
J’ai suivi avec attention la conférence de presse du chef de l’Etat mauritanien. Ce que j’en retiens d’abord, ce n’est pas un dirigeant porteur d’une vision pour la Mauritanie. C’est un chef d’Etat bouffi d’autosatisfaction. Après sept années de pouvoir, les Mauritaniens étaient en droit d’attendre des réponses sur la réconciliation, l’apaisement, la justice sociale, l’emploi, l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, la pauvreté, la corruption et la gouvernance.
Il y a un déphasage profond. Je pose la question : est-ce le chef de l’Etat qui est déconnecté de la réalité des Mauritaniens, ou les Mauritaniens qui sont déconnectés de la réalité qu’il leur présente ?
Il dit que la corruption recule. Les citoyens voient des fortunes surgir, la concentration des marchés publics entre les mêmes réseaux tribaux et de clans familiaux, et les puissants échapper à toute sanction. Et quand il présente l’augmentation des recettes de l’État comme une preuve de recul de la corruption, je pose simplement cette question : depuis quand des recettes en hausse prouvent-elles une corruption en baisse ? La vraie question, c’est comment cet argent est géré, comment les marchés sont attribués et comment les irrégularités sont sanctionnées.
Sur une éventuelle révision de la Constitution qui permettrait de briguer un troisième mandat en 2029, une phrase aurait suffi : « Je ne toucherai pas aux verrous constitutionnels. » Il ne l’a pas dite. Il a louvoyé et cultivé l’ambiguïté et parler de « volonté du peuple ».
Et ses silences sont lourds de sens : rien sur Mohamed Ould Abdel Aziz, en prison ; rien sur les députées Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour, qu’il tente de dépouiller de leur mandat ; rien sur un Parlement devenu une chambre d’enregistrement ; rien sur les détenus politiques; rien sur le parti politique interdit de légalité de son principal opposant et du seul courant capable de tenir tête au parti-Etat!!!
Ghazouani parle d’unité nationale. Nous partageons cet objectif, mais pas sa méthode. On ne construit pas la cohésion en traitant l’opposant capable de compétir et de mobiliser, comme un problème à neutraliser plutôt que comme un citoyen à convaincre.
Alors oui, les Mauritaniens doivent combattre ce système. Mais ils doivent aussi sauver le chef de l’État de ceux qui l’entourent et lui cachent cette réalité. Il n’a pas besoin de courtisans. Il a besoin qu’on lui dise la vérité. Et nous sommes prêts à la lui dire.
Nouakchott, le 25 juillet 2026
