Le ministre de l’Économie et du Développement durable, président du Comité National du Recensement, M. Abdessalam Mohamed Saleh, a supervisé aujourd’hui, dimanche à Nouakchott, en présence des ministres de l’Intérieur et la Décentralisation, M. Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, et de la Culture, de la Jeunesse, des sports et des Relations avec le Parlement, M. Ahmed Ould Sid’Ahmed Ould Dié, le lancement officiel du 5ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH).
La cérémonie de lancement a été marquée par des sketches et des chants populaires soulignant l’importance de ce recensement organisé du 25 décembre au 9 janvier par l’Agence nationale de la statistique, de l’analyse démographique et économique (ANSADE).
Le lancement de ce recensement s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations des Nations Unies aux Etats membres d’organiser un recensement général de la population et de l’habitat tous les dix ans.
A travers ce recensement, qui inclut tous les résidents du territoire national, qu’ils soient mauritaniens ou étrangers, les autorités visent principalement à collecter des données liées aux caractéristiques démographiques et socio-économiques de la population et à en faciliter l’accès aux usagers, ainsi qu’à fournir les données nécessaires pour les besoins des politiques de lutte contre la pauvreté et le suivi des progrès de la mise en œuvre des objectifs de développement durable et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, en plus de contribuer à la mise en place d’un système d’information statistique précis, permettant la fourniture des données nécessaires dans en temps opportun afin d’évaluer l’impact des plans suivis par les décideurs nationaux.
Dans un discours prononcé à cette occasion, le ministre de l’Économie et du Développement Durable a indiqué que la préparation de ce recensement a nécessité des effort redoublés de la part de l’ANSADE, notamment l’élaboration du cadre réglementaire et directeur, de la méthodologie générale et des documents techniques, prenant en compte les besoins des différents usagers des données sociales et démographiques des départements ministériels et des partenaires au développement, ainsi que la conception des applications informatiques et plateformes électroniques d’accompagnement, la préparation et la mise en œuvre du travail cartographique, la mobilisation des fonds nécessaires, la préparation des moyens logistiques, l’inscription et la formation du personnel de terrain et la formulation et la mise en œuvre de la stratégie de plaidoyer et de sensibilisation.
Il a souligné que cette édition du recensement a été entièrement numérisée dans toutes ses étapes, y compris celles liées à la collecte des données sur le terrain, ce qui permettra d’améliorer sa cohérence et sa qualité, et permettra également d’accélérer l’analyse et la diffusion des résultats.
Pour assurer le succès de cette démarche, tous les moyens humains, logistiques et financiers nécessaires ont été mobilisés, l’objectif étant d’employer plus de 5 000 agents de comptage, équipés de tablettes, après les avoir formés aux techniques de collecte de données.
Il a souligné la nécessité de répondre spontanément et honnêtement aux agents de collecte de données et de leur fournir des informations correctes et précises, afin de faire de cette opération de recensement un succès.
Il a également exhorté les équipes de travail sur le terrain, notamment les enquêteurs, les observateurs et les superviseurs, à être attentifs, diligents et persévérants et assurer la confidentialité des données.
A son tour, le Représentant Résident par intérim du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), M. Nestor Azandegbe, qui a rappelé l’engagement constant de son institution envers la Mauritanie, s’est félicité du respect par la Mauritanie de l’engament pris par les Etats membres de réaliser tous les dix ans un recensement général de la population pour assurer un meilleur suivi de la mise en œuvre des objectifs de développement durables à l’horizon 2030.
De son côté, la porte-parole du représentant de la Banque mondiale en Mauritanie, Mme Deynaba Diallo, a félicité le gouvernement mauritanien pour cette édition 5ème édition du RGPH, exprimant le soutien de la Banque mondiale à ce recensement dans toutes ses étapes de sa conception, préparation et mise en œuvre.
La cérémonie de lancement officiel de ce 5ème RGPH s’est déroulée en présence du directeur général de l’ANSADE et du représentant de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
En théorie l’indépendance du pouvoir judiciaire est aujourd’hui considérée comme un des principes cardinaux de l’époque contemporaine, qui concourt à la fois à la garantie des libertés fondamentales, à la promotion de la démocratie et à la consolidation de l’Etat de droit en Afrique francophone subsaharienne. Ce principe est inscrit dans les constitutions de la plupart des Etats francophones d’Afrique de l’Ouest tels que le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Bénin et le Niger. La consécration de ce principe dans les lois fondamentales et l’institutionnalisation du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) sont censées donner une certaine garantie au profit du pouvoir judiciaire pour soustraire les magistrats et la justice de l’arbitraire et de l’emprise du pouvoir exécutif. Mais hélas… !
La notion d’indépendance est proche de l’impartialité ou de la neutralité. L’indépendance est définie par la doctrine comme un statut qui permet au juge de résister aux pressions provenant des autorités extérieures quelconques et/ou politiques. En d’autres termes, elle se traduit par l’absence de pression ou de pouvoir d’une instance extérieure qui aurait droit de regard ou d’intervention sur la fonction du juge. Je pense notamment le pouvoir politique, entre autres. Cependant, la crise de la justice au 18ème siècle (le siècle des lumières) en occident a fait naître un vaste mouvement d’idées des philosophes et des hommes de droit qui dénoncent une justice inhumaine et proposent des réformes. La pensée politique et philosophique de ces partisans des « lumières », de Voltaire en passant par Rousseau, Beccaria et Montesquieu était calquée sur la cruauté de l’ancien système judiciaire et la réforme de celui-ci. Le théoricien et magistrat qu’était Montesquieu, par ses idées politiques et judiciaires a proposé dans son célèbre ouvrage « L’Esprit des lois », les trois pouvoirs : celui de faire des lois (législatif), celui d’exécute les résolutions publiques (exécutif) et celui de juger (judiciaire). Pour l’auteur selon Jean-Pierre ROYER, ce « mécanisme tempéré permet d’atteindre un équilibre favorable au maintien de la liberté c’est-à-dire en respectant tout à la fois l’indépendance de l’Etat dans le principe de son action et le respect de la singularité des personnes et de leurs biens ». Après les indépendances en 1960 les Etats africains, notamment les Etats francophones subsahariens (le Sénégal, le Mali, La Mauritanie et le Mali) ont choisi la constitution française de 1958 comme une norme référentielle. Le système judiciaire de ces pays d’Afrique francophone est calqué sur celui du pays colonisateur (la France). La première constitution de la Mauritanie indépendante du 20 mai 1961 après celle de 1959 est inspirée largement des institutions françaises et affirmait son attachement de la République islamique de Mauritanie aux principes de droits fondamentaux de droits de l’homme définis par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et celle de 10 décembre 1948. Mais sauf que celle-ci ne fait aucune mention sur le « principe de la séparation des pouvoirs » tel qu’il a été théorisé par Montesquieu et prévu par la 5ème République française. Il a fallu attendre la constitution du 20 juillet 1991 pour voir apparaître la mention de la « séparation des pouvoirs ». Aux termes de l’article 89 de la constitution du 20 juillet 1991 « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Le Président de la République est garant de l’indépendance magistère. Il est assisté par le conseil supérieur de la magistrature qu’il préside… ». Cette disposition constitutionnelle évoque l’indépendance de la justice comme un postulat mais la réalité vient parfois affreusement démentir au quotidien. En Mauritanie, tout comme le Sénégal, le Mali et le Niger pour ne citer que cela, la justice connaît manifestement le plus d’atteintes en dépit de la protection constitutionnelle par l’emprise du garde des sceaux, le ministre de la justice d’une part et l’influence du président de la République sur le fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) en sa qualité de président de cet organe disciplinaire et de gestion de la carrière des magistrats d’autre part. Le système judiciaire des pays d’Afrique francophone subsaharienne hérité de la France, le ministère de la justice est l’organe auquel est assigné la fonction administrative et d’organisation de la justice. Celui-ci exerce une influence prégnante dans les institutions judiciaires. Cette influence s’induit non seulement dans la gestion administrative mais aussi dans la gestion financière. Au-delà de cette gestion administrative et financière il existe un phénomène très grave qui porte atteinte à l’indépendance des magistrats : c’est le rattachement du parquet à l’exécutif particulièrement au ministère de la justice. Le pouvoir judiciaire, gardien de nos libertés individuelles qui doit rester indépendante, comprend à la fois les magistrats du siège et ceux du parquet. Le parquet est sous l’autorité du ministère de la justice et reçoit des ordres de celui-ci et applique la politique d’action publique du gouvernement. Par exemple au Bénin, le ministre de la justice peut dénoncer au procureur général les infractions à la loi pénale dont il a connaissance, lui enjoindre d’engager ou de faire engager des poursuites ou de saisir la juridiction compétence de telles réquisitions écrites qu’il juge opportunes, selon l’article 34 du code béninois de procédure pénale. En Mauritanie, l’ancien ministre de la justice et professeur de droit Haimoud RAMDAN, a souligné dans ces travaux de recherche que « l’influence de l’action des services du ministère de la justice sur le cours de la justice se manifeste par la charge des moyens dont il assure la répartition et la pression du milieu professionnel du magistrat qui souvent est proche des thèses et idées du pouvoir exécutif ». Cette réalité continue de plonger le parquet dans une situation de dépendance vis-à-vis du pouvoir politique et qui constitue à mon sens une entorse fatale à l’indépendance de la justice. Une autre atteinte que l’exécutif porte manifestement à la justice est celle de la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM). Cet organe est censé être un bouclier du pouvoir judiciaire aujourd’hui, il se retrouve entre les mains du pouvoir politique pour affaiblir la justice davantage. L’institutionnalisation du CSM comme pièce maîtresse de la justice répond à une exigence de garantie d’indépendance de la justice face aux atteintes des autres pouvoirs de l’Etat. Le CSM est une création originale du droit français par la loi du 31 août 1883 relative à l’organisation judiciaire afin d’assurer un cadre juridique protecteur aux juges. Sa mission principale est d’assister le président de la République en tant qu’autorité de nomination et garant de l’indépendance de la justice. Ainsi, en 2008, la France a engagé une entreprise de modernisation des institutions de l’État. Plusieurs piliers constitutionnels de la Ve République, dont la justice ont alors connu de profondes évolutions. S’agissant de la justice, il était question de consolider l’indépendance de l’autorité judiciaire face à l’exécutif. En Mauritanie l’article 17 de la loi du 17 février 1994 prévoit que « le CSM assiste le président de la République garant de l’indépendance de la magistrature ». Le CSM mauritanien est composé de 11 membres et présidé par le président de la République. Le ministre de la justice est le vice-président. Il faut souligner que le président de la République et son ministre de la justice sont des membres de droit du CSM. La composition du CSM en Mauritanie est approximativement la même qu’au Sénégal. Cette composition est de plus en plus ardemment critiquée au Sénégal par les magistrats et la doctrine qui pensent qu’elle menace l’indépendance de la justice et qu’elle fait du CSM un organe non représentatif de la magistrature. Le président de la République dispose une compétence liée en matière de nomination des magistrats. Comme le souligne l’article 4 de la loi organique n° 92-27 du 30 mai 1992 modifiée, portant statut des magistrats au Sénégal, qui dispose que « les magistrats sont nommés par décret du Président de la République, sur proposition du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ». Pour Omar DIOP, « le Conseil supérieur de la magistrature est une instance controversée […] les modalités de désignation des membres du CSM reflètent curieusement un certain déséquilibre au profit de l’exécutif en matière d’organisation de la justice. Le Président de la République et le garde des Sceaux concourent à la nomination des membres du Conseil et partagent la présidence de celui-ci ». Ce faisant, le principe de séparation de pouvoirs a pour but d’éviter toute influence du pouvoir politique dans le cours de la justice. Le souhait de la doctrine est de supprimer toutes les manifestations de la soumission organique et fonctionnelle de la justice au pouvoir politique. Avec l’évolution de nos sociétés vers l’exigence de respect des principes démocratiques et les demandes exorbitantes de justice, les réformes constitutionnelles et judiciaires s’imposent en Mauritanie. Après avoir diagnostiqué le « cancer » de notre justice, il est temps de mettre fin la prééminence du pouvoir politique sur le judiciaire et de supprimer la présidence du CSM par le président de la République et la vice- présidence par le ministre de justice. Nous proposons de confier la présidence du CSM à la formation du siège (au premier président de la Cour suprême) et la vice-présidence à la formation du parquet (au procureur général près la Cour suprême). Par avance, je souhaite une très belle fin de fête d’année à tous les membres (les chercheurs, doctorants, professeurs, étudiants…) de mon Centre d’Histoire et d’Anthropologie du Droit (CHAD) de l’Université Paris-Nanterre…. Qu’Allah bénisse la Mauritanie et les mauritaniens !!! Que 2024 soit une année de paix, de santé de fer et de bonheur pour toute l’humanité !
Boubou BA Docteur en droit Membre associé au centre d’histoire et d’anthropologie du droit (CHAD) Université Paris-Nanterre Juriste au Palais de justice de Pontoise-France
Il s’appelle Sao Ousmane et de nationalité mauritanienne.
Originaire de la vallée du Fleuve dans la région de Gorgol (Kaédi).
Engagement associatif :
Il est un membre actif de l’association Fedde Hirnangue Bossoya, qui regroupe plusieurs villages autour de Kaédi.
Il est le coordinateur général de l’association des jeunes du village de Jooke en Europe.
Un sympathisant actif de plusieurs autres associations humanitaires nationales et internationales en France.
Il préside l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des Mauritaniens de la Diaspora (CCDMD), une association basée en Europe qui vise à renforcer les liens entre tous les Mauritaniens de la Diaspora, avec des membres disséminés sur tous les continents.
Parcours académique :
Ousmane SAO a fait ces années de primaires, secondaires et universitaires à Nouakchott.
Réside en France pour des études doctorales.
Il est depuis quelques années basé en France, titulaire de deux doctorats :
Le premier en Géologie du quaternaire, avec un double focus sur la reconstitution des paléoenvironnements et la protection du patrimoine culturel mauritanien.
Le second en sociologie politique et relations internationales, intitulé Organisation des Unités sociopolitiques, culturelles et juridiques de la population mauritanienne et relations internationales.
C’est un parcours très riche et diversifié, mêlant engagement associatif, recherche académique et promotion de la culture mauritanienne. Bravo pour tout ce que tu as accompli docteur Ousmane SAO.
Oui, je le dis haut et fort Monsieur Sao Ousmane, avec son profil, son expérience et ses diplômes, pourrait potentiellement représenter la Mauritanie à l’UNESCO en tant que cadre.
Doté d’un impressionnant bagage académique, serait un candidat idéal pour occuper le poste de conseiller culturel à l’UNESCO. Ses multiples diplômes et son expertise lui confèrent les qualifications nécessaires pour contribuer de manière significative à la promotion et à la préservation de la diversité culturelle au sein de cette organisation internationale.
Ousmane SAO fut en 2019 conseiller chargé de communication auprès du directeur national de campagne du président de la campagne de Mohamed ould cheikh Ghazouani en France et en Mauritanie.
N’oublions pas l’appel du président Mohamed ould cheikh Ghazouani qui a déclaré sa flamme à la diaspora dans son programme.
Sa solide formation académique, ses multiples diplômes et son expertise font de lui un candidat idéal pour contribuer de manière significative à la promotion et à la préservation de la diversité culturelle au sein de cette organisation internationale.
À 12 ans, Boubou a été envoyé en Mauritanie par son père. Le voyage qui ne devait durer que deux semaines s’est transformé en séjour de dix ans. Aujourd’hui CPE en Seine-et-Marne, Boubou raconte ce qu’il a vécu comme un arrachement.
« Récemment, j’ai appris qu’un ancien élève a été envoyé au pays, je l’ai vécu comme un échec. » Boubou, 38 ans, est conseiller principal d’éducation (CPE) dans un établissement de Seine-et-Marne. En plus des absences en cours et du comportement des élèves, il doit gérer d’autres cas, plus inattendus : l’envoi d’élèves dans le pays d’origine de leurs parents.
Au début des années 2000, Boubou croit partir en vacances deux semaines avec son grand frère. « Mais les vacances sont devenues dix ans », rembobine-t-il aujourd’hui devant la caméra de StreetPress. Là-bas, il est pris en charge par un ami de son père, un ancien ministre, qui devient son tuteur. Boubou se rappelle des premiers coups donnés par des instituteurs, de la « gamelle » partagée à plusieurs dans une maison où son tuteur accueille de nombreux candidats à l’émigration en France. Son histoire, c’est aussi celle d’un dialogue impossible avec son père sur les raisons de ce voyage.
« Je reçois encore des parents qui me disent : “S’il ne travaille pas, on va l’envoyer en Afrique. Et j’explique aux élèves mon parcours de vie. Je l’ai vécu, je sais ce que c’est. »
Envoyés au bled est une série de témoignages de StreetPress. De la banlieue parisienne au Mali, à la Côte d’Ivoire et à la Mauritanie, elle raconte le parcours de trois jeunes envoyés dans le pays d’origine de leurs parents au début des années 2000.
Un militant anti-esclavagiste se dit « choqué » par les révélations de POLITICO sur l’influence présumée de la corruption sur le prix Sakharov de l’UE.
BRUXELLES – Un militant anti-esclavagiste s’est exprimé après que des politiciens soupçonnés de corruption aient prétendument conspiré pour l’empêcher d’être nommé pour le prix des droits de l’homme le plus prestigieux de l’Union européenne.
Biram Dah Abeid, qui fait campagne contre les violations des droits de l’homme en Mauritanie, était considéré comme un candidat potentiel au prix Sakharov en 2020. Parmi les anciens lauréats figurent le peuple ukrainien et Nelson Mandela.
Mais POLITICO a vu un document qui affirme qu’Abeid a été empêché de progresser dans le processus de nomination dans le cadre d’une campagne d’influence présumée menée par l’ancien eurodéputé Pier Antonio Panzeri et son ex-aide Francesco Giorgi.
Giorgi et Panzeri ont tous deux fait l’objet de poursuites préliminaires dans l’affaire dite du « Qatargate », le plus grand scandale de corruption qui ait touché les institutions européennes depuis des décennies.
Des fichiers divulgués de l’enquête de police, vus par POLITICO, suggèrent qu’Abeid a été exclu de la liste des candidats que le groupe des eurodéputés socialistes et démocrates allait proposer pour le prix, après que Panzeri et Giorgi soient intervenus.
Dans un onglet du tableur intitulé « Mauritanie », une entrée datée du 9 septembre 2020 mentionne un « Birame » – une orthographe alternative du nom d’Abeid – en référence au prix Sakharov. C’est à cette même date que le groupe S&D a annoncé sa liste finale de candidats, qui ne l’incluait pas.
« Birame est écarté des trois finalistes du groupe S&D », peut-on lire dans le document.
Des personnes ayant connaissance du processus en 2020 ont confirmé que M. Giorgi lui-même et des eurodéputés, y compris du groupe S&D, ont fait pression pour que M. Abeid reçoive le prix Sakharov cette année-là.
Choqué Abeid, fondateur de l’Initiative anti-esclavagiste pour la résurgence du mouvement abolitionniste, a souvent été pris pour cible par le gouvernement du pays d’Afrique de l’Ouest, et a même été emprisonné en 2015 et 2018. Il a déclaré à POLITICO qu’il avait été « choqué et abattu » en apprenant les affirmations contenues dans les fichiers divulgués selon lesquelles il avait été empêché de concourir pour le prix.
« L’image du prix Sakharov a été très durement touchée », a déclaré M. Abeid à POLITICO. « Maintenant, nous savons tous que le prix Sakharov peut faire l’objet de négociations entre des acteurs puissants qui peuvent influencer la manière dont il est décerné.
Abeid s’est souvenu avoir rencontré Panzeri à plusieurs reprises entre 2013 et 2019.
« Il était extrêmement gentil, extrêmement sensible. Il m’a fait croire qu’il essayait de transmettre tout l’esprit humanitaire de l’Union européenne », a déclaré M. Abeid. « L’argent peut influencer ce prix. Et surtout l’argent corrompu. »
En 2020, M. Giorgi était l’assistant de l’eurodéputé Andrea Cozzolino, qui a également été inculpé dans l’affaire du Qatargate et qui nie toute implication.
Abeid avait déjà été présélectionné par le groupe socialiste en 2018. En 2020, le prix – qui est largement décidé par les trois plus grands groupes politiques du Parlement européen – a finalement été décerné à l’opposition démocratique de la Biélorussie. Des personnes familières avec les discussions en 2020 ont laissé entendre que M. Abeid n’était pas un favori cette année-là.
« Je savais que j’avais une chance de remporter le prix », a déclaré M. Abeid. « J’étais en très bonne position en tant que membre d’un mouvement de résistance et de dissidence. Je suis très étonné, très choqué ».
M. Abeid a déclaré que les autorités mauritaniennes l’avaient empêché de revendiquer ce qu’il pense être sa victoire légitime lors des élections présidentielles du pays – en 2014 et en 2019. Il a établi un parallèle avec Giorgi et Panzeri. « Les amis [de la Mauritanie] au sein de l’Union européenne, comme Panzeri, m’empêchent toujours de gagner », a déclaré M. Abeid. « Même si je représente la majorité des personnes qui souffrent encore de l’esclavage en Mauritanie. Il se présente à nouveau à la présidence en 2024.
M. Panzeri a déclaré à la police que lui et M. Giorgi avaient reçu chacun 100 000 euros de la Mauritanie entre 2019 et 2022. Cette affirmation est contestée par M. Giorgi, qui a déclaré aux enquêteurs qu’il ne recevait que 1 800 euros par mois de l’ambassadeur mauritanien à Bruxelles, officiellement à titre de loyer pour un appartement qu’il sous-louait à d’autres personnes.
Les documents de la police montrent que l’accord de Panzeri et Giorgi avec la Mauritanie a été conclu fin 2018 lors d’une réunion avec le président du pays de l’époque, Mohamed Ould Abdel Aziz. Le président, s’est souvenu Panzeri, a proposé que le duo travaille pour s’assurer que l’UE ne « parle pas mal » de la Mauritanie. Cela, a dit M. Panzeri aux enquêteurs, « pourrait être échangé contre de l’argent ».
Un porte-parole de la S&D a déclaré : « Nous ne commentons pas l’enquête judiciaire en cours, si ce n’est pour dire que nous sommes prêts à coopérer pleinement avec les autorités judiciaires. Notre enquête interne n’a révélé aucun fait ou cas qui aurait dû être porté à l’attention de l’enquête. »
Les avocats de Giorgi et Panzeri et le gouvernement mauritanien n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
La Mauritanie a demandé l’augmentation de ses quotas de visas auprès de l’union européenne, l’exonération de ses passeports diplomatiques et ses passeports de travail de visas dans tous les pays de l’union européenne.
Cette demande a été formulée lundi dernier, lors d’une réunion de haut niveau à Bruxelles avec une délégation de l’union européenne, espagnole, française et allemande destinée à examiner les dossiers de l’immigration illégale et l’afflux croissant de migrants vers la Mauritanie.
Cette délégation comprenait le secrétaire général du ministère de l’intérieur et de la décentralisation, le directeur général de la sûreté nationale, la secrétaire générale du ministère des affaires étrangères et de la coopération, le secrétaire général du ministère de l’économie et du développement durable, le secrétaire général du ministère de la pêche et de l’économie maritime et le délégué général de la sécurité civile et la gestion des crises ;
La délégation comprenait également le commandant des garde-côtes, le directeur général de la direction territoriale, le commandant de la zone-ouest de la gendarmerie nationale, le directeur de la police de l’air et des frontières et les deux premiers conseillers de l’ambassade de Mauritanie auprès de l’union européenne.
La délégation mauritanienne a présenté un rapport détaillé sur les défis et les problèmes rencontrés par le gouvernement face à l’afflux croissant des migrants illégaux qui constitue une pression sur les services et les services et les équipements publics, les opportunités d’emploi et les ressources naturelles.
Le gouvernement mauritanien a proposé l’approbation d’un cadre approprié avec l’union européenne, la révision et la mise à jour des accords bilatéraux relatifs à la migration, notamment ceux la liant à l’Espagne.
L’union européenne a exprimé sa disponibilité face aux demandes mauritaniennes et de prendre les mesures nécessaires pour les satisfaire en fonction des opportunités offertes et les procédures s’y afférentes.
Les deux parties sont convenues de préparer le texte d’un document cadre sur la coopération dans le domaine de la migration en janvier prochain afin de le discuter et le signer entre le gouvernement mauritanien et la présidente de l’union européenne dans les prochains mois.
Les deux parties ont également convenu d’élaborer un projet de document-cadre de coopération dans le domaine migratoire en janvier prochain, en vue de le discuter et de le signer par le gouvernement mauritanien et la présidence de la commission de l’Union européenne dans les prochains mois.
Les Etats Unis d’Amérique ont annoncé le rapatriement d’un certain nombre de migrants mauritaniens illégaux, entrés dans le pays depuis la frontière mexicaine.
L’ambassade des USA à Nouakchott a déclaré que Washington a organisé un second vol aérien vers la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée et l’Angola à bord duquel figuraient plusieurs mauritaniens ne disposant pas de déclarations légales pour séjourner ou travailler aux Etats Unis.
Ce second vol organisé par le gouvernement américain compte des mauritaniens entrés illégalement dans le pays à travers sa frontière avec le Mexique.
L’ambassade américaine justifie le rapatriement de ces mauritaniens par l’afflux croissant de migrants illégaux mauritaniens aux USA.
Dans son communiqué qu’elle a publié ce jeudi, l’ambassade américaine à Nouakchott précise que le gouvernement américain n’exige pas de compassassions ni des personnes rapatriées ni de leur gouvernement.
L’ambassade a réaffirmé que le gouvernement américain garantit le bon traitement des personnes soumises à cette opération en leur offrant la nourriture, un séjour provisoire, les examens médicaux, le transport aérien vers leur pays d’origine aux frais des contribuables américains.
Maarenmu , o na me terinka Haadamarenmun, o na me terinka
O n da me terinka, Sefexannun na mugi , I na faami
O n da me terinka, Diganxannun na mugi , I na faami
O nan kafi , kapen me fe . O nan golli , gollen me fe .
O kisiman dibun nan soroge xo kanŋu, Singiti do wadane nan toxo koŋini masalanŋu, Tisiite do walata nan yanben yanbanŋu, I nan xare i nan tuyi, o na bagu wunanŋu.
O na me terinka
O nan siro, siroyen me fe O nan ña baane ,a xa me fe
Moritaani ya ni o fuure Moritaani ya ni jiidunfuure
O na me terinka
Ke fuure sunbandaanon ni moritaninko, Ke fuure wurudaanon ni moritaninko, Suraqe , fulle, sooninke,wolofo o su na ke fuure, yonko Hari a ga na xoto , o n kafi o na a yonko yonkon.
O na me terinka
A wajibi o kanma o na ke fuure sunba doome , A wa o kanma senbe , o na ke fuure sorogo doome .
A l’instar des multitudes éprises de liberté, l’Ira célèbre, ce 10 décembre 2023, la journée mondiale des droits de l’homme. L’occasion de partager, avec l’opinion, le passif mauritanien en la matière, justifie une commémoration à la hauteur du défi. La lourdeur et l’ancienneté du contentieux requièrent un constat dénué de complaisance. Si l’on doit se réjouir de l’arsenal juridique et des tribunaux mis en place aux fins de pénaliser les crimes d’esclavage, l’on constate, cependant, qu’aucun criminel n’a été emprisonné ; le blanchiment d’infractions aussi graves et anachroniques reste l’unique option des autorités. D’ailleurs, les commanditaires et auteurs de tueries, de déportations à visée ethnique continuent à jouir de l’immunité, tandis que le nombre des préposées à la torture ne cesse de croître, d’une année à la suivante.
1. Pour ne citer que les exemples récents, l’on se souviendra de Souvi Jibril Soumaré, dit Ould Cheïne, assassiné le 09 février 2023 au commissariat de police de Dar Naim (Nouakchott sud). Les tortionnaires ont d’abord essayé de s’exonérer du forfait létal, avant de se rétracter sous la pression de la rue. L’officier de police judiciaire et les exécutants sous son commandement furent arrêtés et soumis à une instruction de justice ; néanmoins, les résultats tardent. Quelques mois après, survint, le 29 mai 2023, à Sebkha (Nouakchott ouest), à l’intérieur d’un bâtiment de la police et dans des circonstances de facture identique, le décès de Oumar Diop, natif de MBagne (sud). Devant la flagrance de l’abus, la colère s’est emparée d’une partie de la jeunesse urbaine, fragilisant davantage la cohésion de la société. Des centaines d’adolescents, d’ascendance subsaharienne, seront traqués et suppliciés, parfois à domicile, puis détenus durant 72 heures. Là aussi, la version officielle concluait à une mort, par arrêt cardiaque, à l’Hôpital national. Or, le personnel médical certifie avoir accueilli, aux urgences, un corps sans vie. Une sombre autopsie, effectuée au Maroc, viendra corroborer le récit tronqué. D’ailleurs et jusqu’à ce jour, le site Facebook de la direction de la sûreté continue d’afficher la thèse de deux accidents, alors même que le Parquet reconnaissait le caractère violent du premier homicide et ordonnait la mise à l’écrou des persécuteurs. A cause du poids de l’impunité et des réflexes grégaires de la médiocratie, la communication des organes en charge du maintien de la paix suit un cours spécifique, que caractérise l’autonomie envers les autres segments de l’Etat. A l’Etat de droit qui s’affiche, s’oppose l’Etat d’exception qui prévaut ; sous la façade des slogans et du zèle factice à signer et ratifier les conventions internationales, veille et se reproduit le monstre familier de la fraude, du double langage et des faux semblants. Le vernis est si mince. Si Janus devait se choisir un passeport, il s’enrôlerait en Mauritanie.
2. A la suite de la révolte devant la récurrence et la banalisation des brutalités racistes, le gouvernement, pris de court, s’empressa de suspendre, pendant quelques jours, l’accès à l’internet. Il s’agit, ici, d’un manquement délibéré à l’intégrité élémentaire de la personne, derrière lequel se profile, toujours, la volonté de réprimer en silence, loin des regards. Pire, lors des protestations à Boghé (sud), Mohamed Lemine Alioune N’Daiye, né en 1996, a été abattu, d’un tir ciblé. Suivant une jurisprudence bien établie en République islamique de Mauritanie, le tireur et le donneur d’ordre demeurent à l’abri de la moindre sanction. Leur identité relève du secret.
3. Quasiment l’ensemble des démonstrations non-violentes de l’Ira suscitent, de la part des unités anti-émeute, un déchainement de coups et blessures, d’une intensité disproportionnée. Beaucoup de nos militants gardent les stigmates et les séquelles de la maltraitance ; ils en témoignent sans répit ni exagération, photos et vidéo à l’appui.
4. Les atteintes à la dignité de l’individu et à la jouissance de ses droits civiques, n’ont épargné les députés, tel l’honorable Biram Dah Abeid, plusieurs fois séquestré, maintenu en détention préventive ou condamné des peines relevant du délit d’opinion.
5. La promulgation des normes sur la cybercriminalité ou des restrictions relatives à la préservation des « symboles » rétrécit l’espace, fort exigu des libertés d’expression et d’association. Aussi l’on retiendra, à titre d’illustration, l’extradition – de Dakar – et l’emprisonnement de Youba Siby, un sympathisant de l’Ira, pourtant de nationalité sénégalaise. Jugé en comparution expresse, il écopera de 4 années de réclusion. Le tribunal expéditif lui reprochait des propos de réprobation du racisme et des inégalités de naissance. L’audience se déroulait, en catimini, sans avocat même commis d’office, ni présence de la famille. La pseudo-commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), tenta de faire avaliser la régularité de la procédure, par le représentant accrédité à Nouakchott du Haut-commissariat des nations-unies.
6. En cette fin d’année 2023, les partis les plus représentatifs des peuples autochtones de Mauritanie réclament la participation à la démocratie dont le statu quo les prive. Il convient de souligner, en particulier, le cas des partis Radical pour une action globale (Rag) et Forces progressistes du changement (Fpc).
7. Les populations dominées et discriminées aux motifs inavoués de la couleur, de la langue, de la culture et de la généalogie, ne parviennent à obtenir les pièces d’état-civil biométrique, point d’accès à l’exercice du vote.
8. Les rescapés et les héritiers des milliers de concitoyens déportés ou exécutés, de 1986 à 1991, ne peuvent plus dénoncer, en réunion publique, la loi d’amnistie qui absout les responsables de telles cruautés. Une multitude d’entre eux, réfugiée aux Sénégal et Mali voisins, continue à survivre dans la précarité et la morsure de l’exil. Les ministères en charge du litige et de son règlement leur refusent le rapatriement organisé. Apatrides, de parents en progéniture, ils écument des contrées hostiles, en quête de gîte et de couvert. Quiconque s’insurge ou proclame sa solidarité avec eux se retrouve suspecté de racisme. En Mauritanie, le raciste n’est jamais le tueur.
9. Malgré la disponibilité rhétorique du pouvoir à protéger, les femmes et les filles, contre les excès séculaires du patriarcat, l’habitude de la duplicité face aux partenaires extérieurs, rappelle cette manie de la dictature des militaires, qui consiste à servir un discours et son contraire, selon la capacité financière de l’interlocuteur. Mieux encore, le projet de texte, passé sous la censure du Haut-conseil de la fatwa et des recours gracieux, s’est perdu dans les méandres de la bureaucratie. La fameuse instance de contrôle de conformité religieuse se place au-dessus du Conseil constitutionnel et des titulaires de la souveraineté populaire. Ironie du sort, ses membres ne sont pas élus. Enfin, depuis des semaines, le Parlement, quoique sous influence des cercles obscurantistes, attend la première lecture du document.
10. Comble de l’horreur, l’article 306 du code pénal, dans sa mouture de 2018, étend la liquidation physique à des infractions morales, comme le refus de prier, le blasphème, et l’apostasie. Quand il supprime la faculté du repentir, il fait, de la Mauritanie, le seul pays d’Afrique dont le dispositif légal consacre l’imitation de Daesh ; bien plus que l’Arabie saoudite, l’Afghanistan, l’Iran, Brunei et les Maldives, réunis, nous nous sommes piégés, en toute préméditation. Certes, l’Etat n’applique pas les prescriptions ainsi revendiquées mais, en les maintenant dans le corpus des lois, il accorde, aux apprentis illuminés de demain, un formidable outil de sauvagerie et de sexisme. « Gouverner, c’est prévoir et ne rien prévoir c’est courir à sa perte », avertissait, dès 1852, le journaliste français Emile Girardin….
Les dossiers du Qatargate : des centaines de documents divulgués révèlent l’ampleur du scandale de corruption dans l’UE
Les preuves issues de l’enquête pour corruption du Parlement européen font état de plus de 300 tentatives présumées de manipulation de la démocratie européenne.
• Par ELISA BRAUN , GIAN VOLPICELLI et EDDY WAX à Bruxelles
Appelez-les les rapports annuels du Qatargate.
Une vaste collection de documents divulgués lors de l’enquête policière sur la plus grande affaire de corruption ayant frappé l’UE depuis des décennies – vue par POLITICO – révèle toute l’ampleur du scandale d’argent contre influence du Parlement européen.
Pendant quatre ans, les dossiers suggèrent que des suspects clés, parmi lesquels l’ancien député européen Pier Antonio Panzeri et son assistant Francesco Giorgi, ont méticuleusement enregistré des tentatives présumées de manipulation du Parlement, l’organe démocratique le plus important de l’UE, et de débats politiques plus larges.
Leurs payeurs présumés au Qatar, au Maroc et en Mauritanie ont dépensé environ 4 millions d’euros pour ces travaux, selon les informations contenues dans les dossiers.
Le scandale a été révélé pour la première fois il y a exactement un an cette semaine, lorsque Panzeri, Giorgi et d’autres personnalités clés ont été arrêtés lors d’une série de perquisitions dramatiques impliquant des sacs d’argent liquide et des histoires sinistres d’ingérence étrangère au cœur de la démocratie européenne.
Parmi les actions enregistrées dans les documents, certaines ont eu un impact significatif sur le fonctionnement de l’Union européenne, comme la tentative de faire échouer six résolutions parlementaires condamnant le bilan du Qatar en matière de droits de l’homme et la collaboration pour parvenir à un accord de voyage sans visa entre Doha et l’UE. .
Mais les opérations pourraient aussi être mesquines : Giorgi a un jour noté que chaque exemplaire d’un livre peu flatteur sur le Qatar qui pouvait être trouvé au Parlement avait été soigneusement « détruit ».
Parmi les fichiers consultés par POLITICO figurait une feuille de calcul de huit onglets sur l’ordinateur portable de Giorgi, saisi dans son appartement à Bruxelles, répertoriant des centaines d’activités d’influence que le réseau aurait menées entre 2018 et 2022.
La feuille de calcul enregistre plus de 300 travaux pour lesquels les suspects ont reçu d’importantes rémunérations. Ils auraient atteint leurs objectifs grâce à un réseau d’associés travaillant au sein du Parlement, qu’ils appelaient leurs « soldats », selon les dossiers.
Jusqu’à présent, l’enquête a permis d’arrêter quatre députés européens actuels et anciens pour des accusations préliminaires de corruption, de blanchiment d’argent et d’appartenance à une organisation criminelle. Parmi les suspects figurent Panzeri, Giorgi et Eva Kaili , la compagne de Giorgi et une personnalité bruxelloise qui a été évincée de son poste de vice-présidente du Parlement lorsque le scandale a éclaté.
Alors que les enquêteurs soupçonnent Panzeri et son réseau de manipuler le Parlement au nom du Qatar et d’autres États, les documents suggèrent qu’ils essayaient également d’exploiter le manque de connaissances des responsables étrangers sur la démocratie européenne.
Giorgi a déclaré à la police que lui et son patron parlaient parfois à leurs payeurs d’opérations sur lesquelles ils n’avaient aucune influence pratique, car Panzeri avait déformé l’étendue de son pouvoir pour façonner le travail du Parlement, selon les documents.
« Cela s’est appuyé sur l’ignorance du fonctionnement du Parlement », a déclaré Giorgi dans des déclarations à la police.
Une personne proche de la défense juridique de Giorgi, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré qu’il n’était « pas crédible » de considérer la feuille de calcul comme une preuve des activités d’influence. Au lieu de cela, a déclaré la personne, la liste était conçue pour « booster » l’image de Panzeri auprès de ses clients.
Qu’il s’agisse d’un véritable travail d’influence ou simplement d’un outil pour gonfler la facture, les entrées du tableur offrent un aperçu unique du fonctionnement de la machine d’influence construite et dirigée par Panzeri, Giorgi et leurs complices présumés, jusqu’à une enquête policière en décembre. 2022 a mis un terme brutal à tout cela. Les documents soulèvent également la question de savoir comment de telles opérations d’influence pourraient passer si longtemps inaperçues.
Alors que les dirigeants européens sont confrontés au premier anniversaire ignoble du scandale qui a éclaté le 9 décembre de l’année dernière, les révélations contenues dans les dossiers du Qatargate soumettront une fois de plus les normes éthiques de l’UE à un examen minutieux.
Les opérations présumées comprenaient :
La grosse affaire * Travaillant pour le Qatar, Giorgi et Panzeri visaient un objectif plus important : s’assurer que Doha conclue un accord pour voyager sans visa avec l’UE. L’accord a reçu le feu vert essentiel de la commission des libertés civiles du Parlement en décembre 2022, quelques jours avant l’arrestation de Giorgi et Panzeri. Le vote final sur l’accord a été suspendu depuis l’éclatement du scandale.
La victoire arrive sur la feuille de calcul. D’autres documents provenant de l’ordinateur portable de Giorgi révèlent qu’il avait l’intention de suggérer aux Qataris deux « Plan(s) d’action » détaillant qui contacter et où exercer une pression pour obtenir l’accord de visa.
* Selon Giorgi et Panzeri, une condition préalable à l’obtention d’un accord sur les visas était d’éviter les tentatives de certains députés européens de censurer le Qatar pour le traitement qu’il réserve aux travailleurs migrants et aux journalistes. Dans sa feuille de calcul, Giorgi s’attribue le mérite d’avoir « neutralisé » six résolutions parlementaires condamnant le Qatar entre juin 2021 et novembre 2022. Le Parlement a cependant finalement adopté une résolution critiquant le bilan du Qatar en matière de droits humains le 24 novembre 2022.
Manipulation des auditions parlementaires * Les préparatifs du Qatar pour la Coupe du monde de football ont fait l’objet d’intenses critiques concernant l’exploitation présumée des travailleurs migrants. Le tableur de Giorgi se vantait d’avoir « changé le discours au Parlement » sur la question, lors d’une audition en commission en avril 2021 avec la comparution d’un responsable qatari.
* En février 2020, les suspects ont préparé des notes détaillées pour une comparution du ministre des Affaires étrangères du Qatar à la commission des affaires étrangères du Parlement. Ils ont également assuré la présence de certains députés « pour des questions ciblées ».
Attaques politiques contre les rivaux du Qatar * Une opération menée en 2021, par exemple, visait la nomination d’un haut responsable de la police des Émirats arabes unis, Naser Al-Raisi, comme nouveau président d’Interpol. Les relations entre le Qatar et les Émirats arabes unis, leur voisin du Golfe, ont été tendues, les relations diplomatiques étant rompues entre 2017 et 2021. Comme de nombreux hommes politiques et ONG à l’époque, l’amie de Panzeri, l’eurodéputée Maria Arena, a exhorté les pays de l’UE à résister à la nomination d’Al-Raisi. Panzeri et Giorgi se sont attribués le mérite de la lettre d’Arena, même s’il n’est pas clair si elle savait qu’ils le faisaient. L’avocat d’Arena a déclaré à POLITICO qu’elle n’avait pas été inculpée dans le cadre de l’enquête policière et a refusé de commenter davantage.
* Une autre opération a visé l’Arabie Saoudite, qui avait rompu ses relations diplomatiques et économiques avec le Qatar. Panzeri et Giorgi ont accusé le Qatar d’avoir pris une série d’actions, notamment une série de tweets et de projections de films relatifs au meurtre du chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi, tout en condamnant fermement la responsabilité de Riyad dans ce meurtre.
Le Maroc et la Mauritanie * Lorsqu’il s’agissait de défendre le Maroc, Panzeri et Giorgi étaient fiers d’adopter une résolution parlementaire contre l’Algérie, qui, selon eux, profiterait au Maroc.
* L’équipe s’est également vantée d’avoir obtenu un « texte plus modéré » sur une résolution critiquant le Maroc pour sa gestion d’une crise migratoire en 2021. La résolution a blâmé le Maroc pour avoir assoupli les contrôles aux frontières et autorisé 8 000 migrants, dont des enfants non accompagnés, à traverser le territoire espagnol pendant cette période. un différend avec le gouvernement de Madrid.
* Selon les documents, l’objectif principal de la Mauritanie était d’améliorer son image publique. La feuille de calcul de Giorgi suggère que le groupe a travaillé pour tenter d’empêcher un militant anti-esclavagiste, qui s’était fait des ennemis au sein du gouvernement mauritanien, de remporter le prestigieux prix Sakharov de l’UE pour les droits de l’homme.
Les révélations incluses dans les dossiers du Qatargate sont susceptibles de relancer le débat au Parlement sur la question de savoir si le corps législatif lui-même a fait suffisamment pour garantir que des opérations similaires ne se reproduisent plus. Même si le Parlement a introduit des procédures plus strictes en réponse au scandale, beaucoup à Bruxelles considèrent les réformes comme timides, au mieux .
« Ces documents nous montrent qu’il s’agissait d’un effort soutenu et pluriannuel visant à influencer de manière néfaste les procédures parlementaires », a déclaré Nick Aiossa, directeur par intérim de Transparency International EU. «Cela s’est produit au fil des années avec plusieurs personnes, et cela n’a pas été découvert. Alors, qu’y a-t-il d’autre ?
« La réponse du Parlement a été faible, maigre et ne reflète certainement pas la gravité du scandale survenu en décembre dernier », a ajouté Aiossa.
Daniel Freund, député européen des Verts allemands, a déclaré en réaction à l’enquête de POLITICO : « Il semble que le projet soit bien plus vaste que ce que nous avions appris jusqu’à présent. »
Selon lui, le principal problème réside dans le fait que le Parlement n’a pas mené d’enquête interne sur l’impact des prétendues opérations d’influence sur ses activités et décisions démocratiques.
Freund a déclaré : « Il semble que vous puissiez acheter ou au moins influencer certaines décisions du Parlement, ou à tout le moins, certains anciens députés européens tentent de faire croire à tout le monde que vous pouvez le faire et que vous les vendez comme un produit. »
« Il devient de plus en plus clair qu’il pourrait y avoir un certain nombre de procédures [au Parlement] qui pourraient, à tout le moins, être remises en question », a déclaré Freund. « Maintenant, il faut un processus approprié au sein du Parlement, pour que nous examinions [s’il s’agit] simplement de conneries gonflées de la part de ces deux-là… ou est-ce réel ? Y a-t-il eu une influence sur l’une de ces procédures ? Devons-nous reconsidérer certaines décisions ?
Un porte-parole du Parlement a déclaré que l’institution ne pouvait pas mener d’enquête interne sur d’éventuelles activités criminelles. « Mais elle peut coopérer pleinement et rapidement avec les autorités compétentes, et c’est ce que nous avons fait », a déclaré le porte-parole. La présidente du Parlement, Roberta Metsola, a « personnellement facilité l’enquête » en étant « présente lors des perquisitions au domicile de deux députés belges (en décembre 2022 et en juillet 2023) comme le demande la Constitution belge, ce qui est sans précédent dans l’histoire du PE », a ajouté le porte-parole. .
Suite aux premières allégations de corruption, Metsola a présenté 14 mesures pour renforcer les pare-feu du Parlement et améliorer la transparence. Le législateur s’est également joint à la procédure judiciaire belge en tant que partie civile afin de « détecter si des dommages au budget du PE ont été causés dans l’une des activités et récupérer l’argent », a déclaré le porte-parole.
Le ministre marocain des Affaires étrangères, qui avait précédemment nié l’implication du pays dans le scandale, n’a pas répondu aux multiples demandes de commentaires de POLITICO. Le Qatar a rejeté les allégations selon lesquelles il aurait interféré dans la démocratie européenne. La Mauritanie n’a pas répondu à plusieurs questions envoyées par courrier électronique concernant son implication présumée dans le projet.
Kaili a nié tout acte répréhensible. « L’enquête montre que Mme Kaili ne s’est jamais prononcée en faveur du Maroc ou de la Mauritanie », a déclaré l’avocat de Kaili, Michalis Dimitrakopoulos, dans un courriel adressé à POLITICO. « Selon les documents de l’enquête, les services secrets belges ont souligné qu’il n’y avait aucune preuve que Mme Kaili était impliquée dans le réseau, ni qu’elle ait reçu de l’argent. »
Panzeri a reconnu sa culpabilité dans le cadre d’un accord de plaidoyer qu’il a conclu avec les autorités, conclu en janvier. Giorgi a reconnu son implication dans ces stratagèmes, selon les dossiers consultés par POLITICO. Les avocats des deux hommes ont refusé de commenter cet article.
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