● Livre | Étude anthropologique de la Mauritanie politique. Par Mariella Villasante-de BEAUVAIS

🔴📖 #Lu_Su #Livres | Dans cet ouvrage, cette chercheuse a diagnostiqué sans filtres et de près une Mauritanie Politique qui ne semble pas varier de trajectoire depuis. Et…distinctement il y a 2 écosystèmes dans l’arène politique (militaro-politique). 1 – La politique active et ses spécificités dans l’ensemble communautaire maure d’une manière générale. 2 – la politique active chez les autres communautés en fonction de leurs spécificités également.

L’écosystème 1 occupe l’espace central des différents pouvoirs et L’écosystème 2 est logé dans les périphéries avec de petits commerces politiciens et clientélistes avec l’ensemble central (écosystème 1). Dans les 2 espaces, des oppositions s’organisent et font l’animation en interne pour réclamer quelques ouvertures occasionnelles à la tontine (privilèges matériels et immatériels).

Les voi(e)x d’un ordre alternatif moderne et progressiste à vocation trans-communautaire et anti-systemique peinent à émerger en masse critique pour réformer le système réellement.

Il y a bien un lien d’héritage systémique entre le ppm d’hier du premier président Moctar Ould Daddah et insaf d’aujourd’hui de l’actuel président Ghazouani.

Paisible Vendredi à TOUS

4 septembre 2026

KS pour le BLOG

● Mauritanie Politique | De la discrimination positive en Mauritanie ? | Par M. Amadou Alpha Ba

Ces dernières semaines ont été marquées par des débats suscités par la signature d’un appel de leaders Haratines appelant à deux décisions majeures : la reconnaissance de l’identité aratine dans la constitution au même titre que les autres « identités reconnues ».
La discrimination positive désigne un ensemble de mesures définies comme correctives, donc temporaires visant à corriger un gap de niveau économique ou social au profit de groupes considérés comme défavorisés ou discriminés par un système né de l’histoire, de la culture, ou de la politique, pour des considérations souvent liées à l’origine, au genre, au handicap, ou au milieu social. L’objectif de la discrimination positive est d’égaliser les chances de départ, non seulement par la loi, mais par des mesures socio-économiques et culturelles correctives pour une égalité non seulement juridique et théorique, mais réelle dans tous les aspects de la vie quotidienne.
Qui donc peut bénéficier de ces mesures si leur nécessité s’avère en Mauritanie ? Les cadres Haratines en appellent d’abord à la loi fondamentale qui doit reconnaître l’identité Haratine.  Cet appel se justifie suivant la logique de la nécessité de mise en œuvre d’une politique de discrimination positive au profit de ce groupe. Car sans reconnaissance, la haratinité n’existe ni politiquement ni juridiquement pour prétendre à des mesures ciblées. Seulement, la où le bât blesse, c’est quand cet appel considère que la constitution reconnaît les autres communautés ethniques du pays. Il faut lever cette équivoque qui induit beaucoup de personnes en erreur. La constitution Mauritanienne ne reconnaît aucune communauté ethnique du pays, elle reconnaît les langues nationales, or une langue n’est pas forcément le marqueur identitaire ethnique d’un groupe donné. La constitution de 1991 révisée en 2012 puis en 2017 ne fait que distinguer les langues dites « nationales » et langue « officielle ». L’article 6 dispose : « Les langues nationales sont : l’Arabe, le Poular, le Soninké et le Wolof. L’Arabe est la langue officielle. »  Les cadres Haratines devraient le savoir plus que tout autre individu, car la reconnaissance de leur identité ethnique particulière par la constitution ne modifierait en rien leur identité linguistique arabe. Les Hutus et les Tutsis du Rwanda parlent la même langue, mais sont d’identités ethniques différentes. Les Bambaras du Mali, les Malinkés de Guinée, et les Socés du Sénégal parlent la même langue mais se considèrent d’ethnies différentes. Il y a des exemples similaires à foison dans le monde. Le fait est que la langue n’est pas le seul marqueur identitaire d’une ethnie. Une ethnie peut être identifiée, par son origine, par sa culture, par son histoire, par son organisation sociale et sociétale, par son économie, par sa géographie (son lieu d’habitat), etc. Le refus de la reconnaissance des identités ethniques dans les textes de lois est une politique héritée de la conception française jacobine de la citoyenneté. Or, cette conception crée aujourd’hui beaucoup de problèmes à la politique de lutte contre les discriminations et à la politique de discrimination positive à la française. En effet, comment mesurer le degré d’atteinte d’une politique ou son efficacité si on ne peut pas quantifier le public ciblé ne serait-ce que pour des nécessités statistiques ? Et si on appliquait la discrimination positive au profit des Haratines, comment pourrait-on mesurer son taux d’efficacité ou d’inefficacité si juridiquement et statistiquement les Haratines n’existent pas ?
La discrimination positive est une politique de correction des inégalités largement utilisée dans le monde à des degrés divers selon les pays. Certains pays tels que les USA, l’Inde, l’Afrique du Sud ou la France sont les plus médiatisés et plus étudiés en raison de l’ampleur de leurs politiques respectives, mais surtout en raison des différences d’approche de leurs modèles qui permettent des études comparatives très instructives. Le modèle pionnier étant celui de l’Inde introduit dans la constitution du pays depuis 1950. Il vise à briser le système des castes et son corollaire les inégalités de naissance, inégalités renforcées par une politique coloniale faite de racisme et de discrimination au détriment des castes dites inférieures. Le modèle indien cible principalement les Dalits (appelés aussi les intouchables) et les autres castes marginalisées. L’Affirmative Action des Etats-Unis est né de la lutte pour les droits civiques des années 1960. Si on ne peut pas parler de système de castes aux USA comme en Inde, la politique de discrimination positive à l’américaine que certains qualifient d’ethno-raciale, a ses racines dans la lutte contre les inégalités nées de l’histoire esclavagiste du pays et de la marginalisation de certaines communautés ethniques du pays tels que les Hispaniques et les indiens. Les Afro-américains, descendants d’esclaves, et les communautés Hispaniques sont les principaux bénéficiaires de cette politique. En Afrique du Sud, le Black Economic Empowerment de 1994, vise à faire entrer la majorité noire dans l’économie formelle qui était confisquée par la minorité blanche du fait de dizaines d’années d’apartheid. Si ces trois exemples ont ciblé soit des groupes ethniques soit des castes, la France jacobine a pris un tout autre chemin. C’est le modèle socio-territorial. Interdisant les critères fondés sur la religion ou la race, la France a opté pour des critères socio-géographiques et de genre en ciblant des quartiers dits prioritaires sans mention d’identités ethniques, et instaurant un quota pour la représentativité des femmes dans les instances de décision des entreprises (tels que les conseils d’administrations) et dans la politique. Tous ces systèmes de discrimination positive ont à un niveau ou à un autre utilisé le système de réservation par quotas au profit des groupes ciblés. Mais, en fonction des modèles et des pratiques, les points forts et les points faibles variant d’un modèle à l’autre ont fait que des mesures correctives sont souvent prises par les autorités politiques (Inde, France) ou judiciaires (USA) pour ajuster ou supprimer certaines mesures.
Et la Mauritanie dans tout cela ? Elle a sa discrimination positive. Comme à notre habitude, nos modèles juridiques et politiques sont inspirés de la France. La Mauritanie a créé sont système socio-géographique en instaurant ce qu’on a jadis appelé le Triangle de la Pauvreté rebaptisé Triangle de l’Espoir au début des années 2000. Elle est à cheval sur les régions du Gorgol, du Brakna, de l’Assaba et du Tagant. Les sommets de ce triangle sont délimités par les villes d’Aleg, de Mbout, et de Kiffa. C’est une zone caractérisée par son enclavement, son sous-équipement en service sociaux de base, et sa dépendance presque exclusivement agricole très vulnérable aux sécheresses récurrentes dans le pays. Dans les années 2000, des projets spécifiques y ont étés déployés : désenclavement routier, projets d’adduction d’eau, infrastructures scolaires et de santé. La Mauritanie a aussi pris des mesures de discrimination positive en faveur de la représentativité des femmes dans les instances politiques et administratives du pays par un système de quotas légaux qui repose sur une loi organique de 2006, renforcée par les réformes électorales de 2012 et 2022. 
Ce survol de la situation internationale et nationale en matière de discrimination positive nous permet de soutenir que la situation en Mauritanie a plusieurs similitudes dans le monde et qu’elle peut s’inspirer des modèles extérieurs et de sa propre expérience en la matière pour développer son propre modèle adapté à ses réalités tout en tenant compte des forces et des faiblesses des expériences des autres. Mais, à part ses propres modèles expérimentés dans la représentativité des femmes et dans le Triangle de l’Espoir, la Mauritanie devrait-elle se limiter à une discrimination positive au profit des Haratines comme le suggère l’appel de cadres de cette communauté ? Si une discrimination positive au profit des Haratines devrait voir le jour en Mauritanie, elle serait plus proche des situations aux Usa et en Inde, deux pays héritiers de traditions esclavagistes ou de castes comme en Mauritanie. Aux Usa et en Inde, les groupes les plus vulnérables étaient pour l’un les afro-américains issus de siècles d’esclavage comme les Haratines, et pour l’autre les Intouchables issus d’une tradition féodale dans une société hiérarchisée par le système de castes. Mais aux Usa, l’Affirmative Action n’a pas bénéficié qu’aux Afro-américains, mais aussi aux autres minorités discriminés tels que les Hispaniques. En Inde, dès le début, les castes intermédiaires ont été introduites dans les politiques de quotas, et plus tard, des mesures correctives ont aussi profité aux pauvres des castes dites supérieures. Si en Mauritanie la situation des Haratines est préoccupante, elle ne l’est pas plus que celle des autres descendants d’esclaves des autres communautés ethniques du pays. Les Maccube chez les haalpulaars, les Komé chez les Soninkés, les Jamm chez les Wolofs sont tout aussi discriminés que les Haratines voire plus dans certains domaines. Dans le domaine politique et dans la haute administration, les Haratines sont beaucoup plus représentés et beaucoup plus visibles que les descendants d’esclaves Haalpulaars, Soninkés ou Wolofs, qui sont quasiment absents des instances de décision du pays. Malgré l’absence de statistiques, ce fait est une constante visible héritée des traditions féodales et des politiques discriminatoires depuis la colonisation. N’est-ce pas le colon qui avait créé l’école des fils de chefs qui formait les élites du pouvoir ? Ecole qui était de fait réservée aux castes dites supérieures. N’est-ce pas notre pratique politique qui favorise les chefs de tribus et les soi-disant grandes familles ? La relative récente politique de libération des Haratines du joug de l’esclavage et sa visibilité due à ses propres caractéristiques et à son importance numérique, ne doivent pas nous conduire à l’aveuglement sur les souffrances des autres castes dites inférieures dans nos autres communautés nationales.
L’Afrique du Sud, par sa politique du Black Empowerment, a pris des mesures correctives en faveur des Noirs victimes de l’Apartheid. Ces mesures ont surtout ciblé la représentativité des noirs dans la direction des entreprises et la répartition des terres qui étaient majoritairement détenus par la minorité blanche. En Mauritanie, les Noirs, depuis les indépendances, sont victimes d’une politique ségrégationniste qui ne dit pas son nom, mais qui les exclut systématiquement de la possession de grandes entreprises. Malgré les tentatives, aucun noir ne possède une banque, aucun noir ne possède une radio ou une télévision privée, aucun noir ne possède une usine. Les postes de souveraineté dans l’administration sont à plus de 90% détenus par les maures. Depuis la réforme foncière de 1983, beaucoup de noirs ont été dépossédés de leurs terres de cultures au profit de l’agro-business maure ou international. Le point culminant de cette politique a été la tentative de génocide de 1989 à 1991 qui a vu des milliers de fonctionnaires noirs essentiellement haalpulaars radiés de leurs postes, des milliers de noirs radiés des forces de défense et de sécurité, et des centaines d’entre eux exécutés sans aucun procès. Des dizaines de milliers d’autres populations rurales et citadines déportées vers le Sénégal et le Mali, des villages entiers rasés ou occupés par d’autres populations maures. Tous les fonctionnaires assassinés, radiés ou déportés, n’ont été remplacés que par des maures et des Haratines. Si cette situation n’est pas comparable à l’Apartheid vécu par les sud-africains, elle a créé un profond fossé dans la représentativité de nos communautés, fossé qui n’a profité qu’aux communautés maures, bidhanes et haratines compris. Cette situation nécessite des mesures correctives. Des terres et des villages haalpulaars sont encore occupés par des populations Haratines. Les forces armées et les forces de police ne recrutent presque depuis les années de braises que dans les communautés Haratines et Bidhanes. Les autres communautés y étant presque systématiquement exclues. Les mesures de réintégration prises sous le régime de Aziz n’ont été que théoriques dans la plus part des cas. Après une indemnisation de misère, les concernés ne recevaient dans la plupart des cas aucune affectation de service. Ils continuaient ainsi à végéter dans la nature si on ne les avait pas mis à la retraite anticipée.
La Mauritanie doit oser. La Mauritanie doit prendre le taureau par les cornes. Une discrimination positive n’est pas une politique à vie. C’est une mesure provisoire de correction des inégalités de chance. La justice américaine a jugé que la discrimination positive pour l’entrée à l’université, qui était en vigueur depuis des décennies n’était plus nécessaire et l’a arrêtée depuis 2023. Notre discrimination positive doit prendre en compte toutes nos réalités socioculturelles et toutes nos préoccupations à l’origine de nos inégalités structurelles. En un mot, notre discrimination positive ne doit pas être elle-même discriminatoire à l’instar de la majorité des politiques qui l’ont précédée depuis notre indépendance. Elle ne doit pas se limiter à des mesures juridiques qui ne sont en fait que des vœux pieux. Des actes concrets en matière de politique économique, en matière de politique sociale, en matière de recrutement, et aussi en matière d’éducation des consciences doivent être posés. Nos systèmes féodaux faits de tribus et de castes doivent être remis en cause par l’éducation dans les écoles et par l’éducation populaire. La promotion des castes dites inférieures doit être une de nos préoccupations fondamentales. Notre survit ne dépend que de notre capacité à affronter nos défis, il y va de l’existence de notre pays dans l’unité.

Amadou Alpha BA

● Mauritanie ~ Politique | DÉCLARATION POLITIQUE DE BIRAM DAH ABEID SUR LE RAPPORT DE L’INSPECTION GÉNÉRALE D’ÉTAT 2024-2025

ON NOUS DONNE DES CHIFFRES MAIS ON NOUS CACHE LES RESPONSABILITÉS.
Le gouvernement a fini par publier son rapport annuel sur le contrôle de la gestion de l’argent public. Ce document, qui porte sur les exercices 2024-2025, n’a été rendu accessible qu’en août 2026, plusieurs mois après la clôture de l’exercice, sans que soient précisés ni la date exacte d’arrêt des données ni le motif de ce retard. Il révèle 2,375 milliards d’ouguiyas (MRU) d’irrégularités sur 32,8 milliards audités. Mais derrière ces chiffres, une question fondamentale demeure entière, et le gouvernement n’y apporte aucune réponse. Qui répond de ces irrégularités ?
Le premier signal d’alarme dans ce rapport est le tri sélectif opéré dans les contrôles. Le secteur des mines et de l’énergie ne fait l’objet que d’une seule mission sur vingt-huit. Trois missions seulement concernent la pêche, sans que les institutions visées soient jamais nommées. Comment les priorités de contrôle ont-elles été arrêtées ? Pourquoi ces secteurs, qui concentrent les marchés les plus juteux et les enjeux financiers les plus considérables, où gravitent des intermédiaires connus pour leurs liens avec le pouvoir, ont-ils été à ce point épargnés ?
Que le rapport affirme que l’IGE établit elle-même une partie de son programme de contrôle ne saurait suffire à exonérer le pouvoir de ses responsabilités. Nous savons comment fonctionne réellement le système. Le pouvoir décide des contrôles qu’il veut provoquer, impose des saisines hors programme au gré de ses propres intérêts et conserve la maîtrise de l’environnement dans lequel l’Inspection exerce ses missions. Il ne peut donc se réfugier derrière l’autonomie formelle de l’IGE pour se décharger de sa responsabilité politique. Une institution de contrôle ne peut être véritablement indépendante lorsque l’exécutif conserve les moyens de déterminer ce qui doit être contrôlé, ce qui ne doit pas l’être et les suites qui peuvent être données aux conclusions.
C’est précisément là que se trouve l’une des contradictions fondamentales de ce rapport. L’IGE réclame elle-même le pouvoir de saisir directement la Cour des Comptes pour les fautes de gestion. Pourquoi ce pouvoir ne lui est-il toujours pas accordé ? Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de donner à l’institution chargée de contrôler l’argent public les moyens de faire aboutir ses propres constatations ? Une institution qui ne peut ni contrôler librement ce qui doit l’être, ni saisir directement la juridiction compétente, ni garantir elle-même les suites de ses constats demeure, dans les faits, à la merci du bon vouloir de l’exécutif.
Le gouvernement ne peut demander aux Mauritaniens de croire à l’efficacité du contrôle tout en maintenant l’institution de contrôle dans une position qui limite sa capacité à faire aboutir ses propres constatations. Il ne peut proclamer la lutte contre la corruption tout en conservant un système dans lequel le pouvoir décide largement de ce qui doit être contrôlé, de ce qui doit être poursuivi et de ce qui peut finalement rester sans suite.
60% de l’impact financier des irrégularités constatées proviennent de la commande publique. Ce sont les marchés qui financent nos routes, nos écoles, nos hôpitaux et nos infrastructures. Et pourtant, le rapport ne dit pratiquement rien de ces marchés. Rien sur les administrations attributaires. Rien sur les commissions de passation. Rien sur les entreprises bénéficiaires. Pas de noms. Pas de décideurs. Pas de signataires. Pas de responsables.
Ce silence n’est pas anodin. Il protège les zones de connivence que les Mauritaniens connaissent bien entre certains milieux d’affaires et le pouvoir. Aucune institution contrôlée n’est identifiée. Aucun projet. Aucun marché. Seulement des formules vagues comme « un établissement public » ou « un département ministériel ». La présomption d’innocence des individus ne saurait justifier l’anonymat des institutions qui gèrent l’argent du peuple.
Quand cet argent appartient à tous, le peuple a le droit de savoir dans quelle institution il a été engagé, pour quel projet, dans quel marché, selon quelle procédure et avec quelles conséquences. L’argent public ne peut pas devenir anonyme au moment même où il faut rendre des comptes.
La publication d’une version aussi agrégée et aussi systématiquement anonymisée est une épuration. Le rapport a été débarrassé de tout ce qui permettrait aux citoyens de remonter aux responsabilités, d’identifier les institutions concernées, de connaître les bénéficiaires des marchés et de suivre les suites données aux irrégularités constatées.
Cette épuration est en elle-même révélatrice. Elle montre un pouvoir qui n’a aucune intention réelle de jouer la transparence ni de lutter sérieusement contre la corruption. Il fait le minimum pour satisfaire les bailleurs et endormir l’opinion. On publie quelques chiffres pour donner l’illusion du contrôle. On dissimule précisément ce qui permettrait de remonter aux responsables.
Le rapport mentionne 34 sanctions administratives, dont vingt cessations de fonction, trois mutations d’office et onze avertissements. Mais où sont les institutions concernées ? Quels sont les faits reprochés ? Qui a prononcé ces sanctions ? Quelles autorités les ont appliquées ? Quels effets ont-elles réellement produits ?
Tout porte à croire qu’il s’agit une fois de plus de lampistes, de petits fonctionnaires sacrifiés pour épargner les échelons supérieurs. Aucun média, aucun communiqué officiel n’a jamais fait état du limogeage ou de la sanction d’un haut responsable à la hauteur des faits et des montants évoqués.
Pendant ce temps, les hauts responsables continuent d’étaler leur enrichissement sans complexe. Achats de terrains à Nouakchott à des prix au mètre carré qui rivalisent avec ceux des capitales mondiales. Acquisitions de villas à l’étranger. Accumulation ostentatoire de richesses.
La corruption et la mauvaise gestion ne sont pas l’œuvre des seuls exécutants. Les grandes décisions se prennent en haut. Les grands marchés s’attribuent en haut. Les grandes sommes circulent en haut. Quand on parle de milliards, il est légitime d’exiger que soient identifiés ceux qui se trouvent au sommet de la chaîne de décision.
Nous ne voulons pas d’une lutte contre la corruption qui punit les petites mains pendant que les véritables décideurs restent intouchables. Nous ne voulons pas d’une justice administrative qui s’arrête au bas de la chaîne de responsabilité. Nous voulons que l’on remonte jusqu’à ceux qui décident, jusqu’à ceux qui autorisent, jusqu’à ceux qui bénéficient et jusqu’à ceux qui protègent.
Quatre dossiers ont été transmis à la justice, deux à la Cour des Comptes et deux au Parquet. Où en sont-ils aujourd’hui ? Transmettre un dossier à la justice ne saurait constituer un point final. Les Mauritaniens ont le droit de connaître la suite réservée aux affaires qui touchent à leur argent. Rien ne permet d’exclure que ces dossiers suivent le même chemin que tant d’autres avant eux. Classés. Enterrés. Oubliés. Une transmission ne vaut pas justice. Un dossier ouvert ne vaut pas une sanction. Une sanction annoncée ne vaut pas une réparation. Et une réparation ne vaut pas une reddition des comptes tant que les responsables ne sont pas identifiés et que l’argent public n’est pas effectivement récupéré.
L’IGE évalue à 2,375 milliards d’ouguiyas l’impact financier des irrégularités et indique que 45,6 millions d’ouguiyas seulement ont été reversés en numéraire au Trésor. Entre les milliards d’irrégularités constatées et les quelques millions effectivement reversés, le gouffre est vertigineux. Ce chiffre dérisoire en dit long sur l’absence de volonté de ce pouvoir de briser l’impunité. Il révèle une opération de façade, juste suffisante pour donner l’apparence d’une action et apaiser une opinion qui n’a pas oublié la réputation de ce régime en matière de corruption. Le gouvernement doit rendre compte, dans le détail, de ce qu’il est advenu de cet argent. Où est ce qui a été récupéré ? Qu’est-ce qui est encore en cours ? Qu’est-ce qui fait l’objet de réparations ou de mesures de recouvrement ? Qu’est-ce qui reste à traiter ? Quelles sommes ont été définitivement perdues pour le Trésor ? Les Mauritaniens ont le droit de le savoir.
Le rapport ne permet pas davantage d’évaluer la récidive. Combien d’administrations réitèrent les mêmes fautes ? Combien de gestionnaires contrôlés une première fois se retrouvent ensuite à des postes équivalents ? Combien de problèmes déjà signalés resurgissent dans les contrôles suivants ? Combien de fois faudra-t-il inspecter la même administration avant que l’État daigne enfin changer quelque chose ? Une inspection n’a pas pour seule fonction de constater, année après année, les mêmes dérives. Elle doit permettre de les corriger et, surtout, d’empêcher qu’elles se reproduisent. Sinon, le contrôle cesse d’être un instrument de réforme pour devenir un simple registre annuel des dysfonctionnements de l’État.
L’IGE a formulé 771 recommandations. Sur les 348 actions planifiées, 231 ont été exécutées. Mais 351 recommandations sont toujours en attente de transmission. Là encore, on en reste au constat. On n’entre pas dans le suivi. Une recommandation qui ne débouche sur aucun changement concret dans la gestion publique ne vaut rien. Une inspection qui constate sans pouvoir faire aboutir ses propres constats n’est qu’un instrument amputé de son efficacité. Et un pouvoir qui accepte cette situation ne peut prétendre mener une véritable politique de lutte contre la mauvaise gestion et la corruption.
Nous exigeons clairement cinq mesures.
La publication du rapport dans son intégralité, mission par mission, avec l’identification des institutions, des projets et des marchés contrôlés, ainsi que les montants et la nature des irrégularités constatées ;
La publication d’un état public du suivi des sanctions et des dossiers transmis à la justice, jusqu’à leur issue définitive ;
La publication régulière de la situation réelle du recouvrement de l’argent public, avec les sommes récupérées, les sommes encore dues et les mesures engagées pour leur recouvrement ;
La mise en place d’un véritable indicateur de récidive et d’un mécanisme transparent de suivi de l’exécution des recommandations de l’IGE ;
L’octroi à l’IGE du pouvoir de saisine directe de la Cour des Comptes qu’elle réclame elle-même, ainsi que la garantie que son programme de contrôle puisse être établi de manière autonome, sans interférence ni calcul politique de l’exécutif. L’IGE doit pouvoir contrôler librement les institutions relevant de son champ de compétence, rendre publics ses rapports sans épuration et transmettre directement à la justice les faits qui le nécessitent.
Ce rapport édulcoré et vidé de sa substance montre assez que ce régime ne cherche ni à identifier les responsabilités, ni à sanctionner à la hauteur des faits, ni à récupérer l’argent, ni à corriger les dysfonctionnements, ni à empêcher leur répétition. Il se contente d’exhiber des chiffres.
Mais les Mauritaniens ne demandent pas des chiffres pour les chiffres. Ils veulent savoir où est passé leur argent. Ils veulent savoir qui l’a géré. Ils veulent savoir qui doit en répondre. Ils veulent savoir qui a été sanctionné. Ils veulent savoir combien a été récupéré. Ils veulent savoir pourquoi les mêmes pratiques continuent.
Le gouvernement, dans ce domaine comme dans tant d’autres, est coutumier des chiffres qu’il déverse sans retenue. Mais dans ce rapport, il ne livre aux Mauritaniens qu’une portion infime de la réalité. Il leur cache l’essentiel. Les responsabilités.
Or les Mauritaniens veulent les chiffres, les faits, les responsabilités, savoir où est leur argent et qui doit répondre de sa gestion. Ils veulent que les contrôles produisent des sanctions, que les sanctions produisent des réparations et que les réparations produisent enfin un changement dans la gestion de l’État. Ils veulent surtout que ceux qui ont mal géré leur argent en répondent enfin, devant la justice et devant le peuple mauritanien.
On nous donne les chiffres mais on nous cache les responsabilités. Et tant que les responsabilités resteront cachées, il n’y aura pas de véritable reddition des comptes.

Biram Dah Abeid

● Mauritanie Politique | Déclaration à chaud de Biram Dah Abeid sur la soirée média de Ghazouani

J’ai suivi avec attention la conférence de presse du chef de l’Etat mauritanien. Ce que j’en retiens d’abord, ce n’est pas un dirigeant porteur d’une vision pour la Mauritanie. C’est un chef d’Etat bouffi d’autosatisfaction. Après sept années de pouvoir, les Mauritaniens étaient en droit d’attendre des réponses sur la réconciliation, l’apaisement, la justice sociale, l’emploi, l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, la pauvreté, la corruption et la gouvernance.

Il y a un déphasage profond. Je pose la question : est-ce le chef de l’Etat qui est déconnecté de la réalité des Mauritaniens, ou les Mauritaniens qui sont déconnectés de la réalité qu’il leur présente ?

Il dit que la corruption recule. Les citoyens voient des fortunes surgir, la concentration des marchés publics entre les mêmes réseaux tribaux et de clans familiaux, et les puissants échapper à toute sanction. Et quand il présente l’augmentation des recettes de l’État comme une preuve de recul de la corruption, je pose simplement cette question : depuis quand des recettes en hausse prouvent-elles une corruption en baisse ? La vraie question, c’est comment cet argent est géré, comment les marchés sont attribués et comment les irrégularités sont sanctionnées.

Sur une éventuelle révision de la Constitution qui permettrait de briguer un troisième mandat en 2029, une phrase aurait suffi : « Je ne toucherai pas aux verrous constitutionnels. » Il ne l’a pas dite. Il a louvoyé et cultivé l’ambiguïté et parler de « volonté du peuple ».

Et ses silences sont lourds de sens : rien sur Mohamed Ould Abdel Aziz, en prison ; rien sur les députées Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour, qu’il tente de dépouiller de leur mandat ; rien sur un Parlement devenu une chambre d’enregistrement ; rien sur les détenus politiques; rien sur le parti politique interdit de légalité de son principal opposant et du seul courant capable de tenir tête au parti-Etat!!!

Ghazouani parle d’unité nationale. Nous partageons cet objectif, mais pas sa méthode. On ne construit pas la cohésion en traitant l’opposant capable de compétir et de mobiliser, comme un problème à neutraliser plutôt que comme un citoyen à convaincre.

Alors oui, les Mauritaniens doivent combattre ce système. Mais ils doivent aussi sauver le chef de l’État de ceux qui l’entourent et lui cachent cette réalité. Il n’a pas besoin de courtisans. Il a besoin qu’on lui dise la vérité. Et nous sommes prêts à la lui dire.

Nouakchott, le 25 juillet 2026

● Congrès de Pastef-Les Patriotes ; Mon témoignage | Par Biram Ould Dah Ould Abeid

De prime abord, je me permets de souligner que le premier congrès du plus vigoureux courant mémoriel et souverainiste ouest-africain aurait bien porté, à juste titre, le nom du héros- martyr Oumar Blondin Diop.

Le dimanche 7 juin 2026, s’achevait, à Dakar, la première assemblée générale du Pastef-Les Patriotes, un projet de la renaissance et de la refondation qui illustre le paradoxe de conduire l’autorité de l’Etat et d’incarner, simultanément, l’opposition au statuquo. Pourtant, la posture du grand écart que les circonstances ont imposé, n’altère, en rien, la force, la puissance d’attraction et l’enthousiasme des partisans de la rupture salutaire et du renouveau, bien au-delà du Sénégal. La formation d’Ousmane Sonko, l’artisan de la régénération africaine, occupe, jusqu’ici, une position inédite, pour ne pas dire insolite : Elle modifie et réinvente l’exercice de la bipolarité dans les pays où prévaut la démocratie pluraliste.
Le rassemblement du 7 juin 2026 à Diamniadio constitue un plébiscite tranquille dont procède un modèle de contestation de la gouvernance oligarchique, non vertueuse et dépendante, en vigueur sur le Continent, depuis des décennies. Or, le Pastef, en dépit de sa nouveauté, est parvenu à mobiliser et arrimer, à son ambition, la jeunesse déboussolée, les couches populaires paupérisées et l’élite soucieuse de moraliser la gestion publique sur la voie du développement. Autour de la lutte contre la corruption et la prédation des richesses de l’Afrique par le capitalisme conquérant, s’est ainsi construite, en quelques années, une alternative crédible à la fausse démocratie et aux élections contrefaites. Ainsi, les institutions de la République furent vidées de leur substance au profit de la reproduction des faveurs indues et des passe-droits. D’ailleurs, la Constitution, les lois et les conventions internationales, dûment ratifiées, n’échappaient à la logique du détournement clientéliste.
En face, s’est dressé l’élan révolutionnaire des manifestations de rue et du bulletin de vote, afin de rétablir la véracité et l’authenticité de la lettre, de l’esprit et des rôles dévolus aux serviteurs de l’intérêt collectif qui est l’assise même du contrat entre les citoyens et les serviteurs de l’Etat.  Il fallait restaurer l’intégrité du verbe et de la pratique, en vue de mieux réconcilier le peuple et la politique, au sens noble du terme. Il s’agissait d’asseoir la légitimité légale-rationnelle au nom de l’adhésion du grand nombre, sans déroger à la transparence ni suspendre les libertés, en dehors desquelles le volontarisme s’estompe puis s’effrite à l’épreuve du pouvoir.
Le credo et l’action du Pastef viennent battre en brèche la vieille résignation d’ambiance, face à la continuité de systèmes anachroniques de recrutement et de fidélisation de réseaux de notables, davantage mus par l’appât du gain et le carriérisme cynique. La leçon vaut pour la quasi-totalité de l’Afrique, d’où la ferveur de l’accueil de liesse et d’espérance, réservé à l’alternance sénégalaise. Grâce aux changements en cours, les Africains réapprennent le sens de l’engagement quand le porte une conviction forte, sous l’égide de femmes et d’hommes dévoués à la quête exigeante de l’équité. L’exemple a pris et ses fruits deviennent irréversibles parce que la peur change de camp.
La passion panafricaine du Président Ousmane Sonko et de son parti, du fait de sa caution morale par les urnes, se distingue du nationalisme prétorien et de ses pulsions suicidaires, même si les deux propositions procèdent, à l’origine, d’une identique soif d’émancipation devant l’arrogance de la domination néocoloniale et des kleptocraties  qu’elle entretient. Avec le Pastef, les aristocraties périmées d’hier perdent de leur capacité de sidération aux dépens des masses car la brutalité et l’achat des consciences ont été démystifiées. Une nouvelle page du relèvement africain s’écrit, désormais, à l’encre dense de la non-violence et de la constance à l’effort.
La  seconde libération de l’Afrique se joue, sous nos yeux. Sachons en réaliser la promesse, chacun chez soi ! Nos combats solidaires sont appelées à parfaire l’œuvre des pionniers de l’Indépendance. Telle se présente notre mission commune, après le 24 mars 2024. Elle ne peut être qu’universaliste, généreuse et sans concession aux fossoyeurs de la dignité humaine, telle qu’énoncée dans la Charte des Nations Unies. J’y crois plus que jamais.
Dakar, Sénégal
15 juin 2026

Sénégal ~ Politique | DISCOURS D’INVESTITURE DE OUSMANE SONKO, PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE

©️ source RS – Facebook



Mesdames et Messieurs les honorables Députés,

Nous voici réunis dans cet hémicycle en un jour trois fois symbolique : lendemain de Pentecôte et retour de Popenguine pour les chrétiens, jour de la station et du jeûne d’Arafat et veille de Tabaski pour les musulmans.
Il y a quelques jours encore, j’étais à la tête du gouvernement. Mon bilan y est précis : transparence sur la dette cachée, renégociations, respect des échéances de dette, refus de sa restructuration, plan de redressement économique et social, moralisation de la vie publique (fonds politiques, lutte contre la corruption, réduction du train de vie de l’État, réformes…), exigence de justice, protection de la société, avancée dans la gestion des inondations, gestion de la production agricole, maîtrise du coût de la vie, apaisement du climat social, redéfinition d’un modèle de développement, sauvetage d’entreprises en difficulté,…
Et maintenant, l’Assemblée nationale !

Qu’il me soit d’abord permis, de rendre un hommage appuyé, fraternel et solennel à mon
prédécesseur, le Président Malick Ndiaye, pour sa loyauté sans faille envers les idéaux patriotiques qui nous rassemblent, et pour son dévouement de chaque instant. De le féliciter ensuite pour son brillant passage à la tête de cette Assemblée, qu’il a profondément transformée.
Sur le plan matériel et symbolique, il a réhabilité ce bâtiment qui commençait à porter les stigmates du temps, de l’usure et de l’abandon, lui rendant un peu de son lustre et de sa superbe. Sur le plan humain, il a porté une attention exemplaire aux hommes et aux femmes de cette institution (techniciens, greffiers, collaborateurs, personnels de service), améliorant leur statut et rappelant avec force que derrière les bancs des députés, il y a des vies, des familles, des dignités à protéger.
Sur le plan financier, il a imposé une régularisation rigoureuse et méthodique des procédures budgétaires, mettant fin aux zones d’ombre et aux pratiques opaques.
Sur le plan technologique, il a engagé la digitalisation du travail parlementaire, nous dotant d’outils modernes alignés aux meilleurs standards. Au plan international, il a su donner un contenu dynamique au concept de diplomatie parlementaire au service du rayonnement du Sénégal et renforcer le positionnement régional et international de notre pays. Président Malick Ndiaye, au nom de tous les députés et de cette institution, je vous dis merci.
Je remercie également, du fond du cœur, les députés qui m’ont accordé leur confiance. Une confiance qui m’oblige et me lie. Aujourd’hui, vous me donnez, plus que jamais, les moyens insoumis et institutionnels de notre rôle de gardien vigilant de notre révolution.

Nous en userons avec fermeté et responsabilité. Je veux aussi adresser un mot affectueux à mon ami et frère, l’Honorable Ismaël Wone. Ismaël, j’ai éprouvé une immense satisfaction de savoir que ça allait être toi, mon suppléant. Depuis plus de dix ans que nous cheminons, tu as toujours fait preuve, en toutes circonstances, d’une loyauté absolue, d’un désintéressement rare, d’une abnégation totale. Ton amitié sincère restera l’un des biens les plus précieux que m’ait offerts l’engagement public.
Pour ma part, comme vous le savez tous, j’ai été député pendant cinq longues années. J’ai connu les bancs étroits de l’opposition parlementaire, les joutes oratoires acharnées. Et parfois, l’épuisement du combat solitaire contre des majorités qui confondaient la force du nombre avec la légitimité du droit.
Puis j’ai été maire, appelé à devenir Premier ministre ensuite. Cette expérience, renforcée par mon parcours technique dans la haute fonction publique, et la parfaite connaissance de tous les dossiers gouvernementaux en cours, seront des atouts précieux pour la montée en puissance de notre Assemblée dans ses rôles constitutionnels.
Mesdames et Messieurs les honorables Députés,
En entrant aujourd’hui dans cette Assemblée nationale avec la responsabilité de la présider, je mesure pleinement la gravité du moment historique que traverse notre pays. Me voici appelé à conduire l’institution chargée de représenter directement la souveraineté populaire. Certains y voient une crise, d’autres un déchirement. Moi, j’y vois d’abord une épreuve de vérité pour notre démocratie.
Les peuples ne jugent pas seulement les hommes politiques sur leurs victoires. Ils les jugent surtout sur leur capacité à demeurer fidèles à leurs principes lorsque le pouvoir devient inconfortable. Car il existe une question plus importante que celle de savoir qui gouverne. Cette question est : au nom de quoi gouverne-t-on ?
Depuis plusieurs mois, notre pays a vu émerger des divergences profondes au sommet de l’État.
Elles ont été décrites comme des rivalités personnelles, des conflits d’ambition ou des luttes d’influence. Je ne souhaite pas nourrir cette lecture réductrice. Ce qui est en jeu dépasse les individus. Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique. Aristote écrivait, dans L’Éthique à Nicomaque, que la politique est l’art suprême parce qu’elle a pour finalité le bien commun. Non pas le bien d’un clan; non pas la conservation d’un pouvoir pour lui-même. Mais le bien de la cité. Il rappelait également qu’aucune cité ne peut durer si la vertu disparaît de ceux qui la dirigent.
Au Sénégal même, cette question de l’éthique du pouvoir ne nous est pas étrangère. Le
Président Mamadou Dia rappelait déjà, au lendemain de l’indépendance, qu’aucun projet de transformation nationale ne peut survivre si les dirigeants confondent l’État avec leurs propres intérêts. Pour lui, la souveraineté ne pouvait être seulement politique; elle devait être morale, économique et sociale. Il savait qu’un pays peut disposer d’un drapeau, d’un hymne et d’institutions, tout en demeurant prisonnier de pratiques qui vident la République de son sens.
Ce que Mamadou Dia avait compris très tôt, beaucoup de nations africaines l’ont découvert parfois trop tard : un pays peut survivre à la pauvreté matérielle, mais rarement à l’effondrement de sa morale publique. Une nation ne meurt pas seulement de pauvreté économique. Elle peut mourir de fatigue morale. Elle peut mourir lorsque les institutions cessent d’être au service du peuple pour devenir des instruments de confort, de peur ou de calcul.
Nous venons d’une longue histoire de désillusions africaines. Combien de peuples ont vu des mouvements de libération devenir des appareils de domination ? Combien de promesses de rupture se sont dissoutes dans les privilèges, les accommodements et les silences ? Combien de révolutions ont fini par craindre la transparence qu’elles réclamaient hier ?
Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, posait une question redoutable : qu’est-ce qu’un État sans justice, sinon une grande association de brigands ? Cette phrase demeure d’une actualité implacable pour toutes les nations du monde. Car lorsque la puissance publique cesse d’être ordonnée à la justice, elle ne produit plus la confiance ; elle produit la résignation ou la colère.
C’est pourquoi je veux le dire ici avec gravité : la morale en politique n’est pas une décoration destinée aux discours de campagne. Elle est la condition de survie des nations. Lorsqu’un peuple perd confiance dans la parole publique, il cesse progressivement de croire aux institutions elles-mêmes.
Notre responsabilité historique est immense parce que notre peuple a beaucoup souffert pour rendre possible la révolution citoyenne par les urnes de 2024. Des jeunes sont tombés. Des familles ont pleuré. Des citoyens ont connu la prison, la peur et parfois l’exil. Le peuple sénégalais n’a pas porté notre projet au pouvoir pour assister à une simple permutation d’élites.
Il l’a porté pour restaurer une certaine idée de la dignité publique.
Cette fidélité intérieure à la dignité d’un peuple traverse toute notre histoire nationale.
Aline Sitoé Diatta avait déjà compris qu’un peuple ne demeure libre que lorsqu’il refuse
intérieurement la résignation. Face à la domination coloniale, elle ne disposait ni d’armée, ni d’État, ni d’institutions. Elle ne possédait qu’une force morale : la conviction qu’aucune puissance n’est durable lorsqu’elle exige d’un peuple qu’il renonce à sa dignité. Cette leçon demeure actuelle. Les nations commencent à se perdre le jour où leurs dirigeants demandent à leur peuple de s’habituer au renoncement.
Cheikh Ahmadou Bamba, lui aussi, nous a transmis une autre leçon essentielle dans les périodes de tension : la véritable force ne réside pas seulement dans la conquête du pouvoir, mais dans la capacité à demeurer maître de soi lorsque survient l’épreuve. Il savait qu’un homme peut perdre une fonction sans perdre son honneur, et qu’un peuple peut traverser les tempêtes sans
abandonner sa dignité. Cette sagesse doit aujourd’hui nous guider collectivement.
C’est précisément pour cette raison que les institutions ne peuvent être neutres face à la question morale. L’Assemblée nationale doit être le cœur battant de cette exigence éthique.
Et je mesure parfaitement le symbole de cet instant. Certains croyaient que le limogeage d’un Premier ministre signifiait sa disparition politique. Mais dans une démocratie véritable, aucune fonction n’épuise la légitimité populaire. Le peuple demeure la source du pouvoir. Et cette Assemblée, forte de la confiance massive accordée au projet porté par PASTEF lors des législatives du 17 novembre 2024, possède aujourd’hui une responsabilité historique particulière.
Je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour nourrir des vendettas personnelles. Ce serait trahir notre propre combat.
Mais je le dis avec la même clarté : l’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement. Elle contrôlera l’action gouvernementale. Elle exercera pleinement ses prérogatives constitutionnelles de vote des lois, de contrôle de l’action du Gouvernement et d’évaluation des politiques publiques. Elle défendra la transparence des finances publiques, la reddition des comptes et la souveraineté populaire. Elle usera de tous les leviers de contre-pouvoirs constitués, selon la gravité des faits et des circonstances.
Cette exigence morale ne relève d’ailleurs pas seulement de la philosophie ou de l’histoire
politique. Elle est profondément enracinée dans notre propre civilisation spirituelle. Le Coran enseigne : « Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit et, lorsque vous jugez entre les gens, de juger avec équité. » (Sourate An-Nisa, 4 : 58). Le pouvoir est donc un dépôt. Une charge. Une responsabilité devant les hommes et devant Dieu.
Le Khalife Omar ibn al-Khattab craignait d’être tenu responsable devant Dieu si une mule trébuchait faute de route entretenue. Voilà le sens véritable de l’éthique politique : considérer que chaque injustice ignorée, chaque privilège toléré, chaque renoncement devant la vérité finit par fragiliser toute la communauté nationale.

Mes chers collègues,
Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de notre histoire politique. Elle sera difficile. Elle sera traversée par des tensions, des tentatives de division et des pressions multiples. Mais elle peut aussi devenir un moment de maturation démocratique.
Le Sénégal doit montrer à l’Afrique qu’une crise politique peut être affrontée sans haine, sans violence et sans effondrement institutionnel. Nous devons prouver qu’un peuple africain peut débattre fermement sans détruire son propre État. Nous devons démontrer que la fidélité aux principes est plus forte que les calculs de circonstance.
Je tends la main à tous les députés de cette Assemblée, majorité comme opposition. Car au-dessus des appartenances partisanes, il existe une exigence supérieure : préserver la République.
L’histoire retiendra moins les postes occupés que les principes défendus dans les moments
décisifs. Et dans ces moments-là, la seule véritable question est toujours la même : lorsque le pouvoir nous met à l’épreuve, choisissons-nous le confort ou la vérité ?

Pour ma part, je continuerai de choisir la vérité.

Vive l’Assemblée nationale, fière, rénovée et debout !
Vive la République du Sénégal, une, indivisible et éternelle !

Je vous remercie.

26 mai 2026

● Sénégal Politique | M. Ousmane SONKO retrouve son poste de député et élu président de l’AN.



Ce mardi 26 mai 2026, la vie politique sénégalaise a connu un réajustement institutionnel avec l’accession de l’ex Premier ministre M. Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée Nationale. Limogé le 24 mai par le président Diomaye Faye, le leader du parti majoritaire au parlement (le Pastef) a retrouvé son siège et a été élu dans la foulée président de la représentation nationale. Une séquence politique qui marque les tiraillements positionnels entre le camp du président sénégalais et celui de ses camarades ou ses anciens camarades politiques du parti Pastef. À noter qu’un nouveau premier ministre a été nommé ces derniers temps et il n’est pas issu du parti Pastef. Dans son premier speech de président de l’assemblée nationale, M. Sonko l’a évidemment relevé en alertant qu’on ne peut pas faire du « Pastef sans le Pastef » . Précisant qu’ils n’ont pas été consultés sur la nomination du nouveau premier et pas encore sur les préparatifs de la composition d’un nouveau gouvernement. Il a salué les compétences techniques du premier ministre nommé et expose sommairement les thématiques sur lesquelles ils diveregent en termes d’approche et de fond notamment (économique, monétaire…).

L’arène politique du pays de la Teranga s’oriente vers un dualisme inédit entre la Présidence de la République et l’Assemblée Nationale. À savoir… jusqu’à quand et pour quelles retombées pour le peuple sénégalais…!?

26-05-2026

KS pour le BLOG

● Sénégal Politique | Le Président Diomaye se sépare de son Premier ministre Ousmane Sonko.

Ce vendredi 22 mai 2026, le couperet faussement inattendu est dégainé depuis la présidence à Dakar. Ce duo victorieux « Diomaye Moy Sonko » (Diomaye C’est Sonko) de l’élection présidentielle de 2024 n’a pas pu tenir harmonieusement face aux réalités insondables de l’exercice du pouvoir étatique. Ainsi, cette séparation ouvre une phase spéculative dans la vie politique sénégalaise. Le film à suivre dans l’avenir entre les 2 camps est d’un intérêt en terme de sciences politiques pour les observateurs. Le camp du président OS du Pastef s’affiche et clame sa fidélité aux promesses du Projet électoral exposé au peuple sénégalais. De l’autre côté, le jeune président Diomaye semble opter pour un suspect recentrage séparatiste qui interroge. Il n’ignore pas que son désormais ex PM est actuellement la personnalité politique la plus puissante pas que du Sénégal seulement mais de notre sous-région ouest-africaine.

Maintenant les responsabilités sont prises de part et d’autre ouvertement…et leurs conséquences n’échapperont pas au tribunal de l’Histoire devant l’opinion publique.

À suivre…

23 mai 2026

KS pour le BLOG

● Mali Politique : les événements du 25 avril 2026 | La junte militaire et ses mystères

©️ via RS

📷-Général Sadio Camara (47 ans) , l’un des 5 colonels auteurs du putsch du 18 août 2020, tragiquement fauché il y a une semaine, lors de l’attaque menée par l’alliance entre le Jnim (jihadistes maliens) et le Fla (rebelles touaregs du nord). Il était le puissant ministre de la défense de la junte militaire et son élimination avec une partie de ses proches à Kati, la ville-garnison clé du système sécuritaire du régime du Général Goïta, pose beaucoup de questions en sourdine. Atteindre un ministre de ce calibre avec une telle facilité, il faut demander voire exiger un inventaire de circonstances à la haute hiérarchie de la junte.
Le temps de la saturation émotionnelle et digitale va s’arrêter et il faudra poser une loupe laser sur les rouages de ce régime qui semble préoccupé par sa propre sécurisation (entre clans) que par une véritable restauration nationale inclusive.

Les événements du 25 avril dernier démontrent à suffisance que les éléments de langage comme écran de légitimation d’un pouvoir anti- démocratique et sectaire, sont constitutifs d’un narratif fallacieux difficilement potable pour une opinion publique ALERTE.

Les parents et proches du ministre décédé doivent  exiger une enquête internationale sur ce qui lui est arrivé ce jour du 25 avril 2026 à Kati. Est-il victime d’une purge « amicale » sous couvert parce qu’il devient encombrant par son esprit rationnel et moins zélé dans la direction du régime ?
Par le passé, certains échos laissaient entendre que des officiers qui lui seraient proches, furent arrêtés pour un supposé complot de déstabilisation. Il y a de la matière à explorer et à expliciter…un jour.

Repos éternel à son âme. Ameen.

2 mai 2026

KS

● Foncier en Mauritanie | Collusion idéologique de fait entre les féodalités trans-communautaires contre l’ordre étatique moderne.

—En Mauritanie pour confondre et dévoiler les connivences de fond entre les entités tribales arabo-berbères et les féodalités négro-mauritaniennes, il suffit de toucher l’affaire du foncier pour une équitable accessibilité citoyenne sur l’ensemble du territoire national. Ça combat et éradique toute tentative étatique visant à asseoir un ordre foncier moderne au bénéfice de tous les citoyens. On voudrait plutôt maintenir la tenure coutumière qui est un levier de domination et de subordination au détriment des cadets sociaux trans-communautaires. Ainsi la militance droit-de-l’hommiste et politique avec cet évitement souvent observé parmi nous, devient une posture à coloration trompeuse, partiale et partielle.

Ici à lire ce rappel de notre compatriote M. R’chid Mohamed :  J’ai lu des études anthropologiques- Pierre Bonte, Abdel Weddoud Ould Cheikh- Mariella Villasanté- consacrées essentiellement à la réforme foncière et domaniale de 1983.
Il ressort de ces études que la réforme avait pour objectif d’individualiser le sol et donc de briser l’ancienne tenure foncière, notamment l’appropriation tribale des terres.
Et, au-delà, il s’agissait de renforcer la souveraineté de l’Etat sur le sol afin de pouvoir engager ses politiques agricoles d’autosuffisance alimentaire. il était aussi question de permettre aux Hratines, nouvellement affranchis, d’accéder aux biens fonciers, dont ils étaient privés du fait de la mainmise tribale sur les espaces utiles.
Ce sont les nationalistes dits arabes qui ont ameuté les féodalités tribales et ethniques pour empêcher cette réforme. C’est ce qui explique la « popularité » du coup d’Etat contre Mohamed Khouna ould Haïdalla, président initiateur de la réforme, qui est devenu subitement un « Sahraoui, étranger en Mauritanie et très détaché des intérêts de ce pays ».
Après le coup d’Etat, cette réforme a été probablement abandonnée, en tout cas, elle n’a jamais eu un début d’exécution dans certaines parties du territoire national.
Dès lors, il me semble qu’il est nécessaire de clarifier le sort de la réforme de 1983, pour en discuter légitimement son esprit.
Au reste, nos dirigeants, après l’équipe des fondateurs, exceptés Moustapha Ould Saleck, Bouceif,(paix à leur âme), dont les pouvoirs étaient quelques brouillés, se sont laissés influencés par des considérations tribales, qui les empêchent jusqu’à nos jours de sortir l’Etat de l’ornière tribale, fortement combattue sous la colonisation et le premier gouvernement national du pays.

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