● La protection des ressources naturelles commence par une gouvernance juste. Par M. Ibrahima Deh

Je salue l’initiative du Gouvernement mauritanien, en particulier du ministère des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel ainsi que des institutions concernées par la gestion des ressources naturelles, d’avoir consacré le prêche du vendredi 7 août 2026 à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles et à leur préservation à la lumière des enseignements de l’islam.

Cette démarche est à la fois pertinente et symboliquement forte. Dans un pays où l’islam constitue un socle commun de valeurs, mobiliser les références coraniques et la tradition prophétique pour sensibiliser les citoyens à la protection de l’environnement peut contribuer à renforcer la conscience collective et le sens de la responsabilité envers les biens communs. J’espère que ce message rappellera aux fidèles que les ressources naturelles sont un dépôt (amānah) confié à l’humanité et que leur préservation est une responsabilité religieuse, morale et citoyenne.

Cependant, à mon humble avis, cette réflexion ne devrait pas se limiter à la seule protection ou à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles. Elle devrait également s’interroger sur la manière dont ces ressources sont produites, gouvernées, redistribuées et mises au service du développement humain.

La Mauritanie dispose d’un potentiel naturel exceptionnel : minerai de fer, or, cuivre, gaz, ressources halieutiques parmi les plus riches au monde, terres arables, potentiel solaire et éolien, ressources en eau et ressources forestières. Pourtant, malgré cette abondance, une grande partie de la population continue de faire face à la pauvreté, au chômage, aux difficultés d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux infrastructures et aux services sociaux de base.

Cette réalité pose une question fondamentale : comment expliquer le paradoxe d’un pays riche en ressources naturelles où persistent encore de fortes vulnérabilités socio-économiques, alors que la population dépasse à peine cinq millions d’habitants ?

La réponse ne réside pas uniquement dans la nécessité de mieux protéger les ressources naturelles. Elle implique aussi une réflexion approfondie sur leur gouvernance. Les enjeux concernent notamment les mécanismes de production et de captation de la rente, les modalités de redistribution des richesses, les rapports de pouvoir, les inégalités territoriales et sociales, les phénomènes de corruption, les logiques clientélistes, les solidarités tribales, les conflits sociaux et environnementaux ainsi que la participation effective des communautés aux décisions qui concernent leurs territoires.

La Mauritanie ne manque pourtant ni de lois, ni d’institutions, ni d’engagements internationaux en matière de bonne gouvernance des ressources naturelles. Le pays participe notamment à des initiatives internationales de transparence dans les industries extractives. Le véritable défi réside davantage dans la mise en œuvre effective de ces principes et dans leur appropriation par l’ensemble des acteurs.

Dans cette perspective, la prêche du vendredi pourrait également rappeler que l’islam accorde une place centrale à la justice (al-‘adl), à la transparence (al-amānah), à la consultation (ash-shūrā), à la responsabilité (al-mas’ūliyyah) et à la lutte contre toute forme d’injustice et de corruption. Ces valeurs constituent également les fondements d’une gouvernance collaborative, légitime et durable des ressources naturelles.

Lorsque les populations perçoivent que les ressources naturelles sont gérées de manière transparente, que leurs bénéfices sont équitablement répartis et qu’elles participent aux décisions qui les concernent, la protection de ces ressources devient un intérêt partagé par tous. Les citoyens ne protègent plus seulement une richesse nationale ; ils protègent également une source de développement, de bien-être et d’espoir pour les générations présentes et futures.

La préservation des ressources naturelles ne peut donc être dissociée de la justice dans leur gouvernance. L’une ne saurait produire des résultats durables sans l’autre.

En fin, cette initiative du Gouvernement constitue une excellente opportunité pour ouvrir un débat national plus large sur la gouvernance des ressources naturelles. Une gouvernance fondée sur la transparence, la participation citoyenne, la justice distributive, la responsabilité des institutions et l’équité permettrait de transformer l’abondance des ressources naturelles en un véritable levier de développement durable, plutôt qu’en une source de frustrations ou de ce que la littérature qualifie de « malédiction des ressources ».

Par Ibrahima Deh
Doctorant en sciences de l’environnement – Université du Québec à Montréal (UQAM), associé au groupe Cheurcheur.e.s en Responsabilité Sociale et Developpement Durable (CRSDD)

● Contribution | Et si c’était l’ordre colonial français qui sauva certains africains du joug ténébreux de l’esclavage « maison » !

📷 Bamako, 21 octobre 2021, autour de la figure symbolique descendante des pionniers anti-esclavagistes soninkés fondateurs du village de Bouillagui en 1914, le journaliste malien Goudia Konate Konate , le président Gaye Tene Traoré et votre modeste rédacteur de cet article.


L’esclavage « maison » fut (est) cette traite intra-africaine très étrangement oubliée et banalisée dans beaucoup d’études et autres mobilisations revendicatives centrées sur les problématiques africaines (pendant et après colonisation). Une Afrique esclavagiste et affreusement esclavagiste était bien en mouvement au cœur du continent qui était sous domination coloniale occidentale (française dans notre zone sahélo-saharienne). Il serait intéressant  qu’on puisse retrouver des matériaux- ressources historiques au crédit anti-esclavagiste de certains de nos figures dites résistantes anti-coloniales… par exemple : Samory Touré, Elhaj Omar Tall ou Mohamed Lamine Dramé

À leur époque d’activisme militaro-politique anti français, courant tardif 19ème siècle, des noirs esclavagisés souffraient dans des plantations au Brésil et ailleurs mais il y en avait qui étaient sous les fers de l’asservissement massif tout près dans leurs zones d’engagement contestataire. Et cette Afrique esclavagiste intra-muros d’antan rumine de nos jours par un continuum d’aspect héréditaire (l’esclavage par ascendance) au cœur sociologique de nombreuses communautés ouest-africaines, par exemple du groupe sociolinguistique #soninké. Et osons le dire, le système colonial français avec tout ce qu’il provoquait d’inique et de travers avec l’indigénat et la domination multidimensionnelle sur les populations africaines, eut fait preuve d’une certaine lucidité stratégique à une époque pour gêner les mécanismes de l’esclavage intra-africain dans certaines zones. C’est le cas de la région de Kayes dans l’actuel Mali (anciennement le Soudan français) avec la fondation de cités refuges appelées aussi « Villages liberté ». Ce fut pour contrecarrer la déferlante esclavagiste en vigueur entre africains (Noirs). Les régimes et pratiques coutumiers dans la jungle de l’époque chez les univers communautaires, acceptaient l’esclavage comme institution sociale et économique. Ainsi, nombre de leaders tradi-politiques et religieux répugnaient la présence des Blancs pas à cause de la domination politique extérieure mais parce qu’ils ne supportaient pas voir péricliter leur système d’exploitation et d’asservissement sur d’autres Noirs.

Donc.. à une époque de notre histoire, certains africains sous les violences d’un braconnage humain menées par d’autres africains, préféraient de loin la présence du relais d’un pouvoir Blanc tenu à Paris qu’être à la proie de ses semblables de peau dans un village voisin.
Une réalité historique sur la problématique de l’esclavage intra-africain qui nous rattrape de nos jours dans certaines communautés ouest-africaines où les mentalités esclavagistes persistent et des personnes ou des composantes sociales assignées statutairement « esclaves » subissent diverses représailles (expropriation des terres, expulsions, agressions physiques..) en refusant leur statut. Étrangement… dans la continuité de ce que l’ordre colonial avait laissé comme structure étatique dans nos sphères territoriales, seules les lois qui en sont inspirées tiennent de références anti-esclavagistes et abolitionnistes dans la lettre et dans l’acte au forcing par du plaidoyer actif de cercles abolitionnistes. Ni morale sociale ni prêche religieux domestiques… n’ont pu être d’activants résolument anti-esclavagistes dans nos terroirs. Ce qui répond pourquoi… certains parmi nous restent très « accrocs » socialement à l’esclavage par ascendance qui sévit autour d’eux jusqu’à dans leur concession familiale.

En guise de référence, le visionnage du film documentaire (sorti en 2014) de l’universitaire Dr Marie Rodet, les Diambourou https://vimeo.com/245704895 , serait d’un grand intérêt. C’est sur le cas du village soninké de Bouillagui au Mali.

À cet article, je ne saurait manquer d’y adjoindre une contribution d’hommage consacrée à une tante du village de #Bouillagui, rencontrée en octobre 2021 à Bamako, Madame Hawa Cissoko. C’était à l’occasion d’un événement de formation au plaidoyer anti-esclavagiste organisé à l’USJPB Bamako et à Kayes, voir https://ecrit-ose.blog/2021/11/09/%e2%9c%93temoignage-emouvant-qui-marque-la-memoire-de-la-tante-hawa-cissoko-de-bouyagui/ .


4 août 2026

KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● Réflexion – Contribution | « Une société ne construit pas nécessairement la paix en supprimant les différences, mais en apprenant à organiser les différences. » Tentative de réflexion par le Dr. Ousmane Sao


Introduction

I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société

II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée

III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales
Pour ne pas conclure

● Introduction

Toute société humaine est caractérisée par la diversité. Les individus qui la composent ne partagent pas tous les mêmes origines, les mêmes pratiques culturelles, les mêmes valeurs ou les mêmes conditions sociales. Cette pluralité constitue une réalité permanente de la vie collective. Cependant, les différences sociales peuvent aussi être à l’origine de tensions, de divisions et de conflits lorsque certains groupes se sentent exclus, dominés ou incompris.Face à cette situation, une question essentielle se pose : faut-il rechercher la paix sociale en supprimant les différences afin de créer une société homogène, ou faut-il plutôt apprendre à organiser cette diversité pour permettre une coexistence harmonieuse ? L’expérience des sociétés modernes montre que la disparition des différences est non seulement impossible, mais qu’elle peut également conduire à l’exclusion et à la négation des identités individuelles et collectives. La véritable question n’est donc pas de savoir comment supprimer les différences, mais comment les intégrer dans un cadre social commun.D’un point de vue sociologique, la paix sociale dépend de la capacité d’une société à produire de la cohésion, à réguler les rapports entre les groupes et à construire des mécanismes permettant la coexistence des diverses composantes sociales.Nous montrerons d’abord que les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion collective lorsqu’elles produisent des inégalités ou des oppositions entre groupes. Nous verrons ensuite que la diversité peut constituer une richesse sociale lorsqu’elle est reconnue et intégrée. Enfin, nous analyserons les moyens par lesquels une société peut organiser les différences afin de construire une paix durable.

● I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société.

Dans toute société, les individus appartiennent à différents groupes sociaux. Ils peuvent se distinguer par leur origine, leur niveau économique, leur profession, leur culture ou leur mode de vie. Ces différences ne sont pas nécessairement négatives, mais elles peuvent devenir problématiques lorsqu’elles créent des rapports d’inégalité ou d’exclusion.Les inégalités sociales constituent l’une des principales sources de tensions. Lorsqu’une partie de la population a un accès limité à l’éducation, à l’emploi, au logement ou aux services publics, elle peut développer un sentiment d’injustice et de marginalisation. La différence entre les groupes sociaux ne devient alors plus seulement une diversité, mais une hiérarchie qui menace l’équilibre collectif.Les phénomènes de discrimination renforcent également les divisions sociales. Lorsqu’un individu est défavorisé en raison de son origine, de sa culture ou de son appartenance sociale, il peut ressentir un rejet de la société dans laquelle il vit. Ces mécanismes affaiblissent le sentiment d’appartenance commune et peuvent alimenter les conflits.De plus, les différences culturelles ou identitaires peuvent provoquer des tensions lorsque les groupes refusent de reconnaître la légitimité des autres. Le manque de dialogue, les préjugés et les stéréotypes peuvent créer une opposition entre « nous » et « eux », favorisant ainsi la méfiance et la division.Ainsi, les différences peuvent représenter un défi pour la paix sociale lorsqu’elles sont associées à des inégalités, à l’exclusion ou à l’absence de reconnaissance.

● II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée.

Cependant, considérer les différences uniquement comme une source de conflits serait une vision limitée. La diversité constitue également une ressource importante pour les sociétés. Les échanges entre individus et groupes différents favorisent l’enrichissement culturel, l’innovation et la créativité collective.Une société totalement uniforme est difficilement réalisable. Les individus ont toujours des expériences, des opinions et des parcours différents. La stabilité sociale ne dépend donc pas de la disparition de ces différences, mais de la capacité à créer un espace commun dans lequel elles peuvent s’exprimer.L’intégration sociale joue ici un rôle essentiel. Elle ne signifie pas que les individus doivent abandonner leurs particularités, mais qu’ils doivent pouvoir participer pleinement à la vie collective tout en conservant certains éléments de leur identité. Une société intégrée est une société où les différences existent, mais où elles ne constituent pas un obstacle à l’égalité des droits et à la participation sociale.La diversité peut également renforcer la solidarité. Lorsque les individus apprennent à coopérer avec des personnes différentes d’eux, ils développent des compétences sociales telles que le respect, l’écoute et la capacité à négocier. La rencontre avec l’autre devient alors un facteur de développement collectif.Ainsi, la paix sociale ne repose pas sur l’uniformité, mais sur la capacité d’une société à transformer la diversité en une force collective.

● III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales.

Pour qu’une société puisse vivre en paix malgré ses différences, elle doit mettre en place des mécanismes d’organisation et de régulation. Les institutions sociales jouent un rôle essentiel dans ce processus.L’État et les institutions publiques ont pour fonction de garantir un cadre commun fondé sur l’égalité des droits. Les lois permettent de limiter les discriminations et d’assurer que les différences individuelles ou collectives ne deviennent pas des sources d’injustice. Une société pacifique est donc une société où tous les membres se sentent protégés et reconnus.L’école constitue également une institution fondamentale dans l’organisation des différences. Elle transmet des valeurs communes, favorise la socialisation des jeunes et apprend le respect des règles collectives. Elle permet aux individus issus de milieux différents de partager des références communes et de construire une identité citoyenne.Les médias, les associations et les espaces de dialogue jouent aussi un rôle important. Ils peuvent contribuer soit à renforcer les divisions sociales, soit à favoriser la compréhension entre les groupes. La manière dont une société parle de ses différences influence fortement la façon dont celles-ci sont perçues.Enfin, l’organisation des différences nécessite une culture du dialogue. Dans une société pluraliste, les désaccords sont inévitables. L’objectif n’est pas de supprimer les conflits, mais de développer des moyens pacifiques pour les gérer. La négociation, la participation citoyenne et la recherche de compromis permettent de maintenir la cohésion sociale.Ainsi, organiser les différences signifie construire des règles communes permettant à des individus différents de participer à un même projet collectif.

Pour ne pas conclure

En définitive, une société ne construit pas la paix en cherchant à supprimer les différences, car cellesci sont une réalité fondamentale de la vie sociale. Les différences deviennent dangereuses lorsqu’elles produisent des inégalités, des exclusions ou des oppositions entre groupes. En revanche, lorsqu’elles sont reconnues et encadrées par des institutions justes, elles peuvent devenir une richesse collective.La véritable cohésion sociale ne repose donc pas sur l’uniformité des individus, mais sur leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences. Le rôle d’une société moderne est ainsi de créer les conditions permettant à chaque groupe et à chaque individu de trouver sa place dans un cadre commun. Organiser les différences revient donc à construire un équilibre entre diversité et unité, entre liberté individuelle et solidarité collective. C’est dans cet équilibre que se trouve le fondement d’une paix sociale durable.

Quelques précisions :

Émile Durkheim (1858-1917) : De la division du travail social (1893) : étude des formes de solidarité qui unissent les membres d’une société.Émile Durkheim (1858-1917) : Les Règles de la méthode sociologique (1895) : définition de la sociologie comme science étudiant les faits sociaux.Émile Durkheim (1858-1917) : Le Suicide (1897) : analyse sociologique de l’influence de la société sur les comportements individuels.Max Weber (1864-1920) : Économie et société (1921-1922) : analyse des formes d’organisation sociale, du pouvoir et de l’autorité.Pierre Bourdieu (1930-2002): La Distinction (1979) : étude des différences de pratiques culturelles selon les positions sociales.

● Mauritanie ~ Système de correction du Baccalauréat | « J’accuse » Par M. Sneiba Mohamed

J’accuse

J’accuse un système de correction qui soulève aujourd’hui plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Les résultats du baccalauréat, notamment en français, ont laissé de nombreux enseignants, parents et élèves dans l’incompréhension. Certes, aucun système d’évaluation n’est infaillible. Une erreur de correction, un cas isolé, un « accident » peuvent toujours survenir. Mais lorsque les mêmes anomalies semblent se répéter, le doute devient légitime.

Comment expliquer que des élèves régulièrement évalués à plus de 15 sur 20 tout au long de l’année, par des enseignants expérimentés comptant parfois plus de trente années de carrière, obtiennent soudainement des notes de 5 sur 20 à l’examen national ? L’hypothèse d’une baisse générale de niveau ne suffit pas à justifier des écarts aussi considérables.

Il ne s’agit pas de contester le principe de l’examen, encore moins de remettre en cause le travail de tous les correcteurs. Il s’agit d’interroger un processus lorsque ses résultats apparaissent, dans de nombreux cas, en contradiction flagrante avec les performances observées durant toute une année scolaire.

Le ministère de l’Éducation nationale a aujourd’hui le devoir de dissiper les doutes. Une enquête administrative et pédagogique s’impose. Elle devrait porter sur les modalités de correction, l’harmonisation des notes, les éventuelles erreurs matérielles, ainsi que sur les écarts entre le contrôle continu et les résultats du baccalauréat.

La crédibilité d’un examen national repose avant tout sur la confiance. Or cette confiance ne peut être préservée que par la transparence. Si les résultats sont parfaitement justifiés, une investigation le démontrera. Si, en revanche, des dysfonctionnements sont constatés, ils devront être corrigés sans délai.

Parce que derrière chaque copie se trouvent des mois d’efforts, des familles qui espèrent et des enseignants qui s’investissent, il serait dangereux de laisser s’installer le soupçon.

J’accuse non pas des personnes, mais le silence face à des faits qui méritent d’être examinés avec rigueur, impartialité et responsabilité.

SNEIBA Mohamed, professeur de français, sortant de l’ENS (1988), ancien du Lycée de Boghé, du Lycée National, de Chems Dine, Les Nations, Le Petit Centre, assurant actuellement des cours au lycée privé IBTIKAR.

● Mauritanie Politique | Déclaration à chaud de Biram Dah Abeid sur la soirée média de Ghazouani

J’ai suivi avec attention la conférence de presse du chef de l’Etat mauritanien. Ce que j’en retiens d’abord, ce n’est pas un dirigeant porteur d’une vision pour la Mauritanie. C’est un chef d’Etat bouffi d’autosatisfaction. Après sept années de pouvoir, les Mauritaniens étaient en droit d’attendre des réponses sur la réconciliation, l’apaisement, la justice sociale, l’emploi, l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, la pauvreté, la corruption et la gouvernance.

Il y a un déphasage profond. Je pose la question : est-ce le chef de l’Etat qui est déconnecté de la réalité des Mauritaniens, ou les Mauritaniens qui sont déconnectés de la réalité qu’il leur présente ?

Il dit que la corruption recule. Les citoyens voient des fortunes surgir, la concentration des marchés publics entre les mêmes réseaux tribaux et de clans familiaux, et les puissants échapper à toute sanction. Et quand il présente l’augmentation des recettes de l’État comme une preuve de recul de la corruption, je pose simplement cette question : depuis quand des recettes en hausse prouvent-elles une corruption en baisse ? La vraie question, c’est comment cet argent est géré, comment les marchés sont attribués et comment les irrégularités sont sanctionnées.

Sur une éventuelle révision de la Constitution qui permettrait de briguer un troisième mandat en 2029, une phrase aurait suffi : « Je ne toucherai pas aux verrous constitutionnels. » Il ne l’a pas dite. Il a louvoyé et cultivé l’ambiguïté et parler de « volonté du peuple ».

Et ses silences sont lourds de sens : rien sur Mohamed Ould Abdel Aziz, en prison ; rien sur les députées Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour, qu’il tente de dépouiller de leur mandat ; rien sur un Parlement devenu une chambre d’enregistrement ; rien sur les détenus politiques; rien sur le parti politique interdit de légalité de son principal opposant et du seul courant capable de tenir tête au parti-Etat!!!

Ghazouani parle d’unité nationale. Nous partageons cet objectif, mais pas sa méthode. On ne construit pas la cohésion en traitant l’opposant capable de compétir et de mobiliser, comme un problème à neutraliser plutôt que comme un citoyen à convaincre.

Alors oui, les Mauritaniens doivent combattre ce système. Mais ils doivent aussi sauver le chef de l’État de ceux qui l’entourent et lui cachent cette réalité. Il n’a pas besoin de courtisans. Il a besoin qu’on lui dise la vérité. Et nous sommes prêts à la lui dire.

Nouakchott, le 25 juillet 2026

● Mauritanie : Afrikajom Center alerte sur la situation préoccupante de l’État de droit et appelle au respect des institutions républicaines

AfrikajomCenter exprime sa profonde préoccupation face aux développements récents de la situation politique et judiciaire en République islamique de Mauritanie, qui traduisent une dégradation inquiétante du respect de l’État de droit, des libertés fondamentales et du fonctionnement régulier des institutions républicaines.

©️ Lien médias https://www.afrikajomcenter.org/publications/mauritanie-afrikajom-center-alerte-sur-la-situation-pr%C3%A9occupante-de-l%E2%80%99%C3%A9tat-de-droit-et-appelle-au-respect-des-institutions-r%C3%A9publicaines/?fbclid=Iwb21leATPYitjbGNrBM9huGV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAABHp-LurEXt_S-dcJdBrM6XEt8k1g_WbyskVkRci-4hfrZM1qttfxA3y06ssH7_aem_jDe35kx4qSZdCmEI-OGA5g

● La violence de la tradition : l’esclavage de l’héritage. Par M. Seyre Sidibe



Parce qu’un de vos ancêtres s’est retrouvé, par malheur, au mauvais endroit et au mauvais moment, dans un rapport de force inégal et loin de son environnement d’origine, vous vous retrouvez, des années ou des décennies plus tard, à hériter d’un passif.

Parce que la situation lui était défavorable et que, pour des raisons de survie, il a dû accepter ou a été contraint de jouer un rôle social peu enviable, toute sa descendance en héritera et en paiera le prix.

Voilà la vérité qu’entend imposer la tradition née de l’esclavage par ascendance chez les Soninké et chez la plupart des peuples africains : l’esclavage héréditaire.
Cette manière, sans état d’âme, de juger, de condamner, d’étiqueter, de cataloguer des générations et des générations, des familles et des familles, pour quelque chose dont elles n’ont rien à voir, est quand même, pour le moins, débile et déconcertante.

Transposons cette logique à la vie de tous les jours et essayons d’aller jusqu’au bout de cette façon pitoyable de raisonner,  pour en démontrer la niaiserie.

Puisque tout passerait par héritage et par voie successorale, les enfants des colonels seraient colonels, ceux des médecins seraient médecins, ceux des enseignants seraient enseignants, ceux des députés des députés, et ceux des bergers, des paysans, etc., ne pourraient que courir derrière les animaux ou cultiver la terre.

Dans ce type de société, quelle place accorderions-nous à l’effort,  à l’école, au travail, à l’esprit, au mérite, à la responsabilité qui est individuelle le plus souvent.

Voyez-vous, mesdames et messieurs, l’héritage est soit une plus-value ou une moins-value dont il ne faut jamais se contenter au point d’en faire un motif d’orgueil ou de blâme. Dans les deux cas, chacun doit apprendre à se battre pour se défaire du passif qui peut servir ou desservir selon l’usage qu’on en fera.

À chacun de montrer, de prouver ce dont il est capable, de marquer son temps et son époque. On ne peut pas se contenter d’une médaille héritée  de ses aïeux  pour remporter une guerre. Le courage de votre grand-père n’est pas le votre. Sa lâcheté n’est pas non plus la vôtre.

Imaginez que le Mali d’aujourd’hui se cache derrière son histoire glorieuse, berceau des grands empires ouest-africains –  empire du Mali, empire du Ghana, empire songhaï, empire du Sosso, empire bambara de Ségou, empire du Wassoulou, etc. –  : ce passé glorieux ne saurait, à lui seul, peser en faveur du Mali contre les terroristes du Nord.

C’est dire que le respect absolu de la tradition dessert la tradition au lieu de la relever. Dans toutes les sociétés humaines, au nom du progrès et de la préservation de l’intérêt général, il a fallu, à un moment donné, renoncer à certaines pratiques pour aller de l’avant. Cela n’est pas dirigé contre les ancêtres ni contre une famille, mais relève plutôt du réalisme et du pragmatisme.

Nos filles étaient excisées systématiquement ; elles étaient mariées sans leur consentement : autant de pratiques de plus en plus en perte de vitesse et auxquelles nous renonçons petit à petit.

Que dire de nos idées reçues et de nos superstitions ?
Par exemple, voyager avec un cordonnier serait source de malheur : accident, panne, etc. Et, pour éviter le pire, il faudrait verser de l’eau sur la tête de celui-ci.

Se marier avec une femme issue d’une caste différente de la sienne serait également source de malédiction : les enfants en paieraient le prix. Certains osent soutenir qu’un esclave intelligent ne vit pas longtemps ou encore que l’esclave marche toujours du pied gauche, un peu comme à l’armée où l’on apprend à marcher de la gauche vers la droite.

Les idées reçues ne manquent pas dans nos sociétés traditionnelles africaines. Elles sont toutes l’expression d’une certaine manière de penser et d’être. Cependant, elles ne sont jamais neutres, car elles cherchent, à chaque fois, à créer la peur, à limiter ou à dissuader ceux qui s’aventureraient à sortir des lignes tracées.
In fine, on s’approprie le corps et l’esprit des hommes et des femmes pour les empêcher de réfléchir, de s’émanciper ou de se révolter. C’est une grosse arnaque, la pire des manipulations au service des groupes dominants.

Même la religion musulmane (l’islam) a été mise à contribution pour justifier ces aberrations. Certains marabouts disaient aux esclaves qu’Allah n’était pas exigeant à leur égard puisqu’ils étaient esclaves. Ainsi, les esclaves seraient exemptés de prier ; Dieu ne leur en tiendrait pas rigueur. En effet, la prière du maître était considérée comme suffisante : ses esclaves y étaient inclus.

Ce mensonge, qui porte atteinte à l’islam, était distillé parce que le temps qu’un esclave passait à faire la prière était considéré comme un manque à gagner pour le maître.

Ces méthodes et pratiques sont identiques à celles utilisées par les colonisateurs blancs ou arabes. En vérité, tous les hommes qui ont imposé la domination par la force pour asseoir  leur hégémonie,  ont été cruels et inhumains. L’histoire de l’esclavage, quelle qu’en soit la forme et sous tous les cieux, est jalonnée de cruauté, d’abominations et de viols.

C’est pourquoi, dans les sociétés occidentales, les descendants de négriers comme ceux de l’ancienne noblesse évitent de se prévaloir de leur lignée. Ils savent que revendiquer une grandeur héritée d’une autre époque inspire aujourd’hui davantage la honte que la fierté.

Nul n’est responsable des exactions commises par ses parents ou ses aïeux. Mais à force de s’identifier à une prétendue “grandeur” héritée, certains finissent par tourner en dérision les descendants des victimes et basculent dans la provocation. Ceux qui se réclament de la “noblesse” oublient trop souvent qu’on n’a jamais régné innocemment.

La véritable noblesse ne se sépare jamais de la sagesse, entendue en son sens philosophique. Elle ne saurait coexister avec l’oppression, l’exclusion ou la violence sociale et politique, ni avec l’humiliation ou la réduction d’autrui à la servitude.

Seyré SIDIBÉ

● Mauritanie Politique | Nous et nos petits paradoxe.

📷 2011 | visuel du DVD de la première conférence de l’association Armepes Ganbanaaxu-France Ganbanaaxu Fedde Armepes 

—C’est bien d’être philosophes et alertes en dénonçant la gouvernance ethno-raciale et monocolore à la constatation de certains visuels sur le personnel étatique. Il est encore mieux si on osait indexer avec le même entrain certain fonctionnement qui régit hermétiquement nos associations communautaires. Parce qu’il y règne parfois un fascisme social qui reproduit insidieusement les suprémacismes liés aux hiérarchies de naissance dans le corps ethnique. Pour se faire, tout un conditionnement est mobilisé pour perpétuer une sorte de juxtaposition fonctionnelle par laquelle le sang de naissance mène à la position statutaire de lead. Au sein de certains milieux chez les négro-mauritaniens (notamment soninkés et peulhs), ces discriminations sont socialisées de fait et les éléments socialement subalternisés subissent cette sorte d’un ethno-racisme de communauté. Une réalité de nature très politique qui assure pérennité au modèle inégalitaire et ségrégationniste des régimes coutumiers du régalien intra-communautaire. Les ambiguïtés et la terreur sociale constituent des piliers actifs pour maintenir le schéma en place d’apparence moderne. Et généralement l’association loi X ou Y en France, en Mauritanie ou au Québec est difficilement déconnectée des influences d’un déterminisme construit et chevillé à l’ensemble communautaire.
Par ailleurs… on voudrait instruire cohérence pour dénoncer le racisme d’Etat tout en comptant entretenir cet autre ethno-racisme très animé dans nos enclos communautaires. Ainsi… une brève conclusion osée : celui qui ne t’accepte pas le lead intra-communautaire par déterminisme coutumier ne peut croire sincèrement te voir élu président de la République. Son penchant féodal et suprémaciste risque d’inhiber sa tentation de libération citoyenne. C TRÈS DUR !



28 juin 2026

KS pour le BLOG

● La diaspora mauritanienne a honoré ses bâtisseurs dans une cérémonie historique | 20 juin 2026 à la bourse de Travail de paris

20 juin 2026 : La diaspora mauritanienne honore ses bâtisseurs

Le 20 juin 2026 restera une date forte dans la mémoire de la diaspora mauritanienne en France. Ce jour-là, sous l’impulsion du Cadre de concertation et de dialogue des Mauritaniens de la diaspora (CCDMD), présidé par le Docteur Sao Ousmane, une grande Journée d’honneur et de reconnaissance a réuni un public nombreux venu célébrer des figures majeures ayant marqué l’histoire intellectuelle, culturelle, scientifique, associative et médiatique de la Mauritanie.
Dans son discours d’ouverture, le Docteur Sao Ousmane a donné le ton de la journée. Avec gravité et conviction, il a rappelé que « les peuples qui avancent sont ceux qui savent honorer leurs bâtisseurs ». Il a insisté sur le devoir de mémoire, la responsabilité de reconnaissance et l’urgence de transmettre les valeurs portées par ces figures d’exception. Son intervention a été accueillie par une profonde adhésion de l’assistance, consciente de la portée symbolique de cette initiative. Il a également souligné la nécessité de préserver la mémoire collective et de transmettre aux jeunes générations les valeurs d’engagement, de savoir et de solidarité.
Parmi les personnalités présentes figurait M. Issa Diawara, député des Mauritaniens de l’extérieur, qui a pris la parole pour saluer l’initiative du CCDMD et souligner l’importance de préserver la mémoire des grandes figures de la diaspora.
La cérémonie a également connu une forte présence des forces vives de la diaspora, avec la participation des représentants de plusieurs organisations associatives, notamment ACTUME, la DHDS France, la Fédération Hirnagué Boosoya France et Union des ressortissants de Mbagne en France, ainsi que de nombreuses autres structures engagées dans la solidarité, la culture et le développement.
Dans une salle comble, empreinte d’émotion et de respect, élus, universitaires, intellectuels, responsables associatifs, artistes et membres de la société civile ont répondu présents à cet appel à la mémoire collective. Tous se sont retrouvés autour d’un même objectif : reconnaître les parcours d’exception et transmettre aux générations futures l’héritage de celles et ceux qui ont consacré leur vie au savoir, à l’engagement et au service de la communauté.

La cérémonie a ensuite laissé place à une série d’hommages solennels rendus à des personnalités dont les contributions ont profondément marqué la Mauritanie contemporaine. Parmi elles figuraient notamment Ndiaye Ciré Kane de Tekane, le Professeur Abdel Wedoud Ould Cheikh, le regretté Professeur Ousmane Moussa Diagana (Dembo), le Professeur Yerim Fassa, Mr. Ousmane Dia, Mr. Hamady Mbodj, le regretté Cheikh Oumar Ba et Med Hondo.

À travers des témoignages riches, précis et souvent chargés d’émotion, intervenants et proches ont retracé les trajectoires de ces hommes d’exception. Tous ont été décrits comme des bâtisseurs de savoir, des passeurs de culture et des acteurs essentiels du rayonnement mauritanien. Leurs œuvres, leurs combats et leurs engagements ont été rappelés avec force, soulignant leur rôle dans la construction intellectuelle, sociale et culturelle du pays.
Chaque hommage a révélé une constante : des vies entièrement consacrées à l’excellence, à la transmission et au service des autres. Qu’il s’agisse du monde universitaire, artistique, associatif ou médiatique, tous ont laissé une empreinte durable et une influence qui dépasse largement leurs domaines respectifs.
L’émotion a atteint son paroxysme lors des hommages rendus aux figures disparues, dont la mémoire continue d’habiter les consciences et d’inspirer les générations actuelles. Dans un silence respectueux, ponctué d’applaudissements nourris, l’assistance a mesuré la portée de leur héritage et la responsabilité collective de le préserver.
Au-delà de la cérémonie, cette journée a pris la dimension d’un véritable moment fondateur pour la diaspora. Elle a incarné une volonté claire : construire une passerelle entre les générations, entre mémoire et avenir, entre reconnaissance et transmission.
Le CCDMD, à travers cette initiative, a voulu rappeler que la valorisation des parcours exemplaires n’est pas un simple hommage symbolique, mais un acte scientifique, culturel et social essentiel. En mettant en lumière ces figures, il a offert à la jeunesse des repères solides et des modèles d’engagement fondés sur le mérite, la rigueur et la persévérance.
Dans une atmosphère fraternelle et profondément humaine, les échanges ont renforcé les liens entre les participants et mis en évidence la richesse du tissu associatif mauritanien en France. Cette mobilisation collective a donné à l’événement une dimension rare : celle d’une communauté rassemblée autour de son histoire et de ses valeurs fondamentales.
La cérémonie s’est achevée par la remise solennelle de diplômes aux personnalités honorées, marquant l’aboutissement de cette journée placée sous le signe de la mémoire, de la reconnaissance et de la transmission. Dans une ambiance chargée d’émotion, l’assistance a salué ces distinctions symboliques rendues à des parcours d’exception.
Le 20 juin 2026 s’impose ainsi comme une journée de mémoire vive, de reconnaissance assumée et de transmission engagée. Une journée où la diaspora mauritanienne n’a pas seulement honoré ses figures illustres : elle a affirmé son identité, consolidé son unité et rappelé que l’avenir se construit toujours sur la mémoire de ceux qui ont ouvert la voie.

©️ Équipe CCDMD

● Congrès de Pastef-Les Patriotes ; Mon témoignage | Par Biram Ould Dah Ould Abeid

De prime abord, je me permets de souligner que le premier congrès du plus vigoureux courant mémoriel et souverainiste ouest-africain aurait bien porté, à juste titre, le nom du héros- martyr Oumar Blondin Diop.

Le dimanche 7 juin 2026, s’achevait, à Dakar, la première assemblée générale du Pastef-Les Patriotes, un projet de la renaissance et de la refondation qui illustre le paradoxe de conduire l’autorité de l’Etat et d’incarner, simultanément, l’opposition au statuquo. Pourtant, la posture du grand écart que les circonstances ont imposé, n’altère, en rien, la force, la puissance d’attraction et l’enthousiasme des partisans de la rupture salutaire et du renouveau, bien au-delà du Sénégal. La formation d’Ousmane Sonko, l’artisan de la régénération africaine, occupe, jusqu’ici, une position inédite, pour ne pas dire insolite : Elle modifie et réinvente l’exercice de la bipolarité dans les pays où prévaut la démocratie pluraliste.
Le rassemblement du 7 juin 2026 à Diamniadio constitue un plébiscite tranquille dont procède un modèle de contestation de la gouvernance oligarchique, non vertueuse et dépendante, en vigueur sur le Continent, depuis des décennies. Or, le Pastef, en dépit de sa nouveauté, est parvenu à mobiliser et arrimer, à son ambition, la jeunesse déboussolée, les couches populaires paupérisées et l’élite soucieuse de moraliser la gestion publique sur la voie du développement. Autour de la lutte contre la corruption et la prédation des richesses de l’Afrique par le capitalisme conquérant, s’est ainsi construite, en quelques années, une alternative crédible à la fausse démocratie et aux élections contrefaites. Ainsi, les institutions de la République furent vidées de leur substance au profit de la reproduction des faveurs indues et des passe-droits. D’ailleurs, la Constitution, les lois et les conventions internationales, dûment ratifiées, n’échappaient à la logique du détournement clientéliste.
En face, s’est dressé l’élan révolutionnaire des manifestations de rue et du bulletin de vote, afin de rétablir la véracité et l’authenticité de la lettre, de l’esprit et des rôles dévolus aux serviteurs de l’intérêt collectif qui est l’assise même du contrat entre les citoyens et les serviteurs de l’Etat.  Il fallait restaurer l’intégrité du verbe et de la pratique, en vue de mieux réconcilier le peuple et la politique, au sens noble du terme. Il s’agissait d’asseoir la légitimité légale-rationnelle au nom de l’adhésion du grand nombre, sans déroger à la transparence ni suspendre les libertés, en dehors desquelles le volontarisme s’estompe puis s’effrite à l’épreuve du pouvoir.
Le credo et l’action du Pastef viennent battre en brèche la vieille résignation d’ambiance, face à la continuité de systèmes anachroniques de recrutement et de fidélisation de réseaux de notables, davantage mus par l’appât du gain et le carriérisme cynique. La leçon vaut pour la quasi-totalité de l’Afrique, d’où la ferveur de l’accueil de liesse et d’espérance, réservé à l’alternance sénégalaise. Grâce aux changements en cours, les Africains réapprennent le sens de l’engagement quand le porte une conviction forte, sous l’égide de femmes et d’hommes dévoués à la quête exigeante de l’équité. L’exemple a pris et ses fruits deviennent irréversibles parce que la peur change de camp.
La passion panafricaine du Président Ousmane Sonko et de son parti, du fait de sa caution morale par les urnes, se distingue du nationalisme prétorien et de ses pulsions suicidaires, même si les deux propositions procèdent, à l’origine, d’une identique soif d’émancipation devant l’arrogance de la domination néocoloniale et des kleptocraties  qu’elle entretient. Avec le Pastef, les aristocraties périmées d’hier perdent de leur capacité de sidération aux dépens des masses car la brutalité et l’achat des consciences ont été démystifiées. Une nouvelle page du relèvement africain s’écrit, désormais, à l’encre dense de la non-violence et de la constance à l’effort.
La  seconde libération de l’Afrique se joue, sous nos yeux. Sachons en réaliser la promesse, chacun chez soi ! Nos combats solidaires sont appelées à parfaire l’œuvre des pionniers de l’Indépendance. Telle se présente notre mission commune, après le 24 mars 2024. Elle ne peut être qu’universaliste, généreuse et sans concession aux fossoyeurs de la dignité humaine, telle qu’énoncée dans la Charte des Nations Unies. J’y crois plus que jamais.
Dakar, Sénégal
15 juin 2026