La violence n’est pas dans le propos mais dans les faits. Nos vierges effarouchées devraient davantage s’indigner du fait que des tortionnaires, des assassins, des violeurs, des spoliateurs circulent librement que de mots choisis pour décrire cette violence.
Le diktat de l’émotion feinte ne nous fera nullement abandonner nos convictions, encore moins les mots pour les dire.
Nous parlons de racisme d’état et continuerons à en parler car ce qui se joue est du fait de l’état et des politiques publiques. Que cela ne se reflète pas dans les textes, ça ne traduit qu’une évidence: l’hypocrisie et la duplicité comme mode gestion des affaires de l’état. La constitution, ni aucune loi ne légalise le détournement des deniers publics, mais qui peut de bonne foi en nier le caractère systémique dans ce pays? Le racisme d’état est du même ordre. Le dénoncer est un devoir pour qui veut le vrai changement dans ce pays. Vouloir le nier au motif de mauvaises comparaisons historiques, c’est s’en accommoder au prix de bons mots et de nuances forcées. De même, nous rabâcher à chaque dénonciation de notre part de cette ségrégation ignoble la stigmatisation de la communauté maure dans son ensemble, c’est là aussi un subtile jeu d’échos pour couvrir la voix des victimes. Nous parlons de racisme d’état, ceux qui y voient la communauté maure sont les premiers à l’accuser dans son ensemble, car ils la confondent avec l’Etat…
J’entame mon propos en vous laissant lire ce premier message, tiré du plus profond de mon âme et que j’aimerais vous donner dans ces quelques lignes : je suis noir de Mauritanie, je vous aime. Et sans rien attendre en retour.
La Mauritanie a connu tous les maux possibles depuis sa création. De régimes politiques en régimes politiques, des hommes ont sali notre Nation, détruit le tissu social, éloigné le Mauritanien du Mauritanien.
Lorsque le Noir pense qu’il n’a pas toute sa place dans ce tout arc en ciel qui est la Mauritanie, il faut savoir une chose : c’est la réalité. La configuration des choses font que les citoyens n’ont pas les mêmes droits, n’accèdent pas aux mêmes opportunités, ne prennent pas les mêmes élans de départ et donc ne peuvent pas concevoir le pays de la même manière.
Lorsqu’un noir vous affirme qu’il est discriminé, mes chers frères et sœurs, de grâce, prenez le temps de l’écouter. Je suis sûr que son récit vous bouleversera. Et vous n’avez pas le droit de voir vos compatriotes souffrir et vous taire.
Comme moi, vous savez que vous tous n’y êtes pour rien lorsque l’Etat a déporté des Noirs et qu’il les a dépossédé de toute dignité. Nous le savons, vous tous n’y êtes pour rien. Et Dieu sait que certains d’entre vous, mes chers frères et sœurs, se sont dressés contre les injustices subies par cette partie de la communauté nationale.
Si je vous écris cette lettre c’est que je fais partie de la population noire de Mauritanie. Cette population marginalisée, historiquement exclues de la gestion des affaires clés de la cité. Cette population qui n’a pas la langue arabe comme langue maternelle mais qui se voit obligé d’étudier avec, de travailler avec et essayer de réussir avec. Par l’imposition de l’arabe, des larmes et du sang ont coulé et coulent encore aujourd’hui.
Mes très chers frères et sœurs, la Mauritanie nous l’aimons et nous la défendrons lorsqu’elle est menacée. Menacée par l’idéologie séparatiste et par la suprématie ethnique. Je le sais et sans doute vous aussi. Des fils du pays, désespérés, perdus dans le manque de perspectives d’avenir, sont allés jusqu’à demander à ce que notre pays soit séparé en deux. Une partie noire, une autre blanche. Une idée qui me semble bien triste car je fais partie de ceux qui pensent que la « Mauritanie sera unie ou ne sera pas ».
Mes très chers frères et sœurs Maures-Arabes-berbères, savez-vous que des centaines de milliers de Mauritaniens sont en dehors de la Mauritanie ? Savez vous que pour la majorité de ces Mauritaniens l’objectif était juste de s’éloigner de la terreur et de la misère que leurs avaient infligées les régimes politiques de leur propre pays ? Savez vous qu’ils aiment profondément la Mauritanie au point de tellement bien la châtier qu’on aurait dit qu’ils la détestent ? Je vous rassure, ils l’aiment, mais attendent et espèrent juste qu’elle devienne juste pour tous.
Aujourd’hui, les injustices sont manifestes. Les inégalités sociales se creusent, les richesses du pays sont redistribués de façon tout à fait inéquitable.
Je sais que vous tous, mes chers frères et sœurs, n’y êtes pour rien. Je sais également que tous les Mauritaniens subissent mais je verserai dans l’hypocrisie, qui d’ailleurs est un sport naturellement national dans notre pays, si je ne précise pas que les Mauritaniens et les Mauritaniennes Noirs.es sont plus exposés à ces injustices.
Beaucoup de nos frères et sœurs noirs.es pensent que tous les Maures sont responsables de leur misère. Ils ont tort. Mais vous avez également tort si vous restez sans agir. Vous leur donnez raison.
Cette lettre est un appel à l’intelligence collective car je pense comme Martin Luther King qu’ « Une nation qui produit de jour en jour des hommes stupides achète à crédit sa propre mort spirituelle ».
Alors ne soyons pas stupides. Soyons Unis et comprenez-Nous.
Qu’Allah bénisse la Mauritanie et les Mauritaniens.nes 🇲🇷🙏🇲🇷
La prononciation du mot « Apartheid » par le député Biram Dah Abeid a fait sursauter plus d’un. Ce mot a réveillé ceux qui dormaient sur des acquis non mérités. Mais qu’est ce que l’Apartheid ? Cet horrible mot a été prononcé pour la première fois par le non moins horrible Hendrik Werwoerd, premier ministre de l’Afrique du sud, il mettait ainsi en place la politique du développement séparé qu’il qualifiait cyniquement de politique de » bon voisinage » entre Noirs et Blancs. Certes en Mauritanie les Noirs prennent les mêmes bus que les Arabes. Certes en Mauritanie, les Noirs vont dans les mêmes restaurants que les Arabes. Mais pour aller au restaurant, encore faudrait-il en avoir les moyens …Donc le mot fait peur, il tourne tous les regards vers le pays, et oblige à se poser des questions. La vérité est une, elle ne se divise pas et ne doit pas être arrangeante. La prononciation du mot a suscité de multiples réactions. Pour certains, en utilisant le mot « Apartheid » ? Biram Dah Abeid a franchi la limite de l’acceptable, il a dénigré le pays. Ce doux pays où d’autres Noirs venus du Mali et du Sénégal se sentent bien et qui, de temps à autre, par des manifestations populaires, montrent leur reconnaissance aux autorités mauritaniennes. Ceux qui n’approuvent pas le geste de Biram sont ceux qui profitent du système et qui, tout à coup, ont eu le soupçon de quelque chose. Mais de quoi ? Qu’on ne peut plus continuer ainsi. Que la Mauritanie ne peut pas survivre avec un système qui discrimine la majorité de la population qui, il faut le dire, est Noire ! En écrivant Noire, je parle de race. Si le mot « Apartheid » fait peur, c’est aussi que dans ce pays des hommes ont des choses à se reprocher. Des hommes qui ont les mains sales et la conscience encombrée. Des milliers de femmes et des d’hommes ont été lâchement massacrés, d’autres ont été jetés hors de nos frontières et y vivent encore depuis bientôt quarante ans. Mais on nous dit que c’est du passé. Non, c’est du présent, et nous, nous sommes l’avenir de ces morts. Car les criminels, eux, sont en vie, et bien en vie ! Ils sont protégés, et c’est cette protection qui doit cesser. Les petites indignations de Maitre Bouhoubeyni, qui est un camarade de promotion et que je respecte, m’indigne. Elles m’indignent, car j’ai eu l’impression qu’il cherchait plutôt à garder son poste qu’à parler du sujet. Il sait la vérité et je le renvoie à l’une de ses phrases préférées: » Il vaut mieux être abattu par la vérité que torturé par le mensonge » Alors, cher Maitre, nous vivons torturés dans le mensonge ! Il faut du courage. Et le courage est de dire que la Mauritanie vit dans un système où les Noirs sont mis à part, d’où le mot Apartheid. Dans les rues de Nouakchott, on respire le racisme, on le voit, on s’en imprègne et on finit par s’en accommoder. Les Noirs marchent avec les Noirs, et les Arabes marchent avec les Arabes. L’histoire du pays a été falsifiée. Demandez à un jeune Mauritanien la date de la création de la monnaie nationale, cette monnaie qui fait notre fierté à tous. Il ne le sait pas, il ne sait même que l’homme qui a piloté l’avénement de cette monnaie s’appelait Soumaré Diérémouna. Notre histoire n’est simplement plus mauritanienne, elle s’est arabisée. L’administration, l’armée, l’éducation, l’économie, et j’en oublie, sont aux mains d’une seule race. Ceux qui ont peur ont raison d’avoir peur. Notre pays a très mauvaise réputation, et une mauvaise réputation est pire qu’une mauvaise santé. Certes les premiers pas du nouveau président sont encourageants. Les choses bougent, il y a comme un frémissement. Ce frémissement fait l’affaire de ceux qui ne veulent pas trop s’engager, de ceux qui espèrent un bout de pain. Pour eux, il n’y a pas de racisme en Mauritanie, il y’a juste des problèmes sociaux qui faut résoudre tout doucement. Mais le problème est que tous ceux qui ont faim sont de la même race. Et que le jour viendra où ils décideront de ne plus être affamés. J’ai lu certains qui traitaient Biram de sioniste. Ce sont des incultes, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Aussi ils ne valent même pas la peine que l’on s’attarde sur eux. Le mérite de la prononciation du mot « Apartheid » réside dans le fait que ceux qui dormaient commencent leur pénible réveil. Ce mot, malgré sa charge émotionnelle, veut tout simplement dire » mis à part ». Et les Noirs sont mis à part dans leur propre pays. Prenons garde, car un jour la jeunesse du monde, en manque de romantisme, peut choisir comme nouveau combat le racisme en Mauritanie.
À Genève, le 18 février 2020, le « Sommet pour les droits de l’Homme et la démocratie » décernait le « Prix du courage » à l’honorable député Biram Dah Abeid. La distinction symbolique vient confirmer, après plusieurs autres, la reconnaissance internationale d’une lutte où la non-violence reste la perspective. Devant l’assemblée acquise aux valeurs de l’universalisme, le récipiendaire se réjouissait de l’honneur et exposait les raisons de son engagement, en l’occurrence les graves violations des droits de la personne, notamment celles que reproduisent l’assimilation culturelle et l’institution séculaire de l’esclavage. Dans cette prise de parole, il n’y avait rien d’inédit, en comparaison du credo antérieur de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M), une association interdite depuis sa création, dès 2008. Néanmoins, le propos provoquera une vague de détractation et d’apologie de la haine, d’une ampleur inaccoutumée.
🔹️Le substrat
Le discours et la conférence de presse exposaient, en détail, l’architecture et la reproduction d’un système de gouvernance exclusif ; la majorité noire, d’origine subsaharienne, qu’elle soit arabisée du fait de l’esclavage ou appartenant aux groupes locuteurs du Pulaar, du Soninké, du Wolof et du Bambara, en subit les conséquences multidimensionnelles. L’état des lieux à l’appui d’une telle assertion ne souffre plus le doute, tant le commandement militaire, la fonction publique, le capital privé et jusque l’exercice du culte en illustrent la banalité. Pire, l’impunité des crimes racistes de masse, l’accaparement des terres de culture et la tolérance des pratiques de servitude selon la naissance viennent apporter la preuve – s’il en fallait une – d’un clivage structurel à l’intérieur de la société ; le tracé et son acuité s’affinent, au lieu de se résorber. Ici, l’Etat a cessé de soigner l’illusion de sa neutralité. A titre d’exemple trivial, chaque séquence des nominations en Conseil des ministres rappelle combien la Mauritanie s’immerge dans les récurrences de la discrimination, juste pour satisfaire aux demandes tribales. Certes, la dynamique ne tient de la singularité mais la prise de conscience de sa profondeur atteint, désormais, le seuil critique du supportable. La découverte collective d’une vérité longtemps censurée produit, souvent, trois avatars : la sidération, l’indignation, la réaction. Nous vivons le dernier des trois temps, celui où l’improvisation et l’indifférence se paient cher.
🔹️L’hystérie
Dès la fin de l’allocution de Birame Dah Abeid, une campagne de dénigrement d’une rare virulence le prit pour cible, aux griefs, protéiformes, d’une trahison envers l’arabité et l’Islam, à l’instigation du fameux complot judéo-chrétien-athée. Le débat a été éludé au profit de considérations d’affect et de fantasme. Suivant un processus bien rodé, il s’agissait t’intimider le contradicteur, instiller la crainte parmi ses partisans et donner l’impression, aux mauritaniens, d’une attaque imminente par un ennemi en embuscade, avec le concours d’un cheval de Troie. La manœuvre de démoralisation se prolongeait, au travers de publications et d’images d’enfants unis dans la diversité d’épiderme, sous le slogan « nous sommes un seul peuple ». En l’occurrence, le message vulgarise, à l’endroit de la vox populi, les naïvetés lénifiantes d’une communauté de destin où la victime et l’auteur s’étreignent et se jurent empathie. Ainsi, malgré les inégalités et les injustices, les mauritaniens voudraient se sentir frères, peu importe si l’expérience démontre l’inanité de la posture. Par-delà le slogan et la parodie, que nous apprend la réalité ?
🔹️La dispute
Quand moins de 800 suffrages permettent d’élire un député à Bir Moghrein, son collègue, à Sélibaby requiert 8.600 voix. Un électeur de Bir Moghrein vaut donc plus de 10 fois celui de Sélibaby. Vous avez dit « un seul peuple » !? Le cas prévaut, partout ailleurs dans le pays.
À la faveur de son oraison à Genève, Biram Dah Abeid comparait cet ordre à l’Apartheid. Une redéfinition circonstanciée s’impose, ici :
1. En Mauritanie, nulle règle de droit n’organise le développement séparé sur la base de la supériorité de race. Les lois proclament, à l’inverse, l’égalité des citoyens et pénalisent la ségrégation, voire la stigmatisation perpétrée au motif de l’identité et de l’ascendance. Or, les normes affichées relèvent du leurre, si l’on se réfère à leur application, lorsque le noir réclame l’équité, face à son compatriote arabo-berbère ou contre l’Etat. Il suffit de se souvenir qu’aucun responsable, de centaines d’assassinats et de déportations par dizaines de milliers, n’a été jugé, au lendemain de la tentative de purification ethnique, de 1986 à 1991. Une fameuse législation de 1993 les soustrait, toujours, à la curiosité d’un juge.
2. En revanche, la géographie de la misère et de la prospérité, dans les villes et la ruralité, ainsi que la répartition du travail et des moyens de production attestent d’une sociabilité parallèle, sur des territoires de prédilection et leurs enclaves ; un simple examen de la démographie urbaine autour du centre de la capitale trahit une mise à distance par le revenu, laquelle recoupe, de facto, la différenciation entre le peuplement arabo-berbère et le tout-venant. Quel nom convient-il d’accorder à ce degré croissant de séparatisme, si ce n’est un Apartheid empirique ?
🔹️Notre position
Au terme de l’explication, l’Ira-M réitère sa disponibilité au relèvement de la Mauritanie, en vertu du pacte à renégocier, « l’équité, rançon de la paix ». Nous réinvitons le gouvernement, les partis et la société civile, aux « Etats généraux de la république », afin de discuter de tout, à l’abri de la moindre restriction conceptuelle. Le projet comporte le préambule d’une question liminaire : « Pouvons-nous vivre, ensemble, hors du champ de la domination » ? Tant que nous éludons l’interrogation, les poussées de frustration et de polémique continueront d’amoindrir l’aspiration à la solidarité, déjà en lambeaux. Le puissant empire des soviets s’est effondré, de lui-même, à cause du mensonge, de l’évitement et de l’occultation. La fragile Mauritanie des privilèges et de la citoyenneté relative ne saurait échapper à la règle.
Aujourd’hui, des agitateurs de l’ombre s’efforcent de stimuler et d’exacerber la panique comme ciment d’un sursaut opposable aux revendications de dignité et de justice. Ce jeu périlleux tend à créditer l’idée d’une insurrection des descendants d’esclaves, ivres de ressentiment et de désir de vengeance. A nouveau, les services de sécurité alimentent la fabrique de la rumeur dont les réseaux sociaux et les applications de messagerie électronique deviennent, simultanément, le réceptacle et le vecteur. L’hypothèse d’une déstabilisation endogène du pouvoir n’est plus à écarter.
Pourtant, parler en toute franchise et se comprendre renferment la ressource mentale de la tolérance et la prédisposition au succès.
Femme soninke, femme courageuse, et infatigable sur tous les plans. Elle demeure jusqu’à nos jours le soubassement, la fondation ou le socle de soninkara mais oubliée, marginalisée voire réduite en silence ou soumission totale.
Vu ce traitement inéquitable des femmes soninkés rurales que j’ai décidé de prendre ma plume à leur honneur pour alerter nos dirigeants, leaders, cheikhs, intellectuels et chefs coutumiers et de familles, le danger qui guette notre communauté.
J’avais écrit un précèdent article les différentes tâches quotidiennes qu’effectuent nos braves femmes. Face à une mondialisation en vitesse de croisière, toute société ou communauté battue sur les inégalités (sexe, castes, discrimination et analphabétisme) trouvera des sérieuses difficultés. Face à ce dilemme, qu’on ne peut pas changer toutes les sociétés ou communautés du monde, je commence par la mienne (soninkara) à alerter l’opinion communautaire. À cet effet, J’interpelle les intellectuels, les érudits, les cheikhs de tout bord à prendre leurs bâtons de pèlerins pour mener des campagnes de sensibilisation, de conscientisation sur l’analphabétisme des filles et l’impact négatif en découle sur la jeunesse soninké. Les femmes instruites, entrepreneures, indépendantes et clairvoyantes, assumez vos responsabilités face à l’illettrisme généralisé des filles du soninkara qui impactera tôt ou tard sur la jeunesse, notre avenir. Les campagnes de sensibilisations doivent commencer dans nos familles, quartiers, villages, pays. Me Abdoulaye Wade disait « dis moi quelle jeunesse tu as et je te dirai quel peuple tu auras ». Cette citation m’a poussé à approfondir davantage ma réflexion qu’est-ce que soninkara a fait pour demain, afin que son peuple répondra aux concerts de civilisations ? À ce niveau je suis très inquiet, nous savons tous que soninkara dans sa majorité est composée d’analphabètes et des émigrés. Cette émigration massive des forces vives a provoqué une hémorragie masculine laissant dans leurs localités d’origine des vieillards, des femmes et des enfants. La jeunesse en majorité analphabète, surtout sa frange féminine, suscite en moi la peur au ventre pour l’avenir de soninkara.
C’est pour cette raison que j’apporte ma contribution en proposant quelques modestes solutions ci-dessous :
■ Eradiquer toutes formes de discrimination
■ Promouvoir l’accès au savoir pour tous (sans différence de sexe)
■ Soutenir les femmes dans l’éducation des jeunes
■ Mener des campagnes de sensibilisation (radios communautaires villageoises, régionales et nationales) sur l’importance du savoir pour la communauté, surtout pour la frange féminine et son impact sur la jeunesse.
■ Instaurer dans nos localités des structures maternelles ou cases de tout petit car nos enfants sont envoyés à l’école tardivement par rapport aux normes qui existent ailleurs
■ Envoyer des filles à l’école en masse
■ Encourager et motiver les filles dans leur cursus de scolarisation
■ Eviter le mariage précoce des jeunes
■ Impliquer nécessairement les femmes dans les initiatives de développement et de prise de décisions
■ Accorder des postes de responsabilité aux femmes et les assister
🔹️Par Moussa Diakhité, assistant en insertion sociale en île-de-France
Voila 8 mois que la Mauritanie est dirigée par un nouveau Président, Ould Ghazouani. 8 mois dans la vie d’un pouvoir « nouveau », c’est peu, pourrait-on dire. 8 mois pour le changement, c’est trop peu. Mais 8 mois pour émettre les signaux d’un changement ou le début d’une nouvelle ère, c’est beaucoup trop.
Cela fait 8 mois que Ghazouani est au pouvoir avec des mots forts (intitulés mes engagements) et ce après 11 ans du régime de Mohamed Abdelaziz mais les maux sont encore là. Des maux vraiment perceptibles dans tous les domaines. Et pourtant le Mauritanien perdu, hypnotisé par cet espoir suscité par l’arrivée au pouvoir de Ghazouani veut toujours croire aux engagements de ce Président. Les citoyens attendent et les véritables signaux visibles et entretenus par le nouveau régime ne font, au contraire, que conforter les situations dans leurs certitudes qu’ils sont dans un rêve, une situation de réveil agité.
Les mots de Ghazouani sont forts mais les maux de notre chère patrie sont profonds et confondus avec nous-mêmes où les pessimistes pensent à l’impossibilité de cette Mauritanie rêvée qui permettra au camp des justes de se frotter les mains et aux morts de se reposer en paix. L’équation à résoudre est à inconnue connue, d’où sa complexité.
Si on simplifie le désastre étatique du pays auquel le président Ghazouani est confronté et que les citoyens impatients demandent du résultat, ce désastre peut se comparer à la situation de la commune de Sebkha qui à l’échelle de 1/NX1000. La situation de la mairie de Sebkha est suffisamment compliquée mais nous renseigne sur la délicatesse ou la pourriture de la gestion des affaires de ce pays ou certaines personnes de la haute sphère décisionnelle de l’Etat qui en sont responsables.
Les mots ne peuvent être les remèdes à ces maux. Ces maux qui, comme le virus coronavirus, nous dominent et risquent de dominer encore ce pays qu’on aime tant.
Et c’est ça la Mauritanie. Le maire a le droit et le citoyen est avec lui mais il est bloqué par un lobby qui contrôle la manne financière du marché depuis quelques décennies. L’autorité de tutelle inefficace ou complice laisse la situation pourrir. Ce maire, comme beaucoup de maires, est dépouillé de ses prérogatives. Il n’est rien, ne peut rien s’il n’accepte pas la concussion. Il ne pourra rien faire pour le citoyen de Sebkha s’il ne collabore pas avec le lobby de sangsues, fortes et tenaces. Sebkha est à l’image du pays… le chemin est encore long car nous devons repenser la Mauritanie. Un projet de pays mal pensé entre les mains des lobbys d’une primitivité inouïe comme des adolescents qui confondent leurs billes ou ce joueur de golf qui prend un œuf pour une balle… La Mauritanie, comme ces hommes et femmes justes, attend encore plus de nous pour donner un sens à notre existence. Exigeons de nous des efforts, beaucoup d’efforts qui restent à faire. L’Etat a failli et pour cela il y a des responsables… et le citoyen, à l’image de celui de Sebkha, commence à comprendre et connaitre, voire indexer les véritables ennemis de cette nation. Aidons à donner un sens à la décentralisation, au rôle des collectivités locales en soutenant l’expression effective d’une politique communale pensée et voulue par nous-mêmes, les citoyens.
Le citoyen au centre de l’action des politiques de développement, c’est aussi une promesse du président Ghazouani. Arrivera-t-il à extirper ce citoyen du « néant » malgré la puissance de ces mains invisibles… visibles ? Difficilement.
Voilà que la mairie de Sebkha, comme un atelier d’expérimentation des ambitions volontaristes, des idées novatrices et d’une bonne gouvernance avec comme règle servir le citoyen, risque d’être un rêve de plus d’un citoyen qui s’est cogné la tête contre le mur. Car cet ambitieux élan est entrain d’être stoppé net par les puissants lobbys que le jeune maire de Sebkha ne connaissait pas et ne connaît pas les ramifications incroyables, un groupe de puissants qui se voient tout permis dans une république perdue.
On comprend, maintenant, le principal problème du nouveau Président : la puissance des lobbys du système avec des intérêts mercantilistes exagérés. Pille, affame et écrase le citoyen mauritanien, prends-lui tout -même sa dignité – il te suivra comme une poule picorant des graines jetées au sol et qui peuvent l’amener droit au four. Des attitudes contraires aux promesses intitulées « Mes engagements » par l’actuel Président et qui mineront leur réalisation.
Le jeune Soumaré va-t-il échouer parce que refusant de servir les lobbys ? Ces lobbys l’en veulent depuis son refus de leur cadeau empoisonné (dix millions d’ouguiyas) offert par la fédération des commerçants au lendemain de son élection. Magot qu’il a gentiment retourné à la fédération….
Son projet pour cette cité est-il vraiment voué à l’échec à cause de la force des ces sangsues qui ont contrôlé et veulent continuer à contrôler le patrimoine de la mairie : le marché ?
Mon projet, mon avenir, le programme Ewlewiyatt, l’agence Taazour et d’autres encore… mais surtout la levée des poursuites contre les opposants à l’extérieur du pays, oui, voilà des signes annonciateurs de rupture d’avec l’époque d’Abdelaziz… mais des signes encore très insuffisants pour construire ce pays.
Que Dieu préserve la Mauritanie et assiste les justes sur ce long chemin de la déconstruction de l’entreprise, produit de ces maux qui plombent notre avenir et handicapent la bonne marche de ce pays…
Le 5 février 2020, Beibbeu Ould Cheikh, un garçon de 8 ans, fuit le domicile de son proriétaire, Ahmed Ould Taher, un dignitaire arabo-berbére, propriétaire de bétail, dans le département de Ould Yengé, région du Guidimakha, au sud-est de la Mauritanie. Youba, berger d’un troupeau de caprins et d’ovins, est né esclave, un statut qu’il hérite de sa mère Maata. Depuis son éveil, il subit, les travaux forcés, les châtiments corporels, ne dispose de document d’état-civil et n’a jamais été scolarisé.
A la suite d’une molestation parmi d’autres, la victime quitte la localité de Tartaga, pour se réfugier chez une femme, sympathisante d’Ira-M, dans le village de Zweinliya, distant d’environ 13 km, à proximité de la frontière du Mali ; il précise avoir parcouru la distance sans connaître sa destination. Dès son arrivée, Hawa, téléphone aux militants abolitionnistes, qui saisissent, à leur tour et selon le même procédé, la brigade de gendarmerie de Ould Yengé, chef-lieu, dont dépendent l’administration et la sécurité de Tartaga et Zweinliye. Compte tenu des précédents d’occultation et de contrefaçon visant à disqualifier les allégations des plaignant, Hawa s’empresse d’enregistrer un témoignage vocal où l’enfant relate, les raisons de sa fuite, les sévices subis et la captivité de ses trois frères et sœurs, affectés, comme lui, à des tâches domestiques (annexe joint). Le mineur, avec ses mots et la timidité de son âge, raconte combien la dureté du traitement infligé par le maître, le contraint à chercher asile, loin de ce dernier. Au terme du voyage, le petit urinait du sang ; un examen de santé sommaire détecte une suspicion de bilharziose. Sur la foi d’un tel diagnostic, des comprimés d’Ibuprofène lui sont prescrits. Il poursuit le traitement.
Dysfonctionnements
Le lendemain, 6 février, l’adjudant-chef Cheikh Oumar Ould Mohamed, commandant de la brigade de gendarmerie de Ould Yengé, rejoint madame Hawa, à Zweinliya. Il récupère le garçon et le ramène en ville. Sur le chemin, il viole la loi sur la protection pénale du mineur car il interroge ce dernier, sans la présence d’un avocat ni d’un assistant agréé. Pire encore, l’officier de police judiciaire interpelle le maître présumé pour le placer, avec Beibbeu, dans le même cachot, du 7 au 10 février. Informé, Monsieur Haimoud ould Ramdhane, le Ministre de la justice, d’ailleurs tutelle du parquet, s’abstient d’ordonner, au procureur près le tribunal compétent de Sélibaby, d’instruire l’affaire. Le Garde des sceaux, natif d’extraction servile, sert de caution noire au système de discrimination et d’impunité. Il a été l’un des promoteurs constants du déni, en vertu de quoi la Mauritanie, devant les instances internationales, pénalise l’esclavage comme crime contre l’humanité, lui réserve des chambres spéciales mais nie son existence sur le territoire.
Antécédents
Ainsi, face à la moindre plainte, les services de l’Etat se mobilisent-ils à requalifier les faits et inventer de faux parents de la victime aux fins de vider le contentieux ; aussi, ils achètent ou intimident les témoins, grâce à l’entremise des tribus, avant d’aboutir in fine, à une décision d’abandon des poursuites. Le 12 février, à Selibaby principale agglomération du Guidimakha, les activistes de la citoyenneté inclusive organisaient un rassemblement. Malgré la mobilisation, les autorités tentent de falsifier l’infraction en alléguant que le père, Cheikh Elweli, « prêtait » son fils, à Ahmed Ould Taher, au titre d’une transaction, somme toute, habituelle sous nos latitudes. Ici, les textes universels de protection de l’enfant restent du domaine de l’affichage, des séminaires et des discours de commémoration, en présence des agences des Nations unies, notamment l’Unicef.
Certains magistrats, allergiques à la notion des droits de l’Homme, à cause d’une socialisation conservatrice où extrémisme religieux et racisme s’équilibrent, s’évertuent à rejeter les requêtes, du moins en compromettre l’aboutissement. L’alternance au sommet de l’Etat, depuis juin 2020, malgré les promesses de campagne électorale et les résolutions du lendemain, n’apporte aucune exception à ce constat. La communauté des anciens maîtres, détentrice du pouvoir de contrainte et de l’hégémonie matérielle et symbolique, se préserve des revendications d’égalité, par l’esprit de corps et le réflexe de la contrefaçon.
Réagir
Si l’histoire du petit Beibbeu et de ses frères et sœurs toujours en captivité vous interpelle, indigne ou attendrit, partagez-la ! L’oppression se nourrit d’abord de silences, de paresse, d’indifférence et de cynisme. Beibbeu et les siens méritent un bel avenir. Ne détournons le regard, aidons-les !
Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie
Dis-moi dans quelle société tu vis, je te dirais Comment les femmes sont traitées.
La formule de Simone de Beauvoir résume avec force : « On ne naît pas femme, on le devient. » Elle pourrait être complétée par : « On ne naît pas homme, on le devient », car la construction des sexes n’est pas uniquement l’apanage des femmes. Les sexes sont en construction : au naturel, ils ne semblent pas évoquer grand-chose à part eux-mêmes. Ils doivent être retravaillés par la culture pour prendre sens. La nature immédiatement interprétée et évaluée doit être précisée pour que le sexe devienne un organe éminemment social. L’étymologie du mot « sexe » est troublante : elle vient de « sexus, secare », qui signifie « couper, diviser ». Sexus est donc le partage d’une espèce en male et en femelle. Le sexe serait le résultat de cette coupure. L’excision, est un sujet tabou et soulève des injures et des passions dans la société africaine. De tout temps, l’Homme a essayé de manipuler ses organes et les organes d’autrui, du haut de la tête jusqu’aux pointes des pieds en passant par ses organes sexuels. Certaines manipulations laissent des marques passagères, comme c’est le cas de la coupe des cheveux. D’autres, par contre, laissent des marques permanentes, comme c’est le cas des tatouages, des perforations et des mutilations. C’est dans ce sens que Levi-Strauss, disait que : « il fallait être peint pour être un Homme, celui qui restait à l’état de nature ne se distinguait pas de la brute ». Ces marquages corporels ont parfois un caractère individuel qui verse dans la folie condamnable ou répugnante, d’autres ont un caractère collectif, culturel désirable. La marque sur le corps désigne à la fois celui qu’il faut exclure et celui qu’il faut sauvegarder, elle peut avoir une fonction de conspiration du mauvais sort. Cependant, l’excision ne peut être entendue comme une simple marque puisqu’elle consiste à éradiquer les organes sexuels externes de la fillette. De ce fait, la question de l’excision n’a été soulevée publiquement que dans ces trois dernières décennies. Et jusqu’à maintenant beaucoup de gens ignorent en quoi elle consiste et s’étonnent de son existence et pourquoi elle existe toujours à l’aire de la mondialisation. Observées depuis longtemps par les ethnologues et anthropologues occidentaux, dénoncées par les missionnaires et les femmes, qualifiées de torture par les africaines elles-mêmes dont les féministes occidentales se sont fait l’écho, il faut attendre les années 70 à 80 pour que la communauté internationale, peu réactive sur cette question, condamne les mutilations sexuelles féminines pour une atteinte à l’intégrité physique et psychique de la femme. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 125 millions de filles et femmes actuellement en vie dans 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont subi une forme de mutilation génitale féminine/excision. Trente millions d’autres filles risquent d’en être victime au cours des dix prochaines années. Chaque année, trois millions de fillettes et de jeunes femmes subissent une mutilation sexuelle, soit une fillette ou une femme excisée dans le monde toutes les 15 secondes. La pratique de ces mutilations sexuelles existe partout dans le monde, mais elle est fréquente dans les régions occidentales, orientales et nord-orientales de l’Afrique, dans certains pays d’Asie et du Moyen-Orient, et parmi certaines communautés immigrantes d’Amérique du Nord et d’Europe. L’excision n’est pas un fait social lié à un milieu géographique donné, mais elle se transfert avec les individus et les groupes et se propage avec les croyances et les idéologies. Le nombre de femmes concernées en France reste mal connu. En 1982, selon GAMS (groupe pour abolition des mutilations sexuelles), la première estimation était environ 24 000 femmes et fillettes excisées ou menacées de l’être. Une seconde estimation réalisée en 1989 fait état de 27 000 femmes environ. En 2007, le nombre de femmes et de fillettes mutilées ou menacées de l’être était estimé entre 42 000 et 61 000, soit une hypothèse moyenne de 53 femmes.
I-L’excision les rites d’initiations
L’excision tient une grande importance dans diverses sociétés africaines et ce, la plupart du temps pour des raisons culturelles. C’est un fait de culture qui trouve ses fondements au sein des mythes et des croyances africaines. Dans les sociétés traditionnelles africaines le corps est conçu comme un vecteur de socialisation. C’est pour y inscrire les lois du groupe. Cette socialisation passe obligatoirement par le corps qui en devient le support privilégié. Marcel Mauss, parle de technique du corps dans un communique présenté à la société de psychologie en 1934. M. Mauss, explique les façons dont les hommes, société par société, d’une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps. Le corps devient donc un montage symbolique où tout est à lire. La femme excisée porte en elle la loi de sa communauté et devra agir en conséquence. Cette thèse a été confirmée par P. Clastres. M. Clastres, souligne que, « Des très nombreuses sociétés primitives marquent l’importance qu’elles attachent à l’entrée des jeunes gens dans l’âge adulte par l’institution des rites dits de passage ». Pour l’auteur, ces rituels d’initiation constituent souvent un axe essentiel par rapport auquel s’ordonne, en sa totalité, la vie sociale et religieuse de la communauté. Ainsi, la plupart des chercheurs, expliquent la pratique de l’excision, en termes de rites d’initiation et de passage à l’âge adulte. Les anthropologues (Etienne Le Roy, Jean Dubois, entre autres) ont défini les rituels initiatiques de façon précise. Ce rituel comprend trois étapes : La première consiste dans la séparation de l’initié de son groupe familial ; la deuxième correspond à une période d’apprentissage avec un enseignement par les anciens ainsi que des épreuves physiques et psychiques toujours violentes et éprouvantes ; enfin la dernière est la réintégration dans un nouveau groupe d’âge. La pratique de l’excision (comme de la circoncision) est un rite d’intégration sociale : double intégration, verticale débouchant sur le principe des origines, mais aussi horizontale insérant le sujet dans la communauté des pairs. On comprend ainsi que la transgression à cette règle coutumière menace les contrevenantes à la relégation. Ceci se résume en 2014 lors de notre formation à la Sorbonne, en Anthropologie au Laboratoire d’anthropologie juridique de Paris (LAJP), par l’entretien avec une femme malienne, interrogée à ce sujet : « une fille qui n’a pas été coupée est à l’écart du village, elle sera pointée du doigt par tous, elle ne pourra jamais se marier ». La société imprime sa marque sur le corps des jeunes filles. Une femme initié, c’est une femme marquée. La marque assure leur appartenance au groupe : « tu es des nôtres, et tu ne l’oublieras pas ».
II-L ’excision et l’adhésion à la coutume
La coutume est par ailleurs, la raison la plus souvent invoquée par les communautés qui pratiquent l’excision. E. Le Roy définit la coutume, « comme un mélange de savoir-faire et des solutions pratiques acceptées par les sociétés africaines et présentées comme relevant de leurs cultures ». Exciser c’est respecter la coutume, cela nous renvoie au « caractère socialement obligatoire de la coutume […] dans le tiers monde, on fait remonter l’origine de la coutume aux ancêtres ». Ainsi, grâce aux ancêtres, le passé continu à être relié au présent et au futur. Levi-strauss souligne la difficulté d’obtenir, « une explication rationnelle de la coutume, l’indigène interrogé se contente de répondre que les choses ont toujours été ainsi telles que fut l’enseignement des ancêtres ». Selon N. Rouland, « la coutume consiste en une série d’actes semblables qui forment un modèle de comportement social, en général légitimés par leur liaison au mythe. Elle n’est point immuable, et évolue suivant les besoins du groupe social qui l’engendre ». Mme Kerneis, souligne que, « la coutume résulte de la répétition de faits identiques et les jurisconsultes invoquent trois facteurs pour fonder sa force, l’ancienneté, le consentement des intéressés et le caractère rationnel de la coutume ». La définition la plus adaptée a été donnée par L. Assier-Andrier : « la coutume est une expression directe de la conscience commune, répertoire normatif spontané des groupes et des peuples, droit immédiatement connecté aux besoins sociaux, la coutume se manifeste aussi bien comme principe d’ordre qu’elle porte témoignage d’un ordre immanent. Elle est censée préexister à la loi ». D’où les réponses obtenues lors de mon enquête de terrain auprès des familles immigrés en ile-de France, en 2014 dans le cadre de ma formation anthropologique à la Sorbonne : « on a toujours fait ça » ; « ma mère a été coupée et mes arrières grands-parents étaient également coupée ». Ces mots inlassablement reproduits par les immigrées mutilées reflètent l’importance obéissance à la pression sociale qui existe. L’excision pratiquée en France permet d’éviter la rupture avec la société coutumière d’origine. Elle est et reste un outil pour ces immigrés de manifester leur adhésion aux valeurs ancestrales du pays d’origine. Il est cependant, intéressant d’éclairer l’excision par la trilogie du don de Marcel Mauss : donner-recevoir-rendre. « La femme donne un morceau de son corps : le clitoris. Elle reçoit une identité sexuelle. Enfin, elle rend des enfants, c’est la maternité ». L’excision est un statut qui donne le droit au mariage dans la société africaine. L’excision s’intègre donc dans une organisation et cohésion sociale. Il faut couper pour devenir femme ou homme. Si le clitoris est de la masculinité, le prépuce est celui de la femme. Ainsi, ôter un clitoris ou un prépuce, c’est donner une identité sexuelle.
III-Les raison d’ordre religieuses
L’excision est un fait propre à toutes les religions monothéistes. L’islam est le plus couramment cité quand il faut en venir aux justifications. La pratique de l’excision est indépendante à la religion musulmane. Le Coran ne fait aucune mention de l’excision. Le terme « excision » n’y figure pas. C’est une pratique qui existait bien avant l’arrivée de l’islam. Une pratique très ancienne. Elle est pratiquée en Afrique subsaharienne, subéquatoriale et en Afrique de l’Est et de l’Ouest ; le Maghreb ignore l’excision. L’excision n’est pas spécifique à la seule religion islamique, puisqu’elle est aussi pratiquée chez les animistes africains, chez les chrétiens d’Afrique de l’Est et chez les juifs d’Egypte, de Soudan, et d’Ethiopie, alors qu’elle est ignorée dans tout le Maghreb (Maroc, Algérie, la Tunisie), et d’autres pays musulmans comme, l’Iran, la Turquie, Liban, la Syrie, l’Arabie Saoudite. Dieu dit dans le Coran : « Nous avons créé l’Homme dans la forme la plus parfaite ». En 1998, des chercheurs de plus de 35 pays musulmans se sont réunis à Al-Azhar au Caire en Egypte pour discuter des mutilations génitales féminines/excision. Ils sont tous arrivés à la conclusion que les mutilations sexuelles féminines sont une coutume et qu’elles ne sont pas obligatoires dans l’islam, étant donné que celles-ci n’ont jamais été mentionnées dans le Saint-Coran et qu’il n’existe pas de citations dans les Hadiths du prophète Muhammed (paix et salut sur lui) apportant une preuve de isnad (chaine de narration authentique) pouvant justifier une disposition de la charia sur cette importante question de la vie humaine.
Pour conclure, je dirai toute transgression n’est pas perçue de la même manière. Si l’on se réfère à la théorie de Mireille Delmas-Marty, « les actes transgressifs peuvent être classés en différentes catégories. Certains seront sanctionnés par la société civile, on parle alors de déviance. Dès lors qu’une transgression est prise en charge par l’Etat et par le biais du droit pénal il s’agit là d’une atteinte grave ». L’excision est une mutilation qui doit être jugée devant la Cour d’assises, une juridiction compétente pour juger les crimes. Tel est le cas en France.
BA Boubou Doctorant-chercheur Centre d’Histoire et d’Anthropologie du Droit (CHAD) Paris
Quelques références bibliographiques : A.Rouhette, « Le droit coutumier en tant que coutume », in EncyclopaediaUniversalis, Paris, 1985
Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme en France (CNCDH), « Avis sur l’excision », assemblée plénière du 28 novembre 2013
C. Levi-Strauss, « Tristes tropiques », Paris Plon, 1955
E. Le Roy, « L’adieu au droit coutumier »,in E. Rude-Antoine (dir), L’immigration face aux lois de la république, Karthala, 1992
F. Couchard, « L’excision », collection, que sais-je ? Puf, 2003
L. Assier-Andrieu, Le droit dans les sociétés humaines, Nathan, 1996,
M. Mauss, Essai sur le don, in sociologie et anthropologie, Paris, Puf, 1966
M. Mauss, Technique du corps, in sociologie et anthropologie, Puf, 1996
N. Carbonne, Les mutilations sexuelles féminines, Berg International, 2011
N Rouland, L’anthropologie juridique, Puf, 1988
S. De Beauvoir, Le Deuxième sexe, Gallimard, coll. « Idées », 1986
P. Clastres, La société contre l’Etat, Les éditions de Minuit, 1974
S A. Aldeeb Abu-Sahlieh, Circoncision masculine, circoncision féminine. Débat religieux, médical, social et juridique, L’Harmattan, 2001
UNICEF, Mutilations génitales féminines/excision : aperçu statistique et étude de la dynamique des changements », New York, 2013
Ousmane SAO, Docteur en géologie de la préhistoire, et Docteur en sociologie politique est l’invité de “REGARDS D’AILLEURS”, présentée par Diadié SOW. Citoyen mauritanien engagé, Ousmane SAO répond aux questions de nos chroniqueurs, Saidou Wane et Nada Ahmed YENJ, concernant l’actualité mauritanienne, son parcours personnel et son combat pour l’enrôlement des mauritaniens de la diaspora. Son engagement politique lors des élections présidentielles
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