À Néma, deux annonces dont une floue et une bourde essentialiste sur l’esclavage.

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Mardi 3 Mai à Néma, ville de l’Est mauritanien, le Raïs mauritanien Ould Abdel Aziz a tenu un discours diversement commenté. À son arrivée, comme à l’accoutumée dans pareilles circonstances, il a eu droit à une parade folklorique dans cette capitale régionale où la prégnance tribale a joué sa partition clientéliste comme il se doit. Ensuite, le tombeur de sidioca  (Sidi Ould cheikh Abdallahi) dernier président civil élu démocratiquement en 2007, s’est exprimé aisément devant son public .
Parmi ses annonces, on retiendra la suppression du sénat par voie référendaire et la création des conseils régionaux. Le sénat serait une chambre superflue et inutile dans notre fonctionnement institutionnel pour tout le monde sauf les sénateurs. Ces derniers profitent d’un traitement lucratif et légal mais difficilement justifiable dans un pays dit pauvre. L’autre annonce concernant le projet de régionalisation, semble être vaguement émise, on attendra les critères de sa faisabilité et ses contours juridiques. Propose t-il la régionalisation selon le concept avancé par les ex-Flam (aujourd’hui  FPC) non reconnues aux dernières nouvelles..? Ou bien un processus de diversion et des divisions  qui meubleraient le microcosme politique au niveau local. Ce qu’on peut admettre facilement est que pour une fois un chef d’état mauritanien semble reconnaître comme bonne au moins dans le principe, une idée émise par les éléments d’un mouvement non reconnu et historiquement diabolisé. En étant sceptique et réservé sur le fond du concept proposé par M. Thiam Samba et ses amis , j’ai hâte de savoir s’il faut s’attendre à une  (r)évolution démocratique ou la fin d’une certaine Mauritanie, par celui proposé par le Raïs à Néma. Chez Mr Thiam, j’ose comprendre que le problème de la Mauritanie serait résolu par l’institutionnalisation des ensembles homogènes qui sous-entend de fait l’acuité de la prégnance tribalo-ethno-communautaire d’une manière décentralisée. De ce fait un régime de grands électeurs serait instauré sur la base de l’ordre tribalo-féodal qui régit officieusement toutes les communautés nationales , exception faite de la composante haratine pouvant être lésée concrètement alors qu’elle est la plus importante à l’échelle nationale. Croire à une Mauritanie juste et égalitaire pour les citoyens devrait avoir la primauté sur l’identification communautariste sur un territoire quelconque. S’il faut décentraliser, qu’il le soit comme mode de gestion d’un État central démocratique des citoyens et non des communautés et des tribus qui sont tout sauf démocratiques et égalitaires. Et si cet état azizien crée des conseils régionaux, on ne peut éviter le clientélisme politicard déjà bien rodé chez les élus locaux et les chefs coutumiers qui roulent dans leur écrasante majorité pour l’hôte du palais ocre à Nouakchott . Ainsi l’expression citoyenne par le Droit et le Choix sera noyée par les ayant droits par naissance sur le matériel et l’immatériel. Pour une régionalisation digne de ce nom, il faut avoir du contenu à la hauteur qui serait la plénitude de la CITOYENNETÉ d’abord.

La bourde présidentielle qui allait venir…!!

Encore à Néma, le Raïs a dit qu’il n’y a aucun prisonnier d’opinion dans le pays, en faisant allusion aux leaders abolitionnistes et anti-esclavagistes Biram Dah Abeid, président d’IRA-mauritanie et son vice-président Brahim Bilal Ramdhane derrière les barreaux depuis bientôt 2 ans. Et hop, la glissade sur la problématique de l’esclavage en Mauritanie, notre  sociologue de président du jour se hasarde en comparaison troublante. Désormais l’approche contratictoire entre le déni de l’esclavage et l’instauration de tribunaux spécialisés pour les faits d’esclavage, ne tient plus la route, et ses propres conseillers doivent être entendus enfin.

À Néma, il fallait trouver un autre angle d’attaque contre les esclaves et ceux qui vivent les conséquences de l’esclavagisme dissimulé dans les rapports sociaux. Le général pense que l’esclavage serait lié à une certaine forme d’irresponsabilité de certains qui font beaucoup d’enfants sans pouvoir les éduquer faute de revenus suffisants. On peut déduire que pour lui, les esclavagistes ont droit de conditionner à l’esclavage certaines personnes issues de milieux pauvres. Sa sortie hasardeuse sous cet angle clarifie le camp du pouvoir actuel entre ceux qui profitent de la misère sociale et les damnés se trouvant sans défenseurs. Nos cousins haratines savent qu’ils sont les cibles principales de la joute présidentielle. Dieu sait que nous ne sommes pas en 1916 mais en 2016, il y aura du répondant et il saura qu’il s’était trompé par cette bourde essentialiste sur ceux qui ont vécu et vivent une déstructuration de la part d’un ordre dominant qui peine à reconnaître ses torts. À Néma pour le président , l’existence de l’esclavage en Mauritanie est lié aux enfants non pris en charge par une couche sociale bien identifiée et qui en fait trop.
Notre prophète Muhammad (psl) n’a t-il pas dit qu’il suffit au musulman de minimiser son frère pour être dans le Mal”.

K.S

Le concept inédit de L’association Main Dans la Main:

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Ces derniers jours, peu auront raté les activités multiformes d’une association dénommée « Main Dans la Main » . De Nouakchott où s’est tenue leur rencontre de cette année, nous qui sommes loin du terrain, avons pu suivre le déroulé du programme via les réseaux sociaux notamment par leur page Facebook et les posts de certains chanceux participants. L’affiche de ce colloque, le 3 ème du nom est sans équivoque : LE COLLOQUE DE FRATERNITÉ. Le slogan en gras est « POUR UNE GÉNÉRATION DE FRATERNITÉ ». L’islam admis communément comme la religion de l’ensemble de la population mauritanienne, apparaît  en filigrane comme l’élément central qui inspire les motivations intimes des têtes pensantes de l’association. Et rien d’étonnant, car ce pays aux milliers d’ Ulémas, se définit comme une république islamique dont les enseignements islamiques seraient l’inspiration de tout ce qui se fait ou se défait à toutes les échelles. Sauf que connaissant cette Mauritanie sous l’angle politique, économique, sociale et culturelle, les appartenances tribales, ethniques, communautaires et statutaires par castes sont les vraies références exclusivistes au détriment des valeurs fraternelles promues par l’Islam. Habituellement, ce dernier est mis à toutes les sauces réthoriques tenues par certains milieux politiques, intellectuels et religieux croyant que le Dire fait magiquement le Vivre. C’est ainsi que certains mots-notions bien connus dans le langage du politico-religieusement correct, comme la Concorde, la Cohésion, l’Entente ou la Cohabitation, qui sont automatiquement eux aussi suivis de deux qualificatifs spéciaux, Social et Historique. De ce fait, toutes les revendications légitimes réclamant fermement plus de Justice sociale et politique en dehors des schémas habituels admis par le tribalo-féodal, tombent sous l’anathème de voix autorisées. Le paradoxe est saisissant entre le Réel vécu et les discours policés et bienveillants tenus au nom de la religion commune.
Conscients très certainement de cette situation ambivalente et ambiguë, les responsables de l’association « Main Dans la Main » peuvent être crédités d’une sincérité par leurs initiatives inédites. Cette association décide de faire Vivre les valeurs islamiques au delà du simple Dire. À suivre de l’extérieur, j’ose affirmer qu’elle ne s’active pas que par du symbolique, car des séances de fraternisation se font au sein de la base militante parmi laquelle toutes les composantes nationales sont présentes. Nous avons vu au cours de ce colloque plusieurs intervenants très divers sur la tribune qui est à  l’image du public. On constate l’absence de l’effet élitiste autour d’une figure politique ou religieuse, mais la seule Star serait la diversité qui fraternise en VRAI et par la VÉRITÉ dite sur nos réalités. Tout le monde a eu ses MOTS (MAUX) à dire afin d’interpeller les Consciences des uns et des autres. De l’humanitaire engagé au poète en passant par le responsable abolitionniste, sans oublier le Cheikh auteur d’une Fatwa invalidant « l’esclavage mauritanien » , le journaliste patriote, l’intellectuel désintéressé, la compatriote engagée dans la sphère sociale et surtout l’imam sincère, on aura vu en quelques jours que les murs invisibles entre nous sont franchissables . Tout gouvernant soucieux du bien de son peuple pourrait s’inspirer d’un tel procédé à l’échelle nationale sans le carcan pollué policard, afin de fonder un État-nation. Dans ce colloque, tout formalisme religieux ne semble pas prendre le pas parce que la Valeur fraternelle et tolérante permet l’échange facile et libre. Je dirais que sur cette lancée, cette association pourrait participer amplement à l’édification d’une Mauritanie plus mauritanienne par la plénitude du DROIT et moins tribalo-féodale par le clientélisme politicard.

J’y crois fermement. Insh’Allah.

Salam.

K.S

17-03-2016 16:30 – Hamady Lehbouss, conseiller du président d’IRA, dans une interview exclusive : « Malgré la séquestration honteuse et arbitraire de nos dirigeants, nous continuons à poursuivre nos objectifs, à lutter contre l’esclavage sous toutes ses formes »

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Le Calame : Votre organisation
connaît, depuis quelques temps, une forte crise dont le départ de Saad ould Louleïd serait une des principales manifestations. Qu’est-ce qui a pu réellement motiver ce divorce et quelles en sont les motifs ?

Hamady Lehbouss : Une forte crise ? Je n’ai pas la même appréciation que vous. IRA-Mauritanie est une organisation bâtie sur des principes conformes aux valeurs universelles de droit et de justice, garantes de la dignité humaine.

Notre ex-camarade auquel vous faites allusion tenait, depuis quelques temps, un discours contraire à ces valeurs. Ayant ainsi rompu notre serment, il ne pouvait plus faire partie de notre organisation. C’est aussi simple que cela. Il a été exclu selon les règles prévues par notre règlement intérieur.

– Dans ses dernières interventions, Saad a accusé le président Biram d’utiliser IRA pour des ambitions personnelles. Que répondez-vous à ces graves accusations ?

– Très vieille antienne qui nous a été servie un grand nombre de fois. D’autres avant lui ont essayé de nuire à IRA-Mauritanie, en s’attaquant au président Biram Dah Abeid : vous êtes témoins, comme tous les observateurs, de leur échec lamentable.

Notre organisation a un mode de fonctionnement démocratique, ses instances nationales et locales, à l’intérieur du pays comme à l’étranger, fonctionnent efficacement. Nous réussissons à abattre, sans aucune subvention, un travail colossal que des formations politiques ou de la société civile dotées d’importants moyens ne peuvent réaliser. Notre démocratie en interne est la base de notre réussite.

– Après seize mois d’emprisonnement de ses deux premiers responsables (Biram Dah Abeid et Brahim Bilal Ramdhan), comment fonctionne l’organisation ?

– Comme vous avez pu le constater sur le terrain, nous nous portons bien. Malgré la séquestration honteuse et arbitraire de nos dirigeants, nous continuons à poursuivre nos objectifs, à lutter contre l’esclavage sous toutes ses formes, à exiger que la terre soit octroyée à ceux qui l’ont toujours cultivée.

Nous avons un Bureau Exécutif (BE), formé de secrétariats nationaux qui exécutent notre programme d’activités, conformément à nos orientations et notre objectif de déconstruire le système de domination, basé sur le privilège de naissance en vigueur en Mauritanie.

La coordination de Nouakchott, à l’image de celles des régions de l’intérieur, supervise les activités des sections dont les résultats sont bien visibles. Toutes nos structures fonctionnent correctement, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Non seulement, nous comptons, aujourd’hui, beaucoup plus de militants et de sympathisants qu’il y a seize mois, mais nos soutiens à l’étranger vont, aussi, en croissant, en nombre et en qualité.

Loin d’avoir décapité IRA ou de l’avoir réduite au silence, l’épreuve qu’impose le régime à nos dirigeants ne fait que nous renforcer, en démontrant que les militants de notre organisation, notamment ses plus hauts dirigeants, sont prêts au sacrifice de leur liberté et de leur quiétude, pour atteindre leurs objectifs. C’est assez rare, dans le paysage politique mauritanien, pour être souligné.

– Le prix Tulipe que votre organisation vient de remporter est doté de 100.000 euros. L’organisation reçoit aussi beaucoup de subventions et de dons. Comment gérez-vous ce pactole?

– Nous n’avons jamais eu de pactole à gérer. Nous n’avons jamais été subventionnés, les dons que nous recevons sont ceux des militants et de sympathisants, ils sont maigres.

Toutes ces semaines, quand nous avons des militants blessés, pendant les marches hebdomadaires de protestation que nous organisons contre la poursuite de la détention de nos leaders, nous avons du mal à réunir les quelques sous nécessaires pour leur prise en charge médicale aux urgences de l’Hôpital national. Quant au Prix Tulipe, nous attendons encore de savoir ce qu’il va nous apporter matériellement.

Vos lecteurs ne le savent peut-être pas mais l’utilisation de l’argent de ce genre de prix, parce que c’est à cela que vous faites allusion, est supervisée par les instances officielles du prix. Il ne s’agit pas d’un « pactole » à dépenser. Plus que l’argent, le Prix Tulipe nous apporte visibilité, crédibilité et consistance internationale. Il est le fruit de la diplomatie d’IRA et IRA ne compte pas s’en tenir là.

IRA-Mauritanie n’est pas une histoire d’argent. Ceux qui en veulent pour leurs poches savent la direction à prendre et les portes auxquelles il faut frapper.

IRA-Mauritanie est une idée, une dynamique de résistance contre les segments féodaux, esclavagistes et rétrogrades promoteurs du système raciste qui continue à ne voir de place, pour les Haratines en Mauritanie, que celle d’esclaves réduits à la pauvreté, exclus de tous les cercles de pouvoirs, à l’instar de leurs compatriotes peuls, soninkés, wolofs et bambaras, tout comme des castes marginalisées chez les Maures.

IRA-Mauritanie est un choix, ferme et résolu, d’être aux côtés de toutes les victimes, quelles qu’elles soient, de violations de droits humains. Nous soutenons, surtout, les veuves, les orphelins et toutes les victimes de la tentative de génocide contre les Négro- mauritaniens, les soutenant ainsi dans leur légitime exigence de vérité, de justice et de tous les droits qui en découlent.

Nous continuerons à nous battre pour le droit, inaliénable, à la propriété foncière des esclaves et anciens esclaves, sur des terres qu’ils travaillent aujourd’hui et que leurs ancêtres ont travaillées hier. D’où notre décision d’annoncer l’édition 2016 de la Caravane contre l’esclavage foncier et les expropriations foncières que nous organiserons cet été.

– La Mauritanie passe, dans quelques jours, son examen périodique à Genève. Le pouvoir n’a pas lésiné sur les moyens, en envoyant ses organisations et ses hommes, munis de moyens substantiels, en vue de défendre les politiques et approches officielles en termes de droits de l’Homme, notamment de lutte contre l’esclavage. Comment se prépare la riposte ?

– Nous sommes au courant de la machinerie que les autorités esclavagistes de Mauritanie ont mise en branle, pour la rencontre de Genève, mais, pour la horde des laudateurs, ce sera peine perdue, c’est évident.

Et ce ne sera pas une première : le régime esclavagiste mauritanien a toujours perdu, sur la scène internationale, par rapport aux questions de droits humains, en général, et, en particulier, par rapport à la problématique de l’esclavage. Quoiqu’il s’y s’emploie, avec beaucoup d’efforts et de moyens, il n’a jamais réussi à tromper la Communauté internationale qui exige, tout simplement, qu’on applique, en Mauritanie, les lois contre l’esclavage.

C’est, je le rappelle, la raison d’être d’IRA-Mauritanie : faire appliquer la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes. La position des Nations Unies est claire à ce propos. Lors de sa visite, la semaine passée, à Nouakchott, monsieur Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, a rappelé que les pratiques esclavagistes n’avaient plus de place, dans notre monde actuel, que la Mauritanie gagnerait beaucoup à appliquer les lois criminalisant l’esclavage, et à impliquer, en ce sens, les défenseurs des droits humains.

N’est-ce-pas, là, un désaveu des autorités mauritaniennes, par la voix la plus autorisée de la Communauté internationale ? C’est bien l’ONU qui a décerné, à Biram, le Prix 2013 des droits de l’homme, prix qu’il partage, dans l’Histoire, avec Nelson Mandela, Benazir Bhutto et Taha Hussein.

– Après le départ de Saad ould Louleïd et quelques autres, peut-on dire que votre organisation est divisée ?

– Pas du tout. IRA a existé avant Saad et, je vous l’assure, elle lui survivra ! IRA en a vu d’autres. Le départ d’un militant, après qu’IRA-Mauritanie ait prouvé sa propre efficacité, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, ne peut, en aucun cas, diviser notre organisation. Bien d’autres nous ont quittés, par le passé : les autorités se sont empressées à leur délivrer des récépissés, pour animer des organisations concurrentes à la nôtre.

Où sont ces organisations présentement ? Nous comptons, aujourd’hui, quatre récépissés de ce genre, leur sort est connu. Cela a été, pour nous, de petits incidents de parcours, des épiphénomènes sans importance, le « train IRA » roule, roule et roulera encore, jusqu’à la déconstruction, totale, du système de domination en vigueur en Mauritanie et le recouvrement, complet, de la dignité des Haratines.

– Selon Saad ould Louleïd, IRA est prise en otage par un groupe de négro-africains. Quels commentaires cette déclaration vous inspire-t-elle ?

– « Argumentation » des plus lamentables. IRA-Mauritanie est une organisation équilibrée et sereine. Ce genre d’attaques nous laisse indifférents, notre combat n’est pas contre les individus, mais contre le système ! Nous comptons, dans nos rangs, toutes les composantes du pays et nous restons ouverts à tous.

– Certains accusent IRA de tout instrumentaliser, comme dans la dernière affaire de l’école Nessiba, pour poser des problèmes au pouvoir en place. Ne trouvez-vous pas qu’il est dangereux de trop tirer sur la fibre communautaire ?

– Sur cette affaire de l’école Nessiba, IRA-Mauritanie n’était pas seule, même si elle a été l’organisation la plus visible. Les faits sont malheureusement têtus : les autorités ont refusé aux enfants de participer à une compétition sportive (football) au Golfe, parce qu’ils sont exclusivement noirs et ne sauraient être les dignes représentants du système arabo-berbère. Vous avez suivi les arguments des autorités ? Ils sont vraiment légers.

– Votre organisation considère que la composante harratine subit un véritable racisme d’Etat. Quelles en sont les principales manifestations ?

– Si l’esclavage a existé, par le passé, chez toutes nos communautés nationales, les Haratines restent les seuls à subir, encore aujourd’hui, sa forme traditionnelle (par ascendance), avec son corolaire d’agissements ignobles. Ces pratiques d’un autre âge perdurent, du seul fait de la complicité des autorités du pays, par leur refus de faire appliquer la législation contre l’esclavage.

Les Haratines (esclaves et anciens esclaves) forment près de la moitié de la population nationale. Ils sont pourtant exclus de tous les cercles de pouvoirs (politique, judiciaire, policière, militaire et économique).

Mis en place depuis l’indépendance du pays, l’Etat arabo-berbère a fondé sa légitimité sur une prétendue supériorité numérique de la « composante arabe », utilisant les Haratines pour faire nombre mais, au moment du « partage » des biens et des postes de direction, « on » oublie, sciemment, la prétendue arabité des Haratines. Du racisme d’Etat.

Faites un tour dans les quartiers les plus pauvres des grandes villes de Mauritanie. Allez au Port de l’Amitié. Patrouillez dans les beaux quartiers de Nouakchott et observez ceux qui assurent le gardiennage des chantiers de belles villas en construction. Tournez à l’intérieur du pays et relevez la nature des habitants des villages les plus pauvres… vous trouverez qu’ils sont, tous, des Haratines.

Comment expliquer cette aberration statistique, autrement que par l’esclavage ? Qui sont ces petits garçons, ballotés à longueur de journée sur le dos d’ânes rachitiques, qui distribuent les fûts d’eau ? Qui sont les petites bonnes à tout faire ?

– Quelle est la situation, en Mauritanie, des droits de l’homme, en général, et, en, particulier, de l’esclavage ?

– La situation des Droits humains est catastrophique, au plan général. Tous les rapports produits par les différents rapporteurs spéciaux des Nations Unies font état d’absence de progrès ; les recommandations formulées, à l’issue de l’examen périodique de Décembre 2015, à Genève, sur la Mauritanie, prouvent clairement le manque de volonté des autorités à améliorer la situation.

Les esclavagistes continuent à être tolérés par les autorités qui envoient, à la place des criminels, les défenseurs des Droits humains en prison, avec des peines très sévères. La situation des droits humains est telle que beaucoup ont préféré s’exiler (Wlad Leblad…)

– Selon certaines informations, Biram Dah Abeid et son vice-président Brahim Bilal Ramdhan font l’objet de beaucoup de pressions des autorités mauritaniennes, pour accepter d’introduire une demande de liberté provisoire après seize mois de détention. Qu’en est-il vraiment ?

– La place des présidents Biram Dah Abeid et Brahim Bilal Ramdhan est parmi nous. Ce sont des pères de famille qu’on soustrait à l’éducation de leurs enfants et l’entretien de leur foyer. Leur place est dans leur famille. Ils sont en prison pour leurs convictions, pour avoir dénoncé l’esclavage foncier et les expropriations foncières. Ils en ont apporté la preuve. Nous ne marchanderons jamais sur nos principes, nos leaders sont innocents, ils sont injustement emprisonnés, ce que les autorités doivent faire, c’est les libérer, sans contrepartie ni chichi.

– Considérez-vous, après coup, que la participation de Biram Dah Abeid, à l’élection présidentielle de 2014, fût une erreur de parcours ?

– La participation du président Biram Dah Abeid à l’élection présidentielle passée fut très riche en enseignements pour nous. Cela reste une action humaine, avec des imperfections mineures qui pourraient être améliorées, s’il nous revenait à la rééditer. Aux yeux de l’opinion publique internationale et aussi à nos yeux, Ould Abdel Aziz maintient en prison son principal challenger.

Propos recueillis par Sneiba El Kory

Source crédit : http://www.cridem.org

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L’émission OLAADANI : l’interview vérité d’un journaliste soninké

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26-01-2016 10:36 – Mauritanie: « Les négro-africains sont liquidés», Samba Thiam-FPC

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Alakhbar – «…Le deuxième type de tension que le découpage de la Mauritanie en quatre régions pourra résoudre c’est la question ethnique. Aujourd’hui les négro-africains sont liquidés, ils n’existent plus dans le gouvernement. Or si on assoie la décentralisation sous cette forme-là les négro-africains se sentiront moins frustrés. La tension interethnique va être limitée», a déclaré Samba Thiam, président des Forces Progressistes. (Interview).

Alakhbar : Vous avez dit, en conférence de presse, que le Ministre de l’Intérieur n’a pas répondu à la lettre de la Cour suprême relative à votre recours après le rejet de la demande de reconnaissance des FPC. Comment expliquez-vous ce silence ?

Samba Thiam : Le Ministère de l’intérieur n’a pas répondu à l’injonction de la Cour suprême parce que tout simplement il manque d’arguments. Le Ministère n’a pas suffisamment d’arguments solides et crédibles pour étayer sa thèse. À moins que l’Etat ne se sente pas comme tel et que le plaignant, quel qu’il soit et en tant que citoyen, est écrasé.

Alakhbar: Aujourd’hui, vous retournez vers la Cour suprême pour qu’elle tranche le contentieux. Avez-vous confiance en cette Cour?

Samba Thiam : Nous accordons le bénéficie du doute à la Cour suprême, même si nous savons le degré de rapport entre notre justice et le pouvoir exécutif. La Cour suprême droit trancher entre les deux parties: les FPC et le Ministère de l’Intérieur. L’une a suivi normalement et régulièrement les textes. L’autre a transgressé les textes. Il faut que la Cour suprême tranche le contentieux. C’est ce que nous demandons. Rien de plus.

Pourquoi les FCP parlent de « deux poids deux mesures » après la reconnaissance par le Ministère de l’Intérieur d’un nouveau parti: Alliance Nationale Démocratique ?

Samba Thiam : Pour ce qui est de la demande de reconnaissance des FPC, le Ministère de l’Intérieur a donné sa réponse de manière voilée à travers deux articles. L’article 6 de l’ordonnance qui régit les partis politiques et l’article 11 de la Constitution pour dire que les FPC ne répondent pas aux dispositions de parti politique.

En deux mots, ils veulent dire que nous sommes un parti ethnique. Mais comment peut-on expliquer les images de ce nouveau parti diffusées à la télé et qui n’ont montré que des Arabo-berbères. On n’a pas vu de Négro-africains. Et puis, nous, les FPC, avons nos propres arabes dans notre parti. Le ministre de l’Intérieur l’a constaté dans le dossier.

Alakhbar: N’êtes-vous pas un parti ethnique ?

Samba Thiam : Pas du tout. Toutes les formations politiques mauritaniennes sont des partis à dominante. Voilà la réalité. Le RFD, Tawassoul et ADIL sont des partis à dominante arabo-berbère. Et le MPR, et l’AJD/MR sont à dominante négro-africaine tout comme les FPC. Oui, on peut retrouver des Arabes et des Négro-africains au sein des partis politiques mauritaniens, mais les dominantes restent un peu la manière dont ces partis sont constitués.

Hier, ce parti nouvellement l’a montré de manière pire ! On n’a pas vu de Négro-africains avec eux. On nous accuse, nous, d’être atteints de gale et d’autres individus qui montrent les mêmes signes les mêmes symptômes ne sont pas frappés et sont reconnus.

En vérité, le régime du Président Ould Abdel Aziz veut saper l’opposition crédible. Toute opposition qui veut être une vraie opposition il n’en veut pas; il faut la casser. En revanche, il accorde et crée toute opposition prête à le soutenir. Vous avez l’exemple du parti des jeunes, un parti satellite à l’image de cette nouvelle formation politique que le Ministère de l’Intérieur vient de reconnaitre.

Alakhbar : Monsieur Thiam, on ne vous entend plus parler d’autonomie. Cela était-il une simple idée passagère ?

Samba Thiam : C’est notre position. Nous continuerons à la maintenir et à la préconiser. C’est dans l’intérêt de la Mauritanie. Le découpage du pays en quatre grandes régions règlera deux types de tension. La première: c’est au niveau tribal chez les Arabo-berbères.

Toutes les tribus veulent être au gouvernement, ce qui n’est pas possible. Mais en leur donnant un espace où elles pourront s’exprimer on réduira les frustrations. Le deuxième type de tension que ce découpage pourra résoudre c’est la question ethnique. Aujourd’hui, les négro-africains sont liquidés, ils n’existent plus dans le gouvernement.

Or si on assoie la décentralisation sous cette forme-là les négro-africains se sentiront moins frustrés. La tension interethnique va être limitée. Parce que nous aurons notre propre région à gérer. Donc l’autonomie est une solution, de mon point de vu, pour pacifier et développer la Mauritanie.

Alakhbar : mais « autonomie » ne veut-elle pas dire « indépendance du sud de la Mauritanie », comme vous accusent certains ?

Samba Thiam : Pourquoi ce ne serait pas l’indépendance d’Atar plutôt que celle du sud de la Mauritanie ! Cela est un non sens. C’est plutôt un projet qui couvre l’ensemble du territoire qui permettra en même temps à la Mauritanie de préserver son unité.
Aussi, le gouvernement central restera unique et gardera les attributs de souveraineté comme l’armée, les relations internationales, les télécommunications, etc. le reste sera généré au niveau des régions.

Crédit source : http://www.cridem.org

Nous vous proposons l’entretien avec Lassana Camara, le fondateur et rédacteur en chef de MauritanieFootball.com.

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Monsieur Lassana Camara, le natif de Dafort dans le Guidimakha nous a accordé un entretien en ce début d’année 2016. L’ancien arbitre en CFA en France, est une figure connue du paysage de la COM sportive de son pays, la Mauritanie. Cet amoureux du ballon rond dès son jeune âge, est un habitué des émissions sportives de l’audiovisuel, notamment sur Africa 24 et RFI.

Ci-après notre entretien.

Soninkidees-jose : Bonjour Lassana Camara.

Lassana Camara :Bonjour , merci de m’avoir donné la parole pour m’exprimer à travers votre publication.

S-jose: vous êtes le fondateur et rédacteur en chef du site http://www.mauritanieFootball.com, pourriez-vous nous parler brièvement de votre parcours lié aux activités sportives, et au football en particulier…?

Lassana Camara : J’ai commencé mon parcours sportif comme Arbitre de football à travers le Tournoi du Guidimakha Nord en 1998  , à la fin du tournoi , on m’a élu meilleur Arbitre de l’édition et parallèlement , j’étais aussi entraîneur adjoint de l’équipe de foot de mon village (DAFORT),
C’est à Dafort ou tout a commencé pour moi, depuis lors la passion du football a pris le dessus sur tout dans mon cœur. Quand je suis arrivé en France , j’ai fait un concours pour devenir Arbitre au District de l’Essonne à Brétigny-sur-Orge par la suite , j’ai franchi les paliers départemental ,régional à la Ligue de Paris Île de France jusqu’ à l’Avenue de l’Iena (Siège de la Fédération Française de Football à l’Époque) ou j’ai arbitré en CFA .Après je suis passé à autre chose en créant su le banc de l’Université d’Evry , le site Mauritaniefootbal.com  en Octobre 2007 ,afin de promouvoir le football mauritanien , à nous faire sortir mauritanien du complexe d’infériorité face aux pays voisins et face aux exigences mêmes de la pratique sportive, à utiliser la pratique sportive à des fins éducatives et sociales.

S-jose : Mauritaniefootball.com paraît être l’une des vitrines médiatiques qui accompagnent l’émergence du football mauritanien à l’échelle continentale, voire internationale, aujourd’hui quelle lecture faîtes vous de la couverture médiatique des rendez-vous sportifs en Mauritanie..?

Lassana Camara : Avant l’avènement de Mauritaniefootball.com , il était difficile de suivre l’actualité du foot mauritanien et on se demandait même s’il y a des footballeurs mauritaniens dans le monde, Aujourd’hui on peut dire que le site a engendré à susciter des vocations, On peut parler maintenant d’un espace sportif mauritanien, Tout le monde s’y intéresse et c’est çà notre première victoire,

S-jose : vous êtes un connaisseur affûté du football mauritanien, s’il y a un secret de la subite embellie de l’équipe nationale, quel serait-il..?

Lassana Camara : La qualification au CHAN 2014 a été le déclic indéniable mais Mauritanie football a joué une énorme partition a vendant le produit « foot mauritanien » à travers des articles , des portraits depuis des années. Voir  la Mauritanie vaincre l’Afrique du Sud , faire jeu égal avec le Cameroun à Douala, se dire qu’on peut se qualifier pour la CAN 2017, c’est là , qu’on mesure le chemin parcouru.
Il n’y a pas de secret , il faut travailler et depuis l’arrivée de la nouvelle fédération , il y a au moins l’envie de faire quelque chose de bien ,d’organisé et de structuré. Ne faut pas s’attendre à des résultats extraordinaires tout de suite , il faut construire les victoires demain à travers la formation , nous avons comme devoir de préparer la jeunesse à affronter les exigences du sport de haut niveau. On doit aussi se débarrasser des idées reçues , les footballeurs mauritaniens ont des qualités et des faiblesses comme tout autre joueur.

S-jose : pouvez vous nous parler des relations entre les autorités politiques et les instances sportives en Mauritanie..?

Lassana Kamara : L’État mauritanien semble comprendre qu’aider le mouvement sportif a une portée politique et de là , les autorités se sont engagés à prendre en charge les frais liés à la gestion de l’équipe nationale. C’est très important , une équipe nationale de foot , c’est comme une armée , elle défend la patrie ,donne une bonne image à un pays , un résultat sportif donne de la publicité gratuite au pays.
C’est à la Fédération de ne pas trahir , cette soudaine prise de conscience , cette nouvelle donne.

S-jose : le football ou le sport en général peut-il jouer un rôle particulier à la cohésion nationale  d’un peuple comme le nôtre. .?

Lassana Camara : On a l’habitude de dire qu’un match de football est une vie humaine condensée en 90 munites. Seul des résultats sportifs peuvent unir les mauritaniens , quand l’équipe nationale joue , on oublie les problèmes de couleur ,de race ,de dynastie pour se mettre à l’unisson. Il faut que l’esprit sportif prévaut en Mauritanie , les valeurs qui véhiculent la pratique sportive guident nos actions au quotidien. Le sport peut être un ciment sociétal et un pays comme la Mauritanie a besoin de ce ciment pour construire les autoroutes de la cohésion sociale , les ponts du vivre ensemble et les maisons d’un destin national commun.

S-jose : l’édition 2015/2016 du tournoi inter – villageois à dominance soninké  organisé à Nouakchott, vient d’être débutée, pouvez vous nous faire un bref historique de la genèse de ce rendez vous annuel sur le calendrier sportif. ?

Lassana Camara : L’organisation de ce tournoi est une réussite sportive ,culturelle et humaine. Organiser un événement de cette ampleur  depuis 2002 avec peu de moyen structurel ,c’est grandiose.
Beaucoups de joueurs de l’équipe nationale de Mauritanie d’aujourd’hui ont joué ce tournoi comme Adama Ba qui  a joué avec Sélibaby , pièce maîtresse de la sélection mourabitoune qui évolue  à Auxerre (Ligue 2 ,France) , Moussa Bagayogho , le capitaine des Mourabitounes au CHAN 2014 a joué aussi avec Sélibaby. On peut parler d’Ismaël Diakhité qui a chaussé les crampons avec son village (Hassi Bagra) , qui met ses compétences au service d’un club saoudien Al NAHDA après avoir évolué en Tunisie

S-jose : pour finir, quelles sont les perspectives de MauritanieFootball.com pour ce début 2016 et dans l’avenir lointain ..?

Lassana Camara : http://www.mauritaniefootball.com va s’adapter aux exigences de ses lecteurs , après avoir mis en place une Application téléchargeable sur tous les mobiles , nous allons travailler à être toujours plus proche de l’internaute avec plus d’images, plus de vidéos et plus d’interactivité. Mauritaniefootball.com appartient à tous les passionnés de football.

S-jose : Nous vous remercions d’avoir répondu à nos questions, et bonne continuation dans vos projets.

Propos recueillis par K.S pour soninkideesjose.wordpress.com

Regardez « olaadani avec Dramane Camara 16 10 2015 » sur YouTube

L’émission Olaadani en soninké :

À écouter attentivement l’intervention de Kamara Dramane, le membre de la commission des concours en Mauritanie.

SoninkIdees-J’ose by K.S

En exclusivité, l’interview-vérité de la militante d’IRA-Mauritanie, Mariem Cheikh Dieng.

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Ce Mardi 30 juin 2015, notre blog Soninkideesjose.wordpress.com a rendez-vous avec la militante d’IRA-Mauritanie, Mariem Cheikh. L’entretien avec la native de la ville minière Zouerate a été très instructif. En effet l’ex-détenue abolitionniste nous a accueillis à quelques heures de son départ pour Bruxelles, au coeur de Paris pour l’interview qui suit… Bonne lecture. Seule la vérité est révolutionnaire.

Soninkidees-J’ose: Bonjour Madame Mariem Cheikh

Mariem Cheikh: Bonjour

S-jose: nous vous remercions d’avoir accepté notre rencontre, pourriez-vous parler brièvement de votre biographie ainsi que votre engagement abolitionniste en Mauritanie ?

MC: je m’appelle Mariem Cheikh samba Dieng, née en 1983 à Zouerate. J’ai des parents conscients de la condition des Haratines en Mauritanie, mon père militait dans le mouvement ElHor, l’ancêtre de tous les mouvements abolitionnistes et anti-esclavagistes, AC, S.O.S Esclaves et d’autres.
J’étais très tôt confrontée à certains comportements bizarres de mon maître en deuxième année de l’école primaire à Zouerate. La première bizarrerie était que les élèves de ma classe avaient été divisés en deux rangées, l’une composée de haratines et autres, et l’autre de arabo-berbères ( Maures) et en donnant comme motif la différence de niveaux . Notre maître de l’époque était arrivé en fin de premier trimestre de l’année scolaire.
La deuxième bizarrerie m’avait visée personnellement, un jour quand le maître rendait nos notes, il commença par ma note, la première de la classe, mais par mon Mariem Cheikh, il sembla être surpris me voyant lever la main. Il s’attendait que ce nom soit porté par une petite mauresque, et finalement ce jour les notes n’avaient pas été distribuées. Le lendemain, il donnait les résultats en m’attribuant la quatrième note de la classe. Je faisais appel à mon père qui était arrivé à l’école, chez le directeur pour constater mon cas. Cet incident causa un mini-tremblement parmi les enseignants, et notre maître arguant qu’il s’était trompé, subissait un coup d’alerte. Alors le temps passant , j’ai pris conscience que l’engagement devenait un impératif vital, tout en pensant à l’écrasante majorité des Haratines dont les enfants ont peu de chance d’aller à l’école par un suivi parental et consciencieux.
Ceux comme moi dont les parents très soucieux quant à l’avenir de leur progéniture, sont bloqués et brimés dans le système éducatif, les autres enfants déshérités vont se trouver dans le néant et resteront dans les mêmes conditions de dépendance vis à vis de leurs maîtres.

S-jose: Quelles sont les dernières nouvelles sur le cas judiciaire de prisonniers d’Aleg, le président Biram Dah Abeid, Brahim Bilal et Djiby Sow en Mauritanie…???

MC: je pense que vous êtes au courant que le camarade Djiby Sow souffrant , président de Kawtal a bénéficié d’un élargissement provisoire, pour le reste, le dossier judiciaire de nos leaders n’a pas suivi un circuit normal dès le départ après leur transfèrement à la prison d’Aleg pour des motifs obscurs. Le président Biram Dah Abeid est un homme du Droit, et ils refusent tout jugement en appel en dehors de la circonscription judiciaire d’origine, c’est-à-dire à Rosso ou Nouakchott.

S-jose: quel est l’objet de votre voyage en Europe ces derniers jours…. ???

MC: Mon voyage rentre dans le cadre de la sensibilisation des opinions européennes sur le cas de la Mauritanie en matière des droits humains .
À travers nos partenaires de la société civile et des humanistes soucieux, nous comptons interpeller les autorités européennes qui traitent avec la Mauritanie, afin d’allier leurs coopérations économiques aux problématiques des droits humains. J’estime que certains pays européens ne sont pas étrangers historiquement à ce qui se passe dans nos pays. Par exemple, la France coloniale avait bien pactisé avec les milieux dominants, qu’elle n’avait pas suffisamment oeuvrer pour une véritable abolition des pratiques esclavagistes dans les faits. En 1960, comme bien avant, les autorités coloniales savaient que l’écrasante majorité des Haratines était sous le joug esclavagiste arabo-berbère et nous vivons les conséquences directes de cette situation inhumaine aujourd’hui. Donc une certaine complicité de la France est à souligner dans ce sens, ce qu’on doit diffuser auprès de la société civile européenne.

S-jose: selon vous, pourquoi les autorités mauritaniennes refusent toujours d’écouter le discours de la mouvance abolitionniste dont IRA qui se proclame pourtant pacifiste… ???

MC: l’Etat mauritanien s’est construit autour d’un système Maure où ce sont les tribus qui s’approprient du Bien commun pour partager au nom d’un prestige familial. Ils sont extrêmement minoritaires mais détiennent le coeur fonctionnel du pays, et ils veulent s’accrocher à cette situation injuste à l’endroit des autres composantes comme la seule norme qui vaille. Tous ceux qui s’activent courageusement contre leur projet inique, par un discours de vérité sont taxés d’extrémistes. L’IRA paie par des sacrifices dans tous les domaines, son engagement pacifique, véridique et ferme. Les autorités veulent nous diaboliser mais, avec le temps tout le monde constate que c’est à partir des soutiens du système que le diable surgit, avec ces Ulémas qui sont bousculés dans leurs certitudes sur l’esclavage en Islam.
Je tiens à vous signaler un détail technique sur les nouvelles cartes d’identité dites biométriques, le document est en couleur sauf la photo, un détail qui n’est pas anodin. Les manœuvres de ceux qui pilotent le fichier démographique, sont entre autres de faire une confusion certaine sur le poids démographique des uns par rapport aux autres. En effet par les noms uniquement, on confond les haratines avec les arabo-berbères alors que la photo en couleur aurait pu les différencier facilement. C’est une manigance venant des milieux suprématistes arabo-berbères pour gonfler leur nombre à tort, car sur la carte d’identité issue du recensement de 1998, la photo était en couleur, pourquoi celle de 2010 est en noir et blanc…???

S-jose: quels conseils donnez-vous aux activistes de la diaspora mauritanienne en France… ???

MC: d’abord je salue votre courage avec les manifestations et les sit-in que vous faites ici. je ne suis pas d’avis de ceux qui pensent que l’engagement c’est sur le terrain au pays seulement, mais le travail fait par la diaspora compte énormément à l’international. Vous devez redoubler de motivation afin d’interpeller par vos contacts les ONG et les associations dans vos pays d’accueil. Vous devez éviter les clivages inutiles aux relents communautaristes qui ne profitent à personne finalement. Essayez de ne pas gratter l’histoire pour légitimer ou délégitimer en s’accusant les uns les autres pour le leadership, car Dieu sait historiquement, que chaque communauté peut titiller une autre sur quelque chose. Par exemple les haratines ont vécu l’esclavage depuis des siècles dans cette zone bien avant l’arrivée des colons, mais leur sort n’intéressait pratiquement personne afin de les défaire de ce joug psychologique et physique de l’esclavage. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire partout.

S-jose: une femme engagée a-t-elle des difficultés particulières dans la défense des droits humains en Mauritanie… ???

MC: au début avec l’émergence féminine dans l’activisme abolitionniste, les autorités nous ont visées par la violence physique lors des manifestations, cela nous a plus donné de la détermination. J’ai été emprisonnée après l’affaire de Rosso concernant nos leaders, le pouvoir pensait nous intimider par la force, mais peine perdue. Sur le plan professionnel, je paie sans doute mon activisme, car j’aurai peu de chance de trouver emploi même par concours d’état, et dans le privé même pas dans mes rêves.

S-jose: nous arrivons à la fin de notre interview, nous vous souhaitons un bon voyage et du courage.

MC: Merci, je vous remercie.

Propos recueillis par Kundu Sumare

Paris, le 30/06/2015
SoninkIdees-J’ose