À une époque de notre jeune conscientisation politique, il était d’usage d’entendre comme référence de positionnements politiques dans le camp du pouvoir principalement 2 noms. Il s’agissait de M. Yaya KANE et M. Diéremouna SOUMARE (paix éternelle à leurs âmes). Ces personnalités étaient identifiées dans une certaine littérature politique régionale sous les appellations « tendance Yaya KANE » et « tendance Diéremouna SOUMARE« . Ainsi la vie politique du giron pouvoir-état était animée par les clivages, les influences et les commerces politiques entre ces 2 camps auprès des autorités centrales de Nouakchott. Les 2 courants plutôt clanico-politiques que tenants d’idéologies programmatiques, étaient (sont) arrimés aux anciens régimes dans les différentes communautés en termes d’appartenance sociale et de représentativité. D’affichage transcommunauraires, mais selon les précisions d’un doyen consulté récemment, me donnent schématiquement comme suit : la tendance Diéremouna SOUMARE regroupait principalement les soninkés et la tendance Yaya KANE était mixte peulhs, maures et quelques soninkés. Ce parallélisme en terme d’ancrage politique par ces identités socio-claniques prendrait ses origines du temps du premier Président mauritanien M. Moctar Ould Daddah et son parti unique (Parti du peuple mauritanien) . Ainsi, c’est dans le sillage historique de cette réalité politique régionale qu’il faut observer et décortiquer les diverses déclinaisons évolutives dans le champ politique pro toutes-majorités-présidentielles (de Daddah à Ghazouani) du Guidimagha. Les régimes se succèdent au palais ocre à Nouakchott et ces tendances mettent à jour leurs commerces politiques en lobbying du terrain régional pour être toujours dans « les petits papiers » du pouvoir en place. Le principe est simple : fidéliser une clientèle électorale en résultats localement et revenir à Nouakchott pour réclamer la récompense en termes de placements et de nominations à des postes au sein de l’administration. Ainsi fonctionnait (fonctionne) ce commerce politique qui intègrait (intègre) dans ses clauses secrètes du côté soninké, la prise en compte ségrégationniste des patronymes de personnes à nommer par exemple comme ministres. Les compétences et les qualités morales passent en rang moindre par rapport au nom de famille porté lié à l’extraction sociale.
Et c’est ainsi de nombreuses années durant au détriment d’une véritable et exigeante vie citoyenne auprès des populations notamment pour leurs besoins en terme de développement multidimensionnel. Du « cheptel » votant… sollicité électoralement période à période… et ça continuait… ça continue !
Par les temps qui courent, depuis quelques années d’ailleurs, les logiques de tendances se sont décentrées de l’ancien schéma « héritage Yaya vs héritage Diéremouna » vers une affaire des dissenssions intestines intra tendance « Diéremouna SOUMARE » dite des soninkés. L’avènement des réseaux digitaux notamment whatsapp et l’accès massif et sans filtres aux discours politiques, un certain éveil s’est amorcé auprès de l’électorat. Les élections législatives, régionales et municipales de 2023 au Guidimagha ont provoqué un certain chamboulement avec les performances électorales du parti Udp (encarté majorité présidentielle) qui rafla 4 députés sur les 8 de la region, plusieurs mairies et la vice-présidence du Conseil régional dans la foulée. Le principal parti au pouvoir Insaf a été mis en grande difficulté et par conséquent ses ambassadeurs historiques en légitimité dans la région au nom de la tendance ont vu leurs certitudes bousculées sèchement. Ces ambassadeurs mi-politiciens mi-représentants des ordres féodo-traditionalistes voient comme une menace existentielle l’émergence d’une jeune garde (qui leur est apparentée en partie par ailleurs) très ambitieuse à leur goût. On peut citer dans ce registre, l’activisme terrain de M. Waly Diawara (dynamique vice-président du CR) et ses partenaires. Les pôles constitués selon diverses opinions intra-communautaires dans cet affrontement frôlant l’amusement parfois, sont les suivants : le camp de M. Sidney Sokhna (vice-président de l’assemblée nationale) et ses ouailles et le giron mené par le duo dirigeant le Conseil régional , M. IssaCoulibaly (président) et M. Waly Diawara qui en est le premier vice-président. Nombre de relais sociaux dans la communauté et dans la région sont en mouvements pour soutenir ici et-ou commercer politiquement pas que dans l’avenir là-bas. Certains élus (députés et maires) subissent ou participent à cet engrenage clanico-politique et social et sont rattrapés par ces réalités politiciennes de basse classe. Dans laquelle on y ourdit diverses manipulations et intrigues, sourde délation et sabotages mutuels. C’est sur ce terrain étrange de lutte d’influence et de commerce politique et social qu’on trouvera des illettrés notoires et des personnages d’une médiocre tenue intellectuelle s’accaparer du gouvernail organisationnel et missionnaire et des diplômés bien instruits avec une certaine aération intellectuelle réduits dans la loge de suiveurs lambda. À propos, un adage soninké volontairement caricatural peut être convoqué : « les bovins buveraient par leurs queue désormais »
Il y a quelques temps, nous avons constaté l’activisme douteux d’un regroupement d’une certaine configuration s’auto-proclamant représentatif du Guidimagha, s’incruster dans cette arène de lutte de positionnements légitimistes pour sauvegarder (héritage Diéremouna SOUMARE) chez les uns ou pour remplacer (asseoir une nouvelle légitimité) chez les autres auprès du pouvoir central de Nouakchott. À noter que ce regroupement espérant faire sa mue en une coordination politicienne viendrait de l’émanation des tenants réactionnaires qui se sont opposés et s’opposent par différents canaux au militantisme antiesclavagiste et anti-féodal porté par le mouvement citoyen, social et droit-de-l’hommiste Ganbanaaxu Fedde amorcé dans les milieux soninkés il y a 9 ans. L’illustration à point pour démontrer qu’il y a beaucoup d’ingrédients malaxés sous l’angle analytique purement soninké dans cette lutte clanico-politique intra tendance.
Et les masses populaires sont diversement et discriminatoirement traitées et concernées dans les enjeux globaux de ce fourre-tout très variable selon de quelle extraction sociale que l’on en vient. Les couches socialement privilégiées par les anciens régimes coutumiers vont essayer d’influencer les politiciens pour garder leurs positions intactes mêmes anti-républicaines dans les localités et les politiciens en retour vont les instrumentaliser à chaud en clientèle électorale avec des faux espoirs peu jouables à long terme. Les autres couches sociales faites d’un grand mixte entre « cadets sociaux » relégués, éléments intermédiaires subordonnés statutairement parlant et forces indépendantes progressistes, doivent se trouver une voi(e)x en positionnements politiques et en stratégies d’approche en parallèle dans l’arène sociale et politique.
J’ose croire que l’une des clés de déverrouillage de ce système clanico-politique imposé d’en haut et alimenté d’en bas, passe par l’émergence d’une dynamique citoyenne de sensibilisation auprès des opinions sociales et de créer une synergie pragmatique avec un langage de vérité. Une nécessité de politiser valablement les couches historiquement reléguées dans la société et qu’elles s’autorisent des voi(es)x et moyens en accédant en lobbying direct aux hautes autorités politiques du pays (oppositions ou le camp du pouvoir selon les choix des uns et des autres).
Cela fait cinq bonnes années que le Mali vit sous un régime de transition. En effet, depuis le renversement du régime d’Ibrahim Boubacar KEÏTA en août 2020, le pays est dirigé par un collège de militaires. Longtemps associés à la gestion de la chose publique, notamment depuis mars 1991 avec la chute du Général Moussa Traoré, les acteurs politiques semblent désormais être dans une longue traversée du désert. Cet état de fait changera inéluctablement le paysage politique. Ce que nous tenterons de démontrer dans cet article à travers trois facteurs.
1. Un narratif défavorable
S’il y a un élément qui participe à la recomposition du paysage politique, c’est bien le narratif utilisé pour qualifier le bilan de trente ans de démocratie. A tort ou à raison, dans les hautes sphères du pouvoir, nombreux sont ceux qui estiment que la déliquescence de l’armée, de l’école plus globalement de l’Etat est liée à la gestion faite par les acteurs politiques au cours des trentes dernières années. D’où l’apparition du vocable “Mali Kura” qui signifie “le Nouveau Mali”. Entendre par là que le temps de ces acteurs politiques est désormais révolu. Et le hic est que ce narratif a surtout été vehiculé par un certain Choguel Maiga, alors premier ministre et responsable politique de premier plan. S’il est vrai que ce dernier n’est pas de la même obédience politique que les acteurs du mouvement démocratique—en ce sens qu’il se réclame de Moussa Traoré—il faut dire qu’il fut ministre dans les gouvernements des présidents Amadou Toumani Touré et d’IBK. Il aura donc contribué, peut-être sans le savoir, à sa propre mort politique ainsi que celle de ses camarades. En effet, Choguel qualifie les militaires ayant pris le pouvoir comme étant des “monai bo denw” en d’autres termes “les dignes fils ou encore ceux qui agissent véritablement pour le pays”. En appliquant le principe de présupposition en analyse du discours, cela contraste avec les acteurs politiques. Au-delà des hauts responsables, ce narratif défavorable est repris par bon nombre des maliens qui pensent que les politiciens ont une grande responsabilité dans la tragédie que le Mali a connue. Plus qu’un narratif, cela aura des conséquences politiques.
● L’abrogation de la charte des partis politiques de 2005
Fort du narratif défavorable aux hommes politiques, les autorités de transition vont engager le processus de refondation de l’Etat. Cela commence par les “Assises Nationales de la Refondation de l’Etat” (ANR) en décembre 2021. Une des recommandations phare sera de réduire le nombre de partis politiques,de durcir les conditions de création d’une formation politique et de couper le financement public. Il est important de souligner que bon nombre d’acteurs politiques étaient en phase avec cette recommandation. Mais la rupture entre les autorités de transition et la classe politique interviendra à l’issue de nouvelles consultations en avril et mai 2025. A l’issue de ces consultations–boycottées par par la classe qui s’était réuni au sein de “l’Initiative des partis politiques pour la charte” et dirigée par Me Mountaga TALL, le décret sur la dissolution des partis politiques sera signé par le Général d’armée Assimi Goita après son adoption par le Conseil National de la Transition, l’organe législatif. Au moment où nous rédigeons cet article, ce décret d’abrogation est attaqué en justice par un pool d’avocats avec à sa tête Me Mountaga TALL. Il appartient désormais à la cour constitutionnelle de trancher. Mais le temps de la justice n’est pas forcément le temps politique.
● L’usure du temps
Le dernier facteur qui explique la recomposition à venir du paysage politique malien est l’usure du temps. En effet, comme nous l’avons évoqué plus haut, depuis la chute du régime de Moussa Traoré en 1991, une nouvelle génération est apparue sur la scène politique.Cette génération est appelée le mouvement démocratique. Pendant trente ans de démocratie pluraliste, ces acteurs ont partagé le pouvoir. Ce serait de la malhonnêteté intellectuelle d’affirmer que ce bilan est totalement négatif. Comme tous les pouvoirs, il y a eu des hauts et des bas mais le mouvement démovcratique a un bilan qui est tout à fait défendable à bien des égards. Cependant, l’usure du temps s’accompagne de l’usure du pouvoir. Les populations ont souvent eul’impression de devoir choisir à chaque consultation électorale entre les mêmes acteurs. En effet, certains noms ont marqué cette période, que l’on songe à Soumaïla Cissé, IBK, Soumeylou Boubèye Maiga, Mountaga Tall, Tiébilé Dramé… On remarquera d’ailleurs que parmi les noms cités, seul Mountaga Tall est en vie. C’est également cela l’usure du temps.
En définitive, nous affirmons que les cinq dernières années auront été le temps de la recomposition du paysage politique malien à travers les trois facteurs que nous venons de développer. Toutefois, il serait naïf de penser qu’on peut diriger un pays sans acteurs politiques. D’ailleurs les autorités de transition ont elles même souligné qu’une nouvelle charte des partis politiques sera mise en place conformément au texte et à l’esprit de la constitution du 22 juillet 2023 qui, comme celle de 1992, garantit le multipartisme. Nous allons donc assister à une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques qui pour réussir devra tenir compte des erreurs commises par le passé. Pour finir, en paraphrasant Frantz Fanon : “Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.”
Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique
● Rétro 📷 Avril 2025 | Avec le doyen et compatriote Dr Mohamed Cire. De notre causerie instructive adjointe à d’autres observations et échanges avec certaines source-ressources sociales et politiques sur notre Mauritanie politique, ma conviction s’est affermie sur la stratégie de périmètre prioritaire en politique. Une sorte de relativisme alerte en fonction de qui dénonce quoi et dans quel contexte. Également à être attentif sur le traitement thématique : ici ça marginalise une donnée et là bas ça en fait une centralité selon des frontières sociales et territoriales.
Ainsi, en militant ou sympathisant, je peux me retrouver dans le même camp politique de diverses compositions sociales et idéologiques mais mon top focus ne doit jamais dévier de mon périmètre prioritaire dans les enjeux politiques et sociaux en question.
Un cas plausible pour ne pas dire certain, tu peux te retrouver soutenir un candidat à la présidence de la république avec un groupe d’individus et ce même groupe ne voterait jamais pour toi dans votre commune d’origine si tu étais candidat à la mairie.
Beaucoup d’afro mauritaniens politisés sont dans cette gymnastique entre les élections présidentielles et les élections locales parce que les priorités sont chancelantes en fonction de certains objectifs variables peu avouables sur la place publique. On épingle le racialisme politique ailleurs (dit étatique) tout en cautionnant insidieusement le féodalisme politique dans nos enclos communautaires. D’ailleurs une certaine actualité pourrait se résumer à un constat Cri Osé comme suit : En Mauritanie politique, si vos « cadets sociaux » fêtent toujours leur subordination socio-folklorique dans le fatalisme, votre intelligentsia a failli à l’essentiel.
Nombre de « Che Guevara » captant bruyamment des espaces politico-médiatiques et militants circonscrits à certaines thématiques, le font avec d’angles évités sciemment… notamment ceux liés aux problématiques féodalo-esclavagistes qui minent toutes nos communautés nationales à divers degrés. Une ambiance spectaculaire y préside via les espaces digitaux 2.0 pour écumer et conditionner les opinions publiques surtout celles peu averties, afin d’espérer cueillir les retombées électoralement à l’avenir. Une forme d’imposture par l’arrière-fond sélectif dans le champ des problématiques à dénoncer et à traiter publiquement.
En un mot : l’éveil politique résolument citoyen et égalitaire doit émerger d’en bas (dans nos communautés), ce qui nécessite une mise à jour dans nos relations inter classes , sociaux et statutaires. Autrement…nous faisons semblant avec quelques leurres risibles qui ne peuvent tenir d’échappatoire continuellement.
Dans ses enseignements (cours audios, interviews…), il est d’une pertinence qui ne laisse pas indifférent. Analyste, observateur et intéressé aux données globales (sciences humaines, sciences islamiques, géopolitiques…), il se démarque bonnement par cette aération intellectuelle de beaucoup de lettrés soninkés dits religieux. En Soninkara, il existe quelques répétiteurs stériles et limités intellectuellement qui sont dans une obsession quasiment maladive à l’encontre de sa personne et de ses enseignements https://ecrit-ose.blog/2022/09/04/%f0%9f%94%b4-ces-hableurs-apprentis-lettres-qui-sattaquent-injustement-a-cheikh-mohamed-diakho-tandjigora/. On peut constater qu’ils lui reprochent ses positions intellectuelles ou plutôt ses facultés d’un certain niveau savant dans ses enseignements.
Ces milieux lettrés soninkés qui ne sont bons qu’à la répétition des textes ou autres idéologies sectaires et confuses, se donnent une étrange prétention d’être de dépositaires de la voi(e)x de la guidance valide.
Pour ceux qui suivent assidûment ou périodiquement les enseignements de cheikh Mohammed Diakho Tanjigora, il est aisé de savoir qu’il ne s’est jamais déclaré l’alpha et l’oméga de savoirs islamiques dispensés auprès de l’audience écosystèmique soninké. Il est d’un courage intellectuel respectable, déploie ses réflexions sur différentes thématiques et appelle souvent aux lettrés soninkés en particulier les jeunes à plus de recherches et d’approfondissement dans leur cheminement étudiant. Il n’hésite pas à revenir sur ses lectures concernant une donnée ou une position qu’il juge nécessaire après une mise à jour de compréhension dans ses recherches.
Certains répétiteurs stériles qui le tiennent dans leur orbite inquisitrice coincée avec un troublant acharnement, se comptent parmi les lettrés soninkés issus du clergé communautaire qui plaident la validité de l’esclavage coutumier intra-communautaire par leurs lectures apologistes du phénomène relevé comme un crime contre l’humanité aujourd’hui dans différents pays du monde. Également, d’autres lui reprochent tout simplement son intelligence et son érudition à travers ses audacieuses réflexions et d’autres thématiques qu’il aborde dans un esprit de débats ouverts sans dogmatisme. Il n’est pas dans la facilité par la diffusion des audios comme d’autres petits prêcheurs intellectuellement de très basse gamme et d’une arrogance éhontée. Il est connu auteur- écrivain qui réclame naturellement une capacité à produire des enseignements islamiquement solides comme d’autres savants le font dans les milieux arabo musulmans ou dans d’autres univers.
Certains de nos répétiteurs soninkés végètent dans une lourde confusion à mélanger l’arabisme ethnique à tendance sectaire avec la validité ou non d’une production savante d’un penseur. Pour eux, un négre africain qui ose penser et produire sans un patronage validé par un certain type de savant de l’environnement arabo-arabe, est forcément dans l’égarement. Ainsi dire, ils veulent la promotion d’un mimétisme sec et les voix réfléchies qui stimulent la sagesse contributive et l’élévation intellectuelle sont foncièrement gênantes pour eux. Et le cas de M. Tanjigora dans leurs visions étriquées est symptomatique de cette chapelle des répétiteurs coincés et limités intellectuellement.
Longue vie à ce monsieur et bonne continuation dans ses activités intellectuelles qui servent les sciences islamiques et même les sciences humaines.
Une question lancinante hante les sables et les rues de Mauritanie pourquoi l’injustice persiste-t-elle, génération après génération, et semble-t-elle s’enraciner davantage ? Ce constat amer, partagé par de nombreux Mauritaniens, ne peut plus être étouffé par le silence ou les dénégations commodes. Il est temps de regarder en face une réalité complexe et douloureuse. Il est indéniable, comme le soulignent de nombreux observateurs, qu’une part significative de la communauté maure (Bidhân) occupe historiquement une position sociale, économique et politique dominante. Cette position, héritée de structures séculaires, confère des privilèges tangibles. Pourtant, un silence assourdissant, ou trop souvent des paroles timides, émanent des sphères d’influence traditionnelles au sein même de cette communauté les chefs de tribus, les imams écoutés, les notables influents. Où est la solidarité active, tangible, sans ambiguïté, envers les autres communautés – Haratines, Négro-Mauritaniens – qui subissent de plein fouet les injustices sociales les plus criantes : l’esclavage sous ses formes contemporaines, la discrimination foncière, l’exclusion politique, l’accès inéquitable à la justice et à l’éducation ? L’histoire récente nous enseigne une leçon cruciale les changements positifs, aussi timides soient-ils, n’ont jamais été l’initiative exclusive des opprimés. Ils sont survenus lorsque des consciences se sont éveillées au sein même des cercles privilégiés. Lorsque des hommes et des femmes, bénéficiant de cette position « confortable », ont eu le courage de regarder l’injustice en face, de remettre en question l’ordre établi qui les avantageait, et d’agir. Ils ont choisi la justice au détriment de leurs privilèges immédiats, assumant les conséquences parfois lourdes de ce choix courageux. C’est leur voix, leur refus de la complicité passive, qui a permis les rares avancées vers une société plus équitable. À la communauté maure, avec qui nous avons tissé le destin commun de cette terre depuis des siècles, cet appel solennel est lancé Le temps de l’attentisme, des excuses et des demi-mesures est révolu. L’heure est à l’action décisive et courageuse.Nous partageons le même sol, le même avenir, la même destinée éternelle. L’héritage que nous laisserons aux générations futures est en jeu aujourd’hui. Voulons-nous leur léguer une Mauritanie fracturée, gangrénée par l’injustice et la méfiance, ou une nation unie, fondée sur le droit et le respect égal de la dignité de chaque citoyen ? La responsabilité historique vous incombe, en grande partie, chers frères et sœurs de la communauté maure. Vous détenez souvent les leviers du pouvoir, de l’influence sociale et religieuse, de l’économie. Utilisez-les non pour perpétuer un système inique, mais pour le démanteler. Interpellez vos chefs tribaux pour qu’ils dénoncent les discriminations au lieu de les perpétuer. Exigez de vos imams qu’ils prêchent une véritable justice islamique, une solidarité sans frontières ethniques ou sociales, qui soit le cœur du message divin. Poussez les élites économiques et politiques à mettre en œuvre des politiques concrètes d’équité réforme foncière juste, accès égal à l’éducation et à la santé, lutte implacable contre l’esclavage et ses séquelles, justice indépendante pour tous. Dieu, comme le rappelle à juste titre la sagesse, n’est pas avec les injustes (wa mā Allāhu biẓ-ẓālimīn). Cette vérité transcendante doit guider nos pas. La passivité face à l’injustice est complicité. Le silence est une arme de l’oppresseur. La Mauritanie ne connaîtra la paix et la prospérité véritables que lorsque la justice sera le socle commun de toutes ses composantes. Il est temps, chers compatriotes de la communauté maure, de faire le choix courageux. Le choix de la Mauritanie juste. Le choix de l’héritage lumineux. Le choix de Dieu et de l’Histoire. Agissons, maintenant, ensemble, pour briser enfin les chaînes du passé et bâtir l’avenir commun. L’éternité nous regarde
Mamoudou Baidy Gaye dit Alia journaliste militant membre de MDJ
Le numéro spécial du Journal Antilla réalisé en 1991, entièrement par YAYA SY Anthropologue et Professeur d’histoire à la retraite.
● (Les inquiétudes d‘un Fanonien ordinaire)
J’observe avec un peu de réserve l’anthousiasme contagieux suscité par les commémorations du centenaire de F. Fanon autour de ses idées (« Les damnés de la Terre »). Il est certes très important de sensibiliser la jeunesse du monde à ses idées, mais il faut surtout le faire pour ses actes. Cependant, je dois partager cette petite inquiétude, qui je l’espère, est fondée sur une observation et une lecture correctes du monde d’aujourd’hui. 1°) A mon humble avis, tout authentique Fanonien ou toute institution qui se réclame des idées de Fanon et sa « praxis », doit se préserver de l’« appropriation exclusive» de l’héritage fanonien. Fanon s’est battu pour tous les « damnés de la terre », pour tous les peuples du monde, pour tous les hommes et toutes les femmes opprimés où qu’ils soient dans l’espace et dans le temps. 2°) Par conséquent, son pays natal la Martinique et son pays d’adoption l’Algérie, doivent être conscients du poids historique de l’héritage fanonien : ils doivent être ouverts à toutes souffrances du monde, rester sensibles et vigilants à toutes les injustices et à toutes les agressions menées à l’endroit des peuples et des individus. De ce point de vue, ce qui se passe à Gaza, au Soudan, au Congo, etc., avec leurs cortèges de morts et de violences insoutenables, doit être dénoncé et condamné avec la dernière énergie. 3°) L’Algérie jadis en lutte pour sa libération, qui avait fait de Fanon son Ministre des Affaires Etrangères, doit actuellement, de mon point de vue, revoir sa position vis-à-vis du racisme envers les Noirs, en particulier à l’endroit des Africains et les peuples africains. En effet, récemment, des femmes algériennes ont manifesté contre ce racisme ambiant afin d’épouser librement un Africain noir comme tout autre homme de leur choix. Par ailleurs, l’Algérie doit également se rappeler que le Mali était une base arrière sûre du FLN et un nid accueillant pour les dirigeants de l’Algérie combattante pendant la guerre de libération ; alors qu’aujourd’hui, le Mali en lutte pour sa pleine souveraineté, est dans le viseur et le collimateur du gouvernement algérien… On ne parle même pas Africains refoulés dans le désert sans moyens de se nourrir correctement… Enfin, les membres du cercle Fanon doivent associer pour toujours le nom de Frantz Fanon à celui Me Marcel Manville en particulier. Ils ont vécu en duo en partageant joies et peines dans leur plus jeune âge, dans la « dissidence », dans la Seconde Guerre mondiale, puis ont épousé ensemble le combat du peuple algérien jusqu’à ce que la maladie et la mort prématurée de Fanon les séparent. Marcel Manville, Joby Fanon, Me Ménil et son épouse Geneviève ; une pensée émue pour les fondateurs du Cercle Fanon dont les noms ne doivent jamais disparaître de nos mémoires… Enfin, n’oublions pas non plus que l’initiateur de Fanon à la lecture anticoloniale du monde fut Aimé Césaire, son Professeur au Lycée Victor Schoelcher. Même s’il arrive souvent que le disciple s’envole librement de ses propres ailes, voire se reconstruit autrement. Je souhaite vivement que ceux qui se réclament de l’héritage de Fanon aujourd’hui, évitent l’exclusivisme, les modes passagères et les exhibitions voyeuristes de la toile, qu’ils se rappellent les deux qualités cardinales au cœur du réacteur de la pensée fanonnienne : la congruence et le rejet de l’injustice.
Par Yaya SY, Anthropologue et Professeur d’Histoire à la Retraite.
Maayo wonaa keerol, n’en déplaise aux petits chauvins et nationalistes étroits. Je suis chez moi à Jowol Rewo et Jowol worgo. Je suis chez moi à Guiraye, Mow, Gawol, Dial, Thilogne, Gawdal, Diamel, Dondou, Keeɗeele, Aali wuuri, Nguidjilone wuro Daara Koliyaaɓe, Sadel, Woudourou, Koundel, Matam kaggu laaɗe, Bokki Diawe, Ndouloumadji, Doumngaaji, Nganno, Haayre Law, .. où vivent, mes oncles, mes tantes, cousins et cousines.. je suis chez moi partout au Fouta Toro. Demander un visa de séjour pour aller me recueillir sur les sables de Bilbassi ou pour cultiver mes champs à Helata ? Quelle absurdité pour un Fuutanke ! Voulez-vous détruire notre moi, notre histoire, notre culture, couper notre cordon ombilical ? Nous faisons partie du peuple des Deux rives et ce peuple fait partie de l’ensemble de civilisations tekrouriennes et mandingue, aujourd’hui sénégambienne. Cette sénégambie géographique et culturelle qui part de la Mauritanie Centrale (vers Moudjeria, Tidjikja) et qui finit en Casamance et en Guinée Bissau, en passant par une partie du Mali. Cet espace est une aire culturelle dans laquelle ont évolué de nombreuses entités ethniques, toutes parentes et dont le sort a été inextricablement lié depuis des millénaires aux différentes mutations ou changements qui y sont intervenus. Le colonisateur français n’est arrivé à détruire ce pays qu’en 1890 seulement alors que cette « conscience collective identitaire » a été forgée des milliers d’années durant et continue à survivre malgré la séparation arbitraire et artificielle du même peuple par le colon.
En tant que fils de la vallée du fleuve, qui naviguait entre les deux rives depuis ma tendre enfance soit pour aller à nos champs de culture, soit pour suivre les séances de lutte traditionnelle ou participer à des tournois du football et des journées culturelles qui regroupaient les villages des deux rives, je n’ai jamais senti cette frontière entre nos deux pays séparés administrativement par le colonisateur. Adolescent j´ai parcouru par pirogue ou par pieds et au dos d´âne beaucoup de villages du Fuuta natal, du Nord au Sud du fleuve pour participer avec mes amis et classes d’âge ( fedde) à des séances de luttes traditionnelles sous le feu du bois ou au clair de la lune. C était au beau vieux temps avant que notre vallée ne soit transformée en vallée de larmes, de résignation et de désolation. Chez moi nous avons deux Jowol, Jowol rewo ( nord-Mauritanie) et Jowol worgo ( sud Sénégal ), c’est un même village avec les mêmes familles de part et d’autre avec une même histoire, même langue, même culture. Avant les années de braise en Mauritanie nous partagions avec Jowol worgo les mêmes mosquées, les mêmes cimetières, écoles et champs de culture. On célébrait ensemble nos baptêmes et mariages. On priait ensemble nos morts c’est pour vous dire que le lien du sang était plus fort que tout autre décret ou appel. Le fleuve n’ a jamais été une frontière. Et comme je le rappelais tout récemment dans une interview avec un site mauritanien, nous avions, avant les années de braise en Mauritanie, une fédération des associations culturelles de notre zone au Fouta (Le Ngenaar) qui s´appelait Jaalowaali qui s´étendait de Jowol Mauritanie à Koundel Sénégal et qui regroupait plus d´une dizaines de villages des deux rives et chaque vacance d´été un des villages de la vallée organisait une semaine culturelle et sportive à laquelle participaient toutes les associations culturelles membres de Jaalowaali. Cela donnait lieu à beaucoup d´activités dont des soirées de théatre, des choeurs, de ballets, de la poésie, des conférences publiques, des opérations d´assainissements des villages, des plantations d´arbres, des compétitions de football, de l´athlétisme. Ces grands évènements annuels permettaient surtout de raffermir les liens de parenté et des relations d´amitié entre des jeunes du Fouta, en même temps qu´ils entretenaient notre idéal panafricain répondant à cet adage pulaar ”Maayo wonaa keerol” autrement le fleuve n´est pas une frontière. Je me sens toujours chez moi au Sénégal et en Mauritanie comme tout bon Foutanké, tout Waalo- Waalo, tout Guidimaxanke, la Mauritanie a été créée sur l’ancien Tekrour, terre où se sont constituées et individualisées ces trois nationalités ou communautés linguistiques. Cette réalité est aussi valable pour nos compatriotes Beydanes du Nord. Un Ehl barikallah, un Rgeibat, un Ehl Mohamed Fadel, un Ehl bousba peut se sentir chez lui en Mauritanie, au Maroc et au Sahara occidental. Nous avons vu les deux frères Wane (photo) occuper des fonctions ministérielles dans les deux pays. Nous avons vu notre père et oncle Mamoudou Touré occuper le poste du premier ambassadeur de la Mauritanie à Paris et finir comme ministre des finances au Sénégal. Pour la petite histoire c’est le 10 avril 1904, par arrêté, que tous les territoires situés sur la rive droite du fleuve Sénégal sont provisoirement rattachés à la Mauritanie occidentale, un état conventionnel crée en 1900 par le colon français à la faveur de l’affaiblissement des pouvoirs traditionnels pré-coloniaux et différenciés des communautés qui cohabitaient dans cet espace. Le 8 decembre 1933, un décret colonial délimite la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie. Le 03 juillet 1944, par décret, les deux Hodhs qui faisaient partie du Mali, furent rattachés à la Mauritanie à la faveur d’événements religieux (le courant hamallisste) . Après la conférence de Brazzaville, comme les États colonisés de l’Aof, la Mauritanie devait élire pour la première fois un député à l’assemblée nationale française, un sénateur et un conseiller de l’union de l’Aof. Ces élections révelaient une double signification pour les Mauritaniens. D’abord, elles symbolisaient le début d’une individualisation politique et territoriale par rapport au Sénégal. Jusqu’au 2 juin 1946, le nom de la Mauritanie figurait jumelée au Sénégal sous l’appellation « Circonscription Mauritanie-Sénégal), ensuite elles devraient confirmer le loyalisme des chefs traditionnels aux réformes traditionnelles. En novembre 1946, pour la première fois, les Mauritaniens sont appelés à élire leur député au parlement de la République française. C’est une autre histoire nous y reviendrons un autre jour. » Maayo wonaa keerol « . Je signe et persiste. Demain il fera jour et la lutte continue.
Hier soir, l’émission d’interview de Sahel TV a eu comme invité le député mauritanien M. Biram Dah Abeid. Un échange diffusé en live via la page Facebook de la chaîne https://www.facebook.com/share/v/18wj3Y7NKX/, était conduit par une compatriote journaliste. Il était débat sur les derniers événements à Dakar autour du député BDA avec les autorités sénégalaises suite à des signalements émis par Nouakchott. Et naturellement, le cas de l’homme politique mauritanien M. Samba Thiam s’invite dans les discussions. Le président du parti FPC (Forces Progressistes pour le Changement non reconnues par les autorités) a été approché par les autorités sénégalaises à propos de la même affaire aux contours flous et étranges. En quoi et pourquoi des services sénégalais osent convoquer un leader politique mauritanien depuis son pays…!? Zèle ou manipulation de grande classe orchestrée par des officines nébuleuses restant à décrypter. Nous savons que M. Samba Thiam et l’honorable député M. Biram Dah Abeid sont partisans de la coalition antisystème qui porta la candidature du dernier lors de la présidentielle 2024 en Mauritanie. Et après l’élection, leurs liens politiques continuent toujours dans l’espace organisationnel de cette Alliance. Ces 2 personnalités par leurs trajectoires militantes et politiques subissent un certain étiquetage suspicieux et inamical dans une forte opinion publique politisée parmi la composante arabo-berbère du pays. Ainsi, la réponse débitée en toute certitude à tort par la journaliste Sahel TV à la question-réplique sur l’identité du président actuel des Flam, est une résultante d’une culture générale bancalement construite et arrêtée sans une nécessité d’aucune mise à jour même pour préparer une émission de ce type. C’est certain, en Mauritanie politique y tient un ordre hégémonique qui refuse et combat une certaine expression opposante. Cet ordre qui bloque la reconnaissance des partis politiques FPC et RAG en souffrance depuis de nombreuses années. Ces partis sont respectivement de M. Thiam (FPC) et de l’aile politique de l’engagement abolitionniste du président d’IRA-Mauritanie M. Dah Abeid. Pour l’ordre hégémonique ces deux personnalités sont encartées dans l’opposition frontale qui ose nommer et indexer sans filtres ses piliers organiques nécessitant d’être revus et corrigés pour l’avènement d’un autre ordre étatique juste et égalitaire. L’ordre actuel peinant à régir un véritable État de droit parce qu’il est généré et géré par un hégémonisme tribalo affairiste, se joue d’une partie de l’opinion publique par une diabolisation de certaines figures contestataires qui demeurent inflexibles dans leur cheminement militant. Diversement, M. Thiam et M. Dah Abeid sont imaginés dans certains cercles privilégiés du système comme des casseurs des ordres établis, pour le premier qui menacerait la nation mauritanienne (Arabo-berbères et Noirs – Haratines) et pour le second vu comme un « rebelle destructeur » de la nation maure (Haratines et Arabo-berbères). Et… toute jonction idéologique et politique entre ces deux personnes fait perdre beaucoup de lucidité au sein de certains cercles de l’ordre hégémonique surtout chez les pans de faucons.
Ici les photos d’illustration de cet écrit expriment ce qu’une certaine opinion publique politisée parmi nos concitoyens arabo-berbères a mené historiquement en termes de protections mécaniques entre la figure de M. Thiam et les Flam (Les Forces de libération africaines de Mauritanie) . C’est une culture générale politique sans actualisation aucune qui suit une logique narrative fonctionnelle (consciemment malaxée à dessein) allant de 1966 (forcing de l’arabisation administrative niveau scolaire) jusqu’aux débuts des années 1990 en passant par le manifeste des Flam en 1986, la conspiration putschiste avortée d’octobre 1987 et les événements de 1989. Cet ouvrage « J’étais à Oualata – Le racisme d’Etat en Mauritanie » d’un ex officier de l’armée mauritanienne M. Boye Alassane Harouna, a été prefacé par M. Samba Thiam. Ils ont été co-détenus à Oualata à la fin des années 1980. L’auteur du livre reconnaît entre les lignes sa participation à un certain degré au putsch avorté et nombre de nos concitoyens arabo-berbères politisés se sont arrêtés à cette phase tendue et ses conséquences dans l’histoire politique de notre pays. Notre dame de journaliste pourrait en faire partie volontairement ou par carence professionnelle. Elle saurait certainement beaucoup de choses sur le passé politique lointain de M. Samba Thiam (leader flamiste et ancien prisonnier politique à Oualata) qui a côtoyé des putschistes supposés appartenant au même groupe sociolinguistique que lui qui comptaient mener un coup d’état dit communautariste contre l’ordre hégémonique. Et, étrangement elle a dû rater l’évolution de la vie politique plus ou moins récente de M. Thiam après son retour d’exil depuis plus d’une décennie. Une sourde propagande sociale, idéologique et politique d’une certaine ampleur y veille sûrement dans l’écosystème politico-médiatique arabophone….et j’ose croire à la marge chez certains francophones avec notre ancien prof d’anglais comme chef de file.
On va espérer qu’elle puisse inviter M. Thiam aussi pour un échange franc et je crois qu’elle verrait que notre compatriote et ses partisans subissent injustement une mise en quarantaine politique parce que leur parti politique est en souffrance de reconnaissance officielle par les autorités.
Le Grand Entretien du BLOG vous revient avec l’interview accordée par l’homme politique mauritanien M. Kaaw TOURÉ du parti FPC (Forces Progressistes pour le Changement non reconnues par les autorités mauritaniennes). Militant de longue date et ex exilé politique dès sa jeunesse, le natif de Djéol ou Jowol nous brosse un parcours d’engagé déterminé pour l’avènement d’un ordre étatique juste et égalitaire en Mauritanie. Il draine une expérience militante de plusieurs décennies aujourd’hui et à travers cet entretien du Blog, il nous y expose une substance instructive d’intérêt pour l’opinion publique. Nos vifs remerciements à lui pour la disponibilité manifestée pour notre sollicitation médiatique.
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● Question 1 : Bonjour M. Kaaw TOURÉ, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel).
KT : Je m’appelle Kaaw Touré, je suis originaire de Jowol, un village dans le Sud de la Mauritanie, plus précisement dans le département de Kaëdi. J’ai effectué mes études coraniques dans le foyer familial, et à Jowol même mes études primaires et mes études secondaires au lycée de Kaëdi jusqu’en classe de terminale quand je fus arrêté suite aux évènements du « Manifeste du négro-mauritanien opprimé » de 1986, et participation à une manifestation contre le régime militaire du colonel ould Taya. Après la prison, je fus contraint à l´exil au Sénégal suite à l’exécution des martyrs du 6 décembre 1987 (militaires cités dans une prétendue tentative de putsch). C’est au lycée Limamoulaye de Dakar que j’ obtins mon baccalaureat, suivi d’un diplôme d’Ingénieur en planification économique de l’ENEA de Dakar. Je suis aussi diplômé en sciences sociales et histoire des langues à l´Université de Växjö en Suède. Je travaille comme formateur et chargé d´insertion dans la société suédoise des immigrés, réfugiés et autres chercheurs d´emploi. J’aime lire et écrire. J´ai à mon actif un recueil de poèmes en pulaar « Sawru Gumdo » ou la canne de l´aveugle qui traite des sujets de société, de notre lutte et de nos martyrs.
● Question 2 : vous disposez d’une certaine aura auprès de l’opinion publique francophone mauritanienne voire au-delà et pourriez-vous revenir sur la genèse et le cheminement de votre engagement de militant politique (notamment les circonstances historiques de votre arrestation, de votre exil…) ?
KT : Je me suis engagé dans la lutte très jeune à l´âge de 15 ans. Je dirai que j´ai eu la chance d´être né dans un village historique, très dynamique et dans un environnement social très politisé et engagé dans le combat culturel, social et du developpement, aussi bien dans mon village natal et dans notre contrée de la vallée. J´avais des oncles et cousins très engagés comme Ibrahima Mifo Sow, actuel vice-président des FPC et qui était un des militants du MEEN et aussi président de notre association culturelle, Amadou Alpha, l’un des premiers grands poètes mauritaniens en pulaar, Amadou Samba Dembélé, Mawndou Guissé, Elhadj Sidi Ngaïdé, feu Abdoulaye Moussa BA ancien député maire de Jowol et Yaya Mabel Dia entre autres, qui m´ont beaucoup influencé positivement et guidé mes premiers pas dans la lutte. J´ai commencé très tôt dans le cadre de notre association culturelle qui était très animée et active sur les deux rives du fleuve et nous avions, en outre des activités culturelles locales, une fédération des associations culturelles de notre zone qui s´appelait Jaalowaali qui s´étendait de Jowol Mauritanie à Koundel Sénégal et qui regroupait plus d´une dizaines de villages et chaque vacance d´été un des villages de la vallée organisait une semaine culturelle et sportive à laquelle participaient toutes les associations culturelles membres de Jaalowaali. Cela donnait lieu à beaucoup d’activités dont des soirées de théatre, des choeurs, de ballets, de la poésie, des conférences publiques, des opérations d assainissements des villages, des plantations d’arbres, des compétitions de football, de l’athlétisme. Ces grands évènements annuels permettaient surtout de raffermir les liens de parenté et des relations d´amitié entre des jeunes du Fouta, en même temps qu´ils entretenaient notre idéal panafricain répondant à cet adage pulaar ”Maayo wonaa keerol” autrement le fleuve n´est pas une frontière. Arrivé au collège et au lycée de Kaëdi, j’ai continué le même engagement avec l’encadrement des ainés comme Amadou Samba Dembélé, l’honorable Samba Thioyel Ba, Assette Hamadi Sall, Modi Cissé et Moussa Sy dit Binngel leydi et d’autres professeurs comme Ndiaye Amadou Malal, feu Aboubackri Belal BA entre autres et feu Pr Saidou Kane qui venait souvent dans la région dans le cadre de ses missions en tant qu´inspecteur de l´enseignement et de chercheur. Je peux en résumé dire que j´ai attrappé très tôt le virus politique. Cela m´a valu la prison à l´âge de 18 ans faisant de moi, pour la petite histoire, le premier plus jeune prisonnier politique de Ould Taya en 1986. Cette expérience carcérale sous le régime militaire dur et pur du CMSN n´avait pas entamé mon engagement, ni ma détermination à combattre les injustices flagrantes et inacceptables dans notre pays, au contraire, elle m´a renforcé dans mes convictions. J´ai récidivé aussitôt après ma sortie de prison en 1987 avec d´autres jeunes camarades au lycée de Kaëdi en initiant une grève scolaire pour protester contre l´exécution de nos 3 premiers martyrs le 6 decembre 1987 à Djreïda à savoir les lieutenants Bâ Seydi, Sy Saïdou et Sarr Amadou. J´ai été à nouveau recherché et poursuivi par la police mauritanienne à la veille du déclenchement du mouvement. J´ai été contraint à la clandestinité pendant quelque temps, ensuite à l’exil forcé à partir du 15 decembre 1987. Pour la petite anecdote, la police qui n´a pas pu mettre la main sur moi a arrêté mon oncle feu Abdoul Aziz Dia. Il était mon tuteur et aussi le surveillant général du lycée de Kaèdi. C’était un homme de Dieu très respecté. Il fut détenu et pris en otage pour le seul crime d´être mon oncle. Il a fallu l´intervention de toutes les notabilités religieuses et traditionnelles de la région du Gorgol pour qu´il soit libéré après plus d´une semaine de détention arbitraire. Je voulais me rendre pour qu´il soit libéré mais il avait insisté auprès de ses visiteurs pour me prier de sortir du pays parce qu´il savait le sort peu enviable que m´avait promis l´ancien sanguinaire tortionnaire et directeur de la sureté régionale du Gorgol, le tristement célèbre commissaire baathiste Cheikh Ould El Mamy. Par la grâce de Dieu, j´ai pu échapper à la police et à la gendarmerie et sortir de Kaëdi qui était presque en état de siège non déclaré. Je rejoins Dakar avec mon ami Dia Alassane Aly dit DIAZ. Nous y trouvons nos camarades exilés qui avaient échappé aux filets du tout puissant ministre de l’intérieur Djibril ould Abdallah, de feu Ely ould mohamed Vall et du tristement célèbre tortionnaire Deddahi. Ensemble, nous avions reconstitué le noyau dur des Flam, alerté l´opinion internationale sur la situation politique en Mauritanie mais surtout sauvé plus tard la vie de certains de nos ainés et dirigeants de l´organisation détenus à Oualata. Grâce à nos contacts et la mobilisation médiatique et des organisations des droits de l´homme, nous avons mis la pression sur le gouvernement mauritanien qui a accepté finalement la visite de nos camarades détenus par des journalistes Abdel Aziz Dahmani de Jeune Afrique et de Babacar Touré de Sud Hebdo et des organisations des droits de l´homme. Nous avions maintenu le flambeau de la résistance jusquà la libération de nos dirigeants détenus et encadré et soutenu les premiers déportés mauritaniens au Sénégal et au Mali suite aux événements douloureux dits sénégalo-mauritaniens de 1989. Depuis le 4èmecongrès ordinaire des FLAM, j’ai été propulsé comme responsable du département de la presse de notre mouvement et directeur de publication de notre organe d´informations le FLAMBEAU. Cet activisme débordant auprès de la presse sénégalaise et internationale m´a valu des mises en demeure répétées au Sénégal et j´ai échappé de justesse à une tentative d’extradition, devenue une expulsion vers un pays tiers en juillet 1999 suite aux pressions diplomatiques du gouvernement mauritanien. Grâce aux Nations-Unies, j´ai obtenu l´asile politique en Suède où j’ai continué mon activisme en tant que responsable de la communication des FLAM et qui m´a amené à créer le premier site internet d´informations d´un mouvement d´opposition mauritanien, en novembre 1999, le site Flamnet parce que nous avions compris très tôt que la dictature prospère sur le silence et la résignation des victimes. Ce site est toujours vivant et le seul des sites mauritaniens qui a survécu à tous nos régimes. Après le congrès de mutation des Flam en août 2014, le parti FPC, créé à l’occasion, à travers le président Samba Thiam, m´a encore renouvelé sa confiance en tant que responsable de la communication extérieure et son porte-parole. Notre parti, malgré sa non-reconnaissance officielle, reste une force politique reconnue par tous les acteurs politiques grâce à son dynamisme et son ancrage dans notre milieu naturel et surtout auprès de la jeunesse consciente et engagée du pays. Le pouvoir a compris que nous les avons bien compris et que nous sommes incorruptibles. C’est pourquoi, il tente par tous les moyens d’empêcher notre expression dans l´espace public par la diabolisation et le refus de reconnaissance officielle alors que nous avons rempli toutes les conditions légales requises. Cela ne nous surprend guère, c´est la triste réalité de la Mauritanie. Le système tente désespérément de se choisir des acteurs officiels qui lui sont accommodants.
• L’affiche visuelle d’un film suédois consacré à sa vie de militant
● Question 3 : quelle analyse faites-vous de la situation politique et sociale de la Mauritanie aujourd’hui ? Et également concernant l’approche de positionnement de la Coalition Antis-Système à laquelle appartient votre parti les Forces Progressistes pour le Changement (les FPC toujours non reconnues par les autorités) par rapport au dialogue en gestation du côté du régime en place?
KT : La situation politique du pays est toujours dans le statu quo, une impasse totale. On assiste à une radicalisation du Système dans ses orientations politiques et idéologiques, à une arabisation à outrance du pays avec la montée des courants chauvins et ethnofascistes, à une exclusion systématique des composantes noires des postes de décision ainsi que du commandement administratif et des forces armées, au contrôle exclusif de l´économie et des banques par une seule composante nationale, à des expropriations et des spoliations des terres de cultures de la vallée au profit de la bourgoisie compraodore au pouvoir. Pour courronner le tout, on transforme des Mauritaniens de souche en apatrides et des sans-papiers dans leur propre pays par le biais d’un enrôlement inisdieusement discriminatoire. Face à cet imbgroglio politique inquiétant, il fallait unir les véritables forces progressistes, démocratiques et patriotiques autour du changement. La coalition antisystème est une dynamique unitaire à saluer et à renforcer. Elle a permis d´unir l’essentiel des forces progressistes qui mettent en avant la résolution de la question nationale et sociale. Tous ont compris que la lutte en ordre dispersé contre l´ennemi commun n´a pas d´autre effet que la défaite pour tous et les dernières élections l´ont bien confirmé. Au niveau des FPC, depuis notre retour d´exil notre combat a toujours été d´unir toutes les forces démocratiques et progressistes autour de l´essentiel, de trouver un cadre de concertation et de lutte pour faire entendre notre voix. Malgré les quelques petites réticences et reserves par-ci, par là nous avons été persévérants et c´est dans ce sens qu´il faut comprendre et situer la position responsable et courageuse du président Samba Thiam, c´est une conviction et non un calcul politicien. Nous devons maintenir cette coalition dans la perspective des futures échéances électorales tout en gardant la liberté d´action et d´indépendance d´esprit des partis et associations membres de la Coalition. Quant à votre question sur le dialogue, notre position de principe depuis l´appel du ”Manifeste du négro-mauritanien opprimé” de 1986 est que les problèmes mauritaniens doivent être posés par des mauritaniens, discutés entre mauritaniens et solutionnés par des mauritaniens autour de ce que nous appelions à l´époque un débat national. Vous connaissez la réponse du pouvoir de l’époque à cet appel au dialogue. Nous sommes des africains éduqués aux vertus de l’arbre à palabres mais nous ne souhaitons pas que ce dialogue soit un enième dialogue sans effets tangibles. Il faut avoir le courage de poser les véritables questions qui minent le vivre ensemble à savoir l’épineuse question nationale et sociale que certains appellent question de l’unité nationale. Je pense aussi que l´Opposition démocratique a intérêt, pour éviter des manipulations, a aller groupée au dialogue si elle obtient bien sûr des garanties sérieuses et crédibles sinon rien ne l’y oblige. Par ailleurs j’ai vu sur l’exposé de la feuille de route la question du « passif humanitaire » mais ici on confond entre l’effet et la conséquence. Les tueries ou le génocide que certains par pudeur ou peur appellent le passif humanitaire est une suite logique d’une politique chauvine et raciste qu’il faut nommer, dénoncer et combattre pour une Mauritanie plus juste et réconciliée.
● Question 4 : Ces derniers mois les pouvoirs publics de notre pays mènent une campagne de refoulements contre des étrangers dits “illégaux” que d’aucuns qualifient de chasse aux subsahariens, quelle lecture faites-vous de cette problématique ? Et également concernant les nationaux non enrôlés qui subissent des harcèlements policiers régulièrement relevés…
KT : L´expulsion des étrangers en Mauritanie n´est que la partie immergée, invisible du problème pour ne pas dire la face cachée de l’iceberg, elle répond à une logique chauvine, raciste, xénéphobe du Système. Fortement impressionnés par le courant panarabiste chauvin ils inventent la théorie de « mouhadjirines » en Mauritanie. Ils considèrent les négro-mauritaniens comme des « immigrés » ouest-africains venus envahir la Mauritanie avec le colonisateur francais donc tout bonnement la Mauritanie serait la seconde patrie arabe occupée par des noirs, en comparaion avec la Palestine. Il y a toujours cette propagande très ancrée dans le cercle du pouvoir à savoir le « péril nègre ». Ce qui expliquait en partie les déportations massives des Noirs en 1989 et l´épuration ethnique au sein de l’armée en 1990/1991. Pour les partisans de l’arabité, la présence des subsahariens constitue une menace pour l’arabité exclusive du pays et renforcera le poids démographique des composantes négro-africaines. Voilà les fondements politico-idéologiques de cette orientation xénéphobe et raciste de nos autorités et qui explique ces expulsions mais aussi l’enrôlement qui veut réduire les négro-mauritaniens en sans papiers, apatrides dans leur propre pays. On quitte du génocide physique pour un génocide biométrique moins visible auprès de l’opinion internationale.
● Question 5 : sur la problématique de l’esclavage en Mauritanie, depuis l’Ordonnance n° 81-234 du 9 novembre 1981 portant sur son abolition, d’autres initiatives législatives ont été prises mais le phénomène et ses manifestations restent périodiquement d’actualité, quels seraient selon vous des écueils à sa véritable éradication ?
KT : Il est étonnant qu’à l’orée du 21ème siècle, il se trouve des esprits encore imbus de la culture et de l’éducation esclavagistes pour considérer le profil et les compétences des citoyens à l’aune de leur prétendue ascendance! Il est encore plus inquiétant que l’Etat et ses démembrements laissent prospérer ces considérations déshumanisantes pour s’en prendre plutôt aux abolitionnistes, défenseurs de la dignité humaine et des valeurs républicaines. Pire encore, ils versent dans l´apologie de la supériorité raciale dans un État qui se dit islamique, une religion qui prône l’égalité de tous les citoyens. Le prophète Muhammad (Paix sur lui) disait dans son sermon d’adieu: « Toute l’humanité descend d’Adam et Eve. Un Arabe n’est pas supérieur à un non-Arabe et un non-Arabe n’est pas supérieur à un Arabe. Un Blanc n’est pas supérieur à un Noir et un Noir n’est pas supérieur à un Blanc – si ce n’est par la piété et la bonne action ». Les obscurantistes n’en ont cure. Les écueils sont d’ordre sociétal pour ne pas dire sociologique. Nous devons commencer par combattre cette mentalité par l’éducation et surtout par l’indépendance mentale, l’épanouissement économique de ces damnés de la république mais surtout une volonté politique de nos dirigeants pour éradiquer définitivement ces tares sociétales fondées sur l’injustice. Comme je le dis souvent, aucune injustice n’est plus acceptable qu’une autre. C’est une conviction personnelle et principielle, je ne peux me permettre ce que je refuse aux autres. J’ai écrit et composé des poèmes depuis belle lurette pour dénoncer ces injustices sociales. Je suis un bon croyant et humaniste et notre Saint Coran nous dit « le plus noble d’entre vous auprès d’Allah, est le plus pieux ».
● Question 6 : notre sous-région a connu divers bouleversements géopolitiques ces dernières années, par exemple la création de la fédération des États de l’AES (Burkina Faso, Mali et Niger) sous un certain militarisme des espaces politiques, quel commentaire pouvez-vous faire sur situation ?
KT : A quelques exceptions près, tout régime militaire est de nature dictatoriale, un régime d´exception et de privations des libertés. Qui est mieux placé que nous les mauritaniens pour le confirmer? N´est-ce pas Sankara qui nous disait « un militaire sans formation politique et idéologique est un criminel en puissance ». Ce qui se passe actuellement sous nos yeux dans les pays de l´AES est inacceptable et inadmissible. Cette fédération n´est en fait qu´une conglomération des petits putschistes et dictateurs, assoiffés du pouvoir et du sang, qui sous le pretexte de lutter contre le terrorisme, veulent reduire le peuple et les forces politiques au silence. Nous l´avons vu avec la répression sanglante qui frappe toutes les voix dissidentes au Burkina, la dissolution des forces politiques au Mali et l´intronisation de la présidence à vie du putschiste de Niamey.
● Question 7 : l’extrémisme violent secoue régulièrement certaines zones de la sous-région également, et d’imprudents raccourcis font des amalgames entre les terroristes et des populations peules avec un lot des sinistres bavures par endroits, quelle analyse faites-vous de cette complexe et lourde réalité ?
KT : Ce qui se passe dans certains pays de la sous région est vraiment triste. Le combat de ces prétendus moudjahidines n´a rien à avoir avec notre sainte religion, qui est une réligion de paix et de tolérance. Nous, au niveau des FPC, considérons ces évènements graves autour de ces illuminés, qui n´ont été mandatés par aucune communauté, comme une menace sérieuse pour toute la sous région, un danger auquel il faut faire face avec fermeté certes, mais aussi avec beaucoup de discernement. Cet amalgame entretenu entre populations peules et groupes terroristes est grave et nous assistons à une épuration ethnique qui ne dit pas son nom dans certains pays où des populations civiles innocentes, enfants, femmes et vieillards sont massacrés par des forces armées qui devaient assurer leur sécurité, assistées par leurs supplétifs, des milices civiles armées. C´est barbare et un génocide si on se réfère à la définition du génocide par la convention internationale des droits humains. Ce qui est encore plus abérrant c’est qu´on voit certaines personnalités qui se disent panafricanistes entretenir ce discours odieux, je pense exactement à Nathalie Yamb et ses ”talibans”petits panafricons, qui sans nuance, versent dans cette loghorée haineuse et irresponsable. L´éminent professeur sénégalais, historien et militant de la gauche Abdoulaye Bathily avait pourtant attiré l´attention en 2014 d´un probable génocide des peuls et l´histoire lui donne raison si on voit ce qui se passe dans ces trois pays de l´AES. Dans cette région. nous sommes tous des peuples metissés et nous devons par amour à notre chère afrique nous mefier des discours ethnocentriques et irrédentistes qui peuvent brûler tous nos Etats. Ne jouons pas avec le feu, vu la sensibilité de cette question et la fragilité de nos États. Pour finir je pense sérieusement qu’on ne réglera pas ce problème en se contentant seulement de combattre ces terroristes. Il faudra aller au-delà, mesurer l’impact de ce discours d’intolérance, fanatique, et en déterminer les causes profondes. Ce terrorisme aveugle, à vocation apocalyptique, prospère sur le lit des frustrations et des misères des populations vulnérables parce que sous-éduquées et/ou laissées pour compte par nos gouvernants.
Nous sommes en mai 2021 le président de la Transition Bah Ndaw vient d’effectuer un remaniement ministériel. Deux poids lourds du Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) à savoir Sadio Camara et Modibo Koné sont absents de la liste. Il n’aura fallu que quelques heures pour que Assimi Goita, alors colonel et vice-président de la transition, n’intervienne pour “déposer” le président Ndaw. Si certains qualifient cet acte de “second coup d’Etat”, le discours officiel retiendra l’appellation “rectification de la trajectoire de la transition.” Engagement avait été pris de respecter le délai initial de dix huit mois de transition. Toutefois, au gré des circonstances, ce délai est endossé désormais à la “stabilisation” du pays. Comme quoi, les mots ont du sens, mieux ils ont du pouvoir!
Dès lors, nous entrons dans une période où le discours façonne les représentations sociales et politiques. Dans un article publié en octobre 2024, nous qualifions cela de “gouvernance rhétorique”. Cet article vise à analyser l’impact du discours dans la pérennisation du régime de transition au Mali.
• La langue de coton ou les concepts fédérateurs
Le concept de langue de coton nous vient de François-Bernard Huyghe. Il désigne tous les mots ou expressions dont il est difficile de s’opposer au risque d’être accusé de mauvaise foi. Si l’on se place dans le contexte malien, ce sont des expressions comme : recouvrer l’intégrité du territoire national ; instaurer la paix, refonder l’Etat, restaurer la souveraineté nationale, jusqu’à la stabilisation du pays.
On retrouve ces expressions dans tous les discours officiels. Comme nous l’avons indiqué plus haut, elles forcent d’une certaine manière l’adhésion de l’opinion publique. En effet, qui serait contre l’instauration de la paix? ou contre la stabilisation du pays? En choisissant de fixer la fin de la transition à la stabilisation du Mali, les autorités de transition laissent peu de place à des voix discordantes car celles-ci peuvent rapidement être qualifiées d’ennemis de la nation.”
Toutefois, l’emploi de la langue de coton contient un biais. Ce biais est lié à la sémantique de ces mots ou expressions. En sémantique, il y a ce qu’on appelle la télicité. C’est un test qui permet de vérifier l’extension temporelle ou la délimitation temporelle. Une action est dite télique lorsqu’elle est délimitée dans le temps. Exemple : Le président de la transition a posé la première pierre de l’usine de raffinerie d’or en mai. En revanche, lorsqu’une action n’est pas délimitée dans le temps, elle est dite atélique, il y a donc une extension temporelle. En effet, on ne peut dire : Nous allons restaurer la paix en août ou encore le pays sera stabilisé en décembre.
Ceci pour mettre en exergue le pouvoir du discours en cette période de transition. Mais au demeurant, il doit être accompagné d’actions concrètes pour maintenir l’adhésion de l’opinion publique.
Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique.
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