🔴Mauritanie ~ 2 juin 2024 | quelques points marquants de la conférence de presse du candidat Biram Dah Abeid à Nouakchott

● Présentation de condoléances aux familles de jeunes manifestants morts ces dernières heures du côté de la ville de Kaedi. Et une ferme dénonciation et mise en cause des pratiques policières du régime en place. Le député appelle à la libération de tous détenus sur l’ensemble du territoire national.

● la cellule chargée des opérations électorales autour du candidat a donné brièvement des éléments d’irrégularités relevées lors du vote et dans les données de la CENI.

● Le candidat BDA réaffirme qu’une crise s’est installée à l’issue du scrutin frauduleux du 29 juin et qu’il refuse de reconnaître les résultats qui en sont issus. Et il dit disposé au dialogue avec les autorités afin de la régler. Il a dénoncé les arrestations dont sont victimes ses partisans et ceux de ses partenaires de la Coalition BDA 2024 ayant porté sa candidature. Il a botté en touche les accusations par la propagande visant à salir ses partenaires (en citant Samba Thiam et Bakary Tandia) dans une certaine opinion publique arabophone.

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🖋KS pour le BLOG

● Mauritanie | L’élection présidentielle du 29 juin 2024 : Bilan de l’instant !



Le scrutin présidentiel dans ce pays ouest-africain s’est soldé par la reconduction du président sortant selon les résultats provisoires publiés par la CENI (la commission électorale nationale indépendante). Données faisant l’object d’une ferme contestation exprimée par la coalition qui porte la candidature du leader abolitionniste mauritanien, le parlementaire M. Biram Dah Abeid. Lors de différentes sorties médiatiques, celui qui est arrivé deuxième avec 22,10% selon le bilan CENI, laisse entendre qu’un travail est en cours pour matérialiser les éléments prouvant la mise en cause des données sous le contrôle de la CENI. Ainsi, une évolution éventuelle en terme de recours est à suivre avant la proclamation officielle par le conseil constitutionnel. Du côté du Raïs annoncé réélu, il s’est exprimé dans la journée du 1 juin 2024 dans un élément vidéo prenant acte de la confiance renouvellée par le peuple à son égard dit-il.

Pour rappel, lors des élections générales de l’année dernière, son parti Insaf et ses alliés avaient largement dominé avec une majorité écrasante à l’assemblée nationale et 13 conseils régionaux conquis.

Ci-après quelques données clés provisoires du scrutin reccueillies sur la plateforme de la CENI :

Corps électoral de base :  1 939 342 inscrits

Taux de participation 55,39 %

Nombre des bureaux 4 503

1 – Mohamed Cheikh El-Ghazouani 56,12%

2 – Biram Dah Abeid 22,10%

3 – Hamadi Mohamed Abdi 12,78%

4 – El Id M’Bareck 3,57%

5 – Mamadou Ba 2,39%

6 – Outma Antoine Soumare 2,06%

7 – Mohamed Lemine El Wafi 0.98%

• Lien de source https://res-myceni.org/

Du côté de l’opposition sur les 3 dernières présidentielles (2014, 2019 et 2024), le leader antiesclavagiste BDA est en progression constante et s’est positionné comme le premier challenger des candidats de l’état profond. En effet, il y a 10 déjà, il était arrivé deuxième avec un score de 8,67% loin derrière l’ex président Ould Abdel Aziz, en 2019, il avait reccueilli 18,59% face à l’actuel président réélu.

L’arène politique dans ce pays reste à revoir en matière de gestion électorale. Les oppositions doivent se réinventer politiquement et enclencher d’autres stratégies visionnaires sur le long terme. Les échéances prochaines…2028 et 2029, respectivement attendues les générales et la présidentielle.

Ce jour, nous apprenons que les réseaux internet mobiles sont suspendus dans le pays. Ce qui rend confuse la situation actuelle postélectorale liée aux remous contestataires du scrutin.

Le 2 juin 2024

🖋KS pour le BLOG

● L’éditorial OndeInfo | On s’y attendait, Ould Ghazouani a gagné la présidentielle : qu’est-ce qui va changer ?

Pas grand-chose pour nous autres, parce que nous sommes, ce que nous sommes. Les élections présidentielles en Mauritanie se suivent et se ressemblent. Cette fois-ci encore le peuple, la majorité, celle qui aspire ardemment au changement a rêvé jusqu’ au soir du 29 juin. Au final, c’est un énième désenchantement !

La campagne aura été, comme à l’accoutumée un déversoir, un moment pour les éternels opprimés de se lâcher sans tabou.

La pilule est certes dure à avaler pour le pouvoir, mais il l’a ingurgitée quand-même, non sans difficulté et sans grimace, pour se prêter au jeu démocratique. Le temps d’une campagne est compté, assez court. Le pouvoir constitué, entre autres, d’une oligarchie militaro-esclavagiste- feodalo- affairiste a dû serrer les dents, en fermant les yeux sur ce qu’il considère, en d’autres circonstances comme des écarts de langage, – pratiques courantes-, pour enfreindre à la liberté d’expression.

Ainsi, le pouvoir a laissé faire non pas par principe, mais tout simplement, parce qu’il a peur du jugement de l’extérieur (l’opinion internationale). Le jugement de l’autre le préoccupe tant, au point qu’il oublie celui de (l’intérieur) le peuple souverain.

D’ordinaire, répressif et autoritaire, le pouvoir a fermé les yeux sans vraiment les fermer véritablement pendant la campagne électorale.

En effet, les services des renseignements travaillent à plein régime, sortent leur calepin et notent tout.

Et les premières mesures qui seront prises au lendemain de la réélection d’ Ould Ghazouani  prendront en considération grandement, le  travail abattu par les services de renseignements.

Pour ce faire, les nominations, les limogeages, l’orientation des projets dans les différentes régions du pays, le nombre de ministres par tribu, par communauté, par ethnie ainsi que leur origine sociale et même familiale etc. seront faits sur la base de ces éléments (fiches de renseignements).

D’un côté, il y a ceux qu’il faut abattre parce qu’ils ont osé dénoncer, s’allier avec l’adversaire politique du pouvoir. Ceux-là seront des victimes, même leurs proches ne seront pas épargnés.

Une espèce de règlement de comptes s’installe, à moins de se dédire, se racheter, faire son mea culpa, renoncer à ses convictions politiques, trahir tout simplement, pour acheter la paix et celle des siens.

L’après présidentiel, c’est également un moment de délation, au sein du cercle du pouvoir. Certains sont reclassés, d’autres déclassés, et tombent en disgrâce.

Et bien évidemment, il y a ceux qui seront récompensés, et qui gagneront la confiance du raïs pour s’être investis, souvent avec zèle pour ces derniers, c’est une nouvelle vie qui commence.

Il ne faut pas s’attendre à de grands changements. On reprendra ad vitam aeternam les mêmes. C’est l’éternel recommencement : les mêmes noms de familles vont revenir. Leur père, cousin, oncle ont occupé des postes de responsabilité, eux aussi sont prédestinés à la haute sphère de l’Etat.

Cette « reproduction en fac-similé », des élites issues des mêmes familles, mêmes fratries et tribus de générations en génération, depuis l’indépendance dans la gestion de l’Etat est une triste réalité partagée, – les postes de responsabilité au sein de l’Etat sont devenus, la chasse gardée pour certains- qu’on peut observer dans toutes les composantes sociologiques du pays.

Bien évidemment, chez les Beydane, la réalité est moins visible, du fait qu’ils détiennent la part du lion dans les nominations, alors que chez les autres, il y a en général deux à trois postes prévus. Ce qui fait qu’il est plus facile de remarquer la régularité des mêmes visages, des mêmes noms, des mêmes familles qui sont régulièrement promus. C’est la démocratie par les quotas. 

Le Guidimakha ne fera pas exception à cette tradition, plus forte que les lois et même la Constitution. Les nominations se suivent et se ressemblent, au profit des lignées pour asseoir leur domination et leur hégémonie sur les autres.

Et dans les discours officiels on continuera à mentir, à proclamer » l’égalité des chances, et même l’équité. 

Notre démocratie est grabataire, elle est en fin de vie. Faut-il l’euthanasier ?  A-t-elle encore une chance d’être sauvée ?
Le pessimisme est de mise et semble l’emporter. Les signes sont loin d’être rassurants. Et c’est parti encore pour cinq années d’aventure ou dit moins de mésaventure démocratique. Les mêmes intérêts seront préservés, les mêmes clans et les mêmes seront promus. Et après eux, ce sera le tour de leurs progénitures.

Seyré SIDIBE