● Contribution | Et si la citoyenneté numérique redéfinissait les notions de territoire et d’État ? Par M. Seyre Sidibe

Les réseaux sociaux sont devenus un espace de citoyenneté. Cette  citoyenneté nouvelle  qui bouscule celle classique est unique en son genre. Ici, point de territoire circonscrit, point de nationalité unique sous la bannière d’un État avec ses symboles : un territoire, une armée et un drapeau…

Il en va de même pour la famille, l’amitié et la politique. Tous ces fondements de la société classique sont  en  perpétuelle changement ; en mutation.

La notion de frontière a profondément changé. Tout est dans l’imaginaire, dans la représentation. Voilà le nœud de la polémique récemment alimentée par la sortie de l’ancien ministre  Sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane GADIO.

Le voisin n’est plus celui qui habite le palier d’à côté.  Celui qu’on croise tous les jours:  deux, trois, quatre fois par jour. Le voisinage est désormais une notion de connexion et de partage. Elle n’est plus une question de distance.

Les réseaux sociaux ont dès lors bousculé, voire bouleversé, la conception traditionnelle de citoyenneté, de territoire, de voisinage et même de la géopolitique.

En effet, désormais, tout est question de centres d’intérêts, de partage des mêmes passions, des mêmes combats, des mêmes valeurs, des mêmes sensibilités ou complicités, etc.

Sur le plan politique, par exemple, certains compatriotes mauritaniens sont offusqués de constater l’intérêt que porte une partie des Mauritaniens à la politique sénégalaise, cristallisée ces derniers temps par l’opposition entre Sonko et Diomaye.

La même critique peut être formulée contre ceux parmi les Mauritaniens qui connaissent tout de Bagdad, de Benghazi, de Doha, de Rabat et d’Alger, du Fatah et du Hamas, alors que, devant une production orale dans nos langues nationales, ils sont incapables de faire la différence entre le pulaar, le soninké et le wolof, pourtant des langues inscrites dans la Constitution.

Au plan politique, il est évident que des hommes et des femmes placés dans les quatre coins du globe sont désormais unis par les mêmes idéaux grâce aux réseaux sociaux autour des mêmes problématiques : l’émigration, la lutte contre le terrorisme, l’homosexualité, etc.

Ils transcendent ainsi les appartenances et les clivages locaux pour internationaliser leur vision. Les exemples ne manquent pas : les nouveaux intellectuels du panafricanisme dans l’espace AES et leurs répondants à travers le monde, etc. Idem du côté de l’Occident, où la guerre Russie-Ukraine a été déterminante.

Chez nous encore, la lutte  contre l’esclavage par ascendance est présente surtout en milieu Soninké.
Les réseaux sociaux sont  devenus un champ de bataille et de confrontation. Cela a occasionné une nouvelle configuration des paradigmes. De nouvelles amitiés ont été créées mais également des nouveaux antagonismes.

Désormais, les likes sont révélateurs des prises de position. On ne cherche plus la vérité, la cohérence et la force de l’argument ou encore sa pertinence. Ce qui est jugé, ce qui compte, c’est l’identité de celui qui a écrit ou partage.

La contradiction et les critiques constructives, qui sont les marqueurs des échanges intellectuels ou académiques, sont utilisées pour humilier ou ridiculiser. Elles sont souvent convoquées de manière malhonnête et impertinente pour se faire remarquer, passer pour un génie. Impressionner peut-être.

Une telle démarche se caractérise par la recherche effrénée du sensationnel et de l’irrationnel. Elle a parfois altéré la pertinence de débats aux thématiques pourtant intéressantes sur la toile.

Cette dernière est transformée en un champ de tirs et de règlements de compte. Certains trouvent l’occasion de s’acharner contre des personnes à qui ils ne peuvent jamais oser s’attaquer dans la réalité.

Dans ce contexte, la neutralité et l’objectivité intellectuelles sont devenues rares. Chaque post est scruté, chaque like est analysé pour classer l’auteur dans un compartiment.

Le silence est également questionné. La réaction tardive aussi, surtout pour les intellectuels classiques et maintenant les nouveaux « intellectuels des réseaux sociaux ». Ils sont beaucoup plus bavards et présents.

Quelle place et quelle posture pour les intellectuels face aux bouleversements de notre époque : doivent-ils être dans la complaisance, la complicité, la modération, ou au contraire dans l’éveil des consciences ?

Les intellectuels, eux, sont tenus de ne pas céder aux pressions extérieures, au petit calcul et autres intérêts. Leur posture doit être celle du médecin qui soigne avant tout le mal. Les éléments identitaires du patient importent peu. Cela devrait être l’attitude irréprochable d’un intellectuel : s’affranchir des pesanteurs.

Seyré SIDIBE

● La protection des ressources naturelles commence par une gouvernance juste. Par M. Ibrahima Deh

Je salue l’initiative du Gouvernement mauritanien, en particulier du ministère des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel ainsi que des institutions concernées par la gestion des ressources naturelles, d’avoir consacré le prêche du vendredi 7 août 2026 à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles et à leur préservation à la lumière des enseignements de l’islam.

Cette démarche est à la fois pertinente et symboliquement forte. Dans un pays où l’islam constitue un socle commun de valeurs, mobiliser les références coraniques et la tradition prophétique pour sensibiliser les citoyens à la protection de l’environnement peut contribuer à renforcer la conscience collective et le sens de la responsabilité envers les biens communs. J’espère que ce message rappellera aux fidèles que les ressources naturelles sont un dépôt (amānah) confié à l’humanité et que leur préservation est une responsabilité religieuse, morale et citoyenne.

Cependant, à mon humble avis, cette réflexion ne devrait pas se limiter à la seule protection ou à la rationalisation de la consommation des ressources naturelles. Elle devrait également s’interroger sur la manière dont ces ressources sont produites, gouvernées, redistribuées et mises au service du développement humain.

La Mauritanie dispose d’un potentiel naturel exceptionnel : minerai de fer, or, cuivre, gaz, ressources halieutiques parmi les plus riches au monde, terres arables, potentiel solaire et éolien, ressources en eau et ressources forestières. Pourtant, malgré cette abondance, une grande partie de la population continue de faire face à la pauvreté, au chômage, aux difficultés d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux infrastructures et aux services sociaux de base.

Cette réalité pose une question fondamentale : comment expliquer le paradoxe d’un pays riche en ressources naturelles où persistent encore de fortes vulnérabilités socio-économiques, alors que la population dépasse à peine cinq millions d’habitants ?

La réponse ne réside pas uniquement dans la nécessité de mieux protéger les ressources naturelles. Elle implique aussi une réflexion approfondie sur leur gouvernance. Les enjeux concernent notamment les mécanismes de production et de captation de la rente, les modalités de redistribution des richesses, les rapports de pouvoir, les inégalités territoriales et sociales, les phénomènes de corruption, les logiques clientélistes, les solidarités tribales, les conflits sociaux et environnementaux ainsi que la participation effective des communautés aux décisions qui concernent leurs territoires.

La Mauritanie ne manque pourtant ni de lois, ni d’institutions, ni d’engagements internationaux en matière de bonne gouvernance des ressources naturelles. Le pays participe notamment à des initiatives internationales de transparence dans les industries extractives. Le véritable défi réside davantage dans la mise en œuvre effective de ces principes et dans leur appropriation par l’ensemble des acteurs.

Dans cette perspective, la prêche du vendredi pourrait également rappeler que l’islam accorde une place centrale à la justice (al-‘adl), à la transparence (al-amānah), à la consultation (ash-shūrā), à la responsabilité (al-mas’ūliyyah) et à la lutte contre toute forme d’injustice et de corruption. Ces valeurs constituent également les fondements d’une gouvernance collaborative, légitime et durable des ressources naturelles.

Lorsque les populations perçoivent que les ressources naturelles sont gérées de manière transparente, que leurs bénéfices sont équitablement répartis et qu’elles participent aux décisions qui les concernent, la protection de ces ressources devient un intérêt partagé par tous. Les citoyens ne protègent plus seulement une richesse nationale ; ils protègent également une source de développement, de bien-être et d’espoir pour les générations présentes et futures.

La préservation des ressources naturelles ne peut donc être dissociée de la justice dans leur gouvernance. L’une ne saurait produire des résultats durables sans l’autre.

En fin, cette initiative du Gouvernement constitue une excellente opportunité pour ouvrir un débat national plus large sur la gouvernance des ressources naturelles. Une gouvernance fondée sur la transparence, la participation citoyenne, la justice distributive, la responsabilité des institutions et l’équité permettrait de transformer l’abondance des ressources naturelles en un véritable levier de développement durable, plutôt qu’en une source de frustrations ou de ce que la littérature qualifie de « malédiction des ressources ».

Par Ibrahima Deh
Doctorant en sciences de l’environnement – Université du Québec à Montréal (UQAM), associé au groupe Cheurcheur.e.s en Responsabilité Sociale et Developpement Durable (CRSDD)

● Contribution | Et si c’était l’ordre colonial français qui sauva certains africains du joug ténébreux de l’esclavage « maison » !

📷 Bamako, 21 octobre 2021, autour de la figure symbolique descendante des pionniers anti-esclavagistes soninkés fondateurs du village de Bouillagui en 1914, le journaliste malien Goudia Konate Konate , le président Gaye Tene Traoré et votre modeste rédacteur de cet article.


L’esclavage « maison » fut (est) cette traite intra-africaine très étrangement oubliée et banalisée dans beaucoup d’études et autres mobilisations revendicatives centrées sur les problématiques africaines (pendant et après colonisation). Une Afrique esclavagiste et affreusement esclavagiste était bien en mouvement au cœur du continent qui était sous domination coloniale occidentale (française dans notre zone sahélo-saharienne). Il serait intéressant  qu’on puisse retrouver des matériaux- ressources historiques au crédit anti-esclavagiste de certains de nos figures dites résistantes anti-coloniales… par exemple : Samory Touré, Elhaj Omar Tall ou Mohamed Lamine Dramé

À leur époque d’activisme militaro-politique anti français, courant tardif 19ème siècle, des noirs esclavagisés souffraient dans des plantations au Brésil et ailleurs mais il y en avait qui étaient sous les fers de l’asservissement massif tout près dans leurs zones d’engagement contestataire. Et cette Afrique esclavagiste intra-muros d’antan rumine de nos jours par un continuum d’aspect héréditaire (l’esclavage par ascendance) au cœur sociologique de nombreuses communautés ouest-africaines, par exemple du groupe sociolinguistique #soninké. Et osons le dire, le système colonial français avec tout ce qu’il provoquait d’inique et de travers avec l’indigénat et la domination multidimensionnelle sur les populations africaines, eut fait preuve d’une certaine lucidité stratégique à une époque pour gêner les mécanismes de l’esclavage intra-africain dans certaines zones. C’est le cas de la région de Kayes dans l’actuel Mali (anciennement le Soudan français) avec la fondation de cités refuges appelées aussi « Villages liberté ». Ce fut pour contrecarrer la déferlante esclavagiste en vigueur entre africains (Noirs). Les régimes et pratiques coutumiers dans la jungle de l’époque chez les univers communautaires, acceptaient l’esclavage comme institution sociale et économique. Ainsi, nombre de leaders tradi-politiques et religieux répugnaient la présence des Blancs pas à cause de la domination politique extérieure mais parce qu’ils ne supportaient pas voir péricliter leur système d’exploitation et d’asservissement sur d’autres Noirs.

Donc.. à une époque de notre histoire, certains africains sous les violences d’un braconnage humain menées par d’autres africains, préféraient de loin la présence du relais d’un pouvoir Blanc tenu à Paris qu’être à la proie de ses semblables de peau dans un village voisin.
Une réalité historique sur la problématique de l’esclavage intra-africain qui nous rattrape de nos jours dans certaines communautés ouest-africaines où les mentalités esclavagistes persistent et des personnes ou des composantes sociales assignées statutairement « esclaves » subissent diverses représailles (expropriation des terres, expulsions, agressions physiques..) en refusant leur statut. Étrangement… dans la continuité de ce que l’ordre colonial avait laissé comme structure étatique dans nos sphères territoriales, seules les lois qui en sont inspirées tiennent de références anti-esclavagistes et abolitionnistes dans la lettre et dans l’acte au forcing par du plaidoyer actif de cercles abolitionnistes. Ni morale sociale ni prêche religieux domestiques… n’ont pu être d’activants résolument anti-esclavagistes dans nos terroirs. Ce qui répond pourquoi… certains parmi nous restent très « accrocs » socialement à l’esclavage par ascendance qui sévit autour d’eux jusqu’à dans leur concession familiale.

En guise de référence, le visionnage du film documentaire (sorti en 2014) de l’universitaire Dr Marie Rodet, les Diambourou https://vimeo.com/245704895 , serait d’un grand intérêt. C’est sur le cas du village soninké de Bouillagui au Mali.

À cet article, je ne saurait manquer d’y adjoindre une contribution d’hommage consacrée à une tante du village de #Bouillagui, rencontrée en octobre 2021 à Bamako, Madame Hawa Cissoko. C’était à l’occasion d’un événement de formation au plaidoyer anti-esclavagiste organisé à l’USJPB Bamako et à Kayes, voir https://ecrit-ose.blog/2021/11/09/%e2%9c%93temoignage-emouvant-qui-marque-la-memoire-de-la-tante-hawa-cissoko-de-bouyagui/ .


4 août 2026

KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● Livre ~ Histoire – Sénégal ~ Soninké | « MOUHAMADOU LAMINE DARAME ». Par l’anthropologue Yaya SY

Né à Goudiourou dans la première moitié du XIXe siècle, Mouhamadou Lamine a grandi dans une famille de marabouts soninkés. Il fut influencé dans son adolescence par l’aura et la réputation d’El-Hadj Omar Tall le marabout toucouleur qui a voulu rassembler les musulmans de l’Ouest contre la colonisation française du haut –fleuve.
Après ses études coraniques auprès de son père puis  à Bakel, Moumadou Lamine se rendit à la Mecque à la fin des années 1860.
Dès son retour  au  Soudan en 1885, il était étroitement surveillé par les colons français  de Tombouctou à son village natal où il fut accueilli triomphalement par Diouxa Sambella le roi du Xasso  en juillet 1885.
Le Colonel Henri Frey chef de fil des colons français lui rendit aussitôt visite pour s’enquérir de son allégeance  à l’ordre colonial naissant et balbutiant au Soudan. Mouhamadou Lamine le rassura en lui promettant de ses bonnes intentions envers les Français. 
A la fin de l’année 1885, il se rendit à Bakel pour une visite de courtoisie à ses maîtres coraniques et à sa famille Darame. Il y rencontra le Commandant Lefranc et le rassura également…  Sur le chemin du retour, arrivé à Baalou le village de ses oncles, son étoile brillait déjà au firmament de tous les pays soninkés.  Le village était rempli d’étrangers venus de partout voir le fils prodige du Soninkara occupé ou dominé par les Toucouleurs…
Il avait un vieux projet d’aller combattre les infidèles du Tenda qui l’avaient emprisonné quand il était étudiant à Bakel lors d’un conflit entre le Kaméra et le Tenda. De Balou, les jeunes venus le rejoindre le persuadèrent de mener son  projet de Jihad.
Mais beaucoup de royaumes du Soudan occidental sur le fleuve Sénégal et ses alentours  s’étaient déjà alliés aux Français par un traité de protectorat… Quand Mouhamadou Lamine voulut traverser le Boundou pour se rendre à Gamon la capitale du Tenda, le roi du Boundou Omar Penda  lui refusa le droit de passage pour raison d’alliance avec les Français… Les jeunes Soninkés dont les pays étaient occupés les fils d’El Hadj Omar comme le Jafunu et le Kingi étaient pour le passage en force…
Dès lors, les choses commencèrent à s’envenimer dans tout le haut-Sénégal…  Les Soninkés et les Toucouleurs n’ont pas pu surmonter leurs conflits ethno-religieuses pour faire face à la menace de colonisation imminente…
Un ouvrage à lire pour mieux comprendre tout le processus de phagocytage méticuleux et méthodique des pays du fleuve par la France de 1820 à la défaite d’Ahmadou le fils aîné d’El Hadj Omar face au colonel Archinard le 1Er janvier 1891.

Yaya SY

● Réflexion – Contribution | « Une société ne construit pas nécessairement la paix en supprimant les différences, mais en apprenant à organiser les différences. » Tentative de réflexion par le Dr. Ousmane Sao


Introduction

I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société

II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée

III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales
Pour ne pas conclure

● Introduction

Toute société humaine est caractérisée par la diversité. Les individus qui la composent ne partagent pas tous les mêmes origines, les mêmes pratiques culturelles, les mêmes valeurs ou les mêmes conditions sociales. Cette pluralité constitue une réalité permanente de la vie collective. Cependant, les différences sociales peuvent aussi être à l’origine de tensions, de divisions et de conflits lorsque certains groupes se sentent exclus, dominés ou incompris.Face à cette situation, une question essentielle se pose : faut-il rechercher la paix sociale en supprimant les différences afin de créer une société homogène, ou faut-il plutôt apprendre à organiser cette diversité pour permettre une coexistence harmonieuse ? L’expérience des sociétés modernes montre que la disparition des différences est non seulement impossible, mais qu’elle peut également conduire à l’exclusion et à la négation des identités individuelles et collectives. La véritable question n’est donc pas de savoir comment supprimer les différences, mais comment les intégrer dans un cadre social commun.D’un point de vue sociologique, la paix sociale dépend de la capacité d’une société à produire de la cohésion, à réguler les rapports entre les groupes et à construire des mécanismes permettant la coexistence des diverses composantes sociales.Nous montrerons d’abord que les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion collective lorsqu’elles produisent des inégalités ou des oppositions entre groupes. Nous verrons ensuite que la diversité peut constituer une richesse sociale lorsqu’elle est reconnue et intégrée. Enfin, nous analyserons les moyens par lesquels une société peut organiser les différences afin de construire une paix durable.

● I. Les différences sociales peuvent fragiliser la cohésion d’une société.

Dans toute société, les individus appartiennent à différents groupes sociaux. Ils peuvent se distinguer par leur origine, leur niveau économique, leur profession, leur culture ou leur mode de vie. Ces différences ne sont pas nécessairement négatives, mais elles peuvent devenir problématiques lorsqu’elles créent des rapports d’inégalité ou d’exclusion.Les inégalités sociales constituent l’une des principales sources de tensions. Lorsqu’une partie de la population a un accès limité à l’éducation, à l’emploi, au logement ou aux services publics, elle peut développer un sentiment d’injustice et de marginalisation. La différence entre les groupes sociaux ne devient alors plus seulement une diversité, mais une hiérarchie qui menace l’équilibre collectif.Les phénomènes de discrimination renforcent également les divisions sociales. Lorsqu’un individu est défavorisé en raison de son origine, de sa culture ou de son appartenance sociale, il peut ressentir un rejet de la société dans laquelle il vit. Ces mécanismes affaiblissent le sentiment d’appartenance commune et peuvent alimenter les conflits.De plus, les différences culturelles ou identitaires peuvent provoquer des tensions lorsque les groupes refusent de reconnaître la légitimité des autres. Le manque de dialogue, les préjugés et les stéréotypes peuvent créer une opposition entre « nous » et « eux », favorisant ainsi la méfiance et la division.Ainsi, les différences peuvent représenter un défi pour la paix sociale lorsqu’elles sont associées à des inégalités, à l’exclusion ou à l’absence de reconnaissance.

● II. La diversité sociale peut être une richesse lorsqu’elle est intégrée.

Cependant, considérer les différences uniquement comme une source de conflits serait une vision limitée. La diversité constitue également une ressource importante pour les sociétés. Les échanges entre individus et groupes différents favorisent l’enrichissement culturel, l’innovation et la créativité collective.Une société totalement uniforme est difficilement réalisable. Les individus ont toujours des expériences, des opinions et des parcours différents. La stabilité sociale ne dépend donc pas de la disparition de ces différences, mais de la capacité à créer un espace commun dans lequel elles peuvent s’exprimer.L’intégration sociale joue ici un rôle essentiel. Elle ne signifie pas que les individus doivent abandonner leurs particularités, mais qu’ils doivent pouvoir participer pleinement à la vie collective tout en conservant certains éléments de leur identité. Une société intégrée est une société où les différences existent, mais où elles ne constituent pas un obstacle à l’égalité des droits et à la participation sociale.La diversité peut également renforcer la solidarité. Lorsque les individus apprennent à coopérer avec des personnes différentes d’eux, ils développent des compétences sociales telles que le respect, l’écoute et la capacité à négocier. La rencontre avec l’autre devient alors un facteur de développement collectif.Ainsi, la paix sociale ne repose pas sur l’uniformité, mais sur la capacité d’une société à transformer la diversité en une force collective.

● III. Organiser les différences : le rôle des institutions et des normes sociales.

Pour qu’une société puisse vivre en paix malgré ses différences, elle doit mettre en place des mécanismes d’organisation et de régulation. Les institutions sociales jouent un rôle essentiel dans ce processus.L’État et les institutions publiques ont pour fonction de garantir un cadre commun fondé sur l’égalité des droits. Les lois permettent de limiter les discriminations et d’assurer que les différences individuelles ou collectives ne deviennent pas des sources d’injustice. Une société pacifique est donc une société où tous les membres se sentent protégés et reconnus.L’école constitue également une institution fondamentale dans l’organisation des différences. Elle transmet des valeurs communes, favorise la socialisation des jeunes et apprend le respect des règles collectives. Elle permet aux individus issus de milieux différents de partager des références communes et de construire une identité citoyenne.Les médias, les associations et les espaces de dialogue jouent aussi un rôle important. Ils peuvent contribuer soit à renforcer les divisions sociales, soit à favoriser la compréhension entre les groupes. La manière dont une société parle de ses différences influence fortement la façon dont celles-ci sont perçues.Enfin, l’organisation des différences nécessite une culture du dialogue. Dans une société pluraliste, les désaccords sont inévitables. L’objectif n’est pas de supprimer les conflits, mais de développer des moyens pacifiques pour les gérer. La négociation, la participation citoyenne et la recherche de compromis permettent de maintenir la cohésion sociale.Ainsi, organiser les différences signifie construire des règles communes permettant à des individus différents de participer à un même projet collectif.

Pour ne pas conclure

En définitive, une société ne construit pas la paix en cherchant à supprimer les différences, car cellesci sont une réalité fondamentale de la vie sociale. Les différences deviennent dangereuses lorsqu’elles produisent des inégalités, des exclusions ou des oppositions entre groupes. En revanche, lorsqu’elles sont reconnues et encadrées par des institutions justes, elles peuvent devenir une richesse collective.La véritable cohésion sociale ne repose donc pas sur l’uniformité des individus, mais sur leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences. Le rôle d’une société moderne est ainsi de créer les conditions permettant à chaque groupe et à chaque individu de trouver sa place dans un cadre commun. Organiser les différences revient donc à construire un équilibre entre diversité et unité, entre liberté individuelle et solidarité collective. C’est dans cet équilibre que se trouve le fondement d’une paix sociale durable.

Quelques précisions :

Émile Durkheim (1858-1917) : De la division du travail social (1893) : étude des formes de solidarité qui unissent les membres d’une société.Émile Durkheim (1858-1917) : Les Règles de la méthode sociologique (1895) : définition de la sociologie comme science étudiant les faits sociaux.Émile Durkheim (1858-1917) : Le Suicide (1897) : analyse sociologique de l’influence de la société sur les comportements individuels.Max Weber (1864-1920) : Économie et société (1921-1922) : analyse des formes d’organisation sociale, du pouvoir et de l’autorité.Pierre Bourdieu (1930-2002): La Distinction (1979) : étude des différences de pratiques culturelles selon les positions sociales.

● Mauritanie ~ Système de correction du Baccalauréat | « J’accuse » Par M. Sneiba Mohamed

J’accuse

J’accuse un système de correction qui soulève aujourd’hui plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Les résultats du baccalauréat, notamment en français, ont laissé de nombreux enseignants, parents et élèves dans l’incompréhension. Certes, aucun système d’évaluation n’est infaillible. Une erreur de correction, un cas isolé, un « accident » peuvent toujours survenir. Mais lorsque les mêmes anomalies semblent se répéter, le doute devient légitime.

Comment expliquer que des élèves régulièrement évalués à plus de 15 sur 20 tout au long de l’année, par des enseignants expérimentés comptant parfois plus de trente années de carrière, obtiennent soudainement des notes de 5 sur 20 à l’examen national ? L’hypothèse d’une baisse générale de niveau ne suffit pas à justifier des écarts aussi considérables.

Il ne s’agit pas de contester le principe de l’examen, encore moins de remettre en cause le travail de tous les correcteurs. Il s’agit d’interroger un processus lorsque ses résultats apparaissent, dans de nombreux cas, en contradiction flagrante avec les performances observées durant toute une année scolaire.

Le ministère de l’Éducation nationale a aujourd’hui le devoir de dissiper les doutes. Une enquête administrative et pédagogique s’impose. Elle devrait porter sur les modalités de correction, l’harmonisation des notes, les éventuelles erreurs matérielles, ainsi que sur les écarts entre le contrôle continu et les résultats du baccalauréat.

La crédibilité d’un examen national repose avant tout sur la confiance. Or cette confiance ne peut être préservée que par la transparence. Si les résultats sont parfaitement justifiés, une investigation le démontrera. Si, en revanche, des dysfonctionnements sont constatés, ils devront être corrigés sans délai.

Parce que derrière chaque copie se trouvent des mois d’efforts, des familles qui espèrent et des enseignants qui s’investissent, il serait dangereux de laisser s’installer le soupçon.

J’accuse non pas des personnes, mais le silence face à des faits qui méritent d’être examinés avec rigueur, impartialité et responsabilité.

SNEIBA Mohamed, professeur de français, sortant de l’ENS (1988), ancien du Lycée de Boghé, du Lycée National, de Chems Dine, Les Nations, Le Petit Centre, assurant actuellement des cours au lycée privé IBTIKAR.

● La violence de la tradition : l’esclavage de l’héritage. Par M. Seyre Sidibe



Parce qu’un de vos ancêtres s’est retrouvé, par malheur, au mauvais endroit et au mauvais moment, dans un rapport de force inégal et loin de son environnement d’origine, vous vous retrouvez, des années ou des décennies plus tard, à hériter d’un passif.

Parce que la situation lui était défavorable et que, pour des raisons de survie, il a dû accepter ou a été contraint de jouer un rôle social peu enviable, toute sa descendance en héritera et en paiera le prix.

Voilà la vérité qu’entend imposer la tradition née de l’esclavage par ascendance chez les Soninké et chez la plupart des peuples africains : l’esclavage héréditaire.
Cette manière, sans état d’âme, de juger, de condamner, d’étiqueter, de cataloguer des générations et des générations, des familles et des familles, pour quelque chose dont elles n’ont rien à voir, est quand même, pour le moins, débile et déconcertante.

Transposons cette logique à la vie de tous les jours et essayons d’aller jusqu’au bout de cette façon pitoyable de raisonner,  pour en démontrer la niaiserie.

Puisque tout passerait par héritage et par voie successorale, les enfants des colonels seraient colonels, ceux des médecins seraient médecins, ceux des enseignants seraient enseignants, ceux des députés des députés, et ceux des bergers, des paysans, etc., ne pourraient que courir derrière les animaux ou cultiver la terre.

Dans ce type de société, quelle place accorderions-nous à l’effort,  à l’école, au travail, à l’esprit, au mérite, à la responsabilité qui est individuelle le plus souvent.

Voyez-vous, mesdames et messieurs, l’héritage est soit une plus-value ou une moins-value dont il ne faut jamais se contenter au point d’en faire un motif d’orgueil ou de blâme. Dans les deux cas, chacun doit apprendre à se battre pour se défaire du passif qui peut servir ou desservir selon l’usage qu’on en fera.

À chacun de montrer, de prouver ce dont il est capable, de marquer son temps et son époque. On ne peut pas se contenter d’une médaille héritée  de ses aïeux  pour remporter une guerre. Le courage de votre grand-père n’est pas le votre. Sa lâcheté n’est pas non plus la vôtre.

Imaginez que le Mali d’aujourd’hui se cache derrière son histoire glorieuse, berceau des grands empires ouest-africains –  empire du Mali, empire du Ghana, empire songhaï, empire du Sosso, empire bambara de Ségou, empire du Wassoulou, etc. –  : ce passé glorieux ne saurait, à lui seul, peser en faveur du Mali contre les terroristes du Nord.

C’est dire que le respect absolu de la tradition dessert la tradition au lieu de la relever. Dans toutes les sociétés humaines, au nom du progrès et de la préservation de l’intérêt général, il a fallu, à un moment donné, renoncer à certaines pratiques pour aller de l’avant. Cela n’est pas dirigé contre les ancêtres ni contre une famille, mais relève plutôt du réalisme et du pragmatisme.

Nos filles étaient excisées systématiquement ; elles étaient mariées sans leur consentement : autant de pratiques de plus en plus en perte de vitesse et auxquelles nous renonçons petit à petit.

Que dire de nos idées reçues et de nos superstitions ?
Par exemple, voyager avec un cordonnier serait source de malheur : accident, panne, etc. Et, pour éviter le pire, il faudrait verser de l’eau sur la tête de celui-ci.

Se marier avec une femme issue d’une caste différente de la sienne serait également source de malédiction : les enfants en paieraient le prix. Certains osent soutenir qu’un esclave intelligent ne vit pas longtemps ou encore que l’esclave marche toujours du pied gauche, un peu comme à l’armée où l’on apprend à marcher de la gauche vers la droite.

Les idées reçues ne manquent pas dans nos sociétés traditionnelles africaines. Elles sont toutes l’expression d’une certaine manière de penser et d’être. Cependant, elles ne sont jamais neutres, car elles cherchent, à chaque fois, à créer la peur, à limiter ou à dissuader ceux qui s’aventureraient à sortir des lignes tracées.
In fine, on s’approprie le corps et l’esprit des hommes et des femmes pour les empêcher de réfléchir, de s’émanciper ou de se révolter. C’est une grosse arnaque, la pire des manipulations au service des groupes dominants.

Même la religion musulmane (l’islam) a été mise à contribution pour justifier ces aberrations. Certains marabouts disaient aux esclaves qu’Allah n’était pas exigeant à leur égard puisqu’ils étaient esclaves. Ainsi, les esclaves seraient exemptés de prier ; Dieu ne leur en tiendrait pas rigueur. En effet, la prière du maître était considérée comme suffisante : ses esclaves y étaient inclus.

Ce mensonge, qui porte atteinte à l’islam, était distillé parce que le temps qu’un esclave passait à faire la prière était considéré comme un manque à gagner pour le maître.

Ces méthodes et pratiques sont identiques à celles utilisées par les colonisateurs blancs ou arabes. En vérité, tous les hommes qui ont imposé la domination par la force pour asseoir  leur hégémonie,  ont été cruels et inhumains. L’histoire de l’esclavage, quelle qu’en soit la forme et sous tous les cieux, est jalonnée de cruauté, d’abominations et de viols.

C’est pourquoi, dans les sociétés occidentales, les descendants de négriers comme ceux de l’ancienne noblesse évitent de se prévaloir de leur lignée. Ils savent que revendiquer une grandeur héritée d’une autre époque inspire aujourd’hui davantage la honte que la fierté.

Nul n’est responsable des exactions commises par ses parents ou ses aïeux. Mais à force de s’identifier à une prétendue “grandeur” héritée, certains finissent par tourner en dérision les descendants des victimes et basculent dans la provocation. Ceux qui se réclament de la “noblesse” oublient trop souvent qu’on n’a jamais régné innocemment.

La véritable noblesse ne se sépare jamais de la sagesse, entendue en son sens philosophique. Elle ne saurait coexister avec l’oppression, l’exclusion ou la violence sociale et politique, ni avec l’humiliation ou la réduction d’autrui à la servitude.

Seyré SIDIBÉ

● La diaspora mauritanienne a honoré ses bâtisseurs dans une cérémonie historique | 20 juin 2026 à la bourse de Travail de paris

20 juin 2026 : La diaspora mauritanienne honore ses bâtisseurs

Le 20 juin 2026 restera une date forte dans la mémoire de la diaspora mauritanienne en France. Ce jour-là, sous l’impulsion du Cadre de concertation et de dialogue des Mauritaniens de la diaspora (CCDMD), présidé par le Docteur Sao Ousmane, une grande Journée d’honneur et de reconnaissance a réuni un public nombreux venu célébrer des figures majeures ayant marqué l’histoire intellectuelle, culturelle, scientifique, associative et médiatique de la Mauritanie.
Dans son discours d’ouverture, le Docteur Sao Ousmane a donné le ton de la journée. Avec gravité et conviction, il a rappelé que « les peuples qui avancent sont ceux qui savent honorer leurs bâtisseurs ». Il a insisté sur le devoir de mémoire, la responsabilité de reconnaissance et l’urgence de transmettre les valeurs portées par ces figures d’exception. Son intervention a été accueillie par une profonde adhésion de l’assistance, consciente de la portée symbolique de cette initiative. Il a également souligné la nécessité de préserver la mémoire collective et de transmettre aux jeunes générations les valeurs d’engagement, de savoir et de solidarité.
Parmi les personnalités présentes figurait M. Issa Diawara, député des Mauritaniens de l’extérieur, qui a pris la parole pour saluer l’initiative du CCDMD et souligner l’importance de préserver la mémoire des grandes figures de la diaspora.
La cérémonie a également connu une forte présence des forces vives de la diaspora, avec la participation des représentants de plusieurs organisations associatives, notamment ACTUME, la DHDS France, la Fédération Hirnagué Boosoya France et Union des ressortissants de Mbagne en France, ainsi que de nombreuses autres structures engagées dans la solidarité, la culture et le développement.
Dans une salle comble, empreinte d’émotion et de respect, élus, universitaires, intellectuels, responsables associatifs, artistes et membres de la société civile ont répondu présents à cet appel à la mémoire collective. Tous se sont retrouvés autour d’un même objectif : reconnaître les parcours d’exception et transmettre aux générations futures l’héritage de celles et ceux qui ont consacré leur vie au savoir, à l’engagement et au service de la communauté.

La cérémonie a ensuite laissé place à une série d’hommages solennels rendus à des personnalités dont les contributions ont profondément marqué la Mauritanie contemporaine. Parmi elles figuraient notamment Ndiaye Ciré Kane de Tekane, le Professeur Abdel Wedoud Ould Cheikh, le regretté Professeur Ousmane Moussa Diagana (Dembo), le Professeur Yerim Fassa, Mr. Ousmane Dia, Mr. Hamady Mbodj, le regretté Cheikh Oumar Ba et Med Hondo.

À travers des témoignages riches, précis et souvent chargés d’émotion, intervenants et proches ont retracé les trajectoires de ces hommes d’exception. Tous ont été décrits comme des bâtisseurs de savoir, des passeurs de culture et des acteurs essentiels du rayonnement mauritanien. Leurs œuvres, leurs combats et leurs engagements ont été rappelés avec force, soulignant leur rôle dans la construction intellectuelle, sociale et culturelle du pays.
Chaque hommage a révélé une constante : des vies entièrement consacrées à l’excellence, à la transmission et au service des autres. Qu’il s’agisse du monde universitaire, artistique, associatif ou médiatique, tous ont laissé une empreinte durable et une influence qui dépasse largement leurs domaines respectifs.
L’émotion a atteint son paroxysme lors des hommages rendus aux figures disparues, dont la mémoire continue d’habiter les consciences et d’inspirer les générations actuelles. Dans un silence respectueux, ponctué d’applaudissements nourris, l’assistance a mesuré la portée de leur héritage et la responsabilité collective de le préserver.
Au-delà de la cérémonie, cette journée a pris la dimension d’un véritable moment fondateur pour la diaspora. Elle a incarné une volonté claire : construire une passerelle entre les générations, entre mémoire et avenir, entre reconnaissance et transmission.
Le CCDMD, à travers cette initiative, a voulu rappeler que la valorisation des parcours exemplaires n’est pas un simple hommage symbolique, mais un acte scientifique, culturel et social essentiel. En mettant en lumière ces figures, il a offert à la jeunesse des repères solides et des modèles d’engagement fondés sur le mérite, la rigueur et la persévérance.
Dans une atmosphère fraternelle et profondément humaine, les échanges ont renforcé les liens entre les participants et mis en évidence la richesse du tissu associatif mauritanien en France. Cette mobilisation collective a donné à l’événement une dimension rare : celle d’une communauté rassemblée autour de son histoire et de ses valeurs fondamentales.
La cérémonie s’est achevée par la remise solennelle de diplômes aux personnalités honorées, marquant l’aboutissement de cette journée placée sous le signe de la mémoire, de la reconnaissance et de la transmission. Dans une ambiance chargée d’émotion, l’assistance a salué ces distinctions symboliques rendues à des parcours d’exception.
Le 20 juin 2026 s’impose ainsi comme une journée de mémoire vive, de reconnaissance assumée et de transmission engagée. Une journée où la diaspora mauritanienne n’a pas seulement honoré ses figures illustres : elle a affirmé son identité, consolidé son unité et rappelé que l’avenir se construit toujours sur la mémoire de ceux qui ont ouvert la voie.

©️ Équipe CCDMD

● Ganbanaxu : traduction « égalité pour tous ». Pourquoi un tel slogan dérange-t-il tant ? | Par le journaliste M. Seyre Sidibe

C’est pourtant le sens même de la démocratie, de la justice sociale et de la citoyenneté, n’est-ce pas ?

Les peuples africains ne cherchent-ils pas à renégocier avec les institutions onusiennes afin que l’Afrique soit mieux représentée ?

Plusieurs États africains ne cherchent-ils pas à réviser les accords de coopération, notamment militaires, avec la France ?

Est-ce un péché que de chercher à renégocier, à revoir ou à rejeter les termes d’un contrat mal négocié, il y a quelques années voire des décennies, contrat désavantageux pour vous parce que vous n’étiez pas là, ou bien parce que ceux qui vous représentaient étaient en position de faiblesse ?

Telle est, en substance, la problématique que pose le mouvement Ganbanaxu pour promouvoir de nouvelles bases saines pour la société soninké. Mais le mouvement se heurte à un mur : une résistance faite de nostalgie et d’immobilisme social, celle de ceux qui trouvent leur compte dans le déterminisme social. Un ordre dépassé et anachronique, qui ne rassemble plus et qui est désormais source de tensions multiformes.

Une situation qui exsangue la société soninké et divise la jeunesse, en la détournant et en la désorientant des véritables problématiques de son époque.

Seyré SIDIBE

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Dr DIALLO Djibril

—La rubrique GEB (Grand Entretien du BLOG) vous propose l’interview ci-après accordée par M. Diallo Djibril. Originaire de la commune de Tachott dans le Guidimagha, le juriste est actuellement haut cadre au Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Ici l’expression de notre fraternelle reconnaissance à son endroit pour la disponibilité.

Bonne lecture !

Question 1 : Présentation sommaire ?

Dr DIALLO Djibril : Je m’appelle Diallo Djibril Cheikh Bouye. Je suis juriste de formation, titulaire d’un doctorat en droit public de l’université Paris 8, avec une spécialisation en intégration régionale africaine et en gouvernance publique. Mon parcours universitaire m’a conduit également à l’Université de Perpignan, ainsi qu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où j’ai approfondi mes recherches en droit de l’intégration et en droit international économique.
Sur le plan professionnel, j’exerce aujourd’hui principalement dans le champ des politiques publiques, de la stratégie institutionnelle et du conseil juridique. J’occupe présentement la fonction de conseiller technique chargé des affaires juridiques au cabinet du ministre de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Parallèlement, j’ai longtemps évolué dans le monde de la recherche et des études stratégiques au Centre Essahraa d’Études et de Consultations, un think Tank mauritanien.
J’ai également été enseignant en droit, économie et management, dans le secondaire et certains établissements de l’enseignement supérieur lors de mon séjour en France. 
Aussi, j’ai toujours été engagé dans la vie associative, notamment sur les questions de citoyenneté, d’éducation et de développement communautaire.
Je m’arrête là, avec cette brève présentation.
Question 2 : Retour d’expérience après l’Europe ?
DD : Mon séjour en Europe fut une expérience intellectuelle et humaine extrêmement structurante. Il m’a permis d’évoluer dans des environnements académiques exigeants, où la rigueur méthodologique, l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle sont fortement valorisés.
Les facilités résident principalement dans l’accès aux ressources documentaires, à des réseaux scientifiques denses et à un encadrement académique structuré. Toutefois, les écueils ne sont pas négligeables : solitude, exigence d’adaptation culturelle, pression académique et nécessité d’une discipline personnelle constante.
Mon principal conseil aux jeunes serait de ne pas idéaliser l’extérieur, mais de le considérer comme un espace d’apprentissage. L’essentiel est d’acquérir des compétences transférables, une méthode de travail solide et une ouverture d’esprit. Le retour au pays doit être pensé comme une continuité logique : il s’agit de réinvestir les acquis au service du développement national.
Question 3 : Conseils à la jeunesse mauritanienne, notamment soninké ?
DD : L’éducation demeure le levier fondamental de transformation sociale. À la jeunesse mauritanienne, je recommanderais d’investir prioritairement dans la formation intellectuelle, technique et morale. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de cultiver la compétence, l’éthique et la discipline.
À l’adresse particulière des jeunes soninké, dont l’histoire est marquée par une forte tradition intellectuelle et migratoire, je dirais qu’il est impératif de concilier enracinement culturel et ouverture au monde. La maîtrise des langues, des outils numériques, des sciences et des métiers émergents est aujourd’hui indispensable.
Il faut également développer l’esprit entrepreneurial et sortir d’une logique exclusive de recherche d’emploi public. La création de valeur, l’innovation et l’initiative privée constituent des perspectives majeures pour l’avenir.
Question 4 : Diagnostic sur les pratiques féodalo-esclavagistes et pistes d’éradication ?
DD : Les survivances de pratiques féodalo-esclavagistes constituent une réalité sociologique et historique complexe. Elles s’inscrivent dans des structures mentales héritées, parfois intériorisées, qui continuent d’influencer les rapports sociaux.
Mon diagnostic est double : d’une part, il existe un décalage entre le cadre juridique – qui prohibe clairement ces pratiques – et certaines représentations sociales persistantes ; d’autre part, la transformation des mentalités nécessite un travail de longue haleine.
Les pistes d’action devraient s’articuler autour de trois axes :
L’éducation et la conscientisation : renforcer l’enseignement de l’égalité, de la dignité humaine et de la citoyenneté.
L’application rigoureuse du droit : l’État doit garantir l’effectivité des normes existantes.
Le dialogue communautaire et religieux : mobiliser les leaders d’opinion, intellectuels et acteurs associatifs pour déconstruire les justifications culturelles erronées.
La sortie définitive de ces tares suppose une évolution générationnelle appuyée par des politiques publiques cohérentes et une volonté collective affirmée.

● Question 5 : Engagement des jeunes en politique en Mauritanie ?

DD : La jeunesse mauritanienne manifeste un intérêt croissant pour les questions politiques, notamment à travers les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes. Cependant, cet engagement demeure parfois fragmenté et insuffisamment structuré.
Je constate un dynamisme réel, mais qui gagnerait à être davantage organisé, formé et encadré. L’engagement politique ne devrait pas se limiter à la revendication ; il doit également intégrer la formation doctrinale, la compréhension des institutions et la culture du compromis.
Il est essentiel que les jeunes investissent les partis, les organisations de la société civile et les espaces de débat avec compétence et éthique. L’avenir démocratique du pays dépendra largement de leur capacité à conjuguer idéal et responsabilité.

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