2001 et portée par la députée Christiane Taubira, reconnait officiellement la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cette France abstentionniste qui proclame son attachement aux droits de l’homme est pourtant celle qui a été l’un des pays les plus actifs dans la traite transatlantique.

Ce négationnisme des puissances esclavagistes ne doit pas masquer celle de nos Etats africains, encore plus troublante. Il est évident que la traite transatlantique constitue un crime contre l’humanité, toutefois l’esclavage arabo-musulman en est un autre, ainsi que l’esclavage par ascendance qui perdure subtilement en Afrique de l’Ouest.

Ce dernier, longtemps passé sous silence, constitue une autre forme d’atteinte à la dignité humaine. Elle se manifeste par un déterminisme social assignant statutairement les individus dès la naissance et les condamnant à une subalternité perpétuelle. Ce système discriminatoire érigé en norme sociale qui se transmet de génération en génération est une négation totale de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine. Il lèse un pan entier de la société.

Au XXIᵉ siècle, une telle pratique est une honte pour l’humanité. L’esclavage par hérédité doit être dénoncé avec courage et détermination. Le silence sur cette question et le caractère tabou ne sauraient perdurer. La complaisance des intellectuels, des religieux et des instances culturelles doit cesser afin d’éradiquer définitivement ces tares.

De la même manière, le laxisme de nos Etats modernes, qui se traduit par la complicité de certains de leurs représentants, censés garantir la citoyenneté pleine et entière, doit être banni. Bien qu’il existe des textes et des lois interdisant ces pratiques dégradantes, force est de constater que leur application laisse à désirer. Ainsi, rien ne change sur le terrain.

Comment expliquer qu’on puisse encore parler d’esclavage dans un pays comme la Mauritanie où il existe tout un arsenal juridique (e.g. loi 031-2015) sans impact réel sur l’abolition effective de l’esclavage et ses séquelles. Au Mali, une récente loi historique (loi n°2024-027) a été adoptée, renforçant la condamnation de la pratique et de l’apologie de l’esclavage. Pourtant, cela n’a pas eu l’effet escompté. Il est donc plus qu’urgent que nos États s’impliquent davantage dans la lutte contre ce fléau, seule condition, pour l’avènement d’un véritable État de droit.

A travers cette tribune d’alerte notre objectif est triple :

1- Lancer un plaidoyer humaniste et citoyen à l’endroit des institutions internationales et continentales, au premier rang desquelles l’ONU et l’Union africaine sur la question des survivances de ce grave crime qu’est l’esclavage. Il s’agit notamment de souligner l’impérieuse nécessité de conduire une réflexion sérieuse et approfondie sur les problématiques multiformes liées à l’esclavage par ascendance qui est actif dans certaines coutumes et pratiques dites faussement « traditionnelles ».

2- Interpeller les leaders d’opinion et les représentants sociaux (les représentants traditionnels, les intellectuels, les élus, les militants de la société civile…) en Afrique et dans les univers diasporiques pour une initiative morale et sociale de grande ampleur sur les problématiques de l’esclavage dans ses diverses manifestations. Les mentalités esclavagistes et féodales qui persistent au sein de nos communautés en ce siècle sont un marqueur avilissant pour la personnalité africaine et noire.

3-Enfin, nous invitons solennellement les leaders d’opinion de la communauté soninké à un dialogue sans tabou afin de briser l’omerta sur la réalité de l’esclavage par hérédité.

En d’autres termes, il nous appartient d’unir nos efforts pour éradiquer l’esclavage dans le but d’instaurer une société juste et égalitaire. Ceci est un devoir moral qui incombe à tout un chacun pour préserver l’harmonie sociale.

LES SIGNATAIRES :

CAMARA Issa (Mauritanie)

BA Issa (Sénégal)

SOUMARE Koundou (Mauritanie)

SIDIBE Biranté (Sénégal)

DIARRA Cheikh (Mauritanie)

CISSOKHO Souleymane (Mauritanie)

Références :

Lien n°1 : https://press.un.org/fr/2026/ag12755.doc.htm

Lien n°2 : https://bamada.net/lynchage-des-militants-anti-esclavagistes-dans-la-loc...

Lien n°3 : https://www.dw.com/fr/mali-diogou-sidibé-esclavage-par-ascendance-kaye/a-62903536

Lien n°4 : https://cridem.org/C_Info.php?article=747569

● Mauritanie – Droits Humains | Nécrologie : le décès de M. Boubacar Ould Messaoud, président de l’Ong SOS Esclaves.

—Par un post Facebook https://www.facebook.com/share/p/1Azhpvipwn/ de la journaliste Mariya Traoré, nous avons appris le décès du président de l’organisation SOS Esclaves, M. Boubacar Ould Messaoud. Ainsi ce jeudi 12 mars 2026 qui correspond au 23 Ramadan 1447, une voix pionnière vaillante de la lutte pour la défense des droits humains et singulièrement pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie, s’est éteinte. Un parcours d’engagement salué et reconnu par nombre de nos compatriotes et autres militants droit-de-l’hommistes à travers le monde depuis l’annonce de son décès.

Paix à son âme. Mes fraternelles condoléances à sa famille et à l’ensemble de la communauté militante pour les droits humains en Mauritanie et ailleurs. Il y a quelques semaines, à l’occasion d’un évènement marquant le 31ème anniversaire de la fondation de son organisation, nous lui avons consacré ce bref rendu hommage https://ecrit-ose.blog/2026/02/17/%e2%97%8f-mauritanie-droits-humains-rendons-nous-hommage-vivant-m-boubacar-ould-messaoud-une-personnalite-iconique-de-labolitionnisme-en-mauritanie/ .

23 mars 2026

Koundou SOUMARE, blogueur et militant des droits humains.

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Dr DIALLO Djibril

—La rubrique GEB (Grand Entretien du BLOG) vous propose l’interview ci-après accordée par M. Diallo Djibril. Originaire de la commune de Tachott dans le Guidimagha, le juriste est actuellement haut cadre au Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Ici l’expression de notre fraternelle reconnaissance à son endroit pour la disponibilité.

Bonne lecture !

Question 1 : Présentation sommaire ?

Dr DIALLO Djibril : Je m’appelle Diallo Djibril Cheikh Bouye. Je suis juriste de formation, titulaire d’un doctorat en droit public de l’université Paris 8, avec une spécialisation en intégration régionale africaine et en gouvernance publique. Mon parcours universitaire m’a conduit également à l’Université de Perpignan, ainsi qu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où j’ai approfondi mes recherches en droit de l’intégration et en droit international économique.
Sur le plan professionnel, j’exerce aujourd’hui principalement dans le champ des politiques publiques, de la stratégie institutionnelle et du conseil juridique. J’occupe présentement la fonction de conseiller technique chargé des affaires juridiques au cabinet du ministre de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Parallèlement, j’ai longtemps évolué dans le monde de la recherche et des études stratégiques au Centre Essahraa d’Études et de Consultations, un think Tank mauritanien.
J’ai également été enseignant en droit, économie et management, dans le secondaire et certains établissements de l’enseignement supérieur lors de mon séjour en France. 
Aussi, j’ai toujours été engagé dans la vie associative, notamment sur les questions de citoyenneté, d’éducation et de développement communautaire.
Je m’arrête là, avec cette brève présentation.
Question 2 : Retour d’expérience après l’Europe ?
DD : Mon séjour en Europe fut une expérience intellectuelle et humaine extrêmement structurante. Il m’a permis d’évoluer dans des environnements académiques exigeants, où la rigueur méthodologique, l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle sont fortement valorisés.
Les facilités résident principalement dans l’accès aux ressources documentaires, à des réseaux scientifiques denses et à un encadrement académique structuré. Toutefois, les écueils ne sont pas négligeables : solitude, exigence d’adaptation culturelle, pression académique et nécessité d’une discipline personnelle constante.
Mon principal conseil aux jeunes serait de ne pas idéaliser l’extérieur, mais de le considérer comme un espace d’apprentissage. L’essentiel est d’acquérir des compétences transférables, une méthode de travail solide et une ouverture d’esprit. Le retour au pays doit être pensé comme une continuité logique : il s’agit de réinvestir les acquis au service du développement national.
Question 3 : Conseils à la jeunesse mauritanienne, notamment soninké ?
DD : L’éducation demeure le levier fondamental de transformation sociale. À la jeunesse mauritanienne, je recommanderais d’investir prioritairement dans la formation intellectuelle, technique et morale. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de cultiver la compétence, l’éthique et la discipline.
À l’adresse particulière des jeunes soninké, dont l’histoire est marquée par une forte tradition intellectuelle et migratoire, je dirais qu’il est impératif de concilier enracinement culturel et ouverture au monde. La maîtrise des langues, des outils numériques, des sciences et des métiers émergents est aujourd’hui indispensable.
Il faut également développer l’esprit entrepreneurial et sortir d’une logique exclusive de recherche d’emploi public. La création de valeur, l’innovation et l’initiative privée constituent des perspectives majeures pour l’avenir.
Question 4 : Diagnostic sur les pratiques féodalo-esclavagistes et pistes d’éradication ?
DD : Les survivances de pratiques féodalo-esclavagistes constituent une réalité sociologique et historique complexe. Elles s’inscrivent dans des structures mentales héritées, parfois intériorisées, qui continuent d’influencer les rapports sociaux.
Mon diagnostic est double : d’une part, il existe un décalage entre le cadre juridique – qui prohibe clairement ces pratiques – et certaines représentations sociales persistantes ; d’autre part, la transformation des mentalités nécessite un travail de longue haleine.
Les pistes d’action devraient s’articuler autour de trois axes :
L’éducation et la conscientisation : renforcer l’enseignement de l’égalité, de la dignité humaine et de la citoyenneté.
L’application rigoureuse du droit : l’État doit garantir l’effectivité des normes existantes.
Le dialogue communautaire et religieux : mobiliser les leaders d’opinion, intellectuels et acteurs associatifs pour déconstruire les justifications culturelles erronées.
La sortie définitive de ces tares suppose une évolution générationnelle appuyée par des politiques publiques cohérentes et une volonté collective affirmée.

● Question 5 : Engagement des jeunes en politique en Mauritanie ?

DD : La jeunesse mauritanienne manifeste un intérêt croissant pour les questions politiques, notamment à travers les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes. Cependant, cet engagement demeure parfois fragmenté et insuffisamment structuré.
Je constate un dynamisme réel, mais qui gagnerait à être davantage organisé, formé et encadré. L’engagement politique ne devrait pas se limiter à la revendication ; il doit également intégrer la formation doctrinale, la compréhension des institutions et la culture du compromis.
Il est essentiel que les jeunes investissent les partis, les organisations de la société civile et les espaces de débat avec compétence et éthique. L’avenir démocratique du pays dépendra largement de leur capacité à conjuguer idéal et responsabilité.

● Réalisé par KS pour le BLOG

🔴 Études ~ Histoire | Critique historique des affirmations sur Koumbi Saleh et l’Empire du Ghana | Par M. Mady Ibrahim Kante



1) L’existence historique de Koumbi Saleh
L’affirmation selon laquelle Koumbi Saleh n’est qu’un mythe ou une invention coloniale est remise en question par des fouilles archéologiques, titre d’exemple, les premières grandes fouilles scientifiques ont été effectuées par Raymond Mauny (1950-60), puis par Serge Robert et Sophie Berthier. Cependant, les vestiges comprennent bien évidemment, habitations en pierre, mosquées anciennes et structures urbaines étendues sur le lieu considérait l’ancienne citée de Koumbi Saleh. On peut situer l’occupation principale entre le Ie/IVe et le XIIIe siècle selon les datations. Ces travaux témoignent de la présence réelle d’une ville importante précoloniale, bien avant 1910.
2) Koumbi Saleh et la capitale de l’Empire du Ghana (Wagadou)
L’Empire du Ghana, appelé Wagadou par les Soninké, est attesté par plusieurs sources médiévales musulmanes, indépendantes de la colonisation européenne. En particulier, la Source majeure : Al-Bakri au XIe siècle, il décrit Koumbi comme une capitale composée de deux villes distinctes : une ville royale (tradition animiste) ; une ville musulmane avec 12 mosquées, sous un pouvoir politique structuré et un commerce d’or florissant.
Son œuvre date de 1068 — soit près de 850 ans avant la présence coloniale française en Mauritanie. Il est donc historiquement inconcevable que l’Empire du Ghana soit une ‘invention coloniale’.
3) Sur l’accusation d’« invention par le sergent Bonnet en 1910 »
Aucune source académique officielle ne fait référence à un « sergent Bonnet » comme l’inventeur du royaume du Ghana. Au contraire, des auteurs arabes comme : Al-Bakri (XIe siècle), Al-Idrissi (XIIe siècle) et Ibn Khaldoun (XIVe siècle), mentionnent déjà l’existence d’un royaume puissant appelé Ghana. Les sources islamiques médiévales documentent donc le royaume, bien avant toute entreprise coloniale européenne.
4) Les Almoravides ont-ils fondé Koumbi Saleh ?
Les Almoravides étaient un mouvement réformiste berbère né au XIe siècle en Mauritanie et au Maroc. Regardons les faits historiques établis, qui ont mené des campagnes militaires vers le sud. Également, certains historiens pensent qu’ils ont attaqué Ghana vers 1076. Mais aucune preuve sérieuse n’indique qu’ils ont fondé Koumbi Saleh. Cependant, Les vestiges archéologiques montrent que la ville existait avant l’expansion almoravide.
Toutefois, les Almoravides ont pu influencer l’islamisation et renforcer les quartiers musulmans. Mais pas créer la ville ni l’empire.
5) Origine soninké de l’Empire (Wagadou)
Chez les Soninké, la tradition orale soninké (Mama Dinga – Soninké) identifie comme le fondateur de Wagadou (Ghana) depuis les premiers siècles de notre ère (A.J.). En établissant un système politique structuré considéré comme une aristocratie locale. Ces informations sont approuvées académiquement par des recherches linguistiques et anthropologiques confirment l’ancienneté soninké dans cette région.
En effet, l’Empire du Ghana ou Wagadou est donc purement africain, existait dans la période de précolonial, sous le règne de soninké.
6) Sur la thèse du « mensonge colonial pour effacer l’islam »
Cette affirmation pose un problème logique, notamment, les premières descriptions détaillées de Ghana viennent d’auteurs musulmans. Puis, la ville comportait des quartiers musulmans importants. Selon Docteur Ahmed Chalabi, il y’avait douze grandes mosquées dans les deux grandes villes de l’empire de Ghana. Il est important de noter que l’Islam y était déjà présent au XIe siècle.
Si l’objectif colonial était d’effacer l’islam, pourquoi s’appuyer sur des sources musulmanes anciennes ? pourquoi documenter l’existence de mosquées et de savants musulmans ? En effet on pourrait dire que l’argument manque de cohérence historique.
7) La question archéologique actuelle
Il est vrai que tous les aspects de l’Empire ne sont pas entièrement élucidés, des débats existent sur l’étendue exacte du territoire. Mais débat scientifique ≠ inexistence historique. La majorité des historiens spécialisés en Afrique médiévale reconnaissent l’existence de l’Empire du Ghana, l’importance de Koumbi Saleh et son rôle probable de capitale ou centre majeur
Conclusion
Le texte attribué à un certain « Ahmed Lehbib » présente plusieurs affirmations non étayées ni fondées, en particulier : absence de sources académiques ; négation des sources arabes médiévales ; confusion entre débat scientifique et négation historique ; accusation coloniale non documentée.
En revanche, les preuves en faveur de l’existence de « Koumbi Saleh » dans l’Empire du Ghana (Wagadou) et son noyau soninké ainsi que son importance dans le commerce transsaharien, sont appuyées par : sources arabes médiévales ; fouilles archéologiques ; traditions orales corroborées et ; recherches universitaires modernes.
Bien sûr, la reconnaissance de l’existence de l’Empire du Ghana ne diminue en rien l’importance des Almoravides, l’histoire islamique régionale et la valeur culturelle des Soninkés. Au contraire, cela montre la complexité et la richesse de l’histoire ouest-africaine-sahélienne précoloniale.
Bibliographie
I. Sources médiévales arabes (sources primaires)
1. Al-Bakri
Kitāb al-Masālik wa-l-Mamālik (Livre des routes et des royaumes), 1068.
o Description détaillée du royaume du Ghana et de sa capitale composée de deux villes.
o Traduction partielle dans :
De Slane, W. (trans.), Description de l’Afrique septentrionale, Alger, 1913.
2. Al-Idrissi
Nuzhat al-mushtāq fī ikhtirāq al-āfāq, XIIe siècle.
o Mention du royaume du Ghana dans ses descriptions géographiques.
3. Ibn Khaldoun
Kitāb al-‘Ibar, XIVe siècle.
o Chroniques historiques mentionnant les dynasties soudanaises, dont Ghana.
II. Travaux archéologiques sur Koumbi Saleh
4. Mauny, Raymond.
Tableau géographique de l’Ouest africain au Moyen Âge, Dakar, IFAN, 1961.
o Étude fondamentale reliant les descriptions arabes au site archéologique. (https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000066051_fre?posInSet=1&queryId=0346effd-082d-48d3-9101-036141508a5b)
5. Berthier, Sophie & Robert, Serge.
Recherches archéologiques à Koumbi Saleh (Mauritanie), CNRS, années 1970-1980.
o Rapports détaillant les fouilles, structures urbaines, mosquées, habitations en pierre.
6. UNESCO
Fiche descriptive du site de Koumbi Saleh (Liste indicative du patrimoine mondial).
o Documentation archéologique et historique officielle.
III. Ouvrages académiques modernes sur l’Empire du Ghana
7. Nehemia Levtzion
Ancient Ghana and Mali, Methuen, 1973.
o Analyse critique des sources arabes et des données archéologiques.
8. D.T. Niane (dir.)
Histoire générale de l’Afrique, Vol. IV : L’Afrique du XIIe au XVIe siècle, UNESCO, 1984.
o Chapitres consacrés à Ghana (Wagadou) et aux Soninké.
9. John Iliffe
Africans: The History of a Continent, Cambridge University Press, 1995.
o Synthèse historique incluant l’Empire du Ghana.
10. Kevin Shillington (ed.)
Encyclopedia of African History, Routledge, 2005.
o Entrée “Ghana Empire”.
IV. Sur les Almoravides
11. Nehemia Levtzion & Hopkins, J.F.P.
Corpus of Early Arabic Sources for West African History, Cambridge University Press, 1981.
o Compilation et traduction des textes arabes mentionnant Ghana et les Almoravides.
12. Vincent Cornell
The Almoravids and the Meanings of Jihad, Journal of African History.
o Étude critique du mouvement almoravide.
V. Synthèses générales
13. Basil Davidson
Africa in History, 1968.
o Vulgarisation historique basée sur recherches académiques.
14. Encyclopaedia Britannica
Article “Ghana Empire”.
o Résumé académique validé.

Mady Ibrahim Kanté, Enseignant-chercheur

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● Chez Nyamsi : « L’Afrique des Libertés » ou « L’afrique des limites » | Par KS

©️ Source RS – Facebook

Ici Nyamsi… l’un des prophètes « perturbés » de suffisance d’une certaine dite virilité panafricaniste de notre temps. Peuples éprouvés se trouvent facilement un messie. Anciennement… enchanteur de Blaise Compaoré du Burkina Faso et aujourd’hui activiste jocker auprès des juntes militaires du Sahel. As de la rhétorique disruptive et fréquentations diversement confuses, il surfe sur le filon « sucré politiquement » du couplé « panafricanisme -souverainisme » fourre-tout instrumentalisé par certains régimes militaristes et autoritaires qui opèrent un brumeux musellement des espaces civiques et politiques dans leurs pays. Il enseigne complaintes et pleurnichiardes comme sève de culture générale politique de motivation auprès de ses ouailles. Il incarne l’école des hautes études 2.0 en termes de manipulation et de raccourcis à faire substance potable et alternative de tous les faits tordus et épars de l’actualité…. et entre temps les réalités appliquent impitoyablement une lourde facture du jour au jour sur le cou des petits peuples.

Son univers discursif et narratif dans les réseaux digitaux qui s’appelle « L’Afrique des Libertés » peut être décrit d’un certain substrat comme « L’Afrique des limites ».

L’éveil politique et intellectuel afro et diasporique mérite MIEUX !

• KS pour le BLOG