Biram Dah Abeid : “Ce que vivent les sénégalais, gambiens, ivoiriens et guinéens en Mauritanie”

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«La vérité sur l’esclavage en Mauritanie»

  Il est sans conteste la figure de proue de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. Biram Dah Abeid, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un militant des droits humains, homme politique mauritanien, qui mène depuis des années, un combat farouche, mais pacifique, contre cette pratique qu’on croyait révolue depuis des siècles.

Incarcéré pour avoir incinéré en public le «Code noir», composé de livre qui, dit-il, légitiment cette pratique tout en la drapant d’un voile islamique, Biram, comme l’appellent affectueusement ses proches, vient fraîchement de sortir de prison. Il s’est entretenu avec Seneweb sur cette épineuse question de l’esclavage dans la société mauritanienne.

Qui est Biram Dah Abeid ?

Je suis le Président d’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), une organisation militante des droits humains en Mauritanie qui place au centre de ses activités, la lutte contre l’esclavage, toujours pratiqué chez nous. En Mauritanie, 20 % de la population, c’est-à-dire entre 500.000 et 800.000 personnes, continuent à pâtir de l’esclavage domestique, suivant une gradation inégale, compte-tenu de la géographie, du milieu de naissance et du degré d’éloignement des grands centres urbains. Au moins 50% des mauritaniens subissent, toute leur vie durant, les effets psychologiques et symboliques de l’infériorité raciale, car il s’agit aussi de cela, de cette propriété exercée sur un être humain par son vis-à-vis, il résulte que la majorité relative des mauritaniens naissent esclaves, ils sont attachés à la famille de leurs maîtres qui ont sur eux, le droit de vie et de mort. Nombreux travaillent sans repos, sans salaires au profit de leur maître. Ils n’ont pas le droit à l’éducation, de se déplacer, de voyager ou de se marier, sauf avec l’assentiment de leur propriétaire. Le maître aussi a le droit de cuissage sur toutes les filles ou femmes esclaves. Par exemple, un maître qui a 100 femmes esclaves filles, peut en abuser sexuellement, sans restriction de nombre ni d’échéance. Il en a le droit, entre guillemets, c’est-à-dire le Droit Mauritanien, le Droit édicté par le code d’esclavage de la communauté dominante mauritanienne, les arabo berbère. Ils l’appellent le livre islamique, mais nous, nous l’appelons le livre esclavagiste, le livre anti islamique. C’est cette littérature de la honte que moi, personnellement, j’ai incendié, en public, dès le mois d’avril 2012.

Quel message vouliez-vous lancer en incinérant publiquement ce livre ?

C’était un message en deux temps : Le message concerne d’abord la communauté des esclaves, ensuite la communauté des esclavagistes, c’est-à-dire, respectivement, les Hratins ou Maures noirs pour certains, et qu’on appelle au Sénégal les «Naar bou nioul» et la communauté arabo berbère qu’on appelle ici «les naar ganar» ou “naar bou khess”.

Aux descendants d’esclaves, j’ai souhaité dire que cette prose n’a rien d’islamique. Ils sont assujettis par ces sources qui décrètent d’abord l’inégalité entre humains, entre la femme et l’homme, entre le musulman noir et le musulman blanc. Elles autorisent aussi la vente des esclaves, c’est-à-dire le négoce des êtres humains, musulmans et Hratins mauritaniens. Qu’ils soient gagés, cédés ou loués, il a été créé, au service de cette infamie, un prétendu «droit musulman», que nos écoles et université islamiques enseignent encore. Les auteurs autorisent aussi la castration des esclaves.

Quand un Hratin se distingue par sa beauté ou tout autre attrait physique, le maître arabo berbère pouvait le castrer pour éviter un mélange de sang, afin que les femmes ou les filles du maître ne soient tentées par des aventures sexuelles constitutives de mésalliance, voire source de dégradation de la généalogie. Ces références rendaient aussi licites les châtiments corporels très durs, comme la torture, l’amputation des esclaves s’ils essayent de s’évader. De même, le droit de cuissage comportait la légalisation du viol des femmes et filles esclaves, par leur maître.  La fille esclave est l’objet d’apprentissages sexuels des enfants du maître, un objet de désir du maître, du cousin du maître et même de l’étranger, hôte de passage chez le maître. Elle est sujette à la concupiscence, taillable et corvéable à merci. Les licences et principes établis dans ces documents ont été confectionnés pour assujettir des êtres humains, du fait de leur ascendance noire ; ils permettent de couvrir l’esclavage d’un voile d’Islam et de sacralité. A cause de cette tricherie séculaire, nous, nous avons voulu porter un coup contre le dogme, démanteler la doctrine, exposer nûment la légitimation de l’esclavage et l’islamisation de l’eugénisme arabo-berbère.

Votre message au monde extérieur ?

Bien entendu, il s’agissait de montrer, à la communauté internationale, que même si la Mauritanie a ratifié toutes les conventions internationales sur les droits humains, elle n’a jamais respecté ses engagements, elle applique des livres qui vont en contresens de la déclaration universelle des Droits de l’homme. Nous avons voulu délivrer un message aux autres musulmans pour leur dire que la Mauritanie est un pays membre de l’Organisation de la Conférence islamique, mais qu’elle applique les pratiques les plus «jahilistes», les plus antéislamiques et anti islamiques. Enfin, nous nous employons – et ce n’est pas tâche ardue – à démontrer combien ces pratiques illicites violent la parole de Dieu dans le Coran et les actes fondateurs du Prophète Mohamad (Paix et salut sur Lui) dans sa sagesse et sa Sunnah.

Pensez-vous que votre message a été bien perçu ?

Je pense que certaines parties ont été très réceptives comme la communauté des esclaves, des hratins, pour qui, l’incinération de ces livres a constitué un déclic, une insurrection morale et populaire contre l’esclavage ; ainsi témoigne leur adhésion massive à IRA Mauritanie et leur opposition, à notre condamnation, mes camarades et moi, de manière vigoureuse et populaire, par des manifestations publiques dans les villes de l’intérieur du pays et à Nouakchott. La mobilisation des populations hratins, ainsi que des forces amies, aura permis ma sortie de prison. J’ai été très fier de l’acte de destruction des livres infâmes et me réjouit de son impact psychologique auprès des victimes de l’esclavage et sur les descendants de maîtres.

Les institutions de droit de l’homme dans le monde ont aussi compris que la Mauritanie jouait  un double jeu, un jeu de duplicité, qui nargue le monde, discrédite la Umma musulmane, transgresse le Droit international et le Droit musulman. Le pouvoir en place, incarné par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, continue de maintenir sa complaisance à l’endroit des forces obscurantistes et esclavagistes. Pour s’assurer le soutien des propriétaires d’esclaves arabo berbères, il mène une guerre sans merci contre IRA Mauritanie, contre ma personne, contre le Droit international et contre les prescriptions authentiques de l’Islam. Ce faisant, il se dresse en travers de l’égalité, de l’équité, de la compassion et de la paix. D’expérience, vous savez que ce genre d’homme finit par tout perdre, non sans avoir précipité son pays dans l’incertitude existentielle.

Quelle serait la solution pour mettre un terme définitivement à l’esclavage en Mauritanie ?

Le général Aziz et ses soutiens parmi les groupes pro esclavagistes obscurantistes qui détiennent le pouvoir et tous les leviers de commande en Mauritanie, devraient faire la place à l’expression populaire antiesclavagiste, symbolisée par l’IRA Mauritanie et Biram Dah Abeid. Ira Mauritanie a été une organisation interdite dès sa création. Le pouvoir lui a mené une guerre d’usure, harcelé avec des poursuites, des arrestations systématiques et massives de ses membres, des emprisonnements, des simulacres de jugements et des condamnations.  IRA est une organisation qui vit dans des conditions difficiles, sous le régime de l’interdiction totale. S’ils sont aussi démocrates et abolitionnistes qu’ils le prétendent, les concepteurs et promoteurs du système d’hégémonie ethno-tribale seraient inspirés de jouer le jeu franc du pluralisme, avec l’IRA qui est un mouvement d’idées, une force de propositions politiques, mais aussi une organisation des droits de l’homme, bientôt dotée de ramification dans les syndicats, les associations d’élèves et d’étudiants et toutes les forces vives.

Qu’attendez-vous des institutions africaines et internationales ?

Si l’Union africaine, la communauté internationale, les Nations unies, l’Ue, les Etats  partenaires de la Mauritanie comme les Usa, la France, l’Allemagne, l’Espagne, mettent la pression nécessaire sur l’Etat Mauritanien pour qu’il se plie aux règles du jeu inclusif de la démocratie, IRA remporterait certaines élections. Représentée et non plus exclue, elle tendrait la main à tous les mauritaniens, pour éradiquer l’esclavage, ensemble, en vertu de la loi. Il y aura aussi d’autres mesures d’accompagnement, tel un plan national d’éradication, financé durant une décennie, sur les fonds publics. Un pourcentage des recettes de l’Etat devrait alimenter le fonds de développement et de prévoyance, au profit exclusif, des Hratins. Ira pourra aussi mettre en branle un processus de vérité  de justice et de réparation  pour les  autres populations noires – les peulhs, les soninkés, les wolofs et les bambaras – victimes, moins anciennes certes, d’un racisme primaire, alimenté par l’Etat, notamment en matière foncière et domaniale. Ces composantes nationales ont enduré une tentative de génocide orchestrée par une partie de la même équipe actuellement au pouvoir  en Mauritanie. Sous couvert de fraternité et de pardon « islamique », de prières et de mots de diversion, l’impunité couvre encore les auteurs de centaines d’assassinats et de déportations par milliers.

Après l’incinération du livre, quel sera votre futur objectif ?

Nous visons la présidence de la République Islamique de la Mauritanie pour l’élection de 2019. C’est ce que nous préparons. Nous avons entamé  la préparation de cette prise de pouvoir pacifique par la voie des urnes depuis l’élection de 2014 où je me suis porté candidat, in extremis. Alors, je manquais de tout, mon  parti était interdit, mon Ong était interdite – ils le sont toujours -, les soutiens nous faisaient défaut et nous récoltions l’hostilité des partis traditionnels. Opportuniste, le pouvoir en place a pensé que nous jouerions pour lui un rôle de faire-valoir. Mais lorsque nous nous sommes engagés dans cette élection, même avec un manque de moyens cruels, nous pûmes faire entendre la voix d’IRA dans toutes les régions de la Mauritanie ; j’ai ainsi réussi à  engranger un peu moins de 10% des voix. Ces résultats sont confirmés par les autorités officielles qui ont utilisé une fraude massive. Et l’espoir est né au sein des différentes franges de la population mauritanienne.

Etes-vous soutenus dans ce combat par les Etats et institutions d’Afrique ?

Je lance un appel aux Etats Ouest africains, et à l’Union africaine. Quand les pays occidentaux, les diplomates occidentaux et les organismes internationaux dénoncent l’injustice, l’oppression, le harcèlement des militants, il paraît peu flatteur, par comparaison aux ambassadeurs africains accrédités à Nouakchott qui restent silencieux. Il est inconséquent que l’Union africaine et la Cedeao restent silencieuses. L’Onu, L’Union européenne, les pays occidentaux nous ont soutenus quand nous étions en prison, mais pourquoi les pays africains, l’Ua, la Cedeao s’abstiennent-ils ? Il est étonnant que tant de pays africains, se soient engagés dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, sans lever le petit doigt, aujourd’hui, devant la mainmise, sur le pouvoir, d’une minorité raciale en Mauritanie.

Qu’attendez-vous d’eux ?

Je lance un appel pour que l’élite africaine se réveille pour nous soutenir. Ces pays peuvent prendre pour témoins les sénégalais, les gambiens, les ivoiriens, les guinéens qui vivent actuellement en Mauritanie. Chez nous, ils éprouvent le quotidien de l’oppression, de l’humiliation que nous vivons, avec eux, nous noirs mauritaniens.

Je lance un appel à l’élite arabo berbère en Mauritanie; en son sein, de rares éléments, dont je salue ici le courage et la constance, nous accompagnent, depuis longtemps, dans notre marche vers l’émancipation citoyenne. Nous souhaitons qu’ils nous rejoignent plus nombreux, reprennent notre lutte à leur compte. Ils doivent se désolidariser du pouvoir en place, des esclavagistes et des idéologues du racisme anti noir pour revenir à la position originelle et historique de leurs ancêtres. Les premiers arabo berbères vivaient en symbiose avec les communautés noires. Je demande à l’élite arabo berbère de ne pas céder au conditionnement racial que promeut le Général Aziz quand il sollicite la complicité de tous les arabo berbères, par l’agitation du péril Hratin. Nous ne constituons pas un péril. Nous sommes une frange importante de la population mauritanienne. Nous aspirons à la dignité humaine, à la citoyenneté, à l’égalité, à un Etat démocratique respectueux des droits de l’homme et des différences. A nos anciens maîtres, nous disons, « n’ayez pas peur de nous, ne craignez pas votre humanité » !

Propos recueillis par Youssouf SANE

Source crédit : seneweb

Communiqué : L’engagement d’IRA-Mauritanie encore primé aux USA.

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COMMUNIQUE: L’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA-Mauritanie) a le plaisir de vous annoncer qu’elle recevra le mercredi 22 Juin 2016 le prestigieux Prix James Lawson pour la Non-violence.

Le Reverend Martin Luther King, Jr. disait de James Lawson qu’il était: “le théoriste et le stratégiste de la non-violence de par le monde”. Cette distinction sera remise à IRA-Mauritanie pour honorer ses actions et sa lutte non-violentes visant à éradiquer l’esclavage et le racisme d’État en Mauritanie.

La cérémonie de remise du Prix se tiendra dans l’enceinte de la Faculté de Droit de Tufts University de Medford, dans l’État du Massachusetts.

Pour vous donner l’opportunité d’obtenir de plus amples informations, nous vous convions à une conférence téléphonique qui aura lieu ce samedi 11 Juin de 21:00 à 21:30 (Heures de New York et de la Côte Est des États-Unis).

Pour nous rejoindre, appelez le numéro ci-dessous et suivez les instructions. La conférence commence à 21:00 même s’il y a une seule personne en ligne. Et si à 21:05 personne n’est en ligne, la conférence est terminée.
Voici les détails:
Jour : Samedi 11 Juin 2016
Heure: 21:00 (Heures de New York et de la Côte Est des États-Unis)
Durée de la conférence: 30 minutes (21:00 -21:30)
Numéro d’appel (Dial in number): 515-604-9000
Code d’accès (Access Code): 478586.
Nous vous informerons de toute déviation de ce plan.

Siikam SY
IRA-USA Board
Merci!

06/06/2016] Editorial /Biram – Brahim : De la hauteur pour être à la hauteur…

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Allez-vous décevoir ? Une interrogation obsessionnelle par anticipation, pour éviter le désespoir à la Mauritanie d’en bas. La Mauritanie perdue, triturée qui, la peur au ventre, pense trouver en vous de bons samaritains pour la tirer des bas-fonds et de la marre infeste. Peur d’être lâchée un jour pour se retrouver au fond du fond….
Vous ne pouvez décevoir cette masse qui vous a accueillis et vous a accompagnés, à pied, plus d’une dizaine de kilomètres, lors de votre libération… avec la joie et la ferveur de voir renaitre le combat.
J’étais là. J’ai vu. J’ai vu des convictions et des actions dans une témérité incroyable, indicible… J’ai vu et compris l’innocence d’un engagement et la vision des citoyens humbles. Ces citoyens, venus écouter le verdict de la Cour suprême, ce sont des dockers, des charretiers, des éboueurs, des chômeurs, des vendeuses de couscous et de poissons à la plage, des chauffeurs, des enseignants, des maçons, des pneumaticiens (Michelins), des mécaniciens, des mareyeurs, des pêcheurs. Ils étaient là pour vous accueillir, vous qu’ils qualifient de « l’espoir » ; ils étaient venus fêter votre libération, leur libération.
Pour cette foule, vous êtes des leaders, leurs leaders dans le combat d’une Mauritanie juste. Pour cette foule, la lutte avec vous sera sans merci contre le système ; la lutte pour les sortir de la situation de misère. Une situation de misère, d’opprobre et de dénuement total. Une vie de désespoir… où l’égalité entre citoyens ne se voit que dans la pauvreté. L’appauvrissement de l’écrasante majorité de la population et l’incertitude de trouver le pain quotidien a été d’ailleurs à l’origine d’un drame lors d’une distribution de zakat au cours de laquelle 8 citoyens pauvres qui se bousculaient avec d’autres devant la porte d’un riche homme d’affaires ont perdu la vie. Des Mauritaniens qui cherchaient de quoi manger, de quoi pouvoir débuter leur ramadan. Et on dit que tout va bien et que rien ne manque au joyeux peuple de Mauritanie.
Peut-on s’attendre à mieux si on est gouverné par des épiciers ? Avec un gouvernement de laudateurs et de collaborateurs viscéralement annihilés… où même l’intérêt du chef est mal défendu, pour ne pas dire pas défendu du tout. Parce que chacun d’entre eux a un agenda particulier… Sans doute le chef le sait.
Biram – Brahim, le jour du 17 mai 2016, il y a eu des larmes. Des larmes de conviction, d’engagement, de détermination et de joie pour en finir avec le système qui nous gouverne, ce système qui constitue le mal de la société mauritanienne. Mais aussi les larmes des avocats, les larmes de ceux qui étaient là depuis 7 heures du matin pour vous ; pour vous accompagner dans le combat. Ces gens sont convaincus que vous êtes les leaders qu’ils cherchent. Les leaders d’un mouvement qui ignore la compromission. Un mouvement pour des questions existentielles. Un mouvement au service d’une nation déshumanisée. Une rencontre d’hommes et de femmes victimes de l’insolence comportementale d’un système cynique à l’apogée irréversible.
Sur ce point, les jours à venir sont d’importance. Ces jours où vous faites l’actualité. Ces jours où vous êtes considérés, plus que jamais, comme des hommes à abattre. Et pour cela, le système utilisera tous les artifices, tous les moyens, plus que par le passé, pour venir à bout de votre engagement. Et c’est bien pour cela que les yeux du peuple sont rivés sur vous. Vos faits et gestes seront suivis, décortiqués, ressassés…
Soyez donc vigilants et déterminés comme vous l’avez toujours été ; soyez à la hauteur de l’espérance placée en vous.
Maintenant que vous êtes « libres », l’enthousiasme de la «liberté» doit laisser la place à l’action stratégique pour précipiter la fin de ce régime. La Mauritanie et les Mauritaniens en ont trop souffert. Les tenants du pouvoir, eux-mêmes, n’en peuvent plus. Ils ont tout essayé pour nous abêtir, nous diviser, nous acculturer. Dieu merci, tout le monde ne mange pas au râtelier du déshonneur et de l’indignité.
Ne donnez pas raison à ceux qui disent que vous êtes un objet entre les mains d’Abdel Aziz, une création du système. Le démenti des autres ne suffirait pas. Seules vos positions et actions futures seront des arguments pour démentir les uns et renforcer les autres. N’oubliez pas que des prétendues querelles entre vous avaient été entretenues et avaient alimenté la rumeur. Des troubadours ont été utilisé pour amuser la galerie, et en s’essayant sur le terrain glissant et combien dangereux de la division communautaire au sein du mouvement. Mais Dieu merci, comme des baudruches, ces « affaires » montées en épingle avaient fini par se dégonfler. Telle une marchandise avariée les produits proposés par ces « cancaneurs » n’avaient pas pu trouver des clients assez bêtes pour les acquérir, la Mauritanie et les Mauritaniens étant plutôt préoccupés par d’autres priorités. Priorité de refaire la Mauritanie de tous et pour tous !
Biram-Brahim, vous êtes attendus sur beaucoup des questions. On dit que vous avez été libérés suite à un deal avec le pouvoir en place. Ce deal consisterait à travailler contre l’opposition politique en acceptant d’être un interlocuteur d’Abdel Aziz pour son projet de dialogue !
Mais sachez que le contenu de ce dialogue reste encore obscur pour que vous y alliez ; d’autant plus que ce pouvoir ne semble pas s’être affranchi de ses habitudes : son mépris des autres, sa promptitude à jeter aux orties les accords qu’il signe, sa propension à rouler tout le monde dans la farine.
De plus, qu’aurez-vous à gagner à dialoguer avec un pouvoir qui ne montre aucune détermination à combattre l’esclavage ? Un pouvoir qui promeut les féodaux, un pouvoir qui ne rassure pas, un pouvoir qui frustre et qui exclut ; l’exemple le plus patent étant cet enrôlement biométrique qui continue à faire des victimes, sans compter le flou artiste entretenu qui entoure cette histoire d’or subitement jailli de la terre de l’Inchiri… Les citoyens pour aller tenter leur chance ont d’abord renfloué les caisses de l’Etat à hauteur de milliards d’ouguiyas. Si ce n’est du racket d’Etat on se demande ce que c’est…
Allez-vous dialoguer avec un pouvoir qui utilise tout pour vous nuire, un pouvoir qui n’a jamais respecté ses engagements vis-à-vis de vous et qui peine à le faire vis-à-vis du peuple mauritanien? Bien sûr que non !
Le dialogue, «cette chose» que ce pouvoir miroite, ne doit plus divertir le monde, surtout vous qui savez, quelque peu, de quoi est capable ce pouvoir-là. Ce dialogue, après les dialogues antérieurs où les conclusions ont souffert de non-exécution, n’est ni opportun ni porteur de la moindre espérance.
Dialoguer donc dans ces conditions, c’est simplement aider le pouvoir à se sortir du pétrin dans lequel il s’est mis et il a mis le peuple mauritanien.
En conséquence, tout accord politique signé avec ce pouvoir ne serait qu’une auto-flagellation et tout combattant pour une Mauritanie juste et égalitaire qui y apposera sa signature le regrettera sûrement.

Camara Seydi Moussa

Regardez « Entretien avec Biram Dah Abeid Président de l’Ira de la Mauritanie pad » sur YouTube

Source crédit : http://www.dakaractu.com

Appel pour sauver l’unité nationale.

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Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA)

Le citoyen noir mauritanien vit une telle marginalisation, voire une exclusion, qu’il devient insoutenable de continuer à la passer sous silence; et ceci dans tous les domaines et plus particulièrement au niveau de l’état civil. La coupe est pleine!
Dans toutes les régions du Sud, ainsi qu’à Nouakchott et à Nouadhibou, les Pulars, les Wolofs, les Soninkés ainsi que les H’aratin éprouvent d’énormes difficultés à s’enrôler et à obtenir leurs pièces d’état civil. On empêche ainsi des centaines, voire des milliers de citoyens de s’enregistrer au niveau de Sebkha, au niveau des autres Mouhgataa, au niveau des représentations diplomatiques à l’étranger en multipliant à leur encontre des barrières administratives infranchissables et des tracasseries en tous genres.

  Depuis sa mise en œuvre, dans des conditions on ne peut plus floues et avec des objectifs inavoués, l’Agence Nationale du Registre des Populations et des Titres Sécurisés, s’est évertuée à appliquer une politique d’exclusion. Les responsabilités ont été confiées à une seule ethnie et les nombreux appels des organisations des droits de l’homme et des partis politiques dénonçant cette ségrégations sont restés lettre morte. N’y aurait-il pas une intention inavouée d’exclure une importante composante de cette société après l’échec des politiques d’extermination raciale et de déportation  vécues il n’y a pas si longtemps? On est endroit de se poser la question.
Ira, en organisant aujourd’hui, un sit-in de protestation devant les locaux de l’Agence à Sebkha, lance un appel urgent aux autorités mauritaniennes en vue de remettre les citoyens noirs dans leurs droits et de cesser d’attiser les conflits inter-ethniques au niveau des centres d’enrôlement. Tous les citoyens, sans distinction aucune, doivent obtenir leurs pièces d’état civil. Elle lance aussi un appel à l’opinion internationale et à toutes les forces vives du pays en vue d’unifier les efforts pour contrecarrer cette politique discriminatoire ( Apartheid mauritanien au niveau de l’état civil mais aussi au niveau du partage des revenus). C’est à ce prix que l’espoir d’une Mauritanie unie sera permis.

Nouakchott, le 30 Mai 2016                      La commission de l’information

IRA-MAURITANIE : Communiqué de remerciement.

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Après dix neuf mois d’incarcération injuste et particulièrement cruelle, dont douze  dans la sinistre prison d’Aleg, loin des nôtres et dans un isolement presque complet, l’appareil judiciaire de Mauritanie, soumis aux caprices de Ould Abdel Aziz, a ordonné notre libération.

La décision de cette libération s’est accompagnée par un aveu d’injustice et d’iniquité caractérisé, formulé sous la forme d’une annulation des décisions des tribunaux qui nous ont jugés, condamnés et jetés en prison au paravent.

Ainsi, nous aurions été victimes d’une erreur judiciaire! Une erreur judiciaire qui nous a soustraits à nos familles et aux nôtres pendant dix neuf mois!
Mais, lors de cette épreuve, nous avons la fierté de dire à nos amis, à nos soutiens que nous n’avons pas faiblis, que nous avons été fidèles aux engagements qui nous ont menés en prisons et dont nous sommes si fiers.
A tous ces amis, à tous ces soutiens, nous exprimons notre profonde gratitude et nos remerciements les plus sincères.
Ce sont vos soutiens qui nous ont aidés à tenir, vos encouragements qui nous ont permis de résister aux tentations et aux sirènes de la compromission.
Merci à vous.
Merci aux hommes et aux femmes, anonymes ou célèbres qui nous ont soutenus.
Merci aux organisations de la  société civile, aux partis et institutions qui nous ont suivis et encouragés.
Merci aux chancelleries qui nous ont soutenus. Merci aux gouvernements des USA, à l’UE et aux institutions internationales comme Amnesty International, Avaaz, Agir Ensemble pour les droits de l’homme, Front Line Défenders et bien d’autres encore qui ont inlassablement demandés notre libération.
A tous, merci et nous vous renouvelons notre serment de continuer notre lutte, résolue, inlassable mais toujours pacifique et civilisée.

Nouakchott le 25 mai 2016  
A u nom des ex prisonniers d’IRA-Mauritanie la commission de communication

L’IRA : Le décodage possible de la ferveur populaire du 17 mai 2016 à Nouakchott.

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Ce 17 mai 2016, le verdict de la cour suprême autorise la libération immédiate des leaders abolitionnistes et anti-esclavagistes Biram Dah Abeid et Brahim Bilal Ramdhane  emprisonnés depuis Novembre 2014. Le président d’IRA-Mauritanie Biram Dah Abeid et son vice-président Brahim Bilal Ramdhane ont été accueillis devant la prison par les cadres du mouvement abolitionniste et une immense foule des militants et des sympathisants. Envahis par ces derniers dans une ferveur populaire, les deux hommes ont pu exprimer quelques mots aux micros de la presse, et ils ont salué l’engagement des militants et leurs soutiens qui sont victorieux par cette libération. Il a fallu un travail énorme des membres du comité de la paix d’IRA-Mauritanie, pour frayer un chemin pour accéder au véhicule destiné aux ex prisonniers. Arrivés dans le quartier de Ryadh où se trouve le domicile du président Biram Dah Abeid, les deux compagnons ont été chaleureusement acclamés et salués par une impressionnante marée humaine. Face à cette ferveur, le président d’IRA-Mauritanie entouré de sa suite sur la terrasse d’un bâtiment , a pris la parole en saluant une nouvelle fois ses militants et ses soutiens . Dans cette prise de parole publique, le leader abolitionniste a exprimé sa détermination de mettre fin au système d’exploitation et ses laudateurs. Il a expliqué que toutes les manoeuvres fourbes ourdies par le pouvoir en place pour casser son mouvement, ont échoué, et lui et ses camarades sont plus que jamais déterminés dans leur lutte contre les injustices dans le pays. Ce bain de foule autour d’un mouvement que l’État refuse toujours  toute reconnaissance officielle , peut être un tournant historique de la jeune vie d’IRA  ( Initiative pour la Résurgence Abolitionniste créée en 2008 ) . Ces derniers jours, les leaders abolitionnistes libérés ont reçu les visites de courtoisie de quelques hommes politiques de poids. Il est à noter aussi le déplacement de l’ambassadeur américain pour saluer les ex prisonniers. Par ailleurs on compte plusieurs communiqués de félicitations émanant d’ONG internationales, de partis politiques et d’associations de défense des droits humains.
Revenons à cette énorme foule compacte qui a été constatée ce jour de libération. Le monde qu’on a vu via les photos et les images, était Noir à 99,99% , ce qui suscite d’évidentes interrogations chez plusieurs observateurs. Admettons aussi que les gens qui sont sortis pour accompagner et écouter les leaders d’IRA-Mauritanie ne représenteraient pas 0,001% de la population mauritanienne. L’IRA très souvent taxée de tenir un discours “haineux et violent”, ne racialise jamais ni ne communautarise son engagement.
Et les propos de Biram tenus à différents moments après sa sortie n’ont échappé à cette règle. Comme à l’accoutumée, Biram a indexé le régime en place incarné aujourd’hui par Ould Abdel Aziz et ses laudateurs qui utilisent l’appareil étatique contre les faibles. Deux mots (régime et laudateurs) peuvent nous aider à décoder nos chiffres notés plus haut  (99,99% et 0,001%). Le régime a comme stratégie de surfer sur un clivage fabriqué entre une minorité dite “sectaire et extrémiste” qui perturberait une supposée cohésion sociale, et une écrasante majorité du peuple qui s’épanouirait dans un pays juste et égalitaire. Du regard d’un élément introduit du système, on ne veut entendre les discours de vérité d’IRA-Mauritanie que sous une compréhension indexatoire d’une communauté ou d’une race. L’intérêt des gens du système est d’entretenir cet amalgame malsain entre les tenants profiteurs et la communauté arabo-berbère dans son ensemble. Ce qui est loin d’être le cas d’un mouvement primé plusieurs fois pour pacifisme. Les laudateurs se reconnaîtront en minimisant la ferveur populaire du 17 mai 2016. Ils sont trans-communautaires et craignent l’idéal insufflé par la fermeté de l’engagement d’IRA au sein de toutes les communautés nationales. Ces laudateurs issus des milieux pro régime comme des milieux pro opposition des NORMES CLASSIQUES, sont allergiques au discours qui prend en compte toutes les injustices qui minent les différentes communautés. Cette approche transversale de la donne peut braquer certains communautaristes qui deviennent des alliés de fait du système d’exploitation qu’ils disent combattre par ailleurs.
La foule du 17 mai 2016 ne visait  pas une communauté quelconque, mais elle adhère à un certain IDÉAL qui n’admet aucune stigmatisation à l’envers. On espèrera que l’absence remarquée dans la foule ne soit pas  une auto-exclusion de ceux qui ont une compréhension sélective et ceux connus pour une certaine incohérence intellectuelle. La foule n’était pas haineuse et un discours haineux n’a pas été tenu non plus, donc aux absents pour des motifs assumés ou pas,  qui racialisent , communautarisent et accusent à tort de revoir leur logiciel. À IRA de s’accrocher à son stratégie facifiste qui a garanti son succès jusqu’à présent. L’arme la plus efficace contre le régime et les laudateurs est/sera ce PACIFISME. Ainsi l’épreuve du TEMPS nous dira qui étaient les “VRAIS HAINEUX VIOLENTS” pour des intérêts égoïstes et partisans au détriment du peuple mauritanien dans son ensemble.

K.S

21-05-2016 10:35 – Mauritanie – Biram Dah Abeid : « Je ne céderai pas à la peur et poursuivrai le combat »

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Jeune Afrique – Biram Dah Abeid est un homme libre. Après seize mois de détention dans des conditions qu’il qualifie d' »inhumaines », le célèbre militant anti-esclavagiste mauritanien est physiquement affaibli mais toujours aussi déterminé. Bilan d’Aziz, lutte contre l’esclavagisme et candidature à la prochaine présidentielle : Biram Dah Abeid s’est confié à Jeune Afrique.

Le célèbre défenseur des droits mauritanien n’a rien perdu de sa verve et de son engagement. Condamné à deux ans de prison en août 2015 aux côtés de deux autres militants pour « appartenance à une organisation non reconnue, rassemblement non autorisé, appel à rassemblement non autorisé et violence contre la force publique », Biram Dah Abeid vient de passer seize mois derrière les barreaux.

Sa peine a été en partie annulée mardi 17 mai par la Cour suprême mauritanienne. Dans un revirement inattendu, la haute juridiction a en effet requalifié et allégé les faits retenus contre lui et son camarade de détention Brahim Ould Ramdane, estimant que les deux hommes n’auraient pas dû passer plus d’un an en détention.

Preuve qu’il s’agissait d’un « simulacre de procès », rétorque aujourd’hui Biram Dah Abeid, président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) en Mauritanie, où l’esclavage est toujours pratiqué malgré son abolition en 1981.

Quelques jours après sa remise en liberté, le militant, également connu pour être arrivé en seconde position à l’élection présidentielle de juin 2014, s’est entretenu de ses conditions de détention et de ses ambitions. Interview.

Jeune Afrique : Comment vous portez-vous après 16 mois de détention ?

Biram Dah Abeid : Ma santé s’est détériorée, je vais d’ailleurs passer des examens médicaux dans les prochains jours. J’ai été privé d’exercice physique et d’un régime alimentaire adéquat par rapport aux problèmes de santé que je subis depuis ma grève de la faim et mes précédentes incarcérations.

Nos conditions de détention étaient inhumaines. J’ai échappé aux tortures physiques endurées par mes camardes, mais pas à celles psychologiques et morales. Nous avons subi des privations de soins et de visites familiales.

Comment expliquez-vous ce revirement de situation après la décision de la Cour suprême de vous libérer immédiatement ?

C’est un revirement du pouvoir lui-même. Depuis novembre 2014 [date de son arrestation aux côtés de trois autres militants, NDLR], les autorités mauritaniennes ne cessent de livrer bataille à l’IRA en nous arrêtant arbitrairement et en ordonnant aux juges de nous condamner après des simulacres de procès.

Tout cela n’est que manipulation pour nous abattre. En tant que mouvement de renommée internationale, l’IRA est une épine dans le pied du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. Et comme nous l’avons démontré lors de l’élection présidentielle de 2014, nous sommes aussi une force de proposition politique malgré la fraude massive au profit du candidat Mohamed Ould Abdel Aziz [le président largement réélu en juin 2014, NDLR]. Nous sommes la seule force d’opposition capable de le concurrencer.

Vous dénoncez donc une incarcération politique ?

Bien sûr ! Il s’agit d’une incarcération idéologique car nous menons une bataille contre les dogmes locaux et l’islam esclavagiste, sectaire et féodal incarné par le code noir et le code de l’esclavage. Ce système continue de régir les rapports entre les groupes sociaux en Mauritanie ainsi que les rapports de domination entre la minorité arabo-berbère et la majorité écrasante que sont les esclaves et anciens esclaves.

Après votre détention, comment comptez-vous poursuivre votre combat contre l’esclavage ?

Je ne changerai pas mon approche, l’IRA non plus. Je ne céderai pas à la peur. J’ai consacré ma vie à ce combat et j’ai fait le serment à Dieu et à mes compatriotes de le poursuivre. Je ne renierai jamais ce serment.

Notre approche est une lutte à mort contre le système esclavagiste et raciste qui régit la Mauritanie. Nous sommes des militants pacifistes mais nous ne ferons pas de compromis tant que la Mauritanie ne respectera pas les droits humains.

Serez-vous candidat à la prochaine élection présidentielle ?

Bien sûr, je serai candidat. Mes camarades et moi préparons l’élection de 2019 et travaillons sur le projet de société que nous présenterons aux Mauritaniens. J’incarnerai à nouveau ce projet.

Depuis votre libération, vous avez reçu de nombreux soutiens : ceux de l’Union européenne, de la France mais aussi des États-Unis, qui ont dépêché jeudi à votre rencontre leur ambassadeur Larry E. André à Nouakchott. Que vous a-t-il dit ?

L’ambassadeur des États-Unis m’a témoigné de la solidarité du gouvernement américain envers l’IRA et envers le combat contre l’esclavagisme et pour le respect des droits humains. Les États-Unis considèrent que l’esclavagisme perdure en Mauritanie et est un facteur d’instabilité. Ce soutien me va droit a cœur.

Crédit source : http://www.cridem.org