● Mauritanie | Dialogue national : le contexte n’est pas rassurant ~ Par M.Seyré SIDIBE

Ce dialogue en perspective est voué à l’échec comme les précédents, faute d’une réelle volonté, par manque de sincérité, paradoxalement de ceux qui appellent de leurs vœux au dialogue.

Les signes ne trompent pas. Ils présagent d’un dialogue orienté, calculé, des concertations dont les conclusions sont déjà écrites.

En effet, les actes que posent les initiateurs du dialogue ne rassurent personne. Quand on appelle au dialogue, on est conscient d’une crise, d’un malentendu, d’un dysfonctionnement…

Conséquence d’un regret se traduisant par une volonté de rupture, de mieux faire, de changer au besoin de paradigme, d’être plus attentif et inclusif.
Appeler au dialogue, suppose qu’on est conscient du malaise, qu’on a identifié les écueils, les difficultés et les préoccupations de son interlocuteur, de ses interlocuteurs.

Mais alors, pourquoi lancer un dialogue juste pour faire de la communication politique ? Pourquoi un dialogue alors qu’on persiste et signe dans la même logique ?

Au moment où les autorités appellent au dialogue, on voit qu’elles continuent sans sourciller, à multiplier des actes sources de désunion, de crise politique et sociale, pouvant conduire à la fracture de la république.

Parmi ceux-ci, la décision de levée de l’immunité parlementaire à deux députés, de l’opposition évidemment, et la vraie opposition. Même si les autorités se réservent de révéler l’identité de ces représentants du peuple. Un secret de polichinelle : tout le monde sait de qui il s’agit. Dans un contexte de dialogue, on prône la désescalade, on fait profil bas, on calme le jeu et on cesse la provocation.

L’autre fait qui corrobore la thèse selon laquelle, ce dialogue en gestation n’en est pas un. C’est la rafle au faciès, qui cible officiellement les étrangers subsahariens dans sa mise en œuvre. Chaque Etat a ses lois.

Chaque Etat est souverain. Cependant, dans un pays où l’on n’arrive toujours pas à régler, à évacuer, à dépasser, à solder le passif humanitaire que d’aucuns appellent génocide, on doit se démarquer de tout ce qui peut rappeler, une telle tragédie.

Ma mère aime répéter ce proverbe Soninké: « Lorsque quelque chose de rouge a emporté ( tué) ton père , à chaque apparition du soleil, tu prends peur en disant il arrive « . Traumatisés par les évènements des années 90, les Noirs Mauritaniens, sans être complaisants avec les étrangers, sans vouloir les soutenir, craignent pour eux-mêmes : le retour des vieux démons. Est-ce qu’ils ont tort ? Mais non, la façon dont se comportent les forces de l’ordre ne peut rassurer aucun Mauritanien de peau noire, surtout lorsqu’il ne parle pas Hassaniya.

Ainsi, il revient aux autorités, une fois de plus de comprendre que leurs compatriotes, n’ont pas fini de refouler les années de braises, en les épargnant des méthodes de brutalité, de violence dont ils font l’objet dans leur interpellation, à chaque fois qu’ils sont confondus aux étrangers. l’État peut être ferme sans être « inhumain ». Il peut appliquer la loi sans piétiner, insulter, traumatiser ses propres citoyens sous prétexte d’une lutte contre l’émigration clandestine.

Que dire alors de ces compatriotes « sans identités » arrêtés, des sans-papiers créés par notre propre état civil ?

Les envoyer vers d’autres pays ? Je m’en voudrais à vie, si un jour, il m’arrivait de faire du mal à un compatriote surtout lorsque je suis dépositaire d’une portion de l’autorité publique.

Quel sadisme ! Sans mauvaise volonté, sans un agenda caché, la chasse aux clandestins ne peut emporter des Mauritaniens.

Aucun Mauritanien Blanc ou Noir n’est tombé du ciel. Nous avons tous des attaches quelque part: une famille, une tribu, un quartier, un village, une région, des amis d’enfance etc.Interroger ces éléments sociaux, géographiques, historiques, si vous avez un doute sur la nationalité d’un Mauritanien devenu apatride par la seule volonté de notre système d’enrôlement, la réponse ne saurait tarder.

Nous sommes un petit pays. On se connait tous. Nous sommes très imbriqués, même si nous œuvrons avec la bénédiction des politiques à nous détester, à nous séparer, à nous diviser etc.

Voilà des faits concrets, des méthodes, des agissements, des comportements de nos autorités, qui attestent que le dialogue qu’elles mijotent n’est qu’un écran de fumée.

Celui qui est conscient de la nécessité du dialogue, ( de dialoguer), s’inscrit dans une dynamique de remise en cause, d’apaisement, d’accommodation, de renoncement, de concession, d’arrangement. Il fera tout pour éviter la confrontation, le conflit, la provocation, le cafouillage, le camouflage et le double langage, qui sont vecteurs de crises, de déstabilisation et de chaos.

Par M. Seyre Sidibe

● Mauritanie | L’éditorial de La Nouvelle Expression : Moussa Fall face à l’histoire… mais son histoire

L’actualité du pays ces derniers temps est comme ce temps qui nous rattrape ou cet autre archaïsme qui nous définit. De l’aberration et de l’abjection vis-à-vis de ce qui pourrait et devrait être un pays. Oui un pays avec tous ces attributs. La Mauritanie souffre réellement de nos turpitudes. Ici et là dans ce pays, il était vrai qu’on magnifie le voleur. Le tricheur est applaudi et le menteur héroïsé.  Et pour cela rien n’a changé. C’est réellement l’identité qui nous sied encore mieux. 
Mais nous le savons aussi qu’il est mauritaniennement admis que l’intègre fils de ce pays soit qualifié comme un fou, un bon à rien qui ne veut rien et même considéré comme l’ennemi du « pays, le pays du système ». Il est, coûte que coûte, l’homme à abattre. Voici comment ce pays est pris en otage où les sangsues décident de notre devenir et l’hypocrisie gouverne notre quotidien. Voilà pourquoi, malgré les bonnes intentions d’une certaine élite qui veut se dédouaner et chercher à requinquer un passé récent peu reluisant, nous ne décollons pas. Et nous ne décollerons pas de sitôt sans un réel sursaut, une véritable et profonde rupture, tellement la vermine s’est véritablement incrustée.
Alors tout s’explique, comme ces derniers événements qui nous sont jetés en pâture. La bêtise humaine de Sélibabi. Petits, nos parents racontaient que les chiens déterraient les morts. Ainsi, la surveillance des cimetières s’accentue après chaque deuil au village. A Sélibabi, ce n’était pas des chiens mais des personnes qui ont déterré un corps qui, selon eux, est impur et n’est pas au bon endroit… violation de sépulture ne peut être bien, c’est le summum de la cruauté bestiale… humaine je veux dire.  Fiodor Dostoeievski disait : « On parle parfois de la cruauté bestiale de l’homme, mais c’est terriblement injuste et offensant pour les bêtes, aucun animal ne pourra jamais être aussi cruel qu’un homme, si habilement, si artistiquement cruel ». A Sélibabi, ce qui s’est passé là-bas, résonnera longtemps dans notre rétroviseur collectif. Sur ce sujet, je ne peux dire plus après lecture de la magnifique plume de Pr Ely Moustapha, qu’Allah swt le garde longtemps.
Alors mon propos est, comme annoncé par le titre, s’oriente vers une tentative de décryptage sommaire de l’homme en charge du dialogue. Je me définis comme un méfiant (comme cet aveugle dont les parties intimes avaient été piétinées et qui s’affaire à écouter tout bruit de pas) contrairement à ceux qui me qualifient de polémiste. Voilà pourquoi je suis grandement partisan de questionnements ne se laissant jamais dominer par la curiosité du public mais plutôt par l’intérêt public. Alors, qui est Moussa Fall dans l’histoire politique de ce pays ? Que peut-on attendre de cet homme ? Un personnage énigmatique, profond et trop complexe ? S’il est le premier à s’occuper durant l’époque de feu Président Sidi la résolution d’une partie du passif humanitaire, notamment le retour et l’insertion de certains rapatriés mauritaniens qui étaient au Sénégal, on n’oubliera pas qu’il a été aussi du groupe politique transfuge de l’UFD/Ere Nouvelle pour le PRDS de Maaouya ? Qu’est-il devenu depuis ?
Avant mes réponses à ces questions, l’actualité m’autorise à donner mon opinion sur l’histoire du député Khaly Diallo, l’affaire opposant la jeune Warda à Khatri Ould Dié et la demande de pardon de Biram.
Je pense que Khaly a été la surprise des laudateurs du système en reprenant dans l’hémicycle ce que les militants d’une Mauritanie juste clament depuis plus de 30 ans. Rien de nouveau qu’une réaction aux faits et gestes continus de ce système de mépris et d’exclusion. Et Rien de nouveau si ce n’est un certain Khatri Ould Dié du journal Maghreb-Hebdo qui vient insulter notre conscience en traitant quasiment le député Khaly de sous-homme et que le même puissant Khatri envoie une jeune dame en prison au prétexte que celle-ci l’aurait humilié. Ainsi, des hommes défilent chez lui pour qu’il retire sa plainte et, parfois, en le suppliant. Voici pourquoi nous ne décollons pas. Un applaudisseur de tous les pouvoirs, un produit du système qui a trituré, nargue ce qu’il y a d’institution de ce pays depuis Maouya à nos jours, en voulant coûte que coûte humilier une jeune dame par la prison. La Mauritanie, quant à elle, humiliée, pillée, saccagée et qui porte plainte contre notre conscience de citoyen de devoir ne fait pas larmoyer. C’est dans cette atmosphère qu’intervient une demande de pardon qui occupe les réseaux sociaux, une demande venue de Biram, patron du mouvement IRA. Une demande de pardon qui s’inscrit dans un registre que seul Biram sait la valeur.
Mais comme on le dit, nos hommes politiques ne pensent pas comme nous et n’analysent pas comme nous et surtout ils le font quand nous dormons. Et on ne peut que constater notre méconnaissance de jour en jour de la source de décisions ou positions voire positionnement de nos politiques sur les questions d’actualité et de leur priorisation. Le peuple subit sans comprendre et, tellement ahuri, pense toujours se tromper, voulant garder leurs héros politiques…
Alors, le Président Ghazouani, en nommant Moussa Fall Coordinateur du dialogue, veut par cet acte institutionnalisé… le dialogue. Le dialogue est une dimension de maturité politique de nature à ressasser les points de blocage de la vie et de l’existence d’un pays. Il est l’attrait d’une grandeur politique pour que les acteurs de la vie active d’un pays se parlent en vue de résoudre les problèmes du peuple. Par le passé, les Mauritaniens se sont parlés dans le format classique. Des résolutions ont été prises, considérées comme des remèdes à notre situation. Mais comme nos magnifiques textes juridiques et/ou lois n’ont pas connu de terrain d’expression. Et les soutiens du système, sans sourciller, défendent que tout va bien au moment où le patron de l’Exécutif appelle au dialogue. On appelle ça danser plus que le son du tamtam.
N’ayant pas pu empêcher le coup d’état contre SIDIOCA, Moussa Fall va-t-il réussir à déjouer ce possible coup contre l’espoir d’un peuple désappointé vu les résultats des dialogues passés ? J’aimerais me tromper si la profondeur et l’expérience de l’homme peuvent le laisser croire mais son parcours politique jette un petit bémol. Pour l’histoire, MF pourrait et devrait surprendre les sceptiques. Le transfuge de la plus grande formation politique de l’histoire de l’opposition a beaucoup à faire pour requinquer son image et celle du pays. Il pourrait être le mieux indiqué car connaissant les détenteurs des leviers qui empêchent ce pays de se repenser pour être admis dans les rangs des nations civilisées et développées. Cela demande courage et détermination pour le bien-être de ce projet de pays jusque-là mal pensé. Le courage de MF nous renvoie à sa posture après le coup d’Etat contre Sidi. Est-ce suffisant pour mener à bien cette mission avec des hommes et des femmes qui disent tout va bien dans ce pays pourtant presque à terre ?
Ce sont ces hommes et femmes qui feignent ignorer la souffrance de l’exclu, de l’orphelin des années de braise, du rapatrié mais aussi de l’apatride et qui cautionnent la communautarisation de notre marche commune. Ils disent tout va bien car ils réfléchissent par et pour la tribu. La mission de MF si, elle n’est pas impossible, est incommensurablement immense car la vérité irrite les tenants du pouvoir qui ont transformé une grande partie des opposants en plaisantins et certains d’entre nous autres (la presse) en griots béats… le griot du voleur.
Ce sont ces hommes et femmes qui narguent le bien-être commun pour leurs intérêts individuels. La Mauritanie ne les préoccupe pas car elle est pour eux comme une vache laitière qu’il faut traire pour investir ailleurs. Ce sont ceux-là sans vergogne qui mangent dans toute les sauces, l’intérêt pour eux est que le pain soit mouillé. Ils sont aussi experts dans l’amalgame pour retarder le rayonnement de notre devenir. MF le sait. Mais sait-il comment les contraindre pour redorer leurs blasons pour la Mauritanie de nous tous ?
Pour l’histoire de la marche du pays et son histoire à lui, Moussa Fall, bien qu’armé, doit davantage s’armer pour l’écriture positive de cette page combien essentielle pour notre devenir. Le devenir d’un pays réellement en faillite.

Par Seydi Moussa Camara

● Mauritanie | Rendons-nous HOMMAGE VIVANT | Bon vent au frère et notre « Web-maestro » Babacar B Ndiaye !

Le témoignage vrai d’une expérience brève soit-elle, vaut mieux qu’un pâle corporatisme magnifié de circonstances. Une version adaptée d’une assertion que j’aime énoncer en soninké «Seede seren da a yan fa sa an ga saafandi a da» qui donne approximativement «sois témoin justement vaut mieux qu’une prise de position partisane par bellicisme» . Le journaliste mauritanien et désormais ex webmaster du site internet d’information Cridem , M. Babacar Baye Ndiaye a annoncé par un post Facebook https://www.facebook.com/share/p/1PHe67Vuu5/ qu’il quittait ce 23 avril 2025, la célèbre plateforme Web dans l’espace médiatique francophone en Mauritanie. Ce frère en humanité et compatriote, je ne l’ai pas encore rencontré physiquement, l’occasion viendra un jour, in sha Allah. Très sûrement nos contacts via mails remontent de plus d’une décennie, mes sollicitations étaient nombreuses voire probablement pesantes (hein) à son endroit pour la diffusion de mes -et- nos contributions et communications dans le site Cridem. Oui… Cridem était et reste encore ce must en termes de visibilité communicationnelle pour nos contenus. Et… il était en première ligne à la réception de nos « poubelles littéraires » et nos contributions à titre individuel ou au nom d’une organisation, j’ose confesser que je comprenais effectivement ses silences et ses retours pas toujours à la hauteur de nos attentes (mes attentes).
Professionnalisme et obligations éditoriales obligent, il a su faire son mieux pour la prise en compte de nos (mes) nombreuses sollicitations. Aux débuts des années 2010, l’investissement disruptif du champ militant couvrant les problématiques féodalo-esclavagistes au sein de nos communautés, coche toutes les cases d’une dynamique subversive et clivante ne laissant personne indifférente. Ainsi, les médias en ligne, tenant lieu d’un grand arbre à palabres de divers horizons, se permettraient en partie en toute logique, méfiance et observations avec une certaine distance de traitement pour les uns et des autres.

Aisément avec le recul dépassionné du temps militant, j’admets mille et N circonstances excusables pour notre maestro M. Ndiaye. Il gérait un univers professionnel sous certaines conditions liées à une entreprise médiatique avec un patron ou des patrons en arrière-fond méconnu de nous. Ce qu’il faut intégrer impérativement dans nos données analytiques à son endroit, nous n’évoluons pas dans le même univers que lui. Il était (est) journaliste et nous sommes de passeurs des messages. Il ne peut pas être d’accord avec tous nos messages ni contre également, et il ne peut pas ni ne doit les subir d’ailleurs. Verdict… mon verdict : il a su faire preuve d’une praxis via media (du juste milieu) et BRAVO lui !

Je te souhaite frère, bon vent et un heureux horizon professionnel encore plus au Top à la hauteur de tes aspirations. Ameen

24 avril 2024

KS, fraternellement!