28-01-2018 15:10 – Projet de régionalisation du Gouvernement mauritanien; Que faut-il en penser? Par Samba Thiam

Samba Thiam – Ce projet(*) est , manifestement, un plagiat grossier de l’Autonomie des FPC, au moins dans sa forme.

En effet, il retient :

-4 grandes zones à vocation économique spécifique,

– Un statut particulier pour Nouakchott et Nouadhibou,

– 2 organes – législatif et exécutif-, des compétences importantes pour ces régions,

– la dissolution du Sénat (décidée dès 2006 par nos instances ), tel est le format du projet d’Autonomie des FPC ; repris en copié-collé dans ce projet de régionalisation du gouvernement.

Différences, toutefois, dans le redécoupage précis des zones. Pour les FPC, l’Assaba – à vocation pastorale – est rattachée aux deux Hodhs, la vallée du fleuve –à vocation agricole-, constituée du Guidimakha, du Fuuta et du Waalo Barack, et dans le même ensemble le Trarza le Brakna et le Tagant, dernière zone, l’Adrar-Tiris pour le Nord. Le Gouvernement en optant pour l’émiettement de la vallée du fleuve, semble –t-il, c’est -à -dire en ne prenant pas en compte les aires culturelles homogènes, existantes, il se prive, du coup, un bénéfice majeur, entre autres attendus du projet : l’apaisement, voire la réduction complète de la tension ethnique récurrente.

Rappelons le sens du projet des FPC dont le but essentiel vise la résolution d’une double tension : la tension tribale, au travers de la « compétition » entre tribus dans la course au pouvoir ( « chacune » cherchant à entrer au gouvernement ), et la tension ethnique, traduite dans le ressenti des populations négro- africaines de leur exclusion dans tous les domaines.

Une seconde différence existe entre les deux projets qui se situe dans le contenu, les compétences octroyées, le type de relation entre le centre et la périphérie ; alors que les FPC préconisent des compétences réelles, importantes, une relation plus souple, plus flexible avec le Pouvoir central, le Gouvernement, lui, choisit de reconduire la chape d’une Tutelle forte sur la région, et de céder sur des attributions résiduelles, des compétences superficielles ; telle la construction de quelques routes, quelques infrastructures scolaires et sanitaires, le creusement de pare-feux etc …

D’une vision autonome d’un développement choisi, de l’usage et de la gestion libre de la ressource spécifique du terroir, motus ! Du recrutement et de l’emploi prioritaire de la jeunesse locale, de la police et de la justice locales, de l’usage des langues et cultures du Terroir surtout, rien ! En plus de ces défaillances majeures, on ne peut, par ailleurs, ne pas noter, ça et là, certaines Aberrations ; telle la reconduction de la pratique de secrétaires généraux, parachutés, ou la possibilité accordée aux Présidents de Conseil de déléguer leurs pouvoirs, ou encore le quota automatique de « 20* » % de femmes appliqué dans ces conseils, toutes pratiques stupides, prouvées par l’expérience mauvaise ; enfin, dernière absurdité, le statut hybride, sans tête ni queue, de Nouadhibou qui n’est considérée ni comme une région pleine et entière, ni comme un segment de région !!!

Bref avec ces tares grossières on peut dire que nous nous acheminons bien plus vers une Décentralisation, voire une Décentration, que vers une véritable Décentralisation, hélas !

Quelle lecture globale ?

Lorsqu’on parcourt ces projets de loi relatifs à cette régionalisation, on en ressort, globalement, avec l’impression que le Gouvernement cherche à mettre en œuvre une bonne idée, mais qu’il hésite, comme freiné par une sorte de frilosité, de crainte vague ou de défiance à l’endroit de certaines populations.

Ce qui, en partie, explique peut-être cela … Le double standard observé pour la vallée du fleuve ; Nos gouvernants admettent pour l’Est l’évidence de sa vocation « pastorale » , pour le Nord la vocation « minière », mais dénient à la vallée sa spécificité évidente de région « agricole » ! Ils reconnaissent et reconduisent les Identités historiques comme « Adrar », « Trarza », « Brakna », « Tagant » pour le « Trab-el bidhaan », mais se refusent à faire de même pour les appellations historiques de « Fuuta », de « Waalo Barack » ?

Pourtant il nous a toujours semblé, qu’un critère choisi ( ici la vocation économique ) demeurait un critère qui devait le rester, c’est –à-dire applicable partout et pour tous, à l’identique. A tout ceci s’ajoute cette tendance que nous avons à perdre de vue qu’ il n’y a pas de majorité en matière d’Identité- ; tout comme « il n’y a pas de majorité en matière de vérité »…

Au regard de la manière dont ce projet est ficelé, la discrimination à l’égard des populations de la vallée du fleuve, émiettées et diluées à dessein dans des ensembles artificiels, se perçoit, visible, patente …Et cela, au moment même où se votent à l’Assemblée Nationale des lois anti-discrimination !!! Ce qui, du reste, ne surprend guère plus, au vu de cette idéologie suprémaciste régnante –hier enfouie-, qui, maintenant, ne se cache même plus, pour ne pas dire ouvertement s’affiche et se déclare … Et dont les FPC demeurent la victime, dans leur juste lutte pour une reconnaissance légale, officielle, légitime …Discriminations qui continuent de s’étendre à l’université, dans l’Administration, à l’École, dans les forces armées, dans l’emploi, les examens et concours, les médias, l’enrôlement, partout ! Partout L’injustice !

Toutefois, un coté quand même positif de ce projet – il y en a -; à trouver, pensons nous, dans la réduction draconienne de cette pléthore de régions, puis dans l’amorce en elle même … , avec l’espoir nourri que les errements, les défaillances, les couacs constatés seront rapidement redressés, la mouture remise à l’endroit, si toutefois ces idéologies funestes, dont il faut se déprendre, nous en laissent le loisir …Les militants des FPC se seraient si bien réjouis de ce projet n’eussent été ses défauts et déviances majeures…Dernière impression qui laisse sourire , « ON » s’inspire de nos idées mais « ON » nous accuse malgré tout de « sorcellerie » et d’anti-patriotisme… Paradoxe quand tu nous tient !

L’entêtement à nier une réalité qui crève les yeux, à fermer les yeux sur le caractère intensément aigu de la Question de l’unité nationale nous amène à nous interroger sur la volonté du régime du Président ould Abdel Aziz, de la classe politique et de l’élite arabo-berbères – silencieuse pour l’essentiel-, à construire réellement un Etat juste, égalitaire, démocratique, qui accepte sa diversité, cultive l’équité et la solidarité. Cette élite ne semble, apparemment, pas encore prête à déconstruire ce Système pernicieux qui nous gouverne.

Un volcan est sous nos pieds qui – si rien n’était fait – inévitablement va exploser. Quand éclatera-t-il, c’est la question.

Alors prenons garde …

Samba Thiam président des FPC
Nouakchott, 24 janvier 2018

Notes : * c’est une absurdité que de vouloir appliquer automatiquement ce quota de 20% de femmes avec la moitié d’une population qui sait à peine lire ! En plus de ce que nous rapportait O Omer –qui pour une fois met le doigt dans la plaie –sur nos secrétaires – Gent féminine !

Communiqué de presse: L’interdiction frappe les activités à l’intérieur des foyers

Vers la fin de la première journée du congrès de IRA – Mauritanie, les autorités du département de Riyadh où se trouve le domicile du président Biram Dah Abeid, convoquèrent ce dernier et lui signifièrent que le ministre de l’intérieur a envoyé des pelletons de forces de police, lourdement armés, et minus d’un ordre d’attaquer l’assemblée à l’intérieur de la maison et d’exercer un droit de poursuite dans les maisons environnantes. L’utilisation de la violence leur est autorisée contre les personnes rassemblées dans les maisons, notamment l’usage de gourdins et de matraques, mais aussi les bombes assourdissantes ou à gaz lacrymogène. Le président d’IRA – Mauritanie questionna le préfet: est ce que vous avez constaté une occupation de la place publique , un tapage inapproprié, ou une contravention quelconque? Le préfet répondit non, mais ajoute que c’est une décision émanant d’en haut.
Tout de suite après, le président Biram Dah Abeid réunit le bureau exécutif, pour évaluer la situation et celui-ci constata ce qui suit:

1– depuis son retour au pays il y a quatre semaines, BDA a insufflé un espoir nouveau à tous les pôles de l’opposition mauritanienne, en instiguant des rapprochements, des rencontres et échanges, mais aussi en lançant une dynamique de concertation et d’unité qui vise l’éclosion, le raffermissement et la consacration d’un large front englobant classe politique et société civile, visant l’exigence pacifique et démocratique, d’une alternance constitutionnelle et paisible en Mauritanie en 2019. Aussi, la présence de Biram Dah Abeid sur le territoire national, revigore la dynamique des jeunes dans leur contestation pacifique de l’arbitraire à travers marches et sit-in et en guise d’exemples, nous pouvons citer les deux marches des jeunes et femmes qu’IRA – Mauritanie a organisé les 2 et 15 janvier 2018

2– Le pouvoir de Mohamed ould Abdelaziz, est désarmé face à la nouvelle donne qui le met face à une opposition dépassant ses particularités ethniques, sociale ou idéologique pour des objectifs prioritaires, une union autour des principes d’État de droit et de cohabitation, le respect des règles du jeu électoral et des lois constitutionnelles dans le but d’élections libres et transparentes et d’alternance apaisée en 2018-2019.
Le rôle éminent de Biram Dah Abeid dans cette dynamique de changement national, ne sied pas à ould Abdelaziz ce qui l’entraine dans une logique irresponsable de recherche d’une situation de crise capable de justifier sa soustraction à la compétition démocratique et aux respects des textes et délais constitutionnels.

3– IRA – Mauritanie maintient son agenda de dénonciation par le droit, les gestes et la parole pacifique, de la politique dictatoriale, gabegiste, raciste et esclavagiste du régime de ould Abdelaziz.

4– Refuse de céder à la manœuvre ignoble et exécrable du régime qui vise à inonder un quartier déshérité par une armée d’occupation à l’image de la police sous le régime d’Aziz; des enfants, des personnes âgées, des malades qui vont le plus en souffrir et peut-être perdre leurs vies.

5– IRA organisera, comme par le passé, ses marches et sit-in dans les places publiques et grands artères du centre ville, et sans aucun préjudice pour les personnes ou les biens publics ou privés.

6- IRA a déplacé le lieu de la séance de validation des travaux et résolutions de son 3eme congrès et transmettra à l’opinion publique nationale et internationale ainsi qu’aux médias les résolutions et les constitutions des nouvelles structures.

IRA remercie vivement les associations, partis politiques et médias pour avoir participé à la séance d’ouverture, remercie encore autant ceux des dirigeants de l’opposition politique et civile qui se sont déplacés au domicile du président en guise de solidarité suite à cette nouvelle violation de droit que constitue le suprême arbitraire de menacer de mettre tout un quartier déshérité à feu et à sang parce que des citoyens incorruptibles, militants d’une cause juste, sont tranquillement assis pour contribuer de manière pacifique, à l’édification de la justice, de la paix et du bien-être de leur peuple.

Nouakchott le 28/01/2018 La commission de communication

VOUS AVEZ DIT INCRIMINATION DE LA DISCRIMINATION EN MAURITANIE?

L’Assemblée Nationale ou la chambre d´enregistrement et d´applaudissement du Système de l´Azizanie a adopté, au cours de sa dernière séance plénière un projet de loi portant ”incrimination de la discrimination” en Mauritanie si l´on en croit la dépêche de la fameuse et fumeuse agence d´information l´AMI. Oui, vous avez bien entendu lutte contre la discrimination, la chose est assez sérieuse de grâce ne souriez pas!
Ce qui est aberrant et hilarant à la fois dans cette loi c´est qu´elle est plutôt dirigée contre ceux qui dénoncent et combattent le racisme d´Etat, la discrimination raciale et l´esclavage en Mauritanie. Désormais toute organisation patriotique qui dénoncerait le racisme sera considérée comme une organisation « identitaire et porteuse de haine ». Nos injustes juges, bras armés du Système n´auront qu´à faire recours à l’article 36 du Code pénal qui permet de priver la personne condamnée de ses droits nationaux, civils , civiques et familiaux pour une période de cinq ans. Cela nous rappelle curieusement encore le procès des rédacteurs du « Manifeste du négro-mauritanien opprimé » en septembre 1986 et les peines subies par nos camarades qui avaient commis le crime de dénoncer la politique de discrimination raciale érigée en régle de gestion du pays, des chiffres et statistiques à l´appui.

Si hier on pouvait encore parler de marginalisation ou d´exclusion aujourd´hui on assiste à une épuration totale de la composante négro-mauritanienne dans les instances du pouvoir et de décision au sein de l´administration, de l´armée, dans les médias, la diplomatie et le secteur économique. S´il y a un criminel à combattre et à mettre au banc des accusés c´est bien l´Etat raciste et son gardien du temple en l´occurence le président putschiste Mohamed Ould Abdel Aziz.
Toute cette armada juridique n´a en fait qu´un seul but, interdire et incriminer les organisations de défense des droits humains ou mouvements de libération nationale comme les FPC, L´IRA entre autres, qui empêchent toujours de banaliser la discrimination raciale et l´enterrement définitif du dossier du génocide des années de braise.
Si cette loi était vraiment révolutionnaire et devait être appliquée sérieusement elle devait frapper en premier le Général-président et toute son équipe pour pratique de politique de discrimination raciale et d´Apartheid qui ne dit pas son nom mais nous sommes en Mauritanie où les rôles sont toujours inversés. Les bourreaux sont promus en héros et les victimes jugés en coupables.
Encore une fois ce n´est pas par la répression, l´intimidation, la politique de l´autruche qu´on arrivera à évacuer la délicate question de la cohabitation et la politique de discrimination raciale devenue progressivement structurelle dans notre pays.
On ne le dira jamais assez, les FPC ou les mouvements d´obeidience Négro-africaine ou Haratine n´ont ni créé, ni inventé l’esclavage et le racisme. C´est bien l´existence effective de ces problèmes qui explique leur naissance et leur combat. Mais Hélas l´esprit biscornu des soldeurs du crime et partisans du système ne digère pas cette évidence. La lâcheté est ici sans commune mesure.
Il est temps encore de comprendre que l’exclusion est en soi économiquement mauvaise, socialement corrosive et politiquement explosive.
Comprenons qu’une  » nation dispersée, battue, humiliée peut (heureusement) toujours se rebeller contre son sort et revenir à la vie ». Tentons dès à présent de sortir de ce cul-de-sac qui, tout le monde le sait, ne mène nulle part. Pour en sortir, il faut, à notre avis une attitude courageuse, d’ouverture sincère et de reconnaissance du problème de fond à savoir la politique assumée de discrimination raciale qui ressemble fort à un apartheid sournois.
Un climat de décrispation sociale grâce à un train de mesures positives à l’endroit de toutes les victimes de cette politique nocive. La sanction des crimes commis pour que justice prévale sur l’abitraire et l’impunité.. Je crois qu’il faut se parler, car ce formidable potentiel de révolte enfouie commence à gronder. Il serait erroné de croire que toutes ces années de calme plat peuvent exclure toute éventualité de soulèvement populaire.
Après avoir passablement plagié notre projet d´autonomie des régions, nous invitons le pouvoir à s´inspirer davantage des principes généraux de notre Charte qui stipule entre autres :
– La république est une et indivisible
– Elle reconnaît et garantit les Autonomies locales
– Elle veille au principe de non-discrimination et au respect de la dignité humaine
– Elle consacre l’égale participation des Communautés à la gestion du pays
– La Mauritanie est un pays multiethnique et pluriculturel, où la République garantit l’égalité de toutes les langues et cultures nationales .
– La Mauritanie est un pays composé de deux communautés racio-culturelles, l’une composée de Noirs (Bamana, Fulbe, H’râtîn, Sooninko, Wolof), l’autre de Blancs (Bîdhân ou arabo-berbères).
– Toutes les Communautés ethniques (Bamana, Bidhân, Fulbe, H’ratin, Soninko, Wolof ) du pays auront intégralement les mêmes droits. Chacune aura le droit de donner son avis sur toute décision qui engagera son avenir.
Hier comme aujourd´hui, conformément à notre CHARTE, nou nous engageons solennellement à ne ménager aucun sacrifice pour la pleine réalisation d’une Mauritanie égalitaire et démocratique, débarrassée définitivement de l’esclavage et du racisme, unie dans sa diversité, riche de toutes ses cultures épanouies, assurant à toutes ses citoyennes et à tous ses citoyens les mêmes droits.
Tous ensemble, nous aurons encore à mener d’autres combats pour que l’égalité, la justice et la démocratie s’enracinent profondément dans notre pays.

La lutte continue!

Kaaw Touré

Porte-parole des Forces Progressistes du Changement (FPC)