Derrière la fièvre de proclamer sa fierté d’être Soninké devant les projecteurs se cache une réalité bien plus amère. Celle qui ronge tout bon Soninké, soucieux de l’égalité et de la justice entre les membres d’une même communauté sociolinguistique.
Un Soninkara divisé, fragilisé et piégé par son orgueil et son refus d’entendre ses propres rugissements et soupirs internes. Chacun retournera ou retrouvera, au terme de la journée du 25 septembre, son village avec ses réalités soninké bien tristes : climat délétère, suspicion et animosités ambiantes, guerre de clans et de classes, etc.
Cette tribune aurait été l’occasion d’appeler à la paix entre Soninké, de solder les différends et de raviver la flamme d’un Soninkara plus égalitaire et apaisé.
En effet, il n’y a aucune société qui puisse véritablement s’épanouir, se développer dans la haine et en dehors de la paix.
Célébrer la langue et la culture soninké à Paris est en soi une tribune opportune et une perche tendue à la communauté soninké pour aller de l’avant.
L’avant, c’est la modernité, c’est le désir de se développer, de s’adapter et de faire preuve de résilience. La capacité à changer les codes et les mots de passe qui trébuchent, ainsi que les logiciels devenus obsolètes.
On ne peut pas construire une société soninké viable avec seulement de la nostalgie comme moteur et en faisant fi des réalités du moment. Un diagnostic sans complaisance est nécessaire pour définir un nouveau cap, celui de l’inclusivité sociale, du pragmatisme social et de la dignité comme élément fédérateur entre les Soninké.
En effet, la meilleure façon de porter le costume hérité de son père, tout en restant élégant sans paraître ridicule, de dégager le visage de son père et de soi-même, c’est de l’ajuster à sa propre taille.
En novembre 2020, j’avais consacré cet élément de témoignage à l’endroit de l’oncle M. Adama Mady Wally Bathily.. https://ecrit-ose.blog/2020/11/08/lesclavage-par-ascendance-chez-les-soninkes-monsieur-adama-madi-waly-bathily-ou-la-voix-juste-et-humaniste-dun-avertisseur-resolu/ . Je n’ose pas dire que j’ai pu suivre et écouter suffisamment ses différentes interventions critiques et questionnements sur le champ polémiste à frictions verbales dans l’écosystème soninké autour du fait religieux (islam et arabisme) vs l’arène encartée kémitiste notamment dans le réseau social Tiktok. Aujourd’hui, ce qui en sort en termes de joutes verbales et de tensions anathèmiques alléguent une évolution philosophique proactive chez lui. Et du bruit, il y en a beaucoup à son sujet et le camp abolitionniste et anti-esclavagiste soninké notamment l’environnement du mouvement social Ganbanaaxu Fedde ne peut être insensible (par ricochet plus ou moins) à son cas. Ces derniers temps, une certaine déviation sonore s’entend avec confusion laissant entendre que son engagement anti-esclavagiste dans la communauté soninké serait objet à une instrumentalisation liée à ses disputations théologiques avec d’autres éléments sociaux (religieux et communautaires). De mon point de vue, je ne m’estime pas activiste d’une sorte de police de la pensée ou de la foi à l’encontre de qui que ce soit. J’ai eu l’occasion de le côtoyer lors d’un voyage de 2 semaines au Mali en octobre 2021, je l’ai vu en homme humble accordant beaucoup d’attention aux notes et à la réflexion. Une voix d’un grand courage qui s’est manifestée tôt sans ambiguïtés contre l’esclavage intra-africain particulièrement celui qui sévit dans la communauté soninké. Il s’affirmait résolument contre les sources théologiques de l’esclavage surtout celles d’une certaine lecture validant implicitement l’asservissement des Noirs exclusivement…par certains cercles religieux arabo-musulmans et également par d’autres Noirs par effet d’imitation bien étrange.
Notre voyage du programme Études-Action pour la formation au plaidoyer anti-esclavagiste nous avait menés jusqu’à Nioro après les étapes de Bamako et de Kayes. À Nioro, auprès des rescapés de la localité de Djandioumé où 4 pères de famille du mouvement abolitionniste Ganbanaaxu Mali (Mountagha Diarrisso, Hamet Cissokho, Gossi Cissokho et Youssouf Cissokho) avaient été lynchés à mort par une équipée criminelle féodalo-esclavagiste dans la nuit 1 septembre 2020. Lire : https://www.maliweb.net/societe/pour-avoir-refuse-leur-statut-d-esclave-quatre-personnes-sauvagement-assassinees-a-djandjoume-2893909.html . Sa prise de parole humaniste et pleine d’empathie à l’endroit des rescapés (femmes et enfants) a été d’un réconfort remarquable.
Pour rappel, sociologiquement monsieur Bathily n’est pas victime des assignations sociales de cet esclavage par ascendance dans la communauté. Et pourtant il s’est distingué avec responsabilité et courage en épousant ouvertement les idéaux anti-esclavagistes du mouvement Ganbanaaxu. Il appelait à l’implication des pouvoirs étatiques dans nos pays pour contrer sérieusement les relais intégristes et violents (certaines chefferies coutumières et subordonnés) de cette tare sociale.
Aujourd’hui, que son évolution philosophique le mène à explorer d’autres questions tendues liées au fait « islam », ne saurait constituer une indexation de disqualification contre lui dans l’engagement anti-esclavagiste. Il est de loin plus humaniste et juste que beaucoup qui baignent dans une panoplie de petites, moyennes et grandes hypocrisies dans l’enclos communautaire soninké sur la compréhension et la pratique du fait religieux islamique. Surtout quand l’idéologie suprémaciste et féodale d’un certain ethno-racisme communautaire est mis à nu face aux principes d’une théologie de libération et d’égale DIGNITÉ entre les membres d’un même groupe sociolinguistique.
Coran s34 v34 : Et nous n’avons envoyé aucun avertisseur dans une cité sans que ses gens aisés n’aient dit : «Nous ne croyons pas au message avec lequel vous êtes envoyés».
Oui… l’aisance se manifeste parfois par le double élan trompeur « suffisance et arrogance ». Une disposition comportementale qui a été la source ontologique des chutes de nombre de tyrannies de diverses natures. Tyrannies sociales, politiques et théologiques subissent fatalement des premiers coups d’affaissement avec un cran paroxystique dans l’arrogance. Et nous osons se permettre ce verset coranique comme substance introductive, nombre des références dans la littérature coranique et biblique également rapportent des récits ayant trait aux conséquences destructrices pour des ordres tyranniques (personnages ou systèmes). Ainsi l’aveuglement par la suffisance couplée à l’arrogance sans limite plomba la lucidité et la modestie chez beaucoup dans l’aisance qu’ils croyaient acquise sans moindre faille d’aucune manière. Et pourtant… c’est dans cette situation de certitude hautaine d’une plénitude absolue qu’Une Volonté Supérieure et Omnisciente (DIEU) par Son Illustre Omnipotence Va susciter résolument irritations et secousses chez tout ordre tyrannique par là où ce dernier s’attendait le moins. En effet, irritations et secousses qui suintent amèrement chez les ordres injustes à travers l’émergence d’une dynamique revendicative des réformes portée par ou chez les couches sociales historiquement subalternisées. La parole du rappel et de l’éveil ainsi manifestée de ceux qui subissaient jusqu’à là la parole de l’ordre dominant, provoque frontalement l’ire obsessionnelle des tyrans en laisse aveuglante de son arrogance guignarde. Et donc, rigidités de nature l’accablant, l’ordre tyrannique ou (et) suprémaciste refuse et devient sourd et muet à tout autre option de trajectoire de l’existence. Son existence et tout ce qui y est rattaché comme darwinisme multidimensionnel dans son environnement qu’il croyait contrôler entièrement. Cet ordre s’interrogera : depuis quand et au nom de quoi subordonnés et relégués sociaux et politiques s’octroient une intrépide latitude à penser outre des données et des volontés admises de toujours…?
Un autre Message ? Niet…!
Il se voit défié et contesté dans ce qu’il tenait comme d’assise divine dans son réel tellement normalisé de longue durée. Les visées autonomes exprimées pour l’équilibre et la justice et pour la fin de l’exploitation vont le conduire un affreux mal-agir. Comptant corriger et dompter les voi(e)x qui osent, l’ordre tyrannique ou (et) suprémaciste peut virer en un mécanisme martyrisant et finira voir sa superbe fatalement fanée et fissurée.
L’aisance dépourvue de sagesse qui refuse doute et questionnements conduit à une déchéance certaine pour celui qui en fait une monture. Tout est question de temps et d’espace.
Dans le passé rapporté par la narration biblique et coranique, des tyrans sociaux et politiques furent affaiblis, périclités et dévastés à cause de ce péché qu’est l’arrogance. Et il en ira de même pour tout système d’organisation (communautaire, tribal et étatique) qui épouse un fonctionnement similaire articulant Arrogance, Suffisance et Injustices.
Il nous suffit de prêter une attention soutenue aux dynamiques dans nos univers sociaux et communautaires…! Le Temps et la sociologie évolutive auront raison sur les certitudes qui couvent obsessionnellement injustices et suprémacismes. Ainsi contre la demande de justice et d’équilibre, tout effort réactionnaire quoique motivé sera logé dans la séquence troublante des limites.
Ces dernières semaines ont été marquées par des débats suscités par la signature d’un appel de leaders Haratines appelant à deux décisions majeures : la reconnaissance de l’identité aratine dans la constitution au même titre que les autres « identités reconnues ». La discrimination positive désigne un ensemble de mesures définies comme correctives, donc temporaires visant à corriger un gap de niveau économique ou social au profit de groupes considérés comme défavorisés ou discriminés par un système né de l’histoire, de la culture, ou de la politique, pour des considérations souvent liées à l’origine, au genre, au handicap, ou au milieu social. L’objectif de la discrimination positive est d’égaliser les chances de départ, non seulement par la loi, mais par des mesures socio-économiques et culturelles correctives pour une égalité non seulement juridique et théorique, mais réelle dans tous les aspects de la vie quotidienne. Qui donc peut bénéficier de ces mesures si leur nécessité s’avère en Mauritanie ? Les cadres Haratines en appellent d’abord à la loi fondamentale qui doit reconnaître l’identité Haratine. Cet appel se justifie suivant la logique de la nécessité de mise en œuvre d’une politique de discrimination positive au profit de ce groupe. Car sans reconnaissance, la haratinité n’existe ni politiquement ni juridiquement pour prétendre à des mesures ciblées. Seulement, la où le bât blesse, c’est quand cet appel considère que la constitution reconnaît les autres communautés ethniques du pays. Il faut lever cette équivoque qui induit beaucoup de personnes en erreur. La constitution Mauritanienne ne reconnaît aucune communauté ethnique du pays, elle reconnaît les langues nationales, or une langue n’est pas forcément le marqueur identitaire ethnique d’un groupe donné. La constitution de 1991 révisée en 2012 puis en 2017 ne fait que distinguer les langues dites « nationales » et langue « officielle ». L’article 6 dispose : « Les langues nationales sont : l’Arabe, le Poular, le Soninké et le Wolof. L’Arabe est la langue officielle. » Les cadres Haratines devraient le savoir plus que tout autre individu, car la reconnaissance de leur identité ethnique particulière par la constitution ne modifierait en rien leur identité linguistique arabe. Les Hutus et les Tutsis du Rwanda parlent la même langue, mais sont d’identités ethniques différentes. Les Bambaras du Mali, les Malinkés de Guinée, et les Socés du Sénégal parlent la même langue mais se considèrent d’ethnies différentes. Il y a des exemples similaires à foison dans le monde. Le fait est que la langue n’est pas le seul marqueur identitaire d’une ethnie. Une ethnie peut être identifiée, par son origine, par sa culture, par son histoire, par son organisation sociale et sociétale, par son économie, par sa géographie (son lieu d’habitat), etc. Le refus de la reconnaissance des identités ethniques dans les textes de lois est une politique héritée de la conception française jacobine de la citoyenneté. Or, cette conception crée aujourd’hui beaucoup de problèmes à la politique de lutte contre les discriminations et à la politique de discrimination positive à la française. En effet, comment mesurer le degré d’atteinte d’une politique ou son efficacité si on ne peut pas quantifier le public ciblé ne serait-ce que pour des nécessités statistiques ? Et si on appliquait la discrimination positive au profit des Haratines, comment pourrait-on mesurer son taux d’efficacité ou d’inefficacité si juridiquement et statistiquement les Haratines n’existent pas ? La discrimination positive est une politique de correction des inégalités largement utilisée dans le monde à des degrés divers selon les pays. Certains pays tels que les USA, l’Inde, l’Afrique du Sud ou la France sont les plus médiatisés et plus étudiés en raison de l’ampleur de leurs politiques respectives, mais surtout en raison des différences d’approche de leurs modèles qui permettent des études comparatives très instructives. Le modèle pionnier étant celui de l’Inde introduit dans la constitution du pays depuis 1950. Il vise à briser le système des castes et son corollaire les inégalités de naissance, inégalités renforcées par une politique coloniale faite de racisme et de discrimination au détriment des castes dites inférieures. Le modèle indien cible principalement les Dalits (appelés aussi les intouchables) et les autres castes marginalisées. L’Affirmative Action des Etats-Unis est né de la lutte pour les droits civiques des années 1960. Si on ne peut pas parler de système de castes aux USA comme en Inde, la politique de discrimination positive à l’américaine que certains qualifient d’ethno-raciale, a ses racines dans la lutte contre les inégalités nées de l’histoire esclavagiste du pays et de la marginalisation de certaines communautés ethniques du pays tels que les Hispaniques et les indiens. Les Afro-américains, descendants d’esclaves, et les communautés Hispaniques sont les principaux bénéficiaires de cette politique. En Afrique du Sud, le Black Economic Empowerment de 1994, vise à faire entrer la majorité noire dans l’économie formelle qui était confisquée par la minorité blanche du fait de dizaines d’années d’apartheid. Si ces trois exemples ont ciblé soit des groupes ethniques soit des castes, la France jacobine a pris un tout autre chemin. C’est le modèle socio-territorial. Interdisant les critères fondés sur la religion ou la race, la France a opté pour des critères socio-géographiques et de genre en ciblant des quartiers dits prioritaires sans mention d’identités ethniques, et instaurant un quota pour la représentativité des femmes dans les instances de décision des entreprises (tels que les conseils d’administrations) et dans la politique. Tous ces systèmes de discrimination positive ont à un niveau ou à un autre utilisé le système de réservation par quotas au profit des groupes ciblés. Mais, en fonction des modèles et des pratiques, les points forts et les points faibles variant d’un modèle à l’autre ont fait que des mesures correctives sont souvent prises par les autorités politiques (Inde, France) ou judiciaires (USA) pour ajuster ou supprimer certaines mesures. Et la Mauritanie dans tout cela ? Elle a sa discrimination positive. Comme à notre habitude, nos modèles juridiques et politiques sont inspirés de la France. La Mauritanie a créé sont système socio-géographique en instaurant ce qu’on a jadis appelé le Triangle de la Pauvreté rebaptisé Triangle de l’Espoir au début des années 2000. Elle est à cheval sur les régions du Gorgol, du Brakna, de l’Assaba et du Tagant. Les sommets de ce triangle sont délimités par les villes d’Aleg, de Mbout, et de Kiffa. C’est une zone caractérisée par son enclavement, son sous-équipement en service sociaux de base, et sa dépendance presque exclusivement agricole très vulnérable aux sécheresses récurrentes dans le pays. Dans les années 2000, des projets spécifiques y ont étés déployés : désenclavement routier, projets d’adduction d’eau, infrastructures scolaires et de santé. La Mauritanie a aussi pris des mesures de discrimination positive en faveur de la représentativité des femmes dans les instances politiques et administratives du pays par un système de quotas légaux qui repose sur une loi organique de 2006, renforcée par les réformes électorales de 2012 et 2022. Ce survol de la situation internationale et nationale en matière de discrimination positive nous permet de soutenir que la situation en Mauritanie a plusieurs similitudes dans le monde et qu’elle peut s’inspirer des modèles extérieurs et de sa propre expérience en la matière pour développer son propre modèle adapté à ses réalités tout en tenant compte des forces et des faiblesses des expériences des autres. Mais, à part ses propres modèles expérimentés dans la représentativité des femmes et dans le Triangle de l’Espoir, la Mauritanie devrait-elle se limiter à une discrimination positive au profit des Haratines comme le suggère l’appel de cadres de cette communauté ? Si une discrimination positive au profit des Haratines devrait voir le jour en Mauritanie, elle serait plus proche des situations aux Usa et en Inde, deux pays héritiers de traditions esclavagistes ou de castes comme en Mauritanie. Aux Usa et en Inde, les groupes les plus vulnérables étaient pour l’un les afro-américains issus de siècles d’esclavage comme les Haratines, et pour l’autre les Intouchables issus d’une tradition féodale dans une société hiérarchisée par le système de castes. Mais aux Usa, l’Affirmative Action n’a pas bénéficié qu’aux Afro-américains, mais aussi aux autres minorités discriminés tels que les Hispaniques. En Inde, dès le début, les castes intermédiaires ont été introduites dans les politiques de quotas, et plus tard, des mesures correctives ont aussi profité aux pauvres des castes dites supérieures. Si en Mauritanie la situation des Haratines est préoccupante, elle ne l’est pas plus que celle des autres descendants d’esclaves des autres communautés ethniques du pays. Les Maccube chez les haalpulaars, les Komé chez les Soninkés, les Jamm chez les Wolofs sont tout aussi discriminés que les Haratines voire plus dans certains domaines. Dans le domaine politique et dans la haute administration, les Haratines sont beaucoup plus représentés et beaucoup plus visibles que les descendants d’esclaves Haalpulaars, Soninkés ou Wolofs, qui sont quasiment absents des instances de décision du pays. Malgré l’absence de statistiques, ce fait est une constante visible héritée des traditions féodales et des politiques discriminatoires depuis la colonisation. N’est-ce pas le colon qui avait créé l’école des fils de chefs qui formait les élites du pouvoir ? Ecole qui était de fait réservée aux castes dites supérieures. N’est-ce pas notre pratique politique qui favorise les chefs de tribus et les soi-disant grandes familles ? La relative récente politique de libération des Haratines du joug de l’esclavage et sa visibilité due à ses propres caractéristiques et à son importance numérique, ne doivent pas nous conduire à l’aveuglement sur les souffrances des autres castes dites inférieures dans nos autres communautés nationales. L’Afrique du Sud, par sa politique du Black Empowerment, a pris des mesures correctives en faveur des Noirs victimes de l’Apartheid. Ces mesures ont surtout ciblé la représentativité des noirs dans la direction des entreprises et la répartition des terres qui étaient majoritairement détenus par la minorité blanche. En Mauritanie, les Noirs, depuis les indépendances, sont victimes d’une politique ségrégationniste qui ne dit pas son nom, mais qui les exclut systématiquement de la possession de grandes entreprises. Malgré les tentatives, aucun noir ne possède une banque, aucun noir ne possède une radio ou une télévision privée, aucun noir ne possède une usine. Les postes de souveraineté dans l’administration sont à plus de 90% détenus par les maures. Depuis la réforme foncière de 1983, beaucoup de noirs ont été dépossédés de leurs terres de cultures au profit de l’agro-business maure ou international. Le point culminant de cette politique a été la tentative de génocide de 1989 à 1991 qui a vu des milliers de fonctionnaires noirs essentiellement haalpulaars radiés de leurs postes, des milliers de noirs radiés des forces de défense et de sécurité, et des centaines d’entre eux exécutés sans aucun procès. Des dizaines de milliers d’autres populations rurales et citadines déportées vers le Sénégal et le Mali, des villages entiers rasés ou occupés par d’autres populations maures. Tous les fonctionnaires assassinés, radiés ou déportés, n’ont été remplacés que par des maures et des Haratines. Si cette situation n’est pas comparable à l’Apartheid vécu par les sud-africains, elle a créé un profond fossé dans la représentativité de nos communautés, fossé qui n’a profité qu’aux communautés maures, bidhanes et haratines compris. Cette situation nécessite des mesures correctives. Des terres et des villages haalpulaars sont encore occupés par des populations Haratines. Les forces armées et les forces de police ne recrutent presque depuis les années de braises que dans les communautés Haratines et Bidhanes. Les autres communautés y étant presque systématiquement exclues. Les mesures de réintégration prises sous le régime de Aziz n’ont été que théoriques dans la plus part des cas. Après une indemnisation de misère, les concernés ne recevaient dans la plupart des cas aucune affectation de service. Ils continuaient ainsi à végéter dans la nature si on ne les avait pas mis à la retraite anticipée. La Mauritanie doit oser. La Mauritanie doit prendre le taureau par les cornes. Une discrimination positive n’est pas une politique à vie. C’est une mesure provisoire de correction des inégalités de chance. La justice américaine a jugé que la discrimination positive pour l’entrée à l’université, qui était en vigueur depuis des décennies n’était plus nécessaire et l’a arrêtée depuis 2023. Notre discrimination positive doit prendre en compte toutes nos réalités socioculturelles et toutes nos préoccupations à l’origine de nos inégalités structurelles. En un mot, notre discrimination positive ne doit pas être elle-même discriminatoire à l’instar de la majorité des politiques qui l’ont précédée depuis notre indépendance. Elle ne doit pas se limiter à des mesures juridiques qui ne sont en fait que des vœux pieux. Des actes concrets en matière de politique économique, en matière de politique sociale, en matière de recrutement, et aussi en matière d’éducation des consciences doivent être posés. Nos systèmes féodaux faits de tribus et de castes doivent être remis en cause par l’éducation dans les écoles et par l’éducation populaire. La promotion des castes dites inférieures doit être une de nos préoccupations fondamentales. Notre survit ne dépend que de notre capacité à affronter nos défis, il y va de l’existence de notre pays dans l’unité.
📖 Lu_Su Livres | In Le génocide voilé de Tidiane N’DIAYE : L’esclavage étant validé et institutionnalisé par l’Islam, il eût été impie chez les Arabes de le remettre en cause. «L’esclavage en terre d’Islam reste un sujet à la fois obsur et hypersensible, dont la seule mention est souvent ressentie comme le signe d’intentions hostiles», notait l’historien Bernard Lewis. P255
Bon…Mr Ndiaye (paix à son âme) tenait résolument à décrire sans gants ni filtres les pratiques esclavagistes de l’ensemble arabo-musulman sous lesquelles des Noirs furent horriblement soumis (vente et chasse à l’homme…Noir, castrations, eunuques, exploitations inhumaines…). Seulement… il semblait modérément expressif sur les répliques sociétales et politiques de cette idéologie humainement dévastatrice au sein des communautés noires islamisées surtout en intra-muros. La théologie esclavagiste construite au nom de l’islam chez l’environnement arabo-arabe visait (vise) principalement d’autres peuples non arabes (ou non suffisamment arabisés), alors que les milieux esclavagistes africains (Noirs) islamisés de la bande centrale géographiquement sahara-sahelienne (de l’océan atlantique à l’océan indien) sévissent à l’encontre d’autres Noirs. Les mentalités et les pratiques esclavagistes et assimilées socialement y sont actives de nos jours… entre de gens appartenant au même groupe sociolinguistique. Aujourd’hui, dans les milieux musulmans afro, une théologie anti-esclavagiste et de libération est d’une nécessité absolue. En Mauritanie, par exemple de nos jours, les lésés sociaux (tous Noirs presque) à cause du passé esclavagiste sont dans toutes les communautés et ceux qui y bénéficient des hautes positions sociales et politiques par hérédité sont généralement une émanation directe des corps sociaux esclavagistes et féodaux (Arabo-berbères et Noirs). Ainsi… dans l’écosystème de la militance pour les Droits humains en Mauritanie, un élément activiste pourrait être antiraciste… anti-esclavagiste à Nouakchott et esclavagiste et féodal dans son giron communautaire. Également dans la diaspora mauritanienne politisée en France, le manifestant de Trocadéro pour les manquements de l’État… peut être le cotisant d’une caisse réactionnaire pour consolider les coutumes esclavagistes dans son village d’origine au pays. Une approche gymnastique qui heurte le bon sens des non avertis sur les données sociales et politiques trans-communautaires dans notre pays.
ON NOUS DONNE DES CHIFFRES MAIS ON NOUS CACHE LES RESPONSABILITÉS. Le gouvernement a fini par publier son rapport annuel sur le contrôle de la gestion de l’argent public. Ce document, qui porte sur les exercices 2024-2025, n’a été rendu accessible qu’en août 2026, plusieurs mois après la clôture de l’exercice, sans que soient précisés ni la date exacte d’arrêt des données ni le motif de ce retard. Il révèle 2,375 milliards d’ouguiyas (MRU) d’irrégularités sur 32,8 milliards audités. Mais derrière ces chiffres, une question fondamentale demeure entière, et le gouvernement n’y apporte aucune réponse. Qui répond de ces irrégularités ? Le premier signal d’alarme dans ce rapport est le tri sélectif opéré dans les contrôles. Le secteur des mines et de l’énergie ne fait l’objet que d’une seule mission sur vingt-huit. Trois missions seulement concernent la pêche, sans que les institutions visées soient jamais nommées. Comment les priorités de contrôle ont-elles été arrêtées ? Pourquoi ces secteurs, qui concentrent les marchés les plus juteux et les enjeux financiers les plus considérables, où gravitent des intermédiaires connus pour leurs liens avec le pouvoir, ont-ils été à ce point épargnés ? Que le rapport affirme que l’IGE établit elle-même une partie de son programme de contrôle ne saurait suffire à exonérer le pouvoir de ses responsabilités. Nous savons comment fonctionne réellement le système. Le pouvoir décide des contrôles qu’il veut provoquer, impose des saisines hors programme au gré de ses propres intérêts et conserve la maîtrise de l’environnement dans lequel l’Inspection exerce ses missions. Il ne peut donc se réfugier derrière l’autonomie formelle de l’IGE pour se décharger de sa responsabilité politique. Une institution de contrôle ne peut être véritablement indépendante lorsque l’exécutif conserve les moyens de déterminer ce qui doit être contrôlé, ce qui ne doit pas l’être et les suites qui peuvent être données aux conclusions. C’est précisément là que se trouve l’une des contradictions fondamentales de ce rapport. L’IGE réclame elle-même le pouvoir de saisir directement la Cour des Comptes pour les fautes de gestion. Pourquoi ce pouvoir ne lui est-il toujours pas accordé ? Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de donner à l’institution chargée de contrôler l’argent public les moyens de faire aboutir ses propres constatations ? Une institution qui ne peut ni contrôler librement ce qui doit l’être, ni saisir directement la juridiction compétente, ni garantir elle-même les suites de ses constats demeure, dans les faits, à la merci du bon vouloir de l’exécutif. Le gouvernement ne peut demander aux Mauritaniens de croire à l’efficacité du contrôle tout en maintenant l’institution de contrôle dans une position qui limite sa capacité à faire aboutir ses propres constatations. Il ne peut proclamer la lutte contre la corruption tout en conservant un système dans lequel le pouvoir décide largement de ce qui doit être contrôlé, de ce qui doit être poursuivi et de ce qui peut finalement rester sans suite. 60% de l’impact financier des irrégularités constatées proviennent de la commande publique. Ce sont les marchés qui financent nos routes, nos écoles, nos hôpitaux et nos infrastructures. Et pourtant, le rapport ne dit pratiquement rien de ces marchés. Rien sur les administrations attributaires. Rien sur les commissions de passation. Rien sur les entreprises bénéficiaires. Pas de noms. Pas de décideurs. Pas de signataires. Pas de responsables. Ce silence n’est pas anodin. Il protège les zones de connivence que les Mauritaniens connaissent bien entre certains milieux d’affaires et le pouvoir. Aucune institution contrôlée n’est identifiée. Aucun projet. Aucun marché. Seulement des formules vagues comme « un établissement public » ou « un département ministériel ». La présomption d’innocence des individus ne saurait justifier l’anonymat des institutions qui gèrent l’argent du peuple. Quand cet argent appartient à tous, le peuple a le droit de savoir dans quelle institution il a été engagé, pour quel projet, dans quel marché, selon quelle procédure et avec quelles conséquences. L’argent public ne peut pas devenir anonyme au moment même où il faut rendre des comptes. La publication d’une version aussi agrégée et aussi systématiquement anonymisée est une épuration. Le rapport a été débarrassé de tout ce qui permettrait aux citoyens de remonter aux responsabilités, d’identifier les institutions concernées, de connaître les bénéficiaires des marchés et de suivre les suites données aux irrégularités constatées. Cette épuration est en elle-même révélatrice. Elle montre un pouvoir qui n’a aucune intention réelle de jouer la transparence ni de lutter sérieusement contre la corruption. Il fait le minimum pour satisfaire les bailleurs et endormir l’opinion. On publie quelques chiffres pour donner l’illusion du contrôle. On dissimule précisément ce qui permettrait de remonter aux responsables. Le rapport mentionne 34 sanctions administratives, dont vingt cessations de fonction, trois mutations d’office et onze avertissements. Mais où sont les institutions concernées ? Quels sont les faits reprochés ? Qui a prononcé ces sanctions ? Quelles autorités les ont appliquées ? Quels effets ont-elles réellement produits ? Tout porte à croire qu’il s’agit une fois de plus de lampistes, de petits fonctionnaires sacrifiés pour épargner les échelons supérieurs. Aucun média, aucun communiqué officiel n’a jamais fait état du limogeage ou de la sanction d’un haut responsable à la hauteur des faits et des montants évoqués. Pendant ce temps, les hauts responsables continuent d’étaler leur enrichissement sans complexe. Achats de terrains à Nouakchott à des prix au mètre carré qui rivalisent avec ceux des capitales mondiales. Acquisitions de villas à l’étranger. Accumulation ostentatoire de richesses. La corruption et la mauvaise gestion ne sont pas l’œuvre des seuls exécutants. Les grandes décisions se prennent en haut. Les grands marchés s’attribuent en haut. Les grandes sommes circulent en haut. Quand on parle de milliards, il est légitime d’exiger que soient identifiés ceux qui se trouvent au sommet de la chaîne de décision. Nous ne voulons pas d’une lutte contre la corruption qui punit les petites mains pendant que les véritables décideurs restent intouchables. Nous ne voulons pas d’une justice administrative qui s’arrête au bas de la chaîne de responsabilité. Nous voulons que l’on remonte jusqu’à ceux qui décident, jusqu’à ceux qui autorisent, jusqu’à ceux qui bénéficient et jusqu’à ceux qui protègent. Quatre dossiers ont été transmis à la justice, deux à la Cour des Comptes et deux au Parquet. Où en sont-ils aujourd’hui ? Transmettre un dossier à la justice ne saurait constituer un point final. Les Mauritaniens ont le droit de connaître la suite réservée aux affaires qui touchent à leur argent. Rien ne permet d’exclure que ces dossiers suivent le même chemin que tant d’autres avant eux. Classés. Enterrés. Oubliés. Une transmission ne vaut pas justice. Un dossier ouvert ne vaut pas une sanction. Une sanction annoncée ne vaut pas une réparation. Et une réparation ne vaut pas une reddition des comptes tant que les responsables ne sont pas identifiés et que l’argent public n’est pas effectivement récupéré. L’IGE évalue à 2,375 milliards d’ouguiyas l’impact financier des irrégularités et indique que 45,6 millions d’ouguiyas seulement ont été reversés en numéraire au Trésor. Entre les milliards d’irrégularités constatées et les quelques millions effectivement reversés, le gouffre est vertigineux. Ce chiffre dérisoire en dit long sur l’absence de volonté de ce pouvoir de briser l’impunité. Il révèle une opération de façade, juste suffisante pour donner l’apparence d’une action et apaiser une opinion qui n’a pas oublié la réputation de ce régime en matière de corruption. Le gouvernement doit rendre compte, dans le détail, de ce qu’il est advenu de cet argent. Où est ce qui a été récupéré ? Qu’est-ce qui est encore en cours ? Qu’est-ce qui fait l’objet de réparations ou de mesures de recouvrement ? Qu’est-ce qui reste à traiter ? Quelles sommes ont été définitivement perdues pour le Trésor ? Les Mauritaniens ont le droit de le savoir. Le rapport ne permet pas davantage d’évaluer la récidive. Combien d’administrations réitèrent les mêmes fautes ? Combien de gestionnaires contrôlés une première fois se retrouvent ensuite à des postes équivalents ? Combien de problèmes déjà signalés resurgissent dans les contrôles suivants ? Combien de fois faudra-t-il inspecter la même administration avant que l’État daigne enfin changer quelque chose ? Une inspection n’a pas pour seule fonction de constater, année après année, les mêmes dérives. Elle doit permettre de les corriger et, surtout, d’empêcher qu’elles se reproduisent. Sinon, le contrôle cesse d’être un instrument de réforme pour devenir un simple registre annuel des dysfonctionnements de l’État. L’IGE a formulé 771 recommandations. Sur les 348 actions planifiées, 231 ont été exécutées. Mais 351 recommandations sont toujours en attente de transmission. Là encore, on en reste au constat. On n’entre pas dans le suivi. Une recommandation qui ne débouche sur aucun changement concret dans la gestion publique ne vaut rien. Une inspection qui constate sans pouvoir faire aboutir ses propres constats n’est qu’un instrument amputé de son efficacité. Et un pouvoir qui accepte cette situation ne peut prétendre mener une véritable politique de lutte contre la mauvaise gestion et la corruption. Nous exigeons clairement cinq mesures. La publication du rapport dans son intégralité, mission par mission, avec l’identification des institutions, des projets et des marchés contrôlés, ainsi que les montants et la nature des irrégularités constatées ; La publication d’un état public du suivi des sanctions et des dossiers transmis à la justice, jusqu’à leur issue définitive ; La publication régulière de la situation réelle du recouvrement de l’argent public, avec les sommes récupérées, les sommes encore dues et les mesures engagées pour leur recouvrement ; La mise en place d’un véritable indicateur de récidive et d’un mécanisme transparent de suivi de l’exécution des recommandations de l’IGE ; L’octroi à l’IGE du pouvoir de saisine directe de la Cour des Comptes qu’elle réclame elle-même, ainsi que la garantie que son programme de contrôle puisse être établi de manière autonome, sans interférence ni calcul politique de l’exécutif. L’IGE doit pouvoir contrôler librement les institutions relevant de son champ de compétence, rendre publics ses rapports sans épuration et transmettre directement à la justice les faits qui le nécessitent. Ce rapport édulcoré et vidé de sa substance montre assez que ce régime ne cherche ni à identifier les responsabilités, ni à sanctionner à la hauteur des faits, ni à récupérer l’argent, ni à corriger les dysfonctionnements, ni à empêcher leur répétition. Il se contente d’exhiber des chiffres. Mais les Mauritaniens ne demandent pas des chiffres pour les chiffres. Ils veulent savoir où est passé leur argent. Ils veulent savoir qui l’a géré. Ils veulent savoir qui doit en répondre. Ils veulent savoir qui a été sanctionné. Ils veulent savoir combien a été récupéré. Ils veulent savoir pourquoi les mêmes pratiques continuent. Le gouvernement, dans ce domaine comme dans tant d’autres, est coutumier des chiffres qu’il déverse sans retenue. Mais dans ce rapport, il ne livre aux Mauritaniens qu’une portion infime de la réalité. Il leur cache l’essentiel. Les responsabilités. Or les Mauritaniens veulent les chiffres, les faits, les responsabilités, savoir où est leur argent et qui doit répondre de sa gestion. Ils veulent que les contrôles produisent des sanctions, que les sanctions produisent des réparations et que les réparations produisent enfin un changement dans la gestion de l’État. Ils veulent surtout que ceux qui ont mal géré leur argent en répondent enfin, devant la justice et devant le peuple mauritanien. On nous donne les chiffres mais on nous cache les responsabilités. Et tant que les responsabilités resteront cachées, il n’y aura pas de véritable reddition des comptes.
Les réseaux sociaux sont devenus un espace de citoyenneté. Cette citoyenneté nouvelle qui bouscule celle classique est unique en son genre. Ici, point de territoire circonscrit, point de nationalité unique sous la bannière d’un État avec ses symboles : un territoire, une armée et un drapeau…
Il en va de même pour la famille, l’amitié et la politique. Tous ces fondements de la société classique sont en perpétuelle changement ; en mutation.
La notion de frontière a profondément changé. Tout est dans l’imaginaire, dans la représentation. Voilà le nœud de la polémique récemment alimentée par la sortie de l’ancien ministre Sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane GADIO.
Le voisin n’est plus celui qui habite le palier d’à côté. Celui qu’on croise tous les jours: deux, trois, quatre fois par jour. Le voisinage est désormais une notion de connexion et de partage. Elle n’est plus une question de distance.
Les réseaux sociaux ont dès lors bousculé, voire bouleversé, la conception traditionnelle de citoyenneté, de territoire, de voisinage et même de la géopolitique.
En effet, désormais, tout est question de centres d’intérêts, de partage des mêmes passions, des mêmes combats, des mêmes valeurs, des mêmes sensibilités ou complicités, etc.
Sur le plan politique, par exemple, certains compatriotes mauritaniens sont offusqués de constater l’intérêt que porte une partie des Mauritaniens à la politique sénégalaise, cristallisée ces derniers temps par l’opposition entre Sonko et Diomaye.
La même critique peut être formulée contre ceux parmi les Mauritaniens qui connaissent tout de Bagdad, de Benghazi, de Doha, de Rabat et d’Alger, du Fatah et du Hamas, alors que, devant une production orale dans nos langues nationales, ils sont incapables de faire la différence entre le pulaar, le soninké et le wolof, pourtant des langues inscrites dans la Constitution.
Au plan politique, il est évident que des hommes et des femmes placés dans les quatre coins du globe sont désormais unis par les mêmes idéaux grâce aux réseaux sociaux autour des mêmes problématiques : l’émigration, la lutte contre le terrorisme, l’homosexualité, etc.
Ils transcendent ainsi les appartenances et les clivages locaux pour internationaliser leur vision. Les exemples ne manquent pas : les nouveaux intellectuels du panafricanisme dans l’espace AES et leurs répondants à travers le monde, etc. Idem du côté de l’Occident, où la guerre Russie-Ukraine a été déterminante.
Chez nous encore, la lutte contre l’esclavage par ascendance est présente surtout en milieu Soninké. Les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille et de confrontation. Cela a occasionné une nouvelle configuration des paradigmes. De nouvelles amitiés ont été créées mais également des nouveaux antagonismes.
Désormais, les likes sont révélateurs des prises de position. On ne cherche plus la vérité, la cohérence et la force de l’argument ou encore sa pertinence. Ce qui est jugé, ce qui compte, c’est l’identité de celui qui a écrit ou partage.
La contradiction et les critiques constructives, qui sont les marqueurs des échanges intellectuels ou académiques, sont utilisées pour humilier ou ridiculiser. Elles sont souvent convoquées de manière malhonnête et impertinente pour se faire remarquer, passer pour un génie. Impressionner peut-être.
Une telle démarche se caractérise par la recherche effrénée du sensationnel et de l’irrationnel. Elle a parfois altéré la pertinence de débats aux thématiques pourtant intéressantes sur la toile.
Cette dernière est transformée en un champ de tirs et de règlements de compte. Certains trouvent l’occasion de s’acharner contre des personnes à qui ils ne peuvent jamais oser s’attaquer dans la réalité.
Dans ce contexte, la neutralité et l’objectivité intellectuelles sont devenues rares. Chaque post est scruté, chaque like est analysé pour classer l’auteur dans un compartiment.
Le silence est également questionné. La réaction tardive aussi, surtout pour les intellectuels classiques et maintenant les nouveaux « intellectuels des réseaux sociaux ». Ils sont beaucoup plus bavards et présents.
Quelle place et quelle posture pour les intellectuels face aux bouleversements de notre époque : doivent-ils être dans la complaisance, la complicité, la modération, ou au contraire dans l’éveil des consciences ?
Les intellectuels, eux, sont tenus de ne pas céder aux pressions extérieures, au petit calcul et autres intérêts. Leur posture doit être celle du médecin qui soigne avant tout le mal. Les éléments identitaires du patient importent peu. Cela devrait être l’attitude irréprochable d’un intellectuel : s’affranchir des pesanteurs.
J’accuse un système de correction qui soulève aujourd’hui plus de questions qu’il n’apporte de réponses.
Les résultats du baccalauréat, notamment en français, ont laissé de nombreux enseignants, parents et élèves dans l’incompréhension. Certes, aucun système d’évaluation n’est infaillible. Une erreur de correction, un cas isolé, un « accident » peuvent toujours survenir. Mais lorsque les mêmes anomalies semblent se répéter, le doute devient légitime.
Comment expliquer que des élèves régulièrement évalués à plus de 15 sur 20 tout au long de l’année, par des enseignants expérimentés comptant parfois plus de trente années de carrière, obtiennent soudainement des notes de 5 sur 20 à l’examen national ? L’hypothèse d’une baisse générale de niveau ne suffit pas à justifier des écarts aussi considérables.
Il ne s’agit pas de contester le principe de l’examen, encore moins de remettre en cause le travail de tous les correcteurs. Il s’agit d’interroger un processus lorsque ses résultats apparaissent, dans de nombreux cas, en contradiction flagrante avec les performances observées durant toute une année scolaire.
Le ministère de l’Éducation nationale a aujourd’hui le devoir de dissiper les doutes. Une enquête administrative et pédagogique s’impose. Elle devrait porter sur les modalités de correction, l’harmonisation des notes, les éventuelles erreurs matérielles, ainsi que sur les écarts entre le contrôle continu et les résultats du baccalauréat.
La crédibilité d’un examen national repose avant tout sur la confiance. Or cette confiance ne peut être préservée que par la transparence. Si les résultats sont parfaitement justifiés, une investigation le démontrera. Si, en revanche, des dysfonctionnements sont constatés, ils devront être corrigés sans délai.
Parce que derrière chaque copie se trouvent des mois d’efforts, des familles qui espèrent et des enseignants qui s’investissent, il serait dangereux de laisser s’installer le soupçon.
J’accuse non pas des personnes, mais le silence face à des faits qui méritent d’être examinés avec rigueur, impartialité et responsabilité.
SNEIBA Mohamed, professeur de français, sortant de l’ENS (1988), ancien du Lycée de Boghé, du Lycée National, de Chems Dine, Les Nations, Le Petit Centre, assurant actuellement des cours au lycée privé IBTIKAR.
J’ai suivi avec attention la conférence de presse du chef de l’Etat mauritanien. Ce que j’en retiens d’abord, ce n’est pas un dirigeant porteur d’une vision pour la Mauritanie. C’est un chef d’Etat bouffi d’autosatisfaction. Après sept années de pouvoir, les Mauritaniens étaient en droit d’attendre des réponses sur la réconciliation, l’apaisement, la justice sociale, l’emploi, l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, la pauvreté, la corruption et la gouvernance.
Il y a un déphasage profond. Je pose la question : est-ce le chef de l’Etat qui est déconnecté de la réalité des Mauritaniens, ou les Mauritaniens qui sont déconnectés de la réalité qu’il leur présente ?
Il dit que la corruption recule. Les citoyens voient des fortunes surgir, la concentration des marchés publics entre les mêmes réseaux tribaux et de clans familiaux, et les puissants échapper à toute sanction. Et quand il présente l’augmentation des recettes de l’État comme une preuve de recul de la corruption, je pose simplement cette question : depuis quand des recettes en hausse prouvent-elles une corruption en baisse ? La vraie question, c’est comment cet argent est géré, comment les marchés sont attribués et comment les irrégularités sont sanctionnées.
Sur une éventuelle révision de la Constitution qui permettrait de briguer un troisième mandat en 2029, une phrase aurait suffi : « Je ne toucherai pas aux verrous constitutionnels. » Il ne l’a pas dite. Il a louvoyé et cultivé l’ambiguïté et parler de « volonté du peuple ».
Et ses silences sont lourds de sens : rien sur Mohamed Ould Abdel Aziz, en prison ; rien sur les députées Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour, qu’il tente de dépouiller de leur mandat ; rien sur un Parlement devenu une chambre d’enregistrement ; rien sur les détenus politiques; rien sur le parti politique interdit de légalité de son principal opposant et du seul courant capable de tenir tête au parti-Etat!!!
Ghazouani parle d’unité nationale. Nous partageons cet objectif, mais pas sa méthode. On ne construit pas la cohésion en traitant l’opposant capable de compétir et de mobiliser, comme un problème à neutraliser plutôt que comme un citoyen à convaincre.
Alors oui, les Mauritaniens doivent combattre ce système. Mais ils doivent aussi sauver le chef de l’État de ceux qui l’entourent et lui cachent cette réalité. Il n’a pas besoin de courtisans. Il a besoin qu’on lui dise la vérité. Et nous sommes prêts à la lui dire.
—In Le génocide voiléde Tidiane N’Diaye, il y est rapporté quelques perles d’une certaine sincérité à propos de l’esclavage sous certaine caution religieuse LUE de l’islam. C’est une interprétation signée qu’il cite d’un marocain à la page 127 : « Le Marocain Ahmed al-Wancharisi, dans une singulière interprétation des textes, décrétait : « Seul un incroyant peut être réduit en esclavage. Mais s’il y a un doute sur la date à laquelle un homme est devenu esclave et s’est converti à l’Islam, on ne peut remettre en question sa vente ou sa possession. » Il ajoute que « la conversion à l’Islam ne conduit pas forcément à la libération, car l’esclavage est une humiliation due à l’incroyance présente ou passée » »
Ici une substance étrangement similaire à ce qu’on peut entendre du narratif pro esclavage de nos jours, chez certains de nos milieux. Al-Wansharisi ayant vécu courant 15 ème siècle et début 16 ème, a toujours beaucoup d’apprentis héritiers idéologiquement parmi nos lettrés religieux dans cette interprétation foncièrement apologétique de l’esclavage comme institution impérialiste et guerrière. Selon cette école, la prédication prendrait plutôt une motivation d’un braconnage mercantile du « butin humain » à asservir à cause de l’incroyance ou même d’une croyance de date récente. Une trouvaille lue qui me fait penser à certains discours de tenants intégristes des coutumes esclavagistes chez les Soninkés. Par exemple, le marabout malien décédé il y a quelques années (paix à son âme) Mohamed khoumba Touré et ses suiveurs activistes féodaux plaidaient et plaident une lecture interprétative relativement ressemblante au sujet de l’esclavage par ascendance dans la communauté soninké. Selon eux…. les personnes assignées statutairement « esclaves » par les coutumes intra-communautaires le restent pour toujours religieusement si elles ne rachètent pas leur libération auprès de leurs maîtres. Et la commune appartenance à la même religion (maîtres et esclaves) depuis plusieurs siècles ne changerait rien. À rappeler que l’association Armepes Ganbanaaxu-France fut fondée (en 2010) en partie à cause cet activisme idéologique pro esclavage de cheikh Touré (depuis l’Arabie Saoudite à l’époque) avec ses cassettes audio largement diffusées à travers une littérature socio religieuse soninké dans les années 2000.
Une pensée militante à nos camarades militant.e.s d’Armepes- Ganbanaaxu Fedde Armepes en assemblée générale ce jour.
Seule la lutte repousse l’oppression. | Ganbanaaxu
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