● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Dr DIALLO Djibril

—La rubrique GEB (Grand Entretien du BLOG) vous propose l’interview ci-après accordée par M. Diallo Djibril. Originaire de la commune de Tachott dans le Guidimagha, le juriste est actuellement haut cadre au Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Ici l’expression de notre fraternelle reconnaissance à son endroit pour la disponibilité.

Bonne lecture !

Question 1 : Présentation sommaire ?

Dr DIALLO Djibril : Je m’appelle Diallo Djibril Cheikh Bouye. Je suis juriste de formation, titulaire d’un doctorat en droit public de l’université Paris 8, avec une spécialisation en intégration régionale africaine et en gouvernance publique. Mon parcours universitaire m’a conduit également à l’Université de Perpignan, ainsi qu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où j’ai approfondi mes recherches en droit de l’intégration et en droit international économique.
Sur le plan professionnel, j’exerce aujourd’hui principalement dans le champ des politiques publiques, de la stratégie institutionnelle et du conseil juridique. J’occupe présentement la fonction de conseiller technique chargé des affaires juridiques au cabinet du ministre de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Parallèlement, j’ai longtemps évolué dans le monde de la recherche et des études stratégiques au Centre Essahraa d’Études et de Consultations, un think Tank mauritanien.
J’ai également été enseignant en droit, économie et management, dans le secondaire et certains établissements de l’enseignement supérieur lors de mon séjour en France. 
Aussi, j’ai toujours été engagé dans la vie associative, notamment sur les questions de citoyenneté, d’éducation et de développement communautaire.
Je m’arrête là, avec cette brève présentation.
Question 2 : Retour d’expérience après l’Europe ?
DD : Mon séjour en Europe fut une expérience intellectuelle et humaine extrêmement structurante. Il m’a permis d’évoluer dans des environnements académiques exigeants, où la rigueur méthodologique, l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle sont fortement valorisés.
Les facilités résident principalement dans l’accès aux ressources documentaires, à des réseaux scientifiques denses et à un encadrement académique structuré. Toutefois, les écueils ne sont pas négligeables : solitude, exigence d’adaptation culturelle, pression académique et nécessité d’une discipline personnelle constante.
Mon principal conseil aux jeunes serait de ne pas idéaliser l’extérieur, mais de le considérer comme un espace d’apprentissage. L’essentiel est d’acquérir des compétences transférables, une méthode de travail solide et une ouverture d’esprit. Le retour au pays doit être pensé comme une continuité logique : il s’agit de réinvestir les acquis au service du développement national.
Question 3 : Conseils à la jeunesse mauritanienne, notamment soninké ?
DD : L’éducation demeure le levier fondamental de transformation sociale. À la jeunesse mauritanienne, je recommanderais d’investir prioritairement dans la formation intellectuelle, technique et morale. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de cultiver la compétence, l’éthique et la discipline.
À l’adresse particulière des jeunes soninké, dont l’histoire est marquée par une forte tradition intellectuelle et migratoire, je dirais qu’il est impératif de concilier enracinement culturel et ouverture au monde. La maîtrise des langues, des outils numériques, des sciences et des métiers émergents est aujourd’hui indispensable.
Il faut également développer l’esprit entrepreneurial et sortir d’une logique exclusive de recherche d’emploi public. La création de valeur, l’innovation et l’initiative privée constituent des perspectives majeures pour l’avenir.
Question 4 : Diagnostic sur les pratiques féodalo-esclavagistes et pistes d’éradication ?
DD : Les survivances de pratiques féodalo-esclavagistes constituent une réalité sociologique et historique complexe. Elles s’inscrivent dans des structures mentales héritées, parfois intériorisées, qui continuent d’influencer les rapports sociaux.
Mon diagnostic est double : d’une part, il existe un décalage entre le cadre juridique – qui prohibe clairement ces pratiques – et certaines représentations sociales persistantes ; d’autre part, la transformation des mentalités nécessite un travail de longue haleine.
Les pistes d’action devraient s’articuler autour de trois axes :
L’éducation et la conscientisation : renforcer l’enseignement de l’égalité, de la dignité humaine et de la citoyenneté.
L’application rigoureuse du droit : l’État doit garantir l’effectivité des normes existantes.
Le dialogue communautaire et religieux : mobiliser les leaders d’opinion, intellectuels et acteurs associatifs pour déconstruire les justifications culturelles erronées.
La sortie définitive de ces tares suppose une évolution générationnelle appuyée par des politiques publiques cohérentes et une volonté collective affirmée.

● Question 5 : Engagement des jeunes en politique en Mauritanie ?

DD : La jeunesse mauritanienne manifeste un intérêt croissant pour les questions politiques, notamment à travers les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes. Cependant, cet engagement demeure parfois fragmenté et insuffisamment structuré.
Je constate un dynamisme réel, mais qui gagnerait à être davantage organisé, formé et encadré. L’engagement politique ne devrait pas se limiter à la revendication ; il doit également intégrer la formation doctrinale, la compréhension des institutions et la culture du compromis.
Il est essentiel que les jeunes investissent les partis, les organisations de la société civile et les espaces de débat avec compétence et éthique. L’avenir démocratique du pays dépendra largement de leur capacité à conjuguer idéal et responsabilité.

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