
La tribu a pris une place excessive dans notre subconscient, dans notre vie privée comme dans l’espace public, au point de fragiliser la République et de vider la citoyenneté de sa substance.
La notion de tribu renvoie ici à toute référence traditionnelle qui fait obstacle à l’émergence d’une citoyenneté véritable. Chacun s’identifie d’abord à sa tribu pour affirmer sa puissance, son importance sociale, voire son impunité : une manière implicite de défier les lois de la République.
La prééminence de la tribu est avant tout le symptôme de la faillite de l’État, incapable de bâtir un État de droit solide et une citoyenneté égalitaire pour tous. Or, la nature a horreur du vide : chaque fois que l’État se retire ou se montre défaillant, d’autres acteurs occupent l’espace laissé vacant. Et chaque acteur impose sa propre logique, sa vision et ses règles.
C’est pourquoi l’État doit être présent, vigilant, sans pour autant devenir envahissant.
En Mauritanie, la difficulté à construire une citoyenneté pleine et entière relève d’abord de la responsabilité de l’État lui-même, qui continue de s’appuyer sur des instances communautaires et tribales pour sélectionner ses représentants et organiser la vie politique.
Il ne s’agit nullement d’ériger un antagonisme entre l’État et les tribus ou autres formes de regroupements communautaires. Il s’agit plutôt de rappeler un principe fondamental : l’État doit être impersonnel, neutre et équidistant de tous les citoyens.
Or, de nombreuses manifestations culturelles, politiques ou sociales en Mauritanie, validées par les autorités et parfois initiées par de hauts fonctionnaires ou cadres de l’État, vont à l’encontre de l’esprit républicain. Elles constituent, de fait, des défis lancés à la citoyenneté, à l’égalité devant la loi et aux fondements mêmes de la République.
Seyre SIDIBÉ
