— Ci-après l’élément média TV Tooba lors la journée culturelle organisée par A.R.D.J.E , l’aile associative Ganbanaaxu Diogountourou en France. Une séance de conférence-débat animée par Messieurs Dr Boubou BA et Dr Djibril DIALLO avec comme modérateur Ibrahim DIALLO (TV Tooba) :
Jeune Afrique – Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani entend réformer un secteur hautement dysfonctionnel. Mais l’ampleur de la tâche est immense.
Moins de 8 % de taux de réussite au baccalauréat 2021, un déficit de 872 classes dans toute la Mauritanie, des centaines d’enseignants manifestant une fois de plus leur colère le 14 novembre : le système éducatif mauritanien est malade.
Le gouvernement doit plancher sur les mesures à prendre après les conclusions des Assises nationales sur la réforme du système éducatif, dont les travaux se sont achevés le 20 novembre à Nouakchott.
Plus de deux ans après l’élection à la présidence de Mohamed Ould Ghazouani, le pays attend de voir comment celui-ci s’y prendra pour mener à bien « les réformes nécessaires pour asseoir les bases de l’école républicaine », comme il s’y est engagé.
Et, en la matière, il y a consensus : l’état de l’enseignement en Mauritanie relève de soins intensifs tant « l’école républicaine » célébrée dans les discours officiels demeure un mirage. Selon l’Unesco, seulement 5,2 % des tout-petits y fréquentent le préscolaire, contre 15 % en moyenne dans le monde arabe. Sur 1 000 filles entrées au collège, à peine 75 réussissent au baccalauréat.
Les conditions de travail sont également en cause. Les 11 376 instituteurs et professeurs sont trop peu nombreux, et le niveau des salaires – un instituteur débutant émarge à 194 euros par mois – n’est pas de nature à attirer les meilleures compétences.
Quant à la production nationale de livres scolaires, elle ne couvre qu’un tiers des besoins. Sans parler des programme erratiques. Les plus aisés des Mauritaniens désertent l’enseignement public, où sévit l’absentéisme des enseignants, et leur préfèrent des collèges « d’excellence » ou l’enseignement privé.
L’arabe en question
La cause de la précarité du système éducatif mauritanien remonte à la fin des années 1990. « En 1999, une réforme avait introduit les langues nationales [pulaar, soninké et wolof, ndlr] dans l’enseignement à côté de l’arabe et du français », explique Lô Gourmo Abdoul, professeur de droit public à l’université de Nouakchott et à l’université du Havre, et vice-président de l’Union des forces progressistes (UFP).
« L’hostilité du président Maaouiya Ould Taya à l’égard des Négro-Africains [alors accusés de fomenter un coup d’État contre Ould Taya, ndlr] a mis fin à cette expérience, poursuit-il. Les tenants de l’identité arabe ont également disqualifié le français, qui a été cantonné dans l’enseignement scientifique, l’arabe dominant le secteur littéraire. Comme un enfant ne peut acquérir des connaissances de base que dans sa langue maternelle, cette arabisation à outrance a transformé notre enseignement public en parking pour les pauvres, les enfants riches ayant fui vers les écoles “d’excellence”, le privé ou le Sénégal ! »
Toutes les tentatives de réforme se sont heurtées à la dévalorisation des autres langues en raison de la politisation des partisans du nationalisme arabe.
Cette fixation est d’autant plus paradoxale que les Mauritaniens parlent un dialecte arabe mâtiné de berbère, de français, d’espagnol appelé « hassanya », un « mauvais arabe qui permet de recruter n’importe qui du moment qu’il le parle », selon le professeur Lô Gourmo. « Notre enseignement est devenu schizophrène. Nos enseignants sont désespérés », déplore-t-il.
Face à cette situation, le président Ghazouani a commencé à agir. En février 2020, le gouvernement a décidé d’ouvrir une concertation nationale sur le sujet. Les résultats catastrophiques du baccalauréat 2021 ont accéléré la démarche et, du 21 au 24 octobre, 14 ateliers régionaux regroupant 878 participants et plus de 1 million de visiteurs en ligne ont débattu des problèmes et des solutions.
20 % du budget de l’État d’ici 2024
Syndicats, enseignants, autorités pédagogiques, élus, parents d’élèves, représentants de la société civile se sont penchés sur la carte scolaire, la gestion des ressources humaines, la formation à la citoyenneté, l’unification du système éducatif, le cursus scolaire, le préscolaire, l’enseignement des sciences, le privé, l’alphabétisation, etc.
Le grand déballage a permis de dégager un consensus dont la synthèse a été publiée le 19 novembre par le ministère de l’Éducation nationale. Le point central concerne le retour sur la réforme de 1999, afin de faire une place aux langues négro-africaines dans un enseignement où l’arabe demeurera la langue principale et où le français et l’anglais auront le statut de langues « d’ouverture ».
Les ateliers régionaux ont également proposé de multiplier le salaire des enseignants par quatre et leurs allocations familiales par dix. Ils demandent aussi que le budget de l’Éducation nationale représente au moins 45 % du budget de l’État. Rappelons qu’il ne pèse aujourd’hui que 12 %, une proportion que le président veut porter à 20 % d’ici 2024.
Depuis 2019, le gouvernement a cherché à remédier aux carences les plus criantes ; 5 000 enseignants ont été recrutés et 710 classes réceptionnées. Les indemnités d’éloignement et de « craie » ont été doublées.
Des zones d’éducation prioritaire ont été créées ainsi qu’une formation continue pour 5 000 professeurs. Les cantines scolaires – jusque-là inexistantes – accueillent aujourd’hui 170 000 élèves, souvent très pauvres.
Ce faisant, le pouvoir a paré au plus pressé avec des moyens limités. Sera-t-il capable de s’attaquer à la racine des problèmes du système éducatif, à savoir sa politisation à outrance ?
« Le chef de l’État cherche à l’évidence un accord de compromis avec toutes les parties prenantes, répond Lô Gourmo. Il ne s’implique donc pas dans la posture des partisans de l’arabisme à tout crin. Cela laisse une certaine marge pour la réforme. »
Je ne peux qu’exprimer mon désaccord avec le rapport de synthèse générale publiée à la suite des concertations sur la prochaine réforme du système éducatif. S’il faut féliciter une démarche consistant à discuter avec les mouvements des luttes linguistiques du pays, de reconsidérer la question des langues longtemps négligée et étouffée par des gouvernements successifs, il est tout aussi nécessaire de rester vigilent sur la bonne tenue de ces concertations et à veiller sur l’établissement et le maintien d’un équilibre linguistique dans tous les aspects des solutions proposées. Bâtir un système basé sur les langues que les populations mauritaniennes parlent est un impératif de développement pour des raisons évidentes : notamment, l’élimination de l’obstacle linguistique dans la pénétration des sciences, qui pourra s’opérer plus tôt dans l’âge, plus vite et dans une mesure plus large dans la population. Les bénéfices transversaux au niveau du développement « culturel » de la société sont également nombreux et ont une vertu considérable. Dans le contexte mauritanien, une dimension importante du problème est celle de la justice linguistique, mère de toutes les autres. Aucun mauritanien épris de justice, et ayant un peu de suite dans les idées, ne peut observer sans réagir la construction d’un système dans lequel les matières scientifiques ne seront apprises qu’en Arabe. Il est évident qu’un tel système occasionnera inévitablement une sélection fortement biaisée des futures générations en faveur des locuteurs du Hassaniya, qui est un dialecte de l’Arabe. Cette sélection anormale, contrairement à celles -tout aussi anormales- auxquelles on est habitué jusque-là, aurait cette fois une base légitimée et elle serait donc inattaquable en tant que telle. En ce sens, nous serions en face d’une programmation, calculée ou fortuite, d’un logiciel discriminatoire qui, même si à l’entrée accepte les mauritaniens de toutes origines culturelles, aura des tendances naturelles à sélectionner les Hassanophones à la sortie. Et ce rapport dont il est question mentionne de façon peu complexée cette recommandation dangereuse. Même s’il y est écrit ça-et-là, de façon contradictoire et peu convaincante, qu’il faut que tout enfant mauritanien puisse apprendre dans sa langue. J’attire donc l’attention des mauritaniens sur cette injustice inquiétante que ce rapport laisse entrevoir. Le système qu’il faut aux mauritaniens, pour le bien de sa cohésion et de son vivre-ensemble, est un système juste, qui donne aux filles et fils du pays les mêmes chances de développement culturel et de réussite éducative. Cela passe par une justice linguistique au niveau de nos moyens d’acquisitions des connaissances. Il est une grave erreur de penser qu’une uniformisation linguistique, qui occasionnera de façon structurelle un si grand déséquilibre dans la sélection des nouvelles générations, serait la clé de notre entente nationale. On peut tout au plus espérer parler la même langue lorsque l’on s’entretuera à cause d’une telle idée naïve. Seule la justice linguistique, garantissant les mêmes moyens éducatifs et d’accès aux sciences et à la culture, de façon générale, peut annihiler les frustrations et éliminer tous les biais sélectifs à conséquences discriminatoires. Ainsi, il est non négociable de fournir aux langues Pulaar, Soninké et Wolof les mêmes moyens que ceux attribués à l’Arabe : les matières scientifiques peuvent et doivent être apprises dans ces langues aussi.
La commission technique qui supervise les journées de concertation sur la réforme du système éducatif qui a clôturé ses travaux samedi, a recommandé l’usage de l’arabe comme langue d’enseignement des matières scientifiques au niveau de l’enseignement fondamental et secondaire. Cette recommandation figure dans le rapport final des journées de concertation tout comme celle proposant de réduire le premier cycle du secondaire à trois années au lieu de quatre.
Ces recommandations doivent être transmises au ministère de l’éducation nationale et de la réforme du système éducatif, qui considère que ces journées de concertation constitueront une étape importante dans le processus de réforme de l’enseignement.
Les journées de concertation ouvertes au début de la semaine ont connu des débats houleux autour de la question de la langue d’enseignement.
Les enjeux de l’école en Mauritanie s’invitent, de nouveau, dans les débats politiques à l’heure où la nouvelle réforme semble prendre sa physionomie. Les ateliers de concertation du mois dernier ont tenté d’explorer les voies et moyens d’une réforme consensuelle et apaisée. L’examen fait lors de ces ateliers a permis de réactualiser les lignes de force et de faiblesse des réformes antérieures. Il a permis également d’esquisser les contours d’une feuille de route qui devrait assoir des bases solides de l’école républicaine à venir. Les résultats des journées de concertation n’ont pas fait l’unanimité, tant il est vrai que d’épineux problèmes sont restés en suspens de crainte de réveiller les vieux démons. Comme on dit « le diable est dans les détails ». A présent la collectivité nationale a les yeux rivés sur les journées de partage qui ont débuté la semaine dernière. Mais si les dés sont déjà jetés, il n’en demeure pas moins que la mise en place de la nouvelle réforme scolaire reste conditionnée par la résolution des dysfonctionnements majeurs suivants.
1°- L’incohérence du système éducatif national
La bicéphalie de l’école que la réforme de 99 a tenté de corriger s’est promptement aggravée au cours de la décade écoulée. On est, en effet, revenu à un enseignement hybride qui ne fait qu’accentuer le fossé qui sépare les composantes de notre tissu social. Le clivage culturel, attisé par les extrémistes de tous bords, est devenu plus marqué et menace de rompre le fragile équilibre social. Pour avoir une idée de la gravité de ce phénomène, il suffit de faire le tour des grandes villes du pays. A Nouakchott qui est la Mauritanie en miniature, la situation n’inspire pas confiance. En effet, nous avons dans la périphérie sud de la Capitale, en plus des écoles publiques, des écoles privées animées et fréquentées exclusivement par des négro-africains. Alors que, dans la périphérie nord de Nouakchott, en plus des établissements officiels, se concentrent des écoles libres où les arabo-berbères sont en surreprésentation. A ce dédale d’écoles est venu se greffer un autre type d’école. Il s’agit des écoles dites étrangères (l’Ecole françaises et les établissements qui lui sont affiliés : le Complexe scolaire « Le Petit Centre », les écoles Sahel, des Nations, des Cadres,… et j’en passe) en plus des Ecoles turques et de certaines écoles privées mauritaniennes qui appliquent impunément le Programme français. Toutes ces écoles qui constituent de vrais Etats dans un Etat demeurent une destination privilégiée pour les élèves issus des milieux aisés en quête d’un enseignement francophone de qualité. Ayant la bride sur le dos, les établissements en question mettent en œuvre des programmes véhiculant des concepts et des idées aux antipodes de notre encyclopédie culturelle. Cet apartheid culturo-linguistique qui nous rappelle l’école à deux vitesses des années 80. Ce qui n’est pas de nature à faciliter la mise en place de l’école républicaine qui devra servir de creuset de la Nation. Pis ! Cette école républicaine risque d’être érigée sur un socle craquelé ; elle qui a pour finalités d’offrir aux enfants du pays les mêmes chances d’égalité, de standardiser notre enseignement et d’être attractive pour assurer le retour, en sein, des « fils à papas » qui désertent aujourd’hui l’école publique pour les écoles étrangères de la place. Pour ce faire, les hauts responsables de l’Etat, le président de la République et le ministre de l’Education Nationale en particulier, doivent prendre le taureau par les cornes et être cohérents avec eux-mêmes en ramenant les enfants à l’école publique. C’est à cette condition, et à cette seule condition, que les mauritaniens pourront pleinement adhérer à leur projet (celui de l’école républicaine). Sinon, celle-ci ne sera qu’un leurre et nous n’aurions fait que prêcher dans le désert.
2°- La valorisation du métier de l’enseignant
La qualité de l’éducation que recevront nos élèves sera toujours tributaire de la qualité de l’enseignement dispensé par les enseignants. En effet, l’efficacité de l’éducation passe par le renforcement de la motivation des personnels de l’éducation, ainsi que par une réforme des formations initiales de ces personnels et de leur encadrement. Comme on le sait, les contraintes budgétaires imposées au pays au début des années 90 ont conduit celui-ci à revoir à la baisse les exigences de recrutement et les conditions d’emploi du personnel enseignant. En conséquence, les écoles normales (les ENIs, l’ENA et l’ENS) ont vu leur capacité d’accueil se rétrécir et le temps de leur formation se raccourcir. Pour venir à bout de la pénurie d’enseignants, les processus de formation, de recrutement, rémunération et d’encadrement du personnel enseignant requièrent, de la part de l’Etat, une attention particulière.
En ce qui concerne la formation initiale des enseignants, elle demeure le garant de l’amélioration de la qualité de l’éducation et un facteur indispensable à l’amélioration des apprentissages des élèves. En effet, ce qui compte, par-dessus tout, en matière d’éducation, c’est la qualité de cette formation initiale. A l’heure actuelle, le contenu de cette formation mérite un réexamen, pour prendre en compte les nouvelles réalités éducatives : une pédagogie adaptée aux nouveaux modes d’organisation des classes, les techniques de la gestion de l’espace classe et les relations écoles-communautés,
Pour ce qui est de la formation continue, elle ne bénéficie pas encore de l’attention qu’elle mérite ; bien qu’elle soit indispensable à tout enseignant préoccupé de suivre l’évolution de la société et ses répercussions sur la vie scolaire. Plus encore, dans un contexte où les contraintes budgétaires poussent au recrutement de professeurs ayant une formation initiale courte, voire n’ayant pas de préparation spécifique au métier d’enseignant, elle revêt une importance cruciale. Le but de la formation continue est corriger défaillances de la formation initiale. Mais, dans notre pays, elle ne constitue pas encore une priorité pour nos responsables éducatifs. Les enseignants peuvent, en effet, rester plusieurs années sans avoir l’occasion de se perfectionner.
Aujourd’hui, la mise à niveau et l’accompagnement prévus pour pallier les lacunes de la formation initiale des nouvelles recrues font cruellement défaut. Il est impérieux de trouver des solutions aux nombreux problèmes soulevés en matière de formation continue des enseignants (mauvaise adaptation aux besoins manifestés par le personnel enseignant, absence de prévision pour les remplacements des enseignants, faiblesse des moyens logistiques pour un suivi régulier des enseignants, entre autres). Les enseignants doivent être outillés pour faire face aux nouvelles réalités pédagogiques : pédagogie de la maitrise, gestion des classes multigrades, pédagogie des groupes, nouvelles philosophies et techniques d’évaluation. Cela suppose que des activités consistantes de formation continue soient mises en œuvre, non seulement à l’intention des enseignants débutants, mais aussi pour les enseignants expérimentés.
Pour réaliser l’indispensable revalorisation de la formation enseignante, plusieurs actions s’imposent : amélioration de la formation initiale ; leur fournir une formation continue plus consistante ; instaurer des mécanismes visant à réduire la précarisation des enseignants ; accroitre leur participation aux décisions qui concernent autant l’orientation des politiques éducatives que la vie des établissements.
3°- La mise à disposition du livre
La disponibilité des manuels scolaires fait partie des éléments clés en matière de qualité de l’éducation. Le fait de disposer d’un livre se répercute positivement sur les performances des élèves. En conséquence, compte tenu de son coût relativement faible, doter chaque élève de manuels scolaires peut être considéré comme le moyen le plus efficace d’améliorer les acquis des apprenants. Cette mesure s’avère particulièrement profitable aux élèves les plus pauvres. Le renouveau pédagogique, sur lequel on mise pour améliorer les acquis des élèves et leur capacité à transférer leurs savoirs, doit pouvoir s’appuyer sur des manuels scolaires de qualité. Comment des enseignants contraints d’écrire au tableau ou de dicter des textes à des élèves dépourvus de manuels peuvent-ils avoir recours à une pédagogie active qui développe l’autonomie de l’apprenant, qui plus est s’ils ne disposent, eux-mêmes, ni des programmes, ni de guides pédagogiques requis ? L’élaboration de manuels scolaires doit s’appuyer sur une réforme harmonisée des currucula ; l’accessibilité gratuite aux manuels pour le plus grand nombre d’élèves, le développement de l’industrie du livre dans le pays. Les manuels scolaires élaborés selon la nouvelle approche « Vision holistique », n’ont pas été élaborés et édités à temps. Ce qui montre l’impérieuse nécessité de fusionner, pour plus de convenance, l’Inspection générale de l’éducation qui conçoit les programmes et l’Institut pédagogique national qui à revient la tâche d’élaborer et éditer les manuels scolaires. En tout cas, la nouvelle réforme risque d’avoir du plomb dans les ailes, si l’IPN tarde à l’accompagner. En effet plusieurs niveaux, aussi bien du premier cycle que du second cycle, manquent, jusqu’à présent, de livres-supports. Nos élèves doivent patienter car ces livres sont encore sous presses. Ce qui rend aléatoire la réussite de la nouvelle réforme qui, dès sa mise sur rails, a commencé à claudiquer. Cette infirmité risque d’impacter négativement l’appropriation des nouveaux programmes par les élèves et de perturber leur mise en œuvre par les professeurs.
4°– Des infrastructures scolaires ne répondant pas aux normes
Autant à Nouakchott que dans les provinces, les infrastructures d’accueil de nos élèves demeurent majoritairement dans un état piteux. Les élèves mauritaniens continuent malheureusement à étudier dans un environnement peu accueillant marqué par la vétusté des bâtiments, la massification des effectifs, le manque cruel des tables-bancs, d’eau et d’électricité, de clôtures, de sanitaires fiables, de bibliothèques où les apprenants peuvent se documenter, de laboratoires qui en respectent le modèle et de matériel didactique approprié, de salles de permanence pour retenir les élèves pendant les heures creuses, de cloches ou d’avertisseurs automatiques pour signaler le passage d’un créneau horaire à l’autre au lieu des jantes cabossées qu’utilisent nos établissement actuellement. Aussi nos établissements manquent-ils cruellement d’espaces verts, de potagers, d’infirmeries capables d’offrir les soins de première nécessité à une population écolière pouvant, au niveau de certains établissements scolaires, dépasser le nombre d’habitants de certains de nos villages, d’infrastructures sportives pouvant contribuer à l’épanouissement de la personnalité de nos apprenants et favoriser leur brassage. Dans ces conditions, que peut-on attendre de nos professeurs qui sont souvent mal formés, désarmés et très peu motivés ? Et quels avantages pourront tirer nos élèves de cette situation ? Les dysfonctionnements doivent corrigés illico, car leur persistance constitue de graves entraves à la mise en place de l’école républicaine. A bon entendeur, salut !
AFRIFF ou Festival International du Film Afticsin, a déroulé sa 10eme édition à Lagos au Nigeria du 8 au 14 novembre 2021. La République Islamique de Mauritanie était présente au cours de cette édition grâce au film réalisé par le cinéaste italien Marco Piantoni et la Federation Italienne des droits de l’Homme, dirigée par Antonio Stango. Piantoni et Stango sont tous les deux adeptes de La défense de la dignité humaine et des engagements non-violents. Une équipe constituée par le cinéaste et la ligue, avait suivi le candidat Biram Dah Abeid durant son périple de campagne en juin 2019. Les discours enflammés, galvanisateurs, du leaders abolitionniste, comme ses prises de positions stratégiques ou spontanées, ont été étroitement et longuement scrutés et analysés ses accompagnateurs. Ces derniers étaient présents à côté du candidat très largement assuré de l’inéluctabilité d’un deuxième tour dans les élections présidentielles mauritaniennes le mettant en face à face avec le candidat du pouvoir Mohamedould Cheikh El Ghazouani. Ils étaient aussi témoins de la déclaration unilatérale et prématurée du président sortant et homme fort du pays à l’époque, Mohamed ould Abdel Aziz, de la victoire de son candidat. Ce fait accompli provocateur et arbitraire, a été précédé par une descente massive des unités de l’armée avec ses chars et blindées dans toutes les circonscriptions ou agglomérations dans lesquelles le candidat du pouvoir était battu par Biram Dah Abeid. Marco Piantoni a immortalisé le premier réflexe du dirigeant d’IRA-Mauritanie, voyant sa très possible victoire confisquée par la révocation du deuxième tour par décision arbitraire et par la force militaire. Biram Dah Abeid a pensé aux vies humaines, aux vies des jeunes mauritaniens et mauritaniennes, il a pensé aux vies des soldats mauritaniens, il a pensé aux biens et infrastructures des mauritaniens et de la Mauritanie, à la pérennité du pays… Marco Piantoni et Antonio Stango on sublimé l’attitude et l’idéologie non-violentes du Prix des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et ont réalisé le documentaire “L’asino che vola” qui retrace le parcours militant ardue de Biram Dah Abeid et de son organisation non gouvernementale, un parcours néanmoins moralement et stratégiquement sécurisé de toute violence physique ou idéologique. À travers la projection de ce film au cours de cette dixième édition de AFRIFF, les réalisateurs du film on gagné un pas en avant vers leur but ultime : couronner Biram Dah Abeid du Prix Nobel de la Paix.
Ici notre tante et mère Hawa Cissoko rencontrée au Mali lors de l’événement Atelier de formation au Plaidoyer du programme Esclavage et Migrations Forcées – EMiFo . Âgée d’à peu près 70 ans, elle est originaire du village de Bouyagui. Ce village est un village-Liberté comme quelques-uns dans la région de Kayes. Des villages historiques fondés par des communautés qui refusèrent la servitude esclavagiste dans d’autres localités. Selon son témoignage recueilli dans nos échanges très touchants, leurs ancêtres sous le joug esclavagiste quittèrent en pleine nuit un autre village des environs pour aller débroussailler et occuper l’endroit du site actuel du village Bouyagui. Un autre ressortissant du village, l’enseignant Waly Traoré nous apprend que cet événement marquant la révolte fondatrice de leur libération historique, se serait passé dans la nuit du 10 juillet 1914. À l’époque, l’ordre colonial français régnait dans la zone, on dirait que les autorités d’antan essayaient plus ou moins avec leurs intérêts mis bien à l’abri certainement, de pencher davantage vers les libérations des esclaves dans la zone. Aujourd’hui après plus d’un siècle de cette période et 60 ans après nos indépendances, nos propres autorités traînent à nommer et à éradiquer un phénomène qui a un prolongement sociétal et temporel facilement détectable dans nos différentes communautés.
L’histoire de ce village est relatée dans le film doc réalisé par Dr Marie RodetlesDiambourouhttps://vimeo.com/245704895 .
C’est dans le cadre du programme de recherche-action Esclavage et Migrations Forcées – EMiFo sous la direction de la chercheuse-historienne Dr Marie Rodet de SOAS Université de Londres via un consortium universitaire et d’ONGs, que s’inscrivent ces activités impliquant différents intervenants. Militants anti-esclavagistes locaux et ceux de la diaspora, société civile, journalistes, blogueurs, représentants traditionnels et corps administratifs. L’esclavage par ascendance historiquement sous le sceau d’un tabou, est aujourd’hui un phénomène touché à vif publiquement.
Une prise de conscience d’une certaine ampleur grace à la mobilisation militante courageuse enclenchée depuis 5 ans par le mouvement GAMBANA notamment dans les milieux soninkés en Afrique de l’ouest et les diasporas. Ainsi cette action de formation au plaidoyer organisée du 18 au 22 octobre 2021 à l’USJPB (Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako) de Bamako, visait une mise à jour en techniques de plaidoyer pour les différents acteurs-cibles afin de permettre plus d’efficacité et de réussite dans l’engagement militant contre l’esclavage par ascendance. Après la riche et instructive semaine bamakoise, un Forum de 2 jours (26 et 27 octobre 2021) à Kayes sous le patronage administratif du gouvernorat a permis de produire un document-synthèse des 16 recommandations…Lire https://soninkideesjose.wordpress.com/2021/10/30/%e2%9c%93forum-de-kayes-du-26-et-27-octobre-2021-les-principales-recommandations-remises-aux-autorites-regionales/ .
La délégation GAMBANA de la diaspora est composée du président d’Armepes-France Mr Gaye TRAORÉ, l’initiateur du forum Ganbanaaxu Fedde (le 5 octobre 2016) et 2 membres de son bureau exécutif Aboulaye TRAORÉ et Koundou SOUMARÉ, de Madame HassaKONATE (RMFP Gambana-Mali) et de cheikh Adama BATHILY, un lettré Juste militant contre les coutumes esclavagistes dans la communauté soninké.
Veillez retrouver différents éléments médias photos et vidéos sur ce périple droit-de-lhommiste et visites auprès de victimes et rescapés (Bamako, Kayes, Diema et Nioro) :
À lire un entretien succint avec le secrétaire général de l’association Donkosira, monsieur Mamadou SèneCISSÉ. Un archiviste en numérisation de métier rencontré lors de notre quinzaine au Mali à l’occasion de l’évènement-programme EMifo Atelier de formation au plaidoyer à l’université USJPB (Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako) dont sa structure associative a été partenaire activement.
✓Question 1 : Bonjour monsieur Cissé, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Mamadou Sène CISSÉ : Je suis archiviste en numérisation , secrétaire général de l’association Donkosira , partenaire du projet EMiFo (esclavage et migrations forcées dans l’Ouest du Mali) , je suis membre du réseau AKN (antislavery knowledge network) et assistant de recherche du Docteur MarieRodet.
✓Question 2 : Vous êtes le secrétaire général de l’association Dokonsira, vous pouvez la présenter succintement (genèse de sa création et principaux objectifs) ?
MSC : l’association Donkosira : C’est la recherche et la diffusion des savoirs locaux par la nouvelle technologie de l’information et de la communication pour sensibiliser les générations futures contre toutes formes d’exploitations y compris l’esclavage par ascendance.
✓Question 3 : Quelles sont vos réalisations phares depuis sa création ?
MSC : 1- Demarginaliser les frontières Ouest africaine des communautés descendants d’esclaves , le projet s’étendait , du Mali , le Sénégal et la Guinée.
2- Visualising liberté : la visibilité de liberté et des luttes historiques liées à l’esclavage.3-Enfin SlaFMig/EMiFo , programme de recherche action esclavage et migrations forcées.
3- Enfin SlaFMig/EMiFo , programme de recherche action esclavage et migrations forcées.
✓Question 4 : Quelles difficultés avez vous rencontrées dans le cadre de votre engagement associatif sur le terrain ?
MSC : – Absence des autorités pour soutenir nos actions. – Dificultés d’accès à certaines personnes ressources pour mener nos recherches. – Manque de fonds pour financer plus largement nos activités.
La « Maison de Quartier » de la Cité Plage, siège de l’association Traversées Mauritanides à Nouakchott, a accueilli samedi 16 octobre 2021, l’Honorable député Kadiata Malick Diallo et son biographe, Mohamed Lam, auteur de l’ouvrage « Kadiata, une vie de lutte ».
La rencontre s’est déroulée en présence d’un public composé de plusieurs jeunes mais aussi des compagnons de lutte de Mme Kadiata Malick Diallo, ceux avec qui elle a partagé une longue période de combat politique, allant des mouvements clandestins, comme l’AMD ou le MND (mouvement national démocratique), jusqu’au pluralisme politique des années 90. Comme le dira Mohamed Lam, auteur du livre sur Kadiata Malick Diallo, « sa vie est intimement liée à l’histoire politique de la Mauritanie ». Gauchiste jusqu’à la moelle, elle a accompagné le combat de l’opposition dans tous ses fronts, ce qui la pénalisera sur le plan professionnel, que cela soit sous les ornières de l’UFD (union des forces démocratiques), puis sous l’UFD/Ere Nouvelle qui se scindera ensuite en deux parties, avant la création de l’UFP (union des forces du progrès) où elle a continué son combat politique briguant des mandats successifs.
Lors de la rencontre avec le public, le jeune Mohamed Lam, ami intime du défunt fils de Kadiata Malick Diallo, Moussa Bâ, décédé à 27 ans alors qu’il poursuivait des études supérieures en Chine, a souligné que ce qui l’a poussé à faire cette biographie dépasse largement cette relation filiale qui le lie à Kadiata Malick Diallo. Il embrasse un horizon plus vaste fait de respect pour le combat titanesque qu’elle a livré pour se distinguer en tant que figure de proue du leadership féminin en Mauritanie. C’est ce parcours exceptionnel d’une femme qui par son charisme et sa force de caractère, mais surtout son patriotisme et son attachement à un idéal qui tranche avec les prises de position partisane de type identitaire ou communautaire, en symbiose avec ses propres principes, qui l’ont le plus séduit, dira-t-il en substance.
A son tour, Kadiata Malick Diallo a évoqué la démarche entreprise par Mohamed Lam, qu’elle appelle « mon fils », lorsqu’il est venu lui proposer de faire sa biographie et le cheminement intellectuel et historique qui a sous-tendu son ouvrage. Celui-ci, par-delà le portrait qu’il fait d’elle, constitue selon elle, un repère pour tous ceux qui seraient avides de connaître l’histoire politique et social de la Mauritanie contemporaine, mais surtout le message fort qu’elle y a distillé en direction de la jeune génération.
Par la suite, Mohamed Mahmoud Ould Ahmedou dit Jemal, un passionné du patrimoine culturel mauritanien, ainsi que Kane Hadiya, Directeur du Musée National, ont exprimé leur point de vue par rapport à l’ouvrage et au combat de Mme Kadiata Malick Diallo. Ils ont été tous les deux unanimes à saluer l’initiative d’une telle démarche qui a débouché sur cet ouvrage qui retrace le combat d’une femme exceptionnelle, mais surtout l’éclairage qu’il apporte par rapport à un pan de l’histoire de la Mauritanie, dans ses dimensions historiques, biographiques et sociales. L’ouvrage rend surtout hommage à une femme devenue l’icône des Mauritaniens, à travers ses prises de position tranchées et ses interventions efficientes à l’Assemblée, notamment sur les questions nationales, comme la cohabitation, l’unité nationale, la cohésion sociale et la dénonciation des injustices. Une femme qui s’est mise au-dessus des querelles de chapelle entre les partisans de la compartimentation ethnique ou linguistique de la Mauritanie, ont commenté plusieurs intervenants.
Plusieurs jeunes ont pris la parole, comme l’activiste et très dynamique Dieynaba N’diom, ou encore le jeune Tandia, et bien d’autres intervenants.
La rencontre a été marquée par un moment d’échanges intenses et de communion au cours duquel, l’auteur du livre sur Malick Diallo et son héroïne, ont répondu aux questions qui leur ont été posées par l’assistance.
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