Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (2ème Partie)



« La tradition, c’est le progrès dans le passé; dans l’avenir, ce sera la tradition ». Edouard HERRIOT

« La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu’elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition, comme la tradition a surgi du progrès ». Jean D’ORMESSON

La stratification actuelle du groupe peul de Mauritanie, plus communément appelé Haalpulaar, est le résultat de la dernière glaciation des rapports de forces sociaux issus des derniers régimes politiques du Fuuta précolonial, notamment Deeniyankoo6e et Tooro66e.

• Quels termes précis pour définir ce système social ?

Système féodal ? Classes sociales ? Système des castes? A dire vrai, il serait difficile de le classer en toute rigueur dans l’une ou l’autre des dénominations. Le système que je tente ici d’analyser pourrait se retrouver à l’intersection de tous. Je fais, quant à moi, le choix de retenir l’appellation « système des castes » avec, en arrière-plan, le référentiel indien dont il n’épouse pas cependant toute la rigueur. Il en reproduit néanmoins la logique d’essentialisation, et partant, de stigmatisation.

Je ne referai pas ici la nomenclature des différentes castes en pays Pulaar dont on peut retrouver aisément une foultitude de travaux d’autorité (Oumar BA, Amadou Hampathé BA, Yaya WANE, Oumar KANE, etc.) Ce qui m’importe en définitive, c’est comment un système de division du travail, à la base fonctionnel, sans doute horizontal au départ, s’est mué en un rapport de verticalité interdépendante. Et comment, encore au 21ème siècle, alors même que nous vivons dans un état « moderne », et que les rapports sociaux sont de plus en plus des rapports économiques, perdurent encore des souffrances que nous avons parfois du mal à entendre dans notre société ? Quelle est la nature de ces souffrances ? Comment la société dans son ensemble s’arrange encore aujourd’hui avec l’humiliation de l’autre (et quelque fois de soi-même…), au prétexte de la sacro-sainte tradition ? Comment reposer les termes d’un débat de société avec le seul souci du nécessaire dépassement d’un anachronisme handicapant ?
Il me semble que le système que nous connaissions, où le fils du Baylo (forgeron) était destiné à reprendre la forge de papa, est en voie de disparition dans sa logique de reproduction sociale. Nombre de mes amis Subal6e (pêcheurs) ayant grandi à Nouakchott nagent moins bien que moi, et trembleraient à la seule idée de monter dans une pirogue. L’un comme l’autre, tout comme le fils du Toorodo (caste en charge du spirituel) qui ne maitrise pas le premier verset du coran, contiendraient difficilement les soubresauts de leurs torses à l’évocation du Mbaylaagu, du Cubalaagu ou du Toorodaagu…

Soyons clairs ! Il ne me vient pas un seul instant à l’esprit de dénier aux uns et aux autres le droit d’être fiers de ce qu’ils « sont ». J’essaie juste de comprendre de quelle façon notre société arrive encore à leur faire intégrer l’idée qu’ils seraient dépositaires du Mbaylaagu, du Cuballagu et du Toorodaagu, en dépit de leur incompétence manifeste en la matière…

C’est bien l’essentialisation des castes qui forge l’hérédité ontologique que nous lui reconnaissons. Et on est là en plein cœur du problème. C’est à la seconde même où nous avons commencé à penser que l’on pouvait être imam, cordonnier ou tisserand, non par compétence mais par essence, que nous avons définitivement dévoyé le caractère fonctionnel de nos castes. Celles-ci se seraient sans doute plus facilement adaptées au monde moderne, n’eut été ce détournement de sens. Cette essentialisation de l’appartenance à la caste met en œuvre tout un système de représentations qui est hélas à l’origine des souffrances évoquées plus haut, et fonde par la même occasion des discriminations réelles. Ces discriminations sont à la fois d’ordre symbolique, politique et économique. La direction des prières et la chefferie du village qu’on dénie souvent aux anciens esclaves est sans doute la manifestation la plus paradigmatique de cette discrimination. L’autre source de discrimination étant l’inégal accès au foncier. C’est que la révolution Toorodo de 1776 a réussi à certains endroits du Fuuta, le tour de force de concentrer ces trois pôles entre les mains d’un seul groupe : le savoir, le pouvoir et l’avoir. Là aussi au nom du détournement de la révolution théocratique pensée par Sileymaani BAAL ; détournement qui permit l’émergence d’une nouvelle aristocratie. Le feccere Fuuta (partage foncier du Fuuta) en 1790 permit à la nouvelle caste Tooroodo à bien des endroits, d’accéder aux privilèges fonciers que lui octroie sa prise de pouvoir. Il y a lieu de noter cependant que les aristocraties plus anciennes, mis à part quelques familles deeniyanke victimes de leur fidélité réelle ou supposée à l’ancien régime, conservèrent de larges domaines fonciers. C’est notamment le cas des castes se66e et subal6e. En somme, les castes dites d’autorité (Tooro6e, ful6e se66e et cubal6e) ; c’est-dire celles qui dirigent nos villages, sont les principales bénéficiaires de notre tenure foncière traditionnelle actuelle. Les autres castes dites de métiers, ainsi que les esclaves statutaires, sont les grands oubliés du feccere fuuta ; alors même que les esclaves par exemple, sont ceux qui travaillent principalement la terre sans en être les propriétaires. Ils sont souvent réduits, dans le meilleur scénario, à faire du « rem peccen » (cultive, nous partageons ! »). Il s’agit d’un procédé par lequel le propriétaire terrien reçoit une partie de la récolte d’une terre que sa famille n’exploite plus depuis des générations quelque fois. L’exploitant étant souvent l’esclave statuaire qui, de fait, ne bénéficie pas de tous les fruits de son labeur… Et c’est ce système aujourd’hui qui est décrié assez souvent dans la vallée du fleuve Sénégal par les victimes de ce système inique, sous la thématique de l’esclavage foncier. Il fait partie de ce qui fonde la récurrence des conflits autour de la question de l’esclavage en milieu négro-africain de Mauritanie.

L’autre point important de la dénonciation à laquelle s’adonnent les militants égalitaristes en milieu Haalpulaar, se situe au niveau des clichés humiliants dont les personnes dites de castes inférieures peuvent souffrir au sein de notre société. Bien sûr, et il faut oser le dire, ces clichés sont entretenus y compris par des personnes dites « castées ». Nos rituels de familles (mariage, « baptêmes », etc.) sont souvent l’occasion de recréer ses rapports dominants/dominés. Et c’est à travers ces dons symboliques que les personnes dites nobles accordent, qu’elles reçoivent de la part des autres la reconnaissance de leur statut de dominants. Il a pu être dit que c’est un rapport de dépendance financier dont profitent également les personnes « castées ». A vrai dire, rien n’est moins sûr… Comment penser de nos jours, que des personnes vivent encore de ce qu’elles perçoivent à ses occasions ? Si les profits matériels sont réels, je crois néanmoins davantage à un attachement affectif à une coutume, dont on sait qu’elle permet de conserver sa place dans la société, qu’à une dépendance financière réelle. Il y aurait de mon point de vue, plus une peur d’un changement qui perturberait l’ordre établi, peur qui existe dans toutes les sociétés conservatrices, qu’un réel besoin de survie économique. Conserver la tradition semble être pour les Haalpulaar une forme de repli identitaire face à un monde moderne violent et insécurisant, où la moindre concession pourrait soulever le fantasme d’une cosmogonie qui s’écroule.

D’où la vitalité de l’endogamie qui permet de conserver deux choses importantes aux yeux du haalpulaar : le sang et le rang. De tout temps la logique matrimoniale a été fondée sur le mariage préférentiel qui ne trouve sa limite que dans l’inceste. Le mariage entre cousins étant celui qui est privilégié, il a alors forcément pour conséquence de rigidifier la cloison caste. Si on se marie préférentiellement dans sa lignée, on se marie forcément préférentiellement dans sa caste aussi. Ici la notion de pureté du sang qui irrigue la logique des castes est sacralisée ; car il s’agit d’assurer la descendance. Les mariages entre castes (ou tout au moins entre castes non équivalentes) sont donc proscrits en raison du risque de confusion qu’ils induisent. L’adage pulaar « Yoo gundo res gundo, elo resa elo » (que le lézard se marie avec le lézard, et le varan avec le varan), est une illustration de cette volonté de cloisonner. En vérité, à y réfléchir, cet adage est bien plus terrifiant qu’on y croit. En effet, il est du même ordre que la logique qui a fait appeler les métis « mulâtres ». Le mot mulâtre a la même racine que le mot mulet : animal issu du croisement entre le cheval et l’âne et qui a la particularité d’arrêter à elle la descendance par son incapacité à se reproduire. Cette terminologie animalière appliquée à l’humain en dit long sur le mépris qu’elle ne s’embarrasse même pas de cacher.

L’adage pulaar ne dit pas forcément la crainte d’une non-reproduction physique, mais symboliquement, l’enfant issu d’un mariage exogamique inter-castes souffrirait d’un déficit de reconnaissance sociale. Son géniteur fait courir le risque que la pureté de la lignée, et par conséquent la lignée elle-même, s’arrête à lui. Du moins dans sa pureté… La crainte d’une discontinuité étant toujours ce qui semble opérer ici.
(Suite)

Lien utile Partie 1 : https://soninkideesjose.wordpress.com/2020/12/24/conservatisme-feodalite-systeme-des-castes-pour-un-regard-lucide-partie-1-par-ba-bocar-oumar/

©️ Crédit source: post Facebook de – https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224416097648387&id=1184398165

LE SENS DE NOTRE ENGAGEMENT! Par Kaaw Touré

Je ne suis ni un « influenceur » (à la mode), ni un activiste et encore moins un blogueur même si j’écris au quotidien sur la toile depuis novembre 1999 et bien avant depuis le début des années 90 en tant que rédacteur en chef de l’organe d’information de notre mouvement de libération en exil (Le Flambeau des Flam). Je suis juste un simple citoyen qui milite pour le respect des droits les plus élémentaires de mon peuple opprimé, exclu, clochardisé, génocidé et déporté. Je me considère comme un simple combattant de la liberté et non un politicien au sens galvaudé du terme sous nos cieux. Pour moi la politique c’est surtout et avant tout une question d’éthique et de principes. Notre combat n’est pas dirigé contre une communauté et encore moins contre un régime particulier mais contre un Système raciste, esclavagiste et injuste. Notre combat est pour une autre Mauritanie où le fait d’être arabe, Noir, Haratine, Znégua ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. Notre combat est pour une Mauritanie réconciliée avec sa diversité, sa réalité sociologique et géographique, une Mauritanie contrée de la liberté et de la démocratie.
Que Dieu nous donne la force et le courage , guide nos pas et nos actes pour continuer dignement ce noble combat engagé depuis notre prime adolescence, à 15 ans et qui nous a valu la prison à 18 ans et plus de 26 ans d’exil forcé.
Demain il fera jour et la lutte continue!

Bon dimanche les amis.

Et la lutte continue!

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

« Il faut dépasser les niaiseries socioculturelles pour l’avènement d’une culture citoyenne » Par Souleymane Sidibé

La tradition, par essence, évolue et se lègue de générations en générations. Elle est la transmission d’un contenu culturel à travers le temps. Si j’ose dire, elle est ce que l’on peut appeler un « héritage immatériel » qui marque l’identité de toute communauté.
Chaque génération doit alors choisir quelle tradition( « pratique transmise ») laisser aux générations futures.

Ma génération est celle qui s’en passe pour bons nombres de personnes, des traditions ancestrales qu’elle assimile à l’illogique et la déraison. Cette génération dont je fais partie voit le poids du capitalisme dans les relations entre l’humain et son milieu. Il faut alors considérer que la tradition qui est un marqueur culturel a évolué et tend vers une nouvelle quête: satisfactions des besoins primaires puis secondaires (par l’éducation) aux tertiaires (voyager et découvrir le monde).

Nonobstant cela, il y’a encore des actions concrètes à mener pour l’éradication de plusieurs fléaux. La bêtise n’a pas de limite! Souvent, elle (la bêtise) s’érige en mode de pensées. C’est pourquoi sur le terrain idéologique, nous avons des débats encore d’esclavages et de féodalité. Les intellectuels africains ont cherché à plaire à l’Occident sans vouloir véritablement changer la conscience collective africaine. Les noirs en Mauritanie, victimes pour la plupart d’un système qui favorisent une partie, vivent des inégalités et considérations d’antan. Certains sont déconnectés mais encore étiquetés.

Il ne faut pas des tensions avec nos populations encore pour la vielle génération prisonnière des tares. Cette vielle génération avec toute sa « grande sagesse » n’a pas occulté de son mode de fonctionnement:

  • les privilèges liées à la naissance comme l’affirme Abdoulaye Doro Sow
  • la noblesse comme l’affirme Kissima Diagana
  • le monopole des fonctions essentielles à une seule entité
  • la relégation de l’humain
  • le mythe de la pureté de sang
  • le refus de « mélange de sang ».

Il faut alors dépasser l’intellectualisme pour des actes dans la sphère publique jusqu’au sein des familles dans nos sociétés. Parler à hue et à dia ne sert à rien sans ce préalable qui est de dépasser son milieu pour aller vers les rapports de force pour le changement citoyen.
Quand les africain.e.s partent en Occident et se marient avec des femmes ou des hommes sans se poser les mêmes questions du terroir, c’est que la tradition a évolué. La femme comme l’homme est alors libre de ses choix et de ses engagements.
Il faut dépasser les niaiseries socioculturelles pour l’avènement d’une culture citoyenne en posant encore et encore des actes et pas seulement des discours. L’hypocrisie africaine est incroyable! Les dits intellectuels sont encore plus surprenants.

Entre la parole et l’acte (pour poser les bases d’un changement) , il y’a du chemin à faire. Certains se glorifient encore de chants de griots et autres pour qui, s’il y avait des élections, ils ne voteront pas. Pour eux, cette forme de musicalité dithyrambique se résume à leur égo. Il ne faut pas à longueur de journée parler de système beidane alors que sous nos cieux, le noir est l’ennemi de son semblable.

Quand on sera juste envers nous mêmes, nous pourrons pointer du doigt l’extérieur. Toutes les composantes mauritaniennes doivent pour les politiques et les membres de la société civile tendre vers un nouveau type d’individu, de mauritanien.nne et de CITOYENNETÉ.

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (Partie 1) Par BA Bocar Oumar.


« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ».

« Une civilisation qui choisit de fermer les yeux sur ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation éteinte ».

Aimé CESAIRE, « Discours sur le colonialisme ».

Le récurent débat sur la notion de « féodalité » dans notre société mauritanienne impose aux gens honnêtes d’en faire le leur. Il ne s’agit pas ici de questionner son actualité, ni sa pertinence, mais les moyens de son intelligence et de sa compréhension. L’enjeu pour moi ici, est de tenter modestement de replacer la question au centre d’un débat serein et dépassionné, loin de l’invective facile et du sauve-qui-peut archaïque et réactionnaire qui caractérisent bien souvent certaines postures sur la défensive. L’ensemble rendant les échanges sur les réseaux sociaux parfois inaudibles en raison du dialogue parallèle ainsi instauré. Il me semble que l’avenir de nos enfants, car c’est de lui qu’il est question au final, mérite mieux. Essayons donc de comprendre dans quoi nous sommes pris dans ce débat.

Je n’ai évidemment pas la prétention de commettre une réflexion anthropologique exhaustive sur la féodalité en société mauritanienne. Un regard qui se veut lucide sur cette question dans le groupe sociolinguistique Peul auquel j’appartiens suffirait déjà à sa peine…Il n’empêche cependant qu’un propos préliminaire sur la nature conservatrice du pays qui est le nôtre, et par conséquent sur le détournement de l’Etat moderne qu’elle occasionne, autoriserait des ouvertures de fenêtres sur ce qui se passe chez les voisins.
Il se trouve effectivement, que notre pays se caractérise par le fait que très tôt, les pôles de décision traditionnels (chefferies, tribus, castes dites nobles, etc.), ont investi les structures de l’état, figeant ainsi dans une forme de conservatisme cette institution qui était peut-être la seule à avoir vocation à impulser efficacement les politiques nécessaires à la transformation sociale et à la lutte contre les archaïsmes de nos sociétés rurales. Et c’est à ce niveau que la féodalité, au sens où on pouvait l’entendre dans le moyen-âge européen (pouvoir territorialisé de seigneurs contrôlant des fiefs), peut s’entendre en République Islamique de Mauritanie. Non pas que nous aurions en Mauritanie des seigneurs et des fiefs, mais bien davantage dans la tension permanente entre état moderne et pouvoirs traditionnels. La persistance d’une forme d’aristocratie au sein même de la gouvernance étatique a forcément pour conséquence d’affaiblir celle-ci et de retarder l’émergence d’une citoyenneté unique pourtant seul gage de l’égalité. Car l’émergence du citoyen fait renaître la loi face à la coutume. Et la loi est en principe seule garante de l’égalité citoyenne qui n’établit en définitive de verticalité que vis-à-vis de l’Etat. Mais tout cela fut hélas jusque-là un enjeu insuffisamment porté.

Ni les discours aux relents « progressistes » de nos dirigeants, encore moins les incantations de certains de nos théoriciens du grand soir, n’ont suffi à bousculer sérieusement les déterminismes sociaux, les réflexes de stigmatisation et les crispations culturelles et mentales qui nous habitent tous. Et cela, parce qu’entre le discours de tribune bien souvent produit par mimétisme et fidélité à des idéologies (voire à des « idoles ») occidentales, et l’attitude à tenir en toutes circonstances en société, il y a un gouffre que l’on se pardonne assez facilement en Mauritanie par schizophrénie.

Et ce conservatisme banalisé par tous, quand il n’est pas sciemment entretenu par tous, n’aide naturellement pas à l’émergence d’un vrai débat autocritique sur nos sociétés et leurs archaïsmes. Il n’y a guère que les coups de boutoir des victimes de ces archaïsmes pour obliger nombre d’entre nous à ouvrir les yeux aujourd’hui. La société Peul de Mauritanie n’échappera pas à un nécessaire examen de conscience ; car son histoire cache bien des cadavres dans le placard. Sa stratification actuelle qui est le produit de cette histoire, se retrouve dans la centralité même du débat.

©️ Crédit source: Repris via post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224385750289722&id=1184398165

Dr Boubou Camara : «La situation des malades de la COVID qui nécessitent des soins critiques est délicate»

Initiatives News – Dr Camara Boubou est Mauritanien, né à Ould Yengé dans la région du Guidimagha. Il a fait ses études primaires et secondaires à Sélibabi ou il a obtenu le baccalauréat.

Après ses études de médecine générale, il s’est spécialisé à Toulouse en France en médecine interne avec orientation pneumologique. Dr Camara Boubou est aussi titulaire d’un diplôme d’études spécialisées complémentaires en maladies infectieuses et tropicales. Depuis 2011, il occupe le poste de responsable médical du centre de ressources et de compétences de la mucoviscidose du CHU de Grenoble-Alpes.

Dans le cadre du programme « retour temporaire de la diaspora » de l’OIM en partenariat avec l’Union Européenne et l’OMS, avec d’autres collègues, il est revenu en Mauritanie pour prendre part à la riposte nationale contre la COVID-19.

Horizons : Après la première vague, la Mauritanie, comme beaucoup de pays, fait face à la seconde vague du Corona virus. Quelles appréciations portez-vous sur la riposte nationale face à cette pandémie?

Dr Camara : Je suis revenu dans le cadre de la riposte nationale contre la COVID-19 pour prêter main forte à mes collègues, échanger avec eux et lutter avec eux contre cette pandémie.

C’est le programme « retour temporaire de la diaspora » de l’OIM en collaboration avec l’UE et l’OMS qui nous a permis de revenir travailler dans des conditions décentes en lien avec le ministère de la santé.

Nous sommes progressivement arrivés à partir du mois de juin 2020 avec les autres collègues de la diaspora Mauritanienne que je voudrais citer. Il s’agit du Dr Mohamed Salem Ould Zeine, réanimateur en France, Dr Ba Oumar, gériatre en France, Dr Hady Louly Klein, gastroentérologue, monsieur Hadiatou Ndiaye, directeur d’établissement de santé en France et Madame Aminata Soumaré, infirmière en Ile-de-France.

A notre arrivée, nous avons visité les structures hospitalières et réalisé plusieurs visioconférences avec les collègues de l’intérieur du pays. Nous avons visité toutes les structures dites « Covid », notamment celles accueillant les patients nécessitant des soins lourds, c’est-à-dire nécessitant de la médecine intensive. Nous avons remarqué qu’il y avait un problème de disponibilité en termes d’équipements. Cependant pour cette deuxième vague, il y a un effort important de la part du ministère de la santé avec la disponibilité de respirateurs, même à l’intérieur du pays. Malheureusement, au niveau de la population en général, même au sein de l’élite, les mesures barrières ont été très vite abandonnées, la communication n’a pas suivie. Je pense que cette faute collective est l’un des éléments qui explique l’ampleur de la deuxième vague que nous vivons actuellement.

Horizons : Dans une interview à l’Agence Mauritanienne d’information, le représentant de l’OMS en Mauritanie, Dr Abdou Salam Gueye, a déclaré que la prise en charge des cas graves de COVID n’est pas “parfaite”. Quelles sont les points forts de cette prise en charge, quelles sont ses faiblesses?

Dr Camara : La Mauritanie a la chance d’avoir comme représentant de l’OMS, Dr Gueye, expert en situation médicale d’urgence. Il est reconnu par ses pairs, notamment par rapport à sa gestion de l’épidémie Ebola. Cela dit, il est vrai que la situation des patients qui nécessitent des soins critiques est particulièrement délicate dans notre pays. Ces patients nécessitent la médecine intensive qui connait des problèmes dans nos établissements de santé. Nous manquons de ressources humaines soignantes de façon globale sur tout le territoire. Quelles que soient la spécialité, il y a déficit. Et, dans la spécialité de la médecine intensive, on compte au bout des doigts les professionnels capables de faire ce métier. Ensuite, l’environnement ne se prête pas forcément à la pratique de cette médecine intensive car, en plus des ressources humaines qui manquent, il y a des problèmes de consommables et de médicaments. Même si le gouvernement a fait d’énormes efforts qu’il convient de citer, il reste encore beaucoup à faire en matière d’équipements, de consommables, de logistique, de biomédicale et surtout d’organisation globale des soins… Il s’agit là, à mon avis, des principaux défis de la médecine intensive dans notre pays. Il est capital d’améliorer et d’entretenir l’existant.

C’est en connaissance de cause que l’OMS a recruté des consultants internationaux intensivistes et réanimateurs. Il y a eu l’arrivé, d’abord, d’une première équipe de professionnels (5 espagnols) sur une courte durée, ensuite huit autres consultants espagnols dont trois réanimateurs qui ont séjourné deux mois dans notre pays et les derniers vont retourner le 18 décembre 2020 en Espagne. Ils nous ont été d’un apport majeur. Je voudrais les remercier au nom de tout le peuple Mauritanien.

Horizons : vous avez aussi visité de structures de santé à l’intérieur du pays, comment s’y passe la lutte contre la COVID notamment en matière de prise en charge ?

Dr Camara : Effectivement, j’ai eu à visiter avec d’autres collègues les hôpitaux de l’intérieur de la Mauritanie. J’ai visité personnellement les hôpitaux de Nouadhibou, Kaédi, Boghé, Aleg, Sélibabi ainsi que ceux de Nouakchott. Globalement lorsqu’il s’agit de prendre en charge les patients sans atteintes sévères, nécessitant une adjonction d’un faible débit d’oxygène, il existe un protocole national bien établi par un comité scientifique et ça se passe bien. Il s’agit souvent de patient jeunes ou sans comorbidités et qui ne posent pas de problèmes. La difficulté se situe au niveau des patients nécessitant des soins critiques qui peuvent évoluer vers un syndrome de détresse respiratoire (lorsque l’atteinte de la maladie fait que les poumons n’arrivent plus à assurer leurs fonctions d’hématose qui consiste à oxygéner les organes vitaux). C’est malheureusement, ce syndrome de détresse respiratoire qui entraine des décès de patients. Même à Nouakchott, la prise en charge de ces patients au stade de détresse respiratoire reste problématique. A l’intérieur du pays, elle l’est encore plus. Cependant les centres comme Nouadhibou, Kaédi et Kiffa sont maintenant équipés d’appareils, de ventilation non invasive et de respirateurs. Mais, encore une fois, il se pose des problèmes de ressources humaines, de sous effectifs compétentes pour le maniement et l’entretien au long court de ces équipements de réanimation.

Horizons : Apres 20 ans d’exercice de la médecine en France, vous êtes revenu dans le cadre du programme « retour temporaire de la diaspora ». Vous êtes revenus, vous avez une expérience du terrain dans votre pays. Avez-vous un message à l’endroit de vos collègues mauritaniens exerçant la médecine en France ou ailleurs dans le monde et à l’endroit aussi du gouvernement mauritanien pour un éventuel encouragement d’un retour des compétences ?

Dr Camara : Il est de la responsabilité du gouvernement de notre pays, notre chère patrie, de mettre en place des dispositifs pour faciliter le retour de sa diaspora qui a certainement un rôle à jouer. Je ne parle pas de discours politique ou d’une 100ème réunion sur le sujet, je fais allusion à un vrai dispositif, quelque chose de concret et palpable. Cette diaspora, d’ailleurs, ne demande qu’à revenir pour servir et se mettre à la disposition de la nation.

A tous les membres de la diaspora, la Mauritanie a besoin de vous en cette période critique, quel que soit vos compétences, soignants, logisticiens, organisation des soins et j’en passe. La diaspora a su monter sa solidarité pendant la première vague de la Covid, via le CCME (Collectif des cadres mauritaniens expatriés), le dispositif des médecins et bien d’autres oragnes. Le besoin est pressant, nous avons tous un rôle à jouer.

Propos recueillis par Khalilou Diagana

Source/Le Quotidien National Horizons

©️ Crédit source: http://www.cridem.org/C_Info.php?article=743868

À quand la fin du cumul des mandats ou la démocratie véritable en Afrique ? Par Ismaël Traoré

Initiatives News – Les départs contraints ou « volontaires » de nombreux chefs d’États africains tels, entre autres, Robert Mugabe, Blaise Compaoré, Yahya Jammeh, Josoph Kabila, le renoncement au troisième mandat du général Mohamed Ould Abdel Aziz, la démission du président algérien Abdelaziz Bouteflika et la chute du dirigeant soudanais Omar El-Béchir me font espérer que tôt ou tard le cumul des mandats cessera et que la vraie démocratie arrivera en Afrique, même s’il reste encore un long chemin à parcourir.

Accordons-nous le temps et patientons tout simplement ! Car comme le dit ce proverbe africain : « C’est en supportant les piqûres des abeilles qu’on récolte le miel ». Le recours à la violence, notamment par l’utilisation forcenée des armes n’est plus une solution.

Tout doit se jouer dans les urnes tant pour les scrutins présidentiels, municipaux que législatifs, et ce quelles que soient les erreurs ou les fraudes : absence de représentants de bureaux des camps adverses, suppression de certains noms et numéros sur les listes de votants, ou encore suspension du vote pour les électeurs en faveur des candidats d’opposition.

Les considérations ethniques, claniques et statutaires quant à elles, doivent être non seulement révolues, mais aussi bannies, surtout au XXIe siècle. De même, il est temps de tourner le dos au « hold-up électoral ».

Le vainqueur doit être indubitablement celui qui a remporté plus des voix. Peu importe son origine ! Je suis écœuré par l’accaparement du pouvoir par certains dirigeants d’Afrique francophone, anglophone et arabophone.

Ces soi-disant démocrates, rédempteurs, gentilshommes et vénérables maîtres, en majorité militaires, se targuent davantage de leurs pouvoirs autocratiques, s’autorisant à briguer plusieurs mandats électifs bien que la Constitution de leurs pays ne le leur permette pas.

Après les pays tels que le Zimbabwe, le Burkina Faso, le Gabon, le Tchad, le Cameroun, une nouvelle retouche constitutionnelle est entrain d’être amorcée sur le territoire africain.

Les idées le plus couramment avancées pour justifier cette mesure sont immuables : le besoin de stabilité, la nécessité de poursuivre une œuvre inachevée, la réalisation d’un projet délaissé, la protection d’intérêt public et la réponse à une sollicitation populaire.

C’est le cas en Guinée, en Côte d’Ivoire… Car pendant que l’opposition proteste, les chefs suprêmes de ces pays continuent à briser les verrous constitutionnels.

Ismail Traoré

Étudiant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges / France

ismael172017@yahoo.com

« De la partition de Ciré Kane. » Par Baba Jiddou

Mon compagnon de lutte Ciré KANE, ancien responsable de la Communication du parti Alliance Populaire Progressiste- Coordination Europe, a publié le 16 novembre un demi -manifeste qui fera date :
https://m.facebook.com/Mauritanie28111960/photos/a.297528047042621/3266642310131165/?type=3


Il a eu le mérite de traiter les souffrances des populations noires en Mauritanie et a fait feu à volonté sur l’oppresseur commun: l’État dirigé par une minorité dont la majorité est d’origine arabo-berbère. Cela rappelle le moule initial de l’auteur: Action pour le Changement (AC) dont les dirigeants étaient messieurs : Messaoud Ould Boulkheir, Ibrahima Mokhtar Sarr, Ladji Traoré, Diawara Gagny, etc…, ses modèles politiques.

Ses aînés, précités,ont pris de l’âge , mais ont semé beaucoup de bonnes graines et Ciré en est une.

Ceux qui ont lu son document savent que sa motivation est d’ÉVITER d’enflammer les esprits malveillants, les va-t-en guerre…. et il fait des propositions de formes d’organisation politique (Autonomie, fédération ). C’est uniquement en cas d’échec de la fédération qu’il évoque la solution à deux États séparés, sans effusion de sang.

Sans me prononcer sur la partition graduelle, dont la finalité évidente est le partage du pouvoir et des richesses du pays, je pense que la situation actuelle est très préoccupante et demande un sursaut en urgence d’une JUSTICE SOCIALE, TOUT DE SUITE. Sinon aucun plan de paix ou de prévention de conflits n’empêchera la vague déferlante des discriminés et des exclus d’emporter au loin ce système endémique d’exploitation…

L’écrit de Ciré a eu le mérite de relancer le débat sur l’existence même de ce pays menacé par tous les fléaux de la mal gouvernance, des disparités territoriales , du racisme, et de l’exclusion de populations laborieuses, dont les Haratine…

Et, certains n’ont retenu « que la séparation du Nord et du Sud… »
« ou des référendums à l’issue incertaine… »

A mon humble avis, je ne pense pas que les Haratine aient l’autodétermination comme revendication.
Il est utile de rappeler que les Haratine sont installés sur tout le territoire de la Mauritanie. Ils constituent l’immense majorités de ce pays, soit plus de 50 % de ses citoyens, et sont localisés dans les zones s’étendant de Fassala Néré au Hodh el Gharbi à N’Diago ( Trarza) au bord de l’Océan Atlantique et, du Tiris Zemmour à l’Adrar, au Tagant, du Brakna, au Guidimakha et à l’Assaba.
Les Haratine demandent avec une insistante fermeté une citoyenneté à part entière avec une participation effective à la gestion et à la gouvernance du pays , sans les promus, les pistonnés, ceux qui ne représentent qu’eux-mêmes et autres béni oui oui …

Le débat, d’aujourd’hui, est pour le projet du vivre ensemble de touTEs les MauritanienNEs. Il ne doit être défini par des partitions, des scissions, des exclusions… , mais par son devenir, qu’il faut, ensemble, reconstruire pour ancrer notre pays dans un espace apaisé géostratégique Africain.

Baba JIDDOU


Paris le, 18/12/2020

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

🔴 RFI vient en Nous plus que jamais, après le madingue, le peul …. le soninké aussi un jour !?

Si RFI se mettait à diffuser dans nos langues pour nous jusqu’à dans nos terroirs en Afrique, rien que son label déjà « célèbre » historiquement chez nous, nos radios nationales et communautaires prendront des rudes coups certainement. Les appli remplacent les transistors, et le flux d’informations potentiellement accessibles à tout porteur d’un smartphone.

C’est presque fatalement acté, ce que certaines masses africaines apprennent de la voix de RFI ne peut être contrebalancé aisément par une autre antenne surtout trop familière et sous un certain contrôle et une censure par nos services étatiques . L’officialité et le crédit d’une information dépend beaucoup du canal diffuseur que d’un recul « alerte » du fond pour le grand public. Quand on dit à un sahélien lettré moyen dans nos contrées, qu’une nouvelle est sortie par RFI même, cela porte beaucoup dans l’édification d’une opinion. Et aujourd’hui à l’entendre dans nos langues maternelles, ainsi le filtre de la barrière « langue » est banni pour les masses illettrées.

Je me rappelle d’un certain 8 juin 2003, quand les Dababat (les Chars du Bataillon de Blindés) faisaient trébucher le régime de Taya durant quelques heures, tout près des événements à Nouakchott , on restait scotchés à RFI en comptant savoir ce qui s’était entrain de se passer. On savait que les données diffusées par la radio Mauritanie et la TVM sont douteuses ou même falsifiées.

● Lien RFI https://www.rfi.fr/fr/afrique/20201214-rfi-diffuse-d%C3%A9sormais-en-langue-fulfulde

KS pour le BLOG

🔴Covid-19… Wuhan, il y a une année en Chine … !

Quand il y a une année on voyait les chinois construire un big hôpital en quelques jours, on en rigolait presque à travers le monde entier.

Les descendants de l’empire du milieu avaient sorti l’artillerie lourde en mesures restrictives avec une discipline impitoyable. Quand ils étaient au dur du front antiviral , certains milieux scientifiques occidentaux les voyaient dans l’exagération et pointaient leurs manquements ici et là au chaud sur les plateaux TV à plusieurs milliers de kilomètres.

Ces scientifiques dopés d’une certaine suffisance avaient fini à tromper et faire tromper les dirigeants politiques de leurs pays quand la vague Covidienne faisait irruption au cœur de l’Europe.

Finalement, certains scientifiques disaient que la Chine n’avait pas tout dit sur cette pandémie, peut être Oui peut être Non, mais je dirais que leurs certitudes à sens unique donnant le régime politique chinois comme manipulateur de son peuple, y tiennent une place importante dans la méprise.

Les autorités chinoises avaient mis la clé à double tour sur les zones gravement touchées durant plusieurs semaines, résultat, ils ont gagné sur la propagation du virus. Au même moment, certains pays occidentaux faisaient des zigzags selon les humeurs hautaines d’une clique de scientifiques. On comptait tout faire ou ordonner sauf imiter ce que font les chinois, on dirait par opposition politique et idéologique que par données scientifiques avérées.

Ainsi par la suite, les chinois ont nettoyé pratiquement le méchant virus dans les zones où il a commencé à sévir avec virulence. En Occident, par exemple en France, on commençait à chercher les clefs pour une éventuelle fermeture quand les réalités hospitalières ont eu raison de certains prédictions salades télévisuelles. On décide de fermer mais pas à la chinoise surtout pas toujours et encore, on n’imite pas la Chine despotique…

Par la suite on s’habitue aux mots (maux)… Confinement, Déconfinement, Reconfinement… quoi encore !

Ailleurs, dans certaines zones du monde, par exemple en Afrique , ça se suit entre l’aléatoire, le fatalisme et les petites imitations mal inspirées.

– KS pour le BLOG