Racisme en Mauritanie : Abou Djiby Diop, le miraculé

Récit d’une bavure

Assalamou Aleikoum, chers parents et amis !


Je suis Abou Djiby Diop, celui que deux policiers avaient étranglé, au bord de la chaussée, non loin du Commissariat Elmina1, dans la capitale, le 20 juin 2020, peu avant 11 heures du matin.
Mon père s’appelle Djiby Hamady Diop, ressortissant du village de Waly, ma mère – Maimouna Samba M’Bodj, est de Maghama. Je suis né en 1980 à Sebkha, quartier de Nouakchott. J’habite le lotissement Samia, dans la commune d’Elmina et travaille au marché de la plage. Depuis longtemps, j’aide les équipes de pêcheurs à amarrer leurs pirogues. En contrepartie, je suis payé en nature. Je revends les quelques poissons sur place ou aux mareyeurs. Parfois, je les rapporte chez moi, pour ma consommation propre.
Peu avant 5 heures du matin, je me rends au stationnement dit « Arrêt bus » d’où je dois prendre un taxi, en direction de mon lieu de travail. Je n’avais en poche que 10 ouguiyas, donc pas assez. Aussi, me suis-je résolu à marcher. Sur ma route, deux individus, armés de couteaux m’interceptent et intiment l’ordre de leur donner mon sac à dos. Devant leur agressivité, je me sauve en courant. J’ai pris l’habitude de fuir les problèmes auxquels je ne peux faire face, tout seul. A toutes jambes, je me réfugie derrière un vieil homme qui lisait un Coran, assis, en plein air.
Hélas, les deux malfaiteurs ne tiennent pas compte de sa présence et me poursuivent encore ; nous tournoyons autour du vieillard qui continue sa lecture. Je me sens comme un animal traqué, un gibier. Le tumulte de notre querelle alerte les éléments de la Garde, postés au coin de la rue adjacente. Ils viennent à nous, curieux de connaitre la cause du bruit ; mes assaillants s’empressent de parler ; ils élèvent la voix et agitent les bras. J’apprendrai bien plus tard que mes agresseurs m’accusaient de m’être infiltré chez eux, vêtu en boubou, avec l’intention de commettre un vol. Je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient, en Hassaniya. Les policiers nous arrêtent, tous et nous emmènent au commissariat d’Elmina 1. Le duo qui me pourchassait eut l’occasion de resservir sa version des faits, dans la même langue que les policiers. A la suite de leur récit, ils recouvrent la libérté. Les policiers me demandent mon identité et ma localité d’origine, je réponds à leurs questions. Ils prolongent leur interrogatoire en s’intéressant à ma famille. Je leur précise que je vis avec mon épouse et mes deux enfants. Après l’interrogatoire, ils m’ordonnent d’entrer dans une petite cellule malodorante et referment la porte derrière moi. Pourtant, les objets que contenait mon sac prouvaient mon activité.
En début de matinée, les policiers m’extraient de la cellule et me reposent les mêmes questions. Ils me réclament mon numéro de téléphone, que je décline.
J’explique ma condition d’ouvrier journaliser, qui cherche à nourrir sa famille, désormais sans ressources du fait de mon absence. Mon deuxième enfant est tout petit, mon épouse vient d’accoucher, je suis d’une condition très modeste, je ne saurais me permettre de m’absenter de mon lieu de travail. Quand je pense à ma femme et à mes enfants qui comptent sur moi seul, je me dis que je n’ai rien à faire au Commissariat et décide, alors, de m’enfuir. Les deux policiers se lancent à mes trousses, et me rattrapent, à quelques mètres de là. Il se mettent à me tabasser de toutes leurs forces ; ensuite, ils me plaquent au sol et m’étranglent, le genou de l’un appuyé sur mon cou et le reste de mon corps immobilisé par le poids des deux. J’ai senti venir la mort et accepté, à cet instant, de ne plus bouger, ni parler, pour mettre toutes les chances de survie de mon côté.
Ils me ramènent au commissariat, me lient les pieds, grâce à une chaine en fer et me replacent à l’intérieur de la cellule. Plus tard, ils reviennent, me délient et exigent que j’atteste, de nouveau, mes identité et numéro de téléphone ; ils notent et me relâchent. Ils ont dû enquêter ou subir des pressions car je les sentais honteux. Ma détention ne dépassa pas une journée, mais une journée qui a failli être la dernière de mon existence. Je suis désormais libre mais sali face au monde entier : il a été dit que je suis étranger, voleur, délinquant, voire bandit notoire.
Quand l’information de ma mort a circulé, la police repartit à ma recherche. Ainsi, 4 jours après, le 24 juin, elle me retrouve et me reconduit au commissariat, le temps d’une petite discussion dont je ne comprenais pas trop les motivations, sauf peut-être me prouver (ou se prouver) que j’étais bien en vie, après mon passage entre leurs mains. Je ne leur ai rien dit de ma douleur mais il y a des choses à ne jamais infliger à un être humain car il nul n’en sort indemne. Je ne suis pas un menteur et moins un bandit ; tout ce que je leur ai exposé était clair, eux-mêmes l’ont reconnu, devant moi.
Ici, je veux d’abord remercier les bonnes volontés qui m’ont soutenu, sans me connaître, dès la sortie des photos de mon étranglement. A présent, je souhaite porter plainte. Je n’ai pas l’intention de laisser passer une telle injustice. C’est pourquoi, je prie, tous les mauritaniens, de m’aider dans cette démarche, afin de réparer le tort qui m’a été causé. Je souhaite poursuivre les auteurs de mon agression, qui ont failli entrainer ma fin. La police conserve leurs coordonnées. D’autres peuvent aussi subir mon sort, par hasard. J’ai été honni, mes parents à Waly et mes connaissances, partout ailleurs, ont enduré l’humiliation, avec moi. Je me retrouve couvert de honte et aurais pu mourir d’étouffement. Dieu merci, je commence à me remettre de mes courbatures et dois consulter un médecin.
Je sollicite, de mes compatriotes, si je peux prétendre encore au moindre droit dans ce pays, leur concours au rétablissement de ma dignité ; je forme le vœu de réhabiliter ma réputation de personne honnête. Je ne quémande pas car je sais gagner ma vie à la sueur de mon front.

Propos recueilli, à Nouakchott, le 26 juin 2020, par Madame Coumba Dada Kane, Députée à l’assemblée nationale, Vice-présidente d’IRA – Mauritanie

Mauritanie – Les abus liés à l’ordre féodal à Dafor autour d’un périmètre pastoral : lettre d’alerte et d’information à l’opinion nationale et internationale.

un cliché pris de la plaque indicative du périmètre.

Nous sommes une communauté considérée comme étant d’ascendance esclave selon le régime coutumier et féodal soninké. À Dafor , chef-lieu de la Commune du même nom , nous sommes plusieurs dizaines de familles qui se sont libérées du joug de vestiges sociétaux de l’esclavage coutumier. En effet depuis bientôt 4 ans , sous le vocable soninké Ganbanaaxu (être égaux en Droits et en DIGNITÉ) , nous avons subi d’innombrables actes d’intimidations et de provocations venant de tenants extrémistes de l’ancien ordre féodalo-esclavagiste soninké. En fin d’année 2019, lors du passage de Maître Bouhoubeïni , président de CNDH à Selibaby, Guidimagha, l’un de nos doyens, monsieur Bakary Camara avait remis un document retraçant les difficultés qu’on a pu rencontrer à cause de notre engagement éveil citoyen et humaniste contre cet esclavage statutaire intracommunautaire qui est foncièrement violent en terme symbolique et social. Nous sommes stigmatisés et reclus socialement dans la communauté féodale soninké. Par notre présente lettre de plainte et de signalement, nous vous exposons une situation insupportable de manipulation orchestrée par le Maire, monsieur Camara Diadie Gagny et les représentants coutumiers qui défendent l’ancien système féodal. Cette situation concerne un périmètre communal dans le village destiné à retenir périodiquement du pâturage en prévision de la saison sèche. Comme déjà décrit dans notre document remis à Maître Bouhoubeïni, les provocations de milieux féodalo-esclavagistes avaient conduit à une altercation autour de l’accès à ce périmètre courant du moi de mai 2019, l’affaire avait été portée aux autorités à Ould Yengé et à Selibaby. Avec l’appui du trés controversé procureur (souvent complice les féodalités soninkés de la Région) Selibaby, un arrangement à l’amiable avait été trouvé entre nos membres et les représentants coutumiers de l’ancien régime. Nous avons tenu à cet arrangement jusqu’à tout dernièrement où la partie adverse avec la complicité du Maire exige que nos familles qui refusent les coutumes esclavagistes reviennent à l’ancien système organisationnel d’esclavage statutaire afin de pouvoir bénéficier du périmètre de pâturage. Nous avons répliqué qu’il n’est pas question qu’on se fasse humilier dans l’ancienne organisation sociale discriminatoire et ségrégationniste à notre encontre. Ces derniers jours, nous avons alerté le chef d’arrondissement de Lehraj. Il est venu à Dafort ce jeudi 18 juin 2020 chez le Maire. Réunis chez le Maire avec les représentants coutumiers de l’autre clan, le chef d’arrondissement a réaffirmé que le périmètre est destiné à tous les citoyens et nous avons répété que nous participons à tous les travaux d’ordre intérêt général dans le village mais nous n’accepterons plus les tâches et les considérations organisationnelles liées aux séquelles sociales de l’esclavage coutumier. Malgré la mise au point faite par le chef d’arrondissement sur le cas du périmètre pastoral communal censé ouvert à tous les citoyens devant le Maire et ses complices, encore aujourd’hui ils entretiennent toujours un certain flou de chantage et de blocage pour contrer l’adhésion de nos familles pour avoir accès libre comme tout le monde. Le volte-face constaté, nous avons saisi de nouveau le chef d’arrondissement, mais ce dernier préfère entretenir toujours les ambiguïtés sur l’affaire du périmètre, ce qui dénote clairement sa complicité par évidence avec les vues du Maire et ses parents féodaux du village.
Cette situation de tensions perpétuelles a trop duré et nous vous la exposons par cette lettre d’alerte pour passer le message à qui de droit au niveau des hautes autorités publiques. L’alerte sera transmise aux organismes nationaux et internationaux défendant les droits humains.

©️ Communauté Ganbanaaxu de Dafor

Dafor 25 juin 2020

Racisme en Mauritanie : l’autopsie du déni (IRA-MAURITANIE)

Note de synthèse

• Les faits

Le 23 juin 2020, par « message-radio » du Directeur général de la sureté nationale (Dgsn), le Général de division Mesgharou Ould Sidi, deux policiers du commissariat de Elmina1 dans la capitale Nouakchott, dont un brigadier, permutent avec leurs collègues du Hodh oriental, respectivement à Bassikou et N’beiket Lahwache, à l’extrême Est du pays, près de la frontière du Mali. La mesure d’éloignement, suggérée comme sanction, clôt une intense polémique sur l’image d’un jeune noir que deux agents, de teint clair, étranglaient, à même le sol, deux jours auparavant et devant témoins. Certes, la torture et la « crise cardiaque » durant la garde à vue relèvent de la banalité du traitement, lors de la détention, d’africains subsahariens, fussent-ils citoyens ou étrangers. L’indignation consécutive à la diffusion de la photographie résulte de la protestation, aux quatre coins du globe, contre le racisme et le « négrocide », après l’homicide de Georges Floyd, par un agent de type caucasien, le 25 mai 2020, à Minneapolis, ville des Etats unis d’Amérique.

La victime se nomme Abou Djiby Diop, âgé d’environ 20 ans et ressortissant, pulaarophone, de Mauritanie et natif de la ville de Maghama ; les auteurs de l’étranglement sont le brigadier Balle Ould Zeidane et son collègue sans grade, Ahmed Salem Ely dit Eleyat, tous deux arabo-berbères.
Au moment de l’incident où il aurait pu perdre la vie, le contrevenant présumé, Abou Diop, séjournait au commissariat El Mina 1 où il répondait d’une accusation de larcin. Profitant de l’inattention de ses gardes, il se sauve à toutes jambes, aussitôt poursuivi par les susdits lesquels parviennent à l’immobiliser, dans la posture du mouton de sacrifice. Selon les témoignages recueillis auprès des riverains, les deux policiers multirécidivistes rivalisaient de brutalité envers les civils. A la suite de sa capture, Abou Diop se retrouve menotté et jeté dans une cellule ; il n’existe, depuis, aucune information fiable sur son sort. Point davantage n’a-t-il été possible d’identifier le lanceur d’alerte dont la photo, de qualité moyenne, atteste, cependant, du zèle à l’administration de la bavure sur un adolescent désarmé et plutôt chétif, de constitution.


• La dissimulation

Passé la séquence de la stupeur, voire de l’incrédulité devant la disproportion du geste et la charge symbolique de l’acte dans un environnement de racisme, l’engrenage du déni se mit à produire, sans discernement ni souci de la vraisemblance, l’habituel flots de relativisation, puis de démenti, enfin, d’invective, à l’endroit des défenseurs de l’égalité et de l’intégrité physique des gens. Dès 1987 – surtout grâce à la loi d’amnistie de 1993 – le système consolide une expérience touffue de contrefaçon, qui consiste à discréditer les militants des droits humains, au grief que leur refus de banaliser le mépris du noir, tient, en soi, d’une volonté de nuire à « l’identité arabo-islamique de la Mauritanie ». La fraude induite de la nécessité politique du mensonge devenait un réflexe, d’où la facilité du recours au faux.

Pour s’en rendre compte, il suffit que constater combien l’’intervention, sur les lieux, de l’honorable députée Coumba Dada Kane, eut l’effet étonnant de détraquer la machine : en 48 heures, l’affaire prit une tournure partisane. L’Etat de l’hégémonie ethno tribale et ses relais au sein de l’opinion se mirent à changer de version, d’une heure à la suivante. Il fut même insinué-comble d’inhumanité- que la victime venait du Mali et, à ce titre ne méritait tant de bruit.

• Epilogue et conséquences

A priori, Abou Djiby Diop aurait survécu, sous réserve d’une confirmation par un avocat ou une institution d’assistance aux prisonniers de droit commun. Sa mésaventure intervient dans le contexte de l’exécution de Abass Hamadi Diallo, près de Wending, pendant la nuit du 28 au 29 mai 2020, par un militaire en patrouille, le long de la rive mauritanienne du fleuve Sénégal. La communication des autorités, le réputa délinquant notoire, avant d’envoyer de l’argent à sa famille, aux fins d’en acheter le silence.

Au terme de deux décennies d’impunité d’une extrême violence à l’encontre de sa majorité d’ascendance noire, le gouvernement de la République islamique de Mauritanie porte la responsabilité de la négligence et de la fuite en avant, aux motifs éculés de patriotisme et de défense de l’ordre. Or, aucune des deux lignes de défense ne tient, longtemps, tant qu’elle s’appuie sur le fait accompli, comme fondement de la gouvernance. Partout, les honnêtes gens cessent de respecter une autorité qui les gave de promesses d’équité mais leur demande d’attendre encore, de patienter, d’espérer, de laisser le temps au temps. L’espoir déçu devient venin.

Pour le gouvernement de la Mauritanie, l’instant est plus que venu d’agir, avec courage et inventivité, en direction de la vérité d’abord, ensuite du compromis, au lieu de s’enfermer, toujours, dans les tripatouillages de dilettante, sous le sceau de l’improvisation et de l’incurie.

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 25 juin 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Mauritanie – Tribune : Impuissance ? Par AOC

Biram est rentré la semaine dernière au pays. Frais émoulu après plus de trois mois de confinement en Europe. Et ne s’est pas fait prier pour dire tout haut ce que le reste de l’opposition pense tout bas : il est temps pour le pouvoir de se ressaisir. Presqu’un an d’exercice et ses promesses de normaliser la scène politique, en autorisant les organisations et les partis non reconnus, n’ont connu aucun début d’exécution. Pire, les symboles de la décennie honnie sont encore aux premières loges, gouvernails de l’économie en mains : fer, pétrole, gaz et énergie ; alors que le pays pensait avoir tourné pour de bon la sombre page. Ceux qui le narguaient hier, privilégiant les intérêts d’un clan au détriment de ceux du peuple, et dont les noms sont quotidiennement cités dans des dossiers sulfureux, marchés douteux et malversations en tout genre, sont maintenus contre toute logique en des postes sensibles. Comme si le pays ne pouvait pas se passer de ces (in)compétences ! Biram l’a dit, le peuple le répète à longueur de journée : cette situation est intenable ! Les grandes réformes passent d’abord par les hommes qui vont les mettre en valeur et ce n’est pas avec du vieux pourri jusqu’à la moelle qu’on pourra faire du neuf. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire qui sera rendu dans quelques semaines sera-t-il le déclic susceptible de séparer enfin le bon grain de l’ivraie ? Prions que la montagne n’accouche pas d’une souris… qui serait évidemment impuissante à contenir le flot grandissant des amertumes populaires.

AOC

©️ Crédit source: http://lecalame.info/?q=node/10544

Mauritanie – Politique: La conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,Nouakchott, le 19 juin 2020

Commission Communication Initiative de Résurgence Abolitionniste(Ira-M) de la conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,
Nouakchott, le 19 juin 2020

  1. Comme docteur Martin Luther King, nous n’acceptons pas de nominations à des postes officiels ou semi, qui nous éloigneront d’une lutte inachevée. D’autres aînés ont éxpérimenté ce chemin sans landemain avant moi.
  2. Nous n’avons connaissance d’une seule condamnation d’arabo-berbères auteurs des crimes de génocide, d’esclavage ou de viol contre les populations d’ascendance noire africaine, tels les bambara, wolof, soninké, pulaarophones, les hratin et immigrés subsahariens…
  3. A l’exemple des afro-américains pendant les décennies antérieures à la conquête des droits civiques, nous sommes privés de l’enrôlement électoral, donc de la faculté de voter ; à ce titre, les nôtres sont empêchés de s’organiser comme le démontre l’interdiction des mouvements capables de vaincre l’hégémonie ethno-tribale, dans les urnes. Je citerai, ici, Ira-M, le Rag, les Fpc…
  4. La privation foncière frappe les noirs de plein fouet, souvent par la spoliation de leurs terres de culture et espace de pâture, au profit d’autres mauritaniens privilégiés, des multinationales de l’agrobusiness et des vendeurs de charbon de bois. Arrachés au sol nourricier dont la qualité se dégrade, ils s’exilent vers les villes et en deviennent le prolétariat corvéable, à vie.
  5. Cette discrimination d’Etat exacerbée qu’ont vécu les Usa après la fin de l’esclavage, se manifeste de nos jours en Mauritanie ; l’exclusion des afro-Mauritaniens du personnel civil et militaire de l’Etat en est la manifestation la plus courante…Le processus a été entamé au début des années 1980 et atteint son achèvement aujourd’hui, tant et si bien que les nominations monochromes se banalisent.
  6. Nos mouvements non-violents et légalistes sont accusés de racisme et de violence par le bloc conservateur où se retrouvent le pouvoir, des syndicats, des corporations d’imams, de blogueurs, de journalistes, d’hommes d’affaires, de dignitaires tribaux, etc. Le matraquage de l’opinion sous les discours de haine et de diabolisation des courants abolitionnistes, enracine, dans la société, le mépris du nègre, que la culture enseigne et reproduit, parfois sous couvert de religiosité. Ainsi, sommes-nous accusés de vouloir abâtardir l’univers arabo-musulman, d’en adultérer la pureté et la singularité.
  7. Dans le but de mieux nous retarder, distraire et contenir, des organisations prétendument progressistes, des pseudo défenseurs des droits de la personne, issus de milieux afro-mauritaniens, se retrouvent en demeure de nous critiquer au bénéfice du système. Beaucoup sont maintenus aux confins du stress alimentaire qui les expose à la compromission. Plus l’édifice des inégalités vacille, davantage leur nombre augmente et se dévalue.
  8. Le même procédé de diversion-détournement touche la communauté de lutte contre l’oppression de la femme ; l’on se souvient que de tels montages ont été réalisés pour détruire la réputation des pionniers des droits civiques aux Usa. A titre d’illustration, il convient de mentionner l’invention et la contrefaçon de 35 viols de femmes maures, dans la ville de Bassiknou en ce début du mois de juin 2020. Cette forme de propagande sensationnelle et vindicative, a été utilisée par le KKK(le groupe suprémaciste blanc le plus violent de l’histoire de l’Amérique) durant les années 50 et 60 ; elle visait à obtenir le discrédit et la défiance envers le combat des afro-américains; la méthode commence à prendre forme et favorise l’éclosion des premiers embryons du KKK en Mauritanie.
  9. La police de l’Etat mauritanien agit dans le sens de conforter et de rassurer les ultra-racistes arabo-berbères, en faisant régner la terreur au cours des marches pacifiques de Ira-M; il suffit d’observer les scènes de molestation et de torture, infligées aux militantes et militants, notamment l’acharnement symbolique sur les femmes. Les forces de l’ordre inique nous traitent en ennemi, lors d’une guerre, alors que nous sommes désarmés. A l’image du suprémacisme blanc aux Usa, la police agit en gardienne de la domination.
  10. l’Etat est le premier concepteur et producteur de violence -symbolique et physique – à l’endroit des afro-mauritaniens, quand il institue, de facto et selon ses normes, l’ostracisme et le bannissement des mouvements porteurs de la parole d’émancipation raciale, offre l’impunité automatique aux criminels d’esclavage avec le maintien de la loi d’amnistie de 1993, résume le message adressé aux « bons citoyens », en somme les mauritaniens de naissance convenable : « nous, l’Etat, vous protégeons de la justice et de l’étranger ».

Voici, en somme, le diagnostic que je me suis toujours fais de la situation de la gouvernance raciale en Mauritanie ; il s’agit du verrou principal qui plombe la citoyenneté, la cohabitation, la démocratie, le développement et surtout la paix bâtie sur un fondement sain.

Après la proclamation plus que discutable d’une prétendue victoire dans les urnes, le Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, recevait le pouvoir, de son prédécesseur, nuitamment, du 22 au 23 juin 2019 ; en trois jours, de concertation avec ses proches conseillers et certains de mes amis proches, j’ai cru devoir désamorcer la situation explosive du moment. Notre franchise et sincérité ainsi que l’amour du pays, attendu de tout mauritanien de bonne foi, devraient inciter le nouveau Chef de l’Etat à comprendre que l’époque devient gourmande en démocratie, droits de l’individu, aspiration à la dignité humaine, y compris pour les noirs. Le 21ème siècle consacre la libération irréversible du descendant d’africain subsaharien. Il est bien temps d’en prendre conscience, en Mauritanie, sous peine de rater le rendez-vous de l’histoire et se retrouver anonyme parmi les vaincus !

Aussi, j’espère qu’avant la fin de sa première année de mandat, le Président de la république va se ressaisir et permettre, à la majorité des mauritaniens, de se sentir fiers de vivre sur une terre des justes.


Nouakchott, 20 juin 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Biram Dah Abeid : La situation du pays est difficile et nous espérons que le président se souviendra de ses engagements (vidéo) (Page Mauritanie FB)



Biram Dah Abaid, membre du parlement (Nouakchott), a déclaré que la Mauritanie connaît des situations difficiles, appelant le président mauritanien Mohamed Ould Ghazwani à se souvenir de ses engagements.

Vendredi, à Nouakchott, le député a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il avait décidé de donner au président mauritanien un délai de deux mois, ajoutant: « Nous espérons qu’il procédera à une véritable réforme dans cette période ».

Il a ajouté qu’il traitera avec le président mauritanien, Mohamed Ould Ghazwani, selon le niveau de changement et de réforme qu’il entreprend au profit du peuple mauritanien.

Biram , a critiqué la situation dans le pays, ajoutant que la période récente « a vu une restriction des libertés ».

ALAKHBAR


Traduction page Mauritanie

©️ Crédit source : Page Mauritanie FB https://www.facebook.com/297319407063485/posts/2831060473689353/ – 19 juin 2020

Arrivée de BDA à Nouakchott: Forte mobilisation policière

Biram Dah Abeid, longtemps absent du pays, d’abord pour des raisons de santé, puis suite à la fermeture des frontières et au confinement imposé par la pandémie du coronavirus, est arrivé ce jeudi 18 juin 2020 à l’aéroport international de Nouakchot-Oumtounsi. Les militantes, les militants, les sympathisants et les sympathisantes du Mouvement abolitionniste IRA-MAURITANIE, assoiffés de voir leur leader avaient, en nombre imposant, fait le déplacement à partir des trois Wilaya , des neuf Moughataa et de tous les quartiers de Nouakchott. C’etait pour lui réserver un accueil motorisé dont toutes les mesures à cette fin ont été prises dans le cadre du respect scrupuleux des recommandations relatives à la lutte contre la propagation du covis_19 (port du masque, de gants, deux personnes au maximum par véhicule, observer une distance de cinq à dix mètres entre deux voitures qui se suivent , interdiction de sortir des voitures, et dispersion des véhicules au terminus du trajet). Mais, deux à trois heures avant l’atterrissage de l’avion de la compagnie Air France, huit groupes de forces de l’ordre bien armés s’étaient positionnés tout au long de la route de l’aéroport Nouakchott Oumtounsi.
Ainsi la première vague de militants venus à l’accueil s’est trouvée bloquée au premier barrage avant même la sortie de Tevragh Zeina. Il a fallu presque une heure de négociation pour arriver à libérer le passage à un vehicule devant ramener chez lui le président , l’honorable député Biram Dah Abeid.
Aux yeux du plus humble des mortels, les huit barrages sur la route Nouakchott-Aéroport le blocage des militants dès le premier barrage, militants très assoiffés de voir leur leader, et retenir pendant longtemps la voiture de l’honorable député constituent une forme élaborée de provocation. Heureusement discipliné, tout le monde bloqué à la première passe, a simplement rebroussé chemin mettant ainsi en échec les mauvaises intentions des forces de l’ordre et du coup, respecter les consignes de leur chef Biram Dah Abeid, à savoir, ne pas répondre à la provocation.
Une fois encore, le président , Honorable député et son mouvement abolitionniste Ira-M ont montré devant cette épreuve combien difficile, un haut degré de responsabilité. En effet, tout le monde sait que les militants de Ira-M ont depuis toujours été battus, blessés, emprisonnés, traînés par terre par les forces répressives chaque fois qu’ils réclament le plus simple droit . Ce soir du 18 juin 2020, plaçant au-dessus de tout la situation dans laquelle le pays est plongé par le coronavirus, ces militants dont tout le monde témoigne de l’engagement ont été empêchés d’accueillir leur leader, et donc auraient pu, céder au soucis de confrontation qui animent les forces de l’ordre vu l’importance de l’événement et l’énormité de la provocation. À ceci s’ajoute l’agression protocolaire, zéle et abus de pouvoit qui ont consisté à retenir l’honorable député et opposant le plus légitime, pendant cinq heures d’horloge sous pretexte de test pour covid_19 alors que la compagnie Air-France et la mission diplomatique de Mauritanie à Paris avaient exigé et obtenu du président et son épouse, un test datant de moins de 72 heures, réalisé à Paris et qui s’est avéré négatif Dieu merci.
Toute cette patience et tout ce sang froid face à ces manoeuvres, qui se sont malgré tout soldés par plusieurs blessés dans les rangs de Ira-M et des véhicules immobilisés par la police, sont des leçons de sagesse et une preuve de l’intérêt national accordé au pays par le mouvement abolitionniste Ira-Mauritanie; et ce contrairement à l’idée que ses détracteurs de tous bords s’évertuent à créditer.

Nouakbhott le, 19/06/2020
Président du parti Rag
Ancien sénateur
Ancien ministre
Oumar Yali

Variation verticale des modes granulométriques des particules éoliennes des sédiments marins prélevés au large de l’Afrique du nord-ouest (Sud- Maroc, Mauritanie et le Sénégal) pendant la terminaison 1a, 1b et l’Holocène). Par Dr Sao Ousmane

La figure montre des enregistrements de trois carottes marines au large du Sud-Maroc, de la Mauritanie et du Sénégal. Dans l’intervalle du Terminal I à la fin de la dernière période glaciaire (vers 20.000-16.000 ans BP), les taux d’accumulation des sédiments (terrigènes et pélagiques) montrent un maximum observé dans la plupart des carottes au large de l’Afrique du Nord-Ouest qui peut excéder jusqu’à six fois les taux d’accumulation mesurés dans l’Holocène (Sarnthein et al., 1981). Les variations des apports éoliens peuvent être déduites des fluctuations de la taille modale des grains des silts terrigènes dans la carotte au large du Maroc. La taille des grains terrigènes est largement contrôlée par les alizés. Dans les carottes plus au sud (Mauritanie et Sénégal), la distribution de la taille des grains apparaît plus complexe parce qu’elle reflète à la fois l’influence de l’apport en poussières de l’Harmattan et des alizés, et la décharge fluviatile.

Les flèches indiquent les minima importants de mode granulométrique des particules pendant le stade isotopique 1, les signes (-) indiquent les échantillons ayant un excès en argile (< 6µm) dont la sédimentation de base est fluviatile (d’après Sarnthein et al., 1981 ; Diester-Haass 1988)

Après un premier maximum de la taille des grains entre 16 000 et 14 000 ans BP, une courte, mais distincte diminution est observée près de 12 500 -12 000 ans BP. Puis après une succession de petites oscillations, un second maximum de la taille des grains est simultanément enregistré autour de 10 800 -10 000 ans BP avant que n’intervienne un minimum au milieu de l’Holocène. Le maximum du poids de poussières près de 12 000 ans BP est expliqué en fonctions des vents de l’Harmattan qui étaient actifs au-dessus de l’Atlantique comme ils le sont aujourd’hui. La première rupture dans la transition du glaciaire vers Holocène pourrait correspondre à la dégradation climatique du Dryas ancien et le second au Dryas récent (Diester-Haass 1988).

Il général observé dans plusieurs sites sahariens (Petit-Maire, 1980) et aussi avec le début du retrait de la forêt sous les latitudes de l’Afrique tropicale. L’étude de Ruddiman (1997) met aussi en évidence une arrivée significative de poussières pendant l’Holocène ancien sur le talus continental de la Mauritanie (carotte/forage V30-49).

Précisions : La communauté scientifique retrace l’histoire de la planète au travers des différentes « ères » géologiques qu’elle a traversées, elles-mêmes divisées en « périodes » qui se subdivisent en « époques » géologiques. L’holocène est le nom de l’époque géologique actuelle. Celle-ci a commencé il y a environ 11 500 ans, moment à partir duquel le climat sur Terre s’est adouci, causant la fonte des énormes calottes glaciaires qui recouvraient alors plus du quart des terres émergées. Le début de l’holocène marque donc aussi la fin de la dernière glaciation, connue sous le nom de Würm (70 000 ans et la fin, vers – 12 000 ans).

L’holocène est également marqué par une rapide et massive vague d’extinction qui a démarré par la disparition de ce que l’on appelle la « mégafaune » : ce sont notamment éteints au début de cette époque géologique les mammouths, les rhinocéros laineux, les lions des cavernes, les tigres à dents de sabre, les ours des cavernes ou encore les castors géants. Les extinctions d’espèces animales et végétales se poursuivent tout au long de la période jusqu’à aujourd’hui, de sorte que l’on parle d’ « extinction de l’holocène » ou de « sixième extinction de masse ».

Mauritanie : hausse préoccupante des privations de liberté (IRA-MAURITANIE)

● Note de synthèse

Depuis le début de 2020, le sort des blogueurs et lanceurs d’alerte, déjà préoccupant sous la gouvernance de l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, ne cesse de se détériorer.

I. Une suite sans fin

  1. Le 2 juin, la police procède à l’arrestation Salma Mint Tolba, biologiste et auteure présumée d’une série d’audio remettant en cause des aspects de la riposte sanitaire du gouvernement ; elle accusait, ce dernier, de gonfler le chiffre des contagions, pour mieux capter l’aide extérieure. Dans la foulée, deux autres personnes, qui auraient participé à la diffusion de tels document la rejoignent : il s’agit de Mohamed Ould Semmane et Sidi Mohamed Ould Beyah. Quelques jours plus tôt, un communiqué du gouvernement annonçait l’ouverture d’une enquête sur de telles allégations. La virulence de la réaction aux fauteurs de doute et de panique, laissait entrevoir la fermeté de la réaction officielle. Mohamed Abdallahi Ould Bounenna est capturé par les forces de l’ordre qui le conduisent dans un lieu secret ; le lendemain l’y suit un autre écrivain en ligne, Mohamed Salem Ould Soueid Ahmed.
  2. Le 3 juin 2020, le journaliste et influenceur Eby Ould Zeidane reprend le chemin du Commissariat de police, quelques mois après son interpellation durant plusieurs jours, en février. Il subissait alors un interrogatoire en compagnie d’un groupe éclectique de militants de la laïcité, de féministes et de promoteurs des droits de l’individu. Les interrogateurs, d’un niveau de culture général qui témoigne assez de l’effondrement du savoir, opposent, aux prisonniers, des accusations dont le cumul paraîtrait absurde du point de vue de la rationalité : blasphème, apostasie, conversion aux christianisme ou judaïsme, prosélytisme évangéliste, athéisme viennent assaisonner l’appartenance à l’Alliance pour la refondation de la Mauritanie (Arem), une association non-autorisée. A défaut d’assumer, face aux partenaires du pays, la répression contre des jeunes défenseurs de la laïcité dont les mots constituent l’unique arme, l’Etat met en avant le crimes d’«atteinte au sacré», une infraction improbable dans la réalité, puisque d’essence immatérielle. D’ailleurs, la majorité des motifs de peine de mort en Mauritanie renvoie à des griefs sans prolongement physique, donc des opinions.

• Les raisons inavouables

Eby Ould Zeidane, contradicteur « systémique » des islamistes, réussit, lors de sa première arrestation, à recouvrer la liberté, en même temps que d’autres détenus de la période, à l’exception de 6 majeurs auxquelles manquait le soutien d’une tribu. Tous seront oubliés dans les méandres de l’univers carcéral. Ahmed Mohamd Elmokhtar, Abderrahmane Haddad, Othmane Ould Boubacar, Mohamed Ould Jeddou, Mohamed Ould Amar et Mohamed Ould Hayda croupissent en maison de correction, à Dar Naim, co-pensionnaires de délinquants à machette, d’assassins et de jihadistes ; au moment d’investir leurs cellules, ils achevaient 15 jours de garde-à-vue, dans le local de la Direction de la sûreté de l’Etat (Dse). A la fin du mois de mai 2020, Eby ould Zeidane publie de nouveaux textes sur Facebook ; il y critique le dogmatisme des sociétés islamiques, la validité de la polygamie et celle du jeûne du Ramadan, au regard du cycle de la lune. Selon lui, ses coreligionnaires ont beaucoup dévié de la voie du Prophète Mohamed. Dans ses commentaires, il argumente que les musulmans ont déformé le message de l’Envoyé et escamoté des passages explicites du Coran ; le 3 juin, la police se saisit de sa personne et lui impute des faits d’apostasie et de blasphème, punissables d’élimination du corps, sans délai ni repentir, si l’on considère l’article 306 nouveau, du code pénal.

Déjà, le 30 janvier, des garçons et une fille, invités à une fête d’anniversaire, se retrouvent inculpés d’imitation des femmes, d’après le réquisitoire du procureur, incapable de prouver l’homosexualité des susdits, passible, elle, de l’exécution. Le Parquet évoquera la célébration de la date de naissance comme une attestation d’hérésie car elle prend les mécréants pour modèle et leur impose une peine de deux ans d’incarcération, assortis de rabaissement moral. Le reste de leur existence portera le sceau de l’infamie.

• Tuer, par raccourci

Il y a lieu de le souligner, les agents en charge de l’enquête ont pu, à chaque fois, récupérer les téléphones portables des prévenus, extraire le contenu et le diffuser, à grande échelle, sur les messageries instantanées et les groupes de discussions de Facebook. Les fuites occasionnent, alors, la révélation de l’identité des victimes ; dès le début des fuites, les familles s’empressent de les abandonner et une partie du peuple, fanatisé par le wahhabisme périphérique et celui des institutions de l’Etat, les agonit d’injures et de menaces de pendaison, d’égorgements et autres civilités de rigueur parmi les gardiens de la foi pure. Bien entendu, les prévenus comparaissent brièvement devant un juge, avant de recevoir la sentence. A Dar Naïm, ils cessent de bénéficier de soins et s’enfoncent dans la honte et l’isolement, en perpétuelle peur de se faire poignarder. Leur survie rime avec le danger, chaque jour, en particulier ceux justiciables d’infractions à incidence confessionnelle. La propagation de l’apologie du meurtre pieux et sa banalisation ont produit, au sein de la population des villes, un état mental de prédisposition à tuer pour Dieu, sinon emprisonner, torturer et bannir en son nom. A l’inverse, les élus peinent à légiférer contre le viol, au prétexte que l’homme disposerait, en vertu de la chari’a, d’une supériorité ontologique sur la femme.

• Aux sources d’une faillite

Certes, les vagues d’arrestations illustrent une option autoritaire au sommet de l’Exécutif. Cependant, à l’examen des circonstances l’actuel gouvernement n’abrite même pas le semblant d’une idéologie de l’ordre qui occasionnerait un usage excessif de la brutalité. De facto, les violations constatées de la dignité des gens découlent, plutôt, de l’absence de technicité, de l’ignorance et de l’incompétence, à tous les échelons de l’appareil sécuritaire. A l’improvisation s’ajoute le degré d’infiltration de la police et de l’administration par l’extrémisme religieux et les zélateurs de la négrophobie. Cette évolution aggrave l’incurie et explique, la succession de plus en plus rapprochée, des alertes. A aucun moment, les autorités ne semblent avoir perçu le dilemme où elles se débattent, de combattre le terrorisme dans le cadre de la coalition du G5 Sahel et d’appliquer, au pays, le programme de Daesh, grâce à l’appui de fractions de l’opinion favorables à l’avènement d’un Etat jihadiste sur le sol de la Mauritanie. La plupart des organisations de la société civile, les partis reconnus, le Parlement et les ambassades accréditées à Nouakchott, s’aveuglent face à l’évidence du lien entre le takfirisme ambiant, la perte de la qualité des services de justice et la facilité du recours privé à la violence.

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)


Nouakchott, le 6 juin 2020

Tribune – Réflexion : « Dura lex, sed Lex » : La loi est dure mais, c’est la loi. Par Souleymane Sidibé

Quand nous verrons cette locution, ou son équivalent, écrite dans nos langues nationales aux frontispices des tribunaux et des facultés de droit, et quand l’exercice du droit et son application s’en suivent, nous aurons honoré la Mauritanie. 

Il est impossible d’avoir peur de Dieu et d’un autre Individu à la fois ; surtout dans l’exercice de ses fonctions. Pour certains, le choix est fait. D’autres ont peur de ne pas enfreindre l’Éthique. 

La loi reste méconnue de beaucoup d’individus. Son Utilité, sa pratique et sa définition sont désapprouvées par ceux qui l’appliquent. Il y a un problème de contenu mais aussi de représentativité. Dès lors que la personne en charge de faire respecter le droit, ne sait pas qu’il en est juste un représentant et non pas l’incarnation, le problème d’abus se pose.

Étant une norme ou une règle générale, la loi, dans un environnement démocratique, émane d’un pouvoir législatif : le parlement sous forme de texte. Les lois adoptées par le Parlement sont promulguées soit par le Président de la République, soit sur proposition de parlementaires (députés dans le cas de la Mauritanie), soit à partir d’un projet déposé par le gouvernement dans tout État démocratique. 

Ne respectons pas seulement la Loi (l’autorité), mais les Lois qui englobent des conventions, des codes, des règles, et qui régissent la vie sociale. Ayons ces lois expressives ! Elles s’appliquent à tous. Civil ou militaire, personne ne doit être au-dessus de la loi.

Nous devons avoir une SOCIETE où l’on n’est pas obligé de s’aimer mais de se respecter et respecter les lois. « Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m’aimer, mais il est important qu’elle lui interdise de me lyncher » affirmait Martin Luther King. On sera tous d’accord que chaque État doit faire valoir cela pour la liberté et la protection des uns contre les autres si besoin par l’usage de la force. 

Hannah Arendt pense que si la force est utilisée, c’est que l’autorité a échoué. Comment faire valoir l’autorité avec la raison sans bafouer les principes universels ? On ne peut en aucun cas connaitre la législation sans être passé par des études. La législation est l’ensemble des lois et des règlements en vigueur dans un pays. Il est alors fondamental de demander s’il y’a une législation mauritanienne car, deux cas de législation sont en concomitance.

  • De la NECESSITE d’une législation unique.

Sans s’aventurer dans ce champ lexical de juriste, il est bon de savoir que la loi a pour « bon ami » le droit, si exact est le propos. Le droit est la capacité de jouir de quelque chose, de faire une action. Le droit est aussi « l’ensemble des règles et des normes générales qui régissent les rapports entre les individus et définissent leurs droits et prérogatives ainsi que ce qui est obligatoire, autorisé ou interdit ». Il peut s’appliquer de façon contraignante par l’intervention de la puissance publique, c’est-à-dire de l’État. Tenons-nous au DROIT moderne qui permet une condition d’HOMME pour une ouverture au monde moderne. Pour nous qui avons hérité la dimension de la culture abrahamique, tachons de ne pas oublier la bonne moralité. Ce que la morale réprime, le droit ne l’interdit forcement pas. Ce que le droit réglemente, la morale n’approuve pas forcement. La bonne moralité est différente de la bonne conduite citoyenne d’où la nécessité de parler de règle morale et règle de droit pour ne pas aller à l’encontre de la LOI.

Pour en venir au droit (ENSEIGNEMENTS), il est segmenté en plusieurs sous-ensembles. Il existe alors le droit civil, le droit pénal, le droit international, le droit commercial, le droit des affaires, le droit du travail, le droit privé et enfin le droit public. Ces différents sous-ensembles correspondent chacun alors à « un domaine de la législation ». In situ, il est nécessaire d’apprendre le droit en Français en Mauritanie et ce, depuis les petites classes pour construire le citoyen moderne. Et, s’il le faut, traduire les textes juridiques (textes de lois) dans nos langues maternelles.

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 stipule que : « L’exercice des droits naturels de chaque Homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits ». En parallèle, la jouissance de ces droits (« faculté de réaliser ») entraîne des responsabilités. Elle entraine aussi des devoirs tant à l’égard de soi-même qu’à l’égard des personnes ; des futures générations. Les droits supposent des devoirs ! Les devoirs sont ce à quoi la bienfaisance, la loi, et les règles nous demandent d’honorer. 

On ne peut pas parler de LOI, de Droit, de DEVOIRS sans parler des libertés : choses essentielles dans la vie de L’humain.

La liberté est la possibilité de pouvoir agir selon sa propre volonté, dans le cadre d’un système politique ou social, sans porter préjudice aux autres et à la SECURITE PUBLIQUE.

Par contre, les patrouilles nocturnes intempestives ne permettent pas cette acquisition dans les quartiers défavorisés à Nouakchott. 

L’insécurité aussi fait obstacle à la capacité de profiter pleinement de sa liberté. L’insécurité est liée au manque criant d’éducation. Cela conduit souvent les jeunes délaissés et défavorisés à se livrer à la délinquance. Il existe une très forte corrélation entre le manque d’éducation et la délinquance. En ce sens, «la liberté commence où l’ignorance finit ». La liberté s’exprime sous plusieurs formes : – Il y a la liberté naturelle (droit naturel) – La liberté civile qui est celle du respect des lois – La liberté politique : voter librement. Il y’a, en outre, l’expression des libertés fondamentales appelées aussi « droits fondamentaux » qui ne sont autres que les « droits primordiaux » subjectifs de l’individu comme les Droits humains et les libertés publiques… La LIBERTE peut alors s’appliquer comme liberté de conscience (choix de croire en une religion ou pas en occident surtout), liberté d’opinion ou d’expression, liberté de presse, liberté de mouvement, au syndicalisme, même en économie… 

La loi, comme ensemble de moyens de maintiens de l’ordre, du droit, de l’expression de la liberté, doit être aussi la « RED LINE », ligne rouge à ne franchir. Elle doit être le choix voulu par la « volonté générale ». 

La « volonté générale » doit être l’expression d’une compétence extraordinaire (magistrats) qui domptera l’arsenal juridique. Elle est aussi celle du parlement ou la chambre des représentants du peuple (pour faire comprendre l’utilité d’un député), et des projets gouvernementaux. In fine, il est évident de remarquer que la loi est législation (science de la connaissance des lois) et elle est aussi le droit écrit. Elle comprend la Constitution, les lois édictées par les parlementaires, ainsi que les décrets, les arrêtés et, dans une certaine mesure, les circulaires qui émanent du pouvoir exécutif à savoir le gouvernement.

L’obligation de LA SEPARATION DES POUVOIRS est nécessaire car, la CONCENTRATION des pouvoirs dans la main d’un seul individu est dangereuse. D’autant plus que la macrocéphalie gouvernementale est dangereuse, autant il est dangereux d’avoir en Mauritanie des députés qui appellent à la violation de la plus grande norme en droit comme nous avons eu récemment à le voir : LA CONSTITUTION. La loi doit être dure à leur égard puisqu’il en va de la Survie de L’État et du pays. La revendication de la scission entre l’État et le « Clergé » est plus que nécessaire pour que les lois puissent être appliquées à tous. Cette séparation est fondamentale à tout état qui se veut démocratique. L’État doit œuvrer à faciliter l’exercice de la foi et protéger le lieu de culte mais ne doit pas faire l’objet d’instrumentation de la religion ou par celle-ci. Il faut que l’on parle d’institutions judiciaire et plus d’appareil judiciaire. Par la suite, l’engrenage de la culture du droit, des lois sera effectif.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », Article premier, Déclaration universelle des droits de l’Homme. De ce fait, ester une personne en justice ne sera plus mal vu mais sera d’une responsabilité et d’une maturité citoyenne à travers l’acquisition et la compréhension du droit. Les procédés culturels resteront un moyen toujours envisageable. La protection des individus, leurs libertés, et leurs intégrités contre les abus sera plus assurée. Et plus les institutions juridiques seront fermes, plus il y aura prise de conscience et moins de violences jusqu’à la moralisation de l’économie citée par Thierno Souleymane Bal comme le fait de ne pas s’enrichir illégalement pendant l’exercice de ses fonctions. 

Les lois doivent effacer le conditionnement citoyen archaïque qui est le fruit de l’ignorance, et qui se manifeste encore par les castes. Nous avons besoin de citoyens égaux et ayant une culture du droit. Les lois n’ont pas pour but de discriminer, de marginaliser ou de spolier des terres à partir de reformes.

  • Des LIBERTES PUBLIQUES pour un ETAT DE DROIT !

L’État de droit préconise le pouvoir soumis au droit par le respect de toutes les normes et recommandations. Dans un État de droit un individu peut contester ou poursuivre « la puissance publique », les actions d’un politique s’il les considère comme illégales ou une entreprise. L’État est considéré comme une entité morale voire personne morale. Hans Kelsen définit l’État de droit comme un « État dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s’en trouve limitée ». 

La Loi est alors régisseur des comportements et elle punie les manquements d’ordre juridique. Le plus haut gradé de l’armée doit répondre de ses actes et doit être inquiété pour toute atteinte et excès même dans l’exercice de ses fonctions. Pour finir, il est inéluctable de dire qu’un État de droit est caractérisé par « une hiérarchie des normes » à savoir le classement hiérarchisé des normes du système juridique pour en garantir le respect et la cohérence comme la rigueur. Il faudra donc une séparation entre les différents pouvoirs : pouvoir exécutif, pouvoir législatif et pouvoir judiciaire. – L’égalité des personnes face aux règles – La responsabilité des politiques face à leurs actes – La soumission de l’exécutif au droit. Il n’est pas possible de faire fonctionner les rouages de L’État sans LOI ORGANIQUE. Optons pour cela en Mauritanie. Optons pour la fraternité dans le respect de nos lois. Optons pour plus de justice et de justesse.

Souleymane Sidibé

Analyste à Perspectives Afrique

Bordeaux, France.

©️ Crédit source: post FB de l’auteur (4 juin 2020)