Grand Entretien du Blog | En exclusivité avec la Journaliste Mariya Ladji Traoré

Ci-dessous l’entretien avec une dame connue dans l’arène médiatique en Mauritanie. Institutrice de formation, Mme Traoré Mariya a été également technicienne à la Radio Mauritanie et y occupe depuis 2006 un poste au département de l’information . La native de Nouakchott âgée de 38 ans aujourd’hui, est active dans différents secteurs comme la Santé, les médias, le syndicalisme, droits de femmes et d’autres. Elle est la présidente de l’antenne Mauritanie de l’UPF (Union internationale de la Presse Francophone). La fille du doyen Ladji Traoré (député et une voix historique dans l’engagement pour les droits humains en RIM), assure être parmi les initiateurs de la création de l’UPF Mauritanie qui connait certains soubresauts autour de sa direction depuis quelques temps.

Question 1 : Bonjour, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs, parcours et activités sociales et professionnelles ?

Mariya Ladji Traoré  : Je m’appelle Mariya Ladji Traoré, connue aussi sous le nom de Feinda Traoré, dont j’ai signé avec mes tout premiers articles dans le journal la Tribune. 

Je suis enseignante sortante de l’ENI de Nouakchott. J’ai fait ma formation comme institutrice et suivi en même temps un stage de formation comme  technicienne à la radio nationale. Après deux ans d’arrêt forcé à cause des classes , je suis revenue à Radio Mauritanie en fin 2006 pour rejoindre le département de l’information jusqu’à nos jours et j’ai aussi intégré la presse écrite en 2007 au sein de l’hebdomadaire La Tribune qui paraît actuellement de temps en temps. Je fus secrétaire générale adjoint au syndicat des journalistes mauritaniens (SJM), chargé de la presse privée francophone de 2014 à 2017, entre temps j’ai mis en place un bureau provisoire de L’UPF MAURITANIE grâce à des confrères de la presse publique, privée et des camarades du syndicat des journalistes mauritaniens. Après une première embrouille au sein du bureau exécutif provisoire juste après les assises internationales de l’UPF  à Conakry en novembre 2017 . Une mise au point a été faite et une assemblée générale constituante a été organisée en février 2018 au musée national pour élire le bureau exécutif de la section mauritanienne de l’Union de la presse francophone  , que je dirige depuis lors. Dans le cadre syndicale, bien avant le SJM, j’ai été à la confédération libre des travailleurs de Mauritanie (CLTM) comme membre du bureau exécutif du SNEP (Syndicat National de l’enseignement public ) que j’ai dirigé quelques années après comme secrétaire générale jusqu’en 2019 . J’ai été membre du groupe Stop Vedan Mauritanie initié par l’association AFCF, présidé par la grande militante des droits de l’homme madame Aminetou mint El Moctar, dans le cadre du projet financé par l’institut Panos « briser le silence, lever les tabous, parler des violences basées sur le genre » (VBG).

Je suis actuellement, chargée de communication de l’association Mieux vivre avec le cancer gynécologique en Mauritanie (AMVCG) dirigé par Madame Aissa Fall, syndicaliste, militante des droits de l’homme, chargée de la sensibilisation et de la santé au niveau de SOS-esclave, sage femme et professeur adjoint technique de la santé. Membre du réseau de lutte contre l’extrémisme violent initié par le mouvement citoyen « Mauritanie d’abord Citoyen modèle » . Actuellement , je suis chargée de la programmation et de la formation dans le réseau des journalistes amis de l’OMVS RJAO. Également 2ème Vice-présidente chargée de la presse francophone à L’UNION des Femmes des Médias de Mauritanie. Membre aussi du groupe des journalistes de l’éducation pour la santé.

Question 2 : Quelles sont vos analyses sur l’environnement médiatique (public et privé) en Mauritanie actuellement ?

MLT : Pour moi , le paysage médiatique mauritanien est sur le point de connaître de très grandes réformes pour ne pas dire une refondation aussi bien sur le professionnel que sur le plan des textes qui régissent la profession. Après la remise du rapport de la haute commission de réforme du secteur de la presse qui avait été nommée par le président de la République Monsieur Mohamed ould Cheikh Ghazouani, la nomination des journalistes issus de la presse privée à la tête d’institutions telles que la Haute Autorité de la presse et de l’Audiovisuel (HAPA), l’agence Mauritanienne d’informations (AMI), Radio Mauritanie S.A, Télévision nationale El Mouritania.

Bien que le problème de la presse publique diffère de celle de la presse privée ou indépendante comme la nomment certains. 

1. La presse publique: Elle souffre plus du problème des pigistes qui ne cessent d’augmenter machaAllah sans espoir d’être embauchés ou d’avoir des contrats, bref avoir un emploi décent qui puisse sortir les jeunes et vieux journalistes de la précarité et assurer aux femmes un congé de maternité comme les femmes d’autres secteurs. Des augmentations de salaires et aussi la révision du statut de certaines institutions. 

2 . La presse privée, elle c’est la précarité alarmante, le manque d’institutions de presse au vrai sens du terme , faibles moyens et revenus (le métier ne nourrit pas son homme), le manque de publicité ou de contrat d’abonnement bien que ces dernières années, la presse privée à bénéficié de subvention octroyée par la caisse d’aide à la presse privée et des subventions de la part du ministère de tutelle dans le cadre de la collaboration du département en charge de la communication avec les associations et regroupements de la presse.

Question 3 : Ces derniers temps, l’UPF Mauritanie, l’aile Pays de l’Union internationale de la Presse Francophone aurait connu quelques remous autour de sa direction, que pouvez-vous nous en dire?

MLT : La section mauritanienne de l’Union de la presse francophone (UPF Mauritanie) connaît ces temps ci un grand mouvement de déstabilisation de la section au niveau national qui a suscité des prises de position claires et partisanes au sein de l’international sans le strict respect des textes. Ces textes régissant cette grande Organisation internationale qui a pu ces dernières années retrouvé une bonne réputation et une place respectable au niveau de ses partenaires. Une campagne acharnée contre ma personne sur base d’une plainte qui est constituée de fausses accusations et des mensonges flagrants de deux membres du bureau exécutif qui est constitué de 8 personnes. Bref je ne pourrais en dire plus car selon l’évolution de cette plainte diffamatoire, le dossier pourrait être porté à la justice et au plan international à la FIJ. De toute façon pourquoi se presser car en février prochain, je finis mon mandat et qui est renouvelable deux fois selon l’assemblée générale extraordinaire de 2019 à Yaounde au Cameroun. 

Question 4 : De par votre père le doyen et l’honorable député Ladji Traoré, vous avez des attaches dans la communauté soninké, avez-vous des commentaires à faire sur la persistance des séquelles esclavagistes et l’engagement abolitionniste enclenché en cours ?

MLT : En effet comme vous l’avez signalé, j’ai des attaches dans la communauté soninke du côté de mon père. Moi j’étais plutôt impliqué dans le milieu culturel que autres choses car je suis de la 2ème génération de la troupe artistique Yillenkare jusqu’en 1999. Le mouvement abolitionniste esclavagiste qui est en cours est une bonne chose car les plus hautes autorités de l’État sont pour l’abolition des pratiques esclavagiste et de ses séquelles dont la première cause est la pauvreté, les litiges fonciers et nos sociétés (maures, peuls, soninke wolof) qui sont fondées sur des bases inégalitaires, voire castées. Le mouvement abolitionniste violent et passionné doit revoir sa méthodologie pour atteindre son objectif.  Travailler sur le court et long terme car , il s’agit de changement de mentalités pour éradiquer la stigmatisation des victimes d’esclavage par descendance. Sortir les personnes qui présentent encore les séquelles de l’esclavage de la pauvreté, permettre à leurs enfants d’aller à l’école en les enrolant et leur procurent des documents d’état civil, seule garantie d’avoir un avenir. Mettre en place des moyens de financement, de formation, d’accompagnement et de suivi des femmes victimes d’esclavage ou de séquelles d’esclavage, car la violence aveugle ne règle rien. Sans le changement de mentalités et des mesures d’accompagnement adéquates aussi bien sur le plan juridique, économique et social , la lutte contre ce phénomène vile et inhumain est voué à l’échec. Il faut le reconnaître le problème de l’esclavage en Mauritanie est la source de beaucoup de contradictions , source d’enrichissement pour certains, de cause noble et droits de l’homme pour d’autres, de justice pour les victimes et d’ascenseur pour les opportunistes. Comme disent les soninke, il faut taper le tam-tam au milieu : acceptons de définir l’esclavage tel qu’il est pratiqué ou ses séquelles, ensuite main dans la main briser les tabous et éradiquer ce phénomène une bonne fois pour toutes .

Merci. 

Mariya Ladji Traoré, dite feinda Ladji.

5 avril 2021

Propros recueillis par KS pour le BLOG

Mauritanie | Interview Exclusive avec Biram Dah Abeid (Par Le Rénovateur)


« Selon les échanges que j’ai eus avec les hautes autorités politiques du pays, il y aura dans moins d’une semaine, une proposition de dialogue et de concertation par thématique »

Le Rénovateur : Après les élections présidentielles de 2019, votre mouvement continue-t-il sur la même dynamique de contestation et de dénonciation des violations des droits de l’homme en Mauritanie ?


Biram Dah Abeid : Je vous remercie infiniment. En effet , notre mouvement IRA -MAURITANIE est toujours animé des mêmes objectifs et de manière inlassable, objectifs qui sont : la fin du racisme domestique et d’ Etat, la fin de l’esclavage , la rupture avec les violations de droits de l’homme et avec tous les anachronismes, tous les restes de l’arbitraire au sein de l’appareil d’Etat mauritanien. Donc nous restons sur cet objectif, sur ce programme, sur cette ligne. Néanmoins, le pouvoir a changé de fusil d’épaule. Comment le pouvoir a changé de fusil d’épaule ? : Du temps d’Aziz c’était l’attaque frontale, la violente physique morale politique et sociologique contre les défenseurs des droits de l’homme que nous sommes, contre le parti Rag.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a adopté une nouvelle approche dans ses rapports avec nous. Il dit mettre fin aux campagnes de diabolisation dont son prédécesseur faisait tous azimuts contre IRA et contre le parti Rag. IRA n’est plus traité dans le discours officiel comme ennemi de la République, de l’islam, de la nation, un valet des juifs et des impies, comme 5ème colonne de l’occident. IRA et le parti Rag , leurs dirigeants et leurs militants ne sont plus traités et considérés comme des pyromanes , des racistes, des violents, des criminels, dans le discours officiel . Il l’a été mis fin aux arrestations, aux harcèlements, à la torture des gens de IRA du moins jusqu’à présent, jusqu’à preuve du contraire. Il a été mis fin à la privation de IRA, du parti Rag, et de leurs militants de se réunir , du droit de contact avec leurs partisans à Nouakchott et à l’intérieur du pays. Comme vous le savez, nous étions interdits de déplacement à l’intérieur du pays sous l’ancien régime, sauf pendant les moments d’élections. Maintenant IRA et le parti RAG se réunissent au grand jour , tiennent leurs conférences de presse au grand jour où ils veulent et quand il veulent ; ceci tranche beaucoup avec le temps de l’arbitraire ; Et aussi nous sommes entrés dans une phase de règlement des tares de la gouvernance démocratique et en concertation avec le pouvoir. C’est pourquoi on a discuté avec le pouvoir et on a réussi à obtenir le système déclaratif pour les associations. Désormais il n’y aura plus d’organisations non reconnues dès que cette loi qui a déjà passé par le parlement, entre en vigueur. Avec la même démarche, on va apporter au régime des partis politiques la même dose et le même apport pour normalise la situation de tous les groupes et mouvements politiques et des droits de l’homme. Donc cette phase va inaugurer le règlement et la normalisation de la situation de tous les partis et mouvements qui étaient interdits ou non autorisés ou non reconnus.


Le Rénovateur : Par rapport à ce que vous venez dire au sujet de cette reconnaissance dont vous vous réjouissez, est ce qu’on a espoir que bientôt IRA , Rag et toutes les autres organisations politiques , associations non reconnues pourront l’être très bientôt ?


BDA : Ah oui très bientôt, avec le système déclaratif qui a été voté en faveur des associations, IRA, ne touche pas à ma nationalité et toutes les autres associations des veuves, des rescapés, d’orphelins vont profiter de cette reconnaissance de fait et vivre désormais dans un cadre cadre légal. Et après cette phase, on va attaquer une autre phase de discussions avec le pouvoir sur le règlement de la situation des partis politiques comme le Rag et le FPC et d’autres pour qu’ils trouvent aussi dans cette nouvelle phase de gouvernance plus démocratique, sous ce nouveau régime législatif, une nouvelle vie dans l’apport militant et la compétition politique. Dans ce cadre de normalisation de l’Etat de droit, notre situation qui n’est plus une situation de confrontation physique et juridique avec le pouvoir. Le pouvoir d’avant Ould Ghazouani était dans une logique de confrontation physique et juridique avec nous, maintenant la situation tant vers l’apaisement, la concertation et le respect réciproque. Avant on n’avait pas le droit de se réunir, c’est la répression de toutes les réunions, de toutes les manifestations, la tendance même à éradiquer notre existence physique. Et maintenant ce n’est plus le cas. Notre confrontation avec le pouvoir en place, s’inscrit dans une confrontation d’idées et de programme politique comme en toute démocratie; Mais il faut dire que sur les questions de fond , le pouvoir actuel n’a pas encore bougé sur les questions de l’esclavage , du racisme domestique et d’Etat sur le passif humanitaire , la situation des déportés au Sénégal, au Mali , l’état de la diaspora mauritanienne constituée surtout de negro-mauritaniens qui ont quitté la Mauritanie sous le poids des pesanteurs, contraintes et menaces du racisme d’Etat pendant les années de braise et d’exclusion. Ces situations requièrent l’application des remèdes importants proposés dans notre programme politique, dans notre projet de société pour la Mauritanie de demain.
Donc sur la question de la forme de la démocratie nous sommes en train de normaliser nos relations avec le pouvoir et ses rapports toutes les autres communautés politiques et des droits de l’homme qui étaient en conflit avec le régime précédent et dont les droits d’existence étaient mis en cause , de même que leur sécurité.


LR : Tout récemment certains milieux politiques ont prêté au Président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani une offre de dialogue social au lieu d’un dialogue politique. Si oui, pensez vous que le jeu en vaut la chandelle ?

BDA : Ecoutez, une voix autorisée du pouvoir du président Mohamed Ahmed Cheikh El Ghazouani a récusé ce terme de dialogue social en se défendant que le régime en est l’instigateur de cette formule. Néanmoins le président avait évoqué avec nous un dialogue par thématique, une concertation thématique plutôt. Il récuse le mot dialogue … Pour notre part , on n’y voit pas d’inconvénients dès lors que toutes les thématiques importantes et déterminantes soient inclues telle que la thématique de l’unité nationale, à savoir l’esclavage et ses séquelles, la cohabitation et le passif humanitaire y compris la question des déportations, les disparitions forcées, les expropriations des biens notamment terriens …
On peut néanmoins escompter de manière imminente selon les échanges que j’ai eus avec les hautes autorités politiques du pays qu’il y aura une proposition de dialogue et de concertation par thématique qui inclut non seulement la gouvernance démocratique : c’est a dire le recensement, la liste électorale , le code électoral, le découpage électoral , la commission électorale nationale indépendante etc… Mais aussi une autre thématique qui concerne l’unité nationale, la question des passifs et actifs lourds, constitués des disparations forcées , des déportations , des expropriations des terres, de la problématiques des langues etc, il y aura aussi des thématiques sur l’indépendance de la justice, sur l’environnement, l’écologie , les industries extractives , les richesses du pays , l’extraction et la distribution des richesses . Bientôt de manière très imminente, dis- je, dans moins d’une semaine il y aura le déclenchement d’une proposition en ce sens.

LR : Combien de fois aviez été reçu par le président de la République depuis son arrivée au pouvoir et sur quoi ont porté vos discutions ?


BDA : J’ai été reçu trois fois par le président Mohamed Cheikh Ould Ghazouani. La première fois après son installation, deux ou trois mois après son investiture je me rappelle bien avoir fait une conférence de presse pour rendre compte aux médias. Mais après cette rencontre, (le chat échaudé craint le froid), j’ai cru déceler la continuité de la même gouvernance arbitraire exclusionniste raciste, sectariste anti-droit de « l’hommiste » et anti-démocratique. C’est pourquoi les 17 et 18 février 2020 à Genève lorsque je recevais le prix du courage de la conférence de Genève sur les droits de l’homme et la démocratie, j’ai attaqué de manière acerbe le pouvoir et son développement à mes yeux qui représentaient un redéploiement du racisme d’Etat qui se conjuguent avec l’apartheid. Après cette véhémente sortie qui vient du cœur, sans calcul, le contact a été renoué entre le Président de la République et moi. On s’est beaucoup expliqué et le Président m’a démontré qu’il veut faire des pas en avant concernant la déconstruction de l’arbitraire dans le domaine démocratique. Evidemment, ma principale revendication n’est pas que le président Ghazouani substitue mon projet de société au sien. Loin s’en faut ! Ma revendication majeure est que la compétition démocratique entre nous et eux , entre nous en tant qu’opposition de principe , opposition de programme à ce pouvoir soit garantie pour que nous ayons aussi des partis et des organisations reconnues qui peuvent competir légalement, mais aussi que les institutions d’arbitrage de la démocratie soient revues et refondées comme le recensement des populations, le recensement électoral, le code électoral, la CENI, le conseil constitutionnel le découpage électoral … Si on obtient à refonder tous ces paliers sur lesquels se greffe l’arbitraire démocratique, si on réussit à lessiver tous ces niveaux de la chaine de l’arbitrage démocratique, pour en faire de véritables institutions d’arbitrage, personnellement, je pense que dans une compétition légale et démocratique, nous allons gagné et nous allons prendre le pouvoir de manière démocratique par les urnes. Donc c’est sur ces points que nous nous sommes focalisés dans nos échanges et nos négociations avec le pouvoir au lieu de se focaliser sur les questions des programmes politiques des uns ou des autres. De toutes les façons notre programme et le leur sont opposés et sommes sûrs que le notre aura la victoire si on fait une compétition sur un terrain de neutralité démocratique ouvert. En prenant l’exemple de Mandela qui a exigé du pouvoir de l’Apartheid d’accepter d’introduire un principe majeur :« un homme une voix », l’ANC balaya le pouvoir ségrégationniste sans coup férir.


LR : Tout dernièrement vous avez qualifié de non événement la dissidence d’un groupe au sein de votre mouvement pourquoi une telle qualification ?


BDA : En vérité ça ne constitue pas un événement au sein de IRA parce que vous pouvez bien vous rappeler en tant que journaliste que le premier président du parti Rag a fait défection avec son secrétaire général en 2014. Est- ce que cela a diminué les forces d’IRA dans les compétitions démocratiques qui ont suivi ?
Plusieurs présidents , vice –présidents de IRA, dans l’histoire militante de notre mouvement, ont fait défection et ont apporté de l’eau au moulin de Aziz dans les temps forts de sa compétition avec nous, de son acharnement contre nous. Vous pouvez les compter ils sont plus de 4 ou 5. Est ce que ça a diminué la force de IRA? son rayonnement à l’intérieur et à l’extérieur ? où jusqu’ en 2020 chaque année IRA récolte un ou deux grands prix internationaux! et en 2019 la mouvance IRA/RAG a battu toutes les coalitions des partis dans la consultation électorale présidentielle . Imaginez vous le parti Tawassoul, un parti d’envergure au parlement avec toute son audience nationale et internationale. Vous savez que le candidat du partit RAG et de IRA ont battu à plate couture tous les candidats des différentes coalitions de l’opposition et mis en échec le candidat du pouvoir!!! Des coalitions qui sont soutenues par les plus grands argentiers du pays, par tous les mouvements de gauche, les mouvements identitaires ou de revendications citoyennes comme, Elhor, Flam, Touche-Pas-Ma-Nationnalite, le Manifeste Hratin, les grands partis politiques historiques: Rfd, Ufp, App, Ajd-Mr, toutes ces grandes coalitions ont été dépassées et parfois de très loin par la force charismatique, populaire et organisationnelle de Ira-Rag! Donc il est ridicule que nous nous attardions à répondre à de petites manigances insignifiantes d’un argentier ivre de de soif du pouvoir et de maladresses juvéniles mortelles. Est ce que les tâtonnements amateurs de Bouamatou peuvent constituer un événement plus que les coups fourrés de son cousin Aziz ?quand les départs de IRA se comptent par dizaines, de grands dirigeants ? C’est moins et plus maigre que du déjà vu , c’est un non événement.

LR : Aujourd’hui est-ce vous pensez que la bipolarisation politique, c’est-à-dire le pouvoir contre l’opposition, l’opposition contre le pouvoir, s’est effritée depuis l’arrivée du président Ghazouani ?

BDA : Moi je considère que c’est une veillée d’arme. Je pense qu’il y a partis d’opposition et partis d’opposition donc les oppositions ne sont pas les mêmes; Il y a des partis qui étaient d’opposition mais opposition par rapport à quoi ? Beaucoup de partis d’oppositions ne sont pas des ’oppositions de programme politique. J’avais toujours dit que la majeure parti des formations d’opposition sont des cousins germains du parti au pouvoir parce que leur opposition est une opposition dans le système mais ce n’est pas une opposition contre et en dehors du système. Nous et peut être un autre courant, nous sommes une opposition contre le système et en dehors du système. Mais la majorité des partis d’opposition épousent les mêmes principes, les mêmes dogmes que le système. Par exemple cette opposition qui n’est pas contre l’esclavage, qui ne sent pas qu’il y a du racisme en Mauritanie, une opposition qui s’émeut de l’incinération des livres comme s’en émeut le pouvoir. Une opposition qui considère le discours anti-esclavagiste et le discours anti-raciste comme un appel a la guerre comme un appel au racisme comme de l’extrémisme gratuit. Donc cette dernière opposition qui est cousine germine du pouvoir elle s’est effritée bien sûr parce qu’elle ne dira pas mieux que ce que dira Ould Gazouwani et les gens qui sont avec lui. C’est pourquoi elle n’est plus une opposition. Mais notre opposition à nous et l’opposition de notre courant sont des oppositions de principe, d’idées, de programme, de vision opposés au pouvoir en place. Je considère que nous sommes dans une veillée d’armes, dans une période de concertation et d’accord sur les questions de la démocratie et de la forme de la démocratie. Nous nous concertons avec le pouvoir, sur les outils l’arbitrage démocratique. Mais quand on revient aux questions de fond, il y aura une confrontation politique entre nous et le pouvoir en place, parce que nous sommes pas d’accord sur les questions de fond .

LR : Vous pensez qu’aujourd’hui comme vous venez de le dire le pouvoir ne s’est pas encore réellement attaqué a ces questions de fond l’esclavage, avec tout l’arsenal juridique qui est mis en place , le racisme , les inégalités dans l’emploi , les disparités sociales ….toutes ces questions demeurent entières ?

BDA : Toutes ces questions de fond comme la question de l’esclavage et de ses séquelles, la question du racisme et du passif humanitaire, la question des disparités sociales, la question de l’injustice sociale, la question de l’exclusion économique, l’exclusion de l’emploi. Ces questions restent en l’Etat sauf de légères avancées dans la question de l’emploi des jeunes déshérités qui commencent à bouger. D’ailleurs avec nos incessantes demandes et propositions et nos incessants appels et tentatives d’avancer. Sur ce point, il y a de légères avancée sur la question de l’emploi des jeunes des communautés exclues mais toutes les autres grandes questions restent en l’Etat .Je pense que le pouvoir ne s’est pas encore attaqué à ça et je doute que le pouvoir va exceller dans le règlement de ces questions. Mais le fait d’ouvrir le champ de la compétition démocratique nous permettra de prendre le pouvoir et de les régler.


LR : une certaines opinion dit que ces derniers temps vous n’êtes pas trop loquace vous ne parlez pas beaucoup, vous ne voyagez pas beaucoup, qu’en est-il ?

BDA : C’est vrai que je ne voyage pas beaucoup notamment à cause du covid 19 et la difficulté des déplacements des voyages internationaux, la fermeture des aéroports internationaux. Mais ce qui est en jeu maintenant est une situation qui requiert de l’avancement sur le chantier de la reconstruction de la confiance entre les partis, entre les différents segments politiques du pays qu’ils soient celui du pouvoir ou celui de l’opposition et je pense qu’à notre niveau, nous sommes en perpétuelles échanges et discussions avec les autorités du pays. Donc nous devrions être ici dans le pays pour suivre et pour pousser les choses à l’avant par notre présence, par nos interventions par les discussions que nous animions avec les autres, Euh, je pense aussi que cette période est une période d’expérimentation d’une autre posture qui n’est pas la posture de confrontation systématique avec le pouvoir pendant la décennie passée. IRA et RAG et nous-mêmes, avons excellé dans la confrontation systématique avec le pouvoir jusqu’a ce que les mauvaises langues disaient : « les gens de IRA ne peuvent être utiles que dans le domaine de la confrontation. » Dans le cadre de l’apaisement ils n’ont pas d’idées ils sont limités. Des mauvaises langues, c’est- à- dire toutes ces personnes qui sont en échec toujours dans leur vie et qui sont incapables de créer eux- mêmes autour d’eux une existence politique , une existence publique réelle et qui s’adonnent aux ragots et aux médisances, aux critiques, ils ont déjà avancé a plusieurs reprises cette critique. Et Bien, nous, nous sommes capables de bien vivre et de bien tiré notre épingle du jeu dans toutes les postures que ce soit dans la posture de la confrontation parce que nous somme courageux, nous sommes déterminés et nous sommes animés de l’esprit de sacrifice nécessaire. Nous pouvons aussi tirer notre épingle du jeu dans les situations d’apaisement et de dialogue, parce que nous sommes intelligents parce que nous sommes subtiles, nous avons les idées, l’esprit de création et l’esprit de proposition.


LR : Autrement c’est un changement de stratégie ?


BDA : C’est un changement de stratégie face aux stratégies du pouvoir. Nous ne pouvons pas rester dans le carreau, le pouvoir ne peut pas être subtil et élégant devant une opinion publique nationale et internationale, et nous, nous restons, et nous démontrons notre idiotie et notre manque de créativité ! Il faut à chaque situation, sa réponse qui lui est conforme.

LR : Si vous avez à comparer Ghazouani et Aziz, quels sont les critères sur lesquels vous allez vous fonder pour établir cette comparaison ?

BDA : Je pense que Aziz était un dictateur il ne donne le pouvoir ni a la police ni aux juges ni aux ministres ni aux directeurs des sociétés d’Etat, il intervenait dans tout, décidait de tout à tous les échelons ; je pense que Ghazouani est tout a fait le contraire. Il laisse à tout un chacun dans chaque secteur, qu’il soit ministre ou autre fonctionnaire, il leurs laisse la liberté de gérer, de décider et d’agir. Et c’est la une différence fondamentale. L’autre différence est qu’Aziz utilisait dans sa gestion quotidienne le principe que celui qui n’est pas soumis à moi est contre moi et je suis contre lui ; je vais le charger et l’enfoncer. C’est pourquoi Aziz passait tout son temps à charger tout le monde, à mettre les bâtons dans les roues pour tout le monde. Il se créait des ennemis partout ; il ne peut pas souffrir qu’il a un adversaire et que cet adversaire n’est pas un ennemi. Aziz ne peut pas souffrir ça, il ne peut pas supporter ça. Contrairement à Aziz, Ghazouani pense que ses adversaires ne sont pas ses ennemis. Il pense que ses adversaires politiques n’ont aucun problème personnel contre lui et il n’a aucun problème personnel contre eux, Il n’a pas à se venger d’eux…


• Propos récueillis par Hawa Oumar Dém et CTD

©️ Crédit source: Post FB du député BDA – 27/02/2021 https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1156992874745260&id=100013036740236

Dr Boubou Camara : «La situation des malades de la COVID qui nécessitent des soins critiques est délicate»

Initiatives News – Dr Camara Boubou est Mauritanien, né à Ould Yengé dans la région du Guidimagha. Il a fait ses études primaires et secondaires à Sélibabi ou il a obtenu le baccalauréat.

Après ses études de médecine générale, il s’est spécialisé à Toulouse en France en médecine interne avec orientation pneumologique. Dr Camara Boubou est aussi titulaire d’un diplôme d’études spécialisées complémentaires en maladies infectieuses et tropicales. Depuis 2011, il occupe le poste de responsable médical du centre de ressources et de compétences de la mucoviscidose du CHU de Grenoble-Alpes.

Dans le cadre du programme « retour temporaire de la diaspora » de l’OIM en partenariat avec l’Union Européenne et l’OMS, avec d’autres collègues, il est revenu en Mauritanie pour prendre part à la riposte nationale contre la COVID-19.

Horizons : Après la première vague, la Mauritanie, comme beaucoup de pays, fait face à la seconde vague du Corona virus. Quelles appréciations portez-vous sur la riposte nationale face à cette pandémie?

Dr Camara : Je suis revenu dans le cadre de la riposte nationale contre la COVID-19 pour prêter main forte à mes collègues, échanger avec eux et lutter avec eux contre cette pandémie.

C’est le programme « retour temporaire de la diaspora » de l’OIM en collaboration avec l’UE et l’OMS qui nous a permis de revenir travailler dans des conditions décentes en lien avec le ministère de la santé.

Nous sommes progressivement arrivés à partir du mois de juin 2020 avec les autres collègues de la diaspora Mauritanienne que je voudrais citer. Il s’agit du Dr Mohamed Salem Ould Zeine, réanimateur en France, Dr Ba Oumar, gériatre en France, Dr Hady Louly Klein, gastroentérologue, monsieur Hadiatou Ndiaye, directeur d’établissement de santé en France et Madame Aminata Soumaré, infirmière en Ile-de-France.

A notre arrivée, nous avons visité les structures hospitalières et réalisé plusieurs visioconférences avec les collègues de l’intérieur du pays. Nous avons visité toutes les structures dites « Covid », notamment celles accueillant les patients nécessitant des soins lourds, c’est-à-dire nécessitant de la médecine intensive. Nous avons remarqué qu’il y avait un problème de disponibilité en termes d’équipements. Cependant pour cette deuxième vague, il y a un effort important de la part du ministère de la santé avec la disponibilité de respirateurs, même à l’intérieur du pays. Malheureusement, au niveau de la population en général, même au sein de l’élite, les mesures barrières ont été très vite abandonnées, la communication n’a pas suivie. Je pense que cette faute collective est l’un des éléments qui explique l’ampleur de la deuxième vague que nous vivons actuellement.

Horizons : Dans une interview à l’Agence Mauritanienne d’information, le représentant de l’OMS en Mauritanie, Dr Abdou Salam Gueye, a déclaré que la prise en charge des cas graves de COVID n’est pas “parfaite”. Quelles sont les points forts de cette prise en charge, quelles sont ses faiblesses?

Dr Camara : La Mauritanie a la chance d’avoir comme représentant de l’OMS, Dr Gueye, expert en situation médicale d’urgence. Il est reconnu par ses pairs, notamment par rapport à sa gestion de l’épidémie Ebola. Cela dit, il est vrai que la situation des patients qui nécessitent des soins critiques est particulièrement délicate dans notre pays. Ces patients nécessitent la médecine intensive qui connait des problèmes dans nos établissements de santé. Nous manquons de ressources humaines soignantes de façon globale sur tout le territoire. Quelles que soient la spécialité, il y a déficit. Et, dans la spécialité de la médecine intensive, on compte au bout des doigts les professionnels capables de faire ce métier. Ensuite, l’environnement ne se prête pas forcément à la pratique de cette médecine intensive car, en plus des ressources humaines qui manquent, il y a des problèmes de consommables et de médicaments. Même si le gouvernement a fait d’énormes efforts qu’il convient de citer, il reste encore beaucoup à faire en matière d’équipements, de consommables, de logistique, de biomédicale et surtout d’organisation globale des soins… Il s’agit là, à mon avis, des principaux défis de la médecine intensive dans notre pays. Il est capital d’améliorer et d’entretenir l’existant.

C’est en connaissance de cause que l’OMS a recruté des consultants internationaux intensivistes et réanimateurs. Il y a eu l’arrivé, d’abord, d’une première équipe de professionnels (5 espagnols) sur une courte durée, ensuite huit autres consultants espagnols dont trois réanimateurs qui ont séjourné deux mois dans notre pays et les derniers vont retourner le 18 décembre 2020 en Espagne. Ils nous ont été d’un apport majeur. Je voudrais les remercier au nom de tout le peuple Mauritanien.

Horizons : vous avez aussi visité de structures de santé à l’intérieur du pays, comment s’y passe la lutte contre la COVID notamment en matière de prise en charge ?

Dr Camara : Effectivement, j’ai eu à visiter avec d’autres collègues les hôpitaux de l’intérieur de la Mauritanie. J’ai visité personnellement les hôpitaux de Nouadhibou, Kaédi, Boghé, Aleg, Sélibabi ainsi que ceux de Nouakchott. Globalement lorsqu’il s’agit de prendre en charge les patients sans atteintes sévères, nécessitant une adjonction d’un faible débit d’oxygène, il existe un protocole national bien établi par un comité scientifique et ça se passe bien. Il s’agit souvent de patient jeunes ou sans comorbidités et qui ne posent pas de problèmes. La difficulté se situe au niveau des patients nécessitant des soins critiques qui peuvent évoluer vers un syndrome de détresse respiratoire (lorsque l’atteinte de la maladie fait que les poumons n’arrivent plus à assurer leurs fonctions d’hématose qui consiste à oxygéner les organes vitaux). C’est malheureusement, ce syndrome de détresse respiratoire qui entraine des décès de patients. Même à Nouakchott, la prise en charge de ces patients au stade de détresse respiratoire reste problématique. A l’intérieur du pays, elle l’est encore plus. Cependant les centres comme Nouadhibou, Kaédi et Kiffa sont maintenant équipés d’appareils, de ventilation non invasive et de respirateurs. Mais, encore une fois, il se pose des problèmes de ressources humaines, de sous effectifs compétentes pour le maniement et l’entretien au long court de ces équipements de réanimation.

Horizons : Apres 20 ans d’exercice de la médecine en France, vous êtes revenu dans le cadre du programme « retour temporaire de la diaspora ». Vous êtes revenus, vous avez une expérience du terrain dans votre pays. Avez-vous un message à l’endroit de vos collègues mauritaniens exerçant la médecine en France ou ailleurs dans le monde et à l’endroit aussi du gouvernement mauritanien pour un éventuel encouragement d’un retour des compétences ?

Dr Camara : Il est de la responsabilité du gouvernement de notre pays, notre chère patrie, de mettre en place des dispositifs pour faciliter le retour de sa diaspora qui a certainement un rôle à jouer. Je ne parle pas de discours politique ou d’une 100ème réunion sur le sujet, je fais allusion à un vrai dispositif, quelque chose de concret et palpable. Cette diaspora, d’ailleurs, ne demande qu’à revenir pour servir et se mettre à la disposition de la nation.

A tous les membres de la diaspora, la Mauritanie a besoin de vous en cette période critique, quel que soit vos compétences, soignants, logisticiens, organisation des soins et j’en passe. La diaspora a su monter sa solidarité pendant la première vague de la Covid, via le CCME (Collectif des cadres mauritaniens expatriés), le dispositif des médecins et bien d’autres oragnes. Le besoin est pressant, nous avons tous un rôle à jouer.

Propos recueillis par Khalilou Diagana

Source/Le Quotidien National Horizons

©️ Crédit source: http://www.cridem.org/C_Info.php?article=743868

Un studieux charretier décroche le second rang dans le Bac 2020 option lettres modernes en Mauritanie

Lien vidéo : https://youtu.be/Eri2DZEpwsE

Al-akhbar – Bariki Ould Khair Allah a réussi à décrocher la seconde place à l’examen du Bac 2020 Option lettres modernes et le premier rang au niveau des wilayas de l’intérieur.

Bariki est un charretier exerçant le transport des marchandises et des bagages au niveau de la ville de Tidjikja, la capitale du Tagant.

« Pour réaliser ce rang, cela m’a contraint à déployer d’importants efforts », a-t-il dit, soulignant avoir été confronté à des difficultés considérables au cours de sa vie.

« J’ai décidé de transformer ces problèmes en facteurs d’incitation à l’apprentissage afin d’assurer mon éducation ainsi que celle de ma famille et de ma patrie », a-t-il ajouté.

« Mon père a divorcé ma mère ; devenue du coup le chef de ménage de la famille, avec mon soutien en tant que son fils ainé », indique Bariki.

« J’ai transporté les marchandises au niveau du marché comme j’ai pratiqué l’agriculture, tout en restant déterminé à concrétiser mon but à travers la poursuite des études », a-t-il précisé.

Edité par Al-akhbar

Traduit de l’Arabe par Cridem

L’Article Original

©️ Crédit source: http://cridem.org/C_Info.php?article=742126

Entretien de RMI avec Docteur Sao Ousmane : « le prochain pari du gouvernement actuel serait celui de la lutte pour l’emploi et de la lutte contre la pauvreté. »

RMI info : Présentez-vous à nos lecteurs

Mr SAO : Avant tout, je vous remercie ainsi que les membres du RMI info pour cet entretien.

Je m’appelle Sao Ousmane, de nationalité mauritanienne et je suis originaire de la vallée du Fleuve dans la région de Gorgol (Kaédi). Sur le plan associatif, je suis membre actif de l’association Fedde Hirnangue Bossoya, association qui regroupe plusieurs villages autour de Kaédi. Je suis coordinateur de l’association des jeunes du village de Jooke en Europe et sympathisant actif de plusieurs autres associations humanitaires nationales et internationales en France. Depuis quelques années maintenant, avec des compatriotes, nous avons créé l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des Mauritaniens de la Diaspora (CCDMD) que j’ai l’honneur de présider. Cette association est basée en Europe et regroupe des membres disséminés sur tous les continents. Elle vise à renforcer les liens entre tous les mauritaniens de la Diaspora. Concernant le plan des études scolaires et universitaires, j’ai fait mes années de primaires, secondaires et universitaires à Nouakchott puis je suis parti en France pour des études doctorales. Actuellement je suis chercheur basé en France, titulaire de deux doctorats, le premier en Géologie du quaternaire option géologie de la préhistoire avec un double focus sur la reconstitution des paléoenvironnements et la protection du patrimoine culturel mauritanien, et d’un second doctorat en sociologie politique et relations internationales titré Organisation des Unités sociopolitiques, culturelles et juridiques de la population mauritanienne et relations internationales.

RMI info : Vous avez été un soutien du candidat Ghazouani durant les élections présidentielles en juin 2019 : Quelle appréciation faites-vous de la gouvernance du Président mauritanien Ghazouani ?

Oui effectivement, j’ai été et je suis encore un soutien du Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Durant les élections présidentielles de 2019, je me suis même rendu en Mauritanie, mon pays, pour soutenir le candidat Ghazouani. Pendant cette période électorale, j’ai intégré son équipe de campagne comme conseiller chargé de communication auprès du Directeur National de Campagne. Une mission que j’ai prise avec sérieux et honneur d’autant plus que j’ai pu rencontrer par la même occasion des hommes et des femmes d’état de valeurs investis-es pleinement pour la réussite du candidat et de son programme. Pour répondre à une question que les gens me posent souvent « mais pourquoi le soutenez-vous ? ».

Je l’ai soutenu parce que je crois tout d’abord en l’homme et ensuite je pense que son programme représente le meilleur programme qu’un homme politique peut présenter à son peuple. En politique, il faut faire des choix, des choix de conviction, des choix de valeurs, des choix constructifs… Je suis citoyen mauritanien après tout, j’aime mon pays, quels que soient mes choix, l’engagement pour mon pays sera toujours sans limite. In chaa ALLAH.

RMI info : En quoi son programme est-il le meilleur ?

Dans son programme, le candidat s’engage à ne laisser personne sur les trottoirs ajoutant que son but est que la prospérité prévale, se définissant comme le candidat de la justice sociale. Il a promis d’améliorer les conditions des fonctionnaires et d’œuvrer à la tenue d’un dialogue politique permanent jusqu’à réconcilier les Mauritaniens à la politique. Il a promis par ailleurs de résoudre les problèmes de la Jeunesse, d’encourager les initiatives individuelles, de faciliter l’obtention de microcrédits, d’y attirer davantage de jeunes et de développer l’enseignement technique et professionnel. Il a enfin affirmé que l’état prendra en charge les personnes handicapées afin de les intégrer dans le secteur de l’emploi. Sans oublier la question de la Diaspora (mauritaniens de l’extérieur), il s’est engagé à fournir une plateforme de dialogue et d’échanges entre la diaspora et les décideurs politiques. Il veillera entre autres à ce que les structures soient mises en œuvre pour permettre à la diaspora d’avoir un impact positif à la fois au niveau des pays d’origine et d’accueil. Des mesures à saluer et à concrétiser car pour moi, le lien entre la migration internationale des compétences et le développement du pays d’origine doit être reconnu et soutenu par beaucoup d’acteurs.

RMI info : Puisque vous parlez d’avenir, quelle analyse faites-vous des 365 jours du pouvoir du Président Ould Ghazouani et que vous inspire la formation du nouveau gouvernement avec le départ du premier Ministre après une année?

Je fais une analyse globalement positive. Tout d’abord souligner impérativement que durant les 365 jours le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani est resté jusqu’à preuve du contraire maître de son agenda. Un agenda qu’il maitrise avec précision et c’est un point positif pour affronter les défis qui attendent la Mauritanie. Fidèle aux principes du dialogue, j’estime que l’avènement du président Ould Ghazouani inaugure une nouvelle ère démocratique axée sur plusieurs thèmes.

1- La lutte contre la corruption et la gabegie,

2- La lutte contre la pauvreté sociale, contre le chômage et pour la création durable de l’emploi,

3- Le dialogue social et national inclusif entre les partis politiques et le forum civil,

4- Le combat contre le terrorisme qu’il faut impérativement gagner,

5- Un autre point important est la lutte contre le Covid 19. Une situation spéciale devenue par la force des chose un programme de lutte et de prévention.
Pour le premier point, je pense que les derniers évènements montrent que la police des crimes économiques et financiers mène actuellement une enquête préliminaire sur des présomptions de corruption révélées par le rapport de la CEP (commission d’enquête parlementaire sur les crimes économiques) au cours de la dernière décennie. Une démarche à encourager car cela peut contribuer ainsi que celles qui la suivront, à la moralisation et à la gestion transparente des ressources publiques. Cette nouvelle manière participe aussi à la séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif et donc au renforcement du pouvoir législatif. Pour le reste, laissons la justice faire son travail tranquillement et évitons les commentaires inappropriés d’aucune importance au stade actuel des choses.
Pour le second point Il faut noter que depuis les années 1980, le chômage semble être un phénomène irréversible. Les gouvernements ont multiplié les politiques de lutte contre la crise dans le but de freiner sa progression. Pour comprendre cette problématique, il faut tout d’abord déterminer les différentes catégories de chômage à savoir le chômage : frictionnel, conjoncturel et structurel qui sont définit ainsi selon les économistes et spécialistes.

a) Chômage frictionnel : Le chômage frictionnel résulte d’imperfections du marché du travail. Observable même en situation de plein-emploi, il correspond à un chômage d’adaptation lié aux délais d’ajustement de la main d’œuvre entre deux emplois.

b) Chômage conjoncturel ou cyclique : Le chômage conjoncturel est un chômage économique dû à une insuffisance de la demande globale. Une baisse de cette demande (la consommation des ménages, les investissements, …) conduit les entreprises à avoir un stock de produits non désirés et à réduire leur production et leur investissement ; cela peut conduire à des licenciements et/ou des délocalisations.

c) Chômage structurel : Le chômage structurel est dû à des inadéquations entre les qualifications des individus et les emplois. Il y a une inadéquation entre l’offre et la demande. Les progrès technologiques jouent un rôle déterminant dans l’existence de ce type de chômage. Les progrès impliquent des modifications dans les caractéristiques (connaissances, savoir-faire, …) des postes d’emploi.

d) Chômage classique : Il correspond généralement à des personnes qui ne parviennent pas à trouver un emploi, en raison du nombre de demandeurs d’emploi supérieur à l’offre d’emploi.

e) Chômage saisonnier : Un chômage lié aux variations d’activité au cours de l’année dans certains branche d’activités et qui varie sensiblement selon les périodes de l’année (ex. Tourisme, agriculture…)
Dans notre contexte : La pauvreté correspond à une insuffisance de revenus, entrainant des privations et l’incapacité pour une population de satisfaire ses besoins (se nourrir, accéder à l’eau potable, se loger, se soigner, s’éduquer) et le président Ghazouani a mis en place le programme « Taazour » avec une Délégation Générale de rang ministériel directement rattachée à la Présidence de la République, cette délégation regroupe les programmes et projets de lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la marginalisation inscrit dans le programme et engament du président de la République. Il faut aussi noter qu’un nouveau programme dénommé « CHEILA » destiné à la modernisation des communes les plus pauvres. Ce programme est mis en place pour offrir des services intégrés d’éducation, de santé, de logement, d’aménagements hydro-agricoles, de semi-mécanisation de l’agriculture, d’énergie, de financement de la micro-entreprise et de formation professionnelle. Il faut aussi souligner par ailleurs, qu’un autre programme dénommé « Dari » est mis en place pour les populations des quartiers précaires des principaux centres urbains pour le bénéfice de logements sociaux. Mais pour mener à bien les programmes cités, le gouvernement doit passer par les bonnes performances économiques d’où la nécessité de mettre en place une politique de relance économique qui aura pour but de favoriser la croissance. Dans le cas de notre pays, l’état doit augmenter les dépenses publiques tout en décidant en même temps d’augmenter les revenus d’une certaine catégorie de la population (augmentation des minima sociaux ou du salaire minimum) pour stimuler la consommation. Ce type de politique, d’inspiration keynésienne, est généralement utilisé quand le chômage est élevé et la croissance faible.

Sur le dialogue social inclusif, je pense qu’il faut encourager le Président de la République et son gouvernement pour cette nouvelle forme de gouvernance, basée sur le respect de tous. A mon avis, cette nouvelle forme de gouvernance contribuera à coup sûr à la pacification du pays et permettra de réduire certaines inégalités qui rongent la société mauritanienne et fera disparaitre certaines incompréhensions qui gangrènent la société mauritanienne dans son ensemble. Pour rappel le Président avait dit durant son investiture, « Mohamed Ghazouani sera le président de tous ». Les mauritaniens ont besoin d’être rassurés et je crois qu’il est sur le bon chemin. En Mauritanie, le dialogue social est plus que nécessaire, se parler, s’entendre et se comprendre pour résoudre les problèmes au quotidien, s’écouter, trouver des compromis est une obligation pour l’unité et la cohésion des citoyens. A noter que l’objectif d’un dialogue n’est pas de mettre tout le monde d’accord mais de pouvoir à nouveau discuter et émettre des opinions différentes qui puissent être entendues par tous.

La lutte contre le terrorisme est un combat de toujours qu’il faut impérativement remporter. La situation sécuritaire au Sahel appelle nécessairement à une reconsidération des paradigmes qui, jusqu’ici, ont guidé l’option strictement militaire qui a montré ses limites car à mon avis je crois qu’il y a aujourd’hui, un vrai problème de perception du conflit avec un hiatus entre approches internationales globales et perceptions locales. La Mauritanie en raison de sa position géostratégique contraignante y jouera un rôle d’une importance capitale pour toute solution finale. Mettre l’accent sur la lutte contre le financement du terrorisme en contrôlant les transferts physiques de capitaux aux frontières et de mettre en place une coopération totale et constante de toutes les institutions financières, ainsi que celle des entreprises et professions non financières désignées, afin de détecter et de combattre partout les flux financiers destinés au terrorisme.
Enfin le 5e et dernier point concerne la lutte contre la propagation du virus Covid 19. Elle est d’ailleurs inscrite dans le programme des gouvernements et des infrastructures sanitaires adaptées doivent être érigées pour parer à toutes éventualités et de prévenir l’avenir.
Le prochain pari du gouvernement, selon ma compréhension des choses serait celui de l’emploi et de la pauvreté sociale qu’il est urgent de mener et de réussir. Pour gagner ce pari, il requiert de réaliser sur une période longue une croissance économique soutenue, équitable et au taux le plus élevé possible. Cela suppose l’édification d’une économie d’offre compétitive et performante. On parle d’extrême pauvreté lorsque l’insuffisance de revenus ne permet pas de satisfaire ses besoins essentiels comme se nourrir, accéder à l’eau potable, se loger, se soigner, s’éduquer. La mesure de la pauvreté d’une population peut se faire de manière relative par rapport à un niveau de revenus. Il faut souligner que la pauvreté en tant que problème social est un mal pénétrant qui affecte multiples aspects de la culture et de la société. Par conséquent, les revenus parmi les membres des communautés demeurent invariablement faibles, l’accès aux services tels que l’éducation, les marchés et la santé ne sont que peu développés et les capacités de prises de décisions sont insuffisantes. Cette pénurie affecte également les installations sanitaires communales et l’eau courante, de même que les réseaux routiers et les facilités de transports et de communications. C’est ce qu’on appelle la pauvreté multidimensionnelle. Il est en outre important de souligner que les efforts des pays voulant résoudre par eux-mêmes le problème du chômage sont voués à l’échec car ce défi dépasse nos frontières nationales. Une collaboration régionale pour le renforcement des capacités requises afin de résoudre ce problème est de ce fait indispensable. La Mauritanie pourrait être à l’origine de cette initiative.
En ce qui concerne le départ du premier ministre, je n’ai pas de commentaire à faire, car nous sommes dans une République et cette dernière fonctionne sous l’emprise de la constitution, de la loi et du règlement. De cette constitution, le Président de la République y est investi de dispositions relevant de son rang et de ses fonctions pour incarner la plus haute institution du pays et de choisir librement ses collaborateurs civils et militaires. C’est une prérogative constitutionnelle et institutionnelle indiscutable dans une république qui se respecte.

RMI info : Que pensez-vous du rapport de l’ Assemblée nationale sur la gestion de la décennie d’Abdel Aziz ?

Je crois que l’assemblée nationale a fait son travail en rédigeant son rapport sur la situation économique du pays. Elle est dans son rôle et ce rapport doit se faire à chaque fois que nécessaire. Notre pays a besoin d’institutions fortes, neutres et indépendantes afin de promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance. C’est une nouvelle donne qu’il faut saluer et encourager. Pour ce qui concerne le volet judiciaire du dossier en question, faisons confiance à la justice de notre pays. Le respect de la justice et de la présomption d’innocence me donne le droit de ne pas commenter un dossier en cours de procédure. Il faut dire que l’exercice du pouvoir politique a pour but, l’un de ses buts au moins, l’instauration et la préservation d’une société ordonnée, stable et notre pays en a besoin plus que d’autres.

RMI info – La question de l’esclavage divise les Mauritaniens : une partie des mauritaniens continuent de dire que la pratique de l’esclavage est persistante en Mauritanie, et d’autres nous parlent des « séquelles d’esclavage ». En tant que docteur en sociologie, qu’en pensez-vous ? En tant que citoyen averti, de quel côté êtes-vous ?

Dans aucun des côtés pour répondre directement à votre question. Je prône une approche méthodique et explicative car je pense que beaucoup de Mauritaniens aimeraient comprendre, comme moi, les faits et les replacer dans leur contexte. En tant que sociologue, mon rôle n’est pas d’être dans un camp, et en tant que citoyen averti, je me refuse catégoriquement de rester cloisonner selon les camps car pour moi notre pays mérite mieux que cela. Même dans cette attitude volontaire, je m’inscris résolument dans la disparition totale de certaines situations sociales qui n’ont rien à voir avec le progrès social.
Ceci étant dit, nous constatons qu’en Mauritanie, certaines personnes ont un sérieux problème sémantique avec les mots : apartheid, esclavage, séquelle, éradication, discrimination, inégalité sociale, évolution sociale, progression sociale, féodalité, hiérarchisation sociale, tribu, ethnie, communauté, cohabitation et j’en passe. Des mots qui doivent avoir leur sens sur le plan juridique, sociétale et politique. Pour moi chaque mot à son sens, chaque phrase à ses mots. Il faut tout juste veiller à ce que les personnes responsables les utilisent avec le contexte du moment en évitant les surenchères inutiles. Des inégalités politiques et sociales, il en existe et c’est à l’Etat de veiller à la réduction de ces inégalités pour le bien de tous. Il faut donc encourager l’Etat dans son combat qui consiste à éradiquer certaines de ces survivances et séquelles et pour cela, je fais appel à notre intelligence collective et à la maturité du peuple mauritanien pour lutter contre ces considérations qui ne cessent de nous gangrener. Le pays a une grande chance d’avoir des compétences dans toutes les couches sociales, il suffit tout juste de faire preuve d’esprit d’ouverture et d’acceptation de l’autre pour l’intérêt de la Nation mauritanienne.
Pour rappel, dans son rapport de 1994 sur la pauvreté en Mauritanie, la Banque mondiale écrit que malgré le fait que l’esclavage ait été aboli par la loi de 1981, il subsiste encore sous différentes formes et qu’il prendra beaucoup de temps à disparaître. Bien avant, la première Constitution de la Mauritanie indépendante de 1961 a établi le principe d’égalité entre les citoyens. La Constitution de juillet 1991, dans son préambule, évoque le droit à l’égalité. L’ordonnance du 5 juillet 1981 a aboli l’esclavage sur l’ensemble du territoire national. Pourtant à cette époque, la situation ne s’était pas pour autant améliorée car l’ordonnance n’avait pas été suivie d’une application effective. Puis une autre loi a rectifié et a endurcit les peines de celles de 2007 incriminant l’esclavage qui n’avait pu être appliquée en raison du coup d’État de 2008. Dans la même logique, le parlement mauritanien a adopté le 13 août 2015 une nouvelle loi contre l’esclavage inscrivant cette pratique comme crime contre l’humanité sous peine de 10 à 20 ans d’emprisonnement pour les auteurs. Cette nouvelle loi a été d’ailleurs saluée par Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les formes contemporaines de l’esclavage.
Le constat que je fais de la situation, est que la communauté maure à l’image de celle des Négro-mauritaniens, est très stratifiée. Cette division sociale très poussée est protégée par le système des castes. Le système des castes dans nos sociétés induit la transmission générationnelle des savoirs, des charges et des ordres, on parle de la biologisation des rapports sociaux. Le professeur Abdel Weddoud Ould Cheikh a d’ailleurs dit que l’esclavage chez les Maures est « une institution aussi ancienne que les Maures eux-mêmes ». Nous pourrions en dire autant des sociétés négro-mauritaniennes construites sur une base inégalitaire d’ordres et de castes restées inchangés malgré les bouleversements intervenus de la fin du Moyen-Âge à nos jours. Les légendes et les mythes fondateurs des Etats traditionnels de l’espace mauritanien nous signalent l’existence et l’ancienneté de l’esclavage dans l’espace culturel du Tékrour et du Wagadou, autrement dit dans l’Empire ouest-africain du Ghana.
Actuellement, les enjeux politiques sont en ce sens devenus le terreau fertile à partir duquel les uns s’ingénient à maintenir leurs anciens privilèges et leurs prééminences, et les autres à améliorer leur sort par une représentation politique et une affirmation de soi. Ce jeu de remise en cause des anciens ordres contribue à la reproduction « mécanique » de deux camps qui s’affrontent sempiternellement : l’un milite pour une renégociation des hiérarchies sociales anciennes, l’autre pour leur maintien. En effet, selon les protagonistes des contestations, aucune liste ne doit désormais être d’une seule coloration statutaire. Un tel procédé, s’il calme les ardeurs à court terme, n’est pas de nature à réduire la portée des contradictions entre les deux identités rivales : il ne s’agit là que d’une paix fourrée, d’un dosage socio-identitaire qui perpétue l’écart entre les différentes composantes de la société. Mais sans perdre de temps sur le danger palpable de la fausse dichotomie de ces deux perspectives, il est plutôt nécessaire de souligner l’idée qu’un enrichissement mutuel des modes traditionnels et occidentaux de gouvernance est possible. Celui-ci n’est envisageable qu’au travers d’un engagement urgent, profond et de long terme en faveur d’une réforme des règles et normes traditionnelles mauritaniennes jusqu’à présent inchangées. Il faut aussi éviter de faire de cette affaire « un fonds de commerce politique » pour des politiciens sans scrupule qui ne croient qu’en leur survie politique personnelle. Donc vigilance.

RMI info : Vous êtes président de l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des mauritaniens de la Diaspora, une association regroupant des mauritaniens en France et dans le monde. Que pensez-vous du rôle de la diaspora dans son ensemble?

Depuis toujours on peut souligner que l’action de la diaspora est essentiellement une action privée, individuelle ou bien le fait de petits groupes, mais dans la plupart des cas, c’est une action informelle. Son rôle est aujourd’hui évident et reconnu partout. Non seulement elle aide les familles, mais aussi, elle investit, crée dans les villages des projets de développement. Elle contribue au développement de son pays d’origine. Avec la crise sanitaire (Covid19), son rôle a été essentiel pour participer efficacement à l’élan de solidarité demandée par nos gouvernants : non seulement la diaspora agit par des incitations économiques, par la compréhension fine de leurs besoins (ressources humaines …), mais aussi par une stratégie d’influence ciblée. La binationalité économique de la diaspora n’est plus à démontrer. Il est évident que chaque fois qu’elle a pu agir de son propre chef, la diaspora n’a pas hésité à le faire, mais il est aussi vrai qu’une telle action ne suffit pas pour transformer les choses de manière significative. Il ressort de ces expériences qu’une intervention rondement menée de la diaspora au niveau communautaire peut être vitale pour le développement communautaire et la paix intrarégionale. Les membres de la diaspora qui ont réussi peuvent ainsi devenir des modèles et apporter à la jeunesse l’encadrement et la vision nécessaires pour la construction pacifique de la nation. Parce que plusieurs de ses membres sont des modèles et des mentors dans leurs familles et leurs quartiers, la diaspora doit mieux participer à la mise en exergue de valeurs qui font la fierté d’être mauritanien. L’unité factuelle de tous les mauritaniens, quel que soit leur ethnie, leur apparence politique, fait que nous sommes heureux de nous retrouver entre mauritaniens, entre africains pour parler de nos pays. Comme disait Napoléon Bonaparte « la première des vertus est le dévouement à la patrie ». Voilà une des caractéristiques de notre Diaspora.

RMI info : Que pouvez-vous nous dire de la jeunesse et des jeunes ?

Samuel Ullman disait que : « La jeunesse n’est pas une période de la vie. Elle est un état de l’esprit, un effort de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort ». La jeunesse représente une force vive, elle est riche des aspirations propres à ce moment de l’existence. Mais aujourd’hui encore, des conditions de vie précaires (chômage, exclusion, pauvreté, particulièrement nuisibles aux jeunes défavorisés) gâchent ce potentiel et cette énergie. Ils constituent incontestablement un groupe d’âge décisif, capable de raisonner et d’agir avec maturité. Leur participation ne peut pas être reléguée à un avenir incertain : c’est dès maintenant que nous avons besoin de leur concours. Il est nécessaire de dépasser l’idée selon laquelle les jeunes, un jour, « hériteront » de la Terre ; en réalité, ils ont dès aujourd’hui un rôle important à jouer dans l’édification du monde. C’est à juste titre qu’ils exigent d’être entendus et de pouvoir s’exprimer pour que soit reconnu la valeur de leur apport à la société. Nos Etats se doivent de donner à nos jeunes la volonté et la possibilité de participer à un projet collectif.

RMI info : Vous avez soutenu une première thèse de doctorat en Géologie du quaternaire (option géologie de la préhistoire, reconstitution des paléoenvironnements et protection du patrimoine culturel matériel et immatériel mauritanien).

Oui effectivement avant la seconde thèse en Sociologie politique (organisation des unités sociopolitiques et culturelles de la population mauritanienne) soutenue en 2014, j’ai pu soutenir en 2010 une première thèse en sciences. Ce travail de thèse, débuté en Master Recherche à la Faculté des sciences de l’Université de Perpignan est donc essentiellement consacré à l’étude sédimentologique en vue d’établir la reconstitution des paléoenvironnements sédimentaires qui se sont succédés dans le secteur du Guelb er Richât (Adrar de Mauritanie). Dans mes recherches doctorales, la notion de patrimoine se profile comme un élément de reconnaissance de la richesse et de valorisation des lieux constituants, par là même, un facteur de développement local dans certaines régions. Le patrimoine culturel reflète l’identité d’un territoire et relie une population à son passé. Il s’enracine dans l’histoire, l’architecture, les traditions d’une communauté et les ressources naturelles d’un terroir. C’est un héritage culturel partagé qui garantit les identités locales. En ce sens, la valorisation du patrimoine culturel est liée à la façon de le représenter. La thématique de la valorisation du patrimoine culturel occupe une place majeure dans notre champ de recherche. Elle prend en considération l’importance des patrimoines et des traces culturelles dans la représentation des territoires. Elle pourrait ainsi optimiser le processus de patrimonialisation et l’adapter aux attentes de la société. Il est à noter que la création patrimoniale se distingue d’une région à une autre.

RMI info : Dr Sao, un dernier mot à nos lecteurs :

Je voudrais tout d’abord vous remercier et ensuite avec la situation actuelle encourager mes compatriotes mauritaniens de poursuivre la sensibilisation sur la nécessité de maintenir les mesures barrières afin de prévenir la propagation de la pandémie du COVID 19. En dernier j’encourage les responsables de la nation à travailler à l’élaboration et au renforcement de dispositifs permettant d’impliquer plus significativement la jeunesse dans le développement du pays. Cet effort peut notamment passer par des échanges entre les jeunes vivant au pays et leurs concitoyens de la diaspora qui représentent une force extraordinaire.

Propos recueillis par Saidou Wane

©️ Crédit source: http://rmi-info.com/entretien-de-rmi-avec-docteur-sao-ousmane-le-prochain-pari-du-gouvernement-actuel-serait-celui-de-la-lutte-pour-lemploi-et-de-la-lutte-contre-la-pauvrete/

Mauritanie – La pandémie du Covid-19 : des victimes collatérales à Selibaby ? Par Pr Ibrahima Samba Dioum

Depuis l’apparition du coronavirus Covid-19 en Chine en janvier dernier, le monde étouffe. Différents gouvernements essaient tant bien que mal de faire face à la propagation du virus. Des mesures de confinement ont été prises, des vols ont été annulés, des frontières ont été fermées, des mesures de distanciations sociales ont été imposées.

En Mauritanie, le gouvernement a aussi fermé ses frontières aériennes et terrestres. Il a en plus imposé un couvre-feu sur tout le territoire national de 18h jusqu’à 6h du matin. Et il a fermé tout le commerce non alimentaire jusqu’à nouvel ordre. Ces différentes décisions en vigueur depuis quelques jours auraient une efficacité au niveau sanitaire mais elles commencent à faire des victimes économiques notamment à Selibabi. Face à cette conjoncture, des solutions sont attendues.

À Selibabi, les premières à payer le prix de la lutte contre le Covid-19 sont les femmes vendeuses du soir au marché de la ville. Elles ne vendent plus le lait et le couscous qu’elles préparaient avec un grand talent. Aujourd’hui, elles sont désespérées et sans ressources financières. Une des femmes nous confie « mes enfants et moi ne sont pas encore atteints par le corona mais il va nous humilier avant de finir par nous tuer si les choses continuent comme ça »

La situation économique est aussi catastrophique pour les artisans de Sélibabi qui vivent au jour le jour. Aucun tailleur, aucun menuisier, aucun soudeur, aucun mécanicien n’a travaillé depuis le 29 mars. Leurs activités sont à l’arrêt forcé. Ils s’inquiètent parce qu’ils ont des familles entières en charges et des loyers à payer. Un artisan rencontré, clé de la boutique en main nous dit « et maintenant comment on va manger »

Conscient des effets économiques de la pandémie sur les mauritaniens, le Président Mouhamed Ould Cheikh El Ghazouani, dans son adresse à la nation du 25 mars, a annoncé une série de mesures parmi lesquelles :
L’allocation d’un montant de 5 milliards MRO destiné à aider 30 mille familles pauvres pendant trois mois ; des familles qui résident majoritairement à Nouakchott et dont les chefs de ménage sont des femmes, des personnes du troisième âge et des personnes vivant avec un handicap ;

La prise en charge par l’État, pendant deux mois, des factures d’eau et d’électricité des familles pauvres ;

La prise en charge par l’État, pour le reste de l’année, des frais de consommation d’eau dans les villages ;

La prise en charge par l’État, pendant deux mois, de toutes les taxes municipales liées aux activités des petits métiers

La prise en charge par l’État, pour le reste de l’année, de toutes les taxes appliquées aux chefs de ménage qui travaillent dans le secteur de la pêche artisanale.

Ces mesures sont bien entendu les bienvenues. Cependant la grande interrogation est de savoir comment identifier les familles pauvres sur l’étendu du territoire national ?

En Mauritanie, la gestion de la pandémie du Covid-19 semble faire son effet au niveau sanitaire mais elle perturbe plus que jamais les activités économiques dans des contrées comme Selibabi à l’instar des autres villes du pays et des autres pays du monde. Si l’aide précieuse annoncée par le Chef de l’État Mauritanien n’arrive pas à temps jusqu’aux plus nécessiteux, beaucoup d’entreprises artisanales disparaitront du tissu économique mauritanien et des difficultés sociales apparaitront car nombre de ménages font face à un vrai défi économique à l’heure actuelle.

🔹️Par Ibrahima Samba Dioum, Professeur d’Économie Gestion (Académie de Paris)

©️ Crédit source: post FB – l’auteur du 1/4/20

Interview : Docteur Sao Ousmane chez RMI-INFO

Ousmane SAO, Docteur en géologie de la préhistoire, et Docteur en sociologie politique est l’invité de “REGARDS D’AILLEURS”, présentée par Diadié SOW. Citoyen mauritanien engagé, Ousmane SAO répond aux questions de nos chroniqueurs, Saidou Wane et Nada Ahmed YENJ, concernant l’actualité mauritanienne, son parcours personnel et son combat pour l’enrôlement des mauritaniens de la diaspora. Son engagement politique lors des élections présidentielles

Regards d’Ailleurs avec Dr Ousmane SAO –

Regards d’Ailleurs avec Dr Ousmane SAO

©️ Crédit source: RMI-INFO

L’entretien avec le mathématicien Mauritanien Toka Diagana, par Initiatives News

Initiatives News – Chef de Département Mathématiques du “University of Alabama” aux États-Unis d’Amérique, Toka Diagana, le mathématicien mauritanien a séjourné à Nouakchott en décembre.

Il a dispensé des cours de mathématiques à l’Université de Nouakchott en marge de la première Mini-Conférence organisée conjointement par l’unité de recherche Géométrie, Analyse, Algèbre et Applications (G3A) de l’université de Nouakchott et les membres de la Diaspora Mauritanienne représentée par Prof. Mohameden AHMEDOU (Giessen University, Allemagne), Prof. Sidi-Mahmoud KABER (Sorbonne Université, France).

Professeur Toka Diagana revient dans cet entretien avec Initiatives News sur ce séjour.

🔹️Initiatives News : Professeur Toka Diagana, vous avez séjourné en Mauritanie en décembre dernier. Quel était le but de ce séjour ?

Toka Diagana : Permettez-moi ; toutefois de vous présenterainsi qu’à tous vos lecteurs mes meilleurs vœux à l’occasion de la nouvelle année.

Pour en revenir à votre question, ma récente visite en Mauritanie avait trois principaux objectifs. Le premier consistait à enseigner à l’université de Nouakchott un cours de 3ème cycle intitulé « Evolution Equations and Their Applications to PDEs » dont le but est de familiariser les étudiants de 3ème cycle avec les outils de base pour la résolution d’équations différentielles dans des espaces abstraits en utilisant l’approche des semigroupes et ensuite faire usage de tels résultats abstraits pour résoudre certaines équations aux dérivées partielles (l’équation de la chaleur, l’équation des ondes, etc.).

Plusieurs étudiants et enseignants ont participé à ce cours qui du reste a été dispensé de façon accélérée faute de temps. Il fallait que je rentre aux Etats-Unis avant le 1er janvier pour préparer mon département à notre rentrée universitaire qui était prévue pour le 6 janvier.

Le deuxième objectif de ma visite consistait à participer àla première Mini-Conférence organisée conjointement par l’unité de recherche Géométrie, Analyse, Algèbre et Applications (G3A) de l’université de Nouakchott et les membres de la Diaspora Mauritanienne représentée par Prof. Mohameden AHMEDOU (Giessen University, Allemagne), Prof. Sidi-Mahmoud KABER (Sorbonne Université, France), et moi-même. Ce fut une réussite totale dans la mesure oùcette conférence nous a permis de communiquer et d’échanger avec nos collègues de l’Université de Nouakchott et ainsi que les étudiants.

Enfin, comme troisième objectif, j’ai profité de mon séjour à Nouakchott pour travailler avec une étudiante en Thèse de doctorat que je co-encadre depuis un an.

Ce qu’il faut noter c’est que j’ai l’habitude de passer les mois de décembre en Arabie Saoudite pour enseigner ou donner des conférences notamment au King Fahd University of Petroleum and Minerals (KFUPM) a Dahran où je suis « Adjunct Professor ». Mais en décembre passé; j’ai décidé de rentrer en Mauritanie pour y apporter ma très modeste contribution à la formation de la jeunesse. C’est aussi une façon à moi de rendre à ce pays un tout petit peu de tout ce qu’il m’a donné ; notamment en finançant mes études en Tunisie et en France.

🔹️Initiatives News : Beaucoup d’étudiants ont apprécié votre présence à l’Université de Nouakchott. Vous incarnez un idéal pour ces jeunes qui sont pourtant exposés au risque de chômage dans un pays où les études sont de plus en plus difficiles à supporter…

Toka Diagana :J’ai eu beaucoup de feedbacks notamment de la part des étudiants. Et ce, après mes cours et ma conférence plénière à l’université de Nouakchott. Nos jeunes n’ont qu’une seule ambition, c’est de pouvoir continuer leurs études pour de meilleurs lendemains. Nous devons absolument leur fournir cette opportunité. Cela peut absolument se faire sur place en Mauritanie même si la plupart de ces jeunes veulent aller continuer leurs études hors des frontières mauritaniennes notamment aux Etats-Unis.

Pour donner l’envie aux jeunes de continuer leurs études en Mauritanie, nous devons opérer quelques changements profonds dans le système éducatif actuel. Je ne crois pas une seconde que nos voisins Marocains ou Tunisiens soient plus intelligents que nous. La différence entre eux et nous, c’est que nos voisins ont compris depuis très longtemps que l’éducation est la clé de leur réussite pendant que nous mauritaniens continuons à tergiverser sur des problèmes inutiles.

Ce qu’il nous faut, c’est un système éducatif juste auquel les Mauritaniens ont confiance. Nous devons investir dans l’éducation mauritanienne pour de meilleurs retours d’ici quelques années. Une fois que l’on offre une bonne éducation a quelqu’un ; il faut également lui offrir l’emploi qui lui sied.

Ce qu’il faut en Mauritanie c’est dans un premier temps identifier les secteurs où le pays a le plus de besoins et par la suite former les étudiants en fonction de cela.

J’ai, lors de ma rencontre avec le Ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports Mr Taleb Ould Sid’Ahmed, eu une discussion très intéressante à ce sujet. J’ai surtout été très impressionnéde noter qu’il prend le chômage des jeunes à bras–le–corps et qu’il a l’ambition decréer des milliers d’emplois notamment à travers les formations professionnelles appropriées. C’est en effet ce genre de « mindset » dont a besoin en Mauritanie pour contrecarrer le chômage des jeunes.

🔹️Initiatives News : Justement, vous avez rencontré le ministre de l’emploi, de la jeunesse et des sports. Vous avez également été reçu par le Président de la République. Sur quoi ont porté vos discussions ?

Toka Diagana :J’ai en effet été reçu par le Ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports M. Taleb Ould Sid’Ahmed. J’ai franchement été très séduit par son humilité, son dynamisme, et son constant souci de vouloir mettre fin au chômage des jeunes en Mauritanie. Nous avons longuement discuté de quelques pistes qu’il est en train d’explorer dans ce sens.

C’est quelqu’un qui veut vraiment faire bouger les lignes. J’espère simplement qu’il est bien soutenu dans son action car il en va de l’intérêt de la Mauritanie. Bon, c’est également la première fois que je rencontre un Ministre qui parle toutes les langues mauritaniennes. Oui, nous avons parlé Soninké !

J’ai été reçu également par le Chef de l’Etat Mr. Ghazouani le 31 décembre 2019 pour un entretien qui a duré environ une heure. Nous avons discuté d’une dizaine de questions d’intérêt national dont celles relatives à la double-nationalité, le vote des Mauritaniens de l’étranger, etc. Là encore, j’ai trouvé un Président de la République posé et à l’écoute. Il a pris notes lui-même ; cela montre clairement que ce dernier est intéressé à résoudre les problèmes auxquels les Mauritaniens sont confrontés. Nous avons longuement discuté de mes propositions. Je ne rentrerai pas dans les détails de nos délibérations et de ses promesses mais je qualifierai notre rencontre de porteuse d’espoir pour la résolution d’un certain nombre de questions de portée nationale. Je profite de l’occasion pour remercier tous ceux et celles qui sont à l’origine de l’idée d’une rencontre entre le Président de la République et ma très modeste personne et qui par la suite ont travaillé d’arrache-pied pour qu’une telle rencontre puisse avoir lieu. Enfin, je remercie le Président Ghazouani d’avoir accepté de me rencontrer et d’avoir pris le temps de m’écouter et de discuter de mes propositions.

Pour en revenir à votre question, mes rencontres avec le Ministre de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports et le Chef de l’Etat ont suscité beaucoup d’espoir chez moi. Chez l’un comme chez l’autre, j’ai noté un souci constant de vouloir résoudre les problèmes des Mauritaniens et ce, dans l’humilité et sans tambour ni trompette.

Au cours de mes discussions avec le Chef de l’Etat. J’ai attiré son attention sur le problème des retraites car comme nous le savons tous; les retraites en Mauritanie sont dérisoires.

En effet, beaucoup de Mauritaniens qui au cours de leur vie active gagnaient bien leur vie se retrouvent dans la pauvreté lorsqu’ils commencent à toucher leurs pensions de retraite. Cette situation n’est pas acceptable. Lorsqu’on cotise toute sa vie ; on doit percevoir une retraite digne. A mon humble avis ; toute lutte contre la pauvreté en Mauritanie doit nécessairement passer par une revalorisation des retraites. J’ai eu un débat intéressant avec le Président sur là-dessus.

Le Président m’a surpris en partageant avec moi quelques éléments d’un dossier sur les retraites sur lequel il était en train de travailler. Oui tout cela me rend optimiste !

Propos recueillis par Kissima Diagana.

©️ Crédit source : Initiatives News via cridem.org

En exclusivité/ interview : Mr Moulaye El Hassen BABE nous édifie sur le mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque

Un militantisme pro-Laïcité rime à quoi aujourd’hui en Mauritanie qui est officiellement une République Islamique. Ici dans l’interview à lire ci-après, Mr BABE Moulaye El Hassen, un activiste engagé dans le mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque nous livre sa vision.

🔹️LE BLOG SONINKIDÉES – JOSE : Bonjour Mr Moulaye Elhassen, pouvez-vous faire une brève présentation de vous à nos lecteurs ?

🔹️BABE Moulaye El Hassene : Je m’appelle Moulaye El Hassene BABE, originaire de la commune de Maaden El Irvane près d’Aoujeft en Adrar. J’y ai passé ma petite enfance, élevé par ma grand-mère et mon grand oncle l’érudit tidjani très connu dans la région, feu Mohamed Lemine Ould Sidina.
Après le décès de ma grand-mère, ma mère m’a emmèné à Nouakchott. J’ai grandi dans les quartiers populaires Médina 3 et medina R. J’ai commencé le primaire à l’école 5 près de la mosquée Marocaine, et après un bref passage à l’école Al Quds à Toujinine, j’ai rejoint l’école « Le Petit Centre » à l’îlot K.
J’y suis resté du CP2 à la 3ème, avant de rejoindre le Lycée Français Théodore Monod, où j’ai fait les trois années du Lycée.
Après un Baccalauréat S (Scientifique) spécialité Physique-Chimie, je suis allé en France pour faire une Licence en Géologie, puis un BTS en Informatique.
Je suis militant pour les droits de l’Homme, notamment le droit au respect de l’intégrité morale et physique de l’humain. D’où mon engagement dans le mouvement: #Pour_une_Mauritanie_laïque.

🔹️Le BLOG S-J : Aujourd’hui, en cette fin d’année 2019, que pensez- vous de la situation de l’engagement Droit de l’hommiste en Mauritanie, acquis positifs et manquements ?

🔹️B. Moulaye : Il y a Aujourd’hui une floraison assez remarquable d’associations de la société civile qui militent pour différents aspects des droits de L’Homme dans le pays, reflétant un éveil ascendant de la conscience collective. La jeunesse se mobilise de plus en plus en ce sens, diversifiant les fronts de lutte: anti-esclavage, égalité hommes/femmes , laïcité, rejet de toutes les formes de stratifications sociales, protection des enfants, protection contre les violences conjugales, etc. Mais cette dynamique est très peu accompagnée par les décideurs, voire complètement entravée parfois par ces derniers, comme ça a été le cas pour le projet de loi concernant les violences fondées sur le genre. Loi protégeant pourtant les femmes, mais avortée, il y a deux ans, par des députés dont, paradoxalement, des femmes, sous prétexte de non conformité à la charia islamique.
Le pouvoir en place n’hésite pas à renforcer le système « religio-tribaliste » pour s’en servir dans des intérêts politiques. Visites à la veille de chaque élection, de délégations ministérielles, à des chefs tribaux n’occupant pourtant aucun poste formel. Ce qui compromet tous les efforts entrepris par les militants pour l’égalité des citoyens, et souffle sur les braises du communautarisme tribunal.
Mais il est à noter qu’une nouvelle forme de politique droitsdelhommiste est entrain de voir le jour; poussée en avant par des mouvances telles: l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste IRA, présidée par le Député Biram Dah Abeid; le courant laïque naissant #Pour_une_Mauritanie_laïque; l’Association des Femmes Chefs de Familles AFCF, présidée par la militante prix des droits de l’Homme de la République Française, Aminetou mint El Mokhtar; et d’autres associations et acteurs de la société civile qui commencent à peser sur les directives politiques.
Cependant depuis l’introduction en Avril 2018, par le conseil des ministres, du projet de loi abrogeant le fameux article 306 du code pénal, je considère personnellement qu’il ne s’agit pas seulement d’un manquement de nos dirigeants à leur devoirs de protection des droits humains, mais plutôt d’une totale irresponsabilité, une immaturité, et une inconscience cruelle de ces derniers. Ce qui laisse très peu d’espoir de les voirs dans un avenir proche prendre en considération les aspirations de la jeunesse en matière de droits de l’Homme. Seul un changement politique des figures du pouvoir en place, pourrait faire retrouver cet espoir.

🔹️Le BLOG S-J : Vous vous dites engagé dans le mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque, sachant que la Mauritanie est une République Islamique, vous nous en dites quoi concrètement ?

🔹️B. Moulaye : Concrètement cela signifie que nous rejetons fermement l’islamisation politique de L’Etat.
Un humain peut adopter une religion, c’est un droit inaliénable que nous comptons préserver et renforcer, mais l’adoption d’une religion par un État, ça n’a aucun sens, quelle que soit cette religion.
Le Sénégal voisin n’a aucune religion d’Etat, le Burkina Faso non plus, le Mali, etc. Et leurs citoyens musulmans ne s’y portent que mieux.
Aussi nous savons, à la lumière de l’Histoire de notre pays, que ce mot « Islamique » n’est en réalité qu’un décor, qui n’a pas empêché L’Etat de fermer les yeux face à des décennies d’esclavage d’une bonne partie de ses citoyens musulmans, de fermer les yeux face au génocide et à la déportation d’autres concitoyens musulmans lors des événements 1989, et d’appliquer parfois « la Charia » seulement sur les plus faibles et d’en épargner les plus forts, avec un deux poids deux mesures qui suit un code d’hyerarchie tribaliste et raciste contraire même aux recommandations de l’Islam. Et ces contradictions flagrantes continuent jusqu’à aujourd’hui, sans aucune gêne, compromettant l’instauration de L’Etat de droit.
Nous pensons aussi que le terme « République Islamique » est incompatible avec la diversité religieuse des citoyens du pays, et constitue une discrimination idéologique et une grave atteinte au droit de conscience des citoyens. Il n’existe aucun pays sur terre où tous les citoyens sans exception sont de la même religion, à moins qu’ils nevsoient tous menacés de mort en cas d’adoption d’une religion différente de celle imposée par L’Etat, comme c’est le cas en Mauritanie avec l’article de loi 306 qui interdit aux citoyens sous peine d’être pendus ou exécutés par pelotons, d’adopter une autre religion que celle qu’il leur impose, l’Islam. Les citoyens non musulmans ayant peur pour leurs vies, n’ont ainsi d’autres choix que d’acquiesser dans le silence, et confirmer le chiffre100% de citoyens musulmans, MACHAALLAH.

🔹️Le BLOG S-J : Ne pensez- vous pas que l’islam qui est un référentiel social et spirituel de l’ensemble des populations mauritaniennes, puisse être une donnée fédératrice une fois dépoussiéré d’une certaine instrumentalisation, alors que la notion de laïcité très « étrangère » serait plus perturbatrice aujourd’hui ?

🔹️B. Moulaye : l’Islam n’est pas du tout un référentiel, ni social ni spirituel, qu’on peut généraliser à tous les citoyens. les minorités mauritaniennes non musulmanes ont elles leurs propres référentiels respectifs différents du référentiel « Islam » et qu’il faut savoir leur respecter autant qu’il faut savoir respecter aux musulmans le leur. Il est impossible de fédérer des humains dans un pays sur une base religieuse non commune à tous, et dont l’évolution est aussi aléatoire que le sont les opinions de chaque humain tout au long de son parcours de vie. Les convictions religieuses sont mobiles, elles meuves tout au long de la vie, et vouloir en faire un référentiel figé et l’imposer même aux citoyens qui ne sont pas encore nés, est une bêtise.
Le depoussierage de l’islam, nécessite déjà de se mettre d’accord sur les paramètres où critères ou outils permettant de distinguer ce qui ne serait que poussière et ce qui serait authentique?
À mon avis, il s’agit d’une utopie insensée, impossible à réaliser par manque déjà parfois de traçabilite dans les sources islamiques qui servent de matrice à la jurisprudence Malekite que notre pays a adoptée depuis son indépendance. Jurisprudence qu’il a renforcée par une loi de juin 2017 menaçant d’un à cinq ans de prison ferme tout citoyen qui oserait la contredire. Comment dépoussiérer quelque chose dont la simple contradiction peut vous coûter de la prison ferme ?
Le plus fort imposera toujours son interprétation de l’islam sur les autres. En Mauritanie les musulmans sunnites imposent le rite Malekite par la force, et interdisent par exemple tout prosélytisme islamique chiite dans le pays, le tout sur fond parfois de bras de fer geopolitique ou mendicité diplomatique auprès de certains pays du golf. C’est la jungle, la loi du plus fort.
Une simple volonté du président de la République peut changer l’interprétation par les « Oulémas » des commandements de Dieu, comme on a vu se passer dans l’affaire Dreyfus à la Mauritanienne (Mkheytir), où certains « clowns » de la chariaa, n’avaient même pas honte d’émettre des fatwas meurtrières et de les contredire quelques temps après sur simple volonté du président du Pays. La volonté de Dieu, elle, a tout à coup été mise sur le banc de touche.
Ces mêmes Oulémas, seuls capables éventuellement de déceler le vrai du faux dans les différentes exegeses coraniques, ont eux même prouvé leur malhonnêteté, à plusieurs reprises, et leur totale insouciance de la justice et de l’égalité des citoyens devant la loi. Nous sommes tous témoins de leur instrumentalisation de l’affaire Mkheytir, de leur silence et inertie face à l’esclavage, face aux événements 89, de leur mendicité constante auprès des dirigeants du pays, de leur instrumentalisation de la religion à des fins électoralistes etc.
Alors, si ni les dirigeants, ni les chefs religieux, n’ont la volonté de dépoussiérer l’Islam, ce n’est pas le citoyen lambda qui se mettra à l’œuvre, et même s’il tente de le faire, il se heurtera très rapidement à un manque d’authenticité des outils mis à sa disposition pour faire cette tâche. Il lui faudra dépoussiérer d’abord les outils: références historiques assez approximatives, archives de textes anciens islamiques dont la subjectivité des auteurs pose beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résout, etc. Ce qui le fera entrer dans un « machin » sans queue ni tête dont il ne sortira rien de concrètement prouvable ni objectivement acceptable ou adoptable unanimement par tous. En tout cas depuis le décès du prophète Mohamed (PSL) il y a 1400 ans, on n’a jamais entendu dire qu’une nation a déjà réussi à trouver et adopter le vrai Islam sous sa forme « gouvernance », et aucun Etat islamique contemporain, ne peut nous servir d’exemple; ni l’Arabie saoudite où sont concentrés les plus grands Oulémas, mais où sévit l’injustice, ni la tentative d’Etat Islamique en Irak et au levant, Daech, qui vient de coûter à l’humanité des millions de victimes entre morts et blessés.
Donc, ce fameux État Islamique juste et prospère, qu’on nous miroite depuis notre naissance, n’est rien d’autre qu’un rêve d’enfant candide et naïf.
Il est vrai que la notion de « Laïcité » est encore assez étrangère dans l’oreille d’une bonne partie de la population, mais ils s’y habitueront assez rapidement et l’assimileront à coups d’explications, de débats, et de rassurances. Les résultats des campagnes de sensibilisons sur la Laïcité ont été assez probants ces deux dernières années, puisque beaucoup de personnes réticentes au début à l’idée, ont finit par la rejoindre et militer pour.

🔹️ Le BLOG S-J : À la lumière d’une partie de votre réponse précédente, vous ne risquez pas de créer un amalgame entre laïcité comme cadre institutionnel neutre par rapport l’exercice du culte et des relents suspect d’un athéisme militant ?

🔹️B. Moulaye : Si par amalgame on entend, donner aux citoyens athées les mêmes droits qu’aux citoyens croyants, là nous pouvons déjà confirmer dès le départ, que telle est bien notre intention. Nous ne la cachons pas, au contraire nous en sommes très fiers et la crions haut et fort. Donc inutile de nous suspecter puisque notre démarche est on ne peut plus claire et transparente.
Nous savons qu’il existe des citoyens athées, nous savons qu’il existe des citoyens chrétiens, chiites, et même, mais certes dans une moindre mesure, des citoyens juifs. Et tout ce que nous savons, L’Etat Mauritanien et ses services de renseignements en savent certainement davantage. Nous refusons la politique de l’autruche suivie par nos dirigeants, et qui consiste à fuir ces questions sensibles aux détriment des droits des citoyens concernés. C’est irresponsable. C’est honteux. C’est lâche.
Dans un État de droit, chaque humain compte, et aucune loi qui prive un seul humain de son droit de conscience n’est admissible.
Suspecter quelqu’un d’athéisme, c’est aussi ridicule que de le suspecter d’être un peul ou un maure ou un végétarien. Être athée c’est comme être musulman, c’est à dire un choix personnel à respecter, et qui n’engage que son sujet. Ce n’est en aucun cas un crime ni un vice.
Par contre je comprends bien la crainte que pourraient avoir certains, de se retrouver dans un système qui restreint leurs droits dans leurs pratiques cultuelles. Ceux là doivent comprendre qu’au sein de notre mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque nous militons et militerons toujours avec exactement la même force et le même engagement contre toute tentative d’instrumentalisation de la laïcité à des fins qui puissent porter atteinte à leurs droits. La laïcité est le meilleur garant de ce type de droits.
Mais en réalité dans notre société, le culte est souvent pratiqué avec un sentiment de supériorité vis-à-vis des autres cultes ou orientations idéologiques. Une suprématie implicite, et même très souvent explicite, qui fait que certains citoyens sont tout simplement allergiques à toute éventuelle cohabitation avec d’autres concitoyens qui différent par leurs choix religieux. Là ce n’est par crainte de rien du tout, c’est juste une forme de racisme, d’incivisme et de mauvaise éducation. À ceux là, nous ne pouvons proposer que d’aller se faire soigner, ou prendre des cours d’éducation civique, car la discrimination sur base religieuse n’est pas acceptable dans notre pensée laïque.

🔹️Le BLOG S-J : Quelle est aujourd’hui l’ampleur de ce militantisme pro laïcité en Mauritanie? Et quelle est l’attitude des pouvoirs publics face à votre mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque ?

🔹️B. Moulaye : L’ampleur de ce militantisme est mesurable, dans un premier temps, par la qualité des porteurs de ses revendications.
Depuis le lancement du mouvement laïque, à la date du 17 février 2017, plusieurs personnalités, des politiques, des journalistes, des artistes, des acteurs de la société civile, des professeurs, des écrivains, des féministes, des présidents de syndicats estudiantins, et des hommes d’affaires, ont fait appel publiquement à la laïcisation de L’Etat.
Le mouvement a une page Facebook officielle suivie actuellement par un peu plus de 8000 personnes, et une chaîne YouTube sur laquelle sont publiées régulièrement ses activités.
Le premier jour du lancement du mouvement, une dizaine de journaux internationaux dont CNN, Alarabiya, et d’autres, ont dit avoir constaté des vagues sans précédents de revendications de la Laïcité en Mauritanie sur Facebook. Les journaux locaux ont fait le même constat. Deux ans et demi plus tard ces vagues se sont agrandies et se sont interconnectées.
Et tout ceci n’est que la partie émergente de l’iceberg, car la majorité des pros Laïcité n’osent pas encore l’exprimer, par peur d’être soupçonnés d’athétisme, de subir des pressions familiales, professionnelles, sociales, ou en ce qui concerne les politiques, peur de perdre une parti de leur électorat ou de leur popularité. Nous recevons tout de même beaucoup de messages de la part de ces laïques de l’ombre nous disant qu’ils nous soutiennent et qu’ils s’annonceront dès que leurs circonstances le leur permettront.
Il est à noter aussi que dans ce mouvement laïque il y a une diversité assez représentative du spectre des composantes éthniques du pays. On y retrouve parmi les plus actifs, des peuls, des soninkes, des Haratines, des Maures, des Maalmines (Forgerons) et des Wolofs.
Depuis deux ans et demi, les pouvoirs publics ne font que nous observer, pour le moment aucune attaque de leur part, ni soutien, n’ont encore été enregistrés.
Nous avions improvisé une première petite manifestation à Nouakchott, le 02 Juillet 2018, jour du sommet G5 Sahel et visite du Président français Emmanuel Macron à Nouakchott, et la police ne nous a pas inquiété, ou plutôt devrais-je dire, n’a pas eu le temps de nous inquiéter, car nous n’avions ni demandé une autorisation de rassemblement, sachant à l’avance qu’elle nous sera refusée, ni duré assez longtemps, afin éviter tout accrochage éventuel avec les autorités.
Par contre nous avons été beaucoup attaqué par les milieux islamistes, par les chefs religieux, par des espions infiltrés dans notre mouvement, et par certains politiciens aux calculs lâches. Mais face à notre persistance et notre consistance, l’impact de ces attaques est resté négligeable.

🔹️Le BLOG S-J : Quelles perspectives pour ce mouvement à court terme et à long terme ? Investir le champ politique comme parti ou s’inscrire davantage dans la mouvance Droit de l’hommiste d’éveil pour les uns ou de subversion pour les autres ?

🔹️B. Moulaye : La création d’un parti politique laïque n’est pas envisageable ni à court terme ni à moyen terme. Les pouvoirs responsables de l’instauration de lois complètement terroristes telles l’article 306 et ses semblables, ne vont certainement pas nous accorder une licence pour un parti laïque. Déjà que les Partis RAG et FPC, respectivement présidés par Biram Dah Abeid et Samba Thiam, sont injustement et inexplicablement non autorisés ce n’est pas le notre qui le sera.
Cependant les militants laïques au sein des partis politiques et des associations de la société civile, pèsent de plus en plus dans les directives de ces derniers. Certains partis autorisés et reconnus ont des bureaux exécutifs composés presque à moitié de laïques. Et des politiciens assez ouverts d’esprits rejoignent progressivement l’idée de la Laïcisation de L’Etat.
Mais notre concentration se porte surtout sur la sensibilisation des populations afin de créer une base sociale solide, pesante électoralement, qui puissent encourager les décideurs laïques à agir sans crainte pour leurs postes ou leurs intérêts politiques. Et cette base sociale grandit chaque jour, à travers des débats quotidiens sur plusieurs plate-formes, notamment des groupes WhatsApp pilotés par des laïques, des groupes et des lives Facebook, des réunions de cafés, des débats dans les taxis, etc.

🔹️ Le BLOG S-J : Les visées pour une laïcisation de l’État nécessite forcément une réforme constitutionnelle, n’êtes vous pas dans une utopie eu égard des réalités sociales et politiques d’aujourd’hui ?

🔹️B. Moulaye : Beaucoup de ce qu’on appelle « réalités sociales » en Mauritanie, n’est que façades, hypocrisies, et schizophrénies. Nous connaissons parfaitement les vraies réalités de notre société, celles toujours voilées et non avouées.
Pour nous, la laïcité est une question de vie et de mort. Il en va de manaces qui pesent directement sur le droit à la vie de certains citoyens. Il n’est pas logique de défendre le citoyen lorsqu’il est menacé par une simple discrimination raciale ou basée sur le genre, et de baisser les bras lorsque sa vie et son existence même servent de balle de ping-pong entre quelques barbus fous, et quelques dirigeants politiques irresponsables et inconscients.
Nous sommes filles et fils de ce pays, c’est notre terre, celle de nos ancêtres, nous avons notre mot à dire, et nous ne comptons pas laisser libre champs à quelques obscurantistes incultes qui minent notre constitution et notre code pénal d’absurdites moyenâgeuses qui n’ont rien à enviers à l’idéologie nazie. Préconiser par exemple la pendaison d’un être humain, sur simple choix d’orientation religieuse est inacceptable et inadmissible.
Nous avançons méthodiquement, nous maîtrisons les mécanismes de notre société, nous disposons de tout un arsenal de moyens de pression qui finira certainement par faire effet sur nos dirigeants; peut-être un peu lentement, mais très efficament.
Ces deux années et demi de combat pour la Laïcité, nous ont permis, d’une part, de faire une évaluation empirique très précise de nos capacités de persuasion vis-à-vis des populations, et d’autre part de pouvoir bien mesurer l’interaction de ces dernières avec cette revendication. Nos constatations en ce sens, nous encouragent à continuer.
Nous misons également sur un concours, qui se profile de plus en plus, entre différentes forces progressistes dans la société civile; et sur une étroite collaboration avec certains acteurs politiques honorables et courageux, pour parvenir à faire triompher les droits de l’Homme et notemment le droit à la liberté de conscience, dans le pays.
La vérité et la justice finissent toujours par triompher.

🔹️Le BLOG S-J : votre dernier Mot à l’endroit de nos lecteurs, et nous vous remercions vivement d’avoir accepté notre interview.

🔹️B. Moulaye : J’appelle vos lecteurs à rejoindre ce mouvement, en brandissant son drapeau sur leurs photo de couvertures Facebook en, faisant des publications accompagnées du hashtag #Pour_une_Mauritanie_Laïque, ou en arabe #نريد_موريتانيا_علمانية.
C’est à travers ce mot-clic qu’on arrive à se coordonner entre militants, car un clic sur ce mot-dièse permet de ressortir par Facebook, par exemple, une liste de personnes l’ayant utilisé. Ainsi, nous prenons contact les uns avec les autres, buvons un verre de thé à l’occasion, et débattons des démarches et activités de sensibilisons qu’on peut mettre en place pour rendre au citoyen Mauritanien toute sa dignité.
Je les invite également à interagir avec nos plate-formes, page Facebook officielle et chaîne YouTube, dont les liens sont ci-joints ( https://www.facebook.com/Pour.une.Mauritanie.laique/, https://www.youtube.com/channel/UCQOZ7ZFDUYNu91w5DuWpPaQ ) , s’ils veulent se renseigner davantage sur le mouvement.
Enfin, je tiens à rassurer vos lecteurs, que nous les laïques n’avons aucunes intentions autres que la justice et l’égalité de tous les citoyens. Nous aimons notre pays, nous ne combattons pas l’Islam, nous ne sommes téléguidés par aucune force étrangère, et nous n’importons pas aveuglement des idées reçues de l’Occident. Nous combattons uniquement les instrumentations de l’Islam par certains mal intentionnés qui en font une source de lois qui portent atteinte à la dignité humaine. Et nous puisons nos pensées laïques de notre propre sens de la justice.
Merci beaucoup à Vous pour m’avoir invité à cette interview sur votre plate-forme médiatique Soninkidees-Jose.

Propos recueillis par K.S pour le BLOG

Regardez « koundou soumaré dans TTI » sur YouTube

À suivre l’interview de notre animateur – Blog, Koundou SOUMARE, accordée à TV – TOOBA. Aux questions Ibrahim Diallo, animateur principal TV Tooba.

👇👇👇 lien YouTube ici