● LE ROI ET LE MARABOUT | Par Yaya SY Anthropologue, Professeur d’histoire, Harmattan, 2015, Théâtre

Bonjour chers amis, aujourd’hui je vais vous présenter mon ouvrage mi-fiction mi-réalité, intitulé : « LE ROI ET LE MARABOUT », (théâtre).
Un ouvrage émouvant qui retrace la vie d’un Aristocrate peul du Macina nommé Boubou Ardo-Galo (ici Wouri-Boubou) et d’un marabout tout aussi Peul du nom d’Ahmadou-Amadi-Boubou (Maoudo) ; ici Mayel -Amadi .
Le Macina était resté imperméable à l’islam jusqu’au XVIIIe siècle, mais quand le Roi se convertit, il fut aussitôt chassé et remplacé au trône par Boubou Ardo-Galo, alias Wouri-Boubou.
Survint alors  un marabout qui fit le tour du pays prêchant le nom d’Allah et de son prophète et serviteur Muhammad (paix à son âme). Il fut chassé de tous les villages du Macina comme un  imposteur à l’image d’autres prédicateurs qui ont tenté de les convertir avant lui, tous considérés par les Macinankoobe comme des  parasites vivant sur le dos des populations.
Sans se décourager, le petit marabout fut un jour conseillé secrètement par une vieille femme peule déjà islamisée depuis longtemps, qui lui ordonna d’aller demander à Boubou Ardo-Galo de se convertir : « Si lui se convertit à l’islam, c’est comme si c’était fait pour tout le reste du pays, mais s’il refuse ce n’est plus la peine de te fatiguer.. .»
Le marabout se rendit aussitôt au village royal de Néné, arrivé devant le portail du palais de Wouri-Boubou, il demanda humblement au Roi venu lui-même ouvrir la porte, de se convertir à l’islam : « La religion de la paix sur terre, la religion de l’égalité de tous les êtres humains devant leur créateur Allah et son prophète et serviteur Muhammad (paix à son âme). Une religion qui rassemble et unit tous les hommes et les femmes au sein d’une seule communauté humaine nommée Oumma. »
Le roi convaincu par ces bonnes paroles, accepte immédiatement de prononcer la chahada de conversion et le marabout lui coupa une petite mèche de cheveux. 
Pourtant, dans son for intérieur, Wouri-Boubou aurait préféré ne pas quitter sa communauté humaine pour une autre, par une simple formule « magique.» Il veut conserver certaines valeurs héritées de ses ancêtres. Il voulait les faire co-habiter pacifiquement avec celles de l’islam dans le respect des deux communautés devenues amies et alliées. Pourquoi fondre sa communauté dans une autre au point de perdre son identité ? Se demande-t-il.
Il a embrassé l’islam après avoir été convaincu par le marabout, mais avec l’espoir intime de faire accepter sa position conciliante par le marabout…
Dans une première phase, Wouri-Boubou  fit accepter l’islam à l’ensemble des trois cent trente-trois villages de son royaume, accompagné dans chaque village par son ami Mayel-Ammadi qui rasait aussitôt les têtes et faisait répéter la chahada à tout un chacun.
Une fois le peuple converti, le marabout devint de plus en plus puissant, exigeant, autoritaire et inflexible face à certaines coutumes et pratiques des Peuls et de Wouri-Boubou lui-même.
Petit à petit la situation se tendait,  le Roi ne voulait pourtant pas rompre ni céder sur tout. Il voulait toujours discuter avec le Marabout pour mieux articuler les deux systèmes de valeurs des deux cultures de façon apaisée et harmonieuse.
Mais rien n’y fait, le marabout durcit ses positions sur tout, le peuple étant converti, il réussit à avoir une très grande emprise sur lui. Avec le temps, le peuple du Macina finit par écouter le marabout plus que son propre Roi…
Quand le conflit éclate au grand jour entre les deux hommes, il n’y a plus que la ville royale de Néné, qui est restée fidèle à Wouri-Boubou, tout le reste du pays s’est  rangé derrière Mayel-Ammadi, la situation est sans aucune ambiguïté… Deux camps se font face.
Le conflit ouvert était inévitable, après deux attaques importantes de la ville-capitale restée fidèle à son Roi, Mayel-Ammadi réfléchit à de nouveaux plans de guerre sainte pour vaincre Wouri-Boubou  retourné selon lui, à ses pratiques ancestrales… 
Le combat entre les deux hommes prend une autre dimension…

Tout Africain doit lire ce récit et y réfléchir sereinement. Comment l’Afrique doit-elle faire pour  trouver sa propre voie spirituelle pour sa communauté humaine ? Une voie apaisée, sans ressentiment,  une voie qui ne nie ni ne condamne les orientations religieuses et spirituelles librement choisies par d’autres Africains ou d’autres communautés humaines.
Cependant, nul ne doit plus tenter d’imposer son modèle culturel ou civilisationnel par la force…
L’humanité doit emprunter une autre voie : celle de la tolérance de la diversité culturelle des peuples.
                                                 
Yaya SY