Manifestation à Paris le samedi 25 avril 2015

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Boolumbal Boolumbal

Répondant à l’appel du collectif des organisions Mauritaniennes de France, les Mauritaniennes et mauritaniens se sont mobilisés le samedi 25 avril 2015 à Paris pour commémorer les déportations des milliers de noirs mauritaniens au Sénégal et au Mali dans les années 1989 à 1991 sous le régime raciste et dictatorial de Maouya Ould Sid’Ahmed Taaya.

Il faut rappeler que prés de 190 000 personnes ont été déportés au Sénégal et au Mali et plus de 860 civils enterrés dans les fosses communes à Wothie et à Sorimale, des femmes violées et éventrées et villages brûlés dans le sud de la de Mauritanie, plus de 750 militaires noirs exécutés extra judiciairement dans toutes les casernes militaires du pays et dont 28 soldats ont été pendus à Inal dans le nord du pays plus précisément dans la région de Dakhat de Nouadhibou, dans la nuit 27 novembre 1990 pour fêter l’anniversaire de la Mauritanie.

Les manifestants ont marché de place Trocadéro jusqu’à l’ambassade de la Mauritanie à Paris et exigent :
-Que le retour effectué soit officialisé par des actes et le rétablissement plein et entier, de tous ceux qui sont revenus, dans leur droit et une indemnisation de tous les préjudices subis.

– Demandent à la communauté internationale d’user de tous les moyens en sa possession pour amener la Mauritanie, dès lors qu’elle a reconnue sa pleine responsabilité dans les déportations d’avril 1989, à assumer concrètement les engagements pris devant les communautés nationales et internationales

– Appellent tous leurs compatriotes à un réel sursaut patriotique contre cette injustice qui n’a que trop duré.
Par la même occasion les manifestants dénoncent vivement l’enrôlement raciste et discriminatoire des mauritaniens de France comme en Mauritanie.

Source crédit: boulumbal

SoninkIdees-J’ose

24-04-2015 05:30 – Silence complice

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L’Authentique – Cela fait une semaine, jour pour jour que Parquet a décidé que le procès en appel de Biram Dah Abeid – président d’IRA – ; Brahim Bilal Ramdhane et Sow Djibi va se dérouler à Aleg.

Depuis, IRA ne cesse pas de dénoncer cette décision qu’elle considère comme une violation flagrante de la loi dans la mesure où le procès en appel doit normalement se dérouler dans une localité couverte par la Cour d’appel de Nouakchott, c’est-à-dire Nouakchott, Rosso ou Akjoujt.

Seulement, exception faite de leurs avocats qui les accompagnent dans cette bataille, il n’y a point de voix de solidarité. Les Ong des droits de l’homme, et surtout la classe politique sont restées toutes muettes, s’interdisant de réagir. Ici, pourtant, il ne s’agit pas de s’ingérer dans une affaire pendante en justice ; il s’agit d’une affaire publique qui doit requérir la réaction de l’ensemble des acteurs publics du pays !

Ils ont ainsi bien raison, ces militants de IRA qui reprochent à ces acteurs, d’avoir appliqué à propos l’attitude de l’Autriche face au danger. Il ont raison de constater que tout se passe dans l’indifférence la plus totale de ceux qui s’agitent pour un oui ou pour un non au nom de la  » nécessité de respecter l’Etat de droit « .

Ils ont raison sur toute la longueur de la ligne. D’ailleurs, ils ne nous font que rafraichir la mémoire et nous rappellent que dans ce pays, tout va à gauche ; tout est sélectif. Notre  » applaudissement  » est sélectif. Notre condamnation de faits est sélective.

Notre approbation est sélective. Notre joie est  » sélective « . Notre  » solidarité  » et notre  » indignation  » le sont autant. Tout se mesure à l’aune des intérêts personnels, des intérêts du groupe, de l’ethnie, de la tribu, du clan et ensuite viennent les grands principes qui ne sont agités que pour gêner un adversaire ou encenser un allié.

Et dans le cas des otages de l’IRA, la flagrance est assez évidente : le silence croisé des responsables de l’opposition, celui des  » justes  » de la majorité et l’inertie des organisations locales des droits de l’homme sautent aux yeux et suscitent beaucoup d’interrogations.

Pour expliquer ce  » silence « , les militants de IRA ont avancé des hypothèses qui semblent être assez plausibles : le reflexe du système de domination a joué. Il s’est même imposé à tous, y compris ceux-là même qui sont les premières victimes de cette injustice séculaire, mais foncièrement injuste et de plus en plus insupportable pour ceux qui ont subi le joug esclavagiste depuis la nuit des temps.

Oui,  » le système esclavagiste  » s’est réfugié derrière un silence bancal pour laisser passer l’orage. Juste le temps que le couperet implacable du système s’abatte sur les  » récalcitrants  » révoltés qui n’ont fait qu’exprimer une position radicale contre les fondements contestables de l’esclavagisme dans la version locale de l’islam mauritanien.

On se rappelle encore qu’à l’éclatement de cette affaire, tout avait été manipulé par ce système pour que les  » fauteurs  » soient châtiés. Très vite, tous les segments de  » l’ordre social  » dominant s’étaient sentis offusqués de cette attitude et ont souhaité, intimement, que la plus terrible des vengeances s’abatte sur Biram et ses  » disciples « .

L’opinion avait été si bien préparée à la cause du jour que les avis contraires ne pouvaient plus s’exprimer. D’où ce silence troublant et même inexplicable pour les gens de l’opposition et l’Ordre des avocats. Ici, même les salafistes ont toutefois eu le courage de dénoncer l’acharnement, l’instrumentalisation et le  » détournement  » des textes pour assouvir une vengeance païenne en préparation.

Encore une fois, IRA casse la monotonie de l’ordre des injustes et fracasse le mur de silence que veulent ériger les prétendus défenseurs des grandes causes pour donner le temps aux prédateurs du droit de tuer dans l’œuf les défenseurs d’une cause gagnée d’avance ! Sera-t-elle entendue ? Rien n’est moins sûr.

Amar Ould Béjà

Source crédit: cridem.org

SoninkIdees-J’ose

[22/04/2015] Editorial: A Messaoud pour l’histoire

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Les politiques mauritaniens s’activent pour le dialogue. Un dialogue entre le pouvoir, la société civile et les différents pôles politiques de l’opposition. Des propositions sont émises par les uns et les autres. Mais les propositions de certains politiques – et non les moindres – sont plus électoralistes et très éloignées des solutions à la crise profonde dont souffre le pays. Ce qui traduit un net déphasage entre les citoyens mauritaniens et ses hommes politiques qui, pourtant, décident de leur avenir.
Pour les Mauritaniens, les principaux problèmes qui requièrent une solution d’urgence ne sont pas d’ordre électoral mais plutôt la déclinaison d’un projet de société clair, sans aucune ambiguïté, pour une Mauritanie réconciliée.
C’est dire que les Mauritaniens n’ont que faire d’un dialogue qui n’aurait pas pour ambition une Mauritanie juste et égalitaire.
Un dialogue qui ne prendrait pas en charge la refondation ne serait, une fois encore, qu’une rencontre politique pour renforcer le système qui a abêti la Mauritanie et continue de la maintenir dans un sous-développement aussi bien économique que culturel ; car, c’est bien ce système qui promeut et continue de promouvoir les contre-valeurs sapant la dignité des Mauritaniens, leur unité et leur désir de vivre ensemble. Et ce système, nous le savons, est nourri de l’intérieur comme de l’extérieur. Car beaucoup de ceux qui méprisent la Mauritanie et les Mauritaniens se retrouvent dans les deux camps. Le camp du pouvoir et le camp de l’opposition. Deux camps dont le seul souci c’est le combat pour le pouvoir.
Or, le combat pour le pouvoir uniquement n’intéresse pas le Mauritanien lambda dont la préoccupation est plutôt comment repenser ce projet de pays qu’est la Mauritanie que les hommes politiques ont ramené à sa plus simple expression ces dernières décennies ; par leur incivisme, leur cynisme et le dédain qu’ils ressentent – et expriment pour certains – face à l’unité des Mauritaniens…
On parle encore de dialogue. Un autre dialogue, encore… Le pouvoir dit qu’aucun sujet n’est tabou. C’est bien, mais le problème ce n’est pas l’entame mais la finition car le pouvoir – de même que l’opposition, d’ailleurs – nous a habitués à tant de voltes-faces et de reniement que sa seule profession de foi ne saurait suffire à nous endormir. En tout cas, à endormir ceux pour qui l’intérêt premier c’est la Mauritanie ; ce pauvre territoire, don du désert et de l’Océan Atlantique ; pays dont les habitants doivent revisiter le passé pour expliquer son présent, afin de planifier son futur.
S’il faut prendre un exemple encore vivant de l’histoire politique de ce pays, on aurait l’embarras du choix. Et au risque de se disperser, osons citer un homme : Messaoud Ould Boulkheir. Un nom trop chargé. Mais pour le Mauritanien, Messaoud est toute une histoire. Par sa hargne, d’abord, et sa capacité à assumer son combat, ensuite ; un combat contre l’injustice ; un combat pour une Mauritanie juste et égalitaire. Quoiqu’on dise.
Pour cette Mauritanie, Messaoud est plus qu’un symbole ; une philosophie ; une méthode ; mais surtout un courage. Ce hartani qui a combattu un système d’esclavage, de racisme et de faillite morale est bien un symbole ; d’abord parce que, comme ses autres compagnons de lutte, il a su, à une époque difficile, s’attaquer au système qui, pour l’aplatir, n’avait eu de cesse de le diaboliser ; même si, de temps en temps, ce même système n’hésitait pas à lui faire les yeux doux pour l’amadouer pour, sans doute, mieux l’abattre.
Messaoud… Le système, tel un caméléon, a changé de langage à votre égard : le tribun haratine virulent d’hier est devenu aujourd’hui pour le système le combattant démocrate et le sage hartani. Mais, n’est-ce pas là une stratégie qui viserait à élever un arbre pour mieux cacher la forêt des jeunes qui s’empressent de prendre votre relève ; ces jeunes dont certains des leaders sont, à l’heure actuelle, jetés en prison ?
Messaoud… Ce système qui vous applaudit, qui a recherché votre compagnonnage dans un dialogue précédent, est le même qui a produit un certain Mohamed Abdel Aziz dans le but inavoué de se perpétuer et de mieux assurer. Vous qui n’êtes pas né de la dernière pluie le connaissez bien pour l’avoir combattu après son coup d’Etat auquel ses thuriféraires et ses adeptes avaient donné le nom peu académique de « Rectification ».
Ce système cherche à se recycler et pour cela il a encore besoin de vous ; de vous amener au dialogue et vous faire jouer le mauvais rôle qui fut le vôtre quand, laissant en rade les autres opposants, vous étiez allé signer des accords avec ce Rectificateur à la tunique de boulanger qui ne rechigne pas à tripatouiller la Constitution. Le précédent dialogue ne l’ayant pas assez satisfait, l’homme aux deux coups d’Etat en appelle à un autre pour sa propre survie et non pour celle de la Mauritanie ; notamment la Mauritanie des déshérités et des exclus dont il s’était proclamé le champion au temps, déjà lointain, où on le surnommé « Le Président des Pauvres ».
Mais, cette fois, Messaoud, vous ne pourrez pas le sauver ; car vous devrez craindre le verdict de l’histoire et l’œil du peuple qui vous épie ; ce peuple qui veut enfin vivre et ne plus servir de dindon d’une farce dont les politiciens se régalent. Ce peuple perdu, hagard, désappointé vous rappelle – vous et vos semblables – à votre devoir : celui de le sauver de vos turpitudes et de vos bagarres puériles et sans rendement. Le peuple affamé, trituré, divisé, diabolisé et utilisé abusivement a faim, a soif, a besoin de plus de liberté et la satisfaction de tous ses droits. Ce peuple vous appelle à vous surpasser pour mettre un terme à ce système qui n’arrange presque plus personne ; le peuple vous supplie de penser à l’intérêt général ; il vous dit que changer la disposition relative à l’âge des candidats à la présidence n’apportera rien à sa marmite.
Enfin, le peuple dans le désarroi vous rappelle qu’il ne saurait accepter, indéfiniment, l’emprisonnement des défenseurs d’une Mauritanie juste ; tout comme sa honte ne pourrait baisser devant l’attitude inexplicable de ses Ulémas qui « privatisent » l’Islam pour leur intérêt et celui du prince du moment.
Messaoud… pour l’histoire, reste parmi les sauveurs de ce peuple. La Mauritanie arabe, berbère, bambara, Halpoular, Haratine, Soninké, Wolof…. vous sera reconnaissante ; vous qui êtes redevable à ce peuple qui vous a tout (et tant) donné.
Oui la Mauritanie a besoin de dialogue. Mais un dialogue qui aboutit et qui enrichit et non une foire aux empoignes à l’issue de laquelle il n’y aura que de la poudre et de la fumée. Ce dialogue-là ne contribuera pas à LA REFONDATION de la Mauritanie.
Une refondation tant attendue, au triple plan politique, économique et sociale.

Camara Seydi Moussa

Source crédit: sahelinfo

SoninkIdees-J’ose

23-04-2015 09:12 – A la visite du Président Mohamed Ould Abdel Aziz a Kaédi, refusons l’hypocrisie et sauvons nos cités

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OCVIDH – Le président Mohamed Ould Abdel Aziz en battant ses cartes dans la logique d’endormir le peuple Mauritanien a entamé plusieurs visites à l’intérieur du pays dont les Hodh, Tiris Zemour, l’Assaba et ce 24 Avril 2015 c’est dans le Gorgol qu’il se rendra pour disséminer, faire avaler la pilule de la médiocrité sur sa gestion de notre chère Mauritanie.

Le général , venu au pouvoir à la suite d’un putsch militaire vient de prendre gout au pouvoir et les grandes manœuvres dilatoires ont commencé pour se pérenniser au pouvoir ; le tout puissant Allah sait que toutes ces tournées n’ont qu’un seul objectif majeur, pouvoir tripatouiller par un referendum sur la possibilité d’un troisième mandat que l’on amputerait à la volonté et au verdict du peuple ,malheureusement préoccupé par la vie chère du quotidien.

L’autre possibilité consiste de changer ou dénaturer la constitution Mauritanienne dans son contenu même imparfait, mais stabilisatrice d’une Mauritanie sous la menace permanente des secousses et remous sociaux, du fait des inégalités, des injustices, de l’esclavage et du racisme observé et maintenu sciemment dans les rouages de l’état.

L’entame d’un dialogue avec son opposition entachée des irrégularités, du double langage et de la manière la plus sélective de ces futurs interlocuteurs sont autant de vérités et d’illustrations qui masquent les réelles volontés du Président de pouvoir , trouver un consensus et un déblocage des crises politiques, sociales économiques et culturelles dans ce pays.

A travers ces tournées de noce, notre général, en perte de crédibilité et de confiance ,veut se rendre utile aux yeux d’une population analphabète et peu politisée pour les futures échéances électorales dont l’avenir immédiat nous en dira beaucoup plus ,j’en suis certain ,car l’avenir nous édifiera inchallah sur ces réelles intentions et demain, il sera jour.

Les visites trompent l’œil, basées sur le viol des consciences, sur la démagogie, les injustices et les inégalités entre les régions et les hommes ne sont nullement une méthode de gouvernance et de réussite en politique , malheureusement, l’hypocrisie et la politique du ventre prennent souvent le devant de la scène à chaque visite du président dans les régions où nos cadres se précipitent pour amadouer et supplier les populations à venir applaudir sans conviction au passage de celui qui les empêche de s’épanouir, de se recenser en leur imposant des conditions impossibles et inhumaines pour les rendre apatrides, applaudir à celui qui veut enterrer le passif humanitaire pour avoir initié une prière nulle et non avenue un 25 Mars 2009 à Kaédi sans l’implication des victimes et sans leur pardon, accueillir avec fracas celui qui entretient les gabegistes par des marchés faramineux et juteux sans contrepartie pour l’état.

Comment comprendre la précipitation de nos cadres, à vous dire d’ applaudir un président qui ne tient nullement ces promesses , qui a tué l’essor économique , culturel et le tissu social des Kaédiens, en nous privant des universités, de nos abattoirs historiques, de nos cultures vivrières par les dépossessions des terres au profit des proches et des étrangers ?

Chers kaédiens et chers cadres de la région du Gorgol, s’il y a une leçon à tirer du passé c’est maintenant ou jamais, venez dire au président que Kaédi est devenu, une ville morte, autrefois grenier de la Mauritanie, creuset des civilisations et du rayonnement culturel et religieux il est juste devenu aujourd’hui, le refuge des politiques en quête de se faire une situation ou une promotion sans en calculer les conséquences sur l’avenir de cette grande ville historique, source de vertu et de bon vivre de par sa position géographique.

Kaédiens et Kaédiennes , ne soyez pas dupes, venez dire au président que sa politique sur l’éducation, sur la santé, sur le partage des richesses nationales, sur la gestion des conflits pour citer la SNIM, sur l’agriculture et l’élevage et sa gestion  » caporaliste  » de notre cité par le non recensement de nos populations de la région du Gorgol , la privation des libertés par l’emprisonnement des militants de Droits de l’Homme, Biram Ould Dah Ould Abeid, Brahim Ould Bilal et Djiby Sow et d’autres comportements inadaptés des commis de l’administration dans la région, dont par exemple les attributions abusives des terres à des tiers alors que les propriétaires sont dans un état de dénuement total et sans défense, tels sont autant de doléances et de revendications légitimes que doivent défendre les populations et les cadres sans hypocrisie pour les beaux yeux de n’importe quel visiteur dans la région.

Fut-il le premier magistrat de la république. Allah aime la vérité et vos applaudissements dans le mensonge seraient un acte de démission et de trahison car la réalité est autre.

Bienvenu à n’importe quel Mauritanien à Kaédi mais disons-nous des vérités crues, le général a failli à ses devoirs et doit se ressaisir très vite pour la cohésion, le développement et la libération des énergies dans nos contrées sans la politisation à des fins électoralistes qui nuisent considérablement à l’économie et à la paix sociale entre les communautés nationales. Qu’Allah protège l’ensemble de la Mauritanie et la vérité reste la seule source de vertu et de bonheur pour le long terme.

Diagana Mamadou Youssouf dit Ibnou
Ex Officier de l’Armée Mauritanienne
Militant des Droits de l’Homme en France
Source crédit: cridem.org

SoninkIdees-J’ose

22-04-2015 08:29 – La Liberté d’expression, enjeux sociaux et religieux et leur incidence sur le combat pour l’égalité en Mauritanie

Mamadou Kalidou Ba – La double crise sociale et politique que traverse la Mauritanie interpelle les citoyens mauritaniens en général et les intellectuels en particulier. Il y a décidément des moments où l’expression d’une opinion devient aussi vitale chez l’être humain sensé, qu’ingurgiter une poignée de nourriture ! Une manière comme une autre de survivre…

Survivre à cette sensation d’étouffement que peut engendrer une oppression multidimensionnelle et intense ; survivre au sentiment d’être à la merci du plus fort, de celui auquel une certaine providence a attribué le pouvoir. Evidemment que derrière cette motivation presque désespérée germe en sourdine cette conviction intime que même au fond du cri de désespoir, scintille l’espérance que la douleur s’estompe, que les haines s’atténuent et que l’agitation se calme.

Le sujet que j’ai choisi d’aborder dans cette réflexion est, vous l’aurez bien compris, loin d’être des plus faciles à traiter. Car au-delà du fait qu’il est complexe par son aspect janusien, il est d’un naturel sensible qui requiert sans doute une attention particulière.

Aussi importe-t-il de s’arrêter sur les interrogations suivantes : où en sommes-nous dans la consolidation de notre liberté d’expression en Mauritanie ? Quelle attention devons-nous accorder aux enjeux sociaux en mutation ? Pour mener cette réflexion, je serai amené à m’appuyer sur des faits de notre actualité politico-religieuse récente.

1. Liberté d’expression et combat contre l’esclavage et le racisme

Interrogé plusieurs fois par des journalistes en 2013 et 2014 sur l’état de la liberté d’expression en Mauritanie, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz n’a cessé de déclarer en substance que la liberté d’expression était une réalité indiscutable en Mauritanie avant de brandir ce qu’il considérait comme la preuve de sa déclaration : « il n’y a pas de prisonnier d’opinion en Mauritanie ».

La vérité est très éloignée d’une telle affirmation. Il faut dire que depuis l’avènement de la première transition militaire en 2005, surtout depuis 2010 donc avec le début du règne de Mohamed Ould Abdel Aziz, la Mauritanie a encore renoué avec les prisonniers d’opinion.

En 2011, Biram DAH, Président d’IRA, alors à la tête du Front de Lutte contre l’Esclavage, le Racisme et l’Exclusion (FLERE) a été incarcéré presque trois mois, à la suite d’une tentative de libération d’une jeune Hartanya réduite à l’esclavage. Pendant la période de son incarcération, une manifestation sur deux organisées pour demander sa libération, a été réprimée.

Plus tard, en 2012, face à l’exclusion des Négro-africains dans l’enrôlement biométrique, plusieurs organisations (politiques et de la société civile) se regroupent dans un cadre de lutte dénommé Touche pas à ma Nationalité. Pour exiger à être enrôlés comme tout citoyen mauritanien, sans aucune référence à leur origine linguistique, ethnique et raciale, ces jeunes négro-africains lancent une série de manifestations hebdomadaires (sit-in, marches) pour se faire entendre. Là encore, une manifestation sur deux a été réprimée.

Le drame surviendra à Maghama lorsque la gendarmerie nationale a tiré sur des manifestants désarmés causant la mort de Lamine Mangane et à Kaédi où le jeune Bathily, entre autres, a été enlevé par la police et torturé jusqu’à perdre conscience ; il a fallu son évacuation à Nouakchott et plusieurs semaines d’hospitalisation pour qu’il recouvre sa motricité.

Au bout des mois qui ont suivi, plusieurs militants et responsables de Touche pas à ma Nationalité ont été tour à tour arrêtés obligeant parfois ces vaillants combattants à tenir des sit-in permanents devant des commissariats ou à affronter les forces de l’ordre dans la rue.

En avril 2012, c’est à nouveau, Biram DAH qui fait son retour en prison. Décidé à secouer les fondements idéologiques de la perpétuation de l’esclavage en Mauritanie, le leader d’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) après une prière de vendredi, exécute le geste symbolique de l’incinération du « Khalil » (ouvrage religieux) ! Les forces rétrogrades, effrontément esclavagistes, tapies dans l’ombre du régime de Mohamed Ould Abdel Aziz, qui étaient déjà à l’affût depuis quelque temps, sautent sur l’occasion !

Oui, pour elles, le moment était venu d’anéantir une bonne fois cet irréductible combattant ; ce Hratin « mablok » qui ose défier l’aristocratie dominante ! En moins de 24h, une campagne de dénigrement et surtout de diabolisation d’une rare violence est mise en branle pour rompre définitivement tout lien de sympathie entre lui et les bases populaires hratines et négro-africaines qui le soutenaient jusque là.

Ainsi, à travers les télévisions, les radios et surtout le bouche à oreille, le discours était unique : « Biram était un hérétique coupable du crime d’apostasie ; il avait incinéré les livres saints de l’Islam… ». Les prises de vue à la télévision montraient juste des couvertures maronnes avec des écritures dorées en flamme.

L’objectif était clair : semer la confusion en laissant supposer que dans ces livres il y avait le saint Coran lui-même ! Bien sûr puisque l’incinération du « Khalil » ne peut corroborer la thèse de l’apostasie, il fallait coûte que coûte faire croire que parmi les ouvrages incinérés, il y avait notre Saint Coran ! Une diabolisation qui rappelait celle qui fut orchestrée, quelques décennies plus tôt, contre les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) après la publication de leur historique « Manifeste du Négro-mauritanien opprimé ».

Alors que ce document ne contenait même pas une seule phrase raciste, cette élite négro-africaine avant-gardiste a été embastillée avant d’être diabolisée au point qu’aujourd’hui encore, elle éprouve toute la peine à se débarrasser de l’image négative d’organisation raciste que le régime de Ould Taya lui affubla.

La campagne d’intoxication – qu’André Breton aurait appelé la « manipulation psychologique » – était si agressive et bien menée que nombreux furent ceux qui en succombèrent. Des manifestants, composés essentiellement de Bidhanes, surgirent de partout, à Nouakchott comme dans certaines capitales régionales avec un seul cri à la bouche : « mort à Birame ! ».

Ceux de Nouakchott furent, comme par hasard, reçus à la Présidence de la République. Oui, en bon chef, le Président Aziz sortait à la rencontre de « son seul peuple », blessé dans sa fierté aristocratique ! Aussi, en « bon leader », il leur promit de les venger ! Cette propagande donc, disais-je, fut si dense que de nombreux soutiens de Birame, dont certains parmi ses plus proches, chancelèrent sous la double pression combinée des manifestations de rue impulsées par l’UPR et ses démembrements et des déclarations et autres images diffusées à travers les télévisions et les radios.

Et pourtant, alors que la campagne faisait rage, que certains pensaient que c’en était fini de Biram, il y’eut, moins de 48h après l’acte d’incinération et 24h après son arrestation musclée, c’est-à-dire le dimanche qui a suivi, une contre-manifestation, celle-ci de soutien à Biram ! Lorsqu’après avoir bouclé un article de « contre propagande » que j’avais intitulé « Encore une conspiration !

Au secours de Biram ! », je suis arrivé devant le ministère de l’intérieur, quelle fut ma fierté de trouver ce noyau dur d’une trentaine de jeunes, banderole en mains, criant leur soutien au leader d’IRA ! J’ai joins ma modeste présence et ma voix aux leurs. A midi, nous marchâmes jusqu’à la radio nationale pour, là aussi, protester contre la campagne mensongère dont cet organe de presse se faisait l’écho…

Au fil des jours, la vérité repris petit à petit le dessus sur le mensonge et les militants et sympathisants des causes justes reprirent leurs esprits. Au bout de deux semaines, c’étaient des milliers de Mauritaniens qui se regroupaient en face de la nouvelle maison des jeunes, chaque semaine, pour entamer une marche de soutien au leader abolitionniste…

2. Liberté d’expression, caste et Islam

Dans le dernier semestre de l’an 2014, à la surprise générale du commun des Mauritaniens, on voit se déchainer dans les rues de Nouakchott et Nouadhibou les mêmes hordes manifestantes réclamant la mise à mort d’un homme. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette fois, celui dont la mort devait assouvir la libido de l’aristocratie bidhane régnante n’était ni un Négro-africain, ni un Hratine ! Il appartient à la communauté bidhane.

Mohamed Cheikh Ould Mohamed Kheitir, puisqu’il s’agit de lui, a beau être tout blanc, de culture et de langue bidhane, est forgeron de naissance ! A ce titre il s’est exprimé dans un article où il montrait, sur la base d’un argumentaire particulièrement châtié, que le sort peu enviable réservé au statut du forgeron dans la société maure contemporaine, s’enracine dans une tradition religieuse millénaire qu’il importe d’appréhender avec lucidité et courage.

Pour poser la toile de fond de son raisonnement, il cite Abdel Majid Alnagghar dans « Kitab-al- ouma » qui fait une distinction nette de la « religion » et de la « religiosité ». En s’appuyant sur de grands événements qui ont marqué l’histoire de l’Islam telle qu’elle aurait été racontée par tel ou tel autre historien, Ould Mkeitir s’efforce de prouver que l’histoire du moins comme elle est déclinée et enseignée à travers les livres, dénature la religion en instaurant une inégalité de traitement des Musulmans selon leurs origines raciales, ethniques ou clanique.

Faut-il rappeler que ce jeune intellectuel n’a ni prétendu avoir été témoin des événements qu’il rapporte– ce qui aurait été incongru – il n’a pas, non plus, décliné de lui-même sa version personnelle de l’histoire pour nuire à l’Islam, par diffamation. Dans un souci d’objectivité manifeste, à chaque fois que le fait historique est controversé, il prend le soin de citer les sources bibliographiques après avoir dûment mis les propos entre guillemets.

C’est ainsi que Abou Dahoud, Ibnou Moulaghane – source : el bedrou el mounir (P : 6/670 sommaire du verdict) entre autres furent tour à tour cités avec même parfois la mention du degré de crédibilité de la source historique comme on le lit souvent dans les « hadiss ».

En toute objectivité, on peut contredire la thèse de Ould Mkheitir en mettant en doute la crédibilité des historiens ou la fidélité des textes rapportés et sur lesquels repose son argumentaire, mais personne, je dis bien personne de bonne foi, ne peut l’accuser d’incohérence, de diffamation encore moins d’apostasie !

Le crime d’apostasie suppose qu’il aurait renié sa religion, or il n’en est rien ! Au contraire, en lisant son texte, j’ai plutôt l’impression que l’objectif de ce jeune intellectuel est plus de rendre service à l’Islam en le débarrassant de toutes ces subjectivités et préjugés contenus dans les textes autres que le saint Coran. Ces centaines d’ouvrages qui se veulent soient des explications/interprétations du coran, soient des histoires personnelles du prophète Mouhammad (PSL) et qui, hélas, pour une bonne partie d’entre eux, induisent bien des Musulmans en erreur.

A ce niveau, je pense qu’il est indispensable, compte tenu de la crise que traverse le monde musulman, de réaffirmer très clairement certains fondamentaux ! D’abord les Imams et autres savants doivent avoir l’honnêteté de reconnaître que le texte organique de l’Islam, le seul par lequel Allah s’adressa à l’Humanité par l’intermédiaire du Prophète Mouhammad, c’est le Coran ! Le saint Coran est, en effet, le seul que le tout puissant Allah lui-même a certifié qu’il s’en porte garant jusqu’à la fin des temps, contre toute oblitération ou altération.

Les autres textes, y compris les hadiss, peuvent certes aider les exégètes à contextualiser ou expliciter la parole de Dieu, mais ils ne sont ni immuables, ni incontestables !

Car, disons-le, la seule sainteté absolue en Islam est celle de Dieu, l’Unique omnipotent, omniscient et omniprésent ! J’ai dit y compris les hadiss car tous les autres textes sont rapportés et écrits, non pas par le prophète de l’Islam, mais par des hommes qui, quelque soient leur intelligence et leur piété, n’en sont pas moins des hommes comme beaucoup d’entre nous ; des penseurs respectables certes, mais auxquels nous pouvons avoir la prétention d’égaler et la légitimité pleine et entière de contredire.

C’est un tel qui aurait entendu un tel autre (la chaine des intermédiaires peut être très longue) rapporter que le prophète aurait dit ou fait telle ou telle autre chose. A travers l’histoire, les savants (oulémaas) en la matière n’ont d’ailleurs jamais cessé de discuter, voire se disputer la crédibilité à accorder à tel hadiss ou à tel autre !

Cela veut dire concrètement que non seulement chacun des rapporteurs peut se tromper, mais plus la chaine de transmission est longue plus la marge d’erreur est importante. Et Dieu sait que certains de ces textes sont si bourrés de jugements contraires à certains principes élémentaires de l’Islam – comme l’égalité des Musulmans – que l’on a du mal à prêter à leurs auteurs une bonne foi. C’est le cas du « Khalil » que Biram DAH a symboliquement incinéré comme ne pouvant être une référence en Islam. Il faut dire que l’histoire lui a donné raison !

Après avoir levé cette équivoque, il faut ajouter que le retour au texte fondamental qu’est le saint Coran, accompagné de la relativisation des autres textes, est nécessaire si les Musulmans veulent refaire leur unité et calmer leurs contradictions internes.

En se référant plus aux textes post-mouhammadiens qu’au Coran, les communautés musulmanes se sont retrouvées déchirées en plusieurs lambeaux qui s’entretuent alors qu’Allah a dit dans le Coran que « Quiconque tue un Musulman exprès sera puni de l’enfer eternel, de la rancune d’Allah, de sa malédiction et des pires désolations !» (Sourate E-Nissa, Verset 93) Aujourd’hui les Sounites cherchent à détruire les Chiites, les Tijanistes considèrent les wahabites, les mourites ou toute autres sectes ou « tarigha » comme des musulmans de second rang ; ici même dans notre pays, affirmer qu’on n’est pas malikite vous fait courir le risque d’être traité par de nombreux « ignorants » comme un « mécréant » !

Je me suis déjà entendu répondre, après avoir proclamé que j’étais tout simplement un Musulman et non Malikite ni tijani, ni ghadri, ni mouride : « vous ne pouvez être musulman sans vous référer à une « tarigna ! » ! Ridicule quand on sait que, le prophète Mouhammad (PSL) – le premier et le plus valeureux des Musulmans par la volonté d’Allah – n’a jamais été ni malikite ni tijani, ni wahabite, encore moins mouride puisque ces rites n’ont apparu que plusieurs siècles après sa mort. Je ne porte aucun jugement sur la pertinence de ces « tarigha », mais je proclame mon droit inaliénable de ne pas y adhérer tout en demeurant Musulman à part entière !

Les Musulmans de notre pays en général et les intellectuels en particulier doivent avoir le courage de contrer cette fameuse propagande qui nous est venue de je ne sais où et qui s’efforce de tuer dans l’Islam tout esprit de remise en cause, de critique, voire de débat. Leur objectif est vraisemblablement d’instaurer par la terreur, un système de pensée unique.

A travers d’une part une manipulation par intoxication des foules obscurantistes et d’autre part des actions de lobbying auprès des instances de l’Etat ou par infiltration de ses rouages, les groupes islamistes d’obédience salafistes entendent sanctionner sévèrement tous ceux qui osent se rebiffer.

Dès qu’une déclaration ne leur agrée pas, ils activent leurs formidables réseaux de propagande pour lever les foules et les envoyer dans la rue avec des slogans qu’ils ont au préalable insidieusement distillés. Ils font ainsi monter la pression sur l’Etat en exigeant de lui de sévir. Ils sont aidés en cela par leur très forte présence à tous les niveaux de l’administration politique administrative et judiciaire.

Il n’est un secret pour personne que le secteur de la magistrature n’est pas seulement celui qui regorge le plus de racistes anti-négro-africains et anti-hratines, il est aussi le bastion par excellence des Islamistes/salafistes !

La photo affichée, à l’occasion du lancement de l’année judiciaire le 07/avril/2015 au palais des Congrès, est une illustration qui se passe de tout commentaire quant au caractère particulièrement exclusif de ce secteur : pas un seul noir sur toute la ligne des magistrats face au Président Aziz. Voilà aussi pourquoi l’esclavage et le racisme d’Etat se perpétue. C’est à en avoir honte pour mon pays !

C’est donc, à n’en pas douter, par cette double action combinée que les milieux aristocratiques et salafistes ont, par manipulation et infiltration, réussi à faire arrêter et incarcérer Biram en 2012, en 2014 Mohamed Cheikh Ould Mohamed Kheitir, avant de trouver un piteux alibi pour renvoyer le même Biram en prison en 2015 !

Ces deux hommes qui sont en réalité parmi les meilleurs d’entre nous parce qu’ayant eu le courage de dénoncer l’instrumentalisation à outrance de l’Islam à des fins de domination clanique, identitaire et raciste, croupissent encore au moment où j’écris ces lignes dans le silence généralisé des soi-disant Imams ou Oulemas, et surtout des intellectuels ! Les uns et les autres se taisent pensant que « ça s’arrêtera là, que ça va s’arranger… » !

Eh bien justement non ! Tant qu’il n’y a rien en face, le rouleau compresseur de l’oppression multiforme se poursuivra ! Avant Biram il y a eu les Flamistes en 1986, les événements de 1989 où les Négro-africains (Peul Soninké et Wolof) ont échappé de justesse à un génocide, puis Ould Mkheitir ! D’autres suivront sans doute, jusqu’à ce que nous comprenions que la peur n’est pas une alternative à l’oppression.

Non Monsieur le Président, il n’y a donc pas de liberté d’expression véritable dans notre pays ! Ou du moins si ! Mais alors cette liberté n’existe que pour une certaine aristocratie, pour les Islamistes/Salafistes et certainement pas pour les masses et défenseurs des Hratines, des Forgerons, des Négro-africains et (peut-être bientôt) des griots et autres citoyens de seconde zone!

3. Nécessité de lever l’amalgame

Je voudrais dire de la manière la plus claire possible que si, pour expliquer les graves problèmes liés à la cohabitation intercommunautaire en Mauritanie, l’on est souvent amené à employer les termes distinctifs de Bidhane, de Hratine, de Négro-africain, il doit apparaître aux yeux de tous que l’oppression n’est l’apanage d’aucune communauté linguistique ou identitaire.

Tous les Bidhanes ou Maures ne sont point des oppresseurs, pas plus que tous les Négro-africains et Hratines ne sont des victimes ! Il ne s’agit point, non plus, ici de nier ou de minimiser l’esclavage qui frappe les Hratines et le racisme d’Etat qui frappe les communautés noires en générale – entre autres par leur sous-représentativité dans les sphères de l’Etat mauritanien – mais de souligner cette vérité indubitable : l’oppresseur n’a pas de visage, ni d’identité intrinsèque ;

c’est l’homme politique qui au sein du gouvernement est incapable de traiter également les Mauritaniens sans privilégier ceux qui ont une quelconque affinité avec lui ; c’est le magistrat qui ne peut s’empêcher de traiter avec mépris les Mauritaniens qui ne parlent pas hassanya ou remet systématiquement en liberté l’esclavagiste qu’il est amené à juger, du fait que celui-ci, bien que coupable, appartient à sa tribu ou à celle alliée ;

c’est le policiers chef de patrouille qui laisse passer certains jeunes et arrête d’autres parce qu’ils n’ont pas le bon teint ! L’oppresseur est aussi celui qui pense que l’autre lui est inférieur simplement parce qu’il n’a pas de lien de sang avec lui ou qu’il est de culture et de langue différentes.

Conclusion

Je ne saurai terminer mon propos sans appeler encore une fois à un sursaut des intellectuels lucides ! Je leur dis qu’aussi difficile que peut être l’exercice, ils sont tenus par le devoir religieux d’éclairer les masses musulmanes, de les aider à comprendre et accepter que l’Islam est par essence progressiste voire révolutionnaire et que par conséquent il ne peut s’accommoder des pratiques primitives ou exclure le débat.

Ils doivent avoir le courage de dénoncer et contredire tous les Imams et autres savants qui dans leurs prêches et autres allocutions font preuve d’une hypocrisie grotesque en ne traitant pas les Musulmans sur le même pied d’égalité comme le proclame Allah.

Il suffit qu’Israël lance un raid contre la Palestine pour que la majorité des Imams des mosquées de Nouakchott se livrent à des prêches virulents de dénonciation de l’injustice qui frappe les « frères palestiniens », alors qu’au même moment, j’allais dire depuis des décennies, dans leur voisinage immédiat, des Musulmans sont réduits à l’esclavage par d’autres Musulmans sans jamais que cette oppression-là ne suscite la moindre émotion en eux !

Ils sont très sensibles au sort des Arabes d’Irak et de Syrie alors (leurs frères par identité) que la situation de leurs voisins de quartier négro-africains, frappés par l’oppression raciste (déportation, expropriation, exclusion) les laisse de marbre ! Eh bien, disons leurs, au non de l’Islam, qu’ils arrêtent de parler au nom de notre religion et qu’ils se proclament leaders de leur arabité, de leur tribu et de leur clan, ce sera plus honnête !

Quant à la liberté d’expression, je pense que c’est pécher par une grave insuffisance que d’affirmer qu’elle est une réalité démocratique dans notre pays alors que des prisonniers d’opinion comme Mohamed Ould Mkheitir et Biram Dah Abeid croupissent en prison. Il ne peut y avoir de liberté d’expression alors que toutes les chaines de télévision et de radios en Mauritanie appartiennent aux membres de la seule communauté bidhane : pas un seul négro-africain ou Hratine progressiste n’a obtenu l’autorisation d’ouvrir une radio ou une télévision privée !

La liberté d’expression doit être totale et un droit pour tous ou elle n’est point !

Nouakchott le 18/Avril/2015
Mamadou Kalidou Ba
Universitaire à Nouakchott

Source crédit: cridem.org

SoninkIdees-J’ose

21-04-2015 13:12 – Comment le leader de l’IRA Ould Louleid a commenté les propos de Daoud Ould Ahmed Aicha

Mourassiloun – Le leader de l’IRA Saad Ould Louleid a publié sur sa page facebook le tweet suivant, dans lequel, il commente le projet de société défendu sur les médias par Daoud Ould Ahmed Aicha, qui compte former un parti, exclusivement dédié à la préservation et à la revalorisation de la communauté des Bidhanes (maures).

« Enfin, Daoud, a tenu ces propos adulés par le pouvoir des bidhanes et par la majorité de leur communauté! Le maure Daoud Ould Ahmed Aicha a été le plus audacieux et le plus franc par rapport aux autres bidhanes, quand il reconnait et présente sur le petit écran de la chaine TV privée El Wataniye, son cher projet de société des maures, de l’Etat et du pouvoir des bidhanes, longtemps démenti par l’élite et les dirigeants maures.

Merci Daoud Ould Ahmed Aicha en faisant tomber le masque…Tu as publiquement exprimé ce que nourrissent et disent tout bas la plupart des bidhanes ; cet objectif pour lequel ils œuvrent et manœuvrent. »
De la page facebook de Saad Ould Louleid

Traduit de l’Arabe par Cridem

Crédit :cridem.org

SoninkIdees-J’ose

Les fils de Wagadou , Réinventons l’Historicité de nos Hommes et nos Symboles…!!!

Dans tout groupement soninké sur un site donné (village ou localité), il y eut eu une famille ou un clan qui fut le fondateur. Ces fondateurs et ceux qui eurent suivi, organisaient la cité par des accords selon les réalités du contexte historique.
Ce contexte était marqué par des rapports de force primitifs par lesquels les pratiques esclavagistes et féodales furent érigées en valeurs de prestige entre les personnes. Les chefs guerriers se faisaient des brigands en réduisant à la servitude d’autres hommes inconnus venant d’autres contrées.
Les chefs fondateurs faisaient travailler cette main-d’oeuvre exploitable à merci pour l’aménagement (débroussaillement et sécurisation) du site villageois. Une alliance s’était opérée entre les clans dominants et d’autres composantes sociales ( marabouts, forgerons et d’autres) afin de veiller à la bonne marche du système dans le temps et l’espace. Ainsi le regretté Wagadou (connu l’Empire du Ghana fondé par les soninké) disloqué vers le 13 ème siècle, mais très présent dans l’imaginaire collectif prend forme en miniature.
L’entité politico-féodale régule sa cité dans un espace bien délimité au sein d’un grand ensemble territorial soninké (Guidimagha, Gadiaga, Diafounou, Dionbokho et d’autres). La colonisation occidentale fut instaurée sur ces espaces où la réalité d’une structure étatique centralisée était insignifiante voire inexistante pour certains endroits. En effet les entités politico-féodales très méfiantes entre elles, avaient mal jaugé l’ampleur de l’étau colonisateur qui se mettait en place. Ces autochtones descendants d’un lointain empire organisé ouest-africain, n’avaient pas su renouveler leurs références idéologiques sur l’organisation de leurs espaces politiques afin de porter l’idéal d’une Nation soninké moderne et unitaire. Les soninké s’étaient chargé de leurs mini-principautés limitées à un village et ses environs proches sous l’ordre féodal. Une phase historique avait été ratée par l’étroitesse des ambitions dans cette nouvelle donne de la colonisation occidentale, et à force de se limiter à un exclusionnisme localisé d’antan, ils étaient devenus inaudibles et réduits dans le « Nouveau Tout » qui se faisait (l’ordre colonial).
Une amorce d’un foyer national soninké eût dû être germée en toute légitimité par une ouverture ambitieuse hors des clanismes féodaux et restrictifs. Un État-Nation Wagadou aurait dû précéder dans cette zone le Ghana de Kwameh Krumah qui rebaptisa la Gold Coast anglaise en mémoire de cet empire africain.
Cette approche primitive de la chose politique, toujours en vigueur au sein des plusieurs entités soninké dans un État post-colonial comme la Mauritanie, s’articule autour d’une certaine transposition de vielles querelles claniques et d’un communautarisme clientéliste à diverses expressions à l’endroit du pouvoir central.
Les gouvernants du pouvoir central, instrumentalisent à fond cet archaïsme politicard pour la mainmise de leur ordre en place, sachant que notre conscience politique se limite à une imaginaire grandeur d’antan sans réforme du corpus coutumier de l’élément politique. Par exemple, dans certains milieux soninké, un ministre nommé est perçu comme un honneur pour son clan familial d’abord et surtout comme un semblant déclassement pour l’autre bord clanique dans le même village. Certains de nos hommes politiques jouent cette fibre intracommunautariste et nocive au corps social, car réveillant les vielles querelles antidémocratiques et incompatibles avec La Citoyenneté.
Dans un État biracial comme la Mauritanie, née avec multiples problématiques liées à la cohabitation, le partage du pouvoir, et en tout la nature de la Nation, je voudrais bien savoir le niveau du QI (quotient intellectuel) de nos hommes politiciens tombant dans pareils travers féodaux et claniques, se croyant honorer et venger leur clan familial.
Nos gouvernants veulent avoir affaire à un soninké politico-communautariste par clientélisme mais surtout pas à un Homme d’État soninké portant un projet de société à l’échelle nationale.
Par nos prédispositions psychologiques égocentriques, nous tardons de réaliser que nous vivons sous un nouvel ordre étatique qui commençait à rendre caducs les fondements de nos « wagadous miniatures » (villages et localités). Le soninké sûr et fier de son « je » nombriliste et figé pour désigner son carré villageois fondé par son aieul, oublie qu’un « Nouveau Nous » l’entoure et déposséde son « je ancien » de toute substance concrète dans le réel évolutif. Les tenants de l’ancien ordre coutumier doivent réajuster leur logiciel en terme de symbolique pour pouvoir garder intelligemment le passé dans le réel évolutif. Nous pouvons célébrer et immortaliser le courage et l’honneur de nos ancêtres ayant marqué l’Histoire villageoise par d’autres moyens consensuels, comme baptiser nos places publiques, nos infrastructures modernes (écoles, barrages, centres médicaux et d’autres) et d’autres en hommage à eux. Le titre de chef coutumier du villageois ne relève de nos jours que de la symbolique et il peut se démocratiser paisiblement pour toutes nos composantes sociales, pour qui, la qualité de citoyen doit transcender de loin celle de tel ou tel villageois. Ainsi la nouvelle autorité incarnée par les mairies, s’installerait en suivant l’exercice démocratique sans interférence des anciens clanismes qui feront éclater le corps social en mille morceaux. Très souvent ceux qui détiennent l’exclusivité de la chefferie traditionnelle sont minoritaires dans la localité et l’avenir de leur symbolique doit se jouer par une ouverture fraternelle dans un système inclusif. Les autorités étatiques peuvent exiger un citoyen (même un dit chef de village) de répondre au Maire, mais il est peu probable qu’un chef coutumier puisse garder un citoyen dans une subordination féodale devenue obsolète.
Les sensés visionnaires doivent se réformer pour qu’une telle transition puisse se faire courageusement afin d’éviter les déchirements internes inutiles qui affaiblissent le groupe, et tout en le maintenant sous une autre domination vicieuse à l’échelle nationale.
Ce nouveau pacte social peut être salutaire par son ancrage fraternel qui transcende les clivages ancestraux et s’inspirant du pacte de fraternité mis en place entre les Ansâr ( musulmans medinois) et les Muhajirûn (musulmans mecquois déplacés) par notre prophète Muhammad (PSL) à son arrivée à Médine.
En effet, le pacte de fraternité Muhammadien unifia la jeune communauté des croyants par l’entraide, la fraternité, le partage et l’accompagnement spirituel en toute sincérité, et en dehors toute référence aux origines sociales des uns ou des autres. Ainsi cette fraternité pleine dans la Foi fut l’anse inébranlable sur laquelle la révélation allait changer la face d’un monde. Les clivages tribaux s’effacèrent devant l’amour intense et mutuel dans la Foi; cette réalité assainît les âmes et soigna les coeurs tournés vers l’Idéal d’une Vie Future qui ignore la noblesse d’ascendance supposée des uns et des autres.
Nos milieux peuvent s’inspirer d’un tel modèle de société organisé par le prophète (PSL) et ses premiers compagnons, afin d’opérer une restructuration profonde qui réfute tout déterminisme de naissance pouvant être source de divisions et d’injustices au sein du corps social. Une telle réforme statutaire dans nos terroirs peut faire office d’exemplarité pour un État central qui ne cesse de reproduire les tares ethnicistes, tribales, racialistes et exclusionnistes.
Nos symboles immatériels doivent être réformés dans notre contexte pour donner sens à leur historicité dans l’imaginaire collectif dans le temps et l’espace. Aujourd’hui, un chef coutumier du village sur la base des anciennes références, peut finir dans un isolement où il ne serait que le chef de son clan familial très restreint, et on aura une multitude de chefs coutumiers dans un même village et en même temps.
Il est grand temps qu’on sorte de la logique d’une fraternité conditionnelle et conditionnée à notre « très chère » hiérarchisation sociale célébrée sous tous les cieux. Certaines voix autorisées pensent qu’être soninké en 2015, c’est accepter le déterminisme moyenâgeux qui fait que l’Homme s’autodisqualifie sur l’essentiel ( l’honneur, dignité, et droit d’être et d’avoir) en respectant les balises sociétales héritées.
Un homme d’État ne viendrait pas d’un giron passionnément communautariste comme le nôtre dans lequel le passé dit glorieux inhibe et brime les intelligences réformatrices. Nos vielles habitudes ne sont pas forcément justes et égalitaires en matière de relations humaines. À force de célébrer un trône devenu caduc dans les faits, on se ridiculise en étant décalé par rapport à la marche de l’HUMANITÉ.
Alors, sortons d’un monde qui a fini d’exister depuis 1000 ans, sinon on disparaîtrait dans ce monde globalisé à terme…!!!
Fraternellement.

SoninkIdees-J’ose

L’activisme contre les réflexes et les mentalités liés au féodalisme chez les communautés noires de Mauritanie est-il un fonds de commerce…???

Nous ne sommes pas actifs dans l’objectif d’attendre je ne sais quel titre ou récompense de qui que ce soit. L’objet de fond de notre approche s’inscrit sur la sensibilisation, la parole de vérité et la cohérence de ce qu’on croit juste à toutes les échelles. En matière de féodalisme d’aujourd’hui , tout est presque question de mentalités diversement appréciées selon notre cadre de références et notre degré de conscientisation dans un environnement global au-delà de nos communautés qui d’aucuns croient bonnement figées. Un travail de conscientisation est salutaire et urgent avec courage et constance pour ceux qui sont stigmatisés par déterminisme malsain à travers des statuts sociaux et coutumiers qui conditionnent les uns pour et par rapport  les/aux autres. Ceux parmi ces stigmatisés ayant conscience que le socle de fonctionnement de la société s’articule en partie sur une certaine perpétuation du déshonneur et de l’indignité qu’on veut admettre comme étant le prestige de toute la communauté dans le temps et l’espace. Pour changer les mentalités, il faut accepter et oser de questionner ce qu’on fait dans ce système qui prédestine l’homme et brime ses potentialités innées et uniques à chaque Être. Revoir tout qui relève du symbolique souvent très connoté au fond, et surtout rester dans le cadre « du pour » soi-même mais jamais « du contre » quelqu’un de particulier. En effet, cet activisme ne suit pas une logique d’une victoire contre quelqu’un mais vise la vulgarisation de ce qu’on veut sacraliser en criant à la haine et à la division au sein de la communauté dite soudée et honorable. Ce travail se fera en bonne intelligence avant tout par tous les épris de justice et d’égalité sans artifices inhibiteurs non sincères. Dans cette logique, personne n’est à la chasse d’un succès ou d’un quelconque profit matériel et immatériel en interne ou en externe. Ceux qui attendent qu’on leur montre un esclave attaché chez son maître dans un village soninké ou peul pour bouger sont implicitement insensibles aux réflexes féodaux et stigmatisants en filigrane dans nos rapports de la vie en communauté. L’esprit d’un acte vient avant l’acte même, et notre travail n’est pas forcément d’extirper de têtes de gens ces mentalités mais de les rendre caduques à terme dans la réalité de ce qu’on a en commun de symbolique pouvant être trop connoté. Si la dite harmonie sociétale et sociale peut être menacée par un tel activisme de conscientisation, ce qu’on n’aurait pas bien ficelé ses fondements sur des références saines prenant en compte la dignité de tous les Hommes en droits et devoirs. L’Homme est un Être digne par essence émanant de Son Créateur Unique ALLAH, donc l’indignité l’affectant venant d’autres humains ne peut être que passagère en fonction des circonstances

SoninkIdees-J’ose

La différence entre « l’Appris » du superficiel et « le Compris » du fond 

Il me semble évident qu’on se croit presque tous avoir appris par le vécu ou en ayant atteint un certain niveau d’études. Mais je suis parmi ceux qui acceptent humblement que peu des gens peuvent réclamer d’avoir Compris le sens profond de ce qu’on a pu Apprendre à divers degrés de notre parcours d’Être doué de raison.
Par ma modeste réflexion sur les termes (Apprendre et Comprendre), j’ose catégoriser nos croyances et nos actions en fonction de ce qui relève de « l’Appris » et du « Compris ».
– Les champs de « l’Appris » par apprendre la forme.
L’Homme par son cadre initial des références, se forme et se familiarise au réel en apprenant à travers la base des données de son milieu originel. Dans ce premier processus de réalisation du soi, l’Homme est plutôt dans le « subi » qu’au « réfléchi ». En effet, les premiers préjugés issus de l’imaginaire collectif qui l’entoure s’étoffent peu à peu. Il se fait conditionner à apprendre passivement l’héritage multiforme de son ascendance. Dans ce cas, la priorité est donnée au « comment faire » et au »comment être » par rapport aux convenances primaires en vigueur, sur le »pourquoi faire » et le « pourquoi être ». Ainsi les notions de la vérité et du bien se trouvent sujettes au vécu personnel et passif au détriment d’une ouverture curieuse aux possibles du réel. Ce premier tissu de conditionnement aura une influence importante sur les réflexes déterministes faisant qu’un Homme quelconque peut considérer ses références héritées comme intouchables mêmes objectivement injustes par ailleurs. Par cette logique déterministe, l’homme se croirait garant d’un patrimoine héréditaire qu’on peut appeler communément (traditions voire coutumes selon l’approche), dont il peut se montrer allergique à toute mise en cause. Son credo serait:《je l’ai trouvé comme ça avec mes parents donc c’est du Vrai et du Bien à sauvegarder et transmettre avec fierté》. Ainsi notre ego mal placé nous aveuglera jusqu’à masquer notre qualité d ‘Être intelligent et intelligible sachant questionner autrement les choses familières et ancrées depuis plusieurs générations. Ces certitudes normatives qui font office de socle d’identité ethnique, tribale ou raciale, acceptent très difficilement d’autres voix discordantes appelant au nécessaire relativisme des choses.
« L’Appris » passif fait de l’Homme, un adepte intéressé de l’idéal d’une lignée irréprochable dans le temps et l’espace par rapport à l’autre damné par essence en Tout et Partout. Pour l’Homme, il est certes nécessaire d’hériter de son milieu social originel, mais pouvoir questionner objectivement tout ce qu’on hérite de matériel ou d’immatériel, devrait être un droit inaliénable de notre intellect. Mieux vaut comprendre les traditions et les coutumes qu’on nous lègue sur divers domaines que d’en subir sans oser les nommer et les réparer un jour.
À titre illustratif, dans certains milieux musulmans ouest-africains, la fonction du muezzin traîne toujours une image péjorative dû au statut social préislamique (esclave noir) d’un des premiers musulmans qui est BILAL (ras). Étant des sociétés esclavagistes avant l’avènement de l’islam vers 10 – 11ème siècle, les milieux religieux transposaient passivement et injustement les dispositions négatives et humiliantes sur des personnes exploitées sans droit. Ainsi ce compagnon honorable du prophète Muhammad (Psl), BILAL est porté dans l’imaginaire collectif chez certains milieux mêmes noirs comme l’esclave du prophète ayant eu comme rôle social l’appel à la prière. « L’appris » passif fait que l’appel à la prière soit dévolu à un homme au statut social similaire dans leurs réalités. Pas aucun questionnement sur le fait que Bilal soit noir comme eux et qu’ils peuvent eux mêmes être victimes du même procédé injuste et discriminant dans certains milieux arabo-musulmans. C’est à travers cette logique de suivisme balisé que les composantes noires mauritaniennes se disputent le statut de la victime légitime, chacune se croyant l’incarnation du leadership au détriment des autres. En effet, chacune par son cadre de référence, évite tout ce qui s’apparente d’injuste dans son giron communautaire tout en voulant prêcher la Justice à l’échelle nationale d’où les contradictions amères et les incohérences dans le discours politico-associatif et même intellectuel. Il n’est pas rare d’entendre un homme politique noir (soninké ou peulh) qualifier nos cousins haratines tantôt de négro-mauritaniens, d’arabo-berberes et tantôt de haratines tout court. Certains cercles soninké et peulhs se croient très marginalement concernés par la lutte anti-esclavagiste menée par nos cousins haratines contre la classe politico-religieuse très mixte par ailleurs. Encore une fois, « l’Appris » passif chez les soninké et les peulhs admet comme normal, l’esclavagisme arabo-berbère dont sa soeur jumelle serait dénommée le féodalisme chez eux. Ces deux soeurs jumelles voudraient bien s’éviter en public dans l’arène politico-politicienne mauritanienne, mais dans l’esprit l’esclavage de fait et les pratiques féodales s’articulent sur un axe principal qui est; le déterminisme de naissance faisant de certains d’entre nous des biens nés pour diriger et d’autres d’éternels subalternes par générations. Certains milieux parmi nos concitoyens arabo-berbères, adeptes obsédés pour un nationalisme arabe exclusiviste se croient être les seuls légitimes d’incarner une identité uniforme de la Mauritanie. En effet, ils se permettent de faire un amalgame malsain entre l’islam, la langue arabe et l’identité mauritanienne. Leur « Appris » passif s’est structuré en niant d’autres références identitaires qui s’expriment et se constatent pourtant par évidence dans le pays, mais ils les considèrent comme des intrus à bannir par toutes manoeuvres louches en empêchant toute expression officielle et institutionnelle conséquente. Leur logique est la suivante: Tout musulman est appelé à être « beaucoup Arabe » pour être « mieux Musulman » dans le temps et l’espace, ce qui est une aberration certaine mais un argument utile pour leurs prétentions politiciennes.
L’arabe est bien sûr la langue du Coran mais prétendre qu’elle soit la langue des mondes ne peut être que le fait de la politique politicienne se voulant dominatrice.
On apprend dès tout petit qu’on serait le noble et l’autre l’esclave, et que l’imaginaire collectif environnant le véhicule comme un fait culturel et cultuel admis, d’où le nécessaire travail de déconstruction en amont sous la case et la tente. Toute émergence en Mauritanie d’un éventuel État-nation de citoyens égaux en droits et en droits sur le matériel comme l’immatériel, passe par cette déconstruction d’une partie de nos sources tribalo-ethniques.
Il en est de même concernant la compréhension des enseignements religieux sur l’approche du dogme et des différentes pratiques, qui est souvent truffée d’accommodements issus de notre héritage préislamique. La transmission s’effectue passivement par les voix dites autorisées et toute réforme appelant à la revivification en sortant de l’approche clanique et confrerique de la religion vers le juste milieu c’est-à-dire ni exagération et ni laxisme sur le culte. Par exemple; l’homme de foi quel que soit sa pitié peut avoir raison et l’inverse aussi est à admettre, car un homme n’atteint jamais le Tout de la Vérité qui est Un Attribut Divin. Oser faire passer la Vérité d’où qu’elle vient au lieu de tout parti pris figé pour une quelconque école, pensée ou cheikh. Les esprits jeunes, ouverts et voyageurs de nos jours ont certainement besoin de la sagesse de nos vieux avertis, tout comme ces derniers eux aussi auront besoin de l’éveil revivifiant de la jeunesse intéressée. L’approche monopolatrice de la religion par clan exclusif ne semble pas être une réussite pour la Oumma à toutes les échelles, car un manque évident de sincérité chez certains religieux titrés savants à toute époque est manifeste. Des diverses interprétations douteuses du Message Divin se sont érigées en une idéologie de domination et d’endormissement de certains au profit d’autres sur plusieurs siècles.
Je conclurai que « l’appris » se limite à l’imitation de la forme des choses par l’envie égocentrique et l’habitude du superficiel, et il semble se désintéresser des détails du fond pourtant nécessaires pour donner sens au but final de l’existence d’une chose dans le temps et dans l’espace.
– Les champs du « Compris » par comprendre le fond.
J’ose fixer le sens du « compris » par la notion rattachant à l’objectif ou la finalité de ce qu’on peut apprendre par le vécu au sein du cadre originel et par une science quelconque. Cette insertion de ce « compris » doit s’articuler sur des notions unversalistes comme, Le Bien, La Justice, La Liberté, L’Égalité, et d’autres pouvant s’appliquer à tous les milieux avec désintéressement et sincérité.
En effet après conscientisation par le vécu initial structurant le soi, le « compris » devrait être la résultante d’un travail fait de recul et de détachement par rapport aux sources prédisposées très influentes. L’Homme n’a plus à apprendre passivement mais s’autorise à critiquer et questionner les normes établies comme intouchables même sur l’anormal. Ainsi il paraîtra le compliqué, le révolté et même le con en voulant sortir de l’ordinaire non réfléchi vers les prémices d’un esprit sincère et juste. Cet Homme incompris parce que voulant apprendre et comprendre, troublera le socle d’identification de son milieu souvent truffé des tabous et non-dits. Les longues habitudes du superficiel sacralisé par le corps social dirigeant, réagissent vigoureusement contre ce qui est vu comme une intrusion malveillante voire maléfique. Une certaine hauteur est nécessaire pour comprendre le fond de tout ce qui avait été concocté dans notre cadre originel avant notre naissance et surtout s’autoriser à un questionnement objectif par du « pourquoi faire » et « pourquoi être ». Ainsi on aura une idée de ce que le groupe ethnique ou tribal admet par consentement mutuel et par les rapports de force dans la cité. Cette première quête de vérité sur le fond des choses nous prédispose pour le recul nécessaire assurant la rigueur scientifique.
La science ainsi acquise ferait du sujet, une source sincère et désintéressée dans le temps et l’espace sur le réel évolutif. Surtout en matière des relations humaines, ce réel évolutif représente un défi majeur à l’homme dit scientifique qui, en plus de la rigueur demandée, se doit d’être sensible en toute sincérité à la marche des choses par un engagement critique et réformateur. Atteindre la véracité d’un Fait est bien scientifique mais il faut s’autoriser de dire si ce Fait scientifique est un Bien ou un Mal à la lumière des valeurs universelles ( la Justice, le Bonheur, la Dignité, l’Honneur, la Fraternité, le Secours et bien d’autres) intrinsèques à L’HOMME, un Être Sujet-Objet à la fois.
Le « compris » par comprendre, vise les finalités profondes que cache l’existence même et Celui qui a Compris ne peut se limiter d’être observateur passif mais un acteur qui ose impacter le réel. Pour se faire, cet acteur doit se défaire de tout héritage déterministe et inhibitif faisant qu’il verrait 6 dans son giron originel et 9 chez les autres. C’est-à-dire, un penchant égoïste fait que ce qui peut être injuste à dénoncer énergiquement sous d’autres cieux , peut avoir une autre coloration chez soi par une gymnastique intellectuelle qui tord les consciences. Ainsi on se refuse d’admettre que les races ne puissent pas se valoir tout en célébrant la même différenciation sur les castes sociales dans son milieu social.
« L’Apprendre » passif asservit l’Homme au suivisme perpétuel alors que « le Comprendre » objectif et réformateur assainit les âmes Partout en toute Justice.

SoninkIdees-J’ose

La sortie de Maître Wade sur son successeur M. SALL: symptomatique du fond et dérapage heureux…!!!???

Abdoulaye Wade, 88 ans, marié à une française blanche depuis plusieurs décennies. Il fut lycéen au célèbre lycée Condorcet à Paris, titulaire d’un doctorat en droit et sciences économiques. Il exerça comme avocat au barreau de Dakar et enseigna à l’université Cheikh Anta Diop (l’UCAD) connue dans la sous région. Il fut aussi un ancien opposant de premier plan contre le pouvoir socialiste au Sénégal.
Il a dirigé le Sénégal pendant 12 ans ( 2000-2012) et était l’un des promoteurs du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique).
Monsieur Wade était champion du Sopi (changement en wolof) en battant le président Diouf au second tour de la présidentielle de l’an 2000.
Au cours de son règne, l’homme communément appelé maître Wade peut se targuer d’un bilan marqué par d’importants travaux entrepris à l’échelle nationale mais aussi par une certaine allergie à la contradiction au sein de son entourage politique. En effet, l’ancien opposant comme la plupart de ses camarades africains chefs d’État, tombe peu à peu dans un système individualiste du pouvoir. Il s’était embrouillé un à un avec les figures emblématiques de la jeune garde de son parti politique, notamment Idrissa Sec et Macky Sall, l’actuel président du pays.
Sa gestion semi-autocratique aux visées héréditaires du pouvoir s’était incarnée en la personne de son super ministre du « ciel et de la terre » (Transport aérien et infrastructures publiques) , son fils Karim Wade. Au cours de son second mandat, le vieux n’avait jamais digéré le souhait du président de l’assemblée nationale de l’époque Mr Macky Sall, d’entendre son fils de ministre sur sa gestion liée au sommet de l’oci ( organisation de la conférence islamique) à Dakar.
Son ancien premier ministre et futur tombeur, Macky Sall avait été évincé de la présidence de l’assemblée nationale par un parti politique sous les ordres princiers. Ainsi l’originaire de Fouta, était devenu l’opposant numéro Un contre le Wadisme qui s’était fait plusieurs ennemis politiques et dans une société civile très active. On reprochait au vieux, son tripatouillage constitutionnel pour sa troisième candidature et ses intentions d’assurer sa succession à son fils Karim.
Il avait été nettement battu par Macky Sall amené par une coalition forte au second tour en 2012, et peu après il s’était retiré en France.
Sous le nouveau pouvoir de son ancien allié, la machine judiciaire a attrapé son fils sur les origines douteuses de sa fortune colossale incompréhensible pour un sénégalais lambda. En effet dans cette tornade judiciaire qui dévoile les abus financiers du Wadisme, le fils Karim a été arrêté et les sénégalais vivent plusieurs mois au rythme de son procès que certains qualifient de politique.
Rentré au pays après sa pause exagonale, maître Wade se fait le premier défenseur de son fils, ainsi entouré de ses partisans galvaudés par sa présence aux airs rajeunis, il s’est donné à des manifestations de soutien ressemblant à un défi vis-à-vis du pouvoir en place.
Cependant c’est dans cette mission de sauvetage de son fils que le vieux s’est lâché ce 24/02/2015 lors d’une réunion de parti en tenant des propos inattendus sur son successeur. Pour lui, ce dernier serait d’ascendance esclave et qu’il l’aurait vendu dans d’autres circonstances, en ajoutant que le président actuel ne peut être jamais au-dessus d’eux (lui-même et son fils).
Ainsi la mini-bombe a explosé face aux peuples instruits ou pas, sur les non-dits qui couvent dans nos sociétés africaines ou au moins ouest-africaines. Le gorgui connu pour avoir une santé de fer, n’est pas sénile ni grabataire et en « authentique » africain, sait de quoi il vise par ces mots bien choisis aux relents féodaux et esclavagistes. Il sait pertinemment leur teneur dans le coeur social et sociétal africain même en 2015, qui minimise et dévalorise la qualité du Citoyen tout court par rapport à nos différents statuts sociaux hiérarchisés.
Cette sortie sous cet angle de la caste, fait un écho transnational chez les peuls notamment originaires du Fouta, et à scruter les différentes réactions sur la toilo-sphère, on constate que la pensée Wadesque a des adeptes qui se dévoilent inconsciemment. D’aucuns presque sur la même tournure langagière que le vieux, essaient étrangement de prouver la noblesse de Macky Sall au lieu de dénoncer ouvertement la saillie verbale aux relents féodaux et esclavagistes. D’autres jouent sur un esprit malin et réducteur en ramenant la chose sous le prisme d’une plaisanterie de cousinage mal placée entre un Sall et un Wade.
Les propos de l’ancien président sénégalais ne visent pas les peuls ou les halpoulars en général mais une caste sociale bien définie, qui est transcommunautaire dans nos contrées. Au sein de nos communautés, les castes sociales ne se valent pas sur ce qu’on a en commun de matériel et d’immateriel et à mesurer le poids de mots de maître Wade, il ne ressort que le fond déterministe de nos voix autorisées ethniques et tribales à l’endroit de la caste esclave.
Le président Macky Sall lui-même doit en savoir quelque chose de cette réalité stigmatisante que traînent les descendants d’esclaves dans toutes les communautés dans cette zone. En effet Maître Wade avec son cursus universitaire bien fourni, sa carrière politique historique et son vieux âge, ne représente pas un cas isolé dans ces réflexes qui traversent les non-dits au sein notre communauté intellectuelle lâche et trompeuse. Par exemple, un brillant diplômé dans une grande université occidentale, peut crier au scandale quand un ministre français de droite évoquait que pour eux, toutes les civilisations ne se valent pas. Après 6 heures de vol, notre homme africain défenseur de l’Homme noir chez les blancs, se montrerait neutre voire complice face à nos réalités sociétales et traditionnelles basées sur une hiérarchisation sociale stricte. S’il est issu des milieux aristocratiques dans son giron, il trouverait la gymnastique intellectuelle nécessaire pour donner une coloration culturelle au système des castes dont l’essence n’admet jamais que les différentes castes puissent se valoir.
Ainsi sont nos réalités sur lesquelles l’ancien champion du Sopi, s’est attaqué à son successeur le taxant d’ascendance servile qui ne peut être au-dessus de lui nulle part. Se croyant évidemment noble, maître Wade aura un point commun avec ce soninké analphabète et ouvrier dans le nettoyage, qui digère difficilement que son chef de chantier soit un autre soninké dit de caste sociale inférieure.
Par ailleurs on aura appris dans certains milieux aristocratiques dans le Fouta de deux rives du fleuve Sénégal et par extension chez d’autres peuples ( soninkés et d’autres), que le choc de l’accusation sur leur fils président passe amèrement et qu’il est temps de penser aux descendants d’esclaves vivant depuis toujours auprès d’eux et traînant des multiples clichés et stigmatisations.
La fibre de la hiérarchisation sociale est la trame de nos rapports et Wade aura le mérite d’éveiller les consciences conditionnées parmi les vrais descendants d’esclaves qui croient naïvement que l’instauration de leur dignité d’Homme se joue à l’échelle nationale par une citoyenneté manipulée pour reproduire les anciennes références. Certains rêveurs dociles parmi les castes dites subalternes, font le jeu du système des castes dont le fonctionnement est à l’encontre d’une nation des droits et devoirs égaux à toutes les échelles. Nous espérons que les électeurs d’ascendance esclave apprendront mieux de cette sortie non hypocrite de maître Wade et à tous les niveaux.
Merci Gorgui Wade pour ces mots instructifs pour Tous finalement …!!!

SoninkIdees-J’ose