● Mosquée de Bagnolet : le prêt de la Ville à une association musulmane encore retoqué par la justice [Actu.fr]

Nouvel épisode dans le feuilleton judiciaire de la mosquée de la rue Hoche à Bagnolet.

La cour administrative d’appel de Paris a confirmé ce vendredi 22 septembre 2023 l’illégalité de la délibération du conseil municipal de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ayant acté la vente de la mosquée de la rue Hoche à l’Association de Bienfaisance et de Fraternité de Bagnolet (ABFB) à l’aide d’un prêt sans intérêt.

Une histoire remontant à 2005
Pour rappel, le maire de l’époque Marc Everbecq (PCF) avait conclu un bail emphytéotique avec l’association le 21 juillet 2005 pour construire une mosquée sur ce terrain communal. Supposé courir jusqu’en 2068, il prévoyait le versement d’un loyer annuel d’un euro et le transfert de la propriété de la mosquée à la commune au bout des soixante-trois ans.

Quatorze ans plus tard, le 11 avril 2019, le conseil municipal du nouveau maire (PS) Tony Di Martino avait lui « décidé de résilier le bail avant son terme » pour autoriser « la vente du terrain » à l’ABFB. Le prix avait été fixé à 950 000 euros hors taxes « conformément au montant évalué par le service des Domaines », souligne la cour administrative d’appel de Paris.

Toutefois, pour respecter les principes de l’islam qui proscrivent tout intérêt bancaire dans ce type de transactions, une partie de cette somme – 250 000 euros – avait été échelonnée en quarante-huit mensualités « sans intérêt » de 5 208,33 euros chacune.

Une délibération contestée
Ancienne adjointe au maire en disgrâce, Marie-Laure Brossier (LREM, ex-PS) avait alors demandé au préfet de Seine-Saint-Denis de contester cette délibération au tribunal. Face à son silence, l’élue d’opposition s’en était chargée elle-même et le tribunal administratif de Montreuil lui avait donné raison dans un jugement rendu le 1er avril 2022.

L’ancienne adjointe de Tony di Martino déplorait de ne pas avoir reçu les statuts de l’ABFB, qu’elle avait pourtant réclamés : dans les communes de plus de 3.500 habitants, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être « accompagnée d’une note explicative de synthèse portant sur chacun des points à l’ordre du jour », selon la loi.

« Les documents communiqués (…) se bornaient, s’agissant de l’association, à mentionner son nom, sa qualité d’association cultuelle et le nom de son responsable », confirme la cour administrative d’appel de Paris dans son arrêt. Pour ce qui est de ses ressources, il était juste indiqué qu’un « document détaillant les modalités de financement » serait annexé au contrat.

« Eu égard à l’objet de la délibération, qui consistait également à consentir à l’association un prêt sans intérêt de 250 000 euros sur quatre ans, les précisions (…) ne permettaient pas d’informer suffisamment les conseillers municipaux sur ces éléments essentiels », considèrent donc les juges parisiens.

Des modalités de financement contraire à la loi de 1905
Les modalités de financement de l’opération étaient par ailleurs bel et bien contraires à la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, estime la cour administrative d’appel de Paris.

« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », prévoit en effet la loi de 1905. Il est ainsi « interdit » aux collectivités locales « d’apporter une aide à l’exercice d’un culte », qu’elle soit « directe ou indirecte », rappellent les juges.

Elles ont toutefois la « faculté » de conclure un Bail emphytéotique administratif (BEA) « avec pour contreparties (…) le versement d’une redevance qui (…) ne dépasse pas, en principe, un montant modique et l’incorporation dans leur patrimoine, à l’expiration du bail, de l’édifice construit ». « L’application de la loi du 9 décembre 1905 implique que cette cession soit effectuée dans des conditions qui excluent toute libéralité », souligne donc la cour administrative d’appel.

En l’occurrence, à Bagnolet, « la commune n’établit ni même ne soutient qu’elle aurait pris en compte dans son estimation l’avantage, pourtant indissociable du prix, consistant en un paiement échelonné sans intérêt de plus d’un quart du montant total de la somme », note la juridiction. Cet « avantage sans contrepartie » a eu « pour effet de minorer le prix de cession en-deça de sa valeur réelle », ce qui revient à avoir versé une « subvention proscrite » à l’association cultuelle.

« L’inflation a gonflé la facture »
Depuis, une nouvelle délibération a été votée en décembre 2022 pour régulariser la vente, mais les « divers rebondissements » de ce feuilleton judiciaire n’ont pas été sans incidence sur la vie de l’association musulmane.

« Trois ans après la première vente, l’inflation a gonflé la facture (…) de 60 000 euros supplémentaires », explique-t-elle sur son site internet.

Un « appel au prêt » avait donc été lancé auprès de ses fidèles pour « pallier d’urgence aux nouveaux frais demandés afin d’entériner l’achat ». Un autre appel aux « générateurs donateurs » avait été fait « en ce mois béni » du ramadan 2023 pour « rembourser les prêts contractés et les frais de notaire », puisque le montant de la dette s’élevait à « 55 000 euros ».

« Il reste donc un dernier effort pour rembourser cette dette et ainsi solder (…) le montant de l’achat de ce terrain », soulignaient les responsables. « Cette mosquée pourra ainsi rester pour les générations futures, et sera une Sadaqa Jariya [forme de charité récurrente ou continue, ndlr] pour vous. »

CB et GF-PressPepper

©️ Source en lien https://actu.fr/ile-de-france/bagnolet_93006/mosquee-de-bagnolet-le-pret-de-la-ville-a-une-association-musulmane-encore-retoque-par-la-justice_60124916.html

● Yves Thréard en Mauritanie : la controverse made of Jemal Ould Taleb Lemoigne [Mauriweb]

Mauriweb – La Mauritanie, pays profondément enraciné dans ses traditions et sa foi musulmane, reçoit ces jours-ci la visite du journaliste français Yves Thréard, connu pour ses déclarations controversées, notamment envers la religion musulmane. Accompagné de l’avocat franco-mauritanien Jemal Ould Taleb Lemoigne, cette visite soulève de nombreuses questions.

Jemal Taleb Lemoigne, avocat dont le nom a été cité à plusieurs reprises devant la Cour criminelle qui juge actuellement l’ancien président Aziz et ses complices présumés, qui a bénéficié d’un passeport diplomatique de la Mauritanie, semble oublier les responsabilités qui accompagnent un tel privilège.

Tout comme il a oublié les centaines de millions d’ouguiya engrangés par son cabinet parisien dans des conditions jugées par certains comme contestables auraient dû servir de rappel sur l’importance de protéger et de promouvoir l’image de la Mauritanie.

Or, en invitant un journaliste aux positions aussi tranchées que Yves Thréard, il semble faire le choix contraire.

Le 14 octobre 2019, les propos d’Yves Thréard sur la religion musulmane avaient suscité une vive réaction. Après la décision du député FN Julien Odoul d’exclure une femme voilée de l’hémicycle du conseil régional de Bourgogne-Franche Comté, Thréard a déclaré sur LCI : « Il m’est arrivé, en France, de prendre le bus ou un bateau où il y avait quelqu’un avec un voile, et je suis descendu ». Il ajoutait peu après, « Je déteste la religion musulmane […] On a le droit de détester une religion, on tout à fait le droit de le dire. ».

Accueillir une telle figure en Mauritanie qui tient de tels propos est non seulement surprenant mais aussi déconcertant. La question se pose : quel est l’objectif de Jemal Taleb Lemoigne en invitant Thréard ? La Mauritanie, pays où l’islam est une composante centrale de la société, mérite-t-elle d’être associée à un journaliste ouvertement hostile à cette foi ?

Il est essentiel pour la Mauritanie, comme pour tout autre pays, de veiller à l’image qu’elle projette sur la scène internationale. L’invitation d’Yves Thréard semble indiquer un manque de discernement de la part de Jemal Taleb Lemoigne. Au lieu de promouvoir un dialogue constructif et respectueux, cette visite risque de jeter de l’huile sur le feu des tensions religieuses et culturelles.

A défaut de l’expulser du pays, l’Administration mauritanienne devrait au moins le bouder et refuser de le recevoir en lui montrant qu’il n’est pas le bienvenu en terre musulmane. Il est de la responsabilité des acteurs influents, comme M. Taleb Lemoigne, de servir leur pays de la meilleure manière possible, en faisant preuve de jugement et de respect envers les croyances profondément ancrées de leurs concitoyens.

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