
Les chefs de village soninké du Guidimakha ont été conviés, jeudi 24 septembre 2026, à une rencontre inédite tant dans son style que dans son genre, organisée par un groupe politique Soninké affilié au pouvoir.
La rencontre est organisée à l’initiative du leader de cette tendance politique même, il y avait également d’autres politiques soninké issus d’autres formations politiques.
Cette assemblée Soninké, loin d’être représentive de la configuration du Soninkara actuel du Guidimakha est motivée par une seule préoccupation : celle d’œuvrer au maintien du statu quo social, pour freiner l’élan d’éancipation lancé par le mouvement abolitionniste soninké Ganbanaaxu Fedde. En effet, la question de l’esclavage intra-soninké au Guidimakha est devenue un véritable fonds de commerce économique et politique pour les hommes politiques Soninké.
Opportuniste dans l’âme et stratège aguerri, le chef de file du groupe politique en question a trouvé meilleure idée de se refaire une santé politique pour combler ses déconvenues et la perte de sa mainmise politique sur le Guidimakha.
Ainsi, ce personnage politique sulfureux a choisi un agenda politique : la venue imminente au Guidimakha du coordinateur du parti au pouvoir, l’INSAF, pour convoquer les dignitaires du Guidimakha, une partie du Guidimakha, sous prétexte de leur restituer le contenu d’un entretien entre des représentants des chefs de villages soninké du Guidimakha et le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Voilà le meilleur moyen de galvaniser l’orgueil de la chefferie traditionnelle. Le groupe restreint qui a rencontré le président de la République a pris la parole pour rassurer la chefferie en ces termes : « le chef de l’État compte beaucoup sur vous et vous demande d’être patients et davantage à l’écoute ».
Ce qui est bizarre, c’est qu’il n’a jamais été mentionné, dans leur restitution oral, que le président de la République avait parlé de la citoyenneté, qui est la règle d’or dans une République démocratique, de la criminalisation de l’esclavage et des discours apologistes.
C’est dire que si Ould Ghazouani a manqué de rappeler à l’intention des représentants soninké qu’il a rencontrés la primauté de l’État et de ses lois sur les considérations locales et traditionnelles, il aura failli par complaisance et double standard, ce qui romprait avec les discours de Ouadane et de Djéol.
À l’issue de cette rencontre, chacun peut comprendre que le Guidimakha des chefs traditionnels a son agenda et ses préoccupations, qui ne sont pas ceux de la population. Les premiers sont hantés par la continuation d’une tradition féodale et esclavagiste, en contradiction avec la législation nationale, alors que la première préoccupation des seconds reste les questions existentielles et vitales : le développement du Guidimakha, la lutte contre la pauvreté, la question de l’état civil, l’enclavement de la région, la déliquescence et le manque d’infrastructures socio-économiques et éducatives, la corruption et les abus normalisés par les autorités locales, etc.
À Sélibaby, on rencontre encore des populations qui passent des nuits devant le centre d’enrôlement, espérant chaque jour être enrôlées et retrouver leur citoyenneté qu’on leur a arrachée. Dans chaque famille, soninké, pulaar essentiellement, on trouve un cousin, une sœur, une tante ou un oncle qui est devenu apatride. Dans la diaspora, certains ont perdu leur carte de séjour faute de pouvoir fournir aux autorités du pays d’accueil, en France notamment, un nouvel acte de naissance ou un passeport biométrique. Ces sujets ont été occultés, car ils n’intéressent pas nos politiques et encore moins les chefs de village.
Connaissant la mentalité et la psychologie de la chefferie traditionnelle soninké, surtout dans un contexte où le mouvement abolitionniste soninké Ganbanaaxu Fedde a le vent en poupe, Sidney utilise les chefs de village pour essayer de retrouver une santé politique, à travers le vieux dicton : « Diviser pour mieux régner. »
Le Guidimakha des sages doit pouvoir décrypter les tenants et aboutissants de cette rencontre pour en comprendre le caractère opportuniste et politique.
Il était plus sage, honorable et même raisonnable pour les dignitaires soninké du Guidimakha de chercher la voie de la paix, de privilégier le dialogue avec les abolitionnistes et progressistes, plutôt que de remuer le couteau dans la plaie.
Nous assistons de nos jours à une configuration inédite de la chefferie traditionnelle soninké, et même de nos villages. Comme un navire sans capitaine qui tangue dans tous les sens. Des terroirs meurtris, sans âme, devenus des terreaux fertiles aux discours de haine et séparatistes.
Nouakchott le 26 septembre 2026
Moussa SOUMARE
Membre du conseil régional Guidimakha

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