📖 Note de lecture | Notre « Blessure Nationale » dans l’enfer d’Inal qu’il faut PANSER en Toute Justice un Jour !



Ce livre paru en l’an 2000, est un tĂ©moignage clĂ©. Une dĂ©cennie seulement aprĂšs les Ă©vĂ©nements, M. Sy victime et rescapĂ© trĂšs chanceux nous fait visiter et vivre Ă  travers son rĂ©cit, une machine haineuse Ă  tortures qui a broyĂ© l’existence de nombreux compatriotes valeureux.

L’auteur confesse avec hauteur : « Mon souhait est de voir une Mauritanie unie dans la confiance oĂč le Maure est libre de rester maure, le Haratine de rester haratine, le Peulh de rester peulh, le SoninkĂ© de rester soninkĂ©, le Wolof de rester wolof et le Bambara de rester bambara, mais tous des mauritaniens.» P 186

L’ouvrage de M. Mahamadou SY (ancien lieutenant de l’armĂ©e đŸ‡ČđŸ‡·) est une source-ressource essentielle pour disposer d’Ă©lĂ©ments de comprĂ©hension d’une pĂ©riode troublante de la vie politique de notre pays. Le puzzle de ce qu’on peut appeler une purge systĂ©mique dans les annĂ©es 1986…1990 au sein de la grande muette, prĂ©sente des donnĂ©es lisibles et circonstanciĂ©es. Contenu lourd qui sidĂšre le bon sens et fend tout cƓur humaniste nous interpelle en pensant Ă  un seul mot : POURQUOI ?

On peut y lire Ă  la page 160 : «L’histoire de tous les prisonniers est presque identique Ă  la nĂŽtre : arrestations sous prĂ©texte de convocation, tortures et aveux arrachĂ©s.» , un bref narratif pouvant illustrer le « COMMENT » d’un rĂ©gime d’horribles exactions extrajudiciaires.

Un civil exerçant le mĂ©tier de pĂȘcheur s’est retrouvĂ© dans un camp d’emprisonnement militaire Ă  JreĂŻda. Son cas est l’incarnation fantaisiste de ce qui a motivĂ© en sourdine cette Ă©puration aux relents ethno-raciaux : «Du statut de pĂȘcheur, il passe Ă  celui de comploteur contre la sĂ»retĂ© de l’Etat. Il faut admettre que ça aussi, c’est trĂšs fort.»   pouvons lire Ă  la page 164.

Page 167, aprĂšs la terreur pratiquĂ©e avec zĂšle sur d’innocentes personnes, le dĂ©nommĂ© capitaine Moctar vient informer les rescapĂ©s du changement imposĂ© aux hautes autoritĂ©s Ă©tatiques par l’Ă©clatement mĂ©diatico-diplomatique de l’affaire des camps : « … Le PrĂ©sident de la RĂ©publique vous a pardonnĂ©. Le chef d’état-major me charge de vous dire d’oublier ce qui s’est passĂ© et qu’en bons musulmans, vous devez mettre tout cela sur le compte de la fatalitĂ©.»

Contexte et ambiance :

1 – C’est sous la gouvernance militaire d’un certain CMSN (Conseil Militaire de Salut National) dirigĂ© par un colonel moustachu rĂ©pondant au nom de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya (natif d’Atar dans l’Adrar mauritanien).

2 – Dans un rĂ©gime militaire, l’alternance politique au sommet ne passe pas par une Ă©lection, donc, la campagne perpĂ©tuelle qui prĂ©vaut en interne, se fait par des complots, faux complots, trahisons, fausses trahisons, intrigues et manipulations…

3 –  Saddam Hussein, l’ex dictateur irakien est parrain idĂ©ologique d’une certaine Ă©lite militaire (et civile) parmi l’ensemble communautaire maure, notamment Ă  travers l’hydre politique du baathisme. Le colonel Taya se lie stratĂ©giquement Ă  l’international au leader irakien qui avait gazĂ© les kurdes de son pays…ces annĂ©es lĂ . Une leçon d’une vellĂ©itĂ© gĂ©nocidaire… qui a inspirĂ© sans doute…

4 – La parution d’un manifeste d’alerte (sur la marginalisation croissante dans la structure Ă©tatique du pays) par les FLAM (Forces de LibĂ©ration Africaines de Mauritanie)

5 – Le coup d’État capotĂ© ou trahi d’octobre 1987 est dans l’arriĂšre-fond psychologique des limiers du rĂ©gime en place. Un coup fomentĂ© par des Ă©lĂ©ments issus du groupe sociolinguistique poularophone.

6 – Les vives tensions entre la Mauritanie et le SĂ©nĂ©gal au cours de l’annĂ©e 1989 avec plusieurs nĂ©gro-mauritaniens injustement dĂ©portĂ©s vers le SĂ©nĂ©gal et le Mali.

Ces quelques points citĂ©s font partie d’un environnement politique et militaire de l’Ă©poque Ă  mettre en perspective avec le recul pour se faire un relatif habillage de l’atmosphĂšre qui sĂ©vit objectivement…

Ces passages dans les pages 177 – 178 sonnant comme une conclusion-plainte qui court toujours : « Deux cent cinquante prisonniers ont fait le trajet pour Inal au mois de novembre 90 mais seulement 96 d’entre eux feront le voyage retour. Le reste repose autour du fameux terrain de sport.»
«Les victimes, nous savons ce qu’elles sont devenus. Mais les tortionnaires, qu’en est-il advenu ? J’ai entendu dire qu’ils ont Ă©tĂ© amnistiĂ©s.»
« Qui peut se prévaloir du droit de pardonner, à ma place, mon caporal étrangleur ? »

En photo illustrative en plus de la couverture du livre, la photographie du visage angĂ©lique du jeune Lieutenant Anne Dahirou (paix Ă  son Ăąme). Les circonstances de sa mort symbolisent tristement l’engrenage cruel et criminel qui faucha injustement plusieurs belles Ăąmes.

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‱ KS pour le BLOG L’Écrit OsĂ©

Paisible Vendredi Ă  TOUS

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