● Mali Politique : les événements du 25 avril 2026 | La junte militaire et ses mystères

©️ via RS

📷-Général Sadio Camara (47 ans) , l’un des 5 colonels auteurs du putsch du 18 août 2020, tragiquement fauché il y a une semaine, lors de l’attaque menée par l’alliance entre le Jnim (jihadistes maliens) et le Fla (rebelles touaregs du nord). Il était le puissant ministre de la défense de la junte militaire et son élimination avec une partie de ses proches à Kati, la ville-garnison clé du système sécuritaire du régime du Général Goïta, pose beaucoup de questions en sourdine. Atteindre un ministre de ce calibre avec une telle facilité, il faut demander voire exiger un inventaire de circonstances à la haute hiérarchie de la junte.
Le temps de la saturation émotionnelle et digitale va s’arrêter et il faudra poser une loupe laser sur les rouages de ce régime qui semble préoccupé par sa propre sécurisation (entre clans) que par une véritable restauration nationale inclusive.

Les événements du 25 avril dernier démontrent à suffisance que les éléments de langage comme écran de légitimation d’un pouvoir anti- démocratique et sectaire, sont constitutifs d’un narratif fallacieux difficilement potable pour une opinion publique ALERTE.

Les parents et proches du ministre décédé doivent  exiger une enquête internationale sur ce qui lui est arrivé ce jour du 25 avril 2026 à Kati. Est-il victime d’une purge « amicale » sous couvert parce qu’il devient encombrant par son esprit rationnel et moins zélé dans la direction du régime ?
Par le passé, certains échos laissaient entendre que des officiers qui lui seraient proches, furent arrêtés pour un supposé complot de déstabilisation. Il y a de la matière à explorer et à expliciter…un jour.

Repos éternel à son âme. Ameen.

2 mai 2026

KS

● TRIBUNE | de la résolution de l’onu aux réalités africaines : le défi de l’esclavage par ascendance

—-Le 25 mars 2026, les Nations unies, par une déclaration solennelle de son assemblée générale (AG/12755), adoptent une résolution historique : celle qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de «plus grave crime contre l’humanité ». (cf. lien n°1). Cette résolution a été votée sous l’impulsion du président du Ghana John Dramani Mahama avec l’appui de l’Union africaine.

Nous saluons cette décision symbolique d’une grande portée pour la reconnaissance de l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité. C’est dans cet esprit que nous, militants de droits humains de l’espace sahélien, à travers cette tribune, interpellons, par des remarques citoyennes, l’union africaine, les décideurs de nos Etats, les sociétés civiles et les diasporas africaines.

Nous considérons que cette résolution onusienne mérite d’être un point d’enclenchement d’une prise de conscience collective des peuples africains sur les différents types d’esclavage qui ont saigné diversement notre continent.

En effet, l’Afrique politique et intellectuelle a certes obtenu un succès diplomatique majeur au sein de l’Assemblée générale onusienne. Mais elle ne devrait pas passer sous silence les nombreuses frictions sociales intra-communautaires encore existantes dans certaines zones ouest-africaines, et qui sont relatives à la problématique de “l’esclavage par ascendance”. Une réalité sociale insidieusement intégrée dans le système de castes de communautés très hiérarchisées.

Le cas, entre autres, du groupe sociolinguistique soninké en est une illustration parfaite. Cette société est aujourd’hui traversée par une dynamique abolitionniste qui se heurte à des forces réactionnaires qui font usage d’une violence inouïe et bafouent la dignité humaine.

C’est ainsi qu’au cours de cette dernière décennie, de 2016 à 2026, plusieurs faits d’une gravité extrême ont été recensés : le lynchage à mort de 4 militants anti-esclavagistes du mouvement d’éveil Gambana (Égalité en droit et en dignité) à Diandjoumé (Mali) (cf. lien n°2), l’horrible exécution de madame Diogou Sidibé à Lany (Mali) (cf. lien n°3) et également en Mauritanie avec l’agression de monsieur Samba Moussa Kone (cf. lien n°4).

Au vu de la gravité des crimes susmentionnés, les différents gouvernements, instances et ONG droit-de-l’hommistes devraient aborder frontalement les problématiques très actuelles liées au passé esclavagiste transsaharien et intra-africain. Car en effet, une forme de passivité et de mise à distance sont constatées à chaque fois que la question de l’esclavage est abordée.

Inutile de rappeler le vote abstentionniste de certains pays occidentaux dont la France (cf. carte de jeune Afrique). Vote d’autant plus incompréhensible que la Loi n° 2001-434 adoptée le 21 mai 2001 et portée par la députée Christiane Taubira, reconnait officiellement la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cette France abstentionniste qui proclame son attachement aux droits de l’homme est pourtant celle qui a été l’un des pays les plus actifs dans la traite transatlantique.

Ce négationnisme des puissances esclavagistes ne doit pas masquer celle de nos Etats africains, encore plus troublante. Il est évident que la traite transatlantique constitue un crime contre l’humanité, toutefois l’esclavage arabo-musulman en est un autre, ainsi que l’esclavage par ascendance qui perdure subtilement en Afrique de l’Ouest.

Ce dernier, longtemps passé sous silence, constitue une autre forme d’atteinte à la dignité humaine. Elle se manifeste par un déterminisme social assignant statutairement les individus dès la naissance et les condamnant à une subalternité perpétuelle. Ce système discriminatoire érigé en norme sociale qui se transmet de génération en génération est une négation totale de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine. Il lèse un pan entier de la société.

Au XXIᵉ siècle, une telle pratique est une honte pour l’humanité. L’esclavage par hérédité doit être dénoncé avec courage et détermination. Le silence sur cette question et le caractère tabou ne sauraient perdurer. La complaisance des intellectuels, des religieux et des instances culturelles doit cesser afin d’éradiquer définitivement ces tares.

De la même manière, le laxisme de nos Etats modernes, qui se traduit par la complicité de certains de leurs représentants, censés garantir la citoyenneté pleine et entière, doit être banni. Bien qu’il existe des textes et des lois interdisant ces pratiques dégradantes, force est de constater que leur application laisse à désirer. Ainsi, rien ne change sur le terrain.

Comment expliquer qu’on puisse encore parler d’esclavage dans un pays comme la Mauritanie où il existe tout un arsenal juridique (e.g. loi 031-2015) sans impact réel sur l’abolition effective de l’esclavage et ses séquelles. Au Mali, une récente loi historique (loi n°2024-027) a été adoptée, renforçant la condamnation de la pratique et de l’apologie de l’esclavage. Pourtant, cela n’a pas eu l’effet escompté. Il est donc plus qu’urgent que nos États s’impliquent davantage dans la lutte contre ce fléau, seule condition, pour l’avènement d’un véritable État de droit.

A travers cette tribune d’alerte notre objectif est triple :

1- Lancer un plaidoyer humaniste et citoyen à l’endroit des institutions internationales et continentales, au premier rang desquelles l’ONU et l’Union africaine sur la question des survivances de ce grave crime qu’est l’esclavage. Il s’agit notamment de souligner l’impérieuse nécessité de conduire une réflexion sérieuse et approfondie sur les problématiques multiformes liées à l’esclavage par ascendance qui est actif dans certaines coutumes et pratiques dites faussement « traditionnelles ».

2- Interpeller les leaders d’opinion et les représentants sociaux (les représentants traditionnels, les intellectuels, les élus, les militants de la société civile…) en Afrique et dans les univers diasporiques pour une initiative morale et sociale de grande ampleur sur les problématiques de l’esclavage dans ses diverses manifestations. Les mentalités esclavagistes et féodales qui persistent au sein de nos communautés en ce siècle sont un marqueur avilissant pour la personnalité africaine et noire.

3-Enfin, nous invitons solennellement les leaders d’opinion de la communauté soninké à un dialogue sans tabou afin de briser l’omerta sur la réalité de l’esclavage par hérédité.

En d’autres termes, il nous appartient d’unir nos efforts pour éradiquer l’esclavage dans le but d’instaurer une société juste et égalitaire. Ceci est un devoir moral qui incombe à tout un chacun pour préserver l’harmonie sociale.

LES SIGNATAIRES :

CAMARA Issa (Mauritanie)

BA Issa (Sénégal)

SOUMARE Koundou (Mauritanie)

SIDIBE Biranté (Sénégal)

DIARRA Cheikh (Mauritanie)

CISSOKHO Souleymane (Mauritanie)

Références :

Lien n°1 : https://press.un.org/fr/2026/ag12755.doc.htm

Lien n°2 : https://bamada.net/lynchage-des-militants-anti-esclavagistes-dans-la-loc...

Lien n°3 : https://www.dw.com/fr/mali-diogou-sidibé-esclavage-par-ascendance-kaye/a-62903536

Lien n°4 : https://cridem.org/C_Info.php?article=747569

● En Afrique, cet actuel esclavage par ascendance intra-africain toujours invisibilisé chez certains milieux sociaux et politiques.

©️ 📷 média Brut

—Encore en 2026 (21ème siècle) | Ces Africains qui vivent sociologiquement dans des univers communautaires où l’esclavage par ascendance et le féodalisme font référence en terme de codes d’honneur et de validation identitaire, fêtent une proclamation onusienne sur la traite historique des noirs. Ce 25 mars 2026 , l’Assemblée générale de l’ONU a reconnu l’esclavage africain comme le crime contre l’humanité le plus grave de l’Histoire, voir « L’ONU réclame des réparations pour les « torts historiques » de l’esclavage | ONU Info » https://share.google/o4vqgUq56DYofMIsH. Cette Afrique surtout Noire où dans certaines zones notamment sahéliennes et ouest-africaines majoritairement afro musulmanes, des doctes cléricaux et sociaux s’accrochent à une lecture explicitement esclavagiste du fait religieux à l’encontre de certaines compositions sociales dans leurs propres groupes sociolinguistiques. Et beaucoup des rigidités sévissent au sein de ces communautés hiérarchisées et l’esclavage statutaire est assumé et encouragé dans le puzzle sociétal. Il y a du fascisme social aisément objectivable dans les réalités suprémacistes souvent tues et insidieusement évitées dans les débats publics par certains cercles militants politiques et droit-de-l’hommistes qui opèrent avec une étrange sélectivité en la matière. En gros… beaucoup de culture d’hypocrisie et de gymnastique intellectuelle hors-sol.

26 mars 2026

Koundou SOUMARE, blogueur et militant des droits humains | https://ecrit-ose.blog/

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Dr DIALLO Djibril

—La rubrique GEB (Grand Entretien du BLOG) vous propose l’interview ci-après accordée par M. Diallo Djibril. Originaire de la commune de Tachott dans le Guidimagha, le juriste est actuellement haut cadre au Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Ici l’expression de notre fraternelle reconnaissance à son endroit pour la disponibilité.

Bonne lecture !

Question 1 : Présentation sommaire ?

Dr DIALLO Djibril : Je m’appelle Diallo Djibril Cheikh Bouye. Je suis juriste de formation, titulaire d’un doctorat en droit public de l’université Paris 8, avec une spécialisation en intégration régionale africaine et en gouvernance publique. Mon parcours universitaire m’a conduit également à l’Université de Perpignan, ainsi qu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où j’ai approfondi mes recherches en droit de l’intégration et en droit international économique.
Sur le plan professionnel, j’exerce aujourd’hui principalement dans le champ des politiques publiques, de la stratégie institutionnelle et du conseil juridique. J’occupe présentement la fonction de conseiller technique chargé des affaires juridiques au cabinet du ministre de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Parallèlement, j’ai longtemps évolué dans le monde de la recherche et des études stratégiques au Centre Essahraa d’Études et de Consultations, un think Tank mauritanien.
J’ai également été enseignant en droit, économie et management, dans le secondaire et certains établissements de l’enseignement supérieur lors de mon séjour en France. 
Aussi, j’ai toujours été engagé dans la vie associative, notamment sur les questions de citoyenneté, d’éducation et de développement communautaire.
Je m’arrête là, avec cette brève présentation.
Question 2 : Retour d’expérience après l’Europe ?
DD : Mon séjour en Europe fut une expérience intellectuelle et humaine extrêmement structurante. Il m’a permis d’évoluer dans des environnements académiques exigeants, où la rigueur méthodologique, l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle sont fortement valorisés.
Les facilités résident principalement dans l’accès aux ressources documentaires, à des réseaux scientifiques denses et à un encadrement académique structuré. Toutefois, les écueils ne sont pas négligeables : solitude, exigence d’adaptation culturelle, pression académique et nécessité d’une discipline personnelle constante.
Mon principal conseil aux jeunes serait de ne pas idéaliser l’extérieur, mais de le considérer comme un espace d’apprentissage. L’essentiel est d’acquérir des compétences transférables, une méthode de travail solide et une ouverture d’esprit. Le retour au pays doit être pensé comme une continuité logique : il s’agit de réinvestir les acquis au service du développement national.
Question 3 : Conseils à la jeunesse mauritanienne, notamment soninké ?
DD : L’éducation demeure le levier fondamental de transformation sociale. À la jeunesse mauritanienne, je recommanderais d’investir prioritairement dans la formation intellectuelle, technique et morale. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de cultiver la compétence, l’éthique et la discipline.
À l’adresse particulière des jeunes soninké, dont l’histoire est marquée par une forte tradition intellectuelle et migratoire, je dirais qu’il est impératif de concilier enracinement culturel et ouverture au monde. La maîtrise des langues, des outils numériques, des sciences et des métiers émergents est aujourd’hui indispensable.
Il faut également développer l’esprit entrepreneurial et sortir d’une logique exclusive de recherche d’emploi public. La création de valeur, l’innovation et l’initiative privée constituent des perspectives majeures pour l’avenir.
Question 4 : Diagnostic sur les pratiques féodalo-esclavagistes et pistes d’éradication ?
DD : Les survivances de pratiques féodalo-esclavagistes constituent une réalité sociologique et historique complexe. Elles s’inscrivent dans des structures mentales héritées, parfois intériorisées, qui continuent d’influencer les rapports sociaux.
Mon diagnostic est double : d’une part, il existe un décalage entre le cadre juridique – qui prohibe clairement ces pratiques – et certaines représentations sociales persistantes ; d’autre part, la transformation des mentalités nécessite un travail de longue haleine.
Les pistes d’action devraient s’articuler autour de trois axes :
L’éducation et la conscientisation : renforcer l’enseignement de l’égalité, de la dignité humaine et de la citoyenneté.
L’application rigoureuse du droit : l’État doit garantir l’effectivité des normes existantes.
Le dialogue communautaire et religieux : mobiliser les leaders d’opinion, intellectuels et acteurs associatifs pour déconstruire les justifications culturelles erronées.
La sortie définitive de ces tares suppose une évolution générationnelle appuyée par des politiques publiques cohérentes et une volonté collective affirmée.

● Question 5 : Engagement des jeunes en politique en Mauritanie ?

DD : La jeunesse mauritanienne manifeste un intérêt croissant pour les questions politiques, notamment à travers les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes. Cependant, cet engagement demeure parfois fragmenté et insuffisamment structuré.
Je constate un dynamisme réel, mais qui gagnerait à être davantage organisé, formé et encadré. L’engagement politique ne devrait pas se limiter à la revendication ; il doit également intégrer la formation doctrinale, la compréhension des institutions et la culture du compromis.
Il est essentiel que les jeunes investissent les partis, les organisations de la société civile et les espaces de débat avec compétence et éthique. L’avenir démocratique du pays dépendra largement de leur capacité à conjuguer idéal et responsabilité.

● Réalisé par KS pour le BLOG

● Mauritanie Politique | Le changement réel se fera par un ordre organisationnel de base (localité par localité).



📷 2022 – Londres – visite BBC Tower (crédit photo par mon généreux diatigui M. Samba Diallo )

—Militantisme politique qui se veut impactant et pérenne passe inévitablement par une sérieuse dynamique d’ancrage social (voire sociologique) et d’investissement citoyen et associatif dans un espace donné comme base « naturelle ». Depuis toujours les partis politiques du pouvoir en Mauritanie (ppm, prds, upr… insav, leurs partis vassaux et autres clients sociaux) ont appliqué et tenu cette simple stratégie d’approche pour occuper durablement l’arène politico-sociale et administrative. Ils y veillent concentrés durant les périodes hors scrutins et davantage lors des élections. Ils savent s’adapter et traiter avec les mutations de masses sociologiques (les populations et le personnel politique) sur l’ensemble du territoire national. Du côté des oppositions, nous attendons et espérons l’advenue d’un changement du haut avec beaucoup d’irrationnalité parce qu’un travail de politisation et d’organisation peine à être valablement structuré auprès de nos localités respectives. En politique, les données du terrain vif  (références Ceni et démographie électorale) font l’objet d’une ferme attention pour un personnel politique valablement politisé et visionnaire. Un véritable changement politique se prépare par une entreprise rigoureuse de comptage et de projections à travers les données de précédentes consultations électorales. Malheureusement, beaucoup dans l’environnement des oppositions, nous sommes piégés dans une sorte de spéculation quasi messianique en faisant fi d’une certaine réalité des données du « terrain vif » qui ne nous interpellent pas tant afin qu’on revoie notre relation à l’exercice politique du concret loin d’une certaine culture des lamentations ressassées des années durant.
En toute conscience intime, si chacun d’entre nous s’impose un inventaire citoyen et politique sur la décennie 2014 – 2024, en osant affronter notre « terrain vif » local ou de circonscription, on aurait une idée sur ce sur-place- sisme et d’une carence de connexion entre nos volontés généralement bruyantes en terme communicationnel (réseaux digitaux..) et les réalités du jour au jour dans nos terroirs et localités.

2 février 2026

-KS pour le BLOG

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La version de l’IA #DeepSeek de la contribution soumise :

Analyse du texte de Koundou Soumaré : « Mauritanie : Le changement réel se fera par un ordre organisationnel de base »

Thèse centrale :
L’auteur affirme que le changement politique durable en Mauritanie ne peut venir d’une attente passive d’un « changement venu d’en haut », mais doit se construire par un ancrage local et un travail organisé, territoire par territoire, à l’image des stratégies des partis au pouvoir.



1. Constat critique sur le système politique mauritanien

· Partis au pouvoir (PPM, PRDS, UPR, etc.) : Ils ont su adopter une stratégie d’ancrage local et d’adaptation aux réalités sociologiques, leur permettant de contrôler durablement l’espace politico-administratif, hors élections et pendant les scrutins.
· Oppositions : Elles souffriraient d’une attente irrationnelle d’un changement par le haut, sans avoir structuré un travail politique concret à la base (localités, circonscriptions). L’auteur parle de « spéculation quasi messianique » et d’une carence d’organisation sur le terrain.

2. Critique des pratiques de l’opposition

· Négligence des données concrètes : L’opposition ignorerait les réalités du « terrain vif » (données électorales, démographie, CENI) au profit d’un discours abstrait ou purement communicationnel (réseaux sociaux).
· Culture des lamentations : L’auteur dénonce une tendance à répéter des critiques sans proposer de stratégie ancrée dans le concret.
· Déconnexion : Il souligne un fossé entre les « volontés bruyantes » en ligne et les réalités quotidiennes des territoires.

3. Proposition méthodologique pour un changement réel

· Organisation par localités : Un changement passe par un travail de politisation et d’organisation à la base, en s’appuyant sur une analyse rigoureuse des données électorales et sociologiques.
· Inventaire citoyen (2014‑2024) : L’auteur invite chaque acteur à faire un bilan honnête de son ancrage local et de son impact réel sur la décennie écoulée.
· Approche « terrain vif » : Il faut se confronter aux réalités des circonscriptions, faire du comptage, des projections et adapter son action en conséquence.



4. Dimensions implicites du texte

· Sociologique : L’auteur insiste sur la nécessité de comprendre les mutations des masses et des personnels politiques.
· Stratégique : Il prône une approche pragmatique et méthodique, inspirée de celle des partis au pouvoir, mais au service d’un projet de changement.
· Psychologique/politique : Il pointe un « piège » mental dans l’opposition – l’attente passive – et appelle à une prise de responsabilité individuelle et collective.



5. Style et portée du discours

· Texte engagé et pédagogique : L’auteur utilise un ton militant, mais structuré et argumenté.
· Prospective (daté de 2026) : Le texte se place dans une vision à moyen terme, invitant à une réflexion stratégique pour les années à venir.
· Appel à l’introspection : Il vise à provoquer une prise de conscience chez les militants et cadres de l’opposition.



Conclusion

Koundou Soumaré livre une critique interne cinglante des faiblesses organisationnelles et stratégiques de l’opposition mauritanienne, tout en proposant une feuille de route pragmatique : ancrage local, analyse des données, travail de terrain continu. Son analyse rejoint des débats plus larges sur l’importance de l’organisation de base dans les processus de changement politique, en Mauritanie et ailleurs. Le texte peut être vu comme un manifeste pour un militantisme renouvelé, plus scientifique et moins incantatoire.

● Contribution | La dictature est-elle étrangère au pouvoir africain ? Par le journaliste mauritanien M. Seyre Sidibe

Il existe une part historique indéniable expliquant la propension de l’Africain à devenir un despote. En Afrique, il n’y a de pouvoir que dans la verticalité. Le chef appartient à une famille qui se fabrique  souvent une généalogie fabuleuse- souvent apparentée aux génies, aux diables et aux forces occultes- afin d’être craint et vénéré.

Être un surhomme inspire la crainte et instille dans l’esprit des autres l’idée qu’ils sont nés pour être dominés ; le chef et sa famille seraient, quant à eux, porteurs d’une essence quasi divine qui leur confère le droit de diriger et de gouverner sans partage.

C’est assurément ce qui explique que le pouvoir en Afrique, hier comme aujourd’hui, n’ait jamais su se libérer de la sorcellerie, de la magie noire, des sacrifices humains et de toutes sortes de pratiques irrationnelles destinées à rendre les tenants du pouvoir éternels.
Toute contradiction, toute opposition au chef n’est pas tolérée et est considérée comme un défi, un crime de lèse-majesté.
En soninké, par exemple, un adage traduit bien cet état d’esprit et le pouvoir hors norme du chef en ces termes : « Le chien du chef est un chef. »

Ainsi, la dictature est congénitale au pouvoir en Afrique. Si le chef n’est pas fort, impitoyable, sadique voire sanguinaire, c’est le peuple lui-même qui cherche à le destituer, car le pouvoir doit être sans partage, sans pitié, et incarner la puissance.
La fébrilité, l’empathie, la clémence et l’humilité sont perçues comme des signes de faiblesse et d’incompétence voire l’illégitimité.

Qu’en est-il alors du rapport du pouvoir africain avec le bien public ?

Le pouvoir africain, étant par essence autoritaire et autocratique, ne peut concevoir une gouvernance transparente et collégiale des ressources et des biens publics. Il n’existe aucune séparation entre le bien privé et le bien public. Le chef a le contrôle sur tout, le monopole sur tout. D’ailleurs, nos populations sont tellement « vassalisées » qu’elles trouvent cela normal.
La prédation des biens publics et l’enrichissement illicite n’avaient même pas de sens dans nos sociétés, où le chef se prêtait les attributs du créateur.
Pour la petite anecdote, le tout-puissant mansa Kankou Moussa avait mis la main sur tout l’or du Mali. Lors de son expédition, raconte-t-on, le prix du précieux métal baissa partout où le souverain passa. Il en distribua généreusement aux dignitaires arabes.
L’Africain se nourrit d’orgueil et de louanges, et aime être chanté et vanté, ce qui consolide le culte de la personnalité. Or, le culte de la personnalité est indissociable de la dictature.
In fine, on se plaint de la dictature et d’un pouvoir prédateur et arrogant. Certains Mauritaniens vont jusqu’à dire que seul un militaire peut diriger le pays, comme si l’autorité de l’État devait nécessairement être celle d’un homme providentiel.
La meilleure autorité est celle de la loi : des lois justes que l’État applique sans complaisance à tous les citoyens.

Seyré SIDIBE

● Mauritanie | La tribu !!! Par M. Seyre Sidibe

La tribu a pris une place excessive dans notre subconscient, dans notre vie privée comme dans l’espace public, au point de fragiliser la République et de vider la citoyenneté de sa substance.

La notion de tribu renvoie ici à toute référence traditionnelle qui fait obstacle à l’émergence d’une citoyenneté véritable. Chacun s’identifie d’abord à sa tribu pour affirmer sa puissance, son importance sociale, voire son impunité : une manière implicite de défier les lois de la République.

La prééminence de la tribu est avant tout le symptôme de la faillite de l’État, incapable de bâtir un État de droit solide et une citoyenneté égalitaire pour tous. Or, la nature a horreur du vide : chaque fois que l’État se retire ou se montre défaillant, d’autres acteurs occupent l’espace laissé vacant. Et chaque acteur impose sa propre logique, sa vision et ses règles.

C’est pourquoi l’État doit être présent, vigilant, sans pour autant devenir envahissant.
En Mauritanie, la difficulté à construire une citoyenneté pleine et entière relève d’abord de la responsabilité de l’État lui-même, qui continue de s’appuyer sur des instances communautaires et tribales pour sélectionner ses représentants et organiser la vie politique.
Il ne s’agit nullement d’ériger un antagonisme entre l’État et les tribus ou autres formes de regroupements communautaires. Il s’agit plutôt de rappeler un principe fondamental : l’État doit être impersonnel, neutre et équidistant de tous les citoyens.

Or, de nombreuses manifestations culturelles, politiques ou sociales en Mauritanie, validées par les autorités et parfois initiées par de hauts fonctionnaires ou cadres de l’État, vont à l’encontre de l’esprit républicain. Elles constituent, de fait, des défis lancés à la citoyenneté, à l’égalité devant la loi et aux fondements mêmes de la République.

Seyre SIDIBÉ

● Mauritanie ~ Éducation | À la découverte de l’école des Sourds-muets du Guidimagha. Par M. Bakari Abdoulaye TANDIA.

—La rubrique Grand Entretien du BLOG vous revient dans cet élément consacré aux activités de l’instituteur M. Bakari Abdoulaye TANDIA. Un enseignant très investi dans un domaine socio éducatif d’une grande portée humaniste et inclusive. Le responsable de l’école des Sourds-muets d’Agoinitt (Guidimagha) nous présente ci-après son établissement :

● Question 1 : Bonjour monsieur Bakari TANDIA, pouvez vous présenter sommairement à nos lecteurs?

Bakari Tandia : (parcours scolaire, professionnel)
Ecole Coranique tout le cursus scolaire Fondamental
Ecole Fondamentale à JOWOL 1977-1983
Enseignement secondaire lycée de KAEDI 1983-1994
Formation à l’école normale des instituteurs de Nouakchott 1994-1997
D’Octobre 1997 à Juillet 2008 instituteur de l’enseignement ordinaire  aux classes de l’Institut des Langue Nationales au Guidimakha (Sabouciré, Khabou, Hachi Chaghar )     
D’Octobre 2009 à nos jours chargé de programme du projet éducatif de l’Association Espoir de Demain et le charge du suivi scolaire des élèves sourds de l’école des sourds du Guidimakha

● Question 2 : Vous dirigez l’école des sourds de la localité d’Agoinit dans le Guidimakha, pouvez nous le présenter notamment sa genèse son statut administratif (public ou privé) et son fonctionnement?

BT : – L’historique
Au début de l’année scolaire 2007, dans une classe de 6éme année fondamentale à SABOUCIRE au Guidimakha en Mauritanie, un enfant sourd de six ans se présenta en plein cours.
Bien que l’instituteur fut surpris par cette visite mais néanmoins, il l’accueille l’enfant sourd bras ouvert dans sa classe, l’enfant tenait dans sa main une ardoise, un cahier et un stylo. L’instituteur fut ému, étonné et dit aux élèves : Le sourd veut apprendre et il a droit à l’éducation comme vous les entendant
Un élève leva le doigt et posa une série de question. Est –ce le sourd peut apprendre nous les entendant ? Comment il lire l’alphabet ?
L’instituteur n’avait pas de réponse aux questions posées par cet élève.
C’est dans cette perspective que cet instituteur eu l’audace l’idée pendant les fêtes de Noëls en 2007 d’aller à Nouakchott juste pour se renseigner auprès des Associations des Personnes Handicapées comment aider ce jeune sourd et répondre à la question de son élève.
L’instituteur retourna dans sa localité de service ayant une réponse aux différentes questions posées par son élève ayant les contacts le Directeur de Déficients Auditifs de Bamako donner par la Directrice de l’école des sourds de NOUAKCHOTT.
L’identification des enfants en situations d’handicaps
L’instituteur avait fait une identification des enfants en situations d’handicaps dans quelques localités du Guidimakha en Mauritanie et a enregistré à titre indicatif les résultats suivants :
Sourd : 40
Aveugle : 10
Mental : 35
Moteur : 60
A sa forte surprise 20 enfants en situations d’handicaps auditifs sont de la localité d’AGOINITT au GUIDIMAKHA en MAURITANIE
Le voyage d’échange et de formation
Le 15 Décembre 2008 l’instituteur quitta et décida de traverser le fleuve Sénégal en destination de BAMAKO. L’instituteur était logé dans les locaux de l’école des déficients auditifs de Bamako pendant trois mois. Au cours d’une mission de ses propres frais (suspendu de salaire) qui lui a amené au Mali en côte d’Ivoire au Benin et au Niger, il s’est imprégné des réalités de l’éducation des sourds, il se sent à présent très bien armé pour mettre à profit cette expérience.
La première classe des sourds
Ce natif de Gori dans la Commune de JOWOL en MAURITANIE, depuis le 19 Octobre 2009, le nommé BAKARI ABDOULAYE TANDIA a ouvert une classe des sourds d’une manière informelle, toutefois il ne pouvait pas consacrer aux jeunes handicapés que ses heures libres : le weekend, il est fonctionnaire de l’éducation nationale affecté par la Dren du Guidimakha à l’école 2 d’Agonit.
C’est ainsi la première classe des sourds a ouvert ses portes dans la famille SOKHNA dont le chef de famille est un handicapé moteur ses quatre enfants et son épouse sont sourds
L’effectif
En 2023
Filles sourdes : 15
Garçons sourds : 10
EN 2024
Filles sourde : 15
Garçons sourds : 10
Le personnel
BAKARI ABDOULAYE TANDIA FONCTIONNAIRE DU MINSTERE DE L’EDUCATION NATIONAL
MAIMOUNA HODIYE SILLA VOLONTAIRE DEPUIS LES PREMIERES HEURES

● Question 3 : cet établissement qui s’inscrit dans une dynamique d’inclusion à l’endroit de ces personnes à besoins spécifiques, en exist-il d’autres ailleurs en Mauritanie?

BT : Oui bien sur il y a des centres d’enfants en situations d’handicaps en Mauritanie qui sont crées il y’a juste moins de dix ans :
Le Centre d’ATAR , Le Centre de Nouadhibou, Le centre Kaédi, ect …….. Quand à l’école des sourds du Guidimakha est ouverte depuis octobre 2009, c’est une classe qui est crée dans une école fondamentale

● Question 4 : quels sont les débouchés en termes d’insertion socioprofessionnelle et universitaire à moyen et long terme pour vos apprenants sourds-muets ?

BT : L’objectif de l’Association Espoir de Demain et l’Ecole des Sourds d’Agoinitt est de former de jeunes en situations d’handicaps en lecture , en langage signes, en écriture , sur les techniques des quatre opérations et sur les techniques de conversions les mesures de longueurs pendants quatre ans à cinq ans pour la préparations de ces derniers à la formations professionnelles
Pendant seize ans l’école des sourds d’Agoinit et l’Association Espoir de Demain ont formés des jeunes en situations d’handicaps en couture, en teinture, en art plastique , en coiffure ect……………….

23 janvier 2026

Réalisé par KS pour le BLOG

● Mauritanie politique : ces carences persistantes dans nos espaces sociaux et politiques. | Par KS

—La tradition clientéliste de l’espace politique dans nos communautés a toujours fonctionné avec de barons et parrains locaux. Ces pontes assurent liens et cooptation entre le parti-Etat et l’administration publique d’une manière globale. Ils ne tirent pas leur légitimité d’un élan éveillé et populaire mais plutôt d’une assise sociologique (référence élite communautaire, clans, mercenaires sociaux et politiques….). Et… ils veillent énormément sur la gamelle positionnelle avec zèle et extrémisme. Quiconque comptant les détrôner sur « leurs terres » s’expose à une bagarre certaine et une sourde aversion. Rien de grave d’inattendu d’ailleurs… « toute menace sur un corps animé et son milieu vital… provoque naturellement une réaction de sa part… » hein !

Les fers sont souvent chauds et clashants dans l’environnement concerné chez les négro-mauritaniens et moins exposés chez les arabo-berbères. Peut-être chez les premiers, le gâteau est moins volumineux et diversifié comme pourrait l’être chez les seconds.

Tant que nos référents traditionnels (régimes coutumiers et tribaux) restent assignés et vassalisés comme de « grands électeurs » acquis d’office au camp politique de tout locataire du palais ocre de Nouakchott, les intermédiaires et mercenaires politiciens tiendront toujours du service. Ce service qui n’est pas toujours aminé pour/par l’intérêt général. Népotisme social est en roue libre… seul le larbinisme paie.

Un rappel encore : allons vérifier de près chez « tonton » #myceni_results  les résultats électoraux dans nos différences localités et circonscriptions lors du scrutin de 2023 (municipal, législatif et régional). Certaines données nous aident à voyager du virtuel grossissant vers du réel têtu qui nous regarde sans pitié. De nos jours, nos ressorts sociaux et communautaires ne sont pas de nature assez compatibles avec l’ordre démocratique et républicain au sens rigoureux du terme. D’aucuns ne croient pas encore à l’égalité citoyenne comme disposition cardinale dans nos affaires publiques intra-communautaires, inter-communautaires et nationales. Par conséquent un certain activisme politique et droit-de-l’hommiste sans oser un diagnostic disruptif en nous-mêmes (au sein de nos communautés et compositions sociales) peut être logé dans la case « faire-semblant-nisme » qui ne fait que perpétuer finalement le statu quo avec des acteurs qui se relaient.

📷 Octobre 2021 – Ici un pays ouest-africain | Avec un frère et camarade droit-de-l’hommiste M. Gaye Tene Traoré

« La Mauritanie n’a pas besoin d’être un État binational pour être juste — elle a besoin d’être un État équitable.. », une réponse à M. Ely Sneiba | Par M. Abdoulaziz DEME

Cher Ely,

Votre réflexion sur la nature de l’État mauritanien a le mérite de poser clairement une question fondamentale : celle de notre rapport à l’identité nationale, à la fois héritée et construite. J’y vois une invitation au débat intellectuel, que je souhaite prolonger en apportant quelques précisions historiques et analytiques, dans un esprit de dialogue critique.
1. La genèse de l’État mauritanien : un équilibre voulu, non subiIl est inexact de considérer que les pères fondateurs de la Mauritanie auraient voulu ériger un État strictement « arabe ». Les archives des débats de l’Assemblée constituante (1958-1960) et les correspondances diplomatiques de Mokhtar Ould Daddah montrent une vision d’un État arabo-africain, dont la cohérence devait précisément découler de la synthèse de ses composantes.
Dans son discours d’ouverture du 28 novembre 1960, Ould Daddah affirmait :
« La Mauritanie est à la fois arabe et africaine, et c’est cette double appartenance qui fonde sa personnalité ». L’intention originelle n’était donc pas l’exclusion d’une composante, mais l’intégration harmonieuse de toutes.
2. Le contrat social mauritanien : une inclusion inachevéeLes premières tensions (1966, 1979, 1989) ne sauraient être réduites à un refus des Négro-Mauritaniens de « s’intégrer dans un État arabe ». Elles résultent plutôt d’une crise de la citoyenneté (cf. travaux de L. Diagana, Identité et nation en Mauritanie, 2012), c’est-à-dire d’un écart grandissant entre le discours unitaire de l’État et les pratiques discriminatoires dans l’administration, l’armée et l’éducation.
La loi de 1966 sur la réforme linguistique, imposant l’arabe comme unique langue d’enseignement au secondaire, fut perçue par une partie du pays comme une tentative d’effacement culturel. Ce n’est pas la demande d’arabité en soi qui fut contestée, mais l’uniformisation imposée au détriment de la diversité effective de la nation.
3. L’illusion du « modèle unique » : la Mauritanie face à ses voisins.
Comparer la Mauritanie au Sénégal ou au Mali, comme vous le faites, est instructif mais limité.

Ces pays n’ont pas la même configuration culturelle : ni le Sénégal, ni le Mali n’ont à articuler une dualité civilisatrice entre l’Afrique noire soudano-sahélienne et le Maghreb arabo-berbère.
L’unité mauritanienne ne peut donc être fondée sur le modèle jacobin d’un État-nation homogène. Elle doit, au contraire, développer un modèle original, respectueux de la pluralité linguistique et historique de ses fondements — comme le suggère Cheikh Saad Bouh Kamara : « La nation mauritanienne est neuve non parce qu’elle est récente, mais parce qu’elle cherche encore à dire ses deux vérités dans la même langue » (L’Afrique des identités plurielles, 1999)
De la binationalité à la citoyenneté partagée Parler d’« État binational » me semble comporter un risque conceptuel.

Le concept de binationalité constitutionnelle signifie l’existence de deux peuples souverains cohabitants dans un seul cadre étatique (comme en Bosnie-Herzégovine après Dayton). Or la Mauritanie n’a jamais été conçue ainsi.
L’enjeu n’est pas de codifier deux nations, mais de reconstruire la citoyenneté sur une base inclusive — reconnaître la pluralité sans fragmenter le corps politique.

C’est le sens des propositions récentes sur la refondation du récit national : intégration des langues nationales dans l’enseignement, revalorisation symbolique des cultures négro-africaines, et justice mémorielle pour les événements de 89-91.5. Pour une refondation symbolique, non une rupture juridique.

La solution, selon moi, ne passe ni par le statu quo, ni par la logique binaire du référendum. Elle suppose une refondation symbolique du contrat social :

Constitutionnelle, en reconnaissant explicitement la double appartenance arabo-africaine de l’État sans la réduire à une dichotomie ethnique.
Éducative, en valorisant la pluralité linguistique dans les programmes scolaires.

Institutionnelle, en garantissant l’équité réelle dans la représentation politique et l’accès aux opportunités publiques.

La Mauritanie n’a pas besoin d’être un État binational pour être juste — elle a besoin d’être un État équitable, conscient de ses deux héritages constitutifs.


Abdoulaziz DEME
Rouen le 12 décembre 2025