● Livre ~ Histoire – Sénégal ~ Soninké | « MOUHAMADOU LAMINE DARAME ». Par l’anthropologue Yaya SY

Né à Goudiourou dans la première moitié du XIXe siècle, Mouhamadou Lamine a grandi dans une famille de marabouts soninkés. Il fut influencé dans son adolescence par l’aura et la réputation d’El-Hadj Omar Tall le marabout toucouleur qui a voulu rassembler les musulmans de l’Ouest contre la colonisation française du haut –fleuve.
Après ses études coraniques auprès de son père puis  à Bakel, Moumadou Lamine se rendit à la Mecque à la fin des années 1860.
Dès son retour  au  Soudan en 1885, il était étroitement surveillé par les colons français  de Tombouctou à son village natal où il fut accueilli triomphalement par Diouxa Sambella le roi du Xasso  en juillet 1885.
Le Colonel Henri Frey chef de fil des colons français lui rendit aussitôt visite pour s’enquérir de son allégeance  à l’ordre colonial naissant et balbutiant au Soudan. Mouhamadou Lamine le rassura en lui promettant de ses bonnes intentions envers les Français. 
A la fin de l’année 1885, il se rendit à Bakel pour une visite de courtoisie à ses maîtres coraniques et à sa famille Darame. Il y rencontra le Commandant Lefranc et le rassura également…  Sur le chemin du retour, arrivé à Baalou le village de ses oncles, son étoile brillait déjà au firmament de tous les pays soninkés.  Le village était rempli d’étrangers venus de partout voir le fils prodige du Soninkara occupé ou dominé par les Toucouleurs…
Il avait un vieux projet d’aller combattre les infidèles du Tenda qui l’avaient emprisonné quand il était étudiant à Bakel lors d’un conflit entre le Kaméra et le Tenda. De Balou, les jeunes venus le rejoindre le persuadèrent de mener son  projet de Jihad.
Mais beaucoup de royaumes du Soudan occidental sur le fleuve Sénégal et ses alentours  s’étaient déjà alliés aux Français par un traité de protectorat… Quand Mouhamadou Lamine voulut traverser le Boundou pour se rendre à Gamon la capitale du Tenda, le roi du Boundou Omar Penda  lui refusa le droit de passage pour raison d’alliance avec les Français… Les jeunes Soninkés dont les pays étaient occupés les fils d’El Hadj Omar comme le Jafunu et le Kingi étaient pour le passage en force…
Dès lors, les choses commencèrent à s’envenimer dans tout le haut-Sénégal…  Les Soninkés et les Toucouleurs n’ont pas pu surmonter leurs conflits ethno-religieuses pour faire face à la menace de colonisation imminente…
Un ouvrage à lire pour mieux comprendre tout le processus de phagocytage méticuleux et méthodique des pays du fleuve par la France de 1820 à la défaite d’Ahmadou le fils aîné d’El Hadj Omar face au colonel Archinard le 1Er janvier 1891.

Yaya SY