
Tout commence souvent par une revendication simple : meilleure représentation, justice sociale, emploi, droits culturels ou politiques. Des doléances légitimes que des citoyens, se sentant lésés, portent au grand jour. Mais trop souvent, ces revendications sont ignorées, jugées fantaisistes, inappropriées, voire contraires à l’ordre établi. Les porteurs d’idées nouvelles sont diabolisés. Ils deviennent des conspirateurs, des traîtres, des agents de déstabilisation ou des porteurs d’idéaux “révolutionnaires” dangereux.
Ce prétexte permet de camoufler des injustices séculaires. Ceux qui osent demander changement sont réprimés, humiliés, pourchassés ou poussés à l’exil. Et là où l’injustice persiste, la radicalisation devient inévitable.
• Mauritanie : quand l’alerte devient crime
Le 11 février 1966, le Manifeste des 19 contre l’arabisation forcée dénonçait l’introduction improvisée et forcée de la langue arabe dans le système éducatif national mauritanien. Les auteurs ont été arrêtés et sanctionnés.
En 1986, le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé dénonçait les dérives du pouvoir et les discriminations envers les Négro-mauritaniens. La réaction fut disproportionnée : arrestations, pressions et silence forcé. Ces exemples montrent que le refus d’écoute, parfois sur des questions pourtant légitimes, nourrit le ressentiment et l’opposition radicale.
• Quand l’histoire se répète
En 1789, la Révolution française éclate : le peuple réclame justice sociale et fin des privilèges. La monarchie reste sourde.
Résultat : insurrection, prise de la Bastille et effondrement du régime.
Plus près de nous, le Printemps arabe de 2011 en Tunisie et en Libye a commencé par des revendications simples : emploi, justice sociale, libertés politiques. Ignorées, elles ont dégénéré en chaos, parfois amplifié par des ingérences extérieures.
• Le mouvement GANBANAXU FEEDE : une révolution silencieuse
Depuis près d’une décennie, des jeunes Soninké de la diaspora et des territoires ont initié une révision du contrat socio-communautaire Soninké, posée sur la discussion et la réflexion.
L’idée a été diabolisée, déformée, ridiculisée. Des pressions ont été exercées pour créer peur et découragement. Pourtant, la révolution intellectuelle continue : les mots “maître” et “esclave” sont désormais prononcés avec hésitation, preuve d’un changement dans les esprits.
Ces exemples, à travers les continents et les époques, montrent une vérité universelle : le refus d’écouter engendre la résistance et la radicalisation. La force peut réduire les conséquences visibles, mais elle n’éteint jamais le problème de fond.
La gouvernance durable passe par le dialogue, l’écoute et la reconnaissance des revendications légitimes. Ignorer cette vérité, c’est courir droit vers le conflit et la rupture sociale.
Seyré SIDIBE

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