
[« Renoncer Ă sa libertĂ© câest renoncer Ă sa qualitĂ© dâHomme, aux droits de lâhumanitĂ©, Ă ses devoirs âŠInĂ©galitĂ© et domination sont insĂ©parables comme Ă©galitĂ© et libertĂ© »] Bruno Bernardi
« Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais » Abraham Lincoln
« Mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux » Emiliano Zapata (1910).
Je ne sais pas laquelle de ces citations choisir pour aborder le sujet des inégalités sociales.
Avant tout propos priĂšres aux Ăąmes des personnes dĂ©cĂ©dĂ©es, victimes de lâobscurantisme.
Les inĂ©galitĂ©s existent sous diffĂ©rentes formes parmi lesquelles lâesclavage par ascendance qui est le thĂšme du livre dont je mâen vais commenter.
Le titre est : Les restes fĂ©odalo-esclavagistes intra- africains : ce qu’il faut comprendre pour s’en dĂ©barrasser ! Le cas soninkĂ©.
Lâauteur, Koundou SOUMARE, que jâai connu il yâa plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ sur la toile et rencontrĂ© physiquement pour la premiĂšre fois le 29 juin 2024, jour des Ă©lections prĂ©sidentielles, devant le consulat de la Mauritanie Ă Paris.
Koundou, militant de premiĂšre heure pour les causes nobles depuis de nombreuses annĂ©es. Un combattant contre les inĂ©galitĂ©s sociales qui gangrĂšnent nos sociĂ©tĂ©s de façon gĂ©nĂ©rale et la sociĂ©tĂ© soninkĂ© en particulier. Il a toutes les vertus dont tout chaque homme rĂȘverait dâavoir. Humble, courageux, Ă lâĂ©coute et au service de sa communautĂ©, Koundou est une perle rare. Il mĂ©rite tous les hommages.
Concernant son livre, de prime Ă bord, lâaisance avec lequel il aborde son ouvrage nous montre quâil nâest ni amateur ni capricieux sur le sujet. En effet, dĂšs la premiĂšre phrase on se rend compte que lâauteur est non seulement profondĂ©ment attachĂ© Ă la cause quâil dĂ©fend mais aussi et surtout quâil maitrise tous les rouages et subterfuges utilisables par la communautĂ© pour asseoir une domination des uns sur les autres.
Dans son livre, il dĂ©cortique point par point tous les prĂ©textes utilisĂ©s aujourdâhui pour lĂ©gitimer religieusement ou au nom dâun passĂ© rĂ©volu cette pratique ignoble et inhumaine qui est lâesclavage.
Je pense que le caractĂšre statutaire, câest-Ă -dire la transmission de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration rend encore plus caduque cette organisation sociale. En effet, rien dans ce monde nâest figĂ©, mĂȘme pas le monde lui-mĂȘme. De ce fait, que la sociĂ©tĂ© impose un statut immuable relĂšve dâune trĂšs grande injustice.
Nous conviendrons tous quâun prisonnier doit au prĂ©alable commettre un acte reprĂ©hensible qui lui fait perdre sa libertĂ©. Pouvons-nous concevoir quâun homme ou une femme puisse perdre sa libertĂ© Ă la naissance sans avoir commis aucun crime ou acte qui conduit Ă la privation de libertĂ© ? La rĂ©ponse est trĂšs certainement non.
De ce fait, on se rend compte assez facilement du caractĂšre ridicule de nos pratiques dâaujourdâhui.
Comment concevoir que dâautres personnes puissent dĂ©cider, Ă ta place, la vie que tu dois vivre avant mĂȘme ta naissance ? On peut Ă©voquer ici les pratiques dĂ©gradantes telles que les injustices Ă lâĂ©gard des femmes dans les sociĂ©tĂ©s conservatrices, les mutilations gĂ©nitales, le mariage prĂ©coce/forcĂ© et lâesclavage par hĂ©ritage.
Pour revenir au livre,
Jâai Ă©tĂ© frappĂ© par lâouverture dâesprit de lâauteur, Ă travers les questions soulevĂ©es et sa capacitĂ© Ă susciter la curiositĂ© du lecteur pour le pousser Ă la rĂ©flexion.
Il dĂ©nonce avec fermetĂ© et rigueur tout en donnant un aperçu sur la sociĂ©tĂ© dont il rĂȘve, pour ne pas dire la sociĂ©tĂ© dont tout homme sensĂ© rĂȘve.
En somme, dans ce livre Koundou ne soulÚve pas seulement des problÚmes mais ils proposent également des solutions.
Avant de parler de la forme, je voudrais faire un petit commentaire sur la fameuse phrase Ă©voquĂ©e par lâauteur et source dâĂ©cueils : « Vos mĂ©thodes sont mauvaises mais la cause est juste ». Je voudrais juste souligner, en toute objectivitĂ©, que ces mĂ©thodes critiquĂ©es par les dĂ©tracteurs n’appartiennent pas Ă Gambanaxu mais plutĂŽt Ă la sociĂ©tĂ© dans laquelle cette organisation est nĂ©e. Gambanaxu a peut-ĂȘtre permis l’expression et lâexposition au grand jour de certaines mĂ©thodes honteuses, tĂ©moins de certaines mauvaises valeurs inculquĂ©es par la sociĂ©tĂ©. De toute ma vie, je nâai jamais imaginĂ© un soninkĂ© Ă©duquĂ© dans le soninkaxu capable de commettre un meurtre, pourtant ce fut le cas Ă plusieurs reprises notamment les 4 martyrs de DiandiounĂ© (Mali) le 01/09/2020 (QuâAllah accueille tous les martyrs au paradis).
Allons-nous continuer à faire porter la responsabilité à Gambannaxou ou plutÎt sur le manque de valeurs morales dont font preuves trÚs souvent certains réactionnaires ?
Ne serait-ce pas une Ă©niĂšme tentative de diabolisation ou de diversion de sâattarder sur les mĂ©thodes ? Alors que lâessentiel est ailleurs.
Sur ce point, que ce soit les mĂ©thodes dâaction ou de rĂ©action, je pense que câest dâabord une question individuelle liĂ©e aux valeurs, au moral, Ă la piĂ©tĂ© et Ă lâĂ©ducation reçue qui varient dâun individu Ă un autre. Ce serait lĂąche de dĂ©douaner la sociĂ©tĂ© de sa responsabilitĂ©. En d’autres mots, ces mĂ©thodes se trouvent dĂ©jĂ sur place et ont lâair trĂšs ancrĂ©es chez certaines personnes indĂ©pendamment de son camp.
D’ailleurs sâil y’a une chose que je reproche Ă Gambana ou plutĂŽt certains militants c’est le manque criant de mĂ©thodes homogĂšnes et dâactions globales et ciblĂ©es surtout en ce qui concerne certaines localitĂ©s (cf. les sous-organisations locales). Comme sâil nây avait pas de coordination centrale et que chaque membre serait libre de dire ou de faire comme bon lui semble. En tout cas, câest mon impression.
Pour conclure ce point, dâaucuns doivent comprendre que Renoncer au Soninkaxu (soninkara) n’est pas nĂ©cessairement un tribut Ă payer pour se sentir libre. On peut bien rester attachĂ© aux bonnes valeurs du soninkaxu et tout en combattant les injustices et inĂ©galitĂ©s sociales imposĂ©es par la hiĂ©rarchisation Ă la naissance (systĂšme de castes) ou Ă lâĂ©gard des femmes, entre autres.
Revenons sur le livre,
Dans la forme, pas besoin dâavoir bac+3 pour lire et comprendre ce livre qui est trĂšs facile Ă lire et Ă la portĂ©e de tous. Ce dont on a besoin pour lire ce livre est une infime dose de bonne foi et dâhonnĂȘtetĂ© et surtout une carence en « hypocrisine », lâhormone de lâhypocrisie (rire).
Quant au style dâĂ©criture, câest dĂ©contractĂ© avec une petite touche dâhumour sur un sujet aussi sĂ©rieux. Jâai vraiment apprĂ©ciĂ© cela.
Si on me demande de faire une critique, je dirais dâabord le manque de distinction remarquable, câest-Ă -dire parfois les obstacles peuvent se confondre avec les causes et ces derniers avec les consĂ©quences. De plus, un chapitre plus Ă©toffĂ© sur les origines de ces pratiques aurait Ă©tĂ© la bienvenue. En effet, pour une personne peu ou pas avertie, on peut parfois perdre le fil conducteur.
Pour finir, mon message est :
Dans un monde civilisĂ©, tout combat doit ĂȘtre menĂ© de façon civilisĂ©e !
Ne pas s’adonner Ă l’invective ni Ă la violence est lâun des plus grands secrets !
La dignitĂ© humaine nâa pas de prix !
Le combat continue !!!
Cheikh Mohamed DIARRA
Paris le 25/12/2024
