● Réflexion – Contribution | « Une société ne construit pas nécessairement la paix en supprimant les différences, mais en apprenant à organiser les différences. » Tentative de réflexion par le Dr. Ousmane Sao


Introduction

I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société

II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée

III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales
Pour ne pas conclure

● Introduction

Toute société humaine est caractérisée par la diversité. Les individus qui la composent ne partagent pas tous les mêmes origines, les mêmes pratiques culturelles, les mêmes valeurs ou les mêmes conditions sociales. Cette pluralité constitue une réalité permanente de la vie collective. Cependant, les différences sociales peuvent aussi être à l’origine de tensions, de divisions et de conflits lorsque certains groupes se sentent exclus, dominés ou incompris.Face à cette situation, une question essentielle se pose : faut-il rechercher la paix sociale en supprimant les différences afin de créer une société homogène, ou faut-il plutôt apprendre à organiser cette diversité pour permettre une coexistence harmonieuse ? L’expérience des sociétés modernes montre que la disparition des différences est non seulement impossible, mais qu’elle peut également conduire à l’exclusion et à la négation des identités individuelles et collectives. La véritable question n’est donc pas de savoir comment supprimer les différences, mais comment les intégrer dans un cadre social commun.D’un point de vue sociologique, la paix sociale dépend de la capacité d’une société à produire de la cohésion, à réguler les rapports entre les groupes et à construire des mécanismes permettant la coexistence des diverses composantes sociales.Nous montrerons d’abord que les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion collective lorsqu’elles produisent des inégalités ou des oppositions entre groupes. Nous verrons ensuite que la diversité peut constituer une richesse sociale lorsqu’elle est reconnue et intégrée. Enfin, nous analyserons les moyens par lesquels une société peut organiser les différences afin de construire une paix durable.

● I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société.

Dans toute société, les individus appartiennent à différents groupes sociaux. Ils peuvent se distinguer par leur origine, leur niveau économique, leur profession, leur culture ou leur mode de vie. Ces différences ne sont pas nécessairement négatives, mais elles peuvent devenir problématiques lorsqu’elles créent des rapports d’inégalité ou d’exclusion.Les inégalités sociales constituent l’une des principales sources de tensions. Lorsqu’une partie de la population a un accès limité à l’éducation, à l’emploi, au logement ou aux services publics, elle peut développer un sentiment d’injustice et de marginalisation. La différence entre les groupes sociaux ne devient alors plus seulement une diversité, mais une hiérarchie qui menace l’équilibre collectif.Les phénomènes de discrimination renforcent également les divisions sociales. Lorsqu’un individu est défavorisé en raison de son origine, de sa culture ou de son appartenance sociale, il peut ressentir un rejet de la société dans laquelle il vit. Ces mécanismes affaiblissent le sentiment d’appartenance commune et peuvent alimenter les conflits.De plus, les différences culturelles ou identitaires peuvent provoquer des tensions lorsque les groupes refusent de reconnaître la légitimité des autres. Le manque de dialogue, les préjugés et les stéréotypes peuvent créer une opposition entre « nous » et « eux », favorisant ainsi la méfiance et la division.Ainsi, les différences peuvent représenter un défi pour la paix sociale lorsqu’elles sont associées à des inégalités, à l’exclusion ou à l’absence de reconnaissance.

● II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée.

Cependant, considérer les différences uniquement comme une source de conflits serait une vision limitée. La diversité constitue également une ressource importante pour les sociétés. Les échanges entre individus et groupes différents favorisent l’enrichissement culturel, l’innovation et la créativité collective.Une société totalement uniforme est difficilement réalisable. Les individus ont toujours des expériences, des opinions et des parcours différents. La stabilité sociale ne dépend donc pas de la disparition de ces différences, mais de la capacité à créer un espace commun dans lequel elles peuvent s’exprimer.L’intégration sociale joue ici un rôle essentiel. Elle ne signifie pas que les individus doivent abandonner leurs particularités, mais qu’ils doivent pouvoir participer pleinement à la vie collective tout en conservant certains éléments de leur identité. Une société intégrée est une société où les différences existent, mais où elles ne constituent pas un obstacle à l’égalité des droits et à la participation sociale.La diversité peut également renforcer la solidarité. Lorsque les individus apprennent à coopérer avec des personnes différentes d’eux, ils développent des compétences sociales telles que le respect, l’écoute et la capacité à négocier. La rencontre avec l’autre devient alors un facteur de développement collectif.Ainsi, la paix sociale ne repose pas sur l’uniformité, mais sur la capacité d’une société à transformer la diversité en une force collective.

● III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales.

Pour qu’une société puisse vivre en paix malgré ses différences, elle doit mettre en place des mécanismes d’organisation et de régulation. Les institutions sociales jouent un rôle essentiel dans ce processus.L’État et les institutions publiques ont pour fonction de garantir un cadre commun fondé sur l’égalité des droits. Les lois permettent de limiter les discriminations et d’assurer que les différences individuelles ou collectives ne deviennent pas des sources d’injustice. Une société pacifique est donc une société où tous les membres se sentent protégés et reconnus.L’école constitue également une institution fondamentale dans l’organisation des différences. Elle transmet des valeurs communes, favorise la socialisation des jeunes et apprend le respect des règles collectives. Elle permet aux individus issus de milieux différents de partager des références communes et de construire une identité citoyenne.Les médias, les associations et les espaces de dialogue jouent aussi un rôle important. Ils peuvent contribuer soit à renforcer les divisions sociales, soit à favoriser la compréhension entre les groupes. La manière dont une société parle de ses différences influence fortement la façon dont celles-ci sont perçues.Enfin, l’organisation des différences nécessite une culture du dialogue. Dans une société pluraliste, les désaccords sont inévitables. L’objectif n’est pas de supprimer les conflits, mais de développer des moyens pacifiques pour les gérer. La négociation, la participation citoyenne et la recherche de compromis permettent de maintenir la cohésion sociale.Ainsi, organiser les différences signifie construire des règles communes permettant à des individus différents de participer à un même projet collectif.

Pour ne pas conclure

En définitive, une société ne construit pas la paix en cherchant à supprimer les différences, car cellesci sont une réalité fondamentale de la vie sociale. Les différences deviennent dangereuses lorsqu’elles produisent des inégalités, des exclusions ou des oppositions entre groupes. En revanche, lorsqu’elles sont reconnues et encadrées par des institutions justes, elles peuvent devenir une richesse collective.La véritable cohésion sociale ne repose donc pas sur l’uniformité des individus, mais sur leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences. Le rôle d’une société moderne est ainsi de créer les conditions permettant à chaque groupe et à chaque individu de trouver sa place dans un cadre commun. Organiser les différences revient donc à construire un équilibre entre diversité et unité, entre liberté individuelle et solidarité collective. C’est dans cet équilibre que se trouve le fondement d’une paix sociale durable.

Quelques précisions :

Émile Durkheim (1858-1917) : De la division du travail social (1893) : étude des formes de solidarité qui unissent les membres d’une société.Émile Durkheim (1858-1917) : Les Règles de la méthode sociologique (1895) : définition de la sociologie comme science étudiant les faits sociaux.Émile Durkheim (1858-1917) : Le Suicide (1897) : analyse sociologique de l’influence de la société sur les comportements individuels.Max Weber (1864-1920) : Économie et société (1921-1922) : analyse des formes d’organisation sociale, du pouvoir et de l’autorité.Pierre Bourdieu (1930-2002): La Distinction (1979) : étude des différences de pratiques culturelles selon les positions sociales.

● Mauritanie : Afrikajom Center alerte sur la situation préoccupante de l’État de droit et appelle au respect des institutions républicaines

AfrikajomCenter exprime sa profonde préoccupation face aux développements récents de la situation politique et judiciaire en République islamique de Mauritanie, qui traduisent une dégradation inquiétante du respect de l’État de droit, des libertés fondamentales et du fonctionnement régulier des institutions républicaines.

©️ Lien médias https://www.afrikajomcenter.org/publications/mauritanie-afrikajom-center-alerte-sur-la-situation-pr%C3%A9occupante-de-l%E2%80%99%C3%A9tat-de-droit-et-appelle-au-respect-des-institutions-r%C3%A9publicaines/?fbclid=Iwb21leATPYitjbGNrBM9huGV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAABHp-LurEXt_S-dcJdBrM6XEt8k1g_WbyskVkRci-4hfrZM1qttfxA3y06ssH7_aem_jDe35kx4qSZdCmEI-OGA5g

● La diaspora mauritanienne a honoré ses bâtisseurs dans une cérémonie historique | 20 juin 2026 à la bourse de Travail de paris

20 juin 2026 : La diaspora mauritanienne honore ses bâtisseurs

Le 20 juin 2026 restera une date forte dans la mémoire de la diaspora mauritanienne en France. Ce jour-là, sous l’impulsion du Cadre de concertation et de dialogue des Mauritaniens de la diaspora (CCDMD), présidé par le Docteur Sao Ousmane, une grande Journée d’honneur et de reconnaissance a réuni un public nombreux venu célébrer des figures majeures ayant marqué l’histoire intellectuelle, culturelle, scientifique, associative et médiatique de la Mauritanie.
Dans son discours d’ouverture, le Docteur Sao Ousmane a donné le ton de la journée. Avec gravité et conviction, il a rappelé que « les peuples qui avancent sont ceux qui savent honorer leurs bâtisseurs ». Il a insisté sur le devoir de mémoire, la responsabilité de reconnaissance et l’urgence de transmettre les valeurs portées par ces figures d’exception. Son intervention a été accueillie par une profonde adhésion de l’assistance, consciente de la portée symbolique de cette initiative. Il a également souligné la nécessité de préserver la mémoire collective et de transmettre aux jeunes générations les valeurs d’engagement, de savoir et de solidarité.
Parmi les personnalités présentes figurait M. Issa Diawara, député des Mauritaniens de l’extérieur, qui a pris la parole pour saluer l’initiative du CCDMD et souligner l’importance de préserver la mémoire des grandes figures de la diaspora.
La cérémonie a également connu une forte présence des forces vives de la diaspora, avec la participation des représentants de plusieurs organisations associatives, notamment ACTUME, la DHDS France, la Fédération Hirnagué Boosoya France et Union des ressortissants de Mbagne en France, ainsi que de nombreuses autres structures engagées dans la solidarité, la culture et le développement.
Dans une salle comble, empreinte d’émotion et de respect, élus, universitaires, intellectuels, responsables associatifs, artistes et membres de la société civile ont répondu présents à cet appel à la mémoire collective. Tous se sont retrouvés autour d’un même objectif : reconnaître les parcours d’exception et transmettre aux générations futures l’héritage de celles et ceux qui ont consacré leur vie au savoir, à l’engagement et au service de la communauté.

La cérémonie a ensuite laissé place à une série d’hommages solennels rendus à des personnalités dont les contributions ont profondément marqué la Mauritanie contemporaine. Parmi elles figuraient notamment Ndiaye Ciré Kane de Tekane, le Professeur Abdel Wedoud Ould Cheikh, le regretté Professeur Ousmane Moussa Diagana (Dembo), le Professeur Yerim Fassa, Mr. Ousmane Dia, Mr. Hamady Mbodj, le regretté Cheikh Oumar Ba et Med Hondo.

À travers des témoignages riches, précis et souvent chargés d’émotion, intervenants et proches ont retracé les trajectoires de ces hommes d’exception. Tous ont été décrits comme des bâtisseurs de savoir, des passeurs de culture et des acteurs essentiels du rayonnement mauritanien. Leurs œuvres, leurs combats et leurs engagements ont été rappelés avec force, soulignant leur rôle dans la construction intellectuelle, sociale et culturelle du pays.
Chaque hommage a révélé une constante : des vies entièrement consacrées à l’excellence, à la transmission et au service des autres. Qu’il s’agisse du monde universitaire, artistique, associatif ou médiatique, tous ont laissé une empreinte durable et une influence qui dépasse largement leurs domaines respectifs.
L’émotion a atteint son paroxysme lors des hommages rendus aux figures disparues, dont la mémoire continue d’habiter les consciences et d’inspirer les générations actuelles. Dans un silence respectueux, ponctué d’applaudissements nourris, l’assistance a mesuré la portée de leur héritage et la responsabilité collective de le préserver.
Au-delà de la cérémonie, cette journée a pris la dimension d’un véritable moment fondateur pour la diaspora. Elle a incarné une volonté claire : construire une passerelle entre les générations, entre mémoire et avenir, entre reconnaissance et transmission.
Le CCDMD, à travers cette initiative, a voulu rappeler que la valorisation des parcours exemplaires n’est pas un simple hommage symbolique, mais un acte scientifique, culturel et social essentiel. En mettant en lumière ces figures, il a offert à la jeunesse des repères solides et des modèles d’engagement fondés sur le mérite, la rigueur et la persévérance.
Dans une atmosphère fraternelle et profondément humaine, les échanges ont renforcé les liens entre les participants et mis en évidence la richesse du tissu associatif mauritanien en France. Cette mobilisation collective a donné à l’événement une dimension rare : celle d’une communauté rassemblée autour de son histoire et de ses valeurs fondamentales.
La cérémonie s’est achevée par la remise solennelle de diplômes aux personnalités honorées, marquant l’aboutissement de cette journée placée sous le signe de la mémoire, de la reconnaissance et de la transmission. Dans une ambiance chargée d’émotion, l’assistance a salué ces distinctions symboliques rendues à des parcours d’exception.
Le 20 juin 2026 s’impose ainsi comme une journée de mémoire vive, de reconnaissance assumée et de transmission engagée. Une journée où la diaspora mauritanienne n’a pas seulement honoré ses figures illustres : elle a affirmé son identité, consolidé son unité et rappelé que l’avenir se construit toujours sur la mémoire de ceux qui ont ouvert la voie.

©️ Équipe CCDMD

● Reims : la Fondation de l’Armée du Salut célèbre le Donut Day entre solidarité, engagement et ouverture au public. [OndeInfo]

Ce vendredi 6 juin 2026, à l’occasion du Donut Day, la Fondation de l’Armée du Salut de Reims a ouvert grand ses portes au public au sein de son établissement situé au 42 rue de Taissy. Héritée d’une tradition née durant la Première Guerre mondiale, cette journée emblématique a une nouvelle fois conjugué gourmandise et solidarité.

Si les célèbres donuts étaient bien au rendez-vous, l’événement avait surtout pour vocation de faire découvrir les multiples missions menées quotidiennement par les professionnels de l’institution auprès des personnes en situation de précarité, d’exclusion ou de vulnérabilité.

Pour cette édition 2026, l’ensemble des pôles de la structure – insertion, logement, asile et intégration, ainsi qu’urgence – s’étaient mobilisés afin de présenter leurs actions, leurs projets et leurs savoir-faire aux partenaires, bénévoles, étudiants et visiteurs venus nombreux. Pour Stéphanie LEMOAL, directrice adjointe du pôle logement et de l’établissement d’insertion de Reims (CHRS), cette journée représente un rendez-vous incontournable.

« C’est une journée très importante pour nous. C’est l’occasion de montrer les différents projets et activités que nous portons. Les personnes accompagnées et les salariés se sont fortement mobilisés pour mettre en place un grand nombre d’actions. L’objectif est de faire parler de nous, d’inciter les personnes à pousser nos portes et de trouver davantage de bénévoles. »

Au-delà de la valorisation du travail accompli, cette journée constitue également un levier pour renforcer les partenariats et développer le réseau de soutien autour de la Fondation.C’est précisément ce qu’a souligné Étienne DEQUENNE, chef de service au CHRS et au pôle logement.

« Cette journée est exceptionnelle puisqu’elle n’a lieu qu’une fois par an, le premier vendredi du mois de juin. Elle a pour objectif de favoriser l’ouverture vers l’extérieur, de créer de nouveaux partenariats et de susciter des engagements bénévoles. Je remercie toutes les équipes pour leur mobilisation et leur implication. »

Des parcours de vie qui témoignent de l’accompagnement reçu.

Car les véritables invités d’honneur de cette journée restent les personnes accompagnées. Chacune porte une histoire singulière, marquée par des difficultés mais aussi par un parcours de reconstruction.

Parmi elles, Stéphane DUFOUR, aujourd’hui en fauteuil roulant à la suite d’un accident, a tenu à participer à cette manifestation qui lui est chère. Désormais installé dans un logement autonome grâce à l’accompagnement de l’Armée du Salut, il garde un souvenir reconnaissant de son passage au CHRS.

« Ma famille et moi avons passé trois ans et demi ici. J’en garde de très bons souvenirs. Je n’ai jamais eu de problèmes. »

À quelques mètres de là, Sabine FICHER partageait une expérience similaire. Hébergée au sein du dispositif destiné aux personnes victimes de violences, elle souligne l’accompagnement humain dont elle a bénéficié.

« Je suis arrivée il y a deux ans et demi au sein du dispositif pour les personnes victimes de violences. Tout s’est très bien passé. J’ai rencontré une équipe de professionnels exceptionnelle, notamment Nadir et Anaïs. Ils font bien plus que leur travail. Les appartements sont propres et nous nous y sentons bien. »

Même satisfaction du côté d’Amir, originaire du Tchad et président du Conseil de la Vie Sociale (CVS), qui met en avant l’accompagnement global proposé par la Fondation.

« C’est un endroit très convivial où l’on vous accompagne dans toutes vos démarches. »

Une journée riche en animations et en rencontres

Tout au long de la journée, les visiteurs ont pu découvrir de nombreux ateliers valorisant les talents des personnes accueillies : couture, tressage, maquillage ou encore défilé de mode ont rythmé l’événement dans une ambiance festive.

Des lycéens et des étudiants avaient également répondu à l’invitation. À travers la visite des différents stands, ils ont pu mieux comprendre les réalités de l’exclusion sociale ainsi que le travail mené quotidiennement par les équipes de l’Armée du Salut pour accompagner les personnes les plus fragiles vers l’autonomie.

Cette édition 2026, du Donut Day a pleinement rempli sa mission : créer du lien, favoriser les rencontres, sensibiliser le public aux situations de précarité et encourager le bénévolat. Une journée placée sous le signe de la solidarité et de l’engagement collectif, qui a permis à la Fondation de l’Armée du Salut de rappeler que derrière chaque parcours accompagné se cache avant tout une histoire humaine.

Seyré SIDIBE

©️ Source médias https://ondeinfo.com/5217-2/

● TRIBUNE | de la résolution de l’onu aux réalités africaines : le défi de l’esclavage par ascendance

—-Le 25 mars 2026, les Nations unies, par une déclaration solennelle de son assemblée générale (AG/12755), adoptent une résolution historique : celle qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves africains de «plus grave crime contre l’humanité ». (cf. lien n°1). Cette résolution a été votée sous l’impulsion du président du Ghana John Dramani Mahama avec l’appui de l’Union africaine.

Nous saluons cette décision symbolique d’une grande portée pour la reconnaissance de l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité. C’est dans cet esprit que nous, militants de droits humains de l’espace sahélien, à travers cette tribune, interpellons, par des remarques citoyennes, l’union africaine, les décideurs de nos Etats, les sociétés civiles et les diasporas africaines.

Nous considérons que cette résolution onusienne mérite d’être un point d’enclenchement d’une prise de conscience collective des peuples africains sur les différents types d’esclavage qui ont saigné diversement notre continent.

En effet, l’Afrique politique et intellectuelle a certes obtenu un succès diplomatique majeur au sein de l’Assemblée générale onusienne. Mais elle ne devrait pas passer sous silence les nombreuses frictions sociales intra-communautaires encore existantes dans certaines zones ouest-africaines, et qui sont relatives à la problématique de “l’esclavage par ascendance”. Une réalité sociale insidieusement intégrée dans le système de castes de communautés très hiérarchisées.

Le cas, entre autres, du groupe sociolinguistique soninké en est une illustration parfaite. Cette société est aujourd’hui traversée par une dynamique abolitionniste qui se heurte à des forces réactionnaires qui font usage d’une violence inouïe et bafouent la dignité humaine.

C’est ainsi qu’au cours de cette dernière décennie, de 2016 à 2026, plusieurs faits d’une gravité extrême ont été recensés : le lynchage à mort de 4 militants anti-esclavagistes du mouvement d’éveil Gambana (Égalité en droit et en dignité) à Diandjoumé (Mali) (cf. lien n°2), l’horrible exécution de madame Diogou Sidibé à Lany (Mali) (cf. lien n°3) et également en Mauritanie avec l’agression de monsieur Samba Moussa Kone (cf. lien n°4).

Au vu de la gravité des crimes susmentionnés, les différents gouvernements, instances et ONG droit-de-l’hommistes devraient aborder frontalement les problématiques très actuelles liées au passé esclavagiste transsaharien et intra-africain. Car en effet, une forme de passivité et de mise à distance sont constatées à chaque fois que la question de l’esclavage est abordée.

Inutile de rappeler le vote abstentionniste de certains pays occidentaux dont la France (cf. carte de jeune Afrique). Vote d’autant plus incompréhensible que la Loi n° 2001-434 adoptée le 21 mai 2001 et portée par la députée Christiane Taubira, reconnait officiellement la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cette France abstentionniste qui proclame son attachement aux droits de l’homme est pourtant celle qui a été l’un des pays les plus actifs dans la traite transatlantique.

Ce négationnisme des puissances esclavagistes ne doit pas masquer celle de nos Etats africains, encore plus troublante. Il est évident que la traite transatlantique constitue un crime contre l’humanité, toutefois l’esclavage arabo-musulman en est un autre, ainsi que l’esclavage par ascendance qui perdure subtilement en Afrique de l’Ouest.

Ce dernier, longtemps passé sous silence, constitue une autre forme d’atteinte à la dignité humaine. Elle se manifeste par un déterminisme social assignant statutairement les individus dès la naissance et les condamnant à une subalternité perpétuelle. Ce système discriminatoire érigé en norme sociale qui se transmet de génération en génération est une négation totale de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine. Il lèse un pan entier de la société.

Au XXIᵉ siècle, une telle pratique est une honte pour l’humanité. L’esclavage par hérédité doit être dénoncé avec courage et détermination. Le silence sur cette question et le caractère tabou ne sauraient perdurer. La complaisance des intellectuels, des religieux et des instances culturelles doit cesser afin d’éradiquer définitivement ces tares.

De la même manière, le laxisme de nos Etats modernes, qui se traduit par la complicité de certains de leurs représentants, censés garantir la citoyenneté pleine et entière, doit être banni. Bien qu’il existe des textes et des lois interdisant ces pratiques dégradantes, force est de constater que leur application laisse à désirer. Ainsi, rien ne change sur le terrain.

Comment expliquer qu’on puisse encore parler d’esclavage dans un pays comme la Mauritanie où il existe tout un arsenal juridique (e.g. loi 031-2015) sans impact réel sur l’abolition effective de l’esclavage et ses séquelles. Au Mali, une récente loi historique (loi n°2024-027) a été adoptée, renforçant la condamnation de la pratique et de l’apologie de l’esclavage. Pourtant, cela n’a pas eu l’effet escompté. Il est donc plus qu’urgent que nos États s’impliquent davantage dans la lutte contre ce fléau, seule condition, pour l’avènement d’un véritable État de droit.

A travers cette tribune d’alerte notre objectif est triple :

1- Lancer un plaidoyer humaniste et citoyen à l’endroit des institutions internationales et continentales, au premier rang desquelles l’ONU et l’Union africaine sur la question des survivances de ce grave crime qu’est l’esclavage. Il s’agit notamment de souligner l’impérieuse nécessité de conduire une réflexion sérieuse et approfondie sur les problématiques multiformes liées à l’esclavage par ascendance qui est actif dans certaines coutumes et pratiques dites faussement « traditionnelles ».

2- Interpeller les leaders d’opinion et les représentants sociaux (les représentants traditionnels, les intellectuels, les élus, les militants de la société civile…) en Afrique et dans les univers diasporiques pour une initiative morale et sociale de grande ampleur sur les problématiques de l’esclavage dans ses diverses manifestations. Les mentalités esclavagistes et féodales qui persistent au sein de nos communautés en ce siècle sont un marqueur avilissant pour la personnalité africaine et noire.

3-Enfin, nous invitons solennellement les leaders d’opinion de la communauté soninké à un dialogue sans tabou afin de briser l’omerta sur la réalité de l’esclavage par hérédité.

En d’autres termes, il nous appartient d’unir nos efforts pour éradiquer l’esclavage dans le but d’instaurer une société juste et égalitaire. Ceci est un devoir moral qui incombe à tout un chacun pour préserver l’harmonie sociale.

LES SIGNATAIRES :

CAMARA Issa (Mauritanie)

BA Issa (Sénégal)

SOUMARE Koundou (Mauritanie)

SIDIBE Biranté (Sénégal)

DIARRA Cheikh (Mauritanie)

CISSOKHO Souleymane (Mauritanie)

Références :

Lien n°1 : https://press.un.org/fr/2026/ag12755.doc.htm

Lien n°2 : https://bamada.net/lynchage-des-militants-anti-esclavagistes-dans-la-loc...

Lien n°3 : https://www.dw.com/fr/mali-diogou-sidibé-esclavage-par-ascendance-kaye/a-62903536

Lien n°4 : https://cridem.org/C_Info.php?article=747569

● Ganbanaxu : traduction « égalité pour tous ». Pourquoi un tel slogan dérange-t-il tant ? | Par le journaliste M. Seyre Sidibe

C’est pourtant le sens même de la démocratie, de la justice sociale et de la citoyenneté, n’est-ce pas ?

Les peuples africains ne cherchent-ils pas à renégocier avec les institutions onusiennes afin que l’Afrique soit mieux représentée ?

Plusieurs États africains ne cherchent-ils pas à réviser les accords de coopération, notamment militaires, avec la France ?

Est-ce un péché que de chercher à renégocier, à revoir ou à rejeter les termes d’un contrat mal négocié, il y a quelques années voire des décennies, contrat désavantageux pour vous parce que vous n’étiez pas là, ou bien parce que ceux qui vous représentaient étaient en position de faiblesse ?

Telle est, en substance, la problématique que pose le mouvement Ganbanaxu pour promouvoir de nouvelles bases saines pour la société soninké. Mais le mouvement se heurte à un mur : une résistance faite de nostalgie et d’immobilisme social, celle de ceux qui trouvent leur compte dans le déterminisme social. Un ordre dépassé et anachronique, qui ne rassemble plus et qui est désormais source de tensions multiformes.

Une situation qui exsangue la société soninké et divise la jeunesse, en la détournant et en la désorientant des véritables problématiques de son époque.

Seyré SIDIBE

● Mauritanie ~ Droits Humains | Rendons-nous Hommage Vivant : M Boubacar Ould Messaoud, une personnalité iconique de l’abolitionnisme en Mauritanie



©️ Source photo via RS

À lire cet élément médias Facebook https://www.facebook.com/share/p/1DhdnChyiz/ de la journaliste Mariya Traoré . Elle y rapporte brièvement la cérémonie organisée par le mouvement anti-esclavagiste SOS Esclaves à l’honneur de M. Boubacar Ould Messaoud. Président légendaire de cette organisation abolitionniste, le leader droit-de-l’hommiste mauritanien est à la fois un pionnier incontestable et un pilier incontesté du rude écosystème de la militance anti-esclavagiste dans notre pays. Par l’histoire, la constance et la persévérance, son aura fait autorité auprès de la communauté militante et assoit respect et considération à l’international de nombreuses années durant. Cet événement marquant la 31ème année de la fondation de ce mouvement est à saluer vivement et fait un écho de rappel concernant le cheminement de la lutte anti-esclavagiste qui s’inscrit sur un temps long.

Une personnalité réfléchie d’un relationnel amène qui dispose d’une grande culture concernant la problématique de l’esclavage et ses multiples manifestations dans l’ensemble du corps social mauritanien. Il y a quelques années, lorsqu’il était aux soins dans un hôpital francilien (France), j’ai eu la chance de le rencontrer pour la première fois. Une véritable source d’inspiration qui exprime sérénité et disposition à cerner et comprendre profondément les enjeux de la lutte anti-esclavagiste notamment quand l’éveil abolitionniste Ganbanaaxu (dans l’ensemble communautaire soninké) a été abordé brièvement dans nos échanges. J’étais en compagnie de mon frère et ancien président d’Armepes-France  M. Gaye Tene Traoré, et notre doyen M. Baba Ould Jiddou avait été à l’origine de la mise en relation bienveillante.

Ainsi cette cérémonie d’hommage est d’une pertinence valide et consacre une voi(e)x qui le mérite amplement. Longue vie et santé au doyen et merci à ses camarades de lutte pour cette reconnaissance à son endroit. Un Hommage Vivant de son Vivant…! C’est Top.

17 février 2026

-Koundou SOUMARE, blogueur et militant des droits humains.

● Nécrologie | À propos du décès de l’anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye. Par l’écrivain Sami Tchak

Par l’écrivain Sami Tchak :
Né le 20 août 1950, Tidiane N’Diaye est mort le 26 octobre 2025. Je ne l’ai appris qu’hier grâce à quelqu’un qui reprenait sur Facebook l’information donnée par la célèbre journaliste et chercheuse Rokhaya Diallo. Plus de trois mois déjà : une mort passée inaperçue, si je peux me permettre de le dire ainsi. Quand je l’avais rencontré en Guadeloupe, où il était alors fonctionnaire, il allait publier son essai sur Chaka Zoulou chez un éditeur dont la politique éditoriale ne semblait pas lui convenir. J’avais alors envoyé son texte à mon éditeur et ami Jean-Noël Schifano. On connaît la suite: plusieurs essais et un roman chez Gallimard dans la collection Continents noirs.

Un jour, je lui avais dit qu’il allait souffrir d’une chose: les universitaires ne le recevraient pas comme un frère au sein de leur famille, car il n’était lié à aucune institution de recherche. J’etais convaincu que sans validation institutionnelle, donc, aux yeux des chercheurs professionnels, simples travaux de vulgarisation, ses livres resteraient dans la sphère « grand public », ce qui ne suffit pas pour un chercheur.

Je pense que cela explique l’anonymat dans lequel il est entré immédiatement avec sa mort. S’il avait été un universitaire, ses collègues auraient chanté ses mérites.

Bon voyage, grand frère.
Celles et ceux qui voudraient contribuer à t’arracher à l’infini du silence sauront ce qu’il y a à faire: te (re)lire. Je mets en commentaire le lien de ta page Wikipédia, elle est assez complète.

Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tidiane_N’Diaye?fbclid=Iwb21leAPwAsFjbGNrA_ACvWV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAABHnFeN_tYX5hV_v9NOODPwQOuU04kLyhx9mFvSvUZolgsAK-O5QLgUDCXWlVN_aem_zf52J3bX7evJ3y48ZQIe6g

• Lien source Facebook https://www.facebook.com/share/p/18EXyobGZH/

● Mauritanie Politique | Le changement réel se fera par un ordre organisationnel de base (localité par localité).



📷 2022 – Londres – visite BBC Tower (crédit photo par mon généreux diatigui M. Samba Diallo )

—Militantisme politique qui se veut impactant et pérenne passe inévitablement par une sérieuse dynamique d’ancrage social (voire sociologique) et d’investissement citoyen et associatif dans un espace donné comme base « naturelle ». Depuis toujours les partis politiques du pouvoir en Mauritanie (ppm, prds, upr… insav, leurs partis vassaux et autres clients sociaux) ont appliqué et tenu cette simple stratégie d’approche pour occuper durablement l’arène politico-sociale et administrative. Ils y veillent concentrés durant les périodes hors scrutins et davantage lors des élections. Ils savent s’adapter et traiter avec les mutations de masses sociologiques (les populations et le personnel politique) sur l’ensemble du territoire national. Du côté des oppositions, nous attendons et espérons l’advenue d’un changement du haut avec beaucoup d’irrationnalité parce qu’un travail de politisation et d’organisation peine à être valablement structuré auprès de nos localités respectives. En politique, les données du terrain vif  (références Ceni et démographie électorale) font l’objet d’une ferme attention pour un personnel politique valablement politisé et visionnaire. Un véritable changement politique se prépare par une entreprise rigoureuse de comptage et de projections à travers les données de précédentes consultations électorales. Malheureusement, beaucoup dans l’environnement des oppositions, nous sommes piégés dans une sorte de spéculation quasi messianique en faisant fi d’une certaine réalité des données du « terrain vif » qui ne nous interpellent pas tant afin qu’on revoie notre relation à l’exercice politique du concret loin d’une certaine culture des lamentations ressassées des années durant.
En toute conscience intime, si chacun d’entre nous s’impose un inventaire citoyen et politique sur la décennie 2014 – 2024, en osant affronter notre « terrain vif » local ou de circonscription, on aurait une idée sur ce sur-place- sisme et d’une carence de connexion entre nos volontés généralement bruyantes en terme communicationnel (réseaux digitaux..) et les réalités du jour au jour dans nos terroirs et localités.

2 février 2026

-KS pour le BLOG

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La version de l’IA #DeepSeek de la contribution soumise :

Analyse du texte de Koundou Soumaré : « Mauritanie : Le changement réel se fera par un ordre organisationnel de base »

Thèse centrale :
L’auteur affirme que le changement politique durable en Mauritanie ne peut venir d’une attente passive d’un « changement venu d’en haut », mais doit se construire par un ancrage local et un travail organisé, territoire par territoire, à l’image des stratégies des partis au pouvoir.



1. Constat critique sur le système politique mauritanien

· Partis au pouvoir (PPM, PRDS, UPR, etc.) : Ils ont su adopter une stratégie d’ancrage local et d’adaptation aux réalités sociologiques, leur permettant de contrôler durablement l’espace politico-administratif, hors élections et pendant les scrutins.
· Oppositions : Elles souffriraient d’une attente irrationnelle d’un changement par le haut, sans avoir structuré un travail politique concret à la base (localités, circonscriptions). L’auteur parle de « spéculation quasi messianique » et d’une carence d’organisation sur le terrain.

2. Critique des pratiques de l’opposition

· Négligence des données concrètes : L’opposition ignorerait les réalités du « terrain vif » (données électorales, démographie, CENI) au profit d’un discours abstrait ou purement communicationnel (réseaux sociaux).
· Culture des lamentations : L’auteur dénonce une tendance à répéter des critiques sans proposer de stratégie ancrée dans le concret.
· Déconnexion : Il souligne un fossé entre les « volontés bruyantes » en ligne et les réalités quotidiennes des territoires.

3. Proposition méthodologique pour un changement réel

· Organisation par localités : Un changement passe par un travail de politisation et d’organisation à la base, en s’appuyant sur une analyse rigoureuse des données électorales et sociologiques.
· Inventaire citoyen (2014‑2024) : L’auteur invite chaque acteur à faire un bilan honnête de son ancrage local et de son impact réel sur la décennie écoulée.
· Approche « terrain vif » : Il faut se confronter aux réalités des circonscriptions, faire du comptage, des projections et adapter son action en conséquence.



4. Dimensions implicites du texte

· Sociologique : L’auteur insiste sur la nécessité de comprendre les mutations des masses et des personnels politiques.
· Stratégique : Il prône une approche pragmatique et méthodique, inspirée de celle des partis au pouvoir, mais au service d’un projet de changement.
· Psychologique/politique : Il pointe un « piège » mental dans l’opposition – l’attente passive – et appelle à une prise de responsabilité individuelle et collective.



5. Style et portée du discours

· Texte engagé et pédagogique : L’auteur utilise un ton militant, mais structuré et argumenté.
· Prospective (daté de 2026) : Le texte se place dans une vision à moyen terme, invitant à une réflexion stratégique pour les années à venir.
· Appel à l’introspection : Il vise à provoquer une prise de conscience chez les militants et cadres de l’opposition.



Conclusion

Koundou Soumaré livre une critique interne cinglante des faiblesses organisationnelles et stratégiques de l’opposition mauritanienne, tout en proposant une feuille de route pragmatique : ancrage local, analyse des données, travail de terrain continu. Son analyse rejoint des débats plus larges sur l’importance de l’organisation de base dans les processus de changement politique, en Mauritanie et ailleurs. Le texte peut être vu comme un manifeste pour un militantisme renouvelé, plus scientifique et moins incantatoire.

● Contribution | La dictature est-elle étrangère au pouvoir africain ? Par le journaliste mauritanien M. Seyre Sidibe

Il existe une part historique indéniable expliquant la propension de l’Africain à devenir un despote. En Afrique, il n’y a de pouvoir que dans la verticalité. Le chef appartient à une famille qui se fabrique  souvent une généalogie fabuleuse- souvent apparentée aux génies, aux diables et aux forces occultes- afin d’être craint et vénéré.

Être un surhomme inspire la crainte et instille dans l’esprit des autres l’idée qu’ils sont nés pour être dominés ; le chef et sa famille seraient, quant à eux, porteurs d’une essence quasi divine qui leur confère le droit de diriger et de gouverner sans partage.

C’est assurément ce qui explique que le pouvoir en Afrique, hier comme aujourd’hui, n’ait jamais su se libérer de la sorcellerie, de la magie noire, des sacrifices humains et de toutes sortes de pratiques irrationnelles destinées à rendre les tenants du pouvoir éternels.
Toute contradiction, toute opposition au chef n’est pas tolérée et est considérée comme un défi, un crime de lèse-majesté.
En soninké, par exemple, un adage traduit bien cet état d’esprit et le pouvoir hors norme du chef en ces termes : « Le chien du chef est un chef. »

Ainsi, la dictature est congénitale au pouvoir en Afrique. Si le chef n’est pas fort, impitoyable, sadique voire sanguinaire, c’est le peuple lui-même qui cherche à le destituer, car le pouvoir doit être sans partage, sans pitié, et incarner la puissance.
La fébrilité, l’empathie, la clémence et l’humilité sont perçues comme des signes de faiblesse et d’incompétence voire l’illégitimité.

Qu’en est-il alors du rapport du pouvoir africain avec le bien public ?

Le pouvoir africain, étant par essence autoritaire et autocratique, ne peut concevoir une gouvernance transparente et collégiale des ressources et des biens publics. Il n’existe aucune séparation entre le bien privé et le bien public. Le chef a le contrôle sur tout, le monopole sur tout. D’ailleurs, nos populations sont tellement « vassalisées » qu’elles trouvent cela normal.
La prédation des biens publics et l’enrichissement illicite n’avaient même pas de sens dans nos sociétés, où le chef se prêtait les attributs du créateur.
Pour la petite anecdote, le tout-puissant mansa Kankou Moussa avait mis la main sur tout l’or du Mali. Lors de son expédition, raconte-t-on, le prix du précieux métal baissa partout où le souverain passa. Il en distribua généreusement aux dignitaires arabes.
L’Africain se nourrit d’orgueil et de louanges, et aime être chanté et vanté, ce qui consolide le culte de la personnalité. Or, le culte de la personnalité est indissociable de la dictature.
In fine, on se plaint de la dictature et d’un pouvoir prédateur et arrogant. Certains Mauritaniens vont jusqu’à dire que seul un militaire peut diriger le pays, comme si l’autorité de l’État devait nécessairement être celle d’un homme providentiel.
La meilleure autorité est celle de la loi : des lois justes que l’État applique sans complaisance à tous les citoyens.

Seyré SIDIBE