● L’interview du journal Shems Maarif avec le député mauritanien Biram Dah Abeid.

Le journal électronique Shems Maarif
Interview avec le Deputé Biram Dah Abeid, président de l’ONG IRA; par Yedali Fall.

1- Shems Maarif : Monsieur le député bonjour. Vous revenez d’une tournée qui vous a conduit hors du pays. Quel en était l’objectif ?


Biram Dah Abeid: Mon voyage en Europe (France, Belgique et Suisse) visait trois objectifs : reprendre contact et s’organiser nos sections en Europe et la diaspora mauritanienne, pour les batailles présentes et futures, dans le domaine des droits humains et du projet d’alternance, faire l’état des lieux avec les partenaires d’IRA, européens et onusiens, de la situation du pays depuis que le régime du président Ghazouani a renié la ligne d’ouverture enclenchée, au début de son mandat, en direction de la mouvance citoyenne; le troisième objectif de ce voyage était consacré à mes contrôles de santé.


2/ Shems Maarif : Quelle lecture faites-vous de la scène politique nationale six mois après les élections du 13 mai 2023 ?

BDA : La scène et ses acteurs résultent d’une ligne de séparation racialiste et de classe, orchestrée par le régime en place, comme ses prédécesseurs issus du même bloc dominant que caractérisent le monolinguisme et le désir de la toute-puissance. Ces lignes discriminatoires et de fracture croissante se matérialise dans le refus catégorique, par le pouvoir et ses lois, d’autoriser l’activité des forces issus des milieux majoritaires : il faut, désormais, considérer que l’intimidation des autochtones d’ascendance subsaharienne, devient une finalité de l’Etat et des segments réactionnaires dont il tire sa légitimité. Victimes d’une gouvernance de marginalisation et d’impunité depuis plusieurs décennies, ces groupes subissent, aussi, l’interdiction de fonder de nouveaux partis, à l’ombre de la légalité. Du début du siècle jusqu’à nos jours le constat ne varie : Action pour le changement (Ac) et Convention pour le changement (Cc) ont été abrogés successivement ; de 2013 à 2014, la mesure d’éviction frappe Refondation pour une action globale (Rag) et Forces progressistes pour le changement (Fpc). Les Ong Touche pas à ma nationalité(Tpmn), l’organisation pour la promotion et l’officialisation des langues nationales(Olan), les associations des rescapés des vagues d’épuration ethniques, des veuves, des orphelins, sont privées de reconnaissance de jure ou/et de fait, un peu à l’image d’IRA, tolérée du bout des lèvres mais interdites de toute participation aux travaux de son interlocuteur officiel, en l’occurrence le Commissariat aux droits de l’Homme, à la lutte contre la pauvreté et à l’insertion. Les actes de représailles visent toute entité privée qui n’obéit pas aux limites du discours, de la pensée et des gestes assignés, par le pouvoir, aux acteurs de la société civile ; ici, les cas de dissidence, de liberté de ton et de lanceur d’alerte suscitent, de la part du gouvernement, une batterie de mesures de rétorsions. La plus immédiate consiste à exclure, les associations, du bénéfice des financements extérieurs, comme celui de la France, en Mauritanie. Donc l’état des lieux, au surlendemain des élections générales, se résume à un tableau d’apartheid politique exécuté au profit d’une communauté de citoyens de premier ordre au détriment de l’humanité périphérique, celle du nombre et de la misère où bouillonne la révolte des parias, la communauté de citoyens secondaires. Les Hratin, représentant, selon les approximations de la Banque mondiale (Bm)et d’autres institutions indépendantes, plus ou moins la moitié de la population ; ils ont droit à 10 sièges de député dans une assemblée qui en compte 176. Les communautés autochtones d’ascendance subsaharienne, même locutrices de l’arabe dialectal local, le hassaniya, n’ont pu bénéficier d’un traitement à la hauteur de leur domestication mentale, d’ailleurs achevée sous les auspices du sacré. L’Apartheid arabo-musulman prive, ces mauritaniens, de papiers d’état civil, donc du vote, en vue de reproduire une majorité artificielle dans les urnes et perpétuer, ainsi, la domination et la jouissance de ses fruits. La Commission nationale électorale indépendante (Céni) que le passé de son président expose à la défiance, est une boîte d’agents et d’hommes de mains du ministre de l’Intérieur, ainsi que de figurants de formations triées selon le triple critère de l’impuissance, de la connivence et de l’allégeance. Les anciens putschistes, usurpateurs et détourneurs des institutions civiles, ont mis en place un mécanisme trompeur de démocratie :  des partis vassalisés, d’autres alimentaires compulsifs, sans oublier la cohorte alignée dans le rang du ralliement, voici de quoi fabriquer des plébiscites discount. De facto, une seule communauté possède la faculté réelle d’écarter des concurrents, d’acheter des électeurs et de neutraliser la justice. Il n’est pas étonnant qu’elle gagne les élections, n’en déplaise aux enseignants d’arithmétique et de logique. Grace à ce procédé, en sus des coup d’Etat électoraux, comme la présidentielle de 2019, la majorité du peuple va continuer à souffrir jusqu’à l’éclatement d’une révolution violente à l’image des tristes et regrettables événements de l’île de Zanzibar, au milieu des années 60…


3/ Shems Maarif : Au vu du constat que vous venez de dresser êtes-vous candidat à l’élection présidentielle prochaine ?


BDA : Cette question doit être posée au régime en place, l’actuel chef de l’Etat et à son gouvernement ; sont-ils prêts admettre les conditions et le verdict d’une compétition équitable et impartiale ? Sont-ils prêts à accepter qu’un courant politique présidentiel comme le Rag, cesse d’être hors-la-loi ? Sont-ils prêts à accepter qu’un mouvement social anticonformiste, allergique aux œillères comme le Fpc, participe au marché ouvert de la persuasion, argument contre argument ? Sont-ils prêts à lever les obstructions énormes et infranchissables à l’enrôlement des Mauritaniens autochtones ? Sont-ils prêts à accepter une Céni, un Conseil constitutionnel (Cc), des fichier et code électoraux, transparents et consensuels ? Sont-ils prêts à accepter la candidature de Biram Dah Abeid, supporteraient-ils la participation d’un candidat qui aurait dû battre Ghazouani en 2019 et pourrait y parvenir 5 ans après ? Le président Ghazouani va-t-il accepter de courir le risque de valider une candidature qui lui imposerait un deuxième tour en 2024 et l’obligerait de recourir, une seconde fois, à l’armée et à la répression pour imposer sa victoire ? Ne serait-il plus en sécurité en éliminant la candidature d’un adversaire aguerri, notoire et dangereux, au profit de candidature faibles et convenues ? Je pense qu’il revient au pouvoir de clarifier sa prédisposition à réaliser une élection vraie ; c’est à lui de dire quelle catégorie de candidat autoriserait- il dans sa démocratie très contrôlée.


4/Shems Maarif : Quels rapports entretenez-vous avec les partis de l’opposition notamment l’UFP, le RFD qui ont engagé un dialogue avec le pouvoir ?

     
BDA : Nous en tant que courant de l’opposition, comme toutes les fractions qui l’animent, gardions des relations de concertation et de coordination avec ces deux partis, au titre de de notre rejet commun du dernier scrutin au suffrage universel mais, à notre grande surprise, nos alliés sont brusquement revenus, d’une pêche nocturne avec, au fond du filet, un accord de connivence générale, entre le gouvernement et eux, sur le fondement de mots d’ordre et d’intention forts louables; aujourd’hui, les voici partenaires de l’Insaf, donc, membres de la majorité, c’est-à-dire comptables de son bilan et de ses erreurs. 


5/Shems Maarif : Le président du parti SAWAB sous les couleurs duquel vous êtes élus à l’Assemblée nationale pour la seconde fois a écrit sur sa page FACEBOOK un commentaire très critique à l’égard des propos du président GHAZOUANI concernant la France partagez-vous ces propos ?  Vous engagent-ils ?

BDA : De prime abord, il est de notoriété publique que les liens du parti de mes compagnons de Rag à ceux de Sawab, concernent plutôt les élections. Les membres du Rag n’ont pas intégré le parti Sawab et Sawab réciproquement. Certaines personnalités du Sawab, ne cachent pas leurs hostilité et allergie à davantage de rapprochement avec le Rag. En vérité, l’idéologie des uns et des autres ainsi que leurs choix et priorités divergent, quant au fond et de manière décisive.  
C’est pourquoi, en vertu d’une certaine forme de coordination électorale, le Rag hors-la-loi ne pouvait se présenter au vote que sous le label, le couvert d’une entité reconnue ; alors, d’entente commune, sans drame ni épanchement, les deux partis développent chacun sa stratégie, ses positions et ses discours, en toute autonomie. Par exemple, le Rag s’est retiré, en mai 2022, du dialogue concocté par le président Ghazouani lorsque nous avons été trahis ; or, Sawab est resté siéger avec d’autres partis jusqu’à ce que le président Ghazouani mette un terme à l’expérience, sans consulter ses partenaires du moment. Lorsque le Chef de l’Etat et son ministre de l’Intérieur initiaient un autre dialogue à la veille des dernières élections locales et législatives anticipées, ils avaient pris le soin préalable de le restreindre à un format excluant les courants d’opinion non-autorisés ; Sawab, en toute indépendance et liberté, participa au rendez-vous. Concernant le libellé de votre question, nous assumons nos critiques à l’endroit du président Ghazouani et le parti Sawab formule les siennes propres, ceci n’est pas un problème et c’est un fait connu de tous. Par ailleurs, nous sommes entièrement d’accord avec le ministre de l’Economie, Abdessalam Mohamed Saleh, quand il rappelle que le Français est une langue d’innovation scientifique, qui fait désormais partie de nos patrimoine et personnalité culturelle ; avec l’Arabe, le Français reste notre langue de travail et d’ouverture sur le monde et d’acquisition des sciences. Je pense, pour ma part, que le véritable impérialisme qui nous a défiguré sur le plan culturel et religieux et mis en danger, à long terme notre sécurité physique et culturelle, c’est l’hégémonie wahabite ; nous dénonçons son emprise sur la vulnérabilité sociale, ses projets de domination du monde, d’occultation perpétuelle des femmes et  l’inclination de ses disciples à appliquer, le droit musulman de l’esclavage ; à cause du pétrodollar et du délire arabiste, nous avons été déracinés de chez nous, notre Islam tolérant a cédé la place aux pratiques rigoristes, ô combien étrangères à notre mémoire; le radicalisme et l’extrémisme violent nous ont infiltré, cassé notre mode de vie, la dénomination de nos paysages et lieux-dits et notre toponymie ; même les prénoms de nos enfants sont maintenant importés de la chanson de variété et du cinéma de l’Orient sémite. L’hégémonie culturelle en Mauritanie vient de l’Orient ; à l’image des relations entre nos élites tribales et quelques puissants personnages du Golfe et du Bosphore, elle prend un visage si familier et banal que l’on finit par l’ignorer, comme une évidence. De mon point de vue, la France ne représente aucun danger culturel en Mauritanie. Nous pensons aussi, que dans le monde actuel, devenu un village unique, avec des défis très grands, multiples et variés, tous les pays du monde, et surtout le nôtre, ont besoin de la proximité de grandes nations, dont certaines valeurs cardinales fondent notre lutte et la marqueront toujours ; je pense, ici, à la liberté et à l’égalité. La France et les Français en font partie.


6/ Shems Maarif : Un commentaire sur le procès de l’ancien président Mohamed OULD ABDEL AZIZ.


BDB : Nous pensons que ce procès pouvait être une énorme opportunité pour la Mauritanie, n’eussent était la flagrance d’une procédure ciblée, l’arrangement de l’impunité et la poursuite de la corruption, de la gabegie et du pillage, sous l’ère de son successeur. Je qualifierait, ce procès, de « gâchis »…


7/ Shems Maarif : Vous avez eu un entretien avec l’ambassadeur de l’Union européenne, quel était l’objet de cette rencontre ?


BDA : J’étais reçu par son Excellence l’ambassadeur de l’Union européenne (Ue) à Nouakchott, en compagnie des présidents des Fpc, Samba Thiam et du président du Rag, Oumar Yali; l’entretient s’est articulé autour d’échanges sur les questions de l’État de droits et des droits humains.


8/ Shems Maarif : Mr Samba Thiam président des FPC était présent lors de cet entretien, il était également à vos côtés lors de la visite de Mr Andres Morana directeur du bureau chargé de la Mauritanie au Département d’Etat américain peut-on parler d’un rapprochement entre vous ?


BDA : Franchement parlé, et vous pouvez remonter le fil de notre existence, dès la naissance d’IRA et de Rag, nous avons toujours été engagés jusqu’au bout, en discours et actes, dans la promotion des causes justes. Samba Thiam est parmi les portes flambeau légitimes de la plupart de ces causes. Nous nous n’avons jamais été loin ni des victimes de l’injustice ni des porteurs de leur revendication. 


9/ Shems Maarif : Un mot pour la Palestine
BDA : Si l’Occident ne se ressaisit pas de la pente glissante et dangereuse où l’entraîne le fasciste Netanyahu et sa bande de tueurs, le monde dit libéral et libre va devoir entamer son déclin mortel que le glas conclut. Vive le Peuple de Palestine, Vive la solution à deux États !
Merci

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● Mauritanie : cet esclavage qu’on ne saurait voir [IRA-Mauritanie]

Initiative de Résurgence Abolitionniste(IRA)
Communiqué :

Mauritanie : cet esclavage qu’on ne saurait voir
https://reliefweb.int/report/mauritania/visite-en-mauritanie-rapport-du-rapporteur-special-sur-les-formes-contemporaines-desclavage-y-compris-leurs-causes-et-leurs-consequences-tomoya-obokata-ahrc5430add2
Nous le dénonçons tous les jours et faisons, de son éradication, le combat de notre vie : l’esclavage en Mauritanie existe, malgré les dénégations des auteurs et de leurs complices. La posture de la fermeté implique notre diabolisation par le pouvoir d’Etat et l’assise conservatrice dont il tire sa force dans la société. L’acharnement sans précédent contre le mouvement abolitionniste et citoyen revêt plusieurs formes et ainsi se renouvelle, non sans adopter, à titre de constance, la mauvaise foi et la diversion.
Pourtant, le Président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani, avançait avec nous sur le plan du dialogue et de l’apaisement entre le gouvernement et la société civile indépendante et active. Or, brusquement, son camp et lui se braquèrent lorsque l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira) rencontra le Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les formes contemporaines d’esclavage ; durant l’entretien, notre association exposa, fidèlement, selon ses habitude et vocation, l’actualité des inégalités de naissance et leur fondement religieux-racialiste. L’audience de mai 2022, portait sur l’esclavage, le système de castes, les formes de dépendance assimilées et l’impunité globale qui vise, d’abord, les descendants d’africains subsahariens.
L’aile dure, suprématiste et obscurantiste du pouvoir a convaincu, le Chef de l’Etat, de rompre le dialogue, avec Ira, s’agissant du défi de défense et de promotion des droits humains en Mauritanie. La rupture unilatérale entraîna une régression, qui désormais se présente en retour au point de départ, avec son lot de harcèlement, de soupçon et de brutalité policière. Le ministre de l’Intérieur, représentant de la réaction au sein du régime, porte la responsabilité de la dégradation en cours. Voici quelques conséquences :
1. Nos manifestations, autorisées ou non autorisées – c’est le cas le plus souvent – sont violemment réprimées ;
2. Notre Ong Ira est exclue des activités officielles tant qu’elles traitent de la dignité de la personne ; quand notre vigueur initiale outrepasse le seuil de pensée et d’action arbitrairement défini par les maitres d’hier, ceux-là nous réputent extrémistes, voire racistes. N’est-ce pas ironique ?!
3. Nos militants et sympathisants sont traqués, surveillés, espionnés en Mauritanie et à l’étranger, y compris le député Biram Dah Abeid.
Confirmation de la légitimité de notre combat par les instances Onusiennes
En dépit d’un tel luxe d’obstruction et de malveillance, le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, lors de sa 54ème session consacrée à la promotion et à la protection de tous les droits de l’homme, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels – y compris au développement – a relevé, sans ambigüité, que l’esclavage persiste dans les communautés arabophones (Maures) et négro-mauritaniennes (Soninké, Wolof et Peuls). D’ailleurs, le rapport sacrifie au détail : « La communauté maure se compose de deux groupes, les Beydanes, groupe dominant d’origine arabo-berbère, et les Haratines, descendants d’esclaves originaires des communautés noires de la Mauritanie, qui partagent une culture commune avec les Beydanes. Les Haratines sont soumis à l’esclavage traditionnel depuis toujours, bien que cette pratique soit peut-être moins répandue aujourd’hui que par le passé. Même en l’absence de liens formels de « propriété », de nombreux Haratines restent économiquement, socialement et culturellement dépendants des personnes qui les ont longtemps réduits en esclavage, car ils n’ont pas d’autres solutions économiques viables et sont victimes de discriminations multiples »
Parlant de la même réalité à l’intérieur des communautés négro-mauritaniennes, le rapport Onusien souligne : « Le système de castes maintient les descendants d’esclaves dans une situation de dépendance économique, sociale et culturelle vis-à-vis des membres des castes dominantes, comme on le voit par exemple chez les Soninké ».
Le document précise, également « qu’on observe de nombreuses formes contemporaines d’esclavage en Mauritanie, notamment le travail forcé, l’exploitation par le travail et la servitude domestique. Ces formes d’esclavage concernent les Mauritaniens, quelle que soit leur origine, ainsi que les migrants ».
La teneur du texte Onusien conforte notre lutte car il reconnaît, explicitement, l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Hélas, la dénonciation des abus nous a valu la haine, l’humiliation, la prison et même l’exil, pour certains. Il est grand temps que les autorités Mauritaniennes arrêtent d’occulter l’évidence.
La supercherie de la lutte contre l’esclavage
Tous les régimes qui se sont succédé à la tête du pays jouent l’identique stratagème de l’hypocrisie, face aux organisations internationales. En effet, voilà un Etat qui nie l’existence de la servitude de caste et, dans le même temps, mène un combat inique contre les activistes de l’égalité, tout en votant des stipulations de répression de l’esclavage ! Les autorités poussent le cynisme jusqu’à créer des chambres spéciales en charge d’appliquer les lois en question….
Aux fins de tromper les instances internationales des droits de l’homme, la Mauritanie fabrique une panoplie d’institutions de l’enfumage : commission nationale des droits de l’homme, commissariat aux droits de l’homme, mécanisme national de prévention de la torture, instance nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants, médiateur de la République et bien d’autres sinécures dont la distraction du public constitue l’unique finalité. L’ensemble des paravents précités tombe aux mains de personnes connues par leur acclimatation biberonnée à l’emploi fictif, source de confort et d’immunité. En contrepartie des privilèges indus, chacune se charge de remplir sa part du faux, du dénigrement et de l’esquive. Il s’agit de coquilles vides à l’adresse de diplomates et de membres d’institutions internationales que leur bonne foi prédispose à la crédulité. Néanmoins, la déclaration du rapporteur onusien, publiée à Genève pendant le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, lors de sa 54ème session, de surcroît en présence d’une délégation officielle de la Mauritanie, est venue, dans ses grandes lignes, tarir la source du mensonge, du moins l’instant d’une sidération, avant le réveil des contrefacteurs.
Au scandale soigneusement tu par la presse du système, s’ajoute le constat de procès bien ciblés ou les accusés, certes justiciables de « crimes contre l’humanité », comparaissent libres ou in absentia. Au terme du jugement, instruction est donnée, à toutes les forces de police et de sécurité, de ne jamais arrêter ni même signaler le prévenu. Cependant, la sentence destinée à envoûter la communauté internationale est largement diffusée. Quand l’énoncé de la peine atteint 10 années de réclusion criminelle, le condamné sort de prison, 2 à 3 mois plus tard, après que le gouvernement a exploité la médiatisation de la sentence. L’étranger floué l’ignore, l’opinion locale s’installe dans l’indifférence et le tour est joué !
Le projet de loi karama, autre épisode de la dissimulation
Le 6 octobre 2023, un groupe d’expertes de l’ONU critiquait, pendant une conférence de presse à Nouakchott, le «déni» des violences du genre, en Mauritanie. Mme Meskerem Geset Techane, présidente adjointe du groupe de Travail des Nations unies sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, l’a qualifié de problème le plus grave. Non sans courage, malgré les insultes et les menaces de pseudo-journalistes pro gouvernement et d’inspiration daeshienne, elle trouva les mots justes, sans surenchère ni complaisance.
Des parlementaires et des « érudits », souvent proches du pouvoir, montèrent au créneau pour dénoncer le texte qu’ils jugent contraire à la loi islamique et à la Constitution. Avec l’aval d’une aile conservatrice du gouvernement et des affidés de l’Etat profond, des manifestations pullulaient, partout sur le territoire, afin d’intimider les associations des droits de l’homme et d’étouffer la voix de l’émancipation.
Nous dénonçons, ici, la très forte probabilité d’un complot visant à dire, aux partenaires onusiens et du monde libre, « exonérez-nous de cette norme encombrante sinon, en l’adoptant, nous nous exposons aux foudres de Daesh et d’Alqaida » ! D’ailleurs, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, au cours du dernier conseil des ministres, vint rassurer le bloc historique, en affirmant que «rien ne sera fait qui soit contraire à la charia » ; il évoque la même charia de Mauritanie dont les livres codifient l’esclavage, la minorité de la femme et sa chosification.
Dans le domaine des droits humains et de gouvernance vertueuse, la sincérité du gouvernement reste à prouver. Il navigue toujours au fond des eaux troubles de l’ambivalence et de la quête de financements, loin de consentir la moindre contrepartie, en termes de réalisation. Aux amis et alliés stratégiques de la Mauritanie d’en tirer l’amère leçon : dans ce pays, le sérieux est pénurie ; derrière quasiment tout ce qui s’y affiche, sous les oripeaux de la solennité, avance une menterie masquée…


Nouakchott, 16 octobre 2023

● Communiqué de presse Hommage à la présidente Fatimata Mbaye – [IRA-Mauritanie]

Initiative de Résurgence Abolitionniste(IRA)

Communiqué de presse
Hommage à la présidente Fatimata Mbaye

Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA) se félicite et félicite les organisations et activistes des droits de l’Homme en Mauritanie à l’occasion de la nomination de la présidente Fatimata Mbaye à l’occasion de sa nomination par le secrétaire général des Nations-Unies comme membre du Conseil d’administration du fonds des contributions volontaires des Nations-Unies sur les formes contemporaines d’esclavage. IRA souhaite beaucoup de succès à maître Fatimata Mbaye, défenseuse déterminée, pleine de constance et d’abnégation contre des différentes et multiples violations des droits et dignité de personnes en Mauritanie. La présidente de l’AMDH (Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) a été non sans courage et désintéressement total, avec toutes les victimes dont les nombreuses vagues de détenus d’opinion parmi les rangs de l’ONG IRA au fil des années.
Nous remercions vivement les différentes instances des Nations-Unies dont le secrétaire général, de cette reconnaissance très largement méritée.

Nouakchott, 10 octobre 2023

La commission de la communication

● Mauritanie : Une Cndh au service de l’arbitraire | IRA-Mauritanie

Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA)

Mauritanie : Une Cndh au service de l’arbitraire

Note d’information, 8 octobre 2023

A la faveur d’un communiqué publié, le 6 octobre courant, la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh) en Mauritanie affirme avoir rendu visite, au captif Youba Siby ould El Ghoth, de nationalité sénégalaise ; enlevé à Dakar par des policiers de l’Etat dont il est ressortissant, il fut enchaîné et remis, à leurs homologues mauritaniens, le 15 septembre 2023 ; séquestré, à Nouakchott, sous la responsabilité de la Direction générale de la sûreté nationale (Dgsn), il se retrouve désormais poursuivi en justice, au motif de propos de dénonciation de l’esclavage et du racisme, dans son pays d’origine. A en croire la Cndh qui prétend lui porter assistance au titre d’une « d’une mission conjointe avec le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’homme, le 03/10/2023 », Youba Siby se porte bien, ne se plaint d’aucun mauvais traitement « y compris durant son transfert » mais n’a pu voir sa famille et ne dispose pas d’un avocat ; les auteurs de l’annonce promettent de régler les deux défauts susmentionnés.
La réaction de la Cndh, porte-voix officieux (et quelquefois officiel) des autorités en charge de la répression, appelle une batterie de commentaires factuels, aux fins de rétablir la vérité :
1. Du 15 septembre au 3 octobre 2023, Youba sera « cuisiné » selon le jargon local des tortionnaires, à l’intérieur des cachots de la sûreté ; il n’usera du droit – comme le prévoit la loi dès le début de sa captivité – aux visites des siens, de son conseil ou d’un médecin. Durant la période de l’isolement et jusqu’aujourd’hui, nul ne sait quelles avanies il subissait. La présomption de torture et de harcèlement moral se justifie, ici, par le caractère systémique de l’impunité et des violences policières en Mauritanie. Malgré un riche passif en matière de torture et d’homicide volontaire, aucun agent du maintien de l’ordre ni des forces armées et de sécurité n’a jamais été jugé au grief de commission de sévices contre des personnes désarmés. Les commissariats de police de la Mauritanie comptent parmi les lieux les plus dangereux en Afrique, surtout aux dépens d’un justiciable, étranger ou citoyen d’extraction subsaharienne. A cet égard, les « bavures » de 2023 (Souvi Jibril Soumaré 9 février et Oumar Diop 28 mai) témoignent d’une réalité structurelle à laquelle les pouvoirs publics opposent, toujours, le déni, l’intimidation des témoins et la fraude sur les actes de médecine légale.
2. A la suite du communiqué tendancieux, un militant de l’Initiative de résurgence abolitionniste (Ira) a pu approcher le détenu, le même jour mais en présence imposée du Secrétaire général de la Cndh. Devant ce dernier, Youba Siby trahissait des signes de trouble et n’osait le regarder en face. Il avait perdu de sa verve et ne tarissait d’éloges quant au comportement de ses geôliers mauritaniens, non sans accabler la police du Sénégal. Ainsi s’explique, après des semaines d’insistance, le refus d’autoriser, l’Ira, à le rencontrer. Il fallait d’abord ramollir la volonté de la victime et briser sa virulence habituelle avant de la rendre « présentable » ; cette méthode de conditionnement, fort connue, constitue l’un des automatismes de la coercition légale en Mauritanie. Elle remonte à l’ère du Comité militaire de salut national (Cmsn) avant de se banaliser durant la phase civile de la dictature du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya (1992-2005).
3. L’implication du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme procède d’une identique inclination à manipuler les partenaires extérieurs, souvent acteurs, en toute bonne foi, de leur propre ingénuité : quand la gentillesse, l’exotisme et les cadeaux ne suffisent à endormir la vigilance de l’allié ou de l’hôte, la machinerie de la triche se charge de la relève. Combien de visiteurs bilatéraux, de diplomates accrédités et de touristes n’ont-ils pas été ainsi exposés au mensonge d’Etat ! C’est, ici, l’occasion de les mettre en garde, encore une fois. La république islamique de la tromperie ne cessera de leur servir le réchauffé perpétuel d’un narratif rapiécé à force d’outrance, de cachotteries, de poussière sous le tapis, de cadavres dans le placard et de laborieuses esquives. La Cndh reste l’artisan principal de cette industrie de l’évitement. Son accréditation au système des Nations unies pose, à présent, un sérieux problème de crédibilité à l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme (Ganhri).
4. D’ici l’échéance du rendez-vous imprévisible où le désir d’équité balaiera les paravents du faux en Mauritanie, Youba Siby croupit, en pleine incertitude, entre les mains des faussaires. Ils l’ont brisé. Sa condition de paria requiert un secours d’urgence.

Commission Communication

● Communiqué d’indignation de l’ONG IRA, suite à la violence policière contre les manifestants pacifiques

Une répression aveugle s’abat sur les militants de IRA

Le mercredi 27 septembre 2023 l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) organisait un sit in à 11 h devant le ministère de la justice après avoir informé les autorités administratives de cette initiative. Un sit in pacifique pour protester contre l’arrestation de Youba Siby dit Youba El Ghaouth (militant anti esclavagiste extradé du Sénégal) et contre la levée de l’immunité parlementaire et l’emprisonnement du député Mohamed Bouya pour avoir exprimé son avis lors d’une session dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Comme à son habitude la répression était aveugle et disproportionnée et les militants ont subi la « foudre » de la police ce mercredi 27 septembre 2023. Personne n’a échappé à cette furie pas même les femmes enceintes, celles-ci ont été tabassées et piétinées par une police dressée pour casser du « nègre » ; elle n’y est pas allée de main morte c’est ainsi que les militants suivants ont été grièvement blessés et conduits aux :

Urgences de l’hôpital national:
1- Mohamed Samba (corps meurtri par les coups de matraque)
2- Amachi mint Brahim
3- ElHaj Leid (corps meurtri par les coups de matraque et rangers)
4- Alassane Diallo (corps meurtri par les coups de matraque)

Hôpital de traumatologie :
5- Ibrahima Sy (jambe gauche fracturée)
6- Mohamed Lemine Amar Saleh (souffre d’un traumatisme au cou)
7- Abdallahi Homody (fracturé au bras gauche)
8- Bounass H’Meida (bras droit fracturé)
9- Vatimetou Baha (traumatisme au crane)
10- Mohamed Lemine Hassane (fracturé à la jambe droite)


Hôpital « Mères et Enfants »
11- Tarba mint Moussa (enceinte, plusieurs coups reçus au ventre)

Face à cette situation explosive IRA :

1- Appelle les militants et sympathisants à resserrer les rangs et continuer la mobilisation jusqu’à la libération sans conditions des victimes de ce pouvoir bédouin et obscurantiste.
2- Appelle à la mobilisation pour le rétablissement des libertés d’opinion et de manifestation complètement muselées et bafouées.
3- Enfin exprime son indignation et appelle les organisations non-gouvernementales et les organismes gouvernementaux sous régionaux ainsi que les partenaires de la Mauritanie, à observer de près le retour de l’arbitraire dans le pays et l’instrumentalisation des forces de sécurité.

Nouakchott 30/09/2023
La Commission de communication

● Rencontre à Dakar entre Biram Dah Abeid et la famille de Youba Siby | IRA-Mauritanie

Le député mauritanien et président d’IRA Biram Dah Abeid a séjourné à Dakar le 19-20 septembre 2023 et a rencontrer les deux épouses du militant abolitionniste, sympathisant d’IRA, d’origine servile et mauritanienne, de nationalité sénégalaise et vivant à Rufisque depuis une vingtaine d’années. Le fondateur du mouvement abolitionniste mauritanien a rencontré au cours de son bref séjour dans la capitale sénégalaise, mesdames Binta Kane et Nogaye Ndiaye respectivement mère de Lemrabatt Youba Siby (13 ans), Elhacen et Elhoussein Youba Siby (six ans chacun) et Mohamed Youba Siby (18 mois). Les deux épouses ignorent jusqu’à maintenant le motif de l’arrestation et de l’extradition du père de leurs enfants par les autorités sénégalaises vers la police mauritanienne.
Le président Biram Dah Abeid a aussi rencontré longuement le représentant sous-régionali pour l’Afrique de l’Ouest du haut commissariat des Nations -Unies pour les droits de l’homme monsieur Ayèda Robert Kotchani et les deux hommes ont amplement échangé sur la situation des droits humains et l’Etat de droits en Mauritanie et dans la sous-région Ouest africaine et saharo sahélienne.
Le président d’IRA a aussi rencontré et eu des échanges avec d’éminentes personnalités de la société civile sénégalaise comme Alioune Tine, président d’Africajom, Seydi Gassama, président d’Amnesty Sénégal ou Sadikh Niass, président de la Rhaddo.
Les échanges avec toutes ces parties ont eu comme menu principal, la question de l’arrestation, l’extradition et la séquestration de Youba Siby, toujours introuvable depuis sa livraison à la police politique mauritanienne il y’a sept jours.

La commission de la communication
IRA
Le 21 septembre 2023

● Esclavage en Mauritanie, quand l’impunité devient un mode opératoire supervisé par l’Etat sous la pression des tribus [futureafrique]

Victime de propos esclavagistes et avilissants, Moussa Bilal, un ressortissant de Boutilimit était hors de lui, lors de la conférence de presse qu’il avait animée, lundi 11 septembre 2023, en compagnie du député et président de l’ONG IRA-Mauritanie, Birame Dah Abeid.


La personne contre laquelle il avait porté plainte, également natif de Boutilimit, Sid’Ahmed Ould Jeylani, fonctionnaire à l’Agence nationale des statistiques et des analyses démographiques et économiques (ANSADE), écroué le 23 août 2023 par le Parquet de la République pour injures à caractère esclavagiste, punies par l’article 19 de la Loi 031-2015 incriminant les pratiques esclavagistes, a bénéficié d’une liberté provisoire.

Selon Moussa Bilal, sa libération s’est déroulée dans une atmosphère de fête et magnifiée par des chapelets de louanges portés par des bloggeurs de la tribu qui l’ont magnifié en héros. En fait, selon Moussa Bilal, cette liberté provisoire est la victoire du système esclavagiste et tribal sur les institutions et les lois de la République.

Pourtant, selon Abdallahi Abou Diop, responsable des droits de l’homme au sein du mouvement IRA, non seulement l’accusé, Sid’Ahmed Jeylani, est sous la coupe d’une loi réprimant des crimes contre l’humanité, mais en tant que fonctionnaire, il est passible de l’article 19 de la loi 031-2015 qui stipule : « la qualité de fonctionnaire ou d’officier public, de dépositaire ou d’agent de l’autorité ou de la force publique de l’auteur d’infractions, prévues par la présente loi, constitue une circonstance aggravante ».

Pire, selon lui, l’accusé a été libéré sous la pression de sa tribu, notamment de ses députés et de ses magistrats, à l’image du député de Boutilimit, Abdoul Mawahab Mohamed Houcein, qui s’est particulièrement distingué dans sa lutte pour l’obtention de cette liberté provisoire, soutenu par des magistrats de la tribu, lesquels ont échangé des blogs magnifiant ce qu’il a fait.

Dans son intervention, Birame Dah Abeid, a relevé deux curiosités. D’abord, la Cour d’Appel avait refusé tout recours contre le billet d’écrou dressé par le Parquet contre l’accusé, avant que le juge chargé du dossier ne se rétracte sous la pression tribale et n’accorde la liberté provisoire à l’accusé.

Ensuite, il s’est étonné de voir un magistrat dévoiler les secrets de l’instruction judiciaire, dans la mesure, où il a continué à communiquer avec une tierce partie favorable à l’accusé sur les résultats satisfaisants des délibérés pour l’élargissement provisoire de l’intéressé. Et ces échanges étaient répercutés sur le groupe de réseaux sociaux des intéressés.

C’est en fait, ce vaste mouvement d’impunité sur l’ensemble des cas d’esclavages jugés et condamnés depuis l’adoption en 2015 de la loi incriminant l’esclavage en Mauritanie qui a été mis en exergue et dénoncé lors de la conférence de presse.

Selon Abdallahi Abou Diop, il est étonnant de constater qu’aucune des personnes poursuivies pour des crimes d’esclavage depuis 2015 ne se trouvent en prison, alors que des dizaines de cas ont été jugés ces dernières années.

Pire, Birame Dah Abeid a fustigé le caractère mensonger des déclarations du Commissariat aux droits de l’homme qui affirme que plus d’une cinquantaine de personnes accusées d’esclavage sont actuellement en prison. Selon lui, c’est un gros mensonge, aussi a-t-il demandé à l’actuel Commissaire, arrière-petit-fils de l’Emir du Trarza, Cheikh Ahmedou, de démissionner et de quitter l’antre de la falsification qu’est le département qu’il dirige.

Il faut noter que Moussa Bilal a affirmé, lors de la conférence, qu’il n’est pas membre du mouvement IRA, qu’il est plutôt dans la mouvance du président Ghazouani, mais qu’il est conscient qu’il s’agit de la seule organisation vers laquelle se tournent les victimes d’injustice, quelle que soit leur obédience.

Cheikh Aïdara

©️ Source en lien https://www.futureafrique.net/node/16163?fbclid=IwAR3kSI0OTjynosfsx93IsNzfPbEKsGVTETxb_WJ_gAPQb1x3o1ijnlhhlnM

●Le point de presse conjoint FPC-le Parti RAG à Nouakchott | En quelques mots.

Ici en lien Facebook une partie des interventions https://fb.watch/mMxXN4s5va/

Jeudi 31 août 2023 au siège du mouvement IRA-Mauritanie, une conférence de presse a été animée par les leaders de 2 partis politiques non reconnus jusqu’alors par les autorités mauritaniennes. Le parti FPC (Forces Progressistes du Changement) de monsieur Samba Thiam (ancien prisonnier politique et leader historique des Flam) et le RAG (Refondation pour une Action Globale), l’aile politique émanant du mouvement abolitionniste IRA de l’honorable député monsieur Biram Dah Abeid. Lors de cette sortie médiatique, les intervenants sont revenus sur les micmacs administratifs et judiciaires motivent la non reconnaissance de leurs partis politiques. Le président Biram Dah Abeid (l’ancien candidat aux élections présidentielles de 2014 et 2019), a exposé lors de sa communication, le processus entamé avec espoir avec l’actuel président Ghazouani, mais qui s’est soldé par un refus catégorique à libérer les partis politiques recalés injustement. Ainsi le leader abolitionniste a indexé un système étatique qui se choisit des partis dociles et soumis à ce qu’il a nommé de syndrome. Un syndrome laissant entendre que la Mauritanie serait un pays sur lequel seule une minorité raciste exploitant les données « arabité et islamité » se doit d’avoir les leviers du contrôle régalien. Il a relevé également que même l’ancien président civil feu Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’était pas épargné par ce syndrome. À son tour, le président Samba Thiam des FPC explique que leur parti et ses camarades font l’objet des préjugés de part des autorités. L’ancien réfugié politique aux États-Unis précise qu’il est nécessaire que différentes visions puissent exister dans le champ politique. C’est-à-dire en substance une pluralité d’opinions à porter dans les débats publics, est nécessaire.

L’honorable député BDA a dénoncé une stratégie de ghettoïsation en place à leur encontre pour les isoler et les contraindre à quémander une légalité auprès d’autres partis.

Ce point de presse est un cri d’alerte encore une fois en interpellant les autorités, l’opinion nationale et internationale sur une exclusion injuste qui frappe ces partis politiques qui ne demandent qu’une reconnaissance officielle pour intégrer l’arène politique.

Seront-ils entendus ? À suivre

✍️🏿KS pour le BLOG.

● Ghamou Mint Achour Ould Salek, de la « Gazra d’Arafat » à la chambre des députés

Elue pour le compte de la coalition RAG/SAWAB, à l’issue des élections législatives, communales et régionales de mai 2023, Ghamou Mint Achour est un député atypique, car elle ne répond pas au profil-type du député mauritanien, grande famille, forte tribu, richesse et influence. Epouse d’un manœuvre, sans travail, avec une instruction moyenne, Ghamou Mint Achour habite dans une « Gazra » (squat) fraichement lotie. Elle est issue du bas-peuple et d’une famille très pauvre. Seul son combat de militante chevronnée du mouvement IRA pouvait la hisser au sommet de la République. Portait.

Députée Ghamou Mint Achour – Crédit IRA (avec son autorisation)

La taille frêle, les yeux enfoncés mais pleins d’énergie, Ghamou Mint Achour est une femme endurcie de la communauté Harratine, avec les stigmates de bucheuse qui s’est forgée à contrecoups, face aux vicissitudes de la vie. C’est une mauritanienne porteuse de toutes les valeurs de la société, de ses rêves et de ses ambitions légitimes. Elle est décrite par son entourage comme pas très caractérielle, calme habituellement, mais vindicative quand il le faut, colérique parfois. Elle est membre active et engagée dans le combat de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA).

Son élection comme députée, son écharpe frappée aux couleurs nationales, tout cela ne lui est pas monté à la tête. Elle ressent cependant une immense fierté. « Mes impressions sont indescriptibles aujourd’hui ; c’est presque un rêve car sans moyen financier, issue d’une famille très pauvre, je me voyais mal accéder au Parlement » témoigne-t-elle.

Tout cela, selon elle, est l’œuvre de son leader, Birame Dah Abeid, président du mouvement IRA. « Je remercie mon leader Birame Dah Abeid qui a permis une telle révolution, car d’habitude n’accèdent au parlement que les gens riches ou issus de familles riches, soutenues par une force tribale ou des forces de pression très fortes. Devenir parlementaire, sans un sou, et être choisie parmi des centaines de militants, ne peut que me rendre fière de mon combat au sein de IRA et rendre grâce à Allah puis à mon président Birame » a-t-elle soutenu.

Des ruelles de Satara à la « Gazra d’Arafat »

Ghamou Mint Achour est née en 1979 à Satara, quartier populaire de Rosso dans la région du Trarza. Son père, Achour Ould Saleck, gère une petite boutique. A l’âge de 8 ans, Ghamou assiste au divorce de ses parents. Sa mère, Selemha Mint Mahmoud, s’installe à la « Kebba » de Nouakchott (bidonville) et se lance dans le commerce de légumes et de poissons au marché marocain. La petite Ghamou reste avec sa tante et sa grand-mère à Rosso, puis rejoint en 1990 sa maman à Nouakchott. La famille squatte plus tard un espace à la « Gazra d’Arafat » au milieu d’autres familles pauvres qui n’ont pas les moyens de s’acheter un terrain ou de louer une maison. Leur demeure est faite de plaques de bois et de zincs.

Ghamou entre à l’école à l’âge de 11 ans, fréquente le collège des Jeunes Filles, elle et sa grande- sœur, Jemal Mint Achour. En 3ème année, elle rate le brevet et ne peut plus poursuivre ses études. Sa mère s’était remariée et il fallait quelqu’un à la maison pour s’occuper des enfants, de la cuisine et des travaux domestiques. Pour renforcer les revenus de la famille, sa grande sœur interrompt elle aussi ses études et se lance dans le commerce de légumes et de poissons comme sa mère.

En 1999, Ghamou se marie avec un manœuvre, le père de ses huit enfants. Sa fille aînée est aujourd’hui mariée et les autres sont encore enfants. Pour s’occuper, elle coud des habits et les vend. Puis, elle est embauchée par la société Pizzorno, société française chargée de la collecte et du traitement des déchets solides à Nouakchott. Elle perçoit un salaire mensuel de 28.500 UM (anciennes). En 2014, le contrat de Pizzorno est rompu par le gouvernement mauritanien. Ghamou Achour se rend alors en Arabie Saoudite pour un travail de domestique. Elle n’y reste que 3 mois avant de revenir au pays. Les Saoudiens la traitaient comme une esclave avec un travail dur et sans répit.

IRA, un combat pour les droits humains

« J’ai rejoints le mouvement IRA en 2011, mais mon véritable engagement date de 2012, lorsque Birame a brûlé les livres qui justifient les pratiques esclavagistes et qui régentent la pratique religieuse dans le pays » explique-t-elle.

La première fois qu’elle a pris contact avec Birame et le mouvement IRA, c’est lorsqu’elle était encore employée à Pizzorno. Toute une famille l’avait bastonnée quand elle leur a demandé de ne pas jeter des ordures alors qu’elle venait juste de nettoyer. L’affaire est portée à la police et la famille agresseur ameute toute la tribu. Ghamou allait perdre la bataille à cause de la forte influence de ses adversaires. Mais l’intervention des activistes d’IRA va faire tout basculer. La justice condamne ses agresseurs. Elle emporte le procès. Cette affaire va bouleverser toute sa vie. Elle et sa famille intègrent le mouvement IRA et participent depuis, à tous ses combats. Quelques mois plus tard, c’est l’autodafé de Riadh (département de Nouakchott appelé aussi PK) et l’incinération des livres de référence islamiques en Mauritanie.

Ghamou, un symbole pour les droits humains

Ghamou Mint Achour s’est forgé un nom au fil des manifestations. Son courage devient le symbole de la lutte pour les droits humains au sein du mouvement IRA. Elle gagne des galons dans la hiérarchie des combattants de la liberté. C’est surtout cette image virale d’elle, le bras sous un plâtre qui en fera l’icône de la lutte IRA. Ghamou et sa sœur ont eu en effet le bras cassé suite à une charge violente des forces de police lors d’une manifestation.

« J’ai subi beaucoup de violences policières et plusieurs arrestations, la dernière, c’était à Kiffa, il n’y a pas longtemps ; je suis restée six jours à la brigade de gendarmerie » témoigne-t-elle.

Ghamou et les ambitions d’une Mauritanie réconciliée

Ghamou estime que le peuple mauritanien aspire à être dirigé par un gouvernement civil et républicain. « Ce changement-là, c’est l’objectif de notre mouvement. Nous œuvrons pour l’égalité entre les Mauritaniens, que tous les enfants puissent jouir des mêmes opportunités d’études et qu’ils puissent également accéder à des emplois d’une manière équitable. Nous luttons pour l’égalité et la justice pour que tous les citoyens mauritaniens soient soumis aux mêmes règles de droit » explique-t-elle.

A propos de la trêve entre Birame et Ghazouani

Suite à la forte campagne menée contre Birame Dah Abeid, après le deal qu’il aurait passé avec Ghazouani et qui a provoqué le départ de plusieurs cadres du mouvement IRA, Ghamou assène sans ambages : « ils ont menti ».

Selon elle, la plupart des départs a été suscité par les Renseignements Généraux (RG) à travers le pouvoir de la corruption et l’appât du gain. « Ce qui s’est passé, souligne-t-elle, c’est un apaisement voulu par le président Ghazouani qui a invité Birame, et d’autres leaders de l’opposition, à discuter des problèmes du pays pour leur trouver des solutions ».

Cette négociation ne s’est pas faite sous la table, d’après Ghamou, qui ajoute que Birame a été très transparent dans sa démarche. Elle précise qu’il a consulté tous les militants du mouvement IRA et du parti Refondation pour une Action Globale (RAG) en gestation, pour leur demander leur avis sur cette trêve souhaitée par le régime de Ghazouani qui venait d’être élu suite à la présidentielle de 2019.

Ce que Ghazouani a mis sur la table, avance Ghamou, personne ne pouvait être contre, améliorer les conditions de vie des populations, engager de grandes réformes de développement, lever l’interdiction contre la reconnaissance des associations et des partis politiques.

Elle explique que malgré tout, Ghazouani a son projet de société comme Birame a le sien, en plus de ses ambitions présidentielles. Selon elle, ils ne pouvaient converger que dans le cadre d’une vision basée sur la justice, l’équité et l’égalité entre tous les Mauritaniens, sur la jouissance des droits fondamentaux, la fin des emprisonnements abusifs, entre autres. « C’est sur cette base que Birame, comme d’ailleurs tous les leaders de l’opposition, se sont entendu avec Ghazouani. » ajoute-t-elle précisant que cela ne doit pas être avancé comme raison pour quitter le mouvement IRA. « Nous ne sommes pas dupes et nous savons les raisons de tant de dissidence » susurre-t-elle.

Membre de la Commission Affaires Islamiques

Au sein du Parlement, Ghamou est membre de la commission des affaires islamiques où elle compte jouer un rôle par rapport à tous les avis qui seront portés sur les textes de loi qui passeront devant cette commission. Elle s’engage ainsi à faire ressusciter tous ces projets de loi qui dorment dans les tiroirs, à contribuer à la réforme du système éducatif et de santé, ainsi qu’à consolider la place de la société civile.

Cheikh Aïdara

©️ Crédit source : https://aidara.mondoblog.org/2023/07/10/ghamou-mint-achour-ould-salek-de-la-gazra-darafat-a-la-chambre-des-deputes/?fbclid=IwAR2sxTytfoM5eg3jYvKbByr1H3ISYnIRQmB94bP7Yh3wWWO_qToTBxv_Zfg

● MORT NEBULEUSE DE OUMAR DIOP ET MOUHAMED OULD LAMINE : BIRAM DAH ABEID CONDAMNE LA MASCARADE

C’est à travers une déclaration via les réseaux sociaux que le chef de file de l’opposition mauritanienne a dénoncé les conclusions de l’autopsie commanditée par les autorités de la République islamique. Avec un raisonnement cartésien le président de l’IRA a démonté ce qu’il qualifie de mensonge d’Etat.



Pour lui, si réellement Oumar Diop était victime d’une agression telle que soutenue par les limiers sa place aurait due être à l’hôpital et non au niveau des cellules où des flics font régner leur loi. Mieux, Birame rejette d’un revers de la main les conclusions de l’autopsie qui explique la mort de Oumar Diop par une overdose de cocaïne. Le militant des droits de l’homme soutient que la thèse de la drogue n’est qu’une mascarade fantaisiste destinée à cacher la réalité d’un assassinat au peuple épris de justice. Il condamne dans la même lancée la nébuleuse qui entoure la mort de Mouhamed Ould Lamine, un haratine dont les droits sont toujours bafoués par un système qu’il qualifie d’esclavagiste.
Ainsi donc le chef de l’opposition mauritanienne réclame plus de transparence. Et cette transparence sans subordination de témoin. Histoire de lancer un appel pour protéger Fousseyni Soumaré entre les mains des limiers qui tiennent à bafouer sa liberté d’expression comme c’est le cas avec les activistes bâillonnés par une dictature bien organisée. Le président Biram a bouclé sa déclaration par une reconstitution de son interrogatoire dont le seul but est le bailonner. Ce qu’il entend combattre jusqu’au dernier souffle.


Mouhamadou Ba

©️ crédit source : https://iodenews.com/2023/06/14/mort-nebuleuse-de-oumar-diop-et-mouhamed-ould-lamine-biram-dah-abeid-condamne-la-mascarade/