● Mauritanie 2023 : Les 10 plaies du 10 décembre [IRA-Mauritanie]

A l’instar des multitudes éprises de liberté, l’Ira célèbre, ce 10 décembre 2023, la journée mondiale des droits de l’homme. L’occasion de partager, avec l’opinion, le passif mauritanien en la matière, justifie une commémoration à la hauteur du défi. La lourdeur et l’ancienneté du contentieux requièrent un constat dénué de complaisance. Si l’on doit se réjouir de l’arsenal juridique et des tribunaux mis en place aux fins de pénaliser les crimes d’esclavage, l’on constate, cependant, qu’aucun criminel n’a été emprisonné ; le blanchiment d’infractions aussi graves et anachroniques reste l’unique option des autorités. D’ailleurs, les commanditaires et auteurs de tueries, de déportations à visée ethnique continuent à jouir de l’immunité, tandis que le nombre des préposées à la torture ne cesse de croître, d’une année à la suivante.

1. Pour ne citer que les exemples récents, l’on se souviendra de Souvi Jibril Soumaré, dit Ould Cheïne, assassiné le 09 février 2023 au commissariat de police de Dar Naim (Nouakchott sud). Les tortionnaires ont d’abord essayé de s’exonérer du forfait létal, avant de se rétracter sous la pression de la rue. L’officier de police judiciaire et les exécutants sous son commandement furent arrêtés et soumis à une instruction de justice ; néanmoins, les résultats tardent. Quelques mois après, survint, le 29 mai 2023, à Sebkha (Nouakchott ouest), à l’intérieur d’un bâtiment de la police et dans des circonstances de facture identique, le décès de Oumar Diop, natif de MBagne (sud). Devant la flagrance de l’abus, la colère s’est emparée d’une partie de la jeunesse urbaine, fragilisant davantage la cohésion de la société. Des centaines d’adolescents, d’ascendance subsaharienne, seront traqués et suppliciés, parfois à domicile, puis détenus durant 72 heures. Là aussi, la version officielle concluait à une mort, par arrêt cardiaque, à l’Hôpital national. Or, le personnel médical certifie avoir accueilli, aux urgences, un corps sans vie. Une sombre autopsie, effectuée au Maroc, viendra corroborer le récit tronqué. D’ailleurs et jusqu’à ce jour, le site Facebook de la direction de la sûreté continue d’afficher la thèse de deux accidents, alors même que le Parquet reconnaissait le caractère violent du premier homicide et ordonnait la mise à l’écrou des persécuteurs. A cause du poids de l’impunité et des réflexes grégaires de la médiocratie, la communication des organes en charge du maintien de la paix suit un cours spécifique, que caractérise l’autonomie envers les autres segments de l’Etat. A l’Etat de droit qui s’affiche, s’oppose l’Etat d’exception qui prévaut ; sous la façade des slogans et du zèle factice à signer et ratifier les conventions internationales, veille et se reproduit le monstre familier de la fraude, du double langage et des faux semblants. Le vernis est si mince. Si Janus devait se choisir un passeport, il s’enrôlerait en Mauritanie.

2. A la suite de la révolte devant la récurrence et la banalisation des brutalités racistes, le gouvernement, pris de court, s’empressa de suspendre, pendant quelques jours, l’accès à l’internet. Il s’agit, ici, d’un manquement délibéré à l’intégrité élémentaire de la personne, derrière lequel se profile, toujours, la volonté de réprimer en silence, loin des regards. Pire, lors
des protestations à Boghé (sud), Mohamed Lemine Alioune N’Daiye, né en 1996, a été abattu, d’un tir ciblé. Suivant une jurisprudence bien établie en République islamique de Mauritanie, le tireur et le donneur d’ordre demeurent à l’abri de la moindre sanction. Leur identité relève du secret.

3. Quasiment l’ensemble des démonstrations non-violentes de l’Ira suscitent, de la part des unités anti-émeute, un déchainement de coups et blessures, d’une intensité disproportionnée. Beaucoup de nos militants gardent les stigmates et les séquelles de la maltraitance ; ils en
témoignent sans répit ni exagération, photos et vidéo à l’appui.

4. Les atteintes à la dignité de l’individu et à la jouissance de ses droits civiques, n’ont épargné les députés, tel l’honorable Biram Dah Abeid, plusieurs fois séquestré, maintenu en détention préventive ou condamné des peines relevant du délit d’opinion.

5. La promulgation des normes sur la cybercriminalité ou des restrictions relatives à la préservation des « symboles » rétrécit l’espace, fort exigu des libertés d’expression et d’association. Aussi l’on retiendra, à titre d’illustration, l’extradition – de Dakar – et l’emprisonnement de Youba Siby, un sympathisant de l’Ira, pourtant de nationalité sénégalaise. Jugé en comparution expresse, il écopera de 4 années de réclusion. Le tribunal expéditif lui reprochait des propos de réprobation du racisme et des inégalités de naissance. L’audience se déroulait, en catimini, sans avocat même commis d’office, ni présence de la famille. La pseudo-commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), tenta de faire avaliser la régularité de la procédure, par le représentant accrédité à Nouakchott du Haut-commissariat des nations-unies.

6. En cette fin d’année 2023, les partis les plus représentatifs des peuples autochtones de Mauritanie réclament la participation à la démocratie dont le statu quo les prive. Il convient de souligner, en particulier, le cas des partis Radical pour une action globale (Rag) et Forces progressistes du changement (Fpc).

7. Les populations dominées et discriminées aux motifs inavoués de la couleur, de la langue, de la culture et de la généalogie, ne parviennent à obtenir les pièces d’état-civil biométrique, point d’accès à l’exercice du vote.

8. Les rescapés et les héritiers des milliers de concitoyens déportés ou exécutés, de 1986 à 1991, ne peuvent plus dénoncer, en réunion publique, la loi d’amnistie qui absout les responsables de telles cruautés. Une multitude d’entre eux, réfugiée aux Sénégal et Mali voisins, continue à survivre dans la précarité et la morsure de l’exil. Les ministères en charge du litige et de son règlement leur refusent le rapatriement organisé. Apatrides, de parents en progéniture, ils écument des contrées hostiles, en quête de gîte et de couvert. Quiconque s’insurge ou proclame sa solidarité avec eux se retrouve suspecté de racisme. En Mauritanie, le raciste n’est jamais le tueur.

9. Malgré la disponibilité rhétorique du pouvoir à protéger, les femmes et les filles, contre les excès séculaires du patriarcat, l’habitude de la duplicité face aux partenaires extérieurs, rappelle cette manie de la dictature des militaires, qui consiste à servir un discours et son contraire, selon la capacité financière de l’interlocuteur. Mieux encore, le projet de texte, passé sous la censure du Haut-conseil de la fatwa et des recours gracieux, s’est perdu dans les méandres de la bureaucratie. La fameuse instance de contrôle de conformité religieuse se place au-dessus du Conseil constitutionnel et des titulaires de la souveraineté populaire. Ironie du sort, ses membres ne sont pas élus. Enfin, depuis des semaines, le Parlement, quoique sous influence des cercles obscurantistes, attend la première lecture du document.

10. Comble de l’horreur, l’article 306 du code pénal, dans sa mouture de 2018, étend la liquidation physique à des infractions morales, comme le refus de prier, le blasphème, et l’apostasie. Quand il supprime la faculté du repentir, il fait, de la Mauritanie, le seul pays d’Afrique dont le dispositif légal consacre l’imitation de Daesh ; bien plus que l’Arabie saoudite, l’Afghanistan, l’Iran, Brunei et les Maldives, réunis, nous nous sommes piégés, en toute préméditation. Certes, l’Etat n’applique pas les prescriptions ainsi revendiquées mais, en les maintenant dans le corpus des lois, il accorde, aux apprentis illuminés de demain, un formidable outil de sauvagerie et de sexisme. « Gouverner, c’est prévoir et ne rien prévoir c’est courir à sa perte », avertissait, dès 1852, le journaliste français Emile Girardin….

Nouakchott, le 10 décembre 2023

● Les dossiers du Qatargate | Un sabotage dévoilé contre le leader abolitionniste BDA auprès de l’UE [Document du politico.eu]

Les dossiers du Qatargate :
des centaines de documents divulgués révèlent l’ampleur du scandale de corruption dans l’UE

Les preuves issues de l’enquête pour corruption du Parlement européen font état de plus de 300 tentatives présumées de manipulation de la démocratie européenne.

• Par ELISA BRAUN , GIAN VOLPICELLI et EDDY WAX
à Bruxelles

Appelez-les les rapports annuels du Qatargate.

Une vaste collection de documents divulgués lors de l’enquête policière sur la plus grande affaire de corruption ayant frappé l’UE depuis des décennies – vue par POLITICO – révèle toute l’ampleur du scandale d’argent contre influence du Parlement européen.

Pendant quatre ans, les dossiers suggèrent que des suspects clés, parmi lesquels l’ancien député européen Pier Antonio Panzeri et son assistant Francesco Giorgi, ont méticuleusement enregistré des tentatives présumées de manipulation du Parlement, l’organe démocratique le plus important de l’UE, et de débats politiques plus larges.

Leurs payeurs présumés au Qatar, au Maroc et en Mauritanie ont dépensé environ 4 millions d’euros pour ces travaux, selon les informations contenues dans les dossiers.

Le scandale a été révélé pour la première fois il y a exactement un an cette semaine, lorsque Panzeri, Giorgi et d’autres personnalités clés ont été arrêtés lors d’une série de perquisitions dramatiques impliquant des sacs d’argent liquide et des histoires sinistres d’ingérence étrangère au cœur de la démocratie européenne.

Parmi les actions enregistrées dans les documents, certaines ont eu un impact significatif sur le fonctionnement de l’Union européenne, comme la tentative de faire échouer six résolutions parlementaires condamnant le bilan du Qatar en matière de droits de l’homme et la collaboration pour parvenir à un accord de voyage sans visa entre Doha et l’UE. .

Mais les opérations pourraient aussi être mesquines : Giorgi a un jour noté que chaque exemplaire d’un livre peu flatteur sur le Qatar qui pouvait être trouvé au Parlement avait été soigneusement « détruit ».

Parmi les fichiers consultés par POLITICO figurait une feuille de calcul de huit onglets sur l’ordinateur portable de Giorgi, saisi dans son appartement à Bruxelles, répertoriant des centaines d’activités d’influence que le réseau aurait menées entre 2018 et 2022.

La feuille de calcul enregistre plus de 300 travaux pour lesquels les suspects ont reçu d’importantes rémunérations. Ils auraient atteint leurs objectifs grâce à un réseau d’associés travaillant au sein du Parlement, qu’ils appelaient leurs « soldats », selon les dossiers.

Jusqu’à présent, l’enquête a permis d’arrêter quatre députés européens actuels et anciens pour des accusations préliminaires de corruption, de blanchiment d’argent et d’appartenance à une organisation criminelle. Parmi les suspects figurent Panzeri, Giorgi et Eva Kaili , la compagne de Giorgi et une personnalité bruxelloise qui a été évincée de son poste de vice-présidente du Parlement lorsque le scandale a éclaté.

Alors que les enquêteurs soupçonnent Panzeri et son réseau de manipuler le Parlement au nom du Qatar et d’autres États, les documents suggèrent qu’ils essayaient également d’exploiter le manque de connaissances des responsables étrangers sur la démocratie européenne.

Giorgi a déclaré à la police que lui et son patron parlaient parfois à leurs payeurs d’opérations sur lesquelles ils n’avaient aucune influence pratique, car Panzeri avait déformé l’étendue de son pouvoir pour façonner le travail du Parlement, selon les documents.

« Cela s’est appuyé sur l’ignorance du fonctionnement du Parlement », a déclaré Giorgi dans des déclarations à la police.

Une personne proche de la défense juridique de Giorgi, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré qu’il n’était « pas crédible » de considérer la feuille de calcul comme une preuve des activités d’influence. Au lieu de cela, a déclaré la personne, la liste était conçue pour « booster » l’image de Panzeri auprès de ses clients.

Qu’il s’agisse d’un véritable travail d’influence ou simplement d’un outil pour gonfler la facture, les entrées du tableur offrent un aperçu unique du fonctionnement de la machine d’influence construite et dirigée par Panzeri, Giorgi et leurs complices présumés, jusqu’à une enquête policière en décembre. 2022 a mis un terme brutal à tout cela. Les documents soulèvent également la question de savoir comment de telles opérations d’influence pourraient passer si longtemps inaperçues.

Alors que les dirigeants européens sont confrontés au premier anniversaire ignoble du scandale qui a éclaté le 9 décembre de l’année dernière, les révélations contenues dans les dossiers du Qatargate soumettront une fois de plus les normes éthiques de l’UE à un examen minutieux.

Les opérations présumées comprenaient :

La grosse affaire
* Travaillant pour le Qatar, Giorgi et Panzeri visaient un objectif plus important : s’assurer que Doha conclue un accord pour voyager sans visa avec l’UE. L’accord a reçu le feu vert essentiel de la commission des libertés civiles du Parlement en décembre 2022, quelques jours avant l’arrestation de Giorgi et Panzeri. Le vote final sur l’accord a été suspendu depuis l’éclatement du scandale.

La victoire arrive sur la feuille de calcul. D’autres documents provenant de l’ordinateur portable de Giorgi révèlent qu’il avait l’intention de suggérer aux Qataris deux « Plan(s) d’action » détaillant qui contacter et où exercer une pression pour obtenir l’accord de visa.

* Selon Giorgi et Panzeri, une condition préalable à l’obtention d’un accord sur les visas était d’éviter les tentatives de certains députés européens de censurer le Qatar pour le traitement qu’il réserve aux travailleurs migrants et aux journalistes. Dans sa feuille de calcul, Giorgi s’attribue le mérite d’avoir « neutralisé » six résolutions parlementaires condamnant le Qatar entre juin 2021 et novembre 2022. Le Parlement a cependant finalement adopté une résolution critiquant le bilan du Qatar en matière de droits humains le 24 novembre 2022.

Manipulation des auditions parlementaires
* Les préparatifs du Qatar pour la Coupe du monde de football ont fait l’objet d’intenses critiques concernant l’exploitation présumée des travailleurs migrants. Le tableur de Giorgi se vantait d’avoir « changé le discours au Parlement » sur la question, lors d’une audition en commission en avril 2021 avec la comparution d’un responsable qatari.

* En février 2020, les suspects ont préparé des notes détaillées pour une comparution du ministre des Affaires étrangères du Qatar à la commission des affaires étrangères du Parlement. Ils ont également assuré la présence de certains députés « pour des questions ciblées ».

Attaques politiques contre les rivaux du Qatar
* Une opération menée en 2021, par exemple, visait la nomination d’un haut responsable de la police des Émirats arabes unis, Naser Al-Raisi, comme nouveau président d’Interpol. Les relations entre le Qatar et les Émirats arabes unis, leur voisin du Golfe, ont été tendues, les relations diplomatiques étant rompues entre 2017 et 2021. Comme de nombreux hommes politiques et ONG à l’époque, l’amie de Panzeri, l’eurodéputée Maria Arena, a exhorté les pays de l’UE à résister à la nomination d’Al-Raisi. Panzeri et Giorgi se sont attribués le mérite de la lettre d’Arena, même s’il n’est pas clair si elle savait qu’ils le faisaient. L’avocat d’Arena a déclaré à POLITICO qu’elle n’avait pas été inculpée dans le cadre de l’enquête policière et a refusé de commenter davantage.

* Une autre opération a visé l’Arabie Saoudite, qui avait rompu ses relations diplomatiques et économiques avec le Qatar. Panzeri et Giorgi ont accusé le Qatar d’avoir pris une série d’actions, notamment une série de tweets et de projections de films relatifs au meurtre du chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi, tout en condamnant fermement la responsabilité de Riyad dans ce meurtre.

Le Maroc et la Mauritanie
* Lorsqu’il s’agissait de défendre le Maroc, Panzeri et Giorgi étaient fiers d’adopter une résolution parlementaire contre l’Algérie, qui, selon eux, profiterait au Maroc.

* L’équipe s’est également vantée d’avoir obtenu un « texte plus modéré » sur une résolution critiquant le Maroc pour sa gestion d’une crise migratoire en 2021. La résolution a blâmé le Maroc pour avoir assoupli les contrôles aux frontières et autorisé 8 000 migrants, dont des enfants non accompagnés, à traverser le territoire espagnol pendant cette période. un différend avec le gouvernement de Madrid.

* Selon les documents, l’objectif principal de la Mauritanie était d’améliorer son image publique. La feuille de calcul de Giorgi suggère que le groupe a travaillé pour tenter d’empêcher un militant anti-esclavagiste, qui s’était fait des ennemis au sein du gouvernement mauritanien, de remporter le prestigieux prix Sakharov de l’UE pour les droits de l’homme.

Les révélations incluses dans les dossiers du Qatargate sont susceptibles de relancer le débat au Parlement sur la question de savoir si le corps législatif lui-même a fait suffisamment pour garantir que des opérations similaires ne se reproduisent plus. Même si le Parlement a introduit des procédures plus strictes en réponse au scandale, beaucoup à Bruxelles considèrent les réformes comme timides, au mieux .

« Ces documents nous montrent qu’il s’agissait d’un effort soutenu et pluriannuel visant à influencer de manière néfaste les procédures parlementaires », a déclaré Nick Aiossa, directeur par intérim de Transparency International EU. «Cela s’est produit au fil des années avec plusieurs personnes, et cela n’a pas été découvert. Alors, qu’y a-t-il d’autre ?

« La réponse du Parlement a été faible, maigre et ne reflète certainement pas la gravité du scandale survenu en décembre dernier », a ajouté Aiossa.

Daniel Freund, député européen des Verts allemands, a déclaré en réaction à l’enquête de POLITICO : « Il semble que le projet soit bien plus vaste que ce que nous avions appris jusqu’à présent. »

Selon lui, le principal problème réside dans le fait que le Parlement n’a pas mené d’enquête interne sur l’impact des prétendues opérations d’influence sur ses activités et décisions démocratiques.

Freund a déclaré : « Il semble que vous puissiez acheter ou au moins influencer certaines décisions du Parlement, ou à tout le moins, certains anciens députés européens tentent de faire croire à tout le monde que vous pouvez le faire et que vous les vendez comme un produit. »

« Il devient de plus en plus clair qu’il pourrait y avoir un certain nombre de procédures [au Parlement] qui pourraient, à tout le moins, être remises en question », a déclaré Freund. « Maintenant, il faut un processus approprié au sein du Parlement, pour que nous examinions [s’il s’agit] simplement de conneries gonflées de la part de ces deux-là… ou est-ce réel ? Y a-t-il eu une influence sur l’une de ces procédures ? Devons-nous reconsidérer certaines décisions ?

Un porte-parole du Parlement a déclaré que l’institution ne pouvait pas mener d’enquête interne sur d’éventuelles activités criminelles. « Mais elle peut coopérer pleinement et rapidement avec les autorités compétentes, et c’est ce que nous avons fait », a déclaré le porte-parole. La présidente du Parlement, Roberta Metsola, a « personnellement facilité l’enquête » en étant « présente lors des perquisitions au domicile de deux députés belges (en décembre 2022 et en juillet 2023) comme le demande la Constitution belge, ce qui est sans précédent dans l’histoire du PE », a ajouté le porte-parole. .

Suite aux premières allégations de corruption, Metsola a présenté 14 mesures pour renforcer les pare-feu du Parlement et améliorer la transparence. Le législateur s’est également joint à la procédure judiciaire belge en tant que partie civile afin de « détecter si des dommages au budget du PE ont été causés dans l’une des activités et récupérer l’argent », a déclaré le porte-parole.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, qui avait précédemment nié l’implication du pays dans le scandale, n’a pas répondu aux multiples demandes de commentaires de POLITICO. Le Qatar a rejeté les allégations selon lesquelles il aurait interféré dans la démocratie européenne. La Mauritanie n’a pas répondu à plusieurs questions envoyées par courrier électronique concernant son implication présumée dans le projet.

Kaili a nié tout acte répréhensible. « L’enquête montre que Mme Kaili ne s’est jamais prononcée en faveur du Maroc ou de la Mauritanie », a déclaré l’avocat de Kaili, Michalis Dimitrakopoulos, dans un courriel adressé à POLITICO. « Selon les documents de l’enquête, les services secrets belges ont souligné qu’il n’y avait aucune preuve que Mme Kaili était impliquée dans le réseau, ni qu’elle ait reçu de l’argent. »

Panzeri a reconnu sa culpabilité dans le cadre d’un accord de plaidoyer qu’il a conclu avec les autorités, conclu en janvier. Giorgi a reconnu son implication dans ces stratagèmes, selon les dossiers consultés par POLITICO. Les avocats des deux hommes ont refusé de commenter cet article.

©️ Lien média https://www.politico.eu/article/european-parliament-qatargate-corruption-scandal-leaked-documents-pier-antonio-panzeri-francesco-giorgi-eva-kaili/

● Déclaration à la presse : L’avertissement | Par l’honorable député BDA

Le 04 décembre, à Nouakchott, le Tribunal (ad hoc) de répression des crimes économiques, rend son verdict de première instance, au terme de 11 mois de procès contradictoire et public. L’ex-président, le général Mohamed ould Abdel Aziz écope de 5 années de réclusion ferme, de la perte des droits civiques, d’une amende de 50 millions d’ouguiyas nouvelles (1 250 000 euros) et de la confiscation de ses biens mal acquis, selon les infractions retenues, à savoir « blanchiment » et « enrichissement illicite ». La Cour s’est abstenue de suivre les réquisitions de 20 années d’emprisonnement, telles que formulées par le ministère public, avant les plaidoiries ultimes de la défense. Ould Abdel Aziz est lavé de 8 motifs d’inculpation, tous relevant de la délinquance de droit commun, notamment les malversations financières et l’impéritie.

A l’exception de son gendre Mohamed Ould Msaboue qui subit le même registre de sanction, les autres coaccusés – 2 anciens chefs de gouvernement, des hauts fonctionnaires et une poignée de comparses, commerçants et trafiquants d’influence – recouvrent la liberté. De l’acquittement au sursis, ils sortent indemnes de la dynamique de réparation. Dieu merci, nulle peine d’affliction ou d’infamie ne fut prononcée, malgré les prescriptions de la Charia en matière d’infraction relatives à la violation de la propriété.

Comme s’y attendait l’opinion avisée, les magistrats privilégient, ici, une décision politique, pour ravaler la façade du bloc dominant, à la veille de l’élection de 2024. Le jugement met, hors-compétition, Mohamed Ould Abdel Aziz, le fameux « président des pauvres », hier adulé comme un messie, aujourd’hui renié, maudit et en proie à l’accablement. Il tient de l’évidence que les députés à l’initiative de la Commission d’enquête parlementaire sous la précédente législature, encourageaient la dépendance prévisible du juge envers l’Exécutif. A titre d’exemple guère exhaustif, ils exceptèrent, du champ de l’investigation, les marchés forts douteux de l’instance en charge de l’état-civil, un potentiel d’escroquerie qui remonte à 2012. A équidistance de l’impunité et des apparences de la vertu, le tribunal vient de conforter la raison du plus fort.

Depuis 1978, les régimes militaires et leurs avatars civils prospèrent et se reproduisent sur le mode de l’inceste, grâce à cet équilibre artificiel où les faux semblants se substituent à l’Etat de droit. La structure ethno-tribale du pouvoir consacre la conjugaison de la fraude, de l’affichage indu et de l’occultation. Un pillard n’y craint que le revers de fortune inhérent à l’instabilité des alliances et aux accès de délire putschiste. En revanche, les milliers de concitoyens d’ascendance subsaharienne, surtout des descendants d’esclaves, hantent l’univers carcéral, souvent oubliés de la loi. Anonymes, privés de la protection des clans détenteurs d’influence, certains enfantent et meurent, là, sans avoir comparu. La justice de la République islamique de Mauritanie dysfonctionne ainsi, entre préférences subjectives, cécité et habitude du fait accompli. Sa main lourde frappe inégalement.
Les rescapés de l’épuration ethnique de 1986 à 1991 et les et ayant-droit des victimes l’expérimentent, chaque jour, à leurs dépens.

Cependant, il y a lieu de le souligner et de s’en féliciter, nos dirigeant ne se sentiront plus jamais au-dessus de l’obligation morale de rendre. Oui, rendre des comptes devient, à présent, un impératif au centre de la dynamique de l’alternance. Maintenant, l’immunité cesse quand le prince du moment n’exerce plus l’autorité que lui confère le suffrage universel, certes sous réserve des baïonnettes. En comparaison de l’espace afro-arabe, la Mauritanie s’offre, en dépit des insuffisances précitées, une avancée de taille sur la voie de la transparence et de l’équité. Nous nous en félicitons. L’occasion impose, au Président de la République, d’agir avec davantage de vigueur, contre la poursuite du recyclage des prédateurs nationaux. Ils continuent de sévir, au cœur de l’appareil d’Etat et à l’étranger, tant et si bien que le pays traîne, désormais, une réputation de laboratoire de la criminalité en col blanc.

Dans l’attente de l’évolution du dossier vers une décision d’ultime ressort puis de cassation éventuelle, les militants et élus que je représente s’en tiennent à un commentaire de prudence et de retenue. Par sens de l’honneur et devoir d’empathie à l’endroit de puissants soudain évincés, aucun d’entre nous ne souhaite accabler le prévenu, dont la hargne, faut-il le rappeler, nous aura valu tant de souffrances, de tortures, de mépris et d’humiliation.

Député Biram Dah Abeid
Paris, le 05 décembre 2023

● Allocution du député Biram Dah Abeid, président d’IRA, à la commémoration des martyrs de l’armée mauritanienne, le 27-28 novembre à Bruxelles.



27,28 : Deuil et faillite économique et morale

Hier, le 27 novembre 2023, lors d’une audience de son procès, l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, fait usage du droit à la contradiction. A sa propre initiative, devant l’assistance, il reconnaît avoir reçu, de son successeur, en août 2019, des millions de dollars et d’euros en liquide et 50 véhicules neufs soulignant qu’il s’agit d’une partie du reliquat de la campagne électorale de la même année, au terme de laquelle Mohamed Ould Cheikh Ghazouani accédait à la magistrature suprême.
D’emblée, les déclarations du susdit comportent quelques enseignements et suscitent des observations, à la fois d’ordre empirique et moral :
1. L’opacité du financement du parti Upr, devenu Insaf est désormais établie, hors de la moindre ambiguïté.
2. Les faits allégués relèvent du crime économique et appellent une enquête, distincte de la procédure en cours. Après 45 ans de règne de la concussion et de la prévarication, l’occasion s’offre ainsi, à la justice, de redorer son blason, ô combien terni.
3. Le caractère tardif des révélations laisse transparaître une volonté manifeste de règlement de comptes, dans le cadre de la lutte de préséance entre l’ex-Chef de l’Etat et l’actuel.
4. Longuement, à la faveur d’un monologue interminable, l’ex-chef de l’Etat Mauritanien s’est livré au décompte de ses « réalisations » avec une insistance sur la réorganisation et la modernisation des forces armées, comme s’il cherchait à stimuler-entretenir la tentation d’un nouveau putsch.
5. La gouvernance militaire de la République islamique de Mauritanie correspond, loin de l’exagération et de la surenchère, à une entreprise de prédation, relevant du modèle classique de privatisation du profit et de socialisation des pertes. Les tribus et les clans restent les acteurs et bénéficiaires exclusifs du pillage.
6. A la veille de la commémoration de la fête de l’Indépendance, au demeurant endeuillée par la tuerie raciste d’Inal (27 novembre 1990), il ressort que la restauration de la concorde entre nos compatriotes requiert un débat ouvert et inclusif quant à l’urgence de refonder le vivre-ensemble, sur des bases de transparence de la gestion publique, de vérité et de réparation. Derrière les violations massives de la dignité de la personne, prospère, en réalité, une industrie du détournement et de la fraude ; les Mauritaniens en ont été constamment distraits.
7. Les Mauritaniens vont devoir donner raison à une certaine opposition et lui demander pardon, elle qui dénonce de tels agissements, depuis des décennies, sans parvenir à en produire la preuve. L’aveu de Mohamed Ould Abdel Aziz vient combler la faille, enfin. Il appartient, à l’opinion, de se livrer à l’examen rétrospectif : qui a volé, torturé, déporté, tué et s’en trouve toujours récompensé ?
8. La corruption au sein de l’appareil d’Etat constitue un pilier structurant de l’exercice du pouvoir politique en Mauritanie. La pratique atteint un niveau de banalisation tel qu’une épuration s’impose, sous peine de voir le pays se disloquer, à l’image de la Somalie de Siad Barre.
9. Compte tenu de ce qui précède, il serait extrêmement préjudiciable, à l’avenir de l’Etat de droit, que les actes délictuels de l’ancien Président et ses complices inclus ou en dehors de la procédure judiciaire actuelle, ainsi que de grands escrocs, habillés en hommes d’affaire, arnaquants l’Etat et corrompants les hauts fonctionnaires, soient couverts, un jour, par leurs soustraction à la loi, l’impunité ou autre mesure d’amnistie ou de grâce. Le moment d’en finir avec l’impunité multidimensionnelle n’a que trop tardé.

Biram Dah Abeid
Bruxelles, 28 novembre 2023.

● L’impunité juridique perpétue l’esclavage en Mauritanie – [IRA-Mauritanie]


Le représentant d’IRA à Boghé (Localité dépendant de la région du Brakna, située à 150 km au sud-ouest d’Aleg, la capitale régionale), Mr Khoumeyni Laghdaf, informa la mission d’IRA le samedi 14 octobre 2023 qu’il a trouvé un enfant, Mahmoud Abdallahi (10 ans), dans un piteux état après avoir marché 18 km à pied et qu’il l’a emmené au commissariat de police en attendant de trouver quelqu’un de sa famille ou de la famille qui l’exploitait. L’enfant Mahmoud Abdallahi est de la localité de Mayguoum, située dans département de Bababé (à 80 km de Boghé, dans la Vallée du fleuve Sénégal) et travaillait à Dourweit entre les municipalités de Boghé et Bouhdida à 90 km de sa famille à Mayguoum. Il gardait les troupeaux pour son exploiteur Bah Abdelwehab mais quand ce dernier a appris que des activistes d’IRA, réputés rigoureux et entreprenants, à travers les plaintes qu’ils portent devant les tribunaux contre les esclavagistes et trafiquants d’enfants en faveur des victimes, sont dans la région, ils se sont empressés de chasser l’enfant pour éviter d’être découvert en flagrant délit d’esclavage et d’exploitation de mineur.
La délégation d’IRA est arrivée à la brigade de Boghé le 14 octobre 2023 à 10h30 et a trouvé le commissaire de police de la ville, sur le point de libérer le bourreau Bah Abdelwehab. L’enfant a été signalé et son exploiteur dénoncé par les militants locaux (section IRA de Boghé) qui avaient intercepté le garçon Mahmoud Abdallahi en détresse et en errance. La délégation d’IRA a demandé les raisons de cette libération prématurée ; l’officier de police judiciaire leur répondit que la mère de la présumée victime Mahmoud Abdallahi a dit qu’il est né en 2003 et qu’il est majeur donc le procureur d’Aleg Cheikh Baye nous a dit de le libérer. La délégation a demandé des preuves car de l’enfant ne leur parait pas avoir plus de 10 ans. Quelques minutes après le commissaire est revenu leur dire : « nous, on ne travaille pas avec les organisations, on travaille seulement avec le procureur et il nous a dit de le libérer ». La délégation lui a expliqué que s’il le libère, il devra les mettre à sa place. Le commissaire comprit le message et après quelques échanges entre la délégation d’IRA et le procureur, le commissaire revient quelques instants après pour le mettre sous contrôle judiciaire. La délégation lui demanda de leur confier la garde de l’enfant, il a répondit qu’il faut l’autorisation du procureur mais poursuit-il : « il est avec sa mère et ne trouvera pas mieux qu’elle pour le garder » la délégation répliqua que sa mère est complice de son exploitation et qu’elle doit être mise aux arrêts elle aussi. Ainsi le procureur refusa de l’éloigner du commissariat et de ses exploiteurs le commissaire a pris le soin de violer la procédure en s’entêtant à garder l’enfant dans le lieu de détention de la police avec le présumé exploiteur de l’enfant Bah Abdelwahab et la mère de l’enfant Vatimetou Mamadi qui est elle aussi esclave de l’exploiteur et à laquelle l’exploiteur a fait appel pour témoigner à sa décharge contre les allégations de l’enfant.
Le 17 octobre le procureur Cheikh Baye ordonne le transfert du dossier de la police vers la gendarmerie et le 18 octobre 2023, ils sont déférés devant le procureur de Aleg qui les a accusé d’exploitation de mineur et les a renvoyé vers le juge d’instruction Moctar Mohamed Hacen avec une demande de contrôle judiciaire justifiant cette clémence qu’il s’agit d’une femme, et d’un homme âgé et souffrant de diabète. Le juge d’instruction s’est contenté d’une garantie de présence.


Nouakchott 20/11/2023
La commission de communication

● La banalisation des crimes d’esclavage accentue ses pratiques en Mauritanie – [IRA-Mauritanie]

Protagonistes :
Présumés coupables : Hamoud Elvil
Prétendus parents de la victime : Vatimetou Mamadou et Mohamed Habib M’Bareck et son épouse Kebada
Victimes : Hacen Mohamed Mahmoud alias Jibril Mohamed (11ans)
Plaignante : Roughaya Chedad
Procureur : Cheikh Baye
Commandant de la brigade de gendarmerie : Leylily Mohamed Hacen
Juge d’instruction : Moctar Mohamed


Le jeudi 11 octobre 2023, une mission d’IRA conduite par le responsable de l’action de protection des droits de l’homme Abdallahi Abou Diop, accompagné de Mohamed Laghdaf Néma s’est rendue au Brakna (région située au sud-est de Nouakchott). Cette mission répond à l’appel au secours de madame Roughaya Chedad qui les informa que son fils disparu depuis 5 ans a été retrouvé avec le bourreau-esclavagiste du nom de Hamoud Elvil qui l’exploitait ; il s’agit de l’enfant mineur Hacen Mohamed Mahmoud âgé de 11 ans et qui s’appelle désormais Jibril Mohamed
La délégation est arrivée à la brigade de gendarmerie le 11 octobre 2023 à 22h. Ils ont pu échanger avec la dame Roghaya Chedad dite Vatimetou Mamadou et ses proches qui les ont informés qu’il y a une seconde famille qui réclame l’enfant et prétend que c’est leur fils et qui l’appellent Jibril Mohamed et qu’ils sont présentement à l’intérieur de la brigade de la gendarmerie avec le commandant. Ce dernier était au courant de l’arrivée de la mission d’IRA ; la mission informa le gendarme du but de leur mission et qu’ils sont venus assister, encadrer et accompagner l’enfant et sa famille. La gendarmerie avait déjà arrêté les présumés coupables Hamoud Vil et Mohamed Habib M’Bareck, la mère de la famille qui prétendait que c’est leur fils ainsi que l’enfant victime. La délégation d’IRA a beau expliquer au chef de brigade que l’enfant est mineur et victime et il n’a aucune raison de l’arrêter mais il a répondu que ce sont les ordres du procureur. Il prétend que l’enfant n’est pas formellement en garde à vue, mais il est retenu en compagnie des suspects mis aux arrêts selon les ordres du procureur du tribunal d’Aleg le juge Cheikh Baye Moustapha.
Le lendemain vendredi 13 octobre 2023 la mission d’IRA est revenue à la brigade dès 8h 30 le matin, ils ont constaté que l’enfant mineur et victime est placé avec ses bourreaux dans la même cellule. Ils ont dit au chef de brigade de la gendarmerie, l’officier de police judiciaire chargé d’instruire l’affaire, le nommé Leylily Mohamed Hacen, qu’il a biaisé toute l’enquête en mettant les bourreaux et la victime dans un même lieu où ils ont séjourné et passé la nuit ensemble. L’officier s’est empressé de séparer l’enfant de ses présumés bourreaux, mais le mal était déjà fait.
La délégation d’IRA a ensuite quitté la brigade de gendarmerie pour le tribunal d’Aleg ; ils ont attendu longtemps avant l’arrivée du procureur aux environs de 11h. Ils ont expliqué au procureur les manquements à la procédure très stricte sur la protection des mineurs face à leurs présumés bourreaux, fautes procédurales très graves commises par l’officier de police judiciaire notamment le fait d’arrêter la victime et de la mettre avec ses bourreaux. Bien sûr que les responsables d’IRA ont expliqué au procureur que l’officier gendarme a prétendu que c’est le procureur lui-même qui lui a ordonné de garder la victime dans la même cellule avec le suspect et dans le lieu de détention qui est la brigade de gendarmerie d’Aleg (Ville chef-lieu de la région du Brakna située à 300km au sud-est de la capitale mauritanienne Nouakchott). Le procureur convoqua séance tenante l’officier gendarme chef de brigade et lui fait part des griefs émis contre la procédure par les délégué d’IRA. Mais aucune sanction ou mesure n’a été prise contre l’officier de gendarmerie , ce qui prouve que le procureur comme tous les juges mauritaniens, n’est pas étranger à cette violation de la procédure qui fait partie des longues chaines de violations commises par les juges et les officiers de police judiciaire contre les victimes de l’esclavage en Mauritanie.
La mission d’ IRA sollicita auprès du procureur de lui donner la garde de l’enfant jusqu’à la fin de l’enquête, le procureur refusa prétextant qu’IRA est partie civile dans cette affaire et a demandé à l’enfant de choisir avec qui il veut partir. L’enfant choisira la femme qui le louait au bourreau qui l’exploitait, il s’agit de Kebada l’épouse de Mohamed Habib M’Bareck.


Le chef d’inculpation retenu contre les accusés est : Exploitation de mineurs.
Le Juge d’instruction met les présumés coupables sous contrôle judiciaire malgré la requête du procureur de leur délivrer un mandat de dépôt. Ce dernier a fait appel de cette décision inexplicable.


Nouakchott 20/11/2023
La commission de communication

● Projet AFRAB – retour de Dar es Salam | Message de remerciement du président d’IRA-Mauritanie

Message de remerciements pour les concepteurs et acteurs de AFRAB et d’informations pour le public abolitionniste.
J’informe tous les collègues, chercheurs ou activistes, avec qui j’ai partagé une excellente semaine à l’université de Dar es Salam, dans le cadre du projet AFRAB, que je suis arrivé au sein de la famille à Dakar, en parfaite santé et dans des bonnes conditions. Je compte aussi mobiliser des chercheurs mauritaniens, basés à l’université de Nouakchott ou dans des universités étrangères, pour rallier le projet et la conception AFRAB, une idée géniale qui contribuerait beaucoup à l’effort africain et mondial visant à informer sur l’esclavagisme en vue de son éradication totale.
Le projet AFRAB (acronym de «African Abolitionism: The Rise and Transformations of Anti-slavery in Africa») a soutenu et financé la participation de 32 participants, dont des membres du réseau G5 Sahel contre l’Esclavage, à la conférence UDSM en Dar es Salaam du 6 au 10 novembre 2023. Le G5 Sahel est un consortium d’ongs anti-esclavagistes, travaillant au Mali, Niger, Mauritanie, Tchad, Burkina Fasso et autres pays du Sahel, Sahara ou Afrique de l’Ouest. Le G5Sahel Contre l’Esclavage est dirigé par Ali Bouzou, secrétaire général du consortium et président de l’organisation Timidria du Niger. AFRAB est coordonné par la professeure Benedetta Rossi, basée au Département d’histoire de l’université « University College London » (UCL) à Londres, au Royaume-Uni. AFRAB est financé par le Conseil Européen de la Recherche (convention de subvention n° 885418).

Biram Dah Abeid

12 novembre 2023

● L’interview du journal Shems Maarif avec le député mauritanien Biram Dah Abeid.

Le journal électronique Shems Maarif
Interview avec le Deputé Biram Dah Abeid, président de l’ONG IRA; par Yedali Fall.

1- Shems Maarif : Monsieur le député bonjour. Vous revenez d’une tournée qui vous a conduit hors du pays. Quel en était l’objectif ?


Biram Dah Abeid: Mon voyage en Europe (France, Belgique et Suisse) visait trois objectifs : reprendre contact et s’organiser nos sections en Europe et la diaspora mauritanienne, pour les batailles présentes et futures, dans le domaine des droits humains et du projet d’alternance, faire l’état des lieux avec les partenaires d’IRA, européens et onusiens, de la situation du pays depuis que le régime du président Ghazouani a renié la ligne d’ouverture enclenchée, au début de son mandat, en direction de la mouvance citoyenne; le troisième objectif de ce voyage était consacré à mes contrôles de santé.


2/ Shems Maarif : Quelle lecture faites-vous de la scène politique nationale six mois après les élections du 13 mai 2023 ?

BDA : La scène et ses acteurs résultent d’une ligne de séparation racialiste et de classe, orchestrée par le régime en place, comme ses prédécesseurs issus du même bloc dominant que caractérisent le monolinguisme et le désir de la toute-puissance. Ces lignes discriminatoires et de fracture croissante se matérialise dans le refus catégorique, par le pouvoir et ses lois, d’autoriser l’activité des forces issus des milieux majoritaires : il faut, désormais, considérer que l’intimidation des autochtones d’ascendance subsaharienne, devient une finalité de l’Etat et des segments réactionnaires dont il tire sa légitimité. Victimes d’une gouvernance de marginalisation et d’impunité depuis plusieurs décennies, ces groupes subissent, aussi, l’interdiction de fonder de nouveaux partis, à l’ombre de la légalité. Du début du siècle jusqu’à nos jours le constat ne varie : Action pour le changement (Ac) et Convention pour le changement (Cc) ont été abrogés successivement ; de 2013 à 2014, la mesure d’éviction frappe Refondation pour une action globale (Rag) et Forces progressistes pour le changement (Fpc). Les Ong Touche pas à ma nationalité(Tpmn), l’organisation pour la promotion et l’officialisation des langues nationales(Olan), les associations des rescapés des vagues d’épuration ethniques, des veuves, des orphelins, sont privées de reconnaissance de jure ou/et de fait, un peu à l’image d’IRA, tolérée du bout des lèvres mais interdites de toute participation aux travaux de son interlocuteur officiel, en l’occurrence le Commissariat aux droits de l’Homme, à la lutte contre la pauvreté et à l’insertion. Les actes de représailles visent toute entité privée qui n’obéit pas aux limites du discours, de la pensée et des gestes assignés, par le pouvoir, aux acteurs de la société civile ; ici, les cas de dissidence, de liberté de ton et de lanceur d’alerte suscitent, de la part du gouvernement, une batterie de mesures de rétorsions. La plus immédiate consiste à exclure, les associations, du bénéfice des financements extérieurs, comme celui de la France, en Mauritanie. Donc l’état des lieux, au surlendemain des élections générales, se résume à un tableau d’apartheid politique exécuté au profit d’une communauté de citoyens de premier ordre au détriment de l’humanité périphérique, celle du nombre et de la misère où bouillonne la révolte des parias, la communauté de citoyens secondaires. Les Hratin, représentant, selon les approximations de la Banque mondiale (Bm)et d’autres institutions indépendantes, plus ou moins la moitié de la population ; ils ont droit à 10 sièges de député dans une assemblée qui en compte 176. Les communautés autochtones d’ascendance subsaharienne, même locutrices de l’arabe dialectal local, le hassaniya, n’ont pu bénéficier d’un traitement à la hauteur de leur domestication mentale, d’ailleurs achevée sous les auspices du sacré. L’Apartheid arabo-musulman prive, ces mauritaniens, de papiers d’état civil, donc du vote, en vue de reproduire une majorité artificielle dans les urnes et perpétuer, ainsi, la domination et la jouissance de ses fruits. La Commission nationale électorale indépendante (Céni) que le passé de son président expose à la défiance, est une boîte d’agents et d’hommes de mains du ministre de l’Intérieur, ainsi que de figurants de formations triées selon le triple critère de l’impuissance, de la connivence et de l’allégeance. Les anciens putschistes, usurpateurs et détourneurs des institutions civiles, ont mis en place un mécanisme trompeur de démocratie :  des partis vassalisés, d’autres alimentaires compulsifs, sans oublier la cohorte alignée dans le rang du ralliement, voici de quoi fabriquer des plébiscites discount. De facto, une seule communauté possède la faculté réelle d’écarter des concurrents, d’acheter des électeurs et de neutraliser la justice. Il n’est pas étonnant qu’elle gagne les élections, n’en déplaise aux enseignants d’arithmétique et de logique. Grace à ce procédé, en sus des coup d’Etat électoraux, comme la présidentielle de 2019, la majorité du peuple va continuer à souffrir jusqu’à l’éclatement d’une révolution violente à l’image des tristes et regrettables événements de l’île de Zanzibar, au milieu des années 60…


3/ Shems Maarif : Au vu du constat que vous venez de dresser êtes-vous candidat à l’élection présidentielle prochaine ?


BDA : Cette question doit être posée au régime en place, l’actuel chef de l’Etat et à son gouvernement ; sont-ils prêts admettre les conditions et le verdict d’une compétition équitable et impartiale ? Sont-ils prêts à accepter qu’un courant politique présidentiel comme le Rag, cesse d’être hors-la-loi ? Sont-ils prêts à accepter qu’un mouvement social anticonformiste, allergique aux œillères comme le Fpc, participe au marché ouvert de la persuasion, argument contre argument ? Sont-ils prêts à lever les obstructions énormes et infranchissables à l’enrôlement des Mauritaniens autochtones ? Sont-ils prêts à accepter une Céni, un Conseil constitutionnel (Cc), des fichier et code électoraux, transparents et consensuels ? Sont-ils prêts à accepter la candidature de Biram Dah Abeid, supporteraient-ils la participation d’un candidat qui aurait dû battre Ghazouani en 2019 et pourrait y parvenir 5 ans après ? Le président Ghazouani va-t-il accepter de courir le risque de valider une candidature qui lui imposerait un deuxième tour en 2024 et l’obligerait de recourir, une seconde fois, à l’armée et à la répression pour imposer sa victoire ? Ne serait-il plus en sécurité en éliminant la candidature d’un adversaire aguerri, notoire et dangereux, au profit de candidature faibles et convenues ? Je pense qu’il revient au pouvoir de clarifier sa prédisposition à réaliser une élection vraie ; c’est à lui de dire quelle catégorie de candidat autoriserait- il dans sa démocratie très contrôlée.


4/Shems Maarif : Quels rapports entretenez-vous avec les partis de l’opposition notamment l’UFP, le RFD qui ont engagé un dialogue avec le pouvoir ?

     
BDA : Nous en tant que courant de l’opposition, comme toutes les fractions qui l’animent, gardions des relations de concertation et de coordination avec ces deux partis, au titre de de notre rejet commun du dernier scrutin au suffrage universel mais, à notre grande surprise, nos alliés sont brusquement revenus, d’une pêche nocturne avec, au fond du filet, un accord de connivence générale, entre le gouvernement et eux, sur le fondement de mots d’ordre et d’intention forts louables; aujourd’hui, les voici partenaires de l’Insaf, donc, membres de la majorité, c’est-à-dire comptables de son bilan et de ses erreurs. 


5/Shems Maarif : Le président du parti SAWAB sous les couleurs duquel vous êtes élus à l’Assemblée nationale pour la seconde fois a écrit sur sa page FACEBOOK un commentaire très critique à l’égard des propos du président GHAZOUANI concernant la France partagez-vous ces propos ?  Vous engagent-ils ?

BDA : De prime abord, il est de notoriété publique que les liens du parti de mes compagnons de Rag à ceux de Sawab, concernent plutôt les élections. Les membres du Rag n’ont pas intégré le parti Sawab et Sawab réciproquement. Certaines personnalités du Sawab, ne cachent pas leurs hostilité et allergie à davantage de rapprochement avec le Rag. En vérité, l’idéologie des uns et des autres ainsi que leurs choix et priorités divergent, quant au fond et de manière décisive.  
C’est pourquoi, en vertu d’une certaine forme de coordination électorale, le Rag hors-la-loi ne pouvait se présenter au vote que sous le label, le couvert d’une entité reconnue ; alors, d’entente commune, sans drame ni épanchement, les deux partis développent chacun sa stratégie, ses positions et ses discours, en toute autonomie. Par exemple, le Rag s’est retiré, en mai 2022, du dialogue concocté par le président Ghazouani lorsque nous avons été trahis ; or, Sawab est resté siéger avec d’autres partis jusqu’à ce que le président Ghazouani mette un terme à l’expérience, sans consulter ses partenaires du moment. Lorsque le Chef de l’Etat et son ministre de l’Intérieur initiaient un autre dialogue à la veille des dernières élections locales et législatives anticipées, ils avaient pris le soin préalable de le restreindre à un format excluant les courants d’opinion non-autorisés ; Sawab, en toute indépendance et liberté, participa au rendez-vous. Concernant le libellé de votre question, nous assumons nos critiques à l’endroit du président Ghazouani et le parti Sawab formule les siennes propres, ceci n’est pas un problème et c’est un fait connu de tous. Par ailleurs, nous sommes entièrement d’accord avec le ministre de l’Economie, Abdessalam Mohamed Saleh, quand il rappelle que le Français est une langue d’innovation scientifique, qui fait désormais partie de nos patrimoine et personnalité culturelle ; avec l’Arabe, le Français reste notre langue de travail et d’ouverture sur le monde et d’acquisition des sciences. Je pense, pour ma part, que le véritable impérialisme qui nous a défiguré sur le plan culturel et religieux et mis en danger, à long terme notre sécurité physique et culturelle, c’est l’hégémonie wahabite ; nous dénonçons son emprise sur la vulnérabilité sociale, ses projets de domination du monde, d’occultation perpétuelle des femmes et  l’inclination de ses disciples à appliquer, le droit musulman de l’esclavage ; à cause du pétrodollar et du délire arabiste, nous avons été déracinés de chez nous, notre Islam tolérant a cédé la place aux pratiques rigoristes, ô combien étrangères à notre mémoire; le radicalisme et l’extrémisme violent nous ont infiltré, cassé notre mode de vie, la dénomination de nos paysages et lieux-dits et notre toponymie ; même les prénoms de nos enfants sont maintenant importés de la chanson de variété et du cinéma de l’Orient sémite. L’hégémonie culturelle en Mauritanie vient de l’Orient ; à l’image des relations entre nos élites tribales et quelques puissants personnages du Golfe et du Bosphore, elle prend un visage si familier et banal que l’on finit par l’ignorer, comme une évidence. De mon point de vue, la France ne représente aucun danger culturel en Mauritanie. Nous pensons aussi, que dans le monde actuel, devenu un village unique, avec des défis très grands, multiples et variés, tous les pays du monde, et surtout le nôtre, ont besoin de la proximité de grandes nations, dont certaines valeurs cardinales fondent notre lutte et la marqueront toujours ; je pense, ici, à la liberté et à l’égalité. La France et les Français en font partie.


6/ Shems Maarif : Un commentaire sur le procès de l’ancien président Mohamed OULD ABDEL AZIZ.


BDB : Nous pensons que ce procès pouvait être une énorme opportunité pour la Mauritanie, n’eussent était la flagrance d’une procédure ciblée, l’arrangement de l’impunité et la poursuite de la corruption, de la gabegie et du pillage, sous l’ère de son successeur. Je qualifierait, ce procès, de « gâchis »…


7/ Shems Maarif : Vous avez eu un entretien avec l’ambassadeur de l’Union européenne, quel était l’objet de cette rencontre ?


BDA : J’étais reçu par son Excellence l’ambassadeur de l’Union européenne (Ue) à Nouakchott, en compagnie des présidents des Fpc, Samba Thiam et du président du Rag, Oumar Yali; l’entretient s’est articulé autour d’échanges sur les questions de l’État de droits et des droits humains.


8/ Shems Maarif : Mr Samba Thiam président des FPC était présent lors de cet entretien, il était également à vos côtés lors de la visite de Mr Andres Morana directeur du bureau chargé de la Mauritanie au Département d’Etat américain peut-on parler d’un rapprochement entre vous ?


BDA : Franchement parlé, et vous pouvez remonter le fil de notre existence, dès la naissance d’IRA et de Rag, nous avons toujours été engagés jusqu’au bout, en discours et actes, dans la promotion des causes justes. Samba Thiam est parmi les portes flambeau légitimes de la plupart de ces causes. Nous nous n’avons jamais été loin ni des victimes de l’injustice ni des porteurs de leur revendication. 


9/ Shems Maarif : Un mot pour la Palestine
BDA : Si l’Occident ne se ressaisit pas de la pente glissante et dangereuse où l’entraîne le fasciste Netanyahu et sa bande de tueurs, le monde dit libéral et libre va devoir entamer son déclin mortel que le glas conclut. Vive le Peuple de Palestine, Vive la solution à deux États !
Merci

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● Mauritanie : cet esclavage qu’on ne saurait voir [IRA-Mauritanie]

Initiative de Résurgence Abolitionniste(IRA)
Communiqué :

Mauritanie : cet esclavage qu’on ne saurait voir
https://reliefweb.int/report/mauritania/visite-en-mauritanie-rapport-du-rapporteur-special-sur-les-formes-contemporaines-desclavage-y-compris-leurs-causes-et-leurs-consequences-tomoya-obokata-ahrc5430add2
Nous le dénonçons tous les jours et faisons, de son éradication, le combat de notre vie : l’esclavage en Mauritanie existe, malgré les dénégations des auteurs et de leurs complices. La posture de la fermeté implique notre diabolisation par le pouvoir d’Etat et l’assise conservatrice dont il tire sa force dans la société. L’acharnement sans précédent contre le mouvement abolitionniste et citoyen revêt plusieurs formes et ainsi se renouvelle, non sans adopter, à titre de constance, la mauvaise foi et la diversion.
Pourtant, le Président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani, avançait avec nous sur le plan du dialogue et de l’apaisement entre le gouvernement et la société civile indépendante et active. Or, brusquement, son camp et lui se braquèrent lorsque l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira) rencontra le Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les formes contemporaines d’esclavage ; durant l’entretien, notre association exposa, fidèlement, selon ses habitude et vocation, l’actualité des inégalités de naissance et leur fondement religieux-racialiste. L’audience de mai 2022, portait sur l’esclavage, le système de castes, les formes de dépendance assimilées et l’impunité globale qui vise, d’abord, les descendants d’africains subsahariens.
L’aile dure, suprématiste et obscurantiste du pouvoir a convaincu, le Chef de l’Etat, de rompre le dialogue, avec Ira, s’agissant du défi de défense et de promotion des droits humains en Mauritanie. La rupture unilatérale entraîna une régression, qui désormais se présente en retour au point de départ, avec son lot de harcèlement, de soupçon et de brutalité policière. Le ministre de l’Intérieur, représentant de la réaction au sein du régime, porte la responsabilité de la dégradation en cours. Voici quelques conséquences :
1. Nos manifestations, autorisées ou non autorisées – c’est le cas le plus souvent – sont violemment réprimées ;
2. Notre Ong Ira est exclue des activités officielles tant qu’elles traitent de la dignité de la personne ; quand notre vigueur initiale outrepasse le seuil de pensée et d’action arbitrairement défini par les maitres d’hier, ceux-là nous réputent extrémistes, voire racistes. N’est-ce pas ironique ?!
3. Nos militants et sympathisants sont traqués, surveillés, espionnés en Mauritanie et à l’étranger, y compris le député Biram Dah Abeid.
Confirmation de la légitimité de notre combat par les instances Onusiennes
En dépit d’un tel luxe d’obstruction et de malveillance, le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, lors de sa 54ème session consacrée à la promotion et à la protection de tous les droits de l’homme, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels – y compris au développement – a relevé, sans ambigüité, que l’esclavage persiste dans les communautés arabophones (Maures) et négro-mauritaniennes (Soninké, Wolof et Peuls). D’ailleurs, le rapport sacrifie au détail : « La communauté maure se compose de deux groupes, les Beydanes, groupe dominant d’origine arabo-berbère, et les Haratines, descendants d’esclaves originaires des communautés noires de la Mauritanie, qui partagent une culture commune avec les Beydanes. Les Haratines sont soumis à l’esclavage traditionnel depuis toujours, bien que cette pratique soit peut-être moins répandue aujourd’hui que par le passé. Même en l’absence de liens formels de « propriété », de nombreux Haratines restent économiquement, socialement et culturellement dépendants des personnes qui les ont longtemps réduits en esclavage, car ils n’ont pas d’autres solutions économiques viables et sont victimes de discriminations multiples »
Parlant de la même réalité à l’intérieur des communautés négro-mauritaniennes, le rapport Onusien souligne : « Le système de castes maintient les descendants d’esclaves dans une situation de dépendance économique, sociale et culturelle vis-à-vis des membres des castes dominantes, comme on le voit par exemple chez les Soninké ».
Le document précise, également « qu’on observe de nombreuses formes contemporaines d’esclavage en Mauritanie, notamment le travail forcé, l’exploitation par le travail et la servitude domestique. Ces formes d’esclavage concernent les Mauritaniens, quelle que soit leur origine, ainsi que les migrants ».
La teneur du texte Onusien conforte notre lutte car il reconnaît, explicitement, l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Hélas, la dénonciation des abus nous a valu la haine, l’humiliation, la prison et même l’exil, pour certains. Il est grand temps que les autorités Mauritaniennes arrêtent d’occulter l’évidence.
La supercherie de la lutte contre l’esclavage
Tous les régimes qui se sont succédé à la tête du pays jouent l’identique stratagème de l’hypocrisie, face aux organisations internationales. En effet, voilà un Etat qui nie l’existence de la servitude de caste et, dans le même temps, mène un combat inique contre les activistes de l’égalité, tout en votant des stipulations de répression de l’esclavage ! Les autorités poussent le cynisme jusqu’à créer des chambres spéciales en charge d’appliquer les lois en question….
Aux fins de tromper les instances internationales des droits de l’homme, la Mauritanie fabrique une panoplie d’institutions de l’enfumage : commission nationale des droits de l’homme, commissariat aux droits de l’homme, mécanisme national de prévention de la torture, instance nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants, médiateur de la République et bien d’autres sinécures dont la distraction du public constitue l’unique finalité. L’ensemble des paravents précités tombe aux mains de personnes connues par leur acclimatation biberonnée à l’emploi fictif, source de confort et d’immunité. En contrepartie des privilèges indus, chacune se charge de remplir sa part du faux, du dénigrement et de l’esquive. Il s’agit de coquilles vides à l’adresse de diplomates et de membres d’institutions internationales que leur bonne foi prédispose à la crédulité. Néanmoins, la déclaration du rapporteur onusien, publiée à Genève pendant le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, lors de sa 54ème session, de surcroît en présence d’une délégation officielle de la Mauritanie, est venue, dans ses grandes lignes, tarir la source du mensonge, du moins l’instant d’une sidération, avant le réveil des contrefacteurs.
Au scandale soigneusement tu par la presse du système, s’ajoute le constat de procès bien ciblés ou les accusés, certes justiciables de « crimes contre l’humanité », comparaissent libres ou in absentia. Au terme du jugement, instruction est donnée, à toutes les forces de police et de sécurité, de ne jamais arrêter ni même signaler le prévenu. Cependant, la sentence destinée à envoûter la communauté internationale est largement diffusée. Quand l’énoncé de la peine atteint 10 années de réclusion criminelle, le condamné sort de prison, 2 à 3 mois plus tard, après que le gouvernement a exploité la médiatisation de la sentence. L’étranger floué l’ignore, l’opinion locale s’installe dans l’indifférence et le tour est joué !
Le projet de loi karama, autre épisode de la dissimulation
Le 6 octobre 2023, un groupe d’expertes de l’ONU critiquait, pendant une conférence de presse à Nouakchott, le «déni» des violences du genre, en Mauritanie. Mme Meskerem Geset Techane, présidente adjointe du groupe de Travail des Nations unies sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, l’a qualifié de problème le plus grave. Non sans courage, malgré les insultes et les menaces de pseudo-journalistes pro gouvernement et d’inspiration daeshienne, elle trouva les mots justes, sans surenchère ni complaisance.
Des parlementaires et des « érudits », souvent proches du pouvoir, montèrent au créneau pour dénoncer le texte qu’ils jugent contraire à la loi islamique et à la Constitution. Avec l’aval d’une aile conservatrice du gouvernement et des affidés de l’Etat profond, des manifestations pullulaient, partout sur le territoire, afin d’intimider les associations des droits de l’homme et d’étouffer la voix de l’émancipation.
Nous dénonçons, ici, la très forte probabilité d’un complot visant à dire, aux partenaires onusiens et du monde libre, « exonérez-nous de cette norme encombrante sinon, en l’adoptant, nous nous exposons aux foudres de Daesh et d’Alqaida » ! D’ailleurs, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, au cours du dernier conseil des ministres, vint rassurer le bloc historique, en affirmant que «rien ne sera fait qui soit contraire à la charia » ; il évoque la même charia de Mauritanie dont les livres codifient l’esclavage, la minorité de la femme et sa chosification.
Dans le domaine des droits humains et de gouvernance vertueuse, la sincérité du gouvernement reste à prouver. Il navigue toujours au fond des eaux troubles de l’ambivalence et de la quête de financements, loin de consentir la moindre contrepartie, en termes de réalisation. Aux amis et alliés stratégiques de la Mauritanie d’en tirer l’amère leçon : dans ce pays, le sérieux est pénurie ; derrière quasiment tout ce qui s’y affiche, sous les oripeaux de la solennité, avance une menterie masquée…


Nouakchott, 16 octobre 2023

● Communiqué de presse Hommage à la présidente Fatimata Mbaye – [IRA-Mauritanie]

Initiative de Résurgence Abolitionniste(IRA)

Communiqué de presse
Hommage à la présidente Fatimata Mbaye

Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA) se félicite et félicite les organisations et activistes des droits de l’Homme en Mauritanie à l’occasion de la nomination de la présidente Fatimata Mbaye à l’occasion de sa nomination par le secrétaire général des Nations-Unies comme membre du Conseil d’administration du fonds des contributions volontaires des Nations-Unies sur les formes contemporaines d’esclavage. IRA souhaite beaucoup de succès à maître Fatimata Mbaye, défenseuse déterminée, pleine de constance et d’abnégation contre des différentes et multiples violations des droits et dignité de personnes en Mauritanie. La présidente de l’AMDH (Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) a été non sans courage et désintéressement total, avec toutes les victimes dont les nombreuses vagues de détenus d’opinion parmi les rangs de l’ONG IRA au fil des années.
Nous remercions vivement les différentes instances des Nations-Unies dont le secrétaire général, de cette reconnaissance très largement méritée.

Nouakchott, 10 octobre 2023

La commission de la communication