● Mauritanie ~ Politique | DÉCLARATION POLITIQUE DE BIRAM DAH ABEID SUR LE RAPPORT DE L’INSPECTION GÉNÉRALE D’ÉTAT 2024-2025

ON NOUS DONNE DES CHIFFRES MAIS ON NOUS CACHE LES RESPONSABILITÉS.
Le gouvernement a fini par publier son rapport annuel sur le contrôle de la gestion de l’argent public. Ce document, qui porte sur les exercices 2024-2025, n’a été rendu accessible qu’en août 2026, plusieurs mois après la clôture de l’exercice, sans que soient précisés ni la date exacte d’arrêt des données ni le motif de ce retard. Il révèle 2,375 milliards d’ouguiyas (MRU) d’irrégularités sur 32,8 milliards audités. Mais derrière ces chiffres, une question fondamentale demeure entière, et le gouvernement n’y apporte aucune réponse. Qui répond de ces irrégularités ?
Le premier signal d’alarme dans ce rapport est le tri sélectif opéré dans les contrôles. Le secteur des mines et de l’énergie ne fait l’objet que d’une seule mission sur vingt-huit. Trois missions seulement concernent la pêche, sans que les institutions visées soient jamais nommées. Comment les priorités de contrôle ont-elles été arrêtées ? Pourquoi ces secteurs, qui concentrent les marchés les plus juteux et les enjeux financiers les plus considérables, où gravitent des intermédiaires connus pour leurs liens avec le pouvoir, ont-ils été à ce point épargnés ?
Que le rapport affirme que l’IGE établit elle-même une partie de son programme de contrôle ne saurait suffire à exonérer le pouvoir de ses responsabilités. Nous savons comment fonctionne réellement le système. Le pouvoir décide des contrôles qu’il veut provoquer, impose des saisines hors programme au gré de ses propres intérêts et conserve la maîtrise de l’environnement dans lequel l’Inspection exerce ses missions. Il ne peut donc se réfugier derrière l’autonomie formelle de l’IGE pour se décharger de sa responsabilité politique. Une institution de contrôle ne peut être véritablement indépendante lorsque l’exécutif conserve les moyens de déterminer ce qui doit être contrôlé, ce qui ne doit pas l’être et les suites qui peuvent être données aux conclusions.
C’est précisément là que se trouve l’une des contradictions fondamentales de ce rapport. L’IGE réclame elle-même le pouvoir de saisir directement la Cour des Comptes pour les fautes de gestion. Pourquoi ce pouvoir ne lui est-il toujours pas accordé ? Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de donner à l’institution chargée de contrôler l’argent public les moyens de faire aboutir ses propres constatations ? Une institution qui ne peut ni contrôler librement ce qui doit l’être, ni saisir directement la juridiction compétente, ni garantir elle-même les suites de ses constats demeure, dans les faits, à la merci du bon vouloir de l’exécutif.
Le gouvernement ne peut demander aux Mauritaniens de croire à l’efficacité du contrôle tout en maintenant l’institution de contrôle dans une position qui limite sa capacité à faire aboutir ses propres constatations. Il ne peut proclamer la lutte contre la corruption tout en conservant un système dans lequel le pouvoir décide largement de ce qui doit être contrôlé, de ce qui doit être poursuivi et de ce qui peut finalement rester sans suite.
60% de l’impact financier des irrégularités constatées proviennent de la commande publique. Ce sont les marchés qui financent nos routes, nos écoles, nos hôpitaux et nos infrastructures. Et pourtant, le rapport ne dit pratiquement rien de ces marchés. Rien sur les administrations attributaires. Rien sur les commissions de passation. Rien sur les entreprises bénéficiaires. Pas de noms. Pas de décideurs. Pas de signataires. Pas de responsables.
Ce silence n’est pas anodin. Il protège les zones de connivence que les Mauritaniens connaissent bien entre certains milieux d’affaires et le pouvoir. Aucune institution contrôlée n’est identifiée. Aucun projet. Aucun marché. Seulement des formules vagues comme « un établissement public » ou « un département ministériel ». La présomption d’innocence des individus ne saurait justifier l’anonymat des institutions qui gèrent l’argent du peuple.
Quand cet argent appartient à tous, le peuple a le droit de savoir dans quelle institution il a été engagé, pour quel projet, dans quel marché, selon quelle procédure et avec quelles conséquences. L’argent public ne peut pas devenir anonyme au moment même où il faut rendre des comptes.
La publication d’une version aussi agrégée et aussi systématiquement anonymisée est une épuration. Le rapport a été débarrassé de tout ce qui permettrait aux citoyens de remonter aux responsabilités, d’identifier les institutions concernées, de connaître les bénéficiaires des marchés et de suivre les suites données aux irrégularités constatées.
Cette épuration est en elle-même révélatrice. Elle montre un pouvoir qui n’a aucune intention réelle de jouer la transparence ni de lutter sérieusement contre la corruption. Il fait le minimum pour satisfaire les bailleurs et endormir l’opinion. On publie quelques chiffres pour donner l’illusion du contrôle. On dissimule précisément ce qui permettrait de remonter aux responsables.
Le rapport mentionne 34 sanctions administratives, dont vingt cessations de fonction, trois mutations d’office et onze avertissements. Mais où sont les institutions concernées ? Quels sont les faits reprochés ? Qui a prononcé ces sanctions ? Quelles autorités les ont appliquées ? Quels effets ont-elles réellement produits ?
Tout porte à croire qu’il s’agit une fois de plus de lampistes, de petits fonctionnaires sacrifiés pour épargner les échelons supérieurs. Aucun média, aucun communiqué officiel n’a jamais fait état du limogeage ou de la sanction d’un haut responsable à la hauteur des faits et des montants évoqués.
Pendant ce temps, les hauts responsables continuent d’étaler leur enrichissement sans complexe. Achats de terrains à Nouakchott à des prix au mètre carré qui rivalisent avec ceux des capitales mondiales. Acquisitions de villas à l’étranger. Accumulation ostentatoire de richesses.
La corruption et la mauvaise gestion ne sont pas l’œuvre des seuls exécutants. Les grandes décisions se prennent en haut. Les grands marchés s’attribuent en haut. Les grandes sommes circulent en haut. Quand on parle de milliards, il est légitime d’exiger que soient identifiés ceux qui se trouvent au sommet de la chaîne de décision.
Nous ne voulons pas d’une lutte contre la corruption qui punit les petites mains pendant que les véritables décideurs restent intouchables. Nous ne voulons pas d’une justice administrative qui s’arrête au bas de la chaîne de responsabilité. Nous voulons que l’on remonte jusqu’à ceux qui décident, jusqu’à ceux qui autorisent, jusqu’à ceux qui bénéficient et jusqu’à ceux qui protègent.
Quatre dossiers ont été transmis à la justice, deux à la Cour des Comptes et deux au Parquet. Où en sont-ils aujourd’hui ? Transmettre un dossier à la justice ne saurait constituer un point final. Les Mauritaniens ont le droit de connaître la suite réservée aux affaires qui touchent à leur argent. Rien ne permet d’exclure que ces dossiers suivent le même chemin que tant d’autres avant eux. Classés. Enterrés. Oubliés. Une transmission ne vaut pas justice. Un dossier ouvert ne vaut pas une sanction. Une sanction annoncée ne vaut pas une réparation. Et une réparation ne vaut pas une reddition des comptes tant que les responsables ne sont pas identifiés et que l’argent public n’est pas effectivement récupéré.
L’IGE évalue à 2,375 milliards d’ouguiyas l’impact financier des irrégularités et indique que 45,6 millions d’ouguiyas seulement ont été reversés en numéraire au Trésor. Entre les milliards d’irrégularités constatées et les quelques millions effectivement reversés, le gouffre est vertigineux. Ce chiffre dérisoire en dit long sur l’absence de volonté de ce pouvoir de briser l’impunité. Il révèle une opération de façade, juste suffisante pour donner l’apparence d’une action et apaiser une opinion qui n’a pas oublié la réputation de ce régime en matière de corruption. Le gouvernement doit rendre compte, dans le détail, de ce qu’il est advenu de cet argent. Où est ce qui a été récupéré ? Qu’est-ce qui est encore en cours ? Qu’est-ce qui fait l’objet de réparations ou de mesures de recouvrement ? Qu’est-ce qui reste à traiter ? Quelles sommes ont été définitivement perdues pour le Trésor ? Les Mauritaniens ont le droit de le savoir.
Le rapport ne permet pas davantage d’évaluer la récidive. Combien d’administrations réitèrent les mêmes fautes ? Combien de gestionnaires contrôlés une première fois se retrouvent ensuite à des postes équivalents ? Combien de problèmes déjà signalés resurgissent dans les contrôles suivants ? Combien de fois faudra-t-il inspecter la même administration avant que l’État daigne enfin changer quelque chose ? Une inspection n’a pas pour seule fonction de constater, année après année, les mêmes dérives. Elle doit permettre de les corriger et, surtout, d’empêcher qu’elles se reproduisent. Sinon, le contrôle cesse d’être un instrument de réforme pour devenir un simple registre annuel des dysfonctionnements de l’État.
L’IGE a formulé 771 recommandations. Sur les 348 actions planifiées, 231 ont été exécutées. Mais 351 recommandations sont toujours en attente de transmission. Là encore, on en reste au constat. On n’entre pas dans le suivi. Une recommandation qui ne débouche sur aucun changement concret dans la gestion publique ne vaut rien. Une inspection qui constate sans pouvoir faire aboutir ses propres constats n’est qu’un instrument amputé de son efficacité. Et un pouvoir qui accepte cette situation ne peut prétendre mener une véritable politique de lutte contre la mauvaise gestion et la corruption.
Nous exigeons clairement cinq mesures.
La publication du rapport dans son intégralité, mission par mission, avec l’identification des institutions, des projets et des marchés contrôlés, ainsi que les montants et la nature des irrégularités constatées ;
La publication d’un état public du suivi des sanctions et des dossiers transmis à la justice, jusqu’à leur issue définitive ;
La publication régulière de la situation réelle du recouvrement de l’argent public, avec les sommes récupérées, les sommes encore dues et les mesures engagées pour leur recouvrement ;
La mise en place d’un véritable indicateur de récidive et d’un mécanisme transparent de suivi de l’exécution des recommandations de l’IGE ;
L’octroi à l’IGE du pouvoir de saisine directe de la Cour des Comptes qu’elle réclame elle-même, ainsi que la garantie que son programme de contrôle puisse être établi de manière autonome, sans interférence ni calcul politique de l’exécutif. L’IGE doit pouvoir contrôler librement les institutions relevant de son champ de compétence, rendre publics ses rapports sans épuration et transmettre directement à la justice les faits qui le nécessitent.
Ce rapport édulcoré et vidé de sa substance montre assez que ce régime ne cherche ni à identifier les responsabilités, ni à sanctionner à la hauteur des faits, ni à récupérer l’argent, ni à corriger les dysfonctionnements, ni à empêcher leur répétition. Il se contente d’exhiber des chiffres.
Mais les Mauritaniens ne demandent pas des chiffres pour les chiffres. Ils veulent savoir où est passé leur argent. Ils veulent savoir qui l’a géré. Ils veulent savoir qui doit en répondre. Ils veulent savoir qui a été sanctionné. Ils veulent savoir combien a été récupéré. Ils veulent savoir pourquoi les mêmes pratiques continuent.
Le gouvernement, dans ce domaine comme dans tant d’autres, est coutumier des chiffres qu’il déverse sans retenue. Mais dans ce rapport, il ne livre aux Mauritaniens qu’une portion infime de la réalité. Il leur cache l’essentiel. Les responsabilités.
Or les Mauritaniens veulent les chiffres, les faits, les responsabilités, savoir où est leur argent et qui doit répondre de sa gestion. Ils veulent que les contrôles produisent des sanctions, que les sanctions produisent des réparations et que les réparations produisent enfin un changement dans la gestion de l’État. Ils veulent surtout que ceux qui ont mal géré leur argent en répondent enfin, devant la justice et devant le peuple mauritanien.
On nous donne les chiffres mais on nous cache les responsabilités. Et tant que les responsabilités resteront cachées, il n’y aura pas de véritable reddition des comptes.

Biram Dah Abeid

● Guidimagha Politique | Réponse aux contrevérités contenues dans l’interview prétendument attribuée au président du Conseil régional du Guidimakha, Issa Coulibaly, et réfutation de son contenu.



Nous avons pris connaissance de l’interview publiée sur le site Le Calame, laquelle ne se distinguait ni par la qualité du fond des réponses, ni par l’exactitude des informations. Le président n’a d’ailleurs pas été en mesure de réfuter un seul des motifs que nous avions exposés dans notre communiqué, dans lequel nous avions clairement expliqué les raisons de notre refus d’approuver le projet de budget du Conseil régional du Guidimakha pour l’année 2026, en raison du fait qu’il ne sert pas le développement local, ne tient pas compte des priorités de la wilaya ni des besoins des populations, et n’est pas orienté vers le soutien de programmes de développement répondant réellement aux conditions de vie des citoyens.
Bien au contraire, ce budget semble programmé pour servir un agenda étroit, révélant une intention manifeste de dilapider les ressources de la région et de les détourner au profit d’un nombre restreint de personnes, dans une logique de corruption aggravée et de gaspillage des deniers publics. Cela a d’ailleurs été confirmé par le président lui-même, incapable de démentir ou de contester les motifs exposés dans notre communiqué publié le 20/11/25.
Nous affirmons ici que l’interview publiée comporte un ensemble de contrevérités et d’interprétations erronées visant à tromper l’opinion publique et à détourner le débat de l’essence même du problème réel au sein du Conseil régional. C’est ce qui nous a conduits à répondre à l’interview du président Issa Coulibaly, intervenue près d’un mois après les faits. Si cette réaction tardive constitue en elle-même une preuve de la faiblesse de ses arguments et de leur manque de pertinence, il demeure néanmoins important de remettre les choses dans leur juste contexte et d’exposer, en toute transparence, les faits suivants :
Premièrement :
Le rejet du budget repose sur des raisons objectives liées à sa programmation et à son orientation, contrairement à ce qui a été avancé dans l’interview. Nous réaffirmons que le rejet du projet de budget 2026 n’est nullement le résultat de « pressions » ou de « revendications d’avantages personnels », mais découle de sa non-conformité à l’article 63 de la loi organique n°010/2018 portant création des conseils régionaux, lequel stipule que les opérations d’investissement doivent obligatoirement faire l’objet d’une répartition sectorielle et territoriale.
Or, cette exigence n’a pas été respectée dans le projet de budget 2026, en raison de dysfonctionnements flagrants dans son élaboration et de l’absence de priorités de développement au service du citoyen.
En effet, sur un budget d’investissement de 251 millions d’ouguiyas, 200 millions ont été affectés à des investissements liés au siège du Conseil régional et à ses dépendances, ou plus précisément à une tentative de dilapidation de ces fonds à travers des lignes budgétaires rattachées au bâtiment du Conseil lui-même. À titre d’exemple :
• 90 millions d’ouguiyas pour la construction d’un parking ;
• 45 millions pour l’achat d’un engin de chargement destiné aux équipements de déchargement ;
• 25 millions pour le remblaiement d’un cratère devant le siège du Conseil et la réparation d’éventuelles pannes des machines agricoles ;
• 20 millions pour la réhabilitation du bâtiment du Conseil ;
• 6 millions pour l’ouverture d’un site du Conseil ;
• 8 millions pour l’achat de matériel de bureau ;
• 2,5 millions pour du matériel informatique,
et d’autres dépenses similaires qui ne servent ni l’intérêt général ni le développement local.
Ces dépenses sont en totale contradiction avec le rôle de développement attendu du Conseil régional, lequel consiste à promouvoir le développement local, et s’apparentent davantage à la poursuite d’intérêts particuliers visant à manipuler les ressources publiques allouées à la région du Guidimakha et à les gaspiller d’une manière contraire aux principes de transparence dans la gestion des finances publiques.
À cela s’ajoute une manipulation manifeste du budget de fonctionnement, d’un montant de 171 millions d’ouguiyas, dont la quasi-totalité, après déduction des droits légaux, était sur le point d’être affectée au poste des frais de restauration, un poste notoirement vague et souvent utilisé comme moyen de corruption et de détournement.
Nous réaffirmons également qu’aucun vice-président ni aucun conseiller n’a évoqué des avantages personnels, et que l’administration était représentée par le conseiller du wali, témoin des débats, des positions exprimées et des critiques objectives formulées à l’encontre de la méthode d’élaboration du budget, auxquelles le président n’a apporté aucune réponse sérieuse.
Deuxièmement :
L’accusation d’absentéisme des conseillers est une tentative d’évitement du fond du problème.
La remise en cause de la présence ou de l’absence des conseillers constitue une manœuvre évidente visant à détourner l’attention des véritables questions de fond. La présence effective des conseillers est pourtant établie dans les procès-verbaux des sessions, leurs participations sont documentées, et ils ont exercé pleinement leur droit légal au débat et au vote.
Quant aux allégations relatives à la présence supposée de certains conseillers en France ou à leur absence permanente, elles relèvent de simples surenchères sans aucun fondement officiel et ne sauraient dispenser du respect de la loi.
Nous tenons également à préciser que les conseillers Sidaty BAH, Neffé GANDEGA et Moussa SOUMARÉ n’ont à aucun moment évoqué la question des indemnités de session, lesquelles sont insignifiantes, mais ont exprimé des positions fondées sur leur conviction de la nécessité de respecter la loi et de refuser les pratiques de manipulation, de corruption et de clientélisme qui ont dominé le fonctionnement du Conseil régional du Guidimakha.
Troisièmement : la question des indemnités des vice-présidents
Le président a évoqué son refus de verser les indemnités aux deux vice-présidents, Cheikh ABDERRAHMANE et DIOUMA GANGUE, tentant ainsi de faire croire à l’opinion publique que le rejet du budget par ces derniers n’était qu’une réaction à cette décision.
Nous affirmons clairement que le rejet du budget repose exclusivement sur les raisons exposées au premier point, lesquelles sont évidentes et pleinement justifiées, et qu’il n’a aucun lien avec les indemnités des vice-présidents ou de tout autre conseiller.
À ce propos, il convient de rappeler que :
• L’article 20 de la loi organique n°010/2018 stipule que les vice-présidents bénéficient d’une indemnité de fonction, tandis que le président perçoit une indemnité de fonction et de représentation. Il s’ensuit que l’indemnité des vice-présidents n’est nullement liée à leur présence ou à leur absence, mais constitue un droit attaché à leur fonction, dès leur élection. Toute autre interprétation est contraire à la loi et constitue une injustice manifeste.
• Le président reconnaît lui-même avoir versé 18 mois d’indemnités. Dès lors, s’il considère ces indemnités comme illégales, pourquoi les a-t-il versées initialement ? Et pourquoi reconnaît-il ainsi sa propre violation de la loi ?
Toutes les tentatives du président pour légitimer son acte illégal ont échoué, y compris auprès des ministères de tutelle et du Premier ministre. Ce dernier lui a clairement signifié que cette décision ne relevait pas de ses prérogatives et qu’il devait restituer les droits des vice-présidents.
Nous rappelons enfin que le Conseil régional est une institution publique dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière, que nos droits sont légalement établis et imprescriptibles, et que nous les recouvrerons exclusivement par les voies légales.
Quatrièmement : la prétendue existence d’un accord sur une présence mensuelle
Le président affirme l’existence d’un accord prévoyant une présence de dix jours par mois, ce que nous démentons catégoriquement. Aucun document ni aucune preuve ne viennent étayer cette allégation. De surcroît, les vice-présidents ne sont pas deux mais cinq, et aucun accord contraire à la loi ne peut être conclu en dehors d’eux.
Cinquièmement : parler de « crise fabriquée » contredit la réalité
La réalité est celle d’une crise authentique résultant d’une mauvaise gestion, d’un manque de transparence et de la marginalisation des rôles légaux des conseillers. Le rejet du budget 2026 ne saurait être qualifié de simple « complot », mais découle d’un dysfonctionnement profond du mode de gouvernance régionale.
Sixièmement : la corruption et la mauvaise gestion sont manifestes
Tout le monde sait que le Conseil régional du Guidimakha est englué dans la corruption et la mauvaise gestion, comme en témoigne l’absence de réalisations concrètes à la hauteur des ressources disponibles, l’opacité entourant les recettes issues des tracteurs et des camions, l’exagération des dépenses de carburant dépassant 20 millions d’ouguiyas, ainsi que l’attribution illégale de marchés par entente directe, dont le contrat de fourniture d’internet n’est qu’un exemple parmi d’autres. D’autres dysfonctionnements seront révélés en temps opportun.
Nous réaffirmons enfin que les projets du programme gouvernemental d’urgence sont des projets de l’État, et non des réalisations propres au Conseil régional. Nous saluons les efforts du gouvernement du Premier ministre Moctar Ould Djay et la mise en œuvre de la vision de Son Excellence le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, mais rejetons toute tentative d’utiliser ces projets comme couverture pour masquer les échecs locaux.
Enfin, on peut dire que la tentative du président de rejeter la responsabilité sur les autres est une démarche qui reflète une incapacité évidente. Au lieu de fournir des explications précises sur les raisons de l’échec de l’adoption du budget, le président choisit d’attaquer les conseillers et de les accuser de complot, alors que la loi leur accorde le droit de discuter, de voter et de refuser.
Ainsi, détourner le cours de la discussion de l’évaluation des performances vers des accusations personnelles constitue une fuite devant la véritable responsabilité.
Fait au nom du groupe ayant refusé l’adoption du budget,

Cheikh Mohamedou Abderrahmane
Diouma Amadou Gangué
Maitre Neffé GAndega
Maitre Sidaty Bah
Mohamed Moustapha Lemrabott
Oumar Dembarou Sylla
Moussa Hamet Soumaré
Mohamed Saleck Sidi
Rougui Amadou Dongo
Toumbou Hamadi Sow
Dominick Samba Soumaré
Mohamed Lemine Navaa
Soueilikha Sidi Ahmed.

Selibaby le 21 décembre 2025.

● Mauritanie – Union Européenne | Le ministre de l’Intérieur discute avec plusieurs ambassadeurs de l’Union européenne des moyens de faciliter l’obtention du visa Schengen [AMI]



Le ministre de l’Intérieur, de la Promotion de la Décentralisation et du Développement local, M. Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a tenu, cet après-midi, mercredi, dans son bureau, une réunion avec plusieurs ambassadeurs de l’Union européenne accrédités en Mauritanie.

La réunion a rassemblé, outre M. Joaquin Tasso Villalonga, ambassadeur, chef de la délégation de l’Union européenne en Mauritanie, M. Florian Rendel, ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne, et M. Pablo Barbara Gomez, ambassadeur du Royaume d’Espagne accrédité à Nouakchott.

La rencontre a porté sur les relations existantes entre la Mauritanie et l’Union européenne et les moyens de les renforcer. Elle a également abouti à la décision de prendre toutes les mesures nécessaires pour simplifier et faciliter l’obtention du visa Schengen par les citoyens mauritaniens.

Ont assisté à la réunion, du côté mauritanien, M. Abderrahmane Ould El Hassen, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local, et M. Sidi Ali Ould Nav’e, administrateur directeur général de l’Agence nationale du registre des populations et des documents sécurisés, et du côté européen, Mme Agnès Plassais, Première conseillère à la délégation de l’Union européenne à Nouakchott, et M. Samuel Jacquet, Premier conseiller à l’ambassade de France.

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● Le Grand Entretien du BLOG | Avec l’ingénieur et l’entrepreneur mauritanien M. Cheikhou GANDEGA

Le Grand Entretien du BLOG (le GEB) vous propose l’interview ci-après accordée par l’entrepreneur et spécialiste en Mentorat M. Cheikhou GANDEGA. Natif de la localité de Baydiam dans le Guidimagha mauritanien, l’ingénieur expert en QHSE et CEO de la société GMS PARTNERS a répondu à nos questions avec bienveillance dans ce numéro du 30 octobre 2025 de la rubrique le GEB. Le week-end dernier (25 octobre 2025), il a été décoré Médaille du Mérite lors de la Semaine de l’Afrique des Solutions tenue à la Mairie du 16e arrondissement de Paris. Une énième consécration de haut rang pour notre compatriote saluant son parcours et ses accomplissements. Félicitations et bonne continuation à lui.

Ici l’expression de notre fraternelle et citoyenne reconnaissance à son égard pour la disponibilité. Bonne lecture à tous.

Question 1 : Bonjour monsieur Gandéga Cheikhou, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)

Cheikhou GANDEGA : Je m’appelle Cheikhou GANDEGA, expert en QHSE, RSE et Lean management avec plus de 12 ans d’expérience en France et à l’international.

Arrivé en France, j’ai orienté mon parcours vers le management et la performance des organisations. J’y ai obtenu une Licence en Gestion de Projets, puis un Master 1 en Management des Projets et des Organisations au Pôle Européen d’Économie et de Gestion de Strasbourg, avant de compléter mon cursus par un Master Spécialisé labellisé Grandes Écoles en management QHSE et performance industrielle à l’école d’ingénieurs CESI Campus d’Angoulême.
Fort de 12 années d’expérience au sein de grands groupes européens dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des services, j’ai décidé de revenir aux sources pour mettre mon expertise au service du continent africain.

C’est ainsi qu’en 2023, j’ai fondé en Mauritanie GMS PARTNERS, un cabinet de conseil et d’ingénierie de formation présent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Pour découvrir nos expertises, consultez notre site internet :
https://gms-partners.fr
Notre mission : accompagner les entreprises et les institutions vers une performance durable, en alliant qualité, innovation et impact social.
Parallèlement, je m’engage activement dans des programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat destinés aux jeunes et aux femmes africains, afin de favoriser leur autonomie, leur insertion professionnelle et leur contribution au développement du continent.

Question 2 : De votre riche et inspirante expérience, quelles recettes clés en termes de détermination et de résilience pouvez-vous recommander aux jeunes apprenant.e.s (écoliers, étudiants…) et aux aspirant.e.s à l’entrepreneuriat ?

CG : Aux jeunes, je dirais ceci : Osez rêver grand, mais surtout osez croire en votre différence.
Car c’est souvent ce qui vous rend unique qui deviendra votre plus grande force.
Moi aussi, je suis parti de loin. Né sous un baobab, j’ai appris très tôt que la vie ne te donne rien gratuitement. Mais j’ai compris une chose essentielle : la chance n’existe pas.
Ce qu’on appelle la chance, c’est l’opportunité qui rencontre la préparation. Alors préparez-vous. Formez-vous. Étudiez. Apprenez un métier. Car l’éducation est la clé qui ouvre toutes les portes, même celles qu’on croyait verrouillées à double tour.
Fixez-vous des objectifs clairs. Ne laissez personne vous dire que vous rêvez trop grand. Les grands rêves ne sont pas faits pour les autres — ils sont faits pour ceux qui ont le courage d’y croire.
Entourez-vous de personnes meilleures que vous, de mentors, de modèles, de gens qui vous élèvent. Parce qu’on ne construit rien de solide seul.
La détermination, ce n’est pas la force d’un instant. C’est la constance dans l’effort, jour après jour, même quand personne ne vous regarde.
N’ayez pas peur d’échouer : l’échec, c’est l’école de la réussite. Chaque chute vous rapproche de la victoire.
Et surtout, gardez cette flamme en vous : celle de vouloir laisser une trace, d’apporter quelque chose d’utile au monde.
Rêver grand, ce n’est pas un luxe, c’est un devoir envers vous-même et envers ceux qui viendront après vous.
Croyez, travaillez, persévérez, et le monde finira par s’incliner devant vos efforts.
Parce que tout est possible, à celui ou celle qui s’en donne les moyens.

● Question 3 : Après vos études et une solide expérience professionnelle en France, vous êtes revenu investir en Mauritanie et en Afrique, que donneriez-vous comme conseils cruciaux pour une meilleure réinstallation socio-professionnelle ?


CG : Je dirais qu’une réinstallation réussie en Afrique ne s’improvise pas : elle se prépare, s’adapte et s’ancre dans la réalité locale.


1️-D’abord, comprendre avant d’agir.

Trop souvent, ceux qui reviennent veulent appliquer directement les modèles européens.
Or, chaque pays, chaque territoire a ses spécificités. Il faut écouter, observer, comprendre les besoins réels et les codes locaux avant de proposer des solutions. C’est cette phase d’humilité et d’apprentissage qui fait toute la différence.


2️-Ensuite, construire des partenariats solides.

La réussite ne se fait jamais seul. En Afrique, le réseau est un levier essentiel : il faut s’entourer d’acteurs de confiance, qu’ils soient institutionnels, entrepreneurs ou associatifs. La collaboration ouvre des portes et sécurise les projets.


3️– Enfin, cultiver la patience et la résilience.

Les réalités du terrain peuvent être déroutantes : lenteurs administratives, infrastructures limitées, résistances au changement… Mais c’est précisément dans ces défis que se trouvent les plus belles opportunités. Il faut garder le cap, s’adapter et persévérer.
Mon conseil ultime : revenez avec vos compétences, mais surtout avec un état d’esprit de bâtisseur.

● Question 4 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?

CG : Trop de familles ont pleuré des fils, des filles, des frères, partis avec l’espoir dans les yeux, et que la Méditerranée a engloutis dans le silence.
Je veux dire à la jeunesse, en particulier à celle de la vallée et du Guidimakha : l’avenir ne se trouve pas forcément ailleurs, il peut se construit ici, pas à pas, avec courage et engagement.
Nous avons trop longtemps cru que la réussite passait uniquement par l’exil. Mais aujourd’hui, le vrai courage, c’est de rester, d’apprendre, d’innover et de bâtir chez soi. Chaque village, chaque région regorge de ressources inexploitées, de talents endormis et d’opportunités à révéler. Il suffit d’y croire, de se former et de s’impliquer.
Formez-vous, cultivez la connaissance comme une arme contre la pauvreté et la résignation.
L’éducation est le passeport le plus sûr vers la liberté et l’autonomie, et au-delà des études, intéressez-vous aux initiatives locales : coopératives agricoles, startups sociales, projets environnementaux, associations communautaires… C’est souvent dans ces actions de proximité que naissent les plus grandes transformations.

C’est en croyant en notre terre, en nos idées et en nos compétences que nous ferons de l’Afrique non pas un continent à quitter, mais un continent à construire.

L’État ne peut pas simplement “sensibiliser” ou “réprimer” : il doit redonner confiance.
Cela passe par des politiques structurantes et non symboliques.
Créer des zones d’opportunités locales
Investir dans l’agriculture moderne, la transformation agroalimentaire, les énergies renouvelables, les métiers verts.
Favoriser des zones d’emploi rural avec un accompagnement entrepreneurial et des formations adaptées.
Décentraliser les investissements pour éviter la concentration urbaine du développement.
Repenser la formation professionnelle
Aligner la formation sur les besoins réels du marché local (BTP, maintenance, TIC, agriculture intelligente, artisanat moderne).
Créer des centres de compétences régionales, accessibles, connectés, et valorisant les métiers manuels.
Impliquer la diaspora
Instaurer des fonds d’investissement de la diaspora avec garanties publiques, pour soutenir des projets créateurs d’emplois.
Faciliter le retour des compétences (programmes d’échange, mentorat, partenariats).
Lutter contre la résignation sociale
Mettre en place des campagnes nationales de valorisation du “rêve africain”, à travers les médias, les écoles, les leaders religieux et communautaires.
Encourager les projets culturels et éducatifs qui redonnent confiance à la jeunesse en son identité et son territoire.


● Question 5 : La communauté soninké connaît une crise latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance » et ses manifestations, quelles seraient vos recommandations susceptibles d’apporter une certaine cohésion dans l’organisation sociale sans ces tares ?


CG : Parler de « l’esclavage par ascendance » exige d’abord humilité et lucidité, car il s’agit d’une blessure ancienne, profonde, qui continue malheureusement de diviser.
Je crois sincèrement que la première étape vers la cohésion, c’est la vérité. Il faut oser regarder ce passé en face, sans haine ni déni, pour en comprendre les racines et en tirer les leçons.
Tant que ce sujet restera tabou, il nourrira la méfiance et freinera l’unité au sein de nos communautés.
Ensuite, il est essentiel de reconstruire les liens sur la base du respect, de la dignité et de l’égalité. Personne ne doit être défini par son origine, son nom ou son ascendance. La valeur d’un être humain se mesure à sa conduite, à son savoir et à sa contribution à la société, pas à l’histoire de ses ancêtres.
Aux leaders communautaires, religieux et politiques, je recommande de jouer un rôle d’apaisement et d’exemplarité. Nous devons ensemble promouvoir un discours de justice sociale, de fraternité et de vivre-ensemble, et encourager le dialogue intergénérationnel pour guérir ces blessures.
En somme, il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de le transcender, pour bâtir une société plus juste, plus apaisée et profondément humaine. C’est ensemble, dans le respect mutuel et la reconnaissance de notre humanité commune, que nous écrirons la plus belle page de l’histoire soninké.


Le 29 Octobre 2025

● Réalisé par KS pour le BLOG https://ecrit-ose.blog/

● L’essentiel de la conférence de presse du député mauritanien Biram Dah Abeid en France

Ce samedi 18 octobre 2025, en région parisienne, le député mauritanien M. Biram Dah Abeid a aminé un point de presse dont la thématique phare est « PHÉNOMÈNE DE LA CORRUPTION, GABEGIE ET BLANCHIMENT EN MAURITANIE ». Au menu, il est revenu largement sur le dernier Rapport de la Cour des comptes. En saluant le travail de fond mené à propos du rapport tout en précisant que c’était fait pour la consommation extérieure (les partenaires financiers du pays). Ainsi il déclare que le régime actuel ne pourrait pas combattre sérieusement un système transversal de corruption endémique qui dilapide les deniers publics. À nos 2 questions  portées sur 1 – le rôle du parlement sur les gros manquements révélés dans le rapport et 2 – sur la gestation du dialogue national, il assure que l’assemblée nationale se doit de mener une résistance pour clarifier et suivre cette affaire et qu’à propos du dialogue, il le raille en disant que son dialogue à lui concerne désormais les 450 milliars de manquement épinglés dans le rapport.

Ci-après le texte intégral de sa communication à l’attention de l’opinion publique nationale et internationale :

Conférence de presse du président et député Mauritanien Biram Dah Abeid :

PHÉNOMÈNE DE LA CORRUPTION, GABEGIE ET BLANCHIMENT EN MAURITANIE
Paris, France.

I. PROPOS INTRODUCTIFS

– La Mauritanie est un pays menacé par plusieurs périls – intérieur et extérieur – néanmoins la corruption et la gestion dysfonctionnelle demeurent le principal danger qui mine et hypothèque l’existence de cet Etat Sahelien, comme entité susceptible de prétendre à la souveraineté. Les deux facettes de la faillite de la gouvernance constituent le principal facteur d’instabilité et de désordre parce qu’ils alimentent la montée des frustrations et nourrissent, ainsi, le feu de la discorde. Leur potentiel de dévastation de la vie des gens explique la pauvreté dans laquelle la majorité des Mauritaniens survivent. A terme proche, le contexte présent conduit à la déliquescence d’un Etat déjà gangrené par le népotisme et le clientélisme.
– Certes, le constat ne date pas d’aujourd’hui. Il s’enracine dans la décennie du Président Mohamed ould Abdel Aziz dont son successeur et ami assurait la cogestion solidaire. Les mêmes pratiques de brigandage ont prospéré sous le pouvoir prédateur du moment, avec la multiplication des marchés de gré-à-gré, le trafic d’influence, les surfacturations et le maintien de présumés corrompus à de hauts postes de responsabilité. Les prétendants à moraliser la conduite des affaires publiques sont les mêmes co-auteurs de la banqueroute en cours. Aussi, nul d’entre eux n’a été, jusque-là, démis de ses fonctions, encore moins condamné ou détenu en vertu des griefs précités. Ils se soutiennent, par réflexe professionnel et esprit de corps. La corporation des trafiquants est, à la fois, juge et partie de son destin. Le droit ne l’atteint.

– Les quelques fonctionnaires épinglés par les rapports de l’Inspection générale de l’Etat (Ige) ou de la Cour des comptes (Cc), au motif de détournement, n’ont jamais été inquiétés. La plupart, passée une brève période d’éviction de façade, se retrouvent, recyclés, en somme nommés à de grandes fonctions. Certains ont bénéficié d’aménagement de remboursement progressif, d’une petite partie du montant dû à la collectivité. D’autres sont maintenus à leurs postes, voire parachutés à des charges parfois plus élevées, au niveau protocolaire. La prime à l’impunité est ainsi démontrée. Elle comporte, de facto, un encouragement à continuer de sévir, impunément. L’ensemble du système, à très peu d’exception, tire sa reproduction quotidienne, de tours de passe-passe, à caractère rotatif, où les clans et les tribus se répartissent, chacun son tour, le bénéfice de la prédation.

– Parmi les citoyens naïfs ou de bonne foi, nombreux, au gré des changements à la tête de l’Etat, forment le vœu, d’un arrêt – du moins une trêve- dans le du cycle blanchiment. Alors, ils se mettent à renouveler leur abonnement mécanique à l’espérance d’un lendemain meilleur. Or, le démantèlement attendu n’arrive jamais. Ceux qui escomptent l’activation d’un dispositif de veille et de mécanismes de répression et de dissuasion, par la sanction, la récompense et la diligence de leur mise en œuvre, déchantent, toujours. Le train des nominations de personnes liées à des lobbys confirme la permanence d’une règle cardinale : En Mauritanie, la rectitude morale n’est pas un critère qui entre en ligne de compte au choix des dirigeants. La propension à redistribuer le bien mal acquis recèle, en revanche, un atout recherché. On l’aura compris, pour sa propre pérennité et la satisfaction de son assise clientéliste, le régime des militaires en civil a besoin de protéger et de renouveler les circuits de la corruption. Il s’agit d’une nécessité vitale.

– L’enrichissement spectaculaire et sans cause d’agents de l’Etat se vérifie au travers de leurs acquisitions immobilières au Maroc, à Dubai, en Espagne et Turquie. Comme s’ils pressentaient l’effondrement sans préavis de leur fabrique de faveurs, ils s’emploient, avec une frénésie empreinte de discrétion, à planquer le butin, loin, sous les latitudes de la complaisance financière. Nous sommes l’un des rares pays au monde où des fonctionnaires rivalisent de fortune avec les hommes d’affaires. Nombreux de ces derniers, convient-il de le souligner, doivent leur prospérité, à l’essor d’un capital privé national dont l’origine politico-administrative remonte aux débuts du régime des prétoriens, entre 1986 et 2005. Il suffit, pour s’en convaincre, de se souvenir du charcutage des banques publiques, des fonds de développement et des sociétés d’Etat, à l’avantage exclusif d’une coterie de capitaines d’industrie recrutés à l’intérieur du même groupe ethnique. Par l’effet d’une corrélation facilement démontrable, l’appauvrissement de la masse en résulte. 

II. QUELQUES EXEMPLES DE GRANDE CORRUPTION

1. ADDAX : Les contrats d’approvisionnement en produits pétroliers avec ADDAX qui bénéficie d’un monopole exclusif est plus que suspect. Les appels d’offres dans ce domaine auraient dû être conclus pour plusieurs années, afin de bénéficier de conditions optimales, au lieu d’être sur une base annuelle, ce qui ouvre la voie à des rétrocommissions. En tout cas, ils ont porté un grave préjudice à l’Etat, se traduisant par un manque à gagner important pour l’État et les entreprises publiques, telles que la SNIM et la SOMELEC. Celles-ci ont subi des dégâts significatifs en raison de la mauvaise qualité des hydrocarbures fournies et dû, entre autres, renoncer à des pénalités importantes pour violation par le fournisseur de ses obligations contractuelles. Par ailleurs, les intermédiaires empêchent le pays de se doter d’une capacité de stockage des hydrocarbures, indispensables pour approvisionner le marché et éviter de subir les aléas des prix. Le manque à gagner pour le pays peut atteindre 200 millions de dollars par an alors que construire des capacités de stockage coûterait entre 130 et 160 millions de dollars. Cet acte est en soi une trahison. S’y ajoute une augmentation exponentielle des commissions versées aux intermédiaires, désormais sur une base annuelle.
– Plus grave encore, l’appel d’offre préparé par l’ancien ministre Abdesselam Ould Mohamed Saleh pour doter le pays de capacité de stockage partiel financé a été confié à ADDAX malgré qu’elle s’y connait dans le domaine de la construction des réserves d’hydrocarbures. Comme le chantier est en retard, il a été décidé de reconduire le contrat d’approvisionnement avec ADDAX sous forme de gré à gré, coûtant au pays 200 millions de dollars de pertes sèches.
– Toutes les sociétés de trading dans le monde soumissionnent dans les appels d’offre, même dans les pays enclavés qui n’ont pas de ports, comme le Mali, à l’exception de la Mauritanie, à cause de l’absence de capacité de stockage, mais aussi de la certitude de l’absence de transparence et qu’inéluctablement le marché sera attribué à ADDAX.  En effet, ce monopole de fait d’ADDAX est encouragé par les facilités obtenues par ADDAX grâce à ses réseaux au cœur du pouvoir

2. Le port de Ndjago : la convention de financement est-elle légale puisqu’ elle n’a pas été ratifiée par le parlement ? Elle est signée par l’actuel PM et l’actuel président. Le port n’est toujours pas opérationnel et coûte beaucoup d’argent à la Mauritanie.

3. Le secteur des Mines : le code minier et les procédures ne sont plus respectés. Les investisseurs sont contraints de ne travailler qu’avec des personnes proches du pouvoir, sinon ils sont bloqués. Le cadastre minier (réalisé par Isshagh Ould Rajel) qui était une référence en Afrique est aujourd’hui complètement délabré et on y enregistre que les entreprises proches du pouvoir.

4. Le secteur de la pêche : Des armateurs turcs en connivence avec certains milieux proches du pouvoir pillent les ressources du pays en toute impunité, allant même jusqu’à pêcher dans les zones interdites de reproduction des espèces maritimes.


III. APPEL POUR SAUVER LE PAYS

Je lance en appel à mes collègues députés, s’ils sont animés de la volonté de se mobiliser pour imposer la lutte contre la corruption en principal sujet de leurs interventions. Il y va de l’avenir existentiel de la Mauritanie. Nous devons exiger le mandat perpétuel d’une commission d’enquête parlementaire, sur l’attribution des marchés publics, depuis la fausse alternance de 2019. Nous interpelle, avec autant d’insistance, cette myriade de banques, créées sans préavis rationnel. Il nous revient de réclamer, des partenaires extérieurs, davantage d’attention à leur éventuel arrimage aux réseaux de la criminalité mondiale.  La suspicion légitime d’ententes illicite et de délit d’initié vise, également, les entreprises sans expertise ni expérience qui parviennent à rafler les appels d’offre, au détriment d’honnêtes entrepreneurs.

J’invite les média d’investigation, journalistes, lanceurs d’alerte et blogueurs à mener des enquêtes sérieuses – quoique difficiles à réaliser compte tenu du caractère secret de la corruption – aux fins de détecter puis de dévoiler les cas d’impéritie, les affaires suspectes et le blanchiment d’argent sale.


Je demande, aux organisations de la société civile, de se tourner, sans complexe ni faux scrupule de patriotisme, vers les cabinets internationaux de veille contre le crime en col blanc, afin d’attirer leur attention sur l’ampleur du pillage multidimensionnel que la Mauritanie abrite.  Il n’est pas seulement question de l’orpaillage ou de la pêche mais de l’entretien d’une caste d’incompétents et de paresseux au sein de la haute administration, en vue d’y perpétuer la logique des privilèges indus. L’importance et l’urgence de la démarche procèdent du lien causal entre mauvaise gouvernance, dégradation des services universels de base, désertification, difficulté d’accès à une alimentation décente, délitement de l’éducation et des structures de santé, mortalité infantile, émigration massive et hausse de l’insécurité dans les villes. Oui, la corruption tue. En Mauritanie, elle tue la majorité à petit feu tandis qu’elle engraisse la minorité des parvenus. 

Taux de Mortalité infantile, maternelle, très élevé, par rapport aux budgets énormes ; indicateurs onusiens
Relations entre la corruption et le développement : tous les problèmes du pays ont à leurs bases la corruption : il faut que citoyen le sache

18 Octobre 2025

● Chantiers à l’arrêt à Nouakchott après l’expulsion des migrants en situation irrégulière | [Vidéo]

LE360 AFRIQUE – Après les secteurs de la pêche, du prêt-à-porter et du commerce des fruits et légumes, c’est autour de la construction de subir le retour de manivelle de l’expulsion des migrants maliens, sénégalais et guinéens. Faute de main d’œuvre, plusieurs chantiers sont à l’arrêt et les prix des matériaux de construction explosent.

La récente reconduite aux frontières de migrants en situation irrégulière dont essentiellement des ouest-africains, continue d’impacter certains secteurs clés de l’économie mauritanienne, particulièrement l’ensemble de la chaîne de la construction.

Le déficit en ouvriers se fait ressentir à tous les étages, de la fabrication des briques à la construction d’immeuble. Même les travaux de finition pâtissent de ces départs forcés.

Les conséquences ne se sont pas fait attendre: explosion des prix des matériaux, chantiers à l’arrêt. Sadio Camara, propriétaire d’un dépôt de briques, explique «nous faisons face à une absence de main d’œuvre après le départ des migrants maliens. Les autorités s’étaient engagées à trouver une solution par la formation de nos employés grâce aux services d’un spécialiste malien, mais nous attendons toujours. La pénurie persiste et provoque une hausse des prix. Le travail est à l’arrêt sur tous les chantiers».

Ces reconduites aux frontières ciblent les migrants en situation irrégulière. Elles touchent particulièrement les ressortissants des pays d’Afrique de l’ouest dont les Maliens, les Sénégalais, les Guinéens et les Ivoiriens qui sont parmi les plus importantes communautés étrangères présentes dans le pays dont nombreux sont en situation irrégulière.

Allant dans le même sens, Sidi Mohamed, client, apporte également son témoignage: «depuis plusieurs semaines, les briques sont introuvables. J’essaie d’en trouver mais on me dit qu’il faut d’abord passer commande puis faire preuve de patience. Et quand la marchandise est enfin livrée, c’est avec des prix en hausse. Après le départ des Maliens, qui travaillaient pour un salaire mensuel de 4.000 ouguiyas. Avec ce salaire, les Mauritaniens ne veulent faire le même boulot».

Abou Wone, maçon de son état, souligne que «les prix de toutes les catégories de briques sont en forte hausse. Pour les briques simples, l’unité est passée de 13 à 25 ouguiyas. Quant à la brique hourdis, elle est passée de 30 à 45 ouguiyas».

Ces différents témoignages rappellent que les Maliens constituaient depuis quelques années la principale source de main d’œuvre du secteur de la construction de bâtiment à Nouakchott. Conséquence, leur départ dans le cadre des expulsions de migrants non réguliers a entrainé une pénurie d’ouvriers. Outre les arrêts de certains chantiers, la rareté de la main d’œuvre a fait grimper les rémunérations des ouvriers au niveau des chantiers.

Une situation que confirme Habib Sy, professionnel de la construction, évoluant dans le génie civil: «depuis le départ des Maliens, nous sommes confrontés à de nombreux problèmes. Nous subissons les conséquences de cette situation avec un arrêt des chantiers par manque d’ouvriers qui repousse les délais de construction».

Les autorités mauritaniennes mettent en avant la nécessité de lutter contre les réseaux de trafiquants et de préserver la sécurité nationale pour justifier ces expulsions.

Par Amadou Seck (Nouakchott, correspondance)

©️ Lien média : Chantiers à l’arrêt à Nouakchott après l’expulsion des migrants en situation irrégulière https://share.google/qe99wbZX4khAGWEXJ

● Mauritanie | Youssef Ahizoune, l’homme qui va nettoyer Nouakchott [PORTRAIT]

Emergence Mauritanie – Le nouveau grand éboueur de Nouakchott s’appelle Youssef Ahizoune. À la tête d’Arma Holding, il vient de remporter un contrat clé : 7 milliards d’ouguiyas par an, renouvelable sur 10 ans, pour moderniser la gestion des déchets de la capitale mauritanienne.

Le feuilleton du marché de la propreté de Nouakchott a trouvé son épilogue. Après plusieurs suspensions et annulations, c’est finalement Arma Holding, groupe marocain spécialisé dans la gestion des déchets, qui a été officiellement désigné pour assurer la collecte et le transport des déchets solides de la capitale mauritanienne.

Le contrat est de taille : 7,06 milliards d’anciennes ouguiyas par an, sur une durée initiale de 10 ans, renouvelable. Il concerne l’ensemble de l’agglomération de Nouakchott, confrontée à des défis structurels en matière de gestion des déchets.

Un contrat clé, une concurrence rude

Le processus d’attribution n’a pas été linéaire. Le contrat, initialement remporté par SOS NDD, a été suspendu à trois reprises par l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) à la suite de recours.

Lors de la quatrième procédure, c’est finalement Arma Holding qui a été retenue, l’ARMP ayant levé les dernières suspensions début juin 2025. Une victoire importante pour le groupe, alors que ce marché est vu comme une vitrine régionale dans un secteur hautement concurrentiel.

Youssef Ahizoune, un héritier devenu entrepreneur

À la tête d’Arma Holding : Youssef Ahizoune, 38 ans. Fils de l’ancien président de Maroc Telecom, Abdeslam Ahizoune, Youssef a choisi de tracer sa propre voie dans l’univers des services urbains. Après des études à Paris-Dauphine et aux Ponts ParisTech, il débute chez le français Derichebourg, spécialisé dans la propreté urbaine. En 2014, il participe à la création de la filiale marocaine du groupe. En 2019, il en prend le contrôle total et fonde Arma Holding.

Le groupe est aujourd’hui contrôlé par la famille Ahizoune (Youssef, ses sœurs Zineb et Yasmine) et un associé, Alae Eddine Bentayeb. Sous leur direction, Arma s’est imposé comme un acteur clé du secteur au Maroc : présence dans 19 villes, plus de 7 000 collaborateurs, diversification vers l’éclairage public et le recyclage.

Une ambition régionale affirmée

Le contrat de Nouakchott s’inscrit dans une stratégie d’expansion régionale. Arma développe en parallèle des projets en Côte d’Ivoire (usine de recyclage à Abidjan) et au Sénégal, avec l’ambition de devenir un opérateur de référence du service urbain en Afrique francophone.

Classé 12ᵉ du Choiseul 100 Africa, classement qui distingue chaque année les 100 jeunes leaders économiques les plus influents du continent, Youssef Ahizoune incarne cette nouvelle génération de patrons urbains africains. Entrepreneurs industriels et gestionnaires aguerris, ces dirigeants ambitionnent d’accompagner la transformation des métropoles africaines en intégrant des standards de service plus élevés et des solutions innovantes. Le contrat de Nouakchott lui offre une nouvelle opportunité de démontrer cette vision sur le terrain.

Le défi de Nouakchott est immédiat : moderniser la collecte, déployer une nouvelle flotte, instaurer un service continu et fiable dans une ville où les attentes sont fortes. Pour Youssef Ahizoune, ce contrat représente à la fois une consolidation du positionnement panafricain d’Arma et un test grandeur nature sur un marché stratégique.

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=784640

● Élection du nouveau président de la BAD, le candidat Mauritanien Sidi Ould Tah dit avoir le parrainage du président Ouattara [Koaci]

Koaci — La bataille pour la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD) est lancée.

Les élections sont prévues pour se tenir le 29 mai 2025 à Abidjan. le nouveau président de la BAD sera élu par les représentants des 81 pays membres de l’institution, parmi lesquels 54 pays africains.

L’économiste et financier mauritanien, Sidi Ould Tah, qui vient de quitter ses fonctions de président de la Banque arabe pour le développement en Afrique (BADEA) , est entré en campagne pour l’élection.

Il se dit optimiste quant à sa victoire finale le 29 mai prochain face à quatre autres candidats de poids, l’économiste et financier mauritanien s’est dit optimiste de nature et rasséréné par l’accueil enthousiaste des différents publics auxquels il s’est adressé. Avant de rendre hommage à l’appui motivant et rassurant du Président ivoirien, Alassane Ouattara et mauritanien, El-Ghazouani :

« Je suis très honoré de l’appui du Président Alassane Ouattara qui parraine ma candidature avec le Président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Ma vision et mon programme sont de nature à contribuer de manière déterminante pour la transformation structurelle de l’Afrique ».

Pour rappel, cinq candidats sont en lice pour succéder au Nigérian Akinwumi Adesina pour les cinq ans à venir.

Il s’agit de : la Sud-Africaine Swazi Tshabalala, le Zambien Samuel Munzele Maimbo, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, le Sénégalais Amadou Hott et le Mauritanien Sidi Ould Tah.

Donatien Kautcha, Abidjan

©️ Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=783680

● Mauritanie – Adama Bâ, du terrain du foot à celui de l’agriculture

La Dépêche – Il est des trajectoires qui échappent aux grilles binaires du succès et de l’échec, et se laissent lire comme des palimpsestes de civilisation.

Celle d’Adama Ba, footballeur international mauritanien, s’inscrit dans cette catégorie d’itinéraires où le destin individuel se confond avec un récit collectif, discret mais fondamental. Car si le monde l’a connu crampons aux pieds, dribblant sur les pelouses de France et de Turquie, c’est désormais dans le silence aride des terres du Guidimakha qu’il écrit l’acte le plus noble de sa carrière : celui du retour.

Ancien pensionnaire de clubs prestigieux – parmi lesquels Bastia, Auxerre, ou encore le géant turc Göztepe – Adama Ba n’a jamais été un simple athlète de haut niveau. Son style de jeu, fait d’élégance retenue et de déplacements lucides, laissait déjà entrevoir une forme de gravité intérieure, rare dans un univers dominé par la vitesse, l’oubli et la surexposition. Mais ce que beaucoup ont pris pour de la discrétion était déjà le signe d’un attachement profond à autre chose : une terre, une origine, une mémoire.

Après avoir remporté avec le club marocain de la Renaissance Sportive de Berkane le trophée suprême du continent africain, il aurait pu, comme tant d’autres, céder à la tentation du commentaire télévisé, de la reconversion urbaine ou de l’oubli doré. Mais non. Il a choisi de retourner là où tout avait commencé : le Guidimakha. Non pas pour y jouir d’un prestige conquis ailleurs, mais pour y travailler — humblement, concrètement, avec ses mains.

Dans un pays où tant d’anciens héros se contentent de leur propre mythe, Adama Ba est allé au-delà. Il ne cultive pas seulement la terre : il cultive un autre imaginaire mauritanien. Celui d’un retour fécond, d’un enracinement actif, d’une dignité silencieuse. Il rappelle à tous que la souveraineté commence dans l’acte de semer, que le patriotisme véritable ne s’épuise pas dans les drapeaux, mais se traduit dans la capacité à nourrir les siens.

En cela, Adama Ba est bien plus qu’un ancien joueur : il est un modèle éthique. Son geste sans sponsor, est un manifeste. Il appelle, non pas à l’admiration passive, mais à une réorientation de notre politique publique. Car un pays qui ne soutient pas ses héros quand ils deviennent paysans trahit à la fois sa terre et sa mémoire.

L’État mauritanien se doit donc de regarder ce retour non comme une anecdote, mais comme un signal : le mérite n’est pas toujours là où la foule applaudit. Il est parfois dans les marges, dans l’humus, dans l’invisible travail de ceux qui refusent de s’exiler de leur propre sol.
Adama Ba n’a pas pris sa retraite : il a simplement changé de terrain.


Chronique de Mohamed Ould Echriv Echriv

©️ Lien média https://kassataya.com/2025/05/11/mauritanie-adama-ba-du-terrain-du-foot-a-celui-de-lagriculture/?fbclid=IwQ0xDSwKNNPFleHRuA2FlbQIxMAABHsLMwHeV5nyFNjujuUyDUH–lj2pnfX_YGOZ2T1AbpvcVyhKR6V5ajcSwidL_aem_qYYkrtZDLc5OnCwcjb_Y9A

● Pourquoi les immigrés ivoiriens en Mauritanie semblent mieux traités : explication méthodique | Par le journaliste Souleymane Djigo.

Avant toute chose, précisons que cet article n’a pas vocation à juger si les pratiques sont “normales” ou “injustes”.

Il n’est pas question de défendre qui que ce soit, mais uniquement d’expliquer les logiques diplomatiques, économiques et stratégiques derrière certains comportements d’État.

Beaucoup réagissent avec émotion ou fanatisme, sans comprendre les réalités froides du fonctionnement entre pays. Il est temps d’être lucide.

1. Libre circulation et accords bilatéraux : pourquoi les Ivoiriens ont-ils un traitement particulier ?

En Mauritanie, certains ressortissants ivoiriens bénéficient d’une facilité d’accès à la carte de séjour, grâce à un accord bilatéral entre Nouakchott et Abidjan.

Comment cela fonctionne-t-il ?

• Les Ivoiriens s’inscrivent auprès d’une entité officielle ivoirienne installée à Nouakchott.
• Cette entité transmet leurs informations au ministère mauritanien des Affaires étrangères.
• En retour, ces Ivoiriens obtiennent gratuitement leur carte de séjour.

Pourquoi cet avantage ?

Parce que la Mauritanie et la Côte d’Ivoire ont des intérêts croisés forts :
• Des milliers de commerçants mauritaniens vivent et prospèrent en Côte d’Ivoire (boutiques, import-export, gros commerce, etc.).
• La Mauritanie a donc tout intérêt à ménager la diaspora ivoirienne chez elle pour protéger ses propres ressortissants en Côte d’Ivoire.

Exemple concret :

Si demain la Côte d’Ivoire expulse massivement des commerçants mauritaniens, cela entraînerait un désastre économique pour des milliers de familles mauritaniennes.

2. Pourquoi cette situation n’est-elle pas la même avec le Sénégal ou le Mali ?

Il est vrai que la Mauritanie a aussi des commerçants au Sénégal et au Mali. Mais :
• Le volume est beaucoup plus faible qu’en Côte d’Ivoire.
• L’activité est différente : au Sénégal, par exemple, de nombreux Mauritaniens sont liés au commerce de proximité ou viennent se soigner ou étudier, mais ils ne dépendent pas massivement du marché sénégalais ou malien.
• Le transfert est possible : si un jour un conflit éclatait, un commerçant mauritanien au Sénégal pourrait facilement s’installer en Gambie ou en Guinée-Bissau. Les risques économiques sont donc limités.

En revanche, pour la Mauritanie, perdre l’accès au marché ivoirien serait un coup stratégique majeur.
Conclusion simple : là où il y a plus d’intérêt, il y a plus d’efforts diplomatiques pour ménager l’autre partie.

3. La vraie mécanique des relations Nord-Sud

Quand deux pays collaborent, ce n’est jamais par amour ou par simple voisinage.
C’est toujours une question de :
• Qui dépend de qui ?
• Qui perdrait quoi en cas de crise ?
• Quels sont les leviers de pression disponibles ?

Exemples simples pour comprendre :

• Licences de pêche : La Mauritanie octroie chaque année des permis de pêche aux Sénégalais. Si tension il y a, ces licences peuvent être suspendues, créant une crise pour des milliers de pêcheurs sénégalais.

• Diaspora active : Il y a beaucoup plus de Sénégalais vivant et travaillant en Mauritanie que l’inverse. Donc, Nouakchott a un levier de pression plus fort.
• Flux financiers : Plus d’argent sort de Mauritanie pour aller au Sénégal et au Mali que l’inverse. Cela crée un déséquilibre économique que Nouakchott peut utiliser.

4. La Gambie, un autre exemple de “statut privilégié”

La Gambie est un autre pays où la relation est particulière :
• Beaucoup de commerçants mauritaniens sont établis en Gambie.
• La majorité des Gambiens en Mauritanie sont des étudiants venus pour des études islamiques.
• Résultat : Même s’ils paient leur carte de séjour, les Gambiens bénéficient d’une certaine tolérance.

La raison est toujours la même : protéger ses propres ressortissants à l’étranger.

5. Exemple frappant : le Mali et les représailles sur les commerçants

Quand la Mauritanie a expulsé des Maliens récemment, des jeunes à Bamako ont voulu fermer les boutiques mauritaniennes.

Réaction rapide des autorités maliennes : les jeunes ont été arrêtés et le Mali a réagi pour protéger ses autres intérêts en Mauritanie.

Cela montre que les États négocient selon leurs intérêts stratégiques réels, pas selon les sentiments populaires.

Comprendre sans fanatisme

Chers amis, il faut arrêter d’analyser ces questions avec des lunettes de colère ou de fanatisme.

Les relations internationales, surtout entre pays africains, fonctionnent selon des règles pragmatiques : intérêts économiques, équilibre de pouvoir, dépendances mutuelles.

Celui qui domine économiquement négocie mieux. Celui qui a plus à perdre plie.

Ne vous laissez pas tromper par des discours émotionnels : il ne s’agit pas d’amour, de fraternité ou autre , mais bien d’intérêt froid et calculé.

Comprendre cela, c’est grandir et éviter de se ridiculiser en confondant nationalisme de café et réalités géopolitiques.

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