« Nous sommes en deuil pour leurs mémoires » est l’un des slogans brandis par les manifestants du collectif des organisations mauritaniennes de France (COMAF), ce jour sous le froid parisien. En effet, à l’occasion de l’anniversaire funeste des exécutions sommaires et extrajudiciaires de 28 soldats noirs par le régime autoritaire et sanguinaire de Ould Taya, plusieurs centaines de mauritaniens de la diaspora en France ont battu le pavé, pour dénoncer une énième fois l’absence d’une JUSTICE véritable pour les crimes innommables dans l’armée mauritanienne en certain 28 Novembre 1990.
Cette manifestation dans la capitale française a été l’occasion d’honorer la mémoire de ces 28 martyrs de la caserne militaire d’Inal. La marche est partie de la place Trocadéro vers 15h40 pour arriver à 16h20 devant la rue donnant sur la représentation diplomatique de la Mauritanie à Paris, rue Montevideo dans le chic 16 ème arrondissement.
Au cours de cet événement, les noms de soldats tués ont été cités par ordre numérique, après quelques slogans scandés par l’assistance et quelques prises de parole dont le bref et émouvant témoignage d’un rescapé du camp mouroir, Sy Mohamadou, l’enveloppe de la déclaration a été déposée dans la boîte courrier de l’ambassade.
Il faut noter qu’un projet d’une plainte est en préparation contre certains responsables de ces tueries extrajudiciaires, qui sont bien identifiés et occupent pour certains, des positions stratégiques dans l’entourage du président actuel du pays. Pour se faire, il est demandé aux participants d’aider financièrement ce projet, sans oublier le cas du pèlerinage d’Inal 2015 qui a été évoqué également.
Notre blog Soninkideesjose.wordpress.com conseille vivement aux voix portantes et militantes du peuple mauritanien, d’élargir la communication sur les événements atroces d’Inal. Faire comprendre au jeune Beydane insensible du Tiris Zemmour, au vieux villageois Soninké du Guidimagha, au jeune diplômé Haratine de Nouadhibou , au Peulh éleveur de Mbagne, à l’adulte Wolof en retrait de Keurmassene et au Bambara oublié de Néma, qu’il y’a 25 ans, 28 soldats mauritaniens, tous Noirs avaient été exécutés par leurs frères d’armes, en Humanité et en religion, en dehors de tout ordre judiciaire. Ces victimes ont des noms, des visages et des familles, et leurs bourreaux aussi ont des noms, des visages, des familles et surtout un soutien garanti jusqu’alors par l’ordre étatique qui les couvre depuis toujours.
Défaire cette culture contrôlée de l’impunité pour ces fils éteints à jamais du pays, sera l’une des nécessités inévitables pour l’émergence d’un État-Nation citoyen, juste et égalitaire.
L’ordre étatique d’aujourd’hui fait semblant d’ignorer l’inévitable, et ceux qui osent dire « les choses » sont harcelés et intimidés, l’exemple du colonel courageux à la retraite Oumar Ould Beibacar qui a décidé de soulager sa conscience, est emblématique. Nous espérons que l’État sortira de sa position de non-dits et d’improvisation pour couvrir les criminels qui tiennent « la grande présente, l’armée« . C’est elle qui gère le pays depuis juillet 1978.
SoninkIdees-J’ose by K.S








Monsieur le Président,
Le Comité ‘Equité et Justice pour les Expulsés du Sénégal en 1989’ – CEJES – mis en place par l’ONG ATED pour aider à rendre justice aux mauritaniens et sénégalais d’origine maure expulsés du Sénégal en 1989, après avoir été victimes de meurtres de leurs proches, de viols, de mutilations, d’exactions diverses et de spoliations de biens, s’est réuni le Lundi 02 Avril 2012 au siège de l’Association.
Au cours de la réunion, le Comité a examiné la nouvelle situation qui prévaut au Sénégal avec l’avènement de votre élection à la présidence de la République. A cette occasion, l’EJES vous adresse ses vives félicitations et ses souhaits de réussite dans vos nouvelles et lourdes fonctions. Le Comité saisit également cette occasion pour :
– Lancer auprès de vous un appel solennel pour rouvrir le dossier des rapatriés mauritaniens et des maures expulsés de leur pays, le Sénégal, en 1989 afin que ce dossier pendant depuis cette date fasse l’objet d’un traitement équitable et juste.
– réitérer l’importance fondamentale de prendre en compte l’ensemble des victimes pour promouvoir une paix sociale durable et pour éviter les frustrations et les colères légitimes qui feront le lit inévitable de troubles proches ou futurs, entre le Sénégal et la Mauritanie.
Dans ce cadre, le Comité rappelle que toute injustice qui ne reçoit pas un traitement équitable, quel que soit la raison invoquée, ne sert ni la démocratie, ni les droits humains, ni « l’unité nationale » au sein des pays concernés ni des relations pacifiques durables entre peuples voisins. En effet, nous considérons qu’il est temps que justice soit aussi rendue aux victimes maures des événements de 1989, qui ont de loin perdu plus de vies humaines et de biens que n’importe quel autre groupe de victimes, sans parler des sévisses, viols, mutilations et spoliations dont ils ont été victimes.
– dénoncer auprès de vous le traitement réservé par les autorités sénégalaises successives depuis la triste survenue de ces événements, essayant les uns et les autres de maquiller un fait têtu, à savoir que les Sénégalais d’origine maure ont payé en 1989 un lourd tribut en vies humaines, en viols et en spoliations de biens pour délit de faciès.
– Vous rappeler que la communauté maure au Sénégal vit toujours exclue, cachée et appauvrie, particulièrement depuis les événements de 1989. L’on doit savoir que cette communauté est mise sous embargo depuis fort longtemps : elle ne compte aucun haut fonctionnaire ni civil ni militaire, elle ne comprend aucun député, aucun maire et aucune promotion culturelle n’est faite en sa faveur, et elle est quotidiennement rackettée par divers corps organisés (douanes, polices, santé, etc.), sans parler de plusieurs assassinats dont elle a fait l’objet ces dernières années.
Monsieur le Président, le CEJES vous rappelle que durant les tristes événements de 1989:
– plusieurs milliers de Mauritaniens et de sénégalais d’origine mauritanienne ont perdu des êtres chers, parents, enfants, amis et connaissances.
– plusieurs milliers de commerces, dont la valeur se chiffre à des centaines de milliards de francs CFA, appartenant à ces expulsés et déportés de force, ont fait l’objet de vols et de spoliation. On ne peut, en effet, oublier aujourd’hui que des mauritaniens et sénégalais d’origine mauritanienne sont morts, certains ont été blessés voire mutilés et d’autres ont perdu à jamais la raison, après avoir perdu des êtres chers et tous leurs biens. Un drame humain terrible dont les causes sont connues de tous.
L’on ne doit jamais, encore moins aujourd’hui qu’hier, oublier que ces victimes innocentes doivent recouvrer leurs droits légitimes et leur dignité, bafouées et flétries depuis maintenant 23 ans.
Il est peut être utile de savoir que parmi les 450 000 expulsés du Sénégal vers la Mauritanie et la Gambie, il y a plus de 100 000 sénégalais de naissance et de nationalité qui ont été boutés manu militari hors de leur pays, le Sénégal, pour la seule et unique raison d’avoir une vague origine maure.
On oublie volontiers que ce sont là des personnes et avant tout des personnes réfugiées hors de leur pays et malgré eux, après des pertes immenses en vies humaines et en biens matériels ; que ces personnes n’aient pas de regroupements en lieux connus, ne soient ni immatriculées auprès du HCR et n’aient pas eu l’autorisation de mettre en place des organisations pour la défense de leurs intérêts légitimes et nombreux, n’enlèvent en rien à la réalité de leur existence et de leur malheur. Ni à votre devoir de travailler à leur rendre justice et à les rétablir dans leurs droits.
Parmi ces droits :
– la restitution et/ou la restauration de leur état-civil, y compris leur nationalité sénégalaise pour ceux d’entre eux qui le souhaitent
– leur indemnisation pour tous les dommages subis et déjà cités
– l’autorisation des ayant-droits et de leurs avocats d’avoir accès aux dossiers des procès-verbaux de décès ou de mutilations de leurs proches et le droit de procéder à la reconnaissance de leurs tombes et d’identifier ces tombes. En effet, le gouvernement sénégalais a jusqu’ici refusé aux ayant-droits la reconnaissance des tombes de leurs proches alors que nous connaissons les lieux d’enterrement (à la hâte) de plusieurs des morts assassinés en 1989 dans les principales villes du Sénégal.
– La traduction devant les tribunaux compétents des bourreaux reconnus comme tels et dont certains ont déjà fait l’objet de jugements à la hâte pour les faire échapper à la justice.
Monsieur le Président,
Cette lettre ouverte ne vise pas à rallumer un feu qui, de toutes façons, couve encore, ni à mettre en cause les relations séculaires et multiformes entre les peuples sénégalais et mauritanien mais surtout à faire appel à votre sens de l’équité et de la justice pour régler ce problème grave qui relève de droits humains imprescriptibles.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très grande considération.
Pour le Comité Cheikhna Ould Cheikh Mohamed Vadel dit Cheikhna Haidara
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