« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ».
« Une civilisation qui choisit de fermer les yeux sur ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation éteinte ».
Aimé CESAIRE, « Discours sur le colonialisme ».
Le récurent débat sur la notion de « féodalité » dans notre société mauritanienne impose aux gens honnêtes d’en faire le leur. Il ne s’agit pas ici de questionner son actualité, ni sa pertinence, mais les moyens de son intelligence et de sa compréhension. L’enjeu pour moi ici, est de tenter modestement de replacer la question au centre d’un débat serein et dépassionné, loin de l’invective facile et du sauve-qui-peut archaïque et réactionnaire qui caractérisent bien souvent certaines postures sur la défensive. L’ensemble rendant les échanges sur les réseaux sociaux parfois inaudibles en raison du dialogue parallèle ainsi instauré. Il me semble que l’avenir de nos enfants, car c’est de lui qu’il est question au final, mérite mieux. Essayons donc de comprendre dans quoi nous sommes pris dans ce débat.
Je n’ai évidemment pas la prétention de commettre une réflexion anthropologique exhaustive sur la féodalité en société mauritanienne. Un regard qui se veut lucide sur cette question dans le groupe sociolinguistique Peul auquel j’appartiens suffirait déjà à sa peine…Il n’empêche cependant qu’un propos préliminaire sur la nature conservatrice du pays qui est le nôtre, et par conséquent sur le détournement de l’Etat moderne qu’elle occasionne, autoriserait des ouvertures de fenêtres sur ce qui se passe chez les voisins. Il se trouve effectivement, que notre pays se caractérise par le fait que très tôt, les pôles de décision traditionnels (chefferies, tribus, castes dites nobles, etc.), ont investi les structures de l’état, figeant ainsi dans une forme de conservatisme cette institution qui était peut-être la seule à avoir vocation à impulser efficacement les politiques nécessaires à la transformation sociale et à la lutte contre les archaïsmes de nos sociétés rurales. Et c’est à ce niveau que la féodalité, au sens où on pouvait l’entendre dans le moyen-âge européen (pouvoir territorialisé de seigneurs contrôlant des fiefs), peut s’entendre en République Islamique de Mauritanie. Non pas que nous aurions en Mauritanie des seigneurs et des fiefs, mais bien davantage dans la tension permanente entre état moderne et pouvoirs traditionnels. La persistance d’une forme d’aristocratie au sein même de la gouvernance étatique a forcément pour conséquence d’affaiblir celle-ci et de retarder l’émergence d’une citoyenneté unique pourtant seul gage de l’égalité. Car l’émergence du citoyen fait renaître la loi face à la coutume. Et la loi est en principe seule garante de l’égalité citoyenne qui n’établit en définitive de verticalité que vis-à-vis de l’Etat. Mais tout cela fut hélas jusque-là un enjeu insuffisamment porté.
Ni les discours aux relents « progressistes » de nos dirigeants, encore moins les incantations de certains de nos théoriciens du grand soir, n’ont suffi à bousculer sérieusement les déterminismes sociaux, les réflexes de stigmatisation et les crispations culturelles et mentales qui nous habitent tous. Et cela, parce qu’entre le discours de tribune bien souvent produit par mimétisme et fidélité à des idéologies (voire à des « idoles ») occidentales, et l’attitude à tenir en toutes circonstances en société, il y a un gouffre que l’on se pardonne assez facilement en Mauritanie par schizophrénie.
Et ce conservatisme banalisé par tous, quand il n’est pas sciemment entretenu par tous, n’aide naturellement pas à l’émergence d’un vrai débat autocritique sur nos sociétés et leurs archaïsmes. Il n’y a guère que les coups de boutoir des victimes de ces archaïsmes pour obliger nombre d’entre nous à ouvrir les yeux aujourd’hui. La société Peul de Mauritanie n’échappera pas à un nécessaire examen de conscience ; car son histoire cache bien des cadavres dans le placard. Sa stratification actuelle qui est le produit de cette histoire, se retrouve dans la centralité même du débat.
Initiatives News – Les départs contraints ou « volontaires » de nombreux chefs d’États africains tels, entre autres, Robert Mugabe, Blaise Compaoré, Yahya Jammeh, Josoph Kabila, le renoncement au troisième mandat du général Mohamed Ould Abdel Aziz, la démission du président algérien Abdelaziz Bouteflika et la chute du dirigeant soudanais Omar El-Béchir me font espérer que tôt ou tard le cumul des mandats cessera et que la vraie démocratie arrivera en Afrique, même s’il reste encore un long chemin à parcourir.
Accordons-nous le temps et patientons tout simplement ! Car comme le dit ce proverbe africain : « C’est en supportant les piqûres des abeilles qu’on récolte le miel ». Le recours à la violence, notamment par l’utilisation forcenée des armes n’est plus une solution.
Tout doit se jouer dans les urnes tant pour les scrutins présidentiels, municipaux que législatifs, et ce quelles que soient les erreurs ou les fraudes : absence de représentants de bureaux des camps adverses, suppression de certains noms et numéros sur les listes de votants, ou encore suspension du vote pour les électeurs en faveur des candidats d’opposition.
Les considérations ethniques, claniques et statutaires quant à elles, doivent être non seulement révolues, mais aussi bannies, surtout au XXIe siècle. De même, il est temps de tourner le dos au « hold-up électoral ».
Le vainqueur doit être indubitablement celui qui a remporté plus des voix. Peu importe son origine ! Je suis écœuré par l’accaparement du pouvoir par certains dirigeants d’Afrique francophone, anglophone et arabophone.
Ces soi-disant démocrates, rédempteurs, gentilshommes et vénérables maîtres, en majorité militaires, se targuent davantage de leurs pouvoirs autocratiques, s’autorisant à briguer plusieurs mandats électifs bien que la Constitution de leurs pays ne le leur permette pas.
Après les pays tels que le Zimbabwe, le Burkina Faso, le Gabon, le Tchad, le Cameroun, une nouvelle retouche constitutionnelle est entrain d’être amorcée sur le territoire africain.
Les idées le plus couramment avancées pour justifier cette mesure sont immuables : le besoin de stabilité, la nécessité de poursuivre une œuvre inachevée, la réalisation d’un projet délaissé, la protection d’intérêt public et la réponse à une sollicitation populaire.
C’est le cas en Guinée, en Côte d’Ivoire… Car pendant que l’opposition proteste, les chefs suprêmes de ces pays continuent à briser les verrous constitutionnels.
Ismail Traoré
Étudiant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges / France
Il a eu le mérite de traiter les souffrances des populations noires en Mauritanie et a fait feu à volonté sur l’oppresseur commun: l’État dirigé par une minorité dont la majorité est d’origine arabo-berbère. Cela rappelle le moule initial de l’auteur: Action pour le Changement (AC) dont les dirigeants étaient messieurs : Messaoud Ould Boulkheir, Ibrahima Mokhtar Sarr, Ladji Traoré, Diawara Gagny, etc…, ses modèles politiques.
Ses aînés, précités,ont pris de l’âge , mais ont semé beaucoup de bonnes graines et Ciré en est une.
Ceux qui ont lu son document savent que sa motivation est d’ÉVITER d’enflammer les esprits malveillants, les va-t-en guerre…. et il fait des propositions de formes d’organisation politique (Autonomie, fédération ). C’est uniquement en cas d’échec de la fédération qu’il évoque la solution à deux États séparés, sans effusion de sang.
Sans me prononcer sur la partition graduelle, dont la finalité évidente est le partage du pouvoir et des richesses du pays, je pense que la situation actuelle est très préoccupante et demande un sursaut en urgence d’une JUSTICE SOCIALE, TOUT DE SUITE. Sinon aucun plan de paix ou de prévention de conflits n’empêchera la vague déferlante des discriminés et des exclus d’emporter au loin ce système endémique d’exploitation…
L’écrit de Ciré a eu le mérite de relancer le débat sur l’existence même de ce pays menacé par tous les fléaux de la mal gouvernance, des disparités territoriales , du racisme, et de l’exclusion de populations laborieuses, dont les Haratine…
Et, certains n’ont retenu « que la séparation du Nord et du Sud… » « ou des référendums à l’issue incertaine… »
A mon humble avis, je ne pense pas que les Haratine aient l’autodétermination comme revendication. Il est utile de rappeler que les Haratine sont installés sur tout le territoire de la Mauritanie. Ils constituent l’immense majorités de ce pays, soit plus de 50 % de ses citoyens, et sont localisés dans les zones s’étendant de Fassala Néré au Hodh el Gharbi à N’Diago ( Trarza) au bord de l’Océan Atlantique et, du Tiris Zemmour à l’Adrar, au Tagant, du Brakna, au Guidimakha et à l’Assaba. Les Haratine demandent avec une insistante fermeté une citoyenneté à part entière avec une participation effective à la gestion et à la gouvernance du pays , sans les promus, les pistonnés, ceux qui ne représentent qu’eux-mêmes et autres béni oui oui …
Le débat, d’aujourd’hui, est pour le projet du vivre ensemble de touTEs les MauritanienNEs. Il ne doit être défini par des partitions, des scissions, des exclusions… , mais par son devenir, qu’il faut, ensemble, reconstruire pour ancrer notre pays dans un espace apaisé géostratégique Africain.
UFP – L’Union des Forces de Progrès (UFP) a appris, ce mercredi 16 décembre, le décès à Tunis du camarade Ladji Yatera. En cette douloureuse circonstance, le parti présente ses condoléances les plus attristées à sa famille et à l’ensemble de ses proches.
Ainsi, Le camarade Ladji Yatera s’en est allé après une vie entière consacrée à la lutte pour l’indépendance véritable de son pays, pour la justice sociale et pour l’émancipation des couches sociales opprimées.
Son engagement politique remonte au début des années 70 dans le mouvement scolaire mauritanien en pleine ébullition où sa détermination et son courage avaient été vite remarqués.
Fervent militant du Mouvement National Démocratique (MND), Ladji Yatera, comme beaucoup de jeunes nouakchottois de l’époque, était membre de l’Association Démocratique de la Jeunesse de Nouakchott (ADJN), une organisation du MND et menait dans ce cadre des activités sur le front culturel pour, entre autres, propager les idées progressistes et alphabétiser les masses en langues nationales… Après la liquidation du MND en 1975, le camarade Ladji fit partie de ceux qui ne baissèrent pas les bras. Il participa avec d’autres militants à la grande « aventure » pour la reconstruction de ce mouvement qui a marqué et marque encore l’histoire politique de notre pays.
Depuis cette date, le camarade Ladji était de toutes les batailles pour faire triompher la démocratie et favoriser le progrès de notre pays. L’UFP témoigne de son apport à la lutte de notre peuple et rend un hommage vibrant à ce compagnon de lutte pour les sacrifices qu’il a consentis.
Tout observateur des inconstances et aléas de la politique en Mauritanie, finit par constater le triomphe, sans gloire du nomadisme, cet instinct de survie sur une terre, où les pouvoirs connaissent des mutations comparables aux fluctuations du climat. Le même spectateur discernera que l’opportunité a été offerte, au président de la République Mohamed Mohamd Cheikh Alghazouani et son gouvernement, de franchir des pas décisifs vers une voie de salut, autre que les errements, hasardeux, en vigueur depuis des décennies.
Pourtant, plusieurs facteurs d’insécurité – dont les moindres ne sont la résistance des forces du changement, ni leur popularité, encore moins le délitement des équilibres vitaux, sous le coup de la médiocratie, du népotisme et de l’impunité ethno-tribale – contribuent à l’urgence d’une révision des politiques publiques. La gravité de la situation globale en Mauritanie affecte presque la totalité des chapitres de la gouvernance et, de ce fait même, dicte des mesures de riposte à l’équivalent d’une catastrophe naturelle. Les principaux obstacles à surmonter relèvent du faible niveau de réflexion stratégique des dirigeants mais aussi de leur degré d’enfermement dans les logiques de clientélisme, que caractérise, en premier, l’aversion aux idéaux d’égalité. Evoluant dans un vase clos de repli sur soi et de ruses d’au jour le jour, la caste des gouvernements par déçoit autant qu’elle tâtonne, en quête de légitimités mensuelles ou de bricolages d’une stabilité sans projet ni rêve.
Ce sentiment partagé à grande échelle parmi les protagonistes de la crise, en dépit de leurs différences d’appréciation, a nourri l’ambition d’un consensus en vue d’entamer une délibération collective, selon les critères de l’inclusion, de la bonne volonté et de l’imagination au service de l’audace. Or, il semble – compte-tenu des informations en provenance des cercles mitoyens du centre de décision – que le bloc de la conservation, de la fraude, du déni et du fait accompli, manœuvre, manifestement, à contre-courant des intentions du Président de la république. Ainsi, ces éminences de l’ombre s’emploient-elles à polluer l’atmosphère de quiétude héritée de l’alternance au sommet de l’Etat et de l’esprit d’ouverture du nouveau président de la République, car elles estiment celle-ci acquise, en vertu d’une lecture infantile du rapport des forces. Les officines réactionnaires, à mi-chemin de la dissimulation et de l’obscurantisme, privilégient des représentations et des modes d’action à visée chauvines, afin de retarder les réformes, du moins les vider de leur substance. L’étroitesse de tels calculs tient de leur connexion, sur mesure, à des intérêts égoïstes et de terme très court. L’erreur consiste, ici, à diriger un pays suivant la dictée d’arrangements triviaux, avec, chacun, sa part de confusion, d’ambiguïté, voire d’indifférence à la critique. L’ouverture et les consultations revendiquées dans le discours officiel restent du domaine de l’affichage, pour ne pas dire de la duplicité.
Aussi, nous, agissant au nom du courant national, social et populaire, représenté par le Parti de la Réforme et de l’Action Globale (Rag- aile politique de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)) – et au sein de cette dernière :
tenons à informer, l’opinion, des indices de régression que nous percevons et d’où jaillit notre inquiétude quant au devenir de la paix civile ;
disons notre indisponibilité à verser dans l’amateurisme des tentatives d’ententes artisanales auxquelles préside la volonté d’exclure certains acteurs et de flatter la vanité d’autres ;
rappelons combien la cohésion sociale, dans n’importe quelle société, demeure tributaire d’un contrat assurant, à ses membres, la liberté, la dignité et l’équité, sous l’égide du droit et non au titre de faveurs;
réitérons notre engagement à servir l’émergence de l’autre Mauritanie, celle jusqu’ici maintenue aux marges ; grâce à la pratique du dialogue, de la franchise et des résolutions écrites, nous aspirons à un consensus autour de la vérité et de la justice.
ne participerions à la mise en œuvre des formules habituelles d’occultation et de vernis qu’impose le souci de perpétuer la domination, au lieu de la déconstruire.
renouvelons le vœu de voir l’année 2021, constituer le rendez-vous de la rupture salutaire, après le temps perdu à couvrir le crime, blanchir ses auteurs et consacrer l’oubli.
reformulons notre impatience de participer, sans contrepartie, au relèvement national, sous le signe de l’intégrité, de la compétence et du mérite, loin du ménagement des anciennes préséances, notamment de langue, de naissance et de notoriété religieuse.
Adressons le présent message, à l’ensemble de nos compatriotes, avec une attention insigne, au Président de la république.
Si RFI se mettait à diffuser dans nos langues pour nous jusqu’à dans nos terroirs en Afrique, rien que son label déjà « célèbre » historiquement chez nous, nos radios nationales et communautaires prendront des rudes coups certainement. Les appli remplacent les transistors, et le flux d’informations potentiellement accessibles à tout porteur d’un smartphone.
C’est presque fatalement acté, ce que certaines masses africaines apprennent de la voix de RFI ne peut être contrebalancé aisément par une autre antenne surtout trop familière et sous un certain contrôle et une censure par nos services étatiques . L’officialité et le crédit d’une information dépend beaucoup du canal diffuseur que d’un recul « alerte » du fond pour le grand public. Quand on dit à un sahélien lettré moyen dans nos contrées, qu’une nouvelle est sortie par RFI même, cela porte beaucoup dans l’édification d’une opinion. Et aujourd’hui à l’entendre dans nos langues maternelles, ainsi le filtre de la barrière « langue » est banni pour les masses illettrées.
Je me rappelle d’un certain 8 juin 2003, quand les Dababat (les Chars du Bataillon de Blindés) faisaient trébucher le régime de Taya durant quelques heures, tout près des événements à Nouakchott , on restait scotchés à RFI en comptant savoir ce qui s’était entrain de se passer. On savait que les données diffusées par la radio Mauritanie et la TVM sont douteuses ou même falsifiées.
Le Premier ministre, M. Mohamed Ould Bilal Messoud, a renouvelé mercredi la détermination du gouvernement à lutter contre le phénomène de la corruption, en application des engagements de Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Le Premier ministre a fait cette déclaration lors d’un tweet à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption.
Voici le texte de ce tweet:
« À l’occasion de l’anniversaire de la Journée internationale de la lutte contre la corruption, le 9 décembre, nous renouvelons notre entière détermination, en application des engagements de Son Excellence le Président de la République, à lutter contre ce phénomène dans toutes ses manifestations, à lutter contre la corruption à tous les niveaux, à dynamiser et renforcer tous les mécanismes de contrôle et d’inspection, et à appliquer les lois et les sanctions y afférentes dans le cadre de la souveraineté de la loi.«
Le Mouvement Abolitionniste Ira-M et son aile politique Rag avaient programmé des missions de sensibilisation, de mobilisation, de formation citoyenne et d’information sur toute l’étendue de nos Wilayas. Ce programme devait être lancé le 15 décembre 2020 à partir de la Wilaya du Guidimagha; mais considérant l’ampleur de la réapparition du Corona et les mesures prises par le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation qui, par arrêté No 0001080 du 03/12/2020/ MIDEC instituant des mesures particulières relatives à la lutte contre la pandémie du COVID-19, vient en son article 3, D’INTERDIRE TOUTES LES FORMES D’ATTROUPEMENT ET RÉUNIONS PUBLIQUES . En conséquence, compte tenu de l’intérêt supérieur que les deux formations Ira-M et Rag accordent à la bonne santé et à la vie de nos citoyens, il est porté à la connaissance de tous que la mission au Guidimagha prévue à partir du 15/12/2020 est reportée jusqu’à ce que les conditions le permettront.
Le 12 mars 2007 la CENI annoncait pour la première fois la tenue d’un 2ème tour qui opposait le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallah (SIDIOCA) à Ahmed Ould Daddah de l´UFD/Ère nouvelle. Deux jours plus tard et plus précisement le 14 mars 2007 qui coincidait avec le 24ème anniversaire de notre mouvement les Flam je recois un appel de la Mauritanie et j’entendais au bout du fil une voix suave et chaleureuse qui ne m’était pas familière. Après les salutations d´usage et amabilités, Je demandai à qui avais- je l´honneur et il me répondit calmement : C´est Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Je réponds en pulaar : « Bismilla ma monsieur le président », entendez au nom de Dieu soyez le bienvenu monsieur le président!
Sans tarder il m´exposa l´objet de son appel et me dit que dans son programme il a un volet prioritaire qui lui tenait à coeur à savoir l´unité nationale et la résolution de l´épineuse question nationale et pour cela il pensait qu´il ne pouvait régler ce probleme sans parler avec les concernés et surtout ceux qui ont fait de cette question leur cheval de bataille. C´est pourquoi il tenait à aborder le problème directement avec les FLAM, qui ont payé cher, par leur engagement, pour la résolution de cette question.
Je saluai l´initiative que je trouvais assez courageuse et patriotique. Je revins largement sur notre lutte, nos revendications tout en soulignant que nous avions des réserves par rapport au processus démocratique entamé par les militaires du CMJD, mais que nous ne pouvions qu´apprécier sa démarche et son honnetêté intellectuelle. Il me dit que son initiative n´était pas pour chercher un soutien électoral mais surtout pour connaitre notre revendication et nos propositions de solution et il promet de nous contacter à nouveau une fois élu pour montrer sa bonne foi. Il m´avoua qu´il était choqué par ce qui s´est passé pendant les années de braise et qu´il ne pouvait cautionner une politique à fondement racial en Mauritanie parce qu´il a dans sa propre famille des frères métisses donc des négro-mauritaniens et en plus il a une relation particulière et séculaire avec la communauté noire de Mauritanie et du Sénégal à travers la confrèrie Niassène dont il est un fervent disciple. Je saluais sa disponibilité à discuter et à trouver des solutions avec nous. Je lui proposais de le mettre en contact avec notre camarade Samba Thiam président de notre mouvement pour continuer l´échange. Ce qu´il accepta volontiers.
Le 26 mars les résultats du 2ème tour du 25 mars 2007 tombent Sidioca est élu président de la Mauritanie avec plus de 53% du suffrage exprimé. Le 27 mars j´appelle le président élu pour le féliciter de sa victoire. Sidioca me réitère son engagement et me met en contact avec quelques membres de son cabinet, pour leur soumettre notre document et nos propositions avant son investiture qui était prévue le 19 avril 2007. Dans la même journée j´accorde deux interviews aux journalistes Olivier Roger de Rfi et Idrissa Fall de la Voix d´Amérique pour exprimer nos attentes auprès du nouveau régime. Quelques jours après je lui envoie notre plate-forme pour une Mauritanie réconcilée.
Le 29 juin 2007 le président Sidi Ould Cheikh Abdallah adressa un message solennel au peuple mauritanien dans lequel il s´engageait à prendre en charge les problèmes liés à l’Unité nationale et à l´esclavage, à réconcilier les Mauritaniens entre eux, et à panser les plaies ouvertes des douloureux évènements du passé. Ce discours répondait en partie à nos préoccupations consignées dans la ”PLATE-FORME POUR L´UNITÉ NATIONALE” soumise au président de la République. Nous saluâmes cette disposition d’esprit positive du Chef de l’Etat dans une déclaration de presse publiée le 30 juin 2007, qui, non seulement assume pour la première fois dans notre histoire au nom de l´Etat mauritanien les violations massives des droits humains commises contre une partie de nos populations, mais surtout s’engage à les réparer.
Pour nous, le retour organisé sous l’égide du HCR de nos compatriotes déportés suivi de leur rétablissement dans tous leurs droits, le réglement juste et équitable du génocide ainsi que l’engagement à éradiquer toutes les formes d’esclavage représentent un préalable important à la décrispation du climat social nécessaire pour la réconciliation nationale. C’est une avancée notable vers l’instauration des conditions du dialogue interne, franc et sans exclusive, sur le problème politique de fond devant poser les bases de notre unité. Ainsi donc le dialogue est entamé avec les nouvelles autorités. Le président Sidi prévoit d´envoyer une mission inter-ministérielle au Sénégal pour préparer le retour organisé des déportés il nous contacte à nouveau, nous les mettons en relation avec nos camarades responsables des réfugiés au Sénégal pour préparer la tournée ministérielle dans les camps des déportés de la vallée. Ces échanges seront maintenus et couronnés par la rencontre historique à New-York entre le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi président de la république islamique de Mauritanie et le président des Forces de libération africaines de Mauritanie Mr Samba Thiam en compagnie du camarade Mamadou Barry Secrétaire général des Flam-Amérique, en marge du sommet annuel des nations unies le 26 septembre 2007. C´est ainsi qu´il nous invita à un retour au pays après plus de 24 ans d´exil et de bannissement pour aider à poser la question et à mobiliser la classe politique autour de la question nationale et sociale.
Sans tarder il passa à l´acte et organisa le premier retour des déportés à la terre natale. Un espoir renait mais les démons de la division se réveillèrent. Les idéologues du Système ethno-génocidaire et autres partisans de l´idéologie raciste, sortirent la grande batterie avec des articles au vitriol sur la toile contre Sidi et certains n´hésiteront même pas à parler du ”retour organisé des Sénégalais”, de ”l´envahissement et repeuplement de la Mauritanie par des étrangers” et du complot des Flam contre l´angélique Mauritanie! Nous réagissons à cette campagne par un article sur CRIDEM et FLAMNET signé le 16 juillet 2007 intitulé : ”Ces Flam qui dérangent les forces du mal”. Cette campagne malveillante orchestrée finira par le putsch des généraux et la destitution du président Sidioca au mois d´août 2008. Arrestaion, emprisonnement et mise en résidence surveillée du premier président élu démocratiquement de la Mauritanie à Lemden son village natal. Le peuple mauritanien s´opposa avec véhémence au putsch à travers le FNDD et les forces politiques en exil. Des manifestations seront sévérement réprimées à l´intérieur et fortes mobilisations à l´extérieur. Le putsch sera malheureusement entériné par les fameux accords de Dakar avec ses pièges et zones d´ombre. Ainsi donc, retour à la case de départ de juillet 1978, fermeture de la courte page civile et maintien des militaires au pouvoir à travers une élection dont l´issue était connue d´avance. Avec la pression internationale le président est libéré. Je l´appellai; il me salua chaleureusement avec ces mots qui résonnent toujours en moi : « Kaaw, pendant ce putsch, de tous les soutiens, c´est le vôtre qui m’est le plus allé droit au coeur et que je n´oublierai jamais. Vous pouviez dire que vous n´êtiez pas de mon gouvernement, ni de ma majorité comme certains opposants qui ont soutenu le putsch, mais vous avez défendu des principes et des valeurs de justice. Je n´oublie pas votre patriotisme, pendant ma présidence, nous étions en contact permanent mais vous ne m´avez jamais posé des problèmes personnels seulement l´intérêt national contrairement à mes parents où chacun essayait de caser un fils ou un parent. Vous-êtes des vrais et dignes patriotes ! ».
En moins de 15 mois Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui était considéré par certains comme « le candidat du Système » s´est révélé être comme l´homme anti-Système; il suscita beaucoup d´espoir auprès des exclus et opprimés et essaya de résoudre l´épineuse question de la cohabitation qui demeure toujours actuelle après son éviction. Il a montré qu´avec la volonté on peut réconcilier les Mauritaniens malgré la profonde déchirure. L´histoire retiendra de cet homme comme étant un homme de paix, pieux, humble, désintéressé, franc, direct et attaché à l´unité du peuple mauritanien. Il fut un homme de Dieu, de foi profonde qui acheve son parcours de président en simple Imam de croyants dans son village, en toute humilité. Mes condoléances les plus attristées au peuple mauritanien dans son ensemble, à la Oumma islamique, à sa famille, à sa fille adorée – ma complice-, ma soeur de coeur Amal. Adieu Sidi et paix éternelle à votre âme « mister president », le seul élu démocratiquement et réellement dans l´histoire politique de la Mauritanie. Sidi est parti mais la lutte continue pour une Mauritanie plus juste, non raciale, égalitaire et réconciliée.
À la veille du 28 novembre 2020, Initiative de Résurgence Abolitionniste de Mauritanie (Ira-M), a souhaité, par la voix de son président, député à l’Assemblée Nationale et deux fois de suite classé deuxième aux élections présidentielles en Mauritanie, lauréat de plusieurs distinctions et prix internationaux prestigieux dont le Prix des Droits de l’Homme des Nations-Unies en 2013, avait pointé du doigt les grandes injustices structurelles qui empoisonnent la vie intercommunautaire, mais aussi les relations entre les gouvernés d’une part et ceux qui gouvernent d’autre part. Il s’agit, entre autres grands thèmes, de la question des assassinats collectifs et à caractère ethnique qui ont endeuillé le pays pendant les années 80-90. Le président Biram Dah Abeid avait souhaité dans son message pour cette grande occasion du 60ème anniversaire de l’accession de la Mauritanie à la souveraineté, que l’apaisement et l’ouverture inaugurés et en cours depuis l’accession du président Mohamed Cheikh El Ghazouani, puissent englober et prendre en charge cette question primordiale, dangereuse et lancinante, portée par les ayant-droits des victimes, les rescapés, les exilés mauritaniens ou les organisations et courants de revendications. Mais hélas, notre stupéfaction est grande quand les forces de l’ordre ont réprimé les manifestantes et manifestants pacifiques et en ont arrêté et privé de liberté depuis 24h, plus de 28 personnes. Ces graves violations du droit des veuves, orphelins, sœurs et/ou mères des personnes disparues à réclamer la vérité et la justice, s’ajoutent la violation du droit à l’éducation des jeunes bacheliers mauritaniens, privés d’universités, réprimés et embastillés et deux d’entre eux (Izidbih Jaavar et Abdel Ghader)croupissent dans les cachots de police depuis plusieurs jours ; Ira-M réitère son engagement fort et indéfectible avec tout citoyen et/ou toutes catégories de citoyens, visés ou ostracisés dans un ou plusieurs de ses droits; Soutien les ayant droits des victimes de la tentative d’épuration ethnique, les rescapés ainsi que les associations civiles et organisations politiques qui militent pour la vérité, la justice, la réparation et la mémoire, concernant cette tragédie nationale à effets encore vivants et traumatisants; Soutien les revendications des étudiants mauritaniens aspirants à une éducation et à un avenir digne dans leurs actions et manifestations pacifiques visant à faire entendre leurs voix à qui de droit; Ira-M exige la libération sans conditions de tous les détenus; Ira-M exige la reconnaissance effective du droit à manifester pour tous les citoyens; Ira-M exige l’inclusion de toutes les questions structurelles comme celle des disparitions forcées et les questions conjoncturelles comme celle de l’accès de tous les bacheliers à l’université, dans la dynamique de pacification, d’apaisement et d’ouverture du président de la République Mohamed Cheikh El Ghazouani.
Nouakchott, 29 novembre 2020
La liste des manifestants et manifestantes détenus depuis hier dans les cachots de la police de Nouakchott :
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