L’éditorial : L’ethnicisme dans la Politique en Afrique, cette fumée invisible de nos feux!

Un fief politique chez nous en Afrique peut être cette dénomination lisse et contenue pour éviter l’accentuation sémantique d’une réalité bien connue, qui est l’ethnicisation des données politiques.

Surtout en période bouillonnante d’élections présidentielles dans les pays où les ensembles ethniques sont relativement séparés et identifiés par/dans des zones géographiques. Ces derniers jours avec la situation postélectorale critique en Guinée Conakry, les appels fusent pour dénoncer le régime fraudeur d’une ex grande figure historique de l’opposition dans le pays de Sekou Touré. Monsieur Alpha Condé (issu de l’ensemble ethnique malinké) a vieilli et visiblement très mal en point et son clan ont fait du forcing avec un bricolage constitutionnel pour briguer un mandat semblant être de trop. Malheureusement en toute logique selon leurs calculs, il est déclaré vainqueur par la Ceni lors du scrutin du 18/10/2020, devançant un homme politique très connu, le libéral Cellou Dalein Diallo issu de l’ensemble ethnique Peul (ultra Majoritaire en Moyenne Guinée). Le leader du parti UFDG et ses alliés pressentaient les signaux à venir, et se fiant à leurs données recueillies, ont déclaré avoir remporté la victoire nettement sur le camp du pouvoir. Ainsi une crise est inévitable avec la répression orchestrée par les forces de sécurité sur les militants contestataires de l’opposition avec plusieurs morts à déplorer. La communauté internationale (La CEDEAO en tête) fait du sur-place avec des signaux à la fois illisibles et ambiguës.

De ce schéma simpliste d’un camp impopulaire refusant sa défaite électorale et d’une opposition victorieuse mais volée, le parfum « naturel » ethnocentrique dans nos réalités africaines se sent dans l’air à travers différents éléments médiatiques des uns et des autres. En effet qu’on soit sympathisant-observateur extérieur, militant engagé guinéen ou panafricain intéressé, des non-dits et des sous-entendus ici et là paraissent plus éloquents que ce qu’on ose exprimer ouvertement. Il est facile de détecter que les hâtives allégations d’ ethnicisation venant de certaines voix acquises pour la cause d’un camp ou d’un autre, nous donnent une certaine température du véritable « enjeu » intimement tu. Donc Condé se comporte en despote mais il serait aussi l’incarnation du pouvoir Malinké s’érigeant contre l’arrivée d’un Peul au sommet en fin en Guinée Conakry.

Fouillant en quelques clics sur certaines données sur les regnants (Présidents et présidents par intérim) depuis l’indépendance, je constate que les Malinkés ont été les plus nombreux. Et très probablement ces réalités historiques traversent et polluent l’éveil républicain transcommunautaire tant attendu pour faire VIVRE UNE VÉRITABLE CONSCIENCE DÉMOCRATIQUE dans nos pays. La chose est tellement profonde et tient notre inconscient collectif en tant que communauté. Oui, la communauté au sens étriqué africain, est une nationalité ethnique, tribale et culturelle qui ne relativise pas et se structure par opposition à une autre car en compétition hégémonique non officielle aujourd’hui mais agressive et un certain héritage des temps immémoriaux dit-on. Dans certains pays africains où l’ethnicisme politique est marqué, l’habillage patronymique dans les instances dirigeantes des partis politiques censés progressistes et républicains, ne peut gommer un fond identitaire purement ethnique et communautaire.

Cette donnée ethniciste en politique est un poison irrésistible qui bloque l’exercice franc du jeu démocratique dans certains pays où des fortes structures aristocratiques formatent l’élément-membre en sujet socialisé et encarté au service de la communauté d’extraction d’abord et occasionnellement ailleurs en missionnaire. Une socialisation de contre-progressisme est inoculée insidieusement à tout le monde et s’en défaire est une mission subversive difficilement tenable. Même certains hauts diplômés bien informés d’un monde extérieur qui interpelle, se la jouent par exploitation politicienne. D’autres issus du noyau régnant de l’aristocratie interne cultivent « intellectuellement » des thèses nostalgiques pro-communautaristes qui sonnent nationalisme ou même royauté selon leur entendement et selon l’audience visée . Le pouvoir central d’un État républicain n’est acceptable pour eux que s’il est noyauté pour maintenir certains privilèges statutaires au détriment d’un état de droit ayant comme crédo; l’égalité citoyenne pour tous . Dans un article de Libération sur les soubresauts imbriqués et complexes des milieux Touarègues du Nord Malien, il en ressort clairement que parmi les mouvements indépendantistes, les Ifoghas (aristocrates internes) tiennent davantage à se défaire du Sud qui incarne l’état central malien. Et au contraire les Imghads (historiquement vassaux des premiers) sont enclins à la restauration du pouvoir central malien et à l’intégrité du territoire. Ici on y comprend aisément ce qui se joue en terme d’intérêt des uns et des autres. Les Ifoghas luttent pour la promotion de leur statut avec un État autonome qu’ils vont diriger selon l’ordre social établi et les Imghads préfèrent le maintien de l’ordre étatique républicain qui proclame l’égalité entre tous les citoyens https://www.liberation.fr/planete/2016/08/03/a-kidal-la-lutte-fratricide-des-touaregs-du-mali_1470136 .

L’ordre républicain dans nos pays ne peut pas garantir l’exercice démocratique que si un certain universalisme humaniste est cultivé profondément d’abord dans différentes communautés. Il faut une culture d’éveil humaniste pour ériger une communauté légale qui va au delà des principes théoriques . Une politisation des consciences par d’autres valeurs inclusives est nécessaire plus que jamais. Et le Droit et ses differentes déclinaisons s’imposeront sur les velléités dominatrices de factions communautaires qui profitent des passe-droits illégaux. Ces passe-droits qui sont à l’origine d’innombrables crispations politiques, sociales et intercommunautaires autour du pouvoir étatique.

L’ethnicisme comme identité politique est foncièrement déstabilisateur pour nos pays et nos communautés. Le cas ivoirien est parlant dans la décennie 2000 – 2010 et voire même aujourd’hui davantage. Un célèbre journaliste ivoirien vivant aux Antilles avait écrit dans un post FB récemment, en substance qu’aujourd’hui en Côte d’ivoire le camp au pouvoir fait du rattrapage ethnique, ce qui est source de problèmes autant que la problématique de l’ivoirité créée par d’autres qui étaient au pouvoir hier. La vie politique ivoirienne à l’approche d’une présidentielle dans quelques jours, connaît certaines turbulences qui inquiètent.

Et pourtant, on peut se donner les dispositions sociales et intellectuelles pour cultiver sincèrement et consciencieusement un universalisme salutaire comme anse ferme de nos démocraties.

Je reste interrogatif parfois en constatant qu’un jeune soninké mauritanien ayant un certain niveau d’instruction, puisse partager avec une étrange fierté immodérée un bref extrait vidéo dans lequel un président Gambien (A Barrow) parlant soninké à ses concitoyens soninkés. Également lors du Fiso en Gambie en 2020, certains milieux soninkés se seraient satisfaits outre mesure à voir et entendre un ex président malien par intérim Monsieur Traoré Dioncounda parler soninké en public. Et alors que ce même jeune soninké de Mauritanie saurait peu de choses sur la vie et la lutte historique d’un Thiam Samba (homme politique d’ethnie peul) ou d’un Ould Bedredine (Célèbre homme politique progressiste d’ethnie maure, paix à son âme) . Je peux en dire autant de jeunes maures, peuls ou haratines. Il y en a qui s’intéressent à l’actualité de ceux qui dirigent le Nigéria et le Sénégal aujourd’hui (Buhari et Sall, Tous peuls) au nom d’un Pulagu ethnocentrique . Et d’autres par panarabisme zélé peuvent fêter et regretter l’ex raïs irakien Saddam Hussein et feignent d’ignorer que le bagne morbide de Oualata ait eu lieu et qu’il y a des veuves et des orphelins qui attendent la vérité sur leurs proches disparus depuis plusieurs décennies.

Nos démocraties tiendront avec une conscience républicaine et universaliste et non à travers les courses à l’hégémonie partisane. Et mettre sincèrement les Droits Humains au cœur de nos engagements politiques, c’est à dire prioriser l’état de droit par le pouvoir à tous les niveaux.

– Par KS pour le BLOG

Alpha Condé ou l’histoire d’une tragi-comédie. Par Souleymane Sidibé

« Le mal que l’occupant nous a fait est loin d’être guéri » disait le savant pluridisciplinaire, Cheikh Anta Diop.


 

Le mal n’est autre que la division et la diversion des familles africaines pour mieux régner à travers le séparatisme colonial. En vidant le contenu du pouvoir local (chefs tribaux) tout en laissant les pratiques féodales et inhumaines, le colonialisme a eu gain de cause. De nos jours, certains réduisent la pensée du maître Cheikh Anta Diop en rapportant tout à la religion. Cependant, sa pensée concernait les sciences et la trajectoire politique africaine.

Aujourd’hui encore, en Guinée, des problèmes majeurs liés au communautarisme persistent.. Sékou Touré, par sa « dictature du peuple », selon lui, n’a pu créer le citoyen tout simplement guinéen et débarrassé de préjugés. Ainsi, des divisions entre les Peuls, les Forestiers, les Malinkés et les Sousous sévissent..
Certains observateurs affirment que les Peuls détiennent le levier économique ; il ne faudrait donc pas qu’ils aient en plus de cela le pouvoir exécutif.

Ces dernières élections, qui ne reflètent en aucun cas des pratiques démocratiques, montrent la soif et la boulimie du pouvoir par le président sortant (Alpha Condé) réélu  pour un troisième mandat. Quant au leader de l’opposition (Cellou Dalein Diallo), on pense qu’il ne cherche qu’à briguer la magistrature suprême tout en s’autoproclamant vainqueur avant la sortie des résultats par la CENI . Les résultats du scrutin doivent être soumis à la validation du conseil constitutionnel suivant le modèle des pays francophones, anciennes colonies françaises.

Deux problèmes se posent. Le premier est la participation d’Alpha Condé et son désir de confiscation du pouvoir au besoin par l’usage de la force ;  par des tirs à balles réelles sur les manifestants. Et le deuxième problème est l’auto-proclamation soudaine de Cellou Dalein Diallo qui est aussi une négation de la démocratie.
Ceci dit, ne faut-il pas faire de nos jours attention aux légendaires opposants ?
Très souvent, ces opposants ne sont-ils pas la reproduction cachée d’un système politique ?

Le continent africain n’assiste-t-il pas à des formes successives de putschs électoraux de la Gambie en passant par la Mauritanie et actuellement la Guinée ? Ces vieux politiciens continueront-ils d’être à l’origine d’une partie du  malheur des  africains ? De plus, au vu de la situation actuelle, on ne peut nier qu’un mauritanien par affinité ou par désir de changement ou/et par panafricanisme n’a rien à apprendre à un guinéen debout depuis le temps de Sékou.
Il faut simplement dire que la Guinée à l’image de nombreux pays africain est une famille indivisible avec ses hauts et ses bas. Nos communautés doivent donc améliorer leur conscience collective et se rassembler en tant que peuple uni sous le même drapeau: le drapeau de la République.

Par ailleurs, le pays se doit d’instaurer de véritables institutions pour éviter ce genre de carnage qui finit en bain de sang. Ainsi, nous verrons la Guinée la véritable destinée qui a ouvert la voie à l’indépendance: débarrassée de contraintes externes et internes. Perdre les élections ou se faire voler ne doit pousser aucun candidat à utiliser ses électeurs comme de la chair à canon après l’expression des suffrages universels pour ne pas dire  bourrages.

Les vies humaines ne doivent pas être considérées comme des voies pour détrôner. Surtout que les personnes, ici, sont issues de la Guinée qui est précurseur de la décolonisation. Celle-là même qui avait opté pour le travail, la solidarité entre les communautés de Alpha Yaya Diallo et de Samory Touré, et pour la  justice sociale. Hélas, ce « scandale géologique » ( parlant de la Guinée)  avec toutes les ressources minières et la pluviométrie favorable pour une autosuffisance alimentaire est encore l’un des pays les plus pauvres et endetté ( PPTE) avec un dictateur habillé en démocrate pour ne pas dire un sanguinaire dans un pays où la mal gouvernance gangrène.

Longtemps considéré comme le « Mandela numéro deux », Alpha Condé ne déçoit pas seulement plus d’une personne et trahit sa conscience mais aussi l’Afrique. A ce rythme, il quittera le pouvoir soit par la révolte populaire, soit par les armes car le pays est aussi un pays  de coups d’État depuis Lassana Konté.
Les procédures légales de recours auraient été louables. L’esprit démocrate et patriotique aurait épargné les innombrables bêtises.
Un jeune rappeur guinéen disait que même la mort ne fait pas peur à celui qui n’a rien à perdre. Cela dit, il a déjà tout perdu car il vit sans droit et reconnaissance pendant que d’autres se gavent des biens du contribuable.
La CEDEAO et la communauté internationale sont comme de la matière inerte face à la situation guinéenne.

Photo prise chez Dione Assane

©️ Crédit source: https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=3740206779332314&id=100000290871124

Réflexion / Débat : « Si, le mot Nègre est péjoratif. » Par l’essayiste Mauritanien Mohamed Lam

J’entame mon propos avec le postulat suivant :

Le mot Nègre ne désigne pas qu’une couleur, c’est une condition sociale et d’existence imposée à l’homme noir africain. Il est alors péjoratif. Il l’était hier, il l’est aujourd’hui et j’espère qu’il le sera pour toujours.

Agatha Christie, elle même, était d’accord pour ne pas utiliser le mot Nègre dans le titre de son célèbre roman « Dix petits Nègre« , publié 1938, en Angleterre, sous le titre de Ten Little Niggers.

D’ailleurs, Jean Garrigues, historien rappelle qu’elle avait «elle-même reconnu l’utilité de changer le titre au début des années 1940 aux États- Unis», car, dit-il, je cite, elle «sentait […] le poids négatif que ça pouvait jouer sur des populations» (voir l’article au complet en références ci-dessous)

Je rappelle également que l’homme noir africain, avant sa rencontre avec l’homme blanc (y compris les personnes blanches du monde arabe) , ne se définissait pas comme un homme noir mais comme un homme tout court, un humain.

C’est avec l’institution de l’esclavage, de la colonisation ainsi que celle du racisme dans les imaginaires du dominant que son existence fut redéfinit par ce dernier.

L’homme noir africain, devient alors Nègre non pas seulement par sa couleur mais par sa condition de subalterne, d’infériorité.

Nègre n’est donc pas qu’une couleur mais une condition sociale bien qu’il signifie noir en langue Portugaise (ou en latin negro).

L’africain n’a pas inventé le mot Nègre pour se définir lui-même, il n’a pas à être fiers de répondre par cette appellation.

Il n’y a rien à revendiquer d’original si nous ne sommes même pas capables de nous définir selon nos propres modes de perception sociale. La validation de concepts exogènes péjoratifs pour nous qualifier réduit nos individualités et de nos identités respectives ou encore de nos existences dans une vision autre que celle que nous possédons.

Revendiquer le mot « Negro », pour désigner les populations noires de Mauritanie, se l’approprier comme méthode de lutte afin de rejeter le regard que les autres portent sur nous est fondamentalement dangereux pour notre singularité, notre histoire.

Nous sommes, dans le cas Mauritanien, très loin de la pensée de Césaire, ce « Nègre fondamental », qui, comme pour apporter une altérité avec l’homme blanc, définit l’homme noir dans sa différence culturelle et identitaire.

Lorsque Césaire invoque le mot nègre c’est pour répondre aux racistes et aux colons la chose suivante : « Le Nègre vous emmerde ». Entendons par là, le rejet qu’il fait de la signification, dans le fond, du mot. Il l’explique dans une interview :

« … Et quand je parlais de négritude, c’était pour répondre précisément aux racistes qui nous considéraient comme des nègres, autrement dit des riens. Et bien non ! Nègre vous m’appelez et bien oui, nègre je suis. N’allez pas le répéter, mais le nègre vous emmerde. « (Aimé Césaire)

Le contexte Mauritanien est assez différent du contexte colonial bien qu’il y est le facteur domination qui surgit.

La démarche des trois intellectuels de la Negritude (Damas, Senghor et Césaire) n’était donc pas de valider l’idée qui en elle même est substantiellement stigmatisante.

Il est impossible de se débarrasser du caractère humiliant du mot Nègre en en faisant usage.

Selon moi, Nègre est donc une condition sociale imposée. Une fatalité pour l’africain. Un Noir Mauritanien qui se l’arbore fièrement me dérange profondément car il se soustrait de s’autodefinir lui-même.

C’est dans une démarche de « pensée déconstructive » que doit s’inscrire la définition de qui nous sommes.

Cheikh Anta aussi disait Nègre ?

Oui, mais il faut très mal lire Mr Diop pour affirmer que Nègre est convenable car il l’a utilisé.
Nègre, dans la bouche d’un V. Hugo a une toute autre signification que si c’est un Cheikh Anta Diop qui le prononce.

Si l’un reconnaît publiquement la hiérarchie des « races » (passez moi ici l’usage de cet autre abominable mot) et la toute puissance civilisatrice de l’occident sur le continent africain , l’autre prouva, en utilisant le mot Nègre, l’ancienneté de la culture et de la civilisation noire comme  pour déconstruire toute une conception tronquée sur la valeur civilisationnelle de l’homme africain.

Hugo sous estime, infériorise et animalise. Cheikh valorise, restitue une histoire mal racontée et humanise. Dans les deux cas, à mon avis, le mot Nègre reste péjoratif.

Lorsque des personnes noires sont traités de sales nègres dans les pays occidentaux, les indignations fusent de partout pour dénoncer un certain racisme. Or, dans le monde noir, l’utilisation du mot est faite de façon tout à fait normale.

Utiliser l’appellation faite par l’oppresseur qui en a lui-même décidé ainsi, c’est deux fois accepter sa propre condition sociale :

1-Être incapable de se nommer.
2-Être incapable de se définir soi-même.

Par l’effet de l’aliénation et de la perte de nos identités respectives, faire fièrement  usage du mot « Negro »,  sans analyse conceptuelle profonde, c’est valider le regard que le dominant porte sur le dominé.

Dans les années 30, les penseurs de la Négritude en ont fait usage, mais leur objectif était principalement d’explorer le particulier, le singulier, les différences pour mieux les porter à l’universel.

Qui est  » Negro Mauritanien »?

Partons d’un syllogisme :

1-Tous les Noirs de Mauritanie sont « Negro-Mauritaniens ».
2- Les Haratines sont des Noirs de Mauritanie.
3- Donc les Haratines sont « negro Mauritaniens ».

Il y a là une difficulté majeure et j’estime que le débat mérite d’être posé à plus grande échelle.

Culturellement ou traditionnellement, les Harratines sont plus proches des Maures que des Noirs de Mauritanie. Je ne reviendrai pas sur la thèse qui consisterait à expliquer que c’est à cause de l’esclavage, tout le monde le sait.

Mais il est tout de même important de savoir que si est « Negro Mauritanien » toute personne noire de Mauritanie, tout hartaani est negro Mauritanien.

Or, on le sait, rien, à part la couleur de la peau, n’indique qu’un hartaani est traditionnellement plus proche d’un Peul qu’un Maure. Le Hartaani s’habille, parle, pense et mange même peut-être comme un Maure.

Alors qui sont vraiment les « Negro Mauritaniens »? 

Les militants et les intellectuels Mauritaniens qui ont fait usage de l’expression « Negro-Mauritanien » n’ont fait que reproduire les techniques de définition utilisées jadis : affirmer sa négritude par rapport au système politique et social Mauritanien. Système Beydane (blanc) selon beaucoup de personnes.

Cependant, agir ainsi laisse penser que l’homme noir Mauritanien a quelque chose à prouver à l’homme blanc Mauritanien.

Le noir se definirait alors uniquement par rapport à l’autre. Il ne cherche pas à trouver, à travers lui-même, ce qui le rend authentique.

Césaire, pourtant, dans « Le Nègre fondamental« , était dans cette posture. L’affirmation de l’identité et de la culture noire dans un monde dominé par la culture blanche. Mais il avait une Pensée-Monde qui ne tolerait aucune interprétation consistant à figer sa réflexion sur le seul mot Nègre.

L’objectif des penseurs de la négritude n’était pas de confirmer l’idée que l’on avait du noir, mais de la déconstruire.

Or, en Mauritanie, je ne pense pas que les militants et intellectuels soient dans cette même position. Aucune doctrine n’a été élaborée et étudiée pour donner du sens aux mots employés dans les luttes pour l’égalité.

L’expression est utilisée pour simplement distinguer le Noir du Beydane. Alors autant dire Noir. Nègre, c’est péjoratif et recourir fièrement à son utilisation c’est finalement héberger dans sa propre vision, tous les préjugés racistes sur l’image du Kewri (Noir en Berbère Mauritanien).

Mohamed Lam
Essayiste Mauritanien

https://www.google.com/amp/s/www.slate.fr/story/194546/agatha-christie-dix-ptits-negres-rebaptise-ils-etaient-dix-pourquoi-france-accrocher-desesperement-racisme%3famp

« MAURITANIE: L’IGNORANCE ET L’INDIFFÉRENCE! » Par l’activiste mauritanien et militant politique Kaaw Touré

JE SIGNE ET PERSISTE

• MAURITANIE: L’IGNORANCE ET L’INDIFFÉRENCE!

J’ai été très choqué et indigné de découvrir encore sur la toile que certains frères et soeurs africains ne savent même pas qu’il y a des Noirs, Haalpulaar(Ful6e), des Soninko, des Wolofs, des Bamana… en Mauritanie. Oui, des Noirs qui sont des Mauritaniens authentiques, de souche, d’origine et non des simples fils des immigrés Ouest-africains! Apparemment ils ignorent complétement l’histoire du peuplement, des empires et autres royaumes traditionnels dans notre sous région.
Il faut reconnaitre aussi que la politique raciste de la diplomatie mauritanienne a si bien réussi que partout dans le monde on croit que la population mauritanienne est à 100% maure(Bidhane) et que la Mauritanie doit rimer avec mauritude!
Quel est le noir mauritanien membre d’une délégation, étudiant à l’étranger qui n’a pas été victime de cette méprise dans certains pays?  » Vous êtes mauritanien , vous êtes arabe? » ou « Vous êtes « Naar », donc vous parlez arabe ou hassaniya »!!!

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, la Mauritanie actuelle est une création artificielle du colonisateur français et elle se situe sur les ruines de l’ancien Tekrour, Ghana, Fouta , Waalo, terres où se sont créées, puis individualisées et developpées ces nationalités négro-africaines (pulaar, soninké, wolof, bambara, sérère…). Oui, la Mauritanie n’était pas terra ex nihilis avant l’arrivée des Arabo-berbères!

En réalité si on se réfère à l’histoire la population noire est autochtone et tout tend aussi à prouver qu’elle est majoritaire en Mauritanie. Nous n’en tirons pas naturellement prétexte pour exiger l’installation d’un pouvoir exclusivement noir à Nouakchott. Et comme nous le soulignions dans notre historique « Manifeste du Négro-mauritanien opprimé » de 1986, pour les Noirs, le fait d’être majoritaire et de se référer à une antériorité de l’occupation ne suffisent pas pour contrôler ce pays. L’Afrique du Sud sous l´Apartheïd était un exemple édifiant. Les Afrikaners sont d’origine européenne. Ils représentaient 3 millions sur les 25 que comptait le pays. Mais, ils sont arrivés à dominer celui-ci par le moyen de la violence politique, policière, militaire et par la domination économique et c’est la même politique inique et cynique qui est appliquée aujourd’hui en Mauritanie dans le silence et l’indifférence de la communauté internationale et africaine.
Nos frères et voisins africains attendront certainement comme disait l’autre, le jour où les européens ou américains, en panne d’une bonne cause à défendre dénonceraient enfin ce qui se passe dans ce pays si proche, alors bien sûr ils feront les choeurs. Et nos artistes trouveront subitement l’inspiration, nos poètes leurs muses, nos griots dépoussiéront leurs koras, nos journalistes leurs plumes, nos panafricanistes et « droits de l’hommistes » leurs voix, pour chanter les vaillants HÉROS assassinés dans les geôles de l’État raciste à Oualata, Djreïda, Inal, N’beyka et à Azlat , s’indigner de cette belle négritude bafouée et dénoncer enfin cet autre Apartheïd au coeur du Sahel.

Notre souhait le plus absolu serait que ces questions de couleur, de pourcentage passent au second plan pour laisser place aux seuls critères de compétence et de patriotisme.
Et comme je le souligne très souvent : Elle est belle la Mauritanie quand elle est en harmonie et assume avec fierté sa diversité et ses identités!
Ebène et sable en harmonie, Noirs et Beydanes unis, tu revivras ma Mauritanie.

Demain il fera jour et la lutte continue!

Kaaw Touré

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur (post FB)

L’esclavage/Polémique – Obono : Et si le Journal « Valeurs Actuelles » savait nos actualités !

Le journal encarté Extrême Droite en France, « Valeurs Actuelles » se paie la Une en publicité en suscitant un tollé de condamnations dans la classe politique hexagonale ces dernières heures. Il publie un récit de fiction dans lequel la députée LFI d’origine gabonaise Danièle Obono serait représentée comme une esclave. Et à lire l’explication que donne un monsieur du journal, on se doit d’être un peu titillé connaissant une autre actualité ayant trait à la problématique de l’esclavage intra-africain. Ainsi dans un élément en ligne du journal le Monde on peut lire ceci : « J’invite chacun à lire le texte et à voir ce qu’il contient, a ensuite fait valoir au Parisien Tugdual Denis, directeur adjoint de la rédaction, il vise à expliquer que l’esclavage n’est pas uniquement le fait des Européens mais également d’Africains » https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/08/29/condamnations-unanimes-apres-la-representation-de-la-deputee-lfi-daniele-obono-en-esclave-dans-valeurs-actuelles_6050324_3224.html.

Ce monsieur fidèle à une certaine ligne politique et éditoriale de leur organe médiatique ne sait pas certainement que sur l’esclavage et ses séquelles, la France de 2020 est plus confortable à y vivre que dans certaines contrées africaines pour certains africains Noirs castés esclaves. Aujourd’hui ces derniers vivent et subissent un ordre féodalo-esclavagiste dans leurs propres groupes sociolinguistiques comme le cas de la communauté soninké, À suivre ici https://observers.france24.com/fr/20191118-resister-esclavage-ascendance-kayes-caste-malinke-soninke-peuls , https://www.opinion-internationale.com/2019/12/07/quand-les-intouchables-dafrique-se-soulevent-ledito-de-michel-taube-et-le-film-de-marie-rodet-2_68871.html. Ici nous ne sommes pas dans un récit de fiction aux relents quoique racistes et xénophobes comme dans la démarche de « Valeurs Actuelles ».

Au cœur de l’Afrique Noire de 2020, il existe des zones où refuser socialement et culturellement son statut coutumier d’esclave, on peut être lynché, exproprié, ligoté, expulsé, banni et honni à vie. Surtout on ne peut pas espérer d’un grand soutien d’une certaine intelligentsia afro-communautariste. Du coup, les caricatures allusives visant l’esclavage pratiqué par les africains Noirs entre eux, à travers la personne politique de Madame Obono, nous parlent pertinence présente et réalité historique . D’ailleurs si les gens de « Valeurs Actuelles » pouvaient s’intéresser davantage à cet esclavage entre certains africains, ils couvriraient une actualité surprenante même au sein des diasporas africaines vivant en France. En matière d’esclavage, certains milieux africains l’ont socialisé dans le temps et dans l’espace.

Souvent l’affaire afro ou « Noir » dans les milieux immigrés en Europe, le moule victimaire antiraciste gomme habilement nos petites hypocrisies internes socialement et culturellement entretenues via divers canaux. Sur ce sujet, nous sommes champions de l’esquive et de la mauvaise foi, surtout à observer l’arène virtuelle RS 2.0, on peut pleurnicher en chœur quand des supporteurs fachos miment le singe en visant un joueur Noir de foot, mais si ce sont nos mentalités moyenâgeuses qui agissent par la violence brute contre certains qui refusent l’esclavage par ascendance dans notre propre communauté, on s’empresse dans un mutisme BRUYANT !

Mon soutien à la Sœur, l’honorable députée Danièle Obono, même si je sais que les gens de « Valeurs Actuelles » valent beaucoup mieux sur le plan de la COHÉRENCE que nos HYPOCRITES.

👉🏿 Un élément média sur les violences liées à cet esclavage coutumier qui sévit en Afrique aujourd’hui, ici à Lany au Mali https://soninkideesjose.wordpress.com/2020/04/29/malisansesclaves-kayes-a-lany-tounka-ceux-qui-sont-persecutes-decides-a-aller-jusquau-bout/

KS

NOTRE « J’ACCUSE »

● Contre les couvertures intellectualistes et militantes de l’ordre féodalo-esclavagiste dans nos communautés, notre « J’ACCUSE »

Il y a quelques mois, je suis passé sur le film « J’ACCUSE » de R Polanski. L’affaire Dreyfus portée au cinéma, un officier français de confession israélite qui fut injustement accusé et sali courant 19ème siècle. Un film qui retrace comment un certain ordre militaro-politico-social en France s’était emmuré pour entretenir les mensonges et manipulations afin de salir un innocent par antisémitisme crasseux. Et le plus passionnant et vibrant dans le film, c’est quand Zola rentra dans la danse pour la VÉRITÉ par son célèbre J’ACCUSE qui secoua l’anse du FAUX socialement et culturellement distillé. Dieu sait que Zola risquait beaucoup dans cette initiative… tellement que les forces manipulatrices et mensongères furent puissamment érigées à divers niveaux depuis de nombreuses années.

Aujourd’hui en abordant les réalités féodales et esclavagistes dans nos communautés, on se rend compte qu’effectivement il y a des approches sensiblement similaires entre ceux qui portèrent méthodiquement les MENSONGES anti Dreyfus en visant le juif et surtout en croyant défendre leur « société pure », et ceux qui s’activent en coulisses et par des postures intellectualistes en zones choisies en voulant NIER, SALIR, COUVRIR, MINIMISER ET DISTORDRE enfin de donner une humanité aux tares affreuses de leurs communautés.

Notre « J’ACCUSE » d’aujourd’hui consistant à dévoiler ces double-face et autres « couteaux suisses », est une mission de portée sacrée.

KS pour le BLOG

Tribune : Déboulonner ou pas déboulonner ? Par l’essayiste Mohamed Lam

De façon générale, je suis contre le déboulonnage ou la destruction des statues de personnages historiques. Ce sont des éléments d’histoire qu’il ne faut pas effacer mais qu’il faut assumer. C’est une erreur que de penser que c’est la seule solution pour rendre aux descendants malheureux de l’histoire leur dignité. Il faut laisser les statues mais exiger la contextualisation. Il faut surtout lutter pour obtenir plus de statues de personnages méconnus et dont leurs actes ont été insuffisamment enseigné dans les manuels scolaires. L’histoire a été raconté par les vainqueurs. Mais aujourd’hui, les descendants des « vaincus » demandent la restitution complète du passé et donc du récit collectif. Ce qui est doit être entendu.

Des mouvements citoyens reclammant l’effacement dans l’espace public des statues de figures historiques controversées refont actuellement échos presque partout dans le monde.

Christophe Colomb, décapité à Boston. À Miami, sa statue est repeinte en rouge, vendalisé. En Viriginie, elle a fini dans un lac. En Angleterre, c’est la statue d’Edward Colston, armateur négrier, qui a été déboulonné. En Belgique, la statue du Roi des Belges Léopold 2 est, elle, méconnaissable, retiré d’un square car complètement repeinte en rouge. En Martinique, deux statues de Victor Shoelcher ont été détruite lors de la commémoration de la journée de l’esclavage. La statue de Colbert, auteur du code noir, est également la figure la plus emblématique la plus ciblée.

On se rappelle également, il y a quelques années, au Ghana, que la statue de Ghandi a été vendalisé. Ghandi, accusé d’avoir tenu, entre 1893 et 1915 des propos racistes et quasiment homophobes contre les Noirs en Afrique du Sud. Mahatma est pourtant présenté comme la figure de l’indépendance en Inde et de la non violence mais affirmait que « les indiens sont infiniment supérieurs aux Kaffirs ». Le mot Kaffir, étant utilisé à l’époque par les colons anglais pour désigner les personnes noires.

Toutes ces statues exposent publiquement l’histoire des figures du passé qui ont contribué à un certain moment soit à légitimer l’esclavage et ou la colonisation des peuples soit ont tenu des discours d’inégalités entres les humains.

Certains observateurs pensent que déboulonner n’est pas la solution. Il faut systématiquement expliquer, de la façon la plus pédagogique possible, leur histoire et leur part de responsabilité et de leur degré d’implication dans le passé. C’est la proposition de l’historien Pascal Blanchard que je partage évidemment. Le problème est que cette pédagogie explicative n’a pas été suffisamment faite voire pas du tout. La plupart des figures historiques dont les statues sont plantés dans les plus grandes villes d’Europe, d’Amérique et d’Afrique, ne fait pas l’objet de contextualisation.

D’autres pensent justement qu’il faut soit déboulonner ou placer ces statues dans des musées avec explications à l’appuie.

Kalvin Soiresse Njall, député (écologique) belge pointe justement le doigt sur la question du traitement de l’histoire et de la mémoire coloniale en Belgique. Pour lui, ce pays est resté très longtemps dans une sorte de déni de son passé qu’il refuse de voir en face. Le député Njall affirme donc qu’une société qui ne regarde pas son passé est une société qui se ment à elle même.

Rappelons que la Belgique colonisa le Congo. La statue de Léopold 2, l’une des figures de cette colonisation, est déposé sans être accompagné d’une contextualisation pédagogique. Contexte historique dans lequel le peuple congolais était sous domination Belge.

Lorsqu’on n’explique pas une histoire, on a tendance à laisser penser qu’on la nie, et quand on fait paraître ce doute le risque est grand. Aujourd’hui, la non prise en compte des responsabilités historiques des uns et des autres a provoqué les demandes de déboulonnage partout dans le monde. Les mouvements qui deboulonnent le font parce qu’ils estiment que le passé n’est pas assez assumé dans le monde occidental.

L’affaire George Floyd a provoqué une indignation planétaire. Le racisme dévoilé en plein jour depuis son assassinat a donc conduit à une prise de conscience mondiale sur l’histoire du racisme, les figures, les récits et les personnages qui qui l’ont été.

En Afrique, les traces de la colonisation et de l’esclavage restent encore présentes dans beaucoup de pays. Monuments, forts, ponts etc. L’île de Gorée ou la maison des esclaves en est la trace indélébile.
Mais ce passé est raconté, expliqué enseigné. Joseph N’Diaye, conservateur de cette maison, de son vivant, n’aurait jamais demandé sa destruction parce qu’il considérait qu’il faut raconter cette histoire de la manière la plus complète possible.

Au contraire, il faut dire l’histoire et ne pas laisser planer le doute ou le déni.

Déboulonner et oublier ou pas déboulonner mais expliquer, telle est la grande question du monde déconfiné.

Mohamed Lam

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

L’édito-Cri Osé : Oui… le Noir ne compte pas « HUMAIN » pour certaines cultures !

Sortons de la classification raciale entre les Humains pour déraciner le racisme et déconstruire nos cultures racialistes !

Oui… le Noir ne compte pas HUMAIN pour certaines cultures !

Lilian Thuram disait ceci il y a quelques mois : « Quand on parle de racisme, il faut prendre conscience que le monde du foot n’est pas raciste mais qu’il y a du racisme dans la culture italienne, française, européenne et plus généralement dans la culture blanche .
Il est nécessaire d’avoir le courage de dire que les Blancs pensent être supérieurs et qu’ils croient l’être. C’est quelque chose qui dure malheureusement depuis des siècles »

Loin de toute visée d’essentialisation, mais ces derniers temps autour de l’affaire de la mort de l’afro américain George floyd, pratiquement plusieurs voix ont tenu à peu près de propos ayant la teneur de ceux du champion du monde français 98. Les deux flics américains vus dans la vidéo de l’incident mortel sont un blanc caucasien et un américano-asiatique, tous 2 devraient certainement avoir des préjugés bien fixes et similaires sur l’effet Noir ou Black . Et ils peuvent avoir quelque chose de commun avec les supporters de foot qui s’en prennent aux joueurs Noirs dans certains stades européens. Ces fachos supporters partagent une certaine idée du Noir avec les brigands libyens qui faisaient du trafic esclavagiste sur les migrants Noirs courant 2017. Ces libyens ne sont pas très loin de ces marocains propriétaires qui ne voulaient pas de subsahariens dans leurs appartements à loyer. Et eux aussi peuvent se comprendre avec ce libanais qui mettait sa bonne nigériane en vente sur les réseaux sociaux ces derniers mois. Aussi ce libanais a certainement les mêmes idées sur l’effet Noir que ces saoudiens qui étaient hystériques et haineux contre leur compatriote Noire devenue pilote de ligne, lire : https://soninkideesjose.wordpress.com/2016/01/15/leffet-noir-nous-et-le-cas-de-la-pilote-noire-saoudienne-nawal-hawsawi/ . Il y a quelques années un grand patron français taillait du Noir à la télévision française en se demandant en substance si « les Noirs ont servi » quelque chose déjà…

Tout ce monde peut avoir une empathie pour ce responsable touarègue malien (du mouvement rebelle Mnla) qui disait que son peuple serait le seul à être sous domination d’un pouvoir Noir dans la Zone. Encore on apprend selon certaines sources historiques que les contingents Noirs (tirailleurs ou afro américains) furent méthodiquement écartés lors de la descente en ville (À Paris) des troupes alliées après la libération… pourquoi et quel sens profond… !? Tout peut être lié d’une manière ou d’une autre… et Thuram avait pertinemment résumé le fond de la « CHOSE ».

On peut en lister encore et encore…

KS pour le BLOG

Tribune : « Le général Picquart du désert où la fabrique des héros 2.0 » Par Diallo Saidou dit Thierno

Les sorties tonitruantes du trublion de la diplomatie mauritanienne lui ont valu d’être relevé de ses fonctions juste après une promotion.
La cause, une dénonciation légitime (même si on peut discuter de la manière) des discriminations que subissent les Halpularénes.
Le ministère des affaires étrangères, dans une forme de fourberie sans nom, le remplaça par un de ses amis dont il a dénoncé la marginalisation.

Si les sorties sur les RS de l’intéressé ont fait sensation avec un élan de soutien large. Elle a aussi était l’occasion pour certains, à l’insulte facile, de jeter l’opprobre sur son remplaçant.
Se faisant, les soutiens du diplomate déchu ont voué aux gémonies son remplaçant, tombant ainsi dans le piège sciemment orchestré par l’administration.
Et il est désolant de voir des personnes aguerris politiquement et baigné dans l’histoire, affubler un de leurs semblables de Négre, ce substantif utilisé péjorativement dans la lutte contre l’émancipation des Noirs.

Ainsi les militants 2.0 en manque de repère ont trouvé en ce diplomate déchu un Héros, un Martyr vivant au service de la cause!
Pourtant le récit héroïque qu’on veut nous imposer avec cette figure de l’homme qui se sacrifie pour les Noirs de Mauritanie est plus complexe qu’il n’y parait.

Car cohérence pour cohérence, dans sa dénonciation légitime de manque de diversité dans les dernières nominations au niveau du ministère des affaires étrangères, l’homme ne s’intéresse qu’aux Halpularenes, sa communauté d’extraction oubliant au passage l’ensemble des autres communautés qui sont victimes de marginalisation !

Cohérence pour cohérence, pourtant celui que vous érigez en héros aujourd’hui, était un fervent soutiens du régime actuel durant la campagne présidentielle précédente !

Cohérence pour cohérence, votre héros du jour, il y’a de cela un an traitait la CVE de coalition de toorobbés, invitant vos militants à quitter le navire, preuve à l’appui.

Cohérence pour cohérence, votre héros a fait le choix de dénoncer cette marginalisation sans concertation avec les intéressés. En les citant nominativement, il implique ainsi des gens dans une affaire (légitime soit-elle) sans leurs consentements. Ces derniers découvrent cela sur les RS.

Face à une politique structurelle de marginalisation communautaire, on ne peut opposer une dénonciation de circonstances, au risque que cela s’apparente à une action spectacle.

Les lanceurs d’alertes restent généralement dans les lambris dorés du pouvoir ( pas pour en profiter) afin transmettre à des relais extérieurs des informations pour alerter l’opinion…

Dire cela n’est pas une forme remise en cause du fond, à savoir le combat légitime pour mettre fin à cette saignée dont on est victime dans nos administrations.

Cette petite contribution qui se veut factuelle, n’emportera probablement l’adhésion de beaucoup et tant mieux. Cependant l’auteur que je suis vous invite à porter la contradiction sur le terrain de l’argumentation rationnelle au détriment des diatribes émotionnelles qui me laissent de marbre.

©️ Crédit source: post FB de l’auteur – 21/05/2020

L’éditorial – Nouvelle Expression : « Quand les héritiers de Wagadu déraisonnent… » Par Camara Seydi Moussa

Notre propos à l’égard de la communauté soninké, l’héritière de l’une des plus belles histoires de l’humanité en Afrique – groupe auquel j’appartiens – relève, pour moi, de la séquence de l’émotion.
Voilà maintenant plus de cinq ans, que j’endure, sans recours ni trêve, un lynchage intracommunautaire dont la sordidité le dispute à l’infécondité.

Ici, s’opposent, à l’abri de la moindre médiation, les tenants du statu quo des hiérarchies anachroniques et les détracteurs de telles discriminatoires ; comme partout dans le monde, depuis que les humains ont inventé le désir d’équité et acquis l’usage de la mémoire, la conservation se défend des assauts du progrès et le sentiment de supériorité résiste aux exigences d’égalité.

Là, il n’est point question d’un échange courtois sous la supervision d’un arbitre que sa neutralité désigne à la confiance des deux parties mais d’une relecture passionnée de l’histoire, aux fins de s’en réapproprier les symboles, en les malmenant, s’il le faut. L’enjeu comporte sa part de rancœur et de violence, comme le révèle, sur la ligne de clivage « seigneur-sujet », la vivacité, parfois la brutalité concrète de la néo-contradiction parmi les Soninko.

Des voisinages harmonieux se muent en inimitiés, les regards s’évitent, l’insulte devient facile et, désormais, les coups pleuvent, quelquefois dans un sens inédit.
Les victimes de ce que l’on appelle complaisamment « séquelles de l’esclavage, se confrontent aux défenseurs de l’Ancien, toujours perpétué ; après y avoir sacrifié des siècles durant, elles perdent l’assurance, voire l’illusion, de vivre, encore, le temps de la justice, qui définit et alimente la faculté du supportable. A terme plus ou moins bref, nul ne se satisfait d’un contrat -fût-il sacré – où il cesserait d’espérer une compensation, un profit.

Ainsi, la frustration et sa soudaine part de lucidité régissent les révolutions et guerres de renversement et, dans le meilleur des romans, une action de réforme. En l’occurrence, le verbe du débat se caractérise par la diffamation, l’anathème et l’intimidation physique.
Malgré l’occasion d’apprendre et d’enseigner, peu d’acteurs et de témoins inclinent, jusqu’alors, aux vertus de la pédagogie et de la recherche. A cause de la démocratisation de l’accès aux gadgets de l’instantanéité, les praticiens des sciences humaines et sociales, les sages et les préposés au souvenir, perdent la voix ; au chapitre, l’on n’entend plus que le charivari populaire de l’accusation, de la réfutation et du procès d’intention, ceci selon la loi, lapidaire, du nombre.

De part et d’autre du litige, la rue parle haut et fort. Du quasi-monopole de la vox populi émerge et s’installe la légitimité du règlement de compte, sur la place publique, devant le juge mais aussi en privé, au hasard des rencontres. La préméditation de l’embuscade témoigne d’un passage qualitatif de l’adversité, du spontané à la délibération. Les ondes d’un conflit de basse intensité parcourent, à intervalle aléatoire, les hameaux, campements, villes, villages et quartiers où un Soninké en croise un autre. Aucun n’y échappe.

L’on assiste, souvent désolé, nauséeux ou passif par lassitude, à une confrontation des moins conventionnelles ; il convient de se le remémorer, le royaume de Wagadu n’a succombé ab intestat mais la descendance, convertie à l’Islam, préférait ignorer, oublier, gommer la fortune d’avant. De la, s’explique, peut-être, la propension des descendants de légataires immédiats, à abolir leur lien primitif et le débiter en lambeaux d’allégeance circonstancielle.

Il en résulte la facilité avec quoi l’injonction de l’adversité et le fantasme d’une différence non surmontable, substituent la discorde à la cohésion d’antan. Remise en question, révisionnisme, braquage mémoriel, tentative de déconstruction d’une fraude ou attente de réparation, l’identité Soninko se retrouve sommée de se départir de son vocabulaire initial. Certains de ses fils n’y puisent des motifs de prestige, une denrée immatérielle qui constitue l’un des ornements de l’existence à plusieurs.

Ce passé mal réparti les révolte et dégoûte ; il n’est plus le leur. Certes, à leur décharge, les rejetons du Wagadu d’hier ne s’imaginaient ressortissants d’un Etat unitaire, sous l’égide des principes normatifs, qui commandent le primat de la citoyenneté sur la fortuité de la naissance. Ils tenaient plutôt pour sain d’appartenir à un peuplement où chacun agirait à sa guise, suivant le savant équilibre entre subjectivité et conséquences de celle-ci. Bien entendu, le constat s’applique à n’importe laquelle des autres composantes de la Mauritanie plurielle.

Aujourd’hui, les langues se délient et le Soninkara semble dénudé. Des situations conflictuelles se créent et perdurent sur l’espace de l’Afrique de l’Ouest où la communauté s’étend, notamment la Gambie, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal…S’ensuivent des morts d’hommes, des privations d’habitation et de terres culturales. Et dans la honte, les enfants de Wagadu se dévoilent. Malgré les principes de pudeur, de devoir et de parole donnée qui singularisent ce code d’honneur, la vulgarité, le ressentiment et l’irrespect gagnent les esprits ; ce n’est plus qu’une mêlée informe.

Pourtant, à l’épuisement conjoint des ressources de la polémique et de la force brute, les deux lutteurs, confus, se rendront compte que le désir de justice et d’égalité finit par vaincre, hélas dans la douleur. L’évidence inéluctable de la prédiction recèle de quoi modérer la fureur à l’assaut de la cité imparfaite et adoucir, aux défenseurs de ses murs, la certitude de leur reddition.

Un proverbe Hassani le rappelle assez, « il est bien nu celui qui se cache sous les jours ». Les jours se suivent et renouvellent. Ils se ressemblent de moins en moins.

Camara Seydi Moussa

©️ Crédit source: http://nouvelleexpression.org/suite-info.php?var=1255