Le 5 février 2020, Beibbeu Ould Cheikh, un garçon de 8 ans, fuit le domicile de son proriétaire, Ahmed Ould Taher, un dignitaire arabo-berbére, propriétaire de bétail, dans le département de Ould Yengé, région du Guidimakha, au sud-est de la Mauritanie. Youba, berger d’un troupeau de caprins et d’ovins, est né esclave, un statut qu’il hérite de sa mère Maata. Depuis son éveil, il subit, les travaux forcés, les châtiments corporels, ne dispose de document d’état-civil et n’a jamais été scolarisé.
A la suite d’une molestation parmi d’autres, la victime quitte la localité de Tartaga, pour se réfugier chez une femme, sympathisante d’Ira-M, dans le village de Zweinliya, distant d’environ 13 km, à proximité de la frontière du Mali ; il précise avoir parcouru la distance sans connaître sa destination. Dès son arrivée, Hawa, téléphone aux militants abolitionnistes, qui saisissent, à leur tour et selon le même procédé, la brigade de gendarmerie de Ould Yengé, chef-lieu, dont dépendent l’administration et la sécurité de Tartaga et Zweinliye. Compte tenu des précédents d’occultation et de contrefaçon visant à disqualifier les allégations des plaignant, Hawa s’empresse d’enregistrer un témoignage vocal où l’enfant relate, les raisons de sa fuite, les sévices subis et la captivité de ses trois frères et sœurs, affectés, comme lui, à des tâches domestiques (annexe joint). Le mineur, avec ses mots et la timidité de son âge, raconte combien la dureté du traitement infligé par le maître, le contraint à chercher asile, loin de ce dernier. Au terme du voyage, le petit urinait du sang ; un examen de santé sommaire détecte une suspicion de bilharziose. Sur la foi d’un tel diagnostic, des comprimés d’Ibuprofène lui sont prescrits. Il poursuit le traitement.
Dysfonctionnements
Le lendemain, 6 février, l’adjudant-chef Cheikh Oumar Ould Mohamed, commandant de la brigade de gendarmerie de Ould Yengé, rejoint madame Hawa, à Zweinliya. Il récupère le garçon et le ramène en ville. Sur le chemin, il viole la loi sur la protection pénale du mineur car il interroge ce dernier, sans la présence d’un avocat ni d’un assistant agréé. Pire encore, l’officier de police judiciaire interpelle le maître présumé pour le placer, avec Beibbeu, dans le même cachot, du 7 au 10 février. Informé, Monsieur Haimoud ould Ramdhane, le Ministre de la justice, d’ailleurs tutelle du parquet, s’abstient d’ordonner, au procureur près le tribunal compétent de Sélibaby, d’instruire l’affaire. Le Garde des sceaux, natif d’extraction servile, sert de caution noire au système de discrimination et d’impunité. Il a été l’un des promoteurs constants du déni, en vertu de quoi la Mauritanie, devant les instances internationales, pénalise l’esclavage comme crime contre l’humanité, lui réserve des chambres spéciales mais nie son existence sur le territoire.
Antécédents
Ainsi, face à la moindre plainte, les services de l’Etat se mobilisent-ils à requalifier les faits et inventer de faux parents de la victime aux fins de vider le contentieux ; aussi, ils achètent ou intimident les témoins, grâce à l’entremise des tribus, avant d’aboutir in fine, à une décision d’abandon des poursuites. Le 12 février, à Selibaby principale agglomération du Guidimakha, les activistes de la citoyenneté inclusive organisaient un rassemblement. Malgré la mobilisation, les autorités tentent de falsifier l’infraction en alléguant que le père, Cheikh Elweli, « prêtait » son fils, à Ahmed Ould Taher, au titre d’une transaction, somme toute, habituelle sous nos latitudes. Ici, les textes universels de protection de l’enfant restent du domaine de l’affichage, des séminaires et des discours de commémoration, en présence des agences des Nations unies, notamment l’Unicef.
Certains magistrats, allergiques à la notion des droits de l’Homme, à cause d’une socialisation conservatrice où extrémisme religieux et racisme s’équilibrent, s’évertuent à rejeter les requêtes, du moins en compromettre l’aboutissement. L’alternance au sommet de l’Etat, depuis juin 2020, malgré les promesses de campagne électorale et les résolutions du lendemain, n’apporte aucune exception à ce constat. La communauté des anciens maîtres, détentrice du pouvoir de contrainte et de l’hégémonie matérielle et symbolique, se préserve des revendications d’égalité, par l’esprit de corps et le réflexe de la contrefaçon.
Réagir
Si l’histoire du petit Beibbeu et de ses frères et sœurs toujours en captivité vous interpelle, indigne ou attendrit, partagez-la ! L’oppression se nourrit d’abord de silences, de paresse, d’indifférence et de cynisme. Beibbeu et les siens méritent un bel avenir. Ne détournons le regard, aidons-les !
Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie
Dis-moi dans quelle société tu vis, je te dirais Comment les femmes sont traitées.
La formule de Simone de Beauvoir résume avec force : « On ne naît pas femme, on le devient. » Elle pourrait être complétée par : « On ne naît pas homme, on le devient », car la construction des sexes n’est pas uniquement l’apanage des femmes. Les sexes sont en construction : au naturel, ils ne semblent pas évoquer grand-chose à part eux-mêmes. Ils doivent être retravaillés par la culture pour prendre sens. La nature immédiatement interprétée et évaluée doit être précisée pour que le sexe devienne un organe éminemment social. L’étymologie du mot « sexe » est troublante : elle vient de « sexus, secare », qui signifie « couper, diviser ». Sexus est donc le partage d’une espèce en male et en femelle. Le sexe serait le résultat de cette coupure. L’excision, est un sujet tabou et soulève des injures et des passions dans la société africaine. De tout temps, l’Homme a essayé de manipuler ses organes et les organes d’autrui, du haut de la tête jusqu’aux pointes des pieds en passant par ses organes sexuels. Certaines manipulations laissent des marques passagères, comme c’est le cas de la coupe des cheveux. D’autres, par contre, laissent des marques permanentes, comme c’est le cas des tatouages, des perforations et des mutilations. C’est dans ce sens que Levi-Strauss, disait que : « il fallait être peint pour être un Homme, celui qui restait à l’état de nature ne se distinguait pas de la brute ». Ces marquages corporels ont parfois un caractère individuel qui verse dans la folie condamnable ou répugnante, d’autres ont un caractère collectif, culturel désirable. La marque sur le corps désigne à la fois celui qu’il faut exclure et celui qu’il faut sauvegarder, elle peut avoir une fonction de conspiration du mauvais sort. Cependant, l’excision ne peut être entendue comme une simple marque puisqu’elle consiste à éradiquer les organes sexuels externes de la fillette. De ce fait, la question de l’excision n’a été soulevée publiquement que dans ces trois dernières décennies. Et jusqu’à maintenant beaucoup de gens ignorent en quoi elle consiste et s’étonnent de son existence et pourquoi elle existe toujours à l’aire de la mondialisation. Observées depuis longtemps par les ethnologues et anthropologues occidentaux, dénoncées par les missionnaires et les femmes, qualifiées de torture par les africaines elles-mêmes dont les féministes occidentales se sont fait l’écho, il faut attendre les années 70 à 80 pour que la communauté internationale, peu réactive sur cette question, condamne les mutilations sexuelles féminines pour une atteinte à l’intégrité physique et psychique de la femme. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 125 millions de filles et femmes actuellement en vie dans 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont subi une forme de mutilation génitale féminine/excision. Trente millions d’autres filles risquent d’en être victime au cours des dix prochaines années. Chaque année, trois millions de fillettes et de jeunes femmes subissent une mutilation sexuelle, soit une fillette ou une femme excisée dans le monde toutes les 15 secondes. La pratique de ces mutilations sexuelles existe partout dans le monde, mais elle est fréquente dans les régions occidentales, orientales et nord-orientales de l’Afrique, dans certains pays d’Asie et du Moyen-Orient, et parmi certaines communautés immigrantes d’Amérique du Nord et d’Europe. L’excision n’est pas un fait social lié à un milieu géographique donné, mais elle se transfert avec les individus et les groupes et se propage avec les croyances et les idéologies. Le nombre de femmes concernées en France reste mal connu. En 1982, selon GAMS (groupe pour abolition des mutilations sexuelles), la première estimation était environ 24 000 femmes et fillettes excisées ou menacées de l’être. Une seconde estimation réalisée en 1989 fait état de 27 000 femmes environ. En 2007, le nombre de femmes et de fillettes mutilées ou menacées de l’être était estimé entre 42 000 et 61 000, soit une hypothèse moyenne de 53 femmes.
I-L’excision les rites d’initiations
L’excision tient une grande importance dans diverses sociétés africaines et ce, la plupart du temps pour des raisons culturelles. C’est un fait de culture qui trouve ses fondements au sein des mythes et des croyances africaines. Dans les sociétés traditionnelles africaines le corps est conçu comme un vecteur de socialisation. C’est pour y inscrire les lois du groupe. Cette socialisation passe obligatoirement par le corps qui en devient le support privilégié. Marcel Mauss, parle de technique du corps dans un communique présenté à la société de psychologie en 1934. M. Mauss, explique les façons dont les hommes, société par société, d’une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps. Le corps devient donc un montage symbolique où tout est à lire. La femme excisée porte en elle la loi de sa communauté et devra agir en conséquence. Cette thèse a été confirmée par P. Clastres. M. Clastres, souligne que, « Des très nombreuses sociétés primitives marquent l’importance qu’elles attachent à l’entrée des jeunes gens dans l’âge adulte par l’institution des rites dits de passage ». Pour l’auteur, ces rituels d’initiation constituent souvent un axe essentiel par rapport auquel s’ordonne, en sa totalité, la vie sociale et religieuse de la communauté. Ainsi, la plupart des chercheurs, expliquent la pratique de l’excision, en termes de rites d’initiation et de passage à l’âge adulte. Les anthropologues (Etienne Le Roy, Jean Dubois, entre autres) ont défini les rituels initiatiques de façon précise. Ce rituel comprend trois étapes : La première consiste dans la séparation de l’initié de son groupe familial ; la deuxième correspond à une période d’apprentissage avec un enseignement par les anciens ainsi que des épreuves physiques et psychiques toujours violentes et éprouvantes ; enfin la dernière est la réintégration dans un nouveau groupe d’âge. La pratique de l’excision (comme de la circoncision) est un rite d’intégration sociale : double intégration, verticale débouchant sur le principe des origines, mais aussi horizontale insérant le sujet dans la communauté des pairs. On comprend ainsi que la transgression à cette règle coutumière menace les contrevenantes à la relégation. Ceci se résume en 2014 lors de notre formation à la Sorbonne, en Anthropologie au Laboratoire d’anthropologie juridique de Paris (LAJP), par l’entretien avec une femme malienne, interrogée à ce sujet : « une fille qui n’a pas été coupée est à l’écart du village, elle sera pointée du doigt par tous, elle ne pourra jamais se marier ». La société imprime sa marque sur le corps des jeunes filles. Une femme initié, c’est une femme marquée. La marque assure leur appartenance au groupe : « tu es des nôtres, et tu ne l’oublieras pas ».
II-L ’excision et l’adhésion à la coutume
La coutume est par ailleurs, la raison la plus souvent invoquée par les communautés qui pratiquent l’excision. E. Le Roy définit la coutume, « comme un mélange de savoir-faire et des solutions pratiques acceptées par les sociétés africaines et présentées comme relevant de leurs cultures ». Exciser c’est respecter la coutume, cela nous renvoie au « caractère socialement obligatoire de la coutume […] dans le tiers monde, on fait remonter l’origine de la coutume aux ancêtres ». Ainsi, grâce aux ancêtres, le passé continu à être relié au présent et au futur. Levi-strauss souligne la difficulté d’obtenir, « une explication rationnelle de la coutume, l’indigène interrogé se contente de répondre que les choses ont toujours été ainsi telles que fut l’enseignement des ancêtres ». Selon N. Rouland, « la coutume consiste en une série d’actes semblables qui forment un modèle de comportement social, en général légitimés par leur liaison au mythe. Elle n’est point immuable, et évolue suivant les besoins du groupe social qui l’engendre ». Mme Kerneis, souligne que, « la coutume résulte de la répétition de faits identiques et les jurisconsultes invoquent trois facteurs pour fonder sa force, l’ancienneté, le consentement des intéressés et le caractère rationnel de la coutume ». La définition la plus adaptée a été donnée par L. Assier-Andrier : « la coutume est une expression directe de la conscience commune, répertoire normatif spontané des groupes et des peuples, droit immédiatement connecté aux besoins sociaux, la coutume se manifeste aussi bien comme principe d’ordre qu’elle porte témoignage d’un ordre immanent. Elle est censée préexister à la loi ». D’où les réponses obtenues lors de mon enquête de terrain auprès des familles immigrés en ile-de France, en 2014 dans le cadre de ma formation anthropologique à la Sorbonne : « on a toujours fait ça » ; « ma mère a été coupée et mes arrières grands-parents étaient également coupée ». Ces mots inlassablement reproduits par les immigrées mutilées reflètent l’importance obéissance à la pression sociale qui existe. L’excision pratiquée en France permet d’éviter la rupture avec la société coutumière d’origine. Elle est et reste un outil pour ces immigrés de manifester leur adhésion aux valeurs ancestrales du pays d’origine. Il est cependant, intéressant d’éclairer l’excision par la trilogie du don de Marcel Mauss : donner-recevoir-rendre. « La femme donne un morceau de son corps : le clitoris. Elle reçoit une identité sexuelle. Enfin, elle rend des enfants, c’est la maternité ». L’excision est un statut qui donne le droit au mariage dans la société africaine. L’excision s’intègre donc dans une organisation et cohésion sociale. Il faut couper pour devenir femme ou homme. Si le clitoris est de la masculinité, le prépuce est celui de la femme. Ainsi, ôter un clitoris ou un prépuce, c’est donner une identité sexuelle.
III-Les raison d’ordre religieuses
L’excision est un fait propre à toutes les religions monothéistes. L’islam est le plus couramment cité quand il faut en venir aux justifications. La pratique de l’excision est indépendante à la religion musulmane. Le Coran ne fait aucune mention de l’excision. Le terme « excision » n’y figure pas. C’est une pratique qui existait bien avant l’arrivée de l’islam. Une pratique très ancienne. Elle est pratiquée en Afrique subsaharienne, subéquatoriale et en Afrique de l’Est et de l’Ouest ; le Maghreb ignore l’excision. L’excision n’est pas spécifique à la seule religion islamique, puisqu’elle est aussi pratiquée chez les animistes africains, chez les chrétiens d’Afrique de l’Est et chez les juifs d’Egypte, de Soudan, et d’Ethiopie, alors qu’elle est ignorée dans tout le Maghreb (Maroc, Algérie, la Tunisie), et d’autres pays musulmans comme, l’Iran, la Turquie, Liban, la Syrie, l’Arabie Saoudite. Dieu dit dans le Coran : « Nous avons créé l’Homme dans la forme la plus parfaite ». En 1998, des chercheurs de plus de 35 pays musulmans se sont réunis à Al-Azhar au Caire en Egypte pour discuter des mutilations génitales féminines/excision. Ils sont tous arrivés à la conclusion que les mutilations sexuelles féminines sont une coutume et qu’elles ne sont pas obligatoires dans l’islam, étant donné que celles-ci n’ont jamais été mentionnées dans le Saint-Coran et qu’il n’existe pas de citations dans les Hadiths du prophète Muhammed (paix et salut sur lui) apportant une preuve de isnad (chaine de narration authentique) pouvant justifier une disposition de la charia sur cette importante question de la vie humaine.
Pour conclure, je dirai toute transgression n’est pas perçue de la même manière. Si l’on se réfère à la théorie de Mireille Delmas-Marty, « les actes transgressifs peuvent être classés en différentes catégories. Certains seront sanctionnés par la société civile, on parle alors de déviance. Dès lors qu’une transgression est prise en charge par l’Etat et par le biais du droit pénal il s’agit là d’une atteinte grave ». L’excision est une mutilation qui doit être jugée devant la Cour d’assises, une juridiction compétente pour juger les crimes. Tel est le cas en France.
BA Boubou Doctorant-chercheur Centre d’Histoire et d’Anthropologie du Droit (CHAD) Paris
Quelques références bibliographiques : A.Rouhette, « Le droit coutumier en tant que coutume », in EncyclopaediaUniversalis, Paris, 1985
Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme en France (CNCDH), « Avis sur l’excision », assemblée plénière du 28 novembre 2013
C. Levi-Strauss, « Tristes tropiques », Paris Plon, 1955
E. Le Roy, « L’adieu au droit coutumier »,in E. Rude-Antoine (dir), L’immigration face aux lois de la république, Karthala, 1992
F. Couchard, « L’excision », collection, que sais-je ? Puf, 2003
L. Assier-Andrieu, Le droit dans les sociétés humaines, Nathan, 1996,
M. Mauss, Essai sur le don, in sociologie et anthropologie, Paris, Puf, 1966
M. Mauss, Technique du corps, in sociologie et anthropologie, Puf, 1996
N. Carbonne, Les mutilations sexuelles féminines, Berg International, 2011
N Rouland, L’anthropologie juridique, Puf, 1988
S. De Beauvoir, Le Deuxième sexe, Gallimard, coll. « Idées », 1986
P. Clastres, La société contre l’Etat, Les éditions de Minuit, 1974
S A. Aldeeb Abu-Sahlieh, Circoncision masculine, circoncision féminine. Débat religieux, médical, social et juridique, L’Harmattan, 2001
UNICEF, Mutilations génitales féminines/excision : aperçu statistique et étude de la dynamique des changements », New York, 2013
🔹️Briser les tabous au nom de la dignité humaine et de la raison!
Les mutilations génitales féminines (MGF) sont des pratiques culturelles barbares, nuisibles et néfastes. Ces horreurs consistent en une ablation d’une partie de la partie intime féminine dans beaucoup de pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Certaines personnes les appellent « sunna » alors que les MGF ne sont nullement pas le cas . Par ailleurs, d’autres traditions trouvent des appellations appropriées. Des millions de femmes en sont victimes . Cette pratique ancestrale est le fruit de la bêtise et des préjugés sur les femmes.
En Mauritanie, la communauté Wolof serait la seule qui ne pratiquerait pas ce fléau. Depuis des années des organisations locales et internationales luttent contre cette pratique. Les MGF sont « des pratiques attentatoires à la dignité de la femme» comme l’affirme l’anthropologue Abdoulaye Doro Sow, Enseignant chercheur en sciences sociales (Mauritanie) et président du comité scientifique de l’Equipe de Recherches sur les MGF (ERMGF). Le Bilan, à la fois physique et psychologique, est lourd. Il est impératif que les MGF soient considérées comme crime contre l’humanité: atteinte à l’intégrité physique et morale. Il y’a une nécessité de passer de l’interdiction formelle à la criminalisation.
En parallèle, la clitoridectomie est un acte chirurgical qui consiste à l’ablation partielle ou totale clitoridienne à des fins thérapeutiques. Elle ne doit pas être confondue avec avec les MGF qui sont des rituelles d’excisions consistant à une « ablation des petites lèvres », souvent de toute la partie extérieure du clitoris…
Les MGF sont aussi appelées blessures génitales féminines. Selon UNICEF, en 2013, plus de 130 millions de femmes en sont victimes.
Cette pratique qui , actuellement, « touche 200 millions de filles et de femmes dans 30 pays du monde, se déroule principalement en Afrique où l’on estime le nombre de victimes à 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans vivant actuellement avec les conséquences de ces mutilations sexuelles. Toujours en Afrique, on estime que, tous les ans, 3 millions de filles risquent de subir ces pratiques traditionnelles néfastes. Si les tendances actuelles se poursuivent, 86 millions de filles supplémentaires âgées de 15 à 19 ans risquent, elles aussi, de subir des mutilations génitales d’ici à 2030. Les pays où la prévalence des MGF chez les filles et les femmes de 15 à 49 ans est la plus élevée sont la Somalie (98 %), la Guinée (97 %) et Djibouti (93 %). La pratique de l’excision est également présente au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique Latine ».
~ Source: Female Genital Mutilation/Cutting: a global concern, UNICEF, New York, 2016.
Des lois ont été ratifiées pour l’interdiction dans le monde. Trois pays n’ont pas encore adopté de loi contre ces pratiques : le Libéria, la Sierra Leone et le Mali.
Les idées reçues sur les MGF sont nombreuses. Ce sont des arguments culturels dans la plus part du temps. En Mauritanie, la fonction est assignée aux « femmes appartenant à la caste sociale des forgerons ou bien des cordonniers. Il y a donc un savoir et un savoir-faire qui se transmettent de génération en génération». De ce fait, il faudrait donc un travail de longue haleine pour la destruction de cette classification sociale qui est nécessaire mais aussi une requalification de ces personnes en charge de «l’ignominie». C’est pourquoi les causes, très ancrées dans les traditions, nourrissent encore l’idée d’une telle barbarie. Il est alors urgent de mener des campagnes contre les arguments culturels,à fortiori quand ils vont à l’encontre du respect de l’intégrité physique et morale. Les contres arguments culturels et scientifiques sont les bienvenus pour lutter massivement. Il faut notamment un soutien étatique( hormis la pénalisation) pour les campagnes dans les terroirs car, jusqu’à nos jours les associations de la société civile et les ONG( UnicefMauritanie…) sont les seules réellement sur le terrain.
Dans la plupart du temps, les victimes de ces séquences ignorent les conséquences. En conséquence, les MGF deviennent difficiles à éradiquer. Les risques notés de ces pratiques sont très souvent :
• problèmes urologiques( douleurs en urinant..) et gynécologique( infertilité…) souffrances,
• saignements abondants,
• infections (tétanos, MST…),
• abandon et échec scolaire dans les cas où l’excision est suivie d’un mariage précoce,
• douleurs pendant l’acte sexuel et les menstruations,
• risques d’incontinence,
• complications lors des grossesses et des accouchements,
• détresse psychologique… Il arrive que la personne excisée subit un choc violent et mort s’en suive.
La sensibilisation sur les MFG est cruciale. Souvent confrontés à des tenants des traditions, il est difficile pour les acteurs de l’éveil des consciences, à savoir les oulémas, les médecins, les associations, de perforer la mentalité de beaucoup d’individus d’où une exigence de la CRIMINALISATION des MGF face à la dérive humaine. Ainsi, l’éducation des jeunes filles, la mobilisation de la société, et particulièrement les parents seront des facteurs importants afin de dire plus jamais ça. Il faut soutenir les droits des filles. Pour cela, nous disons #Non_a_l_Excisison. Oui pour la Santé et L’ÉDUCATION.
Femal genital mutilation/cutting is horrible and also a crime.
Ousmane SAO, Docteur en géologie de la préhistoire, et Docteur en sociologie politique est l’invité de “REGARDS D’AILLEURS”, présentée par Diadié SOW. Citoyen mauritanien engagé, Ousmane SAO répond aux questions de nos chroniqueurs, Saidou Wane et Nada Ahmed YENJ, concernant l’actualité mauritanienne, son parcours personnel et son combat pour l’enrôlement des mauritaniens de la diaspora. Son engagement politique lors des élections présidentielles
Le 11 Janvier 2020, des jeunes gens se réunissaient, à Nouakchott, dans la salle de spectacle dénommée La case – d’ailleurs louée à l’occasion. La réjouissance, que ponctuaient la musique, le chant, la danse et l’exhibition de tenues de soirée, mettait en scène une partie du folklore commun à la Mauritanie et au Sénégal. Une semaine plus tard, les vidéos de l’évènement privé circulaient sur Facebook et les applications de téléphonie mobile. La rumeur de la célébration d’une union entre personnes de même sexe enflait alors, suscitant ici-et-là, indignation, expressions de dégoût et appels à la haine homophobe. Aussitôt, les autorités judiciaires s’empressèrent d’ouvrir une enquête. La police procédait, dans la foulée, à l’arrestation de l’ensemble des protagonistes et du gérant des lieux.
Le 23 Janvier, le Commissaire de police Mohamed Ould Nejib, officiant à Tevragh Zeina 3, infirmait, sur la chaîne de télévision publique « Almouritaniya », l’hypothèse d’un mariage gay ; il affirmait, avec certitude, qu’il s’agissait plutôt d’une fête d’anniversaire de l’un des « androgynes » (en Arabe مخنثين »), pour reprendre son expression ; la recette devait servir à pourvoir une caisse de solidarité, en guise de cadeau de circonstance. Malgré sa tentative de rétablir l’authenticité des faits, l’officier de police allégua que les susdits s’exposaient, tout de même, à une punition sévère.
Le même soir, la police fit « fuiter » par le support électronique, toutes les photographies des prévenus, telles que réalisées dans le commissariat, avec, en Arabe, la mention de chaque prénom. Au fil des séquences d’image animée, ils déclinaient leur identité et bredouillaient, manifestement sous la contrainte de l’humiliation, quelques mots d’explication et de regret. Sur l’un des films, un agent, locuteur du Hassaniya, se moque de l’un des garçons, entravé des deux mains derrière le dos, et le traite de délinquant.
Pour des raisons de respect de la dignité de l’individu et de préservation de son intégrité morale, la présente communication s’abstient de joindre de tels documents en annexe.
Le 30 Janvier, 8 accusés sur 10, dont deux ressortissants du Sénégal, sont condamnés, à 2 ans de prison ferme, après une brève comparution devant un magistrat de la chambre criminelle près le tribunal de Nouakchott-Ouest. La seule femme écope, elle, d’un an de rétention, avec sursis, pour « transgression des interdits divin » (sic). Le gérant obtient un acquittement. Les non-nationaux, à l’épuisement de la peine, devront quitter le territoire.
Le 3 Février, leur avocat, maître Mr Mohamed Ahmed Oubeid, interjette appel de la décision prise en première instance.
Conséquences
Ira-Mauritanie, association de défense et de promotion des droits humains et de la diversité :
note le caractère discriminatoire du verdict et interroge la pénalisation de tels griefs, quand leur nature non-violente (ni blessures ni morts) renvoie, plutôt au champ des infractions relevant du registre correctionnel.
constate et déplore la différence de traitement aux dépens de jeunes d’extraction subsaharienne, car des comportements identiques, parmi d’autres groupes de la population, bénéficient d’une indulgence à toute épreuve.
rappelle, à l’Etat, au législateur et à l’appareil de justice, que la Mauritanie ne saurait évoluer dans un vase clos, exempte de ses engagements et en rupture d’avec le droit international des minorités. Toute mesure répressive qu’elle appliquerait, à rebours de l’obligation de protéger ses ressortissants et les étrangers sur son sol, se paiera, tôt ou tard. La facture s’alourdit d’autant si la stigmatisation, la dégradation de l’être humain et sa privation de liberté s’accompagnent de pratiques inéquitables.
souligne le zèle officiel à livrer les plus humbles à la vindicte et son inclination à flatter l’instinct grégaire et le fanatisme de la foule, en exutoire à la faillite d’une société qui procure l’immunité de la loi, aux seuls auteurs de crimes de masse et tolère l’esclavage ; dans les deux situations, l’inégalité de destin confère, à la condition des noirs de Mauritanie, l’attestation d’une infériorité infra-juridique.
Cette proposition de « solution enchantée » pour créer d’autres problèmes potentiellement plus nocifs !
Imaginons… l’éventualité d’une séparation Nord- Sud, qui vont être les maîtres d’un Sud féodalo-esclavagiste d’inspiration Nordiste. Si la Guinée de Condé est troublée aujourd’hui, il n y a aucun Nordiste (blanc) là-bas. En Mauritanie, le MAL, le vrai, se situe au niveau d’un déficit d’état de droit et de démocratie. Au sein de chaque communauté ou groupe sociolinguistique, on y trouve un peu les germes d’une « mauritanie injuste en miniature » décriée ici et là aujourd’hui.
L’aristocratie féodale et le clergé maraboutique sont quasiment identiques au Nord comme au Sud.
En tt cas, moi j’irais me « Hartaniser » au Nord en attendant d’accueillir les premiers réfugiés venant du Sud quand les remous interethniques vont s’éclater.
Adrar-Info – Nous avons été surpris par un article publié sur le site internet de radio France internationale et apparemment sujet d’un reportage la veille sur les ondes de cette respectable radio, annonçant l’interdiction de l’usage de la langue française au Parlement mauritanien. Cette information est tout simplement infondée.
Le français comme toute autre forme d’expression n’a jamais fait l’objet d’une quelconque interdiction dans l’hémicycle et certains députés continuent à en faire usage, pas plus tard que durant la dernière plénière, d’honorables députés se sont éloquemment exprimé dans cette langue qui reste en effet à côté de l’Arabe, l’une des langues de communication écrite dans les documents, lois et correspondances de l’Assemblée Nationale.
Mais étant qu’un nombre important de députés s’expriment dans leur langue nationale il est impératif et en conformité avec les exigences de notre règlement intérieur, d’assurer une traduction vers l’arabe.
Le service d’interprétariat ne peut plus assurer la traduction au delà de quatre langues; les trois langues nationales et la langue officielle, en l’occurrence, l’arabe.
Cet impératif d’ordre purement technique a été notifié aux députés intervenants, le président de l’Assemblée Nationale tenait à le rappeler à chaque fois que la nécessité s’impose et à aucun moment, il n’a été dit ni annoncé que le français est interdit.
Il n’est tout simplement plus traduit et comme beaucoup de députés ne sont pas francophones, le Président encourage les intervenants à s’exprimer dans les langues traduites.
Le parlement mauritanien qui se veut ouvert aux médias et qui a entrepris récemment d’importantes mutations dans ce sens, à travers la mise en place d’un site internet réactif, de plateformes d’information désormais présentes sur tous les réseaux sociaux et Possédant une chaîne de télévision parlementaire, expérience unique dans la sous région, se sent aujourd’hui consterné par cette information, dont l’instigateur n’a même pas pris la peine de s’assurer de sa véracité.
L’assemblée nationale qui dément ces faits en bloc, se tient à la disposition de la Presse à travers tous ses démembrements médiatiques pour éviter d’éventuels dérapages pareils.
Atteinte avérée à la liberté d’expression. Députée de l’assemblée nationale Mauritanienne, sous le fallacieux prétexte d’un règlement intérieur sorti de nulle part sans consultation nationale, au mépris de notre « constitution » pourtant taillée sur mesure, notre compatriote, députée, militante des Droits Humains a été sommée par le président de l’assemblée nationale de se taire pour le motif d’une ‘interdiction imaginaire de la langue Française dans l’hémicycle. Faut il en pleurer ou en rire ? Il n’est absolument pas nécessaire d’aller chercher les raisons lointaines et objectives car elles sont beaucoup plus profondes et leurs étages demanderaient du temps et de l’attention. Alors de facto le but est fondametalent, de priver une partie de notre communauté nationale de communication , d’écoute, de vigilance, de compréhension et de mobilisation contre les futures lois scelerates d’une assemblée nationale concoctée sur mesure afin de jouer à la division du pays. Vouloir imposer l’Arabe ou les langues nationales sans un dialogue national avec le peuple c’est poser le vrai problème de la cohésion nationale et de l’échec cuisant de notre éducation nationale, qui aurait pu depuis ces longues années résorbé ce déficit par l’obligation de l’apprentissage de l’ensemble de nos langues nationales. Madame Coumba Dada en parlant dans sa langue maternelle, traduite en Arabe, ne bénéficiera nullement au sooninke que je suis car je ne me comprends, dans ce pays avec certains de mes compatriotes qu’avec cette langue étrangère mais instituée comme langue de travail depuis l’indépendance à nos jours. Un autre député Sooninke, Hassanya Bambara ou wolof, serait aussi totalement incompris malgré la traduction en Arabe, ainsi donc, instaurer un climat de sourd et muet dans un pays où le dialogue entre les cultures et les civilisations est mis en mal par les pouvoirs successifs souvent, adeptes d’une politique d’exclusion, d’acculturation et d’Arabisation outrancière du pays. Priver les élus de pouvoir communiquer dans une langue, celle dite de travail, à la base de la formation de tous les anciens cadres de ce pays, à la base de toutes les recherches scientifiques, culturelles et technologies c’est vouloir s’isoler du monde, c’est aussi une atteinte grave à la liberté d’expression fondée sur la volonté de priver une partie de la communauté nationale des décisions cruciales du pays et de leurs conséquences sur leurs vies et celles de leurs progénitures. Députée courage, battante de L’IRA Madame Coumba Dada avant son élection à l’assemblée nationale avait été licenciée abusivement de la caisse nationale de Mauritanie, du fait de son militantisme, de ces prises de positions pour un état de droit avec son lot de dénonciations contre les pratiques esclavagistes et le racisme institué sournoisement par l’état Mauritanien contre sa population Noire. Très curieux de voir à l’intérieur du pays, une opposition silencieuse voire complice vis à vis d’un président de l’assemblée injurieux à l’endroit d’un autre député El Ghassen sans que cela ne fasse un tollé général et qu’une forte mobilisation Arc en ciel se dégage pour sauver la » nation « . Quoi qu’il soit Madame, la députée Coumba Dada, je continuerai à parler avec toi en Français ne comprenant ni le poular ni l’Arabe et toi non plus ne pouvant t’exprimer en sooninke, notre seul recours est donc cette langue pour mieux se comprendre. Il est où le mal, est ce, être aliéné ? Est ce, ne pas aimer nos langues nationales ? C’est une folie de penser autrement. La nature a horreur du vide.
MAURITANIE : LES CHEMINS OBLIQUES DE LA DISCRIMINATION
Causes, enjeux et conséquences d’une imposture
🔹️Faits
Vendredi 31 janvier 2020, lors d’une séance plénière de la première session ordinaire du Parlement, Cheikh Ould Baya, président de l’institution, au nom de l’Union pour la république (Upr), le parti du Chef de l’Etat, apostrophait la députée de l’opposition, Madame Coumba Dada Kane, en des termes sans équivoque : « Un discours en français n’a pas de sens ici à l’assemblée nationale. Il n’a plus de sens » ; plus tard, il renchérit, toujours dans la langue ainsi rejetée : « Si, vous parlez en français, sachez que, en tout cas, les électeurs qui vous ont élu, ne vous comprendront pas ».
🔹️Contexte
Cheikh Ould Baya récidive ; à mainte reprise, devant ses collègues, il déclarait n’aimer ni ne respecter le Français, symbole, à ses yeux, de l’héritage colonial. D’ailleurs, le zèle du député-maire de Zouérate l’avait conduit à affirmer, le 28 juillet 2017, lors d’un meeting en compagnie de l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, dans son fief municipal : « l’hymne national a été élaboré par un homme qui collaborait avec le colonisateur et chanté par un petit groupe de personnes » ; le propos visait feu Baba Ould Cheikh Sidiya, l’auteur de la politique de « pacification » au début du 20ème siècle ; aussitôt, ses nombreux disciples et admirateurs se mirent à manifester. Ould Baya leur présentait alors ses excuses, mettant un épilogue provisoire à une campagne de réécriture de l’histoire qui ressurgit, à intervalle irrégulier, depuis le putsch du 10 juillet 1978 ; de la fabrique de faux résistants et de généalogies contrefaites, à la modification du drapeau et de l’hymne, la Mauritanie parachevait, pendant les deux quinquennats de Mohamed Ould Abdel Aziz, la tentative de modification de son récit, conduite par l’Etat et sous sa caution.
🔹️Substrat
L’incident du 31 janvier 2020, procède du processus de réécriture et de falsification du passé, désormais en vigueur au sein de l’ensemble maure. La dynamique négationniste résulte, elle, de l’arabisation au rabais, conduite, dès les années 1980, avec son bilan de destruction de l’enseignement, de la justice, de l’administration et d’abrogation de l’égalité des chances; le même délire, atteindra son paroxysme morbide, entre 1986 et 1991, durant les années de tortures, de déportations, d’assassinats, de spoliation foncière et d’humiliation, tous crimes jusqu’ici impunis, en vertu de la « loi n° 93-23 du 14 juin 1993 portant amnistie » ; le texte, toujours en vigueur, interdit la moindre poursuite contre les auteurs de violences racistes, leurs complice et receleurs. Du jour au lendemain, des milliers d’élèves, étudiants, de cadres et de militaires négro-africains se retrouvaient, victimes de l’exclusion linguistique ; ceux qui n’ont pu apprendre l’Arabe ou refusé l’assimilation brutale s’installaient, dans le statut d’une citoyenneté périphérique, comme l’atteste, ces dernières années, leur laborieux enrôlement au registre de l’état-civil. Des centaines de fonctionnaires perdaient ainsi le travail, la considération et la subsistance. Quelques-uns s’exilaient vers des latitudes plus réceptives à leur talent. Nombre d’entre eux, du seul fait de la qualification, s’imposèrent, tôt, dans la fonction publique internationale, les cabinets d’avocat ou le management d’entreprises, loin du bercail. Ceux restés au pays, se contentaient alors de positions subalternes qu’ils devaient défendre à force de soumission et d’alignement sur les factions de tribus et de clans. Impact
Au terme de quatre décennies d’arabisation bas de gamme et de chauvinisme d’Etat, le projet d’une cité moderne a été systématiquement investi, dévalisé, déstructuré puis mis en coupe réglée sous la médiocratie d’une élite de substitution, à peine instruite de l’intérêt général, du droit et des notions universelles de sanction et de récompense ; une classe de parvenus, où l’inculture, l’aigreur, le désir de revanche et le réflexe tribaliste motivent l’acharnement à abolir le mérite, a pris le pouvoir et entend le garder. La guerre au Français découle du parachèvement de cette volonté de résistance à la rationalité de la gouvernance selon les critères de la compétence et de l’intégrité. L’écroulement de l’Etat et de l’éducation nationale, la vénalité de l’appareil judicaire et l’ethnicisation de la diplomatie témoignent assez d’une régression en cours d’accomplissement. Une majorité de mauritaniens semble s’en accommoder, à cause des lacunes parmi le personnel dirigeant et de la résignation fataliste chez un peuple qui produit des charlatans, des féticheurs et des faiseurs de miracle, en guise de héros.
🔹️Malentendus
Or, l’audace, voire l’imprudence du dessein suscite quelques observations de circonstance :
Il convient de relever, ironie du sort, que les promoteurs de l’arabité exclusive s’obstinent, quand ils en ont les moyens, à envoyer leur progéniture dans les établissements bilingues mais incitent les enfants des humbles, à endurer l’école monolingue, au demeurant réduite à la clochardisation. La domination reproduit, ici, sa mécanique le plus efficace.
Le Français, outil de travail du gouvernement, de l’économie, de la diplomatie et de l’environnement régional reste au cœur de la société et régit l’essentiel de la documentation et de la correspondance, jusqu’au sommet de l’Etat. L’en extirper au profit d’une seule langue suppose la disponibilité à un bouleversement moral et intellectuel, d’une ampleur sans précédent.
La Mauritanie garde, jusqu’à ce jour, la qualité de membre de l’Organisation internationale de la francophonie (Oif) et de son assemblée parlementaire. Maintenant, l’interrogation sur son appartenance aux deux entités évolue d’une question de politique domestique à un défi pour notre crédibilité à l’extérieur.
La traduction simultanée des langues non-écrites vers l’Arabe et inversement, date d’une directive de juillet 2019, laquelle ne prévoit le même service entre les députés locuteurs du Pulaar, du Soninké et du Wolof, ainsi figés dans la posture d’une minorité, toujours en demeure d’accepter son atomisation.
🔹️Conclusion
À présent, la crise interpelle le Président de la république et de sa majorité, dont le silence entretient l’ambiguïté, surtout si l’on se souvient d’une hystérie similaire, lors de l’ouverture du congrès de l’Upr, le 28 décembre 2019 :
La virulence et la récurrence des écarts imputés au leader du Parlement – parfois des attaques ad hominem à l’endroit des élus – appellent une clarification. Soit la Mauritanie se déclare francophobe et l’assume, y compris sur le plan international, en adoptant, sans détour, le nationalisme arabe comme doctrine du gouvernement, soit elle en désavoue les promoteurs. Les postures du grand écart et de l’ambiguïté arrivent à péremption. A force se croire toujours plus malin, l’on finit par ne plus inspirer confiance, d’abord à ses alliés.
Le pays a besoin d’une loi qui tranche le litige de la langue dans l’espace public et confère, au choix, force, précision et légitimité. Si l’usage du Français est un délit ou un objet de censure, il convient de trouver, à la restriction, un fondement normatif.
Le repli sectaire sur les fantasmes de l’identité, la culture du faux, le déni d’équité, l’intolérance et l’extrémisme religieux sont le fruit mûr de l’arabisation à outrance ; un tel legs du régime des colonels, sédimenté durant 4 décennies, ne correspond plus à l’hypercompétitivité du monde ; pire, il fragilise le pays, tandis que tonne, aux frontières, le grondement du jihadisme. Il y aurait inconséquence tragique à mener, si près du front, des batailles d’arrière-garde et des diversions sans issue, d’autant que l’ennemi menace, de l’intérieur.
Vous me permettrez Monsieur le Premier Ministre, de commencer par énoncer, ce qui peut paraitre une évidence, en déclarant que le concept d’état nation n’a de sens que lorsqu’il recouvre toute sa signification, avec une portée concrète au profit de tous les citoyens.
C’est peut être une évidence, mais certaines évidences méritent d’être répétées. Monsieur le premier Ministre, nous sommes à un tournant historique de notre existence pour parfaire les bases d’une nation stable.
Ainsi nous devons nous appuyer sur notre diversité qui est source d’enrichissement et d’épanouissement culturels, et sur le principe de l’égalité qui est une valeur cruciale quand il s’agit de défendre des idéaux de justice sociale.
Cela, son Excellence président de la République Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazaouni l’a compris, lorsque dans ses engagements face à la nation, il a annoncé la mise en place d’un état fort et moderne au service du citoyen, l’avènement d’une société fière de sa diversité et réconciliée avec elle-même.
Comme vous le savez Monsieur le Premier Ministre, cette vision repose sur notre devise nationale qui est l’honneur-fraternité-justice.
D’une part l’application de cette vision avec diligence, permettra à notre cher pays de se débarrasser non seulement des pratiques archaïques et néfastes, du régionalisme, du tribalisme et de l’ethnicisme. Mais mettra aussi fin à un sentiment de complexe de supériorité qui gangrène notre quotidien. D’autre part des mesures participant à un objectif d’insertion doivent être lancées, pour faire en sorte que la fonction publique et plus généralement l’ensemble des instances de l’état reflètent bien la réalité de la société mauritanienne d’aujourd’hui.
Aussi, Monsieur le Premier Ministre l’application de cette vision demande l’engagement d’hommes et des femmes soucieux de comprendre les aspirations des populations et qui écoutent régulièrement leurs doléances tout en étant capables de les organiser pour la réalisation d’un idéal commun.
Dans cette même logique nous avons besoin d’Hommes et femmes dynamiques débarrassés de tout complexe et tout préjugé, préalable absolu à la réalisation de notre projet national.
Monsieur le Premier Ministre une vision qui ne s’accompagne pas d’action n’est qu’une illusion, une action qui ne découle pas de vision est du temps perdu. Tout ça pour dire que pour changer le monde, il faut une vision et de l’action Pour une Mauritanie apaisée, notre histoire nous impose de prendre des mesures adéquates de nature à restaurer la confiance entre toutes les composantes de notre nation.
La reforme de l’éducation nationale de manière inclusive ;
Le règlement définitif du passif humanitaire ;
L’application stricte des lois criminalisant l’esclavage.
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