Avant de voter ce projet de loi nous devons revoir certaines dispositions.
Le projet de loi 20-032 sur les Associations, les Fondations et les Réseaux pour remplacer la très restrictive législation actuelle que le conseil des ministres a transmis au parlement le 19 septembre 2020 doit permettre de passer d’un régime de délivrance très stricte des autorisations à un système de notification, cependant la restriction injustifiée des domaines d’activité et le pouvoir donné au ministre de l’Intérieur de suspendre temporairement, et sans préavis, les associations doivent être amendés pour garantir un environnement serein pour la société civile.
Le projet de Loi 20-032 doit permettre aux mauritaniens de fonder des associations sans aucune difficulté.
Certes, il y a des progrès notables car le projet de Loi 20-032 rend les associations éligibles pour recevoir des financements, y compris de la part de donateurs étrangers et prévoit un droit de recours en cas de décisions administratives défavorables, néanmoins certaines dispositions (qui exclut les associations de moins de cinq personnes et les organisations avec un mandat non permanent…) doivent être supprimées car elles ne correspondent pas aux normes internationales qui définissent les associations comme : « Tout groupe d’individus ou toute entité juridique constitués pour exprimer, promouvoir, poursuivre et défendre collectivement des intérêts communs »
Aussi, dans certaines dispositions nous notons des concepts vagues et imprécis qui pourraient être instrumentalisés pour justifier le refus d’accréditer des associations, des fondations ou des réseaux.
Pendant des décennies la loi N°64.098 relative aux associations a privé des citoyens d’un droit élémentaire, il est temps de se conformer aux normes internationales telles que : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), que la Mauritanie a ratifié en 2004, et qui garantit le droit d’association pacifique. L’article 22 du (PIDCP) stipule qu’aucune restriction ne peut être imposée à l’exercice de ce droit autre que celles prévues par la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique…
Et l’article 10 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples stipule en outre que «Toute personne a le droit de constituer librement des associations avec d’autres sous réserve de se conformer aux règles édictées par la loi…»
Aussi, en vertu de la législation actuelle, les tribunaux peuvent imposer des peines de prison de un à trois ans à quiconque continue de diriger une organisation non autorisée, et de six mois à un an à quiconque participe au fonctionnement d’une organisation non autorisée.
Le projet de Loi 20-032 à l’étude ne spécifie pas les peines d’emprisonnement comme l’actuelle législation mais stipule que les fondateurs, représentants ou dirigeants d’associations peuvent être exposés à des poursuites s’ils ne déclarent pas leur groupe… plus de clarté est nécessaire sur ce point. Si nous voulons un réel changement, nous devons avoir la volonté et le courage de voter une loi sans ambiguïté ni concept vague qui pourrait être utilisé par les pouvoirs en place pour empêcher des citoyens de jouir de leurs droits…
Je vous remercie.
Madame Coumba Dada Kane. Vice-présidente IRA -Mauritanie. Députée à l’Assemblée Nationale.
Ayant raté son inscription sur la liste des députés à intervenir en plénière dans le débat concernant le système déclaratif et la loi sur les associations, le député Biram Dah Abeid, partage la teneur de sa communication avec l’opinion publique :
Biram Dah Abeid, député; Allocution prévue le 11 janvier 2021 en séance plénière, session de l’Assemblée nationale, Nouakchott
La démocratie, dans notre pays, pâtit d’une amputation, à la naissance. Elle se privait d’un pilier juridique et constitutionnel, en l’occurrence, la liberté de s’organiser et de se réunir. Le récépissé préalable permettait, au pouvoir exécutif, de sélectionner, au faciès, les partis et Ongs à interdire. Ainsi, pouvait-il pénaliser et réprimer toutes leurs activités, souvent malgré la justesse du combat et sa popularité.
Or, Chaque élection, démontre l’écart grandissant entre les règles d’un dispositif de préférence idéologique, culturelle et linguistique et, à contrario, la réalité de la mobilisation et du vote. Cet honorable parlement, où nous voici tous rassemblés, est notamment le produit et le reflet de siècles d’oppression puis de marginalisation des noirs en Mauritanie, sinon, il en compterait beaucoup plus, aujourd’hui.
En adoptant le nouveau texte qui consacre le système déclaratif des associations, vous faites tomber un obstacle, de taille, à l’équité et aux idéaux égalitaires de la république. Je dois le reconnaître, une telle audace témoigne en votre honneur mais reste incomplète tant que persistent les discriminations à l’autorisation des partis politiques. Dans ce domaine, il nous appartient de légiférer, sans retard, en 2021, afin d’étendre le champ d’application du droit que nous voulons entériner au nom du vivre ensemble. L’étape suivante consiste, avant le futur renouvellement des sièges de députés, à défaire le découpage électoral, en vue de rétablir les circonscriptions législatives, selon le nombre d’habitants, point d’après la taille du territoire ou la continuité du peuplement tribal.
Ainsi, l’on pourrait dire que l’Assemblée nationale de la Mauritanie, représente la souveraineté des citoyens parce qu’elle en traduirait la diversité. Etes-vous prêts à permettre le franchissement irréversible de cette ligne ? Ce à quoi vous invite l’adoption du présent projet de loi n’est que l’acte premier d’une révolution, en chaîne. Je m’adresse, ici, aux élus de la Majorité : votre chef, le Président de la république, souhaite de tels changements et l’a exprimé mainte fois. Grace à vos voix, nous serons heureux de pouvoir annoncer, un jour, autour de nous : le modèle de mourgueibeu (longueur d’avance) ethnique est révolu! Pour décider au nom de la majorité, seuls comptent, désormais, la faculté de convaincre et le nombre des suffrages !
Hacen Lebatt – Jeudi dernier, le 7 janvier, le président de l’UPR Sidi Mohamed Ould Taleb Amar réunit ses cinq adjoints : Mohamed Yahya O. Horma, Djindah Bal, Yahya O. Waghf, Salka Bilal Yamar et Khalil O. Tayeb, en plus de Sid’Ahmed O. Rayès, le responsable des relations avec les autres formations politiques.
Selon l’agence Al Akhbar, le président du parti informe ses plus proches collaborateurs que l’idée d’un dialogue, à caractère social, est actuellement en discussion, sans en préciser les contours et encore moins le calendrier. Il leur demande de garder le secret.
Le lendemain, le site en question dégoupille la bombe quand il évoque « la volonté du Président de la République d’organiser un débat social » fin de citation.
Il va de soi que si le Président souhaitait mener une telle ouverture, il allait l’annoncer par le canal habituel, à savoir le ministre secrétaire général de la présidence ; s’il s’agit d’une concertation thématique, alors l’annonce reviendrait soit au ministre de l’enseignement supérieur, porte-parole du gouvernement, soit au département concerné, en l’occurrence le ministère des affaires sociales. Cependant, le parti au pouvoir – tout au plus un partenaire parmi d’autres du dialogue – n’est nullement habilité à en proposer ni prédire la tenue.
L’UPR doit d’abord revoir ses mécanismes de décision, ensuite se pencher sur la légitimité de son directoire. En effet, ce parti est dirigé par des personnes certes méritantes pour la plupart mais dénuées de la moindre forme de légitimité populaire. Il est d’usage qu’un parti politique moderne se dirige d’abord vers la base, afin d’y asseoir une implantation saine ; la disponibilité des adhérents, à occuper les échelons de la direction fait l’objet d’une communication contradictoire, avant le dépôt des candidatures et, enfin, le vote des adhérents.
Or, le 28 décembre 2019, l’UPR a convoqué un congrès au cours duquel une foule aussi docile que pathétique et de bonne foi écoutait des discours creux, toute la journée ; les délégués se sont séparés et répartis en ateliers thématiques dont la qualité oratoire laissait à désirer. A 17h, ils apprenaient qu’un nouveau venu serait parachuté à leur tête ; la plupart d’entre eux n’en avaient jamais entendu parler.
Jusque-là, l’UPR n’arrivait pas à remplir sa mission et tout le monde semble s’accommodait d’un tel relâchement. Après tout, murmurait-on, ils se font discrets et évitent le culte de la personnalité, que demander de plus ? A présent l’UPR devient un problème, en soi, puisqu’elle parasite l’action du Président de la République et ce n’est pas le démenti tardif de ce matin qui viendrait réparer autant de bévues sédimentées.
Essahraa – Le président de l’Union Pour la République (UPR), le parti au pouvoir, Sidi Amar Ould Cheikhna, vient de faire une mise au point sur le présumé dialogue social, dont certains médias ont fait écho dernièrement.
Toute volonté de s’engager dans un évènement similaire se ferait par les canaux autorisés, a affirmé le patron de l’UPR, précisant que les parties concernées en seront également informées.
Le parti au pouvoir a publié un communiqué à ce propos dans lequel il apporte un cinglant démenti aux rumeurs selon lesquelles, le pouvoir a décidé de lancer un dialogue social ; à ne pas confondre son « demi-frère », le dialogue politique qui implique des concertation entre les forces politiques du pays, toutes tendances confondues.
Des médias avaient évoqué dernièrement, ce qu’ils ont appelé, la décision du président Mohamed Ould Ghazouani, d’organiser un dialogue social en Mauritanie.
Initiatives News – L’ouverture d’un dialogue national sur les grandes questions pendantes en Mauritanie avait été l’une des principales revendications de l’opposition qui l’avait demandé à cor et à cri tout au long de la décennie écoulée marquée par une crise politique qui avait asphyxié le pays.
L’arrivée au pouvoir du président Ghazwani a permis un dégel miraculeux qui a tourné à l’union sacrée, la crise de la Covid aidant. L’opposition était redevenue fréquentable et le tapis rouge lui était étalé au palais présidentiel et au niveau des autres instances de l’Etat.
Cette normalisation des rapports entre le pouvoir et l’opposition permet désormais aux deux protagonistes de jouer carte sur table et d’accorder leurs violons dans l’intérêt supérieur de la nation.
C’est dans ce contexte fort propice que va se tenir le dialogue social tant attendu, un dialogue qui intervient après une large concertation entamée par leprésident Ghazwani qui a reçu et qui continue à recevoir tous les acteurs de la scène politique et sociale.
Ce dialogue en vue qui se veut purement social devrait plancher sur la question lancinante de l’unité nationale. Il s’agira notamment d’en définir clairement les contours et d’en consolider les bases.
Et pour ce faire il serait impératif de jeter des bases solides d’une école mauritanienne profondément ancrée dans les réalités nationales et qui sera le garant de l’unité et de la citoyenneté, une école qui produira des citoyens égaux en droits et en devoirs.
Autre point fondamental à régler au cours de ce dialogue, celui du passif humanitaire qui continue à menacer dangereusement l’unité nationale.
Il y a aussi le problème de l’esclavage qui serait au menu, une autre tare qui a fait très mal à l’image du pays et aux victimes elles mêmes.
Les questions de l’exclusion, des inégalités, du partage des ressources et de la bonne gouvernance auront aussi leur place dans ce dialogue social qui devrait établir une feuille de route permettant au pays de sortir de la léthargie et de rattraper le temps perdu après 60 ans d’indépendance.
Il y a lieu par ailleurs de convoquer toutes les forces vives et de faire en sorte que les résultats obtenus, les recommandations soient immédiatement appliquées et n’atterrissent pas dans les tiroirs pour de bon.
En effet, la Mauritanie a besoin d’un nouveau décollage ou voire même d’une refondation. Il est grand temps que les immenses ressources dont regorge le pays et le génie mauritanien tant vanté par nos poètes permettent à nos dirigeants de se surpasser pour mettre le pays sur de bons rails.
En tout cas, l’occasion qui s’offre à nous actuellement est trop belle pour qu’on la gâche. La volonté politique et l’esprit d’ouverture affiché par le président de la République sont des gages de réussite et il appartient à chacun de jouer sa partition.
Le président de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh Al-Ghazwani, a ordonné aux dirigeants du parti Union pour la République (UPR) de s’atteler à la mise en place de «préparatifs» pour l’organisation d’un dialogue social, le premier du genre en Mauritanie.
Selon les sources, les questions sociales et nationales les plus importantes seront soulevées au cours du dialogue, dont la date n’a pas encore été fixée.
Le Figaro – L’Allemagne va imposer la présence de femmes dans les conseils d’administration de grandes entreprises cotées en Bourse, selon un projet de loi présenté mercredi par le gouvernement de la première économie européenne qui accuse un net retard sur la question.
Selon le texte, qui doit encore être adopté par les députés, au moins une femme devra siéger dans les instances dirigeantes des entreprises allemandes comptant plus de trois administrateurs. La nomination de femmes sera également obligatoire dans les conseils d’administration de sociétés où l’État est actionnaire et plusieurs organismes publics.
«Nous pouvons montrer que l’Allemagne est sur la voie pour devenir une société moderne, porteuse d’avenir», a déclaré à la presse la ministre de la Famille, sociale-démocrate, Franziska Giffey qui a porté le texte avec sa collège de la Justice.
Cette dernière, la sociale-démocrate Christine Lambrecht, a salué un «signal important pour les femmes hautement qualifiées» appelant les entreprises à «utiliser la chance» offerte par ce quota pour accroître la féminisation des postes de direction.
D’après une récente étude de la fondation germano-suédoise Allbright, les femmes ne représentent que 12,8% des membres des conseils d’administration des 30 sociétés cotées du Dax, l’indice vedette de la Bourse de Francfort. Pour les trente plus grands groupes de chaque pays, cette proportion est de 28,6% aux États-Unis, 24,9% en Suède, 24,5% en Grande-Bretagne et 22,2% en France, indique cette étude.
Une avancée jugée insuffisante
Le projet de loi, qui devra être voté avant la fin de la mandature en septembre, était soutenu par la chancelière Angela Merkel mais a rencontré de nombreuses résistances au sein de son parti conservateur (CDU) qui gouverne avec les sociaux-démocrates du SPD. Il est aussi critiqué par une partie du patronat qui dénonce une ingérence dans la gouvernance des entreprises.
L’avancée est jugée insuffisante par les défenseurs de la parité qui estiment que l’impact du quota ne concernera qu’un nombre limité d’entreprises privées. Au total, 73 entreprises seraient concernées par le changement de règle, dont 32 n’ont actuellement pas de femme dans leur conseil d’administration, selon le groupe de réflexion FidAR, qui prône la représentation des femmes au sommet des entreprises.
Tout en saluant le projet de loi, l’institut de recherche économique allemand DIW a estimé que la participation des femmes aux instances dirigeantes des groupes du pays continue d’évoluer à un «rythme d’escargot».
Les élections au Niger ne doivent pas être source de tension ou de profondes inquiétudes pour entraîner le pays dans le K.O mais doivent servir comme des outils de lectures et de quiétudes.
Le défunt président Mamadou Tandja décédé, mardi 24 novembre 2020, à l’âge de 82 ans à Niamey a été évincé suite à un coup d’État militaire, le 18 février 2010. Il a été libéré en mai 2011. L’ancien président nigérien avait dirigé le pays de 1999 à 2010. Beaucoup de journaux africains et ailleurs nous disent qu’il a été évincé car il voulait modifier la constitution.
Certains observateurs notent avant ce putsch orchestré par Salou Djibo d’importantes négociations sur les accords miniers. Suite aux élections législatives, le militaire Salou Djibo transfert le 07 avril 2011 le pouvoir à l’ancien directeur technique de la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR, filiale d’AREVA, Mahamadou Issoufou. Ce dernier est pourtant investi candidat de son parti, le PNDS, le 6 novembre 2010. Il gagnera au second tour face au candidat Seyni Oumarou du MNSD (le parti de Tandja) qui avait obtenu 23,24 % des voix au premier tour. Le président élu fera deux mandats avec sa deuxième victoire électorale en 2016.
Aujourd’hui, le Niger connaît des élections qui débouchent au second tour entre « M. Bazoum, bras droit du président sortant Mahamadou Issoufou, [qui] comptait 1,4 millions de voix, devançant l’ancien président Mahamane Ousmane (675.000 voix) soutenu par le principal opposant Hama Amadou, dont la candidature n’a pas été retenue en raison d’une condamnation par la justice» selon AFP. Pour noter la complexité des politiques en Afrique, Hama Amadou a été un soutien de taille à Mahamadou Issoufou. Cela pousse à dire que le correspondant de RFI à Niamey, Moussa Kaka aura beaucoup de choses à dire concernant ce second tour qui opposera deux figures politiques nigériennes, « issues de la même région malgré les parcours qui diffèrent » dans une bataille politique qui sera rude. Les enjeux et défis sont nombreux comme la sécurité, l’éducation, la santé et l’insertion professionnelle,tutti quanti, dans un pays avec 7,6 enfants par femme.
In fine, on note que depuis 2010, le Niger connaît d’innombrables attentats. Samedi 02 janvier 2020, un attentat aurait fait 56 morts, du côté civil. Et là où les militaires s’attachent au pouvoir dans la région sahélienne, la protection des citoyens n’est plus une priorité car le combat est de monopoliser le fauteuil présidentiel en tant que chef d’Etat. Il faudrait alors des armés républicaines et des politiques qui prennent en mains les destinées africaines. Selon la demande du Juge Feu Keba Mbaye : « le pouvoir est fait pour servir ».
Ne faut-il pas alors des forces africaines pour juguler ce banditisme et terrorisme qui gangrènent les États en Afrique et particulièrement au Sahel? Est-il possible pour un candidat africain de gagner des élections sans que sa communauté ne soit au commandement des forces armées? Machiavel dit que la force est l’essentielle du pouvoir politique. Compte tenu de l’état de la maturité démocratique en Afrique, peut-il y avoir des élections sans intervention des armes, de puissances étrangères et multinationales? Où pourront aller le Niger et le reste de l’Afrique si la tribu, la communauté et l’appartenance ethnique sont des marqueurs de taille pour les élections?
Il reste tout de même à savoir si Mahamadou Bazoum aura le dessus avec un K.O au second tour comme l’on voit écrit noir sur blanc dans la presse. L’homme politique cherche à accéder au pouvoir: c’est sa vocation.
« La tradition, c’est le progrès dans le passé; dans l’avenir, ce sera la tradition ». Edouard HERRIOT
« La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu’elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition, comme la tradition a surgi du progrès ». Jean D’ORMESSON
La stratification actuelle du groupe peul de Mauritanie, plus communément appelé Haalpulaar, est le résultat de la dernière glaciation des rapports de forces sociaux issus des derniers régimes politiques du Fuuta précolonial, notamment Deeniyankoo6e et Tooro66e.
• Quels termes précis pour définir ce système social ?
Système féodal ? Classes sociales ? Système des castes? A dire vrai, il serait difficile de le classer en toute rigueur dans l’une ou l’autre des dénominations. Le système que je tente ici d’analyser pourrait se retrouver à l’intersection de tous. Je fais, quant à moi, le choix de retenir l’appellation « système des castes » avec, en arrière-plan, le référentiel indien dont il n’épouse pas cependant toute la rigueur. Il en reproduit néanmoins la logique d’essentialisation, et partant, de stigmatisation.
Je ne referai pas ici la nomenclature des différentes castes en pays Pulaar dont on peut retrouver aisément une foultitude de travaux d’autorité (Oumar BA, Amadou Hampathé BA, Yaya WANE, Oumar KANE, etc.) Ce qui m’importe en définitive, c’est comment un système de division du travail, à la base fonctionnel, sans doute horizontal au départ, s’est mué en un rapport de verticalité interdépendante. Et comment, encore au 21ème siècle, alors même que nous vivons dans un état « moderne », et que les rapports sociaux sont de plus en plus des rapports économiques, perdurent encore des souffrances que nous avons parfois du mal à entendre dans notre société ? Quelle est la nature de ces souffrances ? Comment la société dans son ensemble s’arrange encore aujourd’hui avec l’humiliation de l’autre (et quelque fois de soi-même…), au prétexte de la sacro-sainte tradition ? Comment reposer les termes d’un débat de société avec le seul souci du nécessaire dépassement d’un anachronisme handicapant ? Il me semble que le système que nous connaissions, où le fils du Baylo (forgeron) était destiné à reprendre la forge de papa, est en voie de disparition dans sa logique de reproduction sociale. Nombre de mes amis Subal6e (pêcheurs) ayant grandi à Nouakchott nagent moins bien que moi, et trembleraient à la seule idée de monter dans une pirogue. L’un comme l’autre, tout comme le fils du Toorodo (caste en charge du spirituel) qui ne maitrise pas le premier verset du coran, contiendraient difficilement les soubresauts de leurs torses à l’évocation du Mbaylaagu, du Cubalaagu ou du Toorodaagu…
Soyons clairs ! Il ne me vient pas un seul instant à l’esprit de dénier aux uns et aux autres le droit d’être fiers de ce qu’ils « sont ». J’essaie juste de comprendre de quelle façon notre société arrive encore à leur faire intégrer l’idée qu’ils seraient dépositaires du Mbaylaagu, du Cuballagu et du Toorodaagu, en dépit de leur incompétence manifeste en la matière…
C’est bien l’essentialisation des castes qui forge l’hérédité ontologique que nous lui reconnaissons. Et on est là en plein cœur du problème. C’est à la seconde même où nous avons commencé à penser que l’on pouvait être imam, cordonnier ou tisserand, non par compétence mais par essence, que nous avons définitivement dévoyé le caractère fonctionnel de nos castes. Celles-ci se seraient sans doute plus facilement adaptées au monde moderne, n’eut été ce détournement de sens. Cette essentialisation de l’appartenance à la caste met en œuvre tout un système de représentations qui est hélas à l’origine des souffrances évoquées plus haut, et fonde par la même occasion des discriminations réelles. Ces discriminations sont à la fois d’ordre symbolique, politique et économique. La direction des prières et la chefferie du village qu’on dénie souvent aux anciens esclaves est sans doute la manifestation la plus paradigmatique de cette discrimination. L’autre source de discrimination étant l’inégal accès au foncier. C’est que la révolution Toorodo de 1776 a réussi à certains endroits du Fuuta, le tour de force de concentrer ces trois pôles entre les mains d’un seul groupe : le savoir, le pouvoir et l’avoir. Là aussi au nom du détournement de la révolution théocratique pensée par Sileymaani BAAL ; détournement qui permit l’émergence d’une nouvelle aristocratie. Le feccere Fuuta (partage foncier du Fuuta) en 1790 permit à la nouvelle caste Tooroodo à bien des endroits, d’accéder aux privilèges fonciers que lui octroie sa prise de pouvoir. Il y a lieu de noter cependant que les aristocraties plus anciennes, mis à part quelques familles deeniyanke victimes de leur fidélité réelle ou supposée à l’ancien régime, conservèrent de larges domaines fonciers. C’est notamment le cas des castes se66e et subal6e. En somme, les castes dites d’autorité (Tooro6e, ful6e se66e et cubal6e) ; c’est-dire celles qui dirigent nos villages, sont les principales bénéficiaires de notre tenure foncière traditionnelle actuelle. Les autres castes dites de métiers, ainsi que les esclaves statutaires, sont les grands oubliés du feccere fuuta ; alors même que les esclaves par exemple, sont ceux qui travaillent principalement la terre sans en être les propriétaires. Ils sont souvent réduits, dans le meilleur scénario, à faire du « rem peccen » (cultive, nous partageons ! »). Il s’agit d’un procédé par lequel le propriétaire terrien reçoit une partie de la récolte d’une terre que sa famille n’exploite plus depuis des générations quelque fois. L’exploitant étant souvent l’esclave statuaire qui, de fait, ne bénéficie pas de tous les fruits de son labeur… Et c’est ce système aujourd’hui qui est décrié assez souvent dans la vallée du fleuve Sénégal par les victimes de ce système inique, sous la thématique de l’esclavage foncier. Il fait partie de ce qui fonde la récurrence des conflits autour de la question de l’esclavage en milieu négro-africain de Mauritanie.
L’autre point important de la dénonciation à laquelle s’adonnent les militants égalitaristes en milieu Haalpulaar, se situe au niveau des clichés humiliants dont les personnes dites de castes inférieures peuvent souffrir au sein de notre société. Bien sûr, et il faut oser le dire, ces clichés sont entretenus y compris par des personnes dites « castées ». Nos rituels de familles (mariage, « baptêmes », etc.) sont souvent l’occasion de recréer ses rapports dominants/dominés. Et c’est à travers ces dons symboliques que les personnes dites nobles accordent, qu’elles reçoivent de la part des autres la reconnaissance de leur statut de dominants. Il a pu être dit que c’est un rapport de dépendance financier dont profitent également les personnes « castées ». A vrai dire, rien n’est moins sûr… Comment penser de nos jours, que des personnes vivent encore de ce qu’elles perçoivent à ses occasions ? Si les profits matériels sont réels, je crois néanmoins davantage à un attachement affectif à une coutume, dont on sait qu’elle permet de conserver sa place dans la société, qu’à une dépendance financière réelle. Il y aurait de mon point de vue, plus une peur d’un changement qui perturberait l’ordre établi, peur qui existe dans toutes les sociétés conservatrices, qu’un réel besoin de survie économique. Conserver la tradition semble être pour les Haalpulaar une forme de repli identitaire face à un monde moderne violent et insécurisant, où la moindre concession pourrait soulever le fantasme d’une cosmogonie qui s’écroule.
D’où la vitalité de l’endogamie qui permet de conserver deux choses importantes aux yeux du haalpulaar : le sang et le rang. De tout temps la logique matrimoniale a été fondée sur le mariage préférentiel qui ne trouve sa limite que dans l’inceste. Le mariage entre cousins étant celui qui est privilégié, il a alors forcément pour conséquence de rigidifier la cloison caste. Si on se marie préférentiellement dans sa lignée, on se marie forcément préférentiellement dans sa caste aussi. Ici la notion de pureté du sang qui irrigue la logique des castes est sacralisée ; car il s’agit d’assurer la descendance. Les mariages entre castes (ou tout au moins entre castes non équivalentes) sont donc proscrits en raison du risque de confusion qu’ils induisent. L’adage pulaar « Yoo gundo res gundo, elo resa elo » (que le lézard se marie avec le lézard, et le varan avec le varan), est une illustration de cette volonté de cloisonner. En vérité, à y réfléchir, cet adage est bien plus terrifiant qu’on y croit. En effet, il est du même ordre que la logique qui a fait appeler les métis « mulâtres ». Le mot mulâtre a la même racine que le mot mulet : animal issu du croisement entre le cheval et l’âne et qui a la particularité d’arrêter à elle la descendance par son incapacité à se reproduire. Cette terminologie animalière appliquée à l’humain en dit long sur le mépris qu’elle ne s’embarrasse même pas de cacher.
L’adage pulaar ne dit pas forcément la crainte d’une non-reproduction physique, mais symboliquement, l’enfant issu d’un mariage exogamique inter-castes souffrirait d’un déficit de reconnaissance sociale. Son géniteur fait courir le risque que la pureté de la lignée, et par conséquent la lignée elle-même, s’arrête à lui. Du moins dans sa pureté… La crainte d’une discontinuité étant toujours ce qui semble opérer ici. (Suite)
Je ne suis ni un « influenceur » (à la mode), ni un activiste et encore moins un blogueur même si j’écris au quotidien sur la toile depuis novembre 1999 et bien avant depuis le début des années 90 en tant que rédacteur en chef de l’organe d’information de notre mouvement de libération en exil (Le Flambeau des Flam). Je suis juste un simple citoyen qui milite pour le respect des droits les plus élémentaires de mon peuple opprimé, exclu, clochardisé, génocidé et déporté. Je me considère comme un simple combattant de la liberté et non un politicien au sens galvaudé du terme sous nos cieux. Pour moi la politique c’est surtout et avant tout une question d’éthique et de principes. Notre combat n’est pas dirigé contre une communauté et encore moins contre un régime particulier mais contre un Système raciste, esclavagiste et injuste. Notre combat est pour une autre Mauritanie où le fait d’être arabe, Noir, Haratine, Znégua ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. Notre combat est pour une Mauritanie réconciliée avec sa diversité, sa réalité sociologique et géographique, une Mauritanie contrée de la liberté et de la démocratie. Que Dieu nous donne la force et le courage , guide nos pas et nos actes pour continuer dignement ce noble combat engagé depuis notre prime adolescence, à 15 ans et qui nous a valu la prison à 18 ans et plus de 26 ans d’exil forcé. Demain il fera jour et la lutte continue!
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