Interview/ Birame Dah Abeid, Président du mouvement IRA et député au Parlement: « La Mauritanie a changé… »

« J’ai abordé ces questions avec le président de la République et notamment l’exclusion continue des franges de la population d’ascendance africaine et d’origine servile. Celle-ci dénote de la dérive injuste, sectaire du pouvoir depuis plusieurs décennies, une situation qu’il faudrait corriger car elle menace la paix civile, l’unité nationale et la pérennité de l’Etat mauritanien. »

Au sortir d’une audience accordée par le président de la République Mohamed Ould Cheikh Ghazwani le 28 août dernier vous avez déclaré à l’occasion d’une conférence de presse que la Mauritanie a changée depuis l’alternance de 2019 ? Qu’est ce qui vous pousse à dire cela ?

Birame Ddh Abeid (BDA) : Effectivement, tel est le cas. En effet, le changement en Mauritanie que j’ai évoqué dans ma dernière conférence de presse se vérifie d’abord par la décrispation du climat politique, le dégel intervenu entre l’opposition et le nouveau Chef de l’Etat. Lui-même a pris l’initiative de retisser le fil du dialogue, d’engager des rencontres d’échanges avec la classe politique y compris de toute obédience.

Nous avons ainsi tourné la page de l’invective, des insultes et des accusations que son prédécesseur distribuait à l’endroit de ses opposants, sans aucune retenue.
Je note également la levée des poursuites judiciaires, indument engagées contre des opposants et des personnes supposées proches d’eux.

Il y a lieu de noter, également, l’ouverture des média publics, à l’opinion dissidente ; Aujourd’hui nous y avons accès et pouvons y dérouler nos messages. Leur accès nous était étaient interdit, jusqu’à une date récente.

Une avancée mérite mention, en somme, la volonté par le Président de la République, de respecter la séparation des pouvoirs, d’où la marche acceptable de la Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) et les prémisses d’une enquête judiciaire autour de son rapport sur la gabegie de la décennie écoulée.

J’ajoute, à la liste, la respectabilité accrue des élus du peuple, naguère humiliés, vilipendés et torturés par l’ancien pouvoir et ses acolytes ; à présent, ils peuvent jouer leur rôle en tant que superviseurs du travail de l’Exécutif, des dépenses des deniers publics et du respect de l’Etat de droit. Et dans le cadre de cette mission, ils sont reçus, avec tous les égards au sein des départements ministériels. Je pense qu’il s’agit, là, d’un début de changement, d’ailleurs inédit et inespéré, qui nous permet de transmettre la flamme de l’espoir à nos populations quand elles luttent pour une rupture pacifique en Mauritanie.

Au cours de votre audience avec le président Ghazwani vous avez parlé des inégalités et de l’exclusion. Pouvez-vous nous en dire plus ?

BDA : J’ai abordé ces questions avec le président de la République et notamment l’exclusion continue des franges de la population d’ascendance africaine et d’origine servile. Celle-ci dénote de la dérive injuste, sectaire du pouvoir depuis plusieurs décennies, une situation qu’il faudrait corriger car elle menace la paix civile, l’unité nationale et la pérennité de l’Etat mauritanien. En effet, il est inconcevable et dangereux que les différents corps civils et militaires de l’Etat se composent d’une seule communauté. Il n’est pas plus acceptable que les richesses du pays et le pouvoir politique restent circonscrits entre les mains du pré-carré de quartiers résidentiels et administratifs de la capitale, allant du Carrefour Madrid et englobant Tevrak Zeina, Soukouk et le Ksar Nord. En effet, ce sont les résidents de cette infime portion du territoire de Nouakchott qui dirigent la Mauritanie dans tous ses leviers de commandements, dépensent ses richesses, se distribuant les terres, les licences de pêche, les mines, les banques, l’aide financière extérieure, le personnel du corps diplomatique ; ceux qui vivent ailleurs, notamment les quartiers périphériques populeux et les campagnes de l’intérieur du pays, continuent d’éxpérimenter les affres de la misère et de l’humiliation. D’ailleurs, si vous consultez la liste des personnalités entendues ou indexées dans le rapport de la CEP, vous noteriez la proportion écrasante des tribus maures. A lui seul, ce document témoigne, par ricochet, de l’ampleur des inégalités et discriminations dans mon pays.

Nous espérons que le président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani apportera une solution à cette carte sociopolitique et économique hideuse, afin de juguler ce genre de disparités entre cet îlot d’opulence insolent et le reste de la Mauritanie dévastée par la déscolarisation, l’absence de couverture et d’assurance santé, voire d’eau potable, le délabrement des routes et la flambée du chômage.

Avez-vous reçu des assurances au sujet de la légalisation de votre parti, le RAG ?

BDA : Oui, et elles ne sont pas nouvelles, de la part du président de la République. J’ai pu entendre que les mauritaniens bénéficieront, tous, de droits que leurs confèrent les lois et la Constitution, notamment la faculté de s’associer, de se présenter aux élections, d’élire et se faire élire.

Selon certaines sources lors de l’audience avec le président Ghazwani, ce dernier vous aurait reproché vos critiques à l’endroit de l’ex président Aziz et vous aurait demandé de rester dans le cadre de l’objet de l’audience. Qu’en est-il au juste ?


BDA : A en croire une publication du journaliste Cheikh Haidara, le Président m’aurait dit sa volonté de renoncer à un second mandat, qu’il ne serait pas intéressé par le pouvoir. Il serait dérangé par mes critiques acerbes contre son prédécesseur Aziz, ce qui l’inciterait à me demander l’objet de ma demande d’audience, etc.

Je dirais à ce propos que je connais très bien la source malsaine de cette information et de cet acharnement ; Je voudrais préciser ici que je ne suis pas tenu de livrer tout le contenu de mes entretiens avec le président de la République et ce n’est pas dans mes habitudes de le faire. Je livre, de manière précise à l’opinion publique et à mes soutiens, ce qui alimente et anime l’espoir des mauritaniens pour un avenir meilleur ; je ne partage en public que les informations positives en vue d’entretenir l’espoir et de reconstruire la cohésion de mes compatriotes, pour plus d’épanouissement, d’entente, de paix des cœurs, bien entendu sous l’égide de l’Etat de droit.

Donc, je laisse à ce piètre manipulateur éhonté le soin de propager à sa guise cette information erronée, ce qu’il caresse et appelle de ses vœux c’est-à-dire le fait de voir le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani désister de sa candidature à un second mandat en 2024. Je ne suis pas le porte parole, le porte-venin de cette personne mal intentionnée et moins encore celui du président Ghazwani. Donc, ses intentions électorales.

Quand à assainir la scène politique, c’est-à-dire les rapports partisans entre le pouvoir et l’opposition, il m’apparait bien que la réalisation de l’objectif préoccupe le Président Ghazwani. Et il est faux, archi-faux de dire que j’ai abordé le sujet de son prédécesseur, lors de mes deux rencontres avec le chef de l’Etat ; je ne l’ai fait ni en octobre dernier et encore moins ce 28 août 2020.

Je ne fais pas partie de ceux qui ont pris la poudre d’escampette et qui se sont enfuis, la peur au ventre, incapables d’affronter l’ancien président lorsqu’il s’est érigé en despote, en tyran durant ses onze dernières années de règne. Je ne fais pas partie non plus de ceux qui sont restés au pays en adoptant un profil bas ou en léchant les bottes du tyran. Moi Birame Dah Abeid, je me suis dressé la tête haute, le verbe haut et me retrouvait plus d’une fois en prison, enferré. J’ai tenu tête, dans ma demeure, la rue et hors du pays, à Mohamed Ould Abdel Aziz et cela durant plus de dix ans et j’ai passé la moitié de son règne en cellule, à intervalles réguliers. Donc ce n’est pas moi qui ai besoin de rattraper le temps, de recouvrer le courage, de racheter la témérité, de perdre ma dignité, pour m’en prendre à Aziz alors qu’il est devenu un citoyen lambda, vomi de tous, vilipendé par le premier venu, ceux qui l’adulaient, le déifiaient ou se sont enfuis jusqu’à la fin de son règne. Moi, mes comptes je les ai réglés avec Aziz lorsqu’il était encore fort et dangereux. Maintenant c’est aux fugitifs et lécheurs de bottes, c’est aux lâches de s’en prendre à Aziz.

Je souligne aussi que la source mensongère qui a induit votre confrère Cheikh Haidara en erreur fait semblant de méconnaitre une qualité commune au Président Ghazwani et moi. Par son éducation et la confiance en soi, mon interlocuteur ne commet jamais d’impolitesse, surtout pas du genre à interrompre un visiteur qu’il reçoit. C’est lui faire mauvaise presse que de lui prêter ce genre de tempérament.

Quand à moi Birame Dah Abeid, aucune personne, aucun homme ne peut tenter de m’interrompre ou de me faire taire sur aucun sujet quelconque, pour la simple raison que je suis libre et réfractaire aux ordres inadmissibles, aux normes de bienséance et au droit. Et c’est méconnaître Birame que de lui prête les tares de courtisan.
Je voudrais aussi informer davantage vos collègues et l’opinion publique que la nature de ma rencontre avec le chef de l’Etat ne peut pas être qualifiée d’une simple demande d’audience. Non. La rencontre a été longtemps travaillée, organisée, mûrie… Ses thèmes ont été décortiqués de part et d’autre avant le jour J. Et c’est l’occasion, encore une fois pour moi, de remercier vivement le Président de la République Mohamed Ould Cheikh Ghazwani.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que vous avez été un allié de l’ex président Mohamed Ould Abdel Aziz ?

BDA : Je vous pose une question : Mon alliance avec Aziz se manifeste en quoi ? Ce n’est là que le recours des lâches, incapables de tenir tête à Ould Abdel Aziz. Ce sont ces lâches qui tentent de se dédouaner vis-à-vis de la performance de Birame Dah Abeid et du mouvement IRA. Cette notoriété a été gagnée de haute lutte, grâce à de gros sacrifices. Leur lâcheté ne leur permet pas d’aller aussi loin que nous et c’est pourquoi ils sont obligés de se rabattre sur des ragots. Il faut plutôt me dire que le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) a été l’allié de Aziz qu’il a soutenu au lendemain du coup d’Etat contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Là je dirai oui.

Le parti Hatem a été l’allié de Aziz, parce que certains de ses membres avaient été cooptés dans son gouvernement après le putsch de 2008.
Tawassoul a été l’allié de Aziz. Cette coalition s’est manifestée pendant les éléctions sénatoriales, avec une présentation de listes communes entre ce parti et l’Union Pour la République (UPR).

Par ailleurs, je peux comprendre que les opposants de Aziz aient été ses alliés. Ils n’ont pas été envoyés en prison comme Birame, lui, embastillé jusqu’à la dernière année de Aziz au pouvoir. En plus, ils sont restés fonctionnaires. Ils ont continué à percevoir les salaires et n’ont pas été congédiés de leur travail par Aziz, comme Birame. Ces opposants, Aziz leur réglait leurs soins contrairement à Birame. Ceux qui pourvoyaient aux miens, ils se connaissent et peuvent témoigner.

Donc, l’on pourrait dire à la rigueur que les partis d’opposition, les ONG de la Société Civile étaient des alliés de Aziz car il les a légalisés ou leur a permis de continuer à exister. Birame a été privé par Aziz de récépissés, pour l’ONG IRA et le parti RAG. Tous ces gens, je peux dire qu’ils sont les alliés de Aziz car leurs rassemblements et leurs manifestations n’étaient pas réprimés durant le règne de Aziz, à l’inverse des militants du mouvement IRA, confrontés à la répression et à la torture.

Et puis ces opposants n’ont pas été diabolisés sous Aziz comme Birame l’a été par le biais de la diplomatie, des mosquées et des partis fantoches. Ce ne sont pas les opposants de Aziz dont les pieds de leurs épouses et de leurs enfants furent fracturés mais c’étaient Birame et les siens. Donc comment pourrait se manifester mon alliance avec Aziz ? La violence contre ma famille ? La répression de mes camarades? Mon emprisonnement, ma torture et la torture de mes amis ? L’interdiction de notre ONG et de notre parti ? Notre diabolisation dans les mosquées, les média, les milieux diplomatiques ? La confiscation de mon salaire durant tout le règne de Aziz ?
L’alliance dont il est question révèle plutôt notre action, manifestée par des faits incontestables et connus de tous. Nous avons opté pour une action frontale et nous avons tenu le discours le plus dur qui se résumait à une dénonciation systématique et sans complaisance du régime de Aziz aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cette dénonciation a usé de tous les canaux disponibles (presse, réseaux sociaux, forums internationaux…) Notre discours était celui qui présentait le minimum de concessions à Aziz alors que l’opposition d’alors accompagnait Aziz dans sa diabolisation de Birame et de notre formation interdire, Radical pour une Action Globale (RAG). Je me demande encore en quoi pourrait se matérialiser cette alliance ? Il faut un élément concret. Pendant les deux dernières élections présidentielles (2014 et 2019) j’ai été le candidat le plus combattu par Aziz. Tous les candidats ont bénéficié des signatures des maires et des conseillers du parti au pouvoir. J’en ai bénéficié aussi comme Mohamed Ould Mouloud, Kane Hamidou Baba et d’autres. La liste est longue.

Peut-être que cette prétendue proximité se manifesterait par le fait que Aziz m’a emprisonné à la veille des dernières élections, ce qui m’a pas empêché de gagner des communes et une forte minorité de députés et des conseillers régionaux. Si le fait de m’emprisonner pour m’empêcher de concurrencer les riches, constitue une preuve de l’alliance, quel bénéfice en ai-je tiré, à la fin? Peut-être que la CEP et la police des crimes économiques, les tribunaux seraient bien inspirés d’ouvrir un dossier pour faire apparaître les montants que Aziz m’aurait versé, en contrepartie de mes longues périodes d’emprisonnement, mes amis de l’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA)et moi, en dédommagement de la violence que ma famille, mes militants et moi avons subi ; en contrepartie des dénigrements que j’ai subi à l’intérieur et à l’extérieur. Le montant pourrait alors s’élever à des sommes faramineuses. La CEP et la police des crimes économiques sont tenues de ne pas occulter ces fonds astronomiques. Et combien alors Aziz aurait-il accordé à ces dizaines de milliers de personnes qui ont joué du théâtre à son service ? Quel était le mode de paiement de ces foules qui soutenaient Birame? Comment tous ces militants ont pu signer leurs contrats ? Et qui sont les autres acteurs de l’orchestre du théâtre décennal que Birame Dah Abeid aurait joué avec Aziz ?

Je vous rappelle que les jury qui ont décerné des prix et des médailles à Birame Dah Abeid sont entre autres ceux des Nations Unies, de Front Line Defender, de Weimar, du Département d’Etat Américain, du ministère Hollandais des Affaires Etrangères (Prix Tulipe), du prix Martin Luther King, de l’université de Louvain en Belgique pour l’octroi du doctorat Honoris Causa, du Times Magazine en 2017 pour les cent personnes les plus influentes du monde. Toujours en 2017, le Jury du Magazine africain et de Jeune Afrique m’ont retenu pour mon classement parmi les quinze africains les plus influents du continent. Et en février 2020, je rappelle l’octroi du Prix Courage à Genève, au titre de la défense des Droits de l’Homme.

Tous ces jurys aguerris avec leurs probité et crédit moral sont-ils membres de l’orchestre théâtral qui a joué avec Aziz et Birame de 2008 à 2019 ? Aziz les a-t-il achetés ou Birame les a-t-il payés ? Où sont-ils les dindons de la farce ? Ils ont pu reconnaître Mandela, Martin Luther King, Jimmy Carter et j’en passe. Ils ont pu reconnaître ces leaders avec leurs moyens d’identifier et de coopter les personnalités méritantes. Mais, avec Birame, ils seraient été myopes et tombés sur la mauvaise personne, selon les chantres de la médisance et les lâches.
Maintenant Aziz est parti et l’on va voir ce qui va advenir de Birame, de l’IRA et du RAG. Peut-être doivent-ils inventer un nouveau employeur pour Birame et les réseaux Ira, s’ils ne veulent pas couler ou convaincre Ghazwani de jouer le même théâtre avec eux !

Propos reccueillis par Bakari Guèye

©️ Crédit source: http://cridem.org/C_Info.php?article=739980

Biram Dah Abeid dément les propos qui lui sont attribués au sujet de la candidature du Président de la République.

AMI – Le député Biram Dah Abeïd s’est dit surpris par la publication d’informations erronées selon lesquelles il avait caché aux médias le contenu de ses entretiens avec le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, surtout à propos de la volonté du président de la République pour un deuxième mandat.

Il a ajouté que la nouvelle, largement diffusée, précise qu’il a été l’objet de sévères menaces et de manquement de la part du président de la République. «Tout cela est dénué de tout fondement ».

M. Abeïd a précisé, dans un communiqué parvenu à l’AMI, que son entretien avec le Président de la République était focalisé sur les sujets publiés par les médias publics, indépendants et la presse internationale et avait trait aux attentes de tous les citoyens comme la fin de toute injustice, le renforcement de la démocratie, les libertés, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et l’indépendance du pouvoir législatif.

« Le président de la République m’a assuré qu’il est déterminé dans la lutte contre la pauvreté, le chômage et la corruption ».

Il a ajouté que le président de la République a clairement indiqué qu’il s’oppose à l’abus de pouvoir, au vol, à l’exclusion et à la confrontation de l’opposition, indiquant que cette dernière dispose d’un espace reconnu par le système démocratique.

« Au cours de l’entretien, le Président de la République a insisté sur l’intransigeance face au détournement des deniers publics, à l’atteinte aux droits de l’Homme et à l’unité nationale, affirmant que toutes ces questions seront traitées avec minutie et que la porte est largement ouverte à tous ».

Le député Abdeïd a enfin déclaré qu’après investigations, il apparait clairement que l’auteur de ces allégations a été soudoyé par des parties bien connues. « Le journaliste qui m’a interviewé a dénaturé mes propos en contrepartie d’une corruption financière d’une partie bien connue dont les intentions sont inavouées ».

©️ Crédit source: http://cridem.org/C_Info.php?article=739821

Mauritanie  – Politique : Le député BDA reçu par le président mauritanien Ghazouani.

Ce Vendredi 28 août 2020 aux environs de 18H30 GMT, le député mauritanien Biram Dah Abeid, leader du mouvement anti-esclavagiste IRA (Initiative pour la Résurgence Abolitionniste) a tenu un point de presse à Nouakchot. L’objet de ce rendez-vous médiatique concernait la suite de sa rencontre du jour avec le président Ghazouani . Ci-après le compte-rendu d’audience distribué aux médias et à l’opinion publique :

Crédit photo: SD

Compte rendu d’audience


À l’usage de la presse

Le Président de la république, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, a bien voulu me recevoir, le 28 août 2020. Nous avons pu discuter de la situation générale du pays. Il m’a prêté toute son attention et consacré le temps nécessaire à l’échange, franc, entre le Chef de l’Etat et un citoyen, représentatif d’une partie de l’opinion. Je tiens, ici, à le remercier de sa courtoisie habituelle et de ses facultés d’écoute.
Parmi les sujets abordés ensemble, je mentionne la reconnaissance de partis et d’associations jusqu’ici interdits, les suites de la Commission d’enquête parlementaire (Cep), l’implication de la justice et du pouvoir exécutif dans l’éradication de la mauvaise gouvernance et de l’impunité de celle-ci. Les assurances du Président attestent qu’il n’y aura ni règlement de compte, ni complaisance ; ainsi, confirment-elles, ses propos antérieurs sur la séparation des pouvoirs, que la Constitution consacre. J’apporte mon soutien, avec vigilance, à cette orientation inédite dans l’histoire de la Mauritanie, depuis le renversement du régime civil en 1978. Je rappelle que la profondeur de la corruption et sa banalité requièrent, dès à présent, une tolérance zéro et la traque, au sein de la fonction publique, des faux diplômes, du tribalisme et des promotions imméritées. La corruption appauvrit, fait honte et pousse à la révolte. La Mauritanie n’a plus la force de continuer à couvrir les crimes de prédation, quand la majorité de sa population, toutes appartenances confondues, réclame l’Etat de droit, la réparation l’équité et un minimum de dignité matérielle. Le Président de la république m’a semblé résolu à favoriser un nouveau pacte social, sur la base du mérite, de la compétence et de l’égalité des chances, loin des faux diplômes, de la préférence ethnique et de la complaisance. Je lui ai réitéré la certitude de notre concours enthousiaste, sur la voie de la refondation du pays, de ses institutions et lois. Quand le pouvoir tiendra de tels engagements, notre soutien ne lui manquerait. S’il en dévie ou hésite, nous lui rappellerions sa mission, propositions alternatives à l’appui et dans le souci scrupuleux de la non-violence. Le temps, de la confrontation systématique nous paraît révolu car la Mauritanie change , et depuis l’alternance de juin 2019. J’ai la faiblesse de croire que l’espoir, à la réalisation duquel mes compagnons de lutte ont enduré et se sont sacrifiés, est maintenant à la portée. Je leur dis toute ma fierté d’avoir porté leurs revendications légitimes. Aujourd’hui, je rends surtout hommages à mes frères et sœurs, travailleurs de leurs mains, paysans, ouvriers, portefaix et leur promets la victoire sans ressentiment ni revanche.
Je saisis aussi l’occasion de rappeler notre impatience de participer au jeu politique, nos alliés et nous, à visage découvert et dans des cadres autorisés par la loi, d’où la décision, tant attendue, de notre reconnaissance. Nous sommes des mauritaniens à part entière, pas un danger public. Avec nous, la démocratie grandit et avance, d’un pas sûr.
Je tiens à revenir sur certaines de nos revendications auxquelles la plupart des partis restent sourds, sans doute à cause de lacunes ou de réserves idéologiques :

  1. La réforme de l’éducation nationale en vue de généraliser l’enseignement des langues étrangères et nationales, loin du monolinguisme actuel, source de discrimination, de chômage et d’extrémisme religieux ; l’école publique doit redevenir le creuset de l’unité nationale et de l’excellence.
  2. L’abrogation de la loi dite d’amnistie de 1993, qui insulte les victimes innocentes du racisme, empêche la publication de la vérité et désespère, les survivants, de se sentir protégés dans leur pays ;
  3. Une meilleure résolution du Conseil suprême de la magistrature, à sanctionner les personnels de justice quand ils restreignent l’application des normes en matière de pénalisation de l’esclavage et des pratiques associées ;
  4. La sincérité à la répression du trafic de drogue et du blanchiment de ses revenus, au lendemain de la publication d’un rapport des Nations unies qui met en cause un haut fonctionnaire et un député, les deux de nationalité mauritanienne.
  5. L’annulation de l’article 306 du code pénal, car la Mauritanie ne saurait combattre le terrorisme et, simultanément, appliquer le programme juridique de l’extrémisme violent ;
  6. Notre réintégration complète au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), où nombre de nos compatriotes travailleurs expatriés se plaignent de tracasseries et de perte de rendement ; pourquoi s’obstiner et que nous a apporté la sortie en 2000 ?
  7. La signature, par le gouvernement, d’une déclaration spéciale établissant la compétence de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, à recevoir les plaintes d’associations et de particuliers. Plusieurs Etats membres de l’Union, nous ont précédé ;
  8. La ratification du Statut de Rome créant la Cour pénale internationale (Cpi), seule juridiction qui constitue un rempart devant les risques de génocide. Selon quelle rationalité, la Mauritanie, se tient-elle en marge d’une entité, désormais de compétence universelle ?
  9. L’adoption de mesures de sensibilisation et de sanction exemplaire, à l’endroit des auteurs et complices d’abattage d’arbres et de dégâts sur la biodiversité, grâce au renforcement des peines contre les infractions à l’’intégrité du patrimoine naturel ; il y a lieu de tarir le commerce du charbon de bois, par l’investissement massif dans les énergies renouvelables et à la démocratisation de l’accès au gaz butane ;
  10. Redéployer les ambassades en fonction de la densité de nos compatriotes à l’étranger et des intérêts stratégiques du pays ; le même impératif dicte, à la Mauritanie, de n’avoir plus que des amis et d’éviter les aventures de rupture des relations diplomatiques, hors contexte de belligérance directe avec un autre Etat ;
  11. La restauration des symboles – déformés – de la nation, en particulier le drapeau et un hymne évocateur de notre diversité culturelle.

Biram Dah Abeid, député à l’assemblée nationale et président d’IRA-MAURITANIE

(Ira-M)


Nouakchott, le 28 août 2020

IRA-MAURITANIE : LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN MAURITANIE

Promesses, encouragment et lacunes

Le 18 août 2020, la police convoquait l’ancien Président de la république, dans le cadre du contentieux consécutif au rapport de la Commission d’enquête parlementaire (Cep), sur de présumés délits et crimes de gestion, commis, par des agents de l’Etat, entre 2009 et 2019, soit le temps des deux quinquennats de Mohamed Ould Abdel Aziz. Depuis, le prévenu, en garde-à-vue, a pu bénéficier de la visite de ses avocats, de la famille et d’instances de défense des droits de la personne. Déjà, le 29 juillet, les députés votaient, en plénière, la compétence des tribunaux, à connaitre des faits allégués s’ils dérogent à la compétence de la Haute cour de justice. Il s’agit d’infractions relevant du trafic d’influence, de la surfacturation, de l’attribution frauduleuse de marchés, du détournement, de l’évitement fiscal, du faux en écriture et de la subornation de témoins, l’ensemble à des fins d’enrichissement personnel. Certes, il y a lieu de saluer le travail remarquable de la Cep, dont le texte, cependant, omet ou esquive des dossiers de gravité similaire, tant les pratiques de l’impunité s’enracinent, au cœur de l’Etat, des décennies durant, sans plus susciter assez d’indignation. Sous peine de partialité ou d’abstention, il appartient, aux législateurs, de compléter l’œuvre en cours et de consolider la culture de la transparence et de la « redevabilité ».
Même si les prémisses de la recherche menée par l’Assemblée nationale autorisaient la crainte d’un règlement de comptes entre deux fractions du pouvoir, il importe, aujourd’hui, de constater le caractère massif des preuves et le sérieux de leur collecte. De même, faut-il prendre acte de la disponibilité, de la plus haute autorité du pays, à asseoir et respecter l’indépendance des magistrats et l’autonomie des élus, deux principes allègrement bousculés dans l’univers des démocraties bananières où notre pays occupait une place de choix. L’importance de l’effort entrepris grâce à l’obstination des députés et la collaboration de l’Exécutif laisse entrevoir un tournant, sans précédent, de la gouvernance vertueuse, en perte de crédit, depuis le 10 juillet 1978.
Ainsi, la Mauritanie entame-t-elle un élan de restauration du bien public qui devrait inspirer d’autres peuples en lutte perpétuelle contre la médiocratie, la prédation et l’incurie. La restriction, l’atténuation, le recul ou la suspension du processus équivaudrait à une défaite morale et favoriserait la tendance à l’insurrection des foules, trop longtemps maintenues dans l’acceptation du statuquo, au prétexte d’empêcher l’anarchie. Aussi, le rapport de la Cep implique-t-il :

  1. La reprise de l’investigation quant aux aspects oubliés ou censurés, sur la période en cause, notamment la phase de création de l’état-civil biométrique (2012-2016), la falsification des diplômes, le recrutement du personnel de l’Etat titulaire de qualifications indues, les dysfonctionnement de la Banque centrale de Mauritanie (Bcm) et des établissements clients, les suspicions de blanchiment et de financement du terrorisme, par les agences de transfert de monnaie, l’opacité des trafics aux ports autonomes et de l’administration des douanes ;
  2. Le nettoyage de l’arsenal législatif : il convient d’en expurger les lois qui couvrent les tueries racistes, l’extrémisme religieux, l’atteinte à l’intégrité du corps et l’inégalité des sexes ;
  3. L’assainissement de la fonction publique qui abrite encore, à des positions d’influence et de décision, une majorité de cadres à l’intégrité douteuse ;
  4. La révision des normes de pénalisation de l’esclavage : le temps presse d’en garantir l’applicabilité, loin du déni et des réflexes de connivence avec les contrevenants.
  5. L’assurance scrupuleuse de la faculté, pour les prévenus, de bénéficier d’un procès équitable, selon les standards de la contradiction.
  6. La vigilance du gouvernement et de la magistrature, à éviter des interférences de tribu, de clans et de groupes d’intérêts en conflit, qui entraveraient l’accomplissement de la justice et compromettraient sa vocation ;
    Sous les réserves précitées, l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) soutient, avec impatience, la résolution, du Président de la république, à déclencher une réforme globale des institutions et de leurs pratiques.

Ira – Mauritanie, Nouakchott, le 20 août 2020

Biram mérite NOTRE LUCIDITÉ !

C’était un 14 novembre 2016 , en couverture d’un point de presse du président Biram Dah Abeid et ses avocats à Paris. À l’époque les « fers chauds » à l’actualité concernaient plusieurs dirigeants iraouis arrêtés à la suite des manigances orchestrées par certains milieux nébuleux sur la Gazra bouamatou à Nouakchott.

Et si ce Biram allait trahir X ou Y , ça aurait été à d’autres moments où lui et son mouvement subissaient un rouleau compresseur répressif d’une manière chronique. Ce monsieur dégage une confiance saisissante et il l’a prouvé N fois . Aujourd’hui en Mauritanie anti ou pro Biram, il incarne une vision sociale et politique qui influence les uns et les autres d’une manière ou d’une autre. Et si le matériel l’intéressait vraiment, il en a eu moult occasions de se caser en nanti embourgeoisé avec des égards enviables au cœur du système étatique à vie. Donc sa voi.e.x est celle de l’engagement pour la DIGNITÉ de L’HUMAIN. Militant aguerri et doté d’une intelligence politique avant-gardiste, le leader abolitionniste mauritanien reste accessible et imprégné de BASE MILITANTE COURAGEUSE chez laquelle le Mot CONVICTION sonne et vibre avec justesse et dévouement. Le lauréat du Prix Onusien 2013 ne chercherait pas à se trouver un gîte mielleux aujourd’hui où l’étau social et politique se desserre sensiblement avec des signaux positifs qui restent à être consolidés par d’autres décisions gouvernementales très attendues. Notamment la reconnaissance des mouvements politiques et associatifs (Comme FPC, RAG ET IRA) et des assises nationales inclusives sur toutes les questions importantes liées à l’avenir de notre cher Pays.

Un journaliste célèbre de la place écrivait une fois : « Partir d’IRA n’est pas une information, mais y rester oui« 

Force à Vous , Président !

#DISCIPLINE #CONFIANCE #LUCIDITÉ

Par KS pour le BLOG

Mauritanie – politique : une réaction de clarification du président Ould Yali (Le parti RAG)

Participer au gouvernement, dénature complètement la lutte que nous menons et qui nous a coûté l’emprisonnement, les larmes et le sang, les critiques les plus acerbes et sans fondements, les exactions et injustices flagrantes… la liste est longue. Si donc nous participons au gouvernement cela peut vouloir dire que c’est cela la finalité de notre lutte. Or nous avons un projet de société bien différent du projet en réalisation. Cependant nous sommes preneurs de tout ce qui va dans le sens d’une Mauritanie juste, égalitaire et de droit ou chaque citoyen, quelle que soient sa couleur et sa culture se sentira heureux chez lui et nous continuerons à dénoncer et à nous élever énergiquement contre tout ce qui est de nature à menacer l’unité et la cohabitation nationales ou qui consiste à perpétuer la gouvernance gabegiste du pays.

On ne peut pas dire que cette nomination constitue une première dans lhistoire politique de la Mauritanie , puisque d’autres hratine ont déjà été PM. Ce que l’on peut s’aventurer à dire c’est que cette nomination peut être considérée comme positive dans le sens où le concerné est un jeune cadre competant , appartenant à une couche opprimée, n’ayant jamais trempé dans de sales affaires. Au tournant où le RAG l’attend, c’est la gestion dans le sens vécu par les mauritaniens depuis toujours ou dans le sens du changement duquel le peuple est assoiffé. C’est ce à quoi nous nous attendons de la part d’un PM qu’il soit Hartani, Maure ou Negroafricain. Nous nous refusons d’être entraînés dans le cadre de cette étiquette ( de sectaires, de racistes, de régionalistes) que l’on veut nous coller pour nous maintenir dans la situation d’esclaves opprimés.

Nous attendons du prochain gouvernement des signes forts mettant en évidence la volonté politique de divorcer complètement avec le déjà vu. Ce divorce doit se manifester à travers la reconnaissance des partis politiques et des Mouvements et des organisations de la société civile jusqu’à présent privés injustement de leur récépissé, comme ce divorce doit également se manifester par le respect scrupuleux de la justice et de la bonne gestion du patrimoine national.

Nous, nous considérons que si la Mauritanie a depuis toujours piétiné, c’est essentiellement par manque d’ouverture aussi bien de la part des pouvoirs que de la part des oppositions et ceux qui en payent les pots cassés ce sont les populations en général et plus particulièrement les couches faibles. Nous considérons que l’intérêt de la Mauritanie et de son peuple se situent au-dessus de tout et donc doivent cesser d’être victimes de divergences intestines entre pouvoirs et opposition, divergences qui privent cette dernière de ses droits les plus élémentaires. Ayant entendu les promesses faites au peuple mauritanien par le Président actuel pendant la campagne présidentielle, ayant suivi les contacts pris par le président avec les acteurs politiques, ayant noté que durant la première année du quinquennat il n’a pas été enregistrées de graves exactions à l’endroit des leaders de l’opposition et n’ayant pas constaté d’interférences dans le traitement de la mission de la commission d’enquête parlementaire, RAG considère que tout ce qui vient être énuméré constitue les raisons du discours d’ouverture. Ouverture prônée au lendemain de la proclamation des résultats du scrutin, par le président, l’honorable député BDA et le groupe des forces qui ont soutenu sa candidature aux présidentielles de juin 2019.

Omar ould Yali
Président du parti Rag
Nouakchott, 9 aout 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE et Parti RAG

Mauritanie – Biram D. Abeid : La démission de O. Cheikh Sidiya est logique

ALAKHBAR (Nouakchott)- La démission du gouvernement de Ismail Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya est logique parce qu’il n’a pas pu avancer dans des questions cruciales de la Mauritanie et beaucoup de ses membres sont accablés par le rapport de la CEP sur la gabegie, selon l’opposant Biram Dah Abeid, qui était interrogé ce jeudi par Alakhbar.

Ismail Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya a démissionné de son post de premier ministre quelques heures après la transmission du rapport de la commission d’enquête parlementaire à la justice dans lequel il est cité dans en que signature d’une convention douteuse.

©️ Crédit source: Réseaux FB

Mauritanie – Débats : Sans équivoque !! Par l’essayiste Mohamed Lam

Ma parole est celle provenant d’une conscience libre et totalement autonome, débarrassée de tout jugement de valeur ou de critique simple, simpliste ou simplifiée.

Critique amplifiée depuis que l’espace public est devenu virtuel, depuis que parler pour ne rien dire est devenu la norme.

Critique facilitée par la toute puissante bassesse des échanges et par l’impressionante disponibilité des uns et des autres sur les réseaux sociaux pour commenter les faits sociaux nationaux.

Que du vide, rien de constructif. La galerie est vite amusée, distraite par les multiples faits divers. Liker, commenter, s’indigner en attendant le prochain fait divers.

De l’affaire Abbas Diallo, à celle du frère Kide, du tristement célèbre George Floyd Mauritanien, aux vols de millions, de l’enquête Parlementaire à l’actuelle affaire des nominations…

On amuse la populace et on passe.

On oublie en réalité que seul l’engagement et l’espoir peuvent gagner.

Le Mauritanien, pour dire ce qu’il faut faire, c’est le champion du monde…et lorsque vient le moment de faire, on ne constate que de la poussière à la place qu’il s’est assis pour donner son opinion.

C’est pour ces raisons, ces seules, que je reste constant dans mon humble soutien.

… Et je soutiendrai advitam æternam le projet de société de ce monsieur. S’en est même devenu l’essence de mon engagement sur les questions nationales.

L’unique alternative politique et électorale.

Que cela plaise, que cela déplaise, que cela excite les foules et les forums…

Ou alors, que celui qui fit mieux se manifeste…

« Notre courant ne peut pas participer à ce gouvernement parce que nous avons des projets de société quasi opposés« . Biram Dah Abeid

#PriseDePosition

#Conviction

Allocution de l’honorable députée Coumba Dada Kane lors de la plénière du 27 juillet 2020 à l’assemblée nationale de Mauritanie.



La Haute cour de justice qui a pour compétences de juger, le président de la république a disparu de l’architecture juridique du pays par la volonté de beaucoup d’entre nous ici présents.

Monsieur, le président et chers collègues députés!

Dans cette auguste Assemblée siègent encore des élus qui ont défendu lâchement et sans état d’âme la suppression de cette juridiction.
C’était pour faire plaisir à l’ancien Président de la République qu’ils croyaient éternel et qu’ils avaient présenté comme le messie, le sauveur du peuple mauritanien, le bâtisseur jamais égalé dans l’histoire politique de notre nation.

Ces personnes sont connues. Elles n’ont pas besoin d’être nommées. D’ailleurs, nos regards se croisent en ce moment même dans la salle. Ils ont aujourd’hui le courage et l’audace de demander le rétablissement de la Haute Cour de justice.
Ces élus-là font honte à la République et déshonorent notre prestigieux statut consacré par le pouvoir législatif, un maillon essentiel de notre système démocratique.
Il y a quelques mois seulement, ces mêmes gens défendaient contre vents et marées le troisième mandat de l’ancien Président de la république, Mohamed Ould Abdel Aziz.
Ils rivalisaient d’ardeur pour mobiliser et manipuler les foules afin d’inciter Mohamed Ould Abdel Aziz à violer sans coup férir la constitution.
Quelle hypocrisie ! Quel désaveu et quelle couardise !
Un député, c’est un élu du peuple sous d’autres cieux .C’est un représentant du peuple fort de sa légitimité.
Cette fonction honorable est incompatible avec le mensonge, la recherche efreinée du gain mal acquis et l’opportunisme. Un élu du peuple est une caution morale qui exige de la hauteur, de la retenue et de la responsabilité d’une part mais aussi de la redevabilité d’autre part.
Notre vocation, faut-il le rappeler, c’est de défendre l’intérêt du peuple. C’est un sacerdoce.
Nous ne sommes ni des ennemis du Gouvernement ni les amis du Gouvernement mais un train d’union entre l’Etat et le peuple avec un certain penchant pour le peuple souverain qui a besoin de connaitre la vérité sur la gestion de ses ressources.

Mes chers collègues députés! Supprimer la Haute cour de justice puis la rétablir, cela est caractéristique d’un enfantillage et de la faiblesse de nos institutions à la merci de nos gouvernants.
Le rétablissement de la Haute Cour de Justice, qui cristallise les débats à l’Assemblée nationale et même au-delà ne réglera pas pour autant l’impunité et le manque de justice que connait notre pays depuis plusieurs décennies.
Notre système judiciaire protège les plus forts et écrasent les plus faibles ou les stigmatise.
C’est une justice aux ordres, partiale, accusatrice et broient sans pitié les plus vulnérables.
La Haute cour de justice pour quoi la rétablir ? Juste pour juger l’ancien Président de la république ? Cela ressemble fort à un règlement de comptes entre deux individus. Mais où se situe alors l’intérêt du peuple mauritanien ? C’est à mon avis le plus important.
Que dalle !
Pour caricaturer, le jour où les deux personnes en hostilité arriveront à aplanir leur différend, le peuple si enthousiaste pour un procès de l’ancien chef de l’Etat comprendra qu’il a été dupé pour la énième fois. C’est une supercherie !
D’ailleurs, certains juristes de haute facture pensent que l’ancien Président est un citoyen ordinaire et donc un justiciable comme un autre. Il ne peut être jugé que par une Haute Cour de justice en cas de haute trahison.

Je laisse ce débat aux Hommes du droit. Mais une chose est sûre.
Le peuple mauritanien a déjà fait le procès de tous ceux qui l’ont dépouillé de ses richesses et semé la haine en son sein pour briser son harmonie et sa concorde ,toutes choses qui occasionnent sa fracture, sa désunion pour servir des desseins démoniaques et machiavéliques.
Monsieur le président et chers collègues députés!
Le mal de notre justice est plus structurel que conjoncturel.
Redonner vit à la Haute Cour de Justice ne saurait être la solution.
Notre système judiciaire notamment dans ces textes et lois est cosmétique pour faire plaisir à l’Occident.
Souvent inadaptés, incompatibles d’avec nos réalités socio culturelles, nos textes ne sont jamais appliqués. Or une loi n’a de sens et d’existence que lorsqu’elle est effective.
Si non à quoi bon de voter des lois, alors que tout le monde ,y compris le législateur, laisse volontairement des voies de contournement comme pour inciter à violer la loi.
Ainsi alors, le débat sur le rétablissement de la Haute cour de Justice est celui du procès de notre système judiciaire qui manque de soubassement, pêche par son inconstance et son manque de vision et de perspectives.

Mme Coumba Dada KANE
Vice-présidente IRA-MAURITANIE
Députée à l’Assemblée Nationale Mauritanie

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

MAURITANIE: Esclavage, viol de mineure et immunité de la police judiciaire

INITIATIVE DE RESURGENCE DU MOUVEMENT ABOLITIONNISTE EN MAURITANIE
IRA – Mauritanie

Note d’alerte

Le 13 juillet 2020, le Président de la chambre correctionnelle près la Cour Suprême, Mohamed Ghaith Oumar, ordonne la libération de son cousin, membre de sa tribu, Ahmed Taleb Ould Elmokhtar Ould Cheikh dit Ahmed Taleb Mohamed, officier de gendarmerie, chef de la police judiciaire de la commune de Twil, accusé de viol et écroué depuis plusieurs semaines; le prévenu était convaincu d’abus sexuel et d’exploitation de mineure, sur une fillette de 12 ans, Toutou Mint Kaber, descendante d’esclave, issue de la communauté servile. Il sort provisoirement de prison, grâce à une caution de 40000 ouguiya nouvelle, soit 900 euros.

L’honorable Mohamed Ghaith Oumar dirige les délibérations d’une instance en charge de surveiller l’exécution de la loi; en l’occurrence, il enfreint les règles d’usage, s’agissant du régime de la liberté conditionnelle: en sont exceptés les auteurs d’infractions graves, tels le viol, la maltraitance physique, le travail des mineurs. L’esprit du droit, y compris la jurisprudence, consiste à empêcher la récidive et les tentatives d’intimider les victimes ou de faire disparaitre des preuves. Ici, aucune des précautions sus-énoncées ne s’applique à Ahmed Taleb Mohamed, en dépit de ses aveux, lors de l’enquête.

Pire, le juge d’instruction du tribunal d’Aïoun (Hodh occidental) a refusé de le lui accorder le privilège. Le Président de la Cour d’appel de Kiffa (Assaba) confirma le rejet. Tous semblent avoir pris la mesure des suspicions d’antécédents de viol, jusqu’ici sans suite, à cause de la solidarité tribale dont bénéficierait le susdit. De facto, la décision de la Cour suprême les dessaisit du dossier au moment opportun. Au regard de la culture locale de l’impunité, l’infériorité raciale et statutaire de la plaignante, explique les faveurs consenties à son agresseur. Il n’est pas incident de souligner que l’appareil de justice, l’administration territoriale et le commandement des forces de sécurité ne cessent, même s’ils sen défendent, d’illustrer l’inégalité de naissance face aux normes légales. Le noir – mauritanien et étranger – craint les commissariats et les magistrats. A ce titre, il s’efforce de les éviter. Malgré le désenchantement et la peur, les prisons de Mauritanie comptent une majorité nette d’origine subsaharienne. Nombreux y croupissent, en détention préventive, durant des années, parfois à la suite de larcins. Ceux-là n’oseraient prétendre à une liberté conditionnelle.

Un an après une transition au sommet du pouvoir qui promettait une gouvernance de l’équité et de l’éthique, les pratiques d’indulgence et de préférences basées sur la race et l’influence sociale continuent de saper le fondement théorique de l’Etat de droit. Ainsi, IRA-Mauritanie ne cesse de les dénoncer, expliquer et combattre. Le cas de Ahmed Taleb Mohamed, de la petite Toutou Mint Kaber et du magistrat Mohamed Ghaith Oumar démontrent, à qui en douterait encore, combien la Mauritanie demeure une république des tribus et le terrain d’échanges illicites, entre parentèles, au sein d’une même ethnie.

Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA-Mauritanie).


18 juillet 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE