Le Grand Entretien du Blog | En exclusivité avec le mathématicien Sy Mouhamadou

La rubrique Le Grand Entretien du Blog est honorée par la disponibilité d’une grande pointure mathématicienne et intellectuelle, en la personne de Monsieur Sy Mouhamadou . Chercheur natif de Bélinabé dans le Gorgol (Sud mauritanien) , Monsieur Sy vient être recruté auprès d’une figure célèbre dans les milieux de Mathématiques, le professeur Martin Hairer à Imperial College de Londres en Grande-Bretagne.

✓Nos vifs remerciements amicaux et fraternels à lui pour cette disponibilité avec l’interview qui suit :





• Question 1 : Bonjour Monsieur Sy, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

MS : Je suis Mouhamadou Sy, né à Bélinabé dans le Fuuta Mauritanien. Je suis chercheur en mathématiques, travaillant à Imperial College London dans le domaine des équations aux dérivées partielles stochastiques. Je consacre une partie de mon temps libre aux langues africaines qui, je pense, doivent prendre une place prépondérante dans les systèmes éducatifs en Afrique. Rares sont, en effet, les pays africains qui intègrent leurs langues dans leur éducation au moment où celles-ci devraient être le socle de l’ensemble du système, y compris et surtout, l’apprentissage des sciences.


Question 2 : Vous êtes chercheur reconnu en mathématiques, que pouvez-vous nous dire sur votre parcours écolier et étudiant depuis votre village dans le Gorgol jusqu’à votre position actuelle ? Et quels conseils pour notre jeunesse concernant les études ?

MS : J’ai suivi le parcours qui était proposé à l’époque par l’école publique mauritanienne jusqu’en terminale. J’ai fait un bac C (Mathématiques). J’ai toutefois toujours été intéressé par les matières littéraires aussi. À l’école primaire du village de Bélinabé, nous étions à une époque où nous manquions de salle de classe ; il y avait des années où on était une classe itinérante passant d’un endroit du village à un autre pour trouver un toit pour abriter nos cours. Nous avions fini par nous stabiliser sous un grand arbre non loin de l’école. Ce sont des moments inoubliables. L’école pour moi c’est donc tout cela ; c’est le contexte particulier dans lequel je l’ai pratiquée. Le collège-lycée a été le prolongement de cet univers. C’était naturel que je m’inscrive en Mathématiques à l’université ; ce qui l’était moins était le fait que cette université soit française. Je n’avais en effet aucune justification financière évidente. C’est grâce au dévouement d’un ami de ma famille que j’ai pu m’inscrire et m’envoler pour la France. Une fois sur place, on fait face à plus d’une difficulté ; mais sachant le sacrifice derrière, l’échec était non envisageable, il fallait réussir et le faire le mieux possible. Mais je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas la motivation seule qui permet d’y arriver ; cela nécessite un ensemble d’ingrédients impossible à faire une liste exhaustive mais dans lesquels les circonstances jouent beaucoup. Mes études en France ont pu bénéficier de beaucoup de bourses françaises (Bourse RATP, Bourse d’excellence du master Recherche de Cergy-Pontoise, Bourse Domaine d’Intérêt majeur, Prix au mérite en sciences de l’Académie de Paris). J’ai aussi eu la chance de faire un master recherche à Cergy où la taille humaine des groupes facilitait l’accès des étudiants aux chercheurs de premier plan dans leurs domaines respectifs. Je me souviens de mes multiples interactions avec Pr. Vladimir Georgescu, Directeur de recherche CNRS qui m’a enseigné la topologie et la théorie spectrale, et avec qui j’ai approfondi ma découverte de l’univers de la recherche en Mathématiques. Pr. Georgescu est un grand nom de la physique mathématique et passer autant de temps dans son bureau à discuter des maths et de la culture mathématique a été une chance inestimable pour moi. C’est d’ailleurs Vladimir qui m’a présenté mes futurs directeurs de thèse qui deviendront mes parents scientifiques et m’ouvriront la porte d’entrée dans la communauté. Après ma thèse, je fus recruté à University of Virginia (UVA) où j’ai fait plus ample connaissance avec le système américain. UVA a été une étape importante ; on sort de son université mère (Cergy-Pontoise pour mon cas) et on met à l’épreuve ses capacités d’indépendance scientifique déjà développées lors du doctorat ; d’un autre côté on se lance dans des collaborations. UVA a été, en plus de sa valeur intrinsèque, un avantage considérable de par sa proximité avec les autres universités de la côte est ; j’ai pu ainsi séjourner notamment au MIT et à Brown University, invité par des collègues. Imperial College London est la toute nouvelle étape que je viens d’entamer, elle s’inscrit dans la continuité des autres avec de nouveaux défis scientifiques à relever.
Je conseille aux jeunes africains de ne pas se décourager dans la poursuite de leurs rêves, et de s’investir en sciences. Cela pourrait significativement améliorer la condition de leurs sociétés et de désenclaver scientifiquement et technologiquement le continent. Beaucoup de jeunes issus de pays, sous-développés il y a quelques décennies, que cela soit d’Amérique du Sud ou d’Asie sont impliqués aujourd’hui dans beaucoup de découvertes scientifiques. Le chemin le plus court vers le développement auquel nous aspirons tant est certainement celui de la pratique scientifique.

• Question 3 : Il y a quelques années vous aviez publié un ouvrage de maths traduit en langue Peul, quelle a été sa portée académique par la suite ?

MS : L’ouvrage de Mathématiques écrit en Pulaar s’incrit dans une démarche que j’ai mentionnée ci-haut. Il s’agissait de faire avancer, sur le plan scientifique, la question de l’utilisation des langues africaines à l’école en Afrique. Je pense en effet que l’acquisition des connaissances scientifiques, que cela soit en nombre d’individus qu’en profondeur, sera bien améliorée avec un système basé sur les langues usitées par les populations dans toutes leurs affaires quotidiennes et sur lesquelles reposent leurs cultures.


• Question 4 : Récemment une communication médiatique annonçait votre recrutement auprès du Pr Sir Martin Hairer (médaille Fields 2014) à Londres, nos vives félicitations, pouvez-vous nous présenter brièvement vos nouvelles activités de recherches ?

MS : Merci pour les félicitations. C’est vrai qu’il y a eu cette communication dans certains de nos médias nationaux (vous en faites partie). Dans notre contexte national, cela prend une dimension de plus et je suis ravi que celui ait pu générer tant d’enthousiasme notamment auprès des jeunes. Pr. Hairer est un mathématicien de renom qui a réussi un tour de force monumental quand il a développé sa théorie des structures de régularité permettant de donner un sens à une classe d’équations de la physique mathématique. Mes travaux, en collaboration avec lui, porteront précisément sur cette théorie et sur quelques unes des équations en question. Il y a, en physique, des hypothèses que les mathématiciens appellent conjectures qui formulent des intuitions non encore prouvées ou qui ne le « sont » seulement que de façon formelle. Une de nos missions est de fournir des résultats mathématiquement rigoureux concernant ces conjectures.


Question 5 : Souvent vos publications sur les réseaux sociaux notamment Facebook , sont marquées d’une grande pertinence , par exemple sur les affaires politiques et sociales en Mauritanie, que faudrait-il faire aujourd’hui pour régler définitivement certaines problématiques liées au racisme et aux différentes manifestations de l’esclavage chez nous ?

MS : Merci pour le compliment ! La Mauritanie, à l’image de beaucoup de pays de la sous-région, connait des problèmes sociaux qui ne peuvent qu’interpeller quiconque intéressé par son bien-être : la condition de la femme, la condition des descendants d’esclavagisés ou dans certains cas celle de personnes encore esclavigisées, la phobie liée à la préférence sexuelle, l’extrêmisme religieux. Pour ce qui est de la Mauritanie, le système de gouvernance basé sur une préférence ethnique, et aussi le génocide militaire et civile non encore réglé qu’a subi sa population noire, peule notamment, sont autant d’urgences nationales. Il y a donc là un concours de plusieurs facteurs qui contribuent à enliser et à miner le pays sur bien de plans. La diversité de ces injustices fait que les coupables sont un peu partout : parmi les militants contre le système de gouvernance, il y a de profonds féodaux qui n’ont aucune volonté à faire changer le système social injuste qui permet l’esclavage actif ou passif. Parmi eux et aussi les militants anti-esclavagistes, on trouve des individus qui ont acté et intégré une prétendue infériorité de la femme. Et au milieu de tous ceux-là, on trouve une flopée d’homophobes. Certains militants éclairés sur ces questions sont encore timides et réticents à l’idée d’exprimer clairement leur position, par peur de la réaction de la masse. Au final peu sont résolument clairs et prêts à mettre, avec sincérité et pratique, tous ces combats sur le même pied d’égalité. Je crois qu’une des clés du problème mauritanien est qu’il y ait un front capable d’incorporer, sans hiérarchie, les luttes contre les injustices citées. Les tâches peuvent cependant être partagées, mais ce dont on ne peut pas se permettre, si toutefois l’on décidait de lutter contre l’injustice en tant que telle, c’est la sensibilité sélective face à la diversité de nos souffrances. Il est urgent que les leaders politiques et d’opinion clarifient leurs positions et qu’ils dénoncent, avec la même énergie, toute atteinte à la dignité de la femme, tout manquement à l’égalité des droits, tout acte homophobe, tout acte teinté d’esclavagisme. L’autre clé que je crois fondamentale est le passage à la laïcité. C’est, à mon sens, la seule capable de supporter de telles réformes sociales.

• Question 6 : le système éducatif est indexé pour une baisse généralisée de niveau, quels conseils pouvez-vous donner pouvant enrayer cet échec systémique qui affecte d’innombrables jeunes gens et leurs familles dans nos terroirs ruraux surtout ?

MS : Le problème de l’échec scolaire est un problème mondial. En Afrique, toutefois, il y a des facteurs propres qui y participent. Cela nous ramène à la question des langues africaines et à leur utilisation à l’école. Il est quand même inimaginable pour la France, par exemple, de placer désormais les enfants français de 5 ans, n’ayant acquis que les bases de la langue française, dans une école basée désormais sur le chinois, par exemple. Et tout cela avec interdiction d’utiliser le français. Ces enfants recommenceront donc leur apprentissage de l’environnement (dont les prémices sont déjà acquises) pendant quelques années dans une nouvelle langue ; le peu qui a pu survivre pourra apprendre les sciences et l’histoire dans cette langue ; et la sélection continue. À la fin du processus, la France perdrait énormément, son système deviendrait vite comparable à tous ces systèmes qui sévissent en Afrique. Le fait que nos systèmes utilisent le Français, l’Anglais, le Portugais ou l’Espagnol ne vient que du fait qu’ils ont été mis en place durant la colonisation. À l’époque, il fallait former surtout des interprètes ! Et donc c’était bien justifié, vu les objectifs. Aujourd’hui, les objectifs ne sont absolument pas les mêmes. Il faut former des générations pour relever des défis, beaucoup de fois, techniques. Un système qui est entièrement bâti sur une langue étrangère ne fait qu’imposer une sélection rude et inutile aux enfants en bas âge, et affecter ainsi négativement la réussite globale. L’effet sur une période longue est celui que nous constatons aujourd’hui. Donc, déjà en reconsidérant cette question des langues, ne serait-ce qu’à l’école primaire et au collège, on pourrait améliorer nettement l’efficacité de l’école. Ensuite, des mesures plus techniques viendront s’adresser aux facteurs d’échec que l’on partage avec le reste du monde.

13 juin 2021

• Entretien réalisé par KS pour le BLOG

COMBAT POUR LA LIBERTÉ « LES LÉGITIMATIONS DE L’ESCLAVAGE ET DE LA COLONISATION DES NEGRES » | Par Yaya SY (Anthropologue et Historien)


(Lire l’ouvrage de Yaya SY pour mieux saisir les origines lointaines du racisme persistant dans tous les pays, racisme lié à l’esclavage et à la colonisation).


Dans cet ouvrage, j’ai pris soin de mettre le lecteur en garde contre
tout parti-pris, philosophique, idéologique, religieux, économique,
juridique, social, culturel… face à la mise en esclavage d’un homme
par un autre.
Face à l’esclavage il y a tout d’abord la condamnation sans appel,
sans compromis ni compromission, c’est un système contraire à la
justice au droit, à la morale et à l’éthique.
Face à l’esclavage, il faut que les gens comprennent qu’un peuple qui
ne s’oppose pas à l’esclavage, à l’idée de voir ses enfants réduits en
esclavage, acceptera toujours toute autre idée de soumission par la
force et la violence. Ce peuple ne se battra jamais pour demeurer
libre.
Face à l’esclavage cinq attitudes essentielles peuvent être observées :


1°) La défense du système esclavagiste :


Les défenseurs de l’ordre esclavagiste s’appuient sur des supports tenaces : le préjugé et le stéréotype fondés sur l’altérité sont les socles historiques de la perpétuation de l’esclavage depuis des millénaires. Ensuite, nous avons le bénéfice économique, les
richesses matérielles, le prestige social, la puissance symbolique
qu’en tirent la classe des maîtres ; puis l’attachement des
gouvernants et des gouvernés à la «tranquillité de la société» ou aux 2
« traditions millénaires » (y compris de certains esclaves ou descendants d’esclaves eux-mêmes…) C’est le rejet ou le refus de la violence et du désordre, alors que l’esclavage et l’ordre ancien qu’il incarne est basé sur la violence physique et symbolique, la domination perpétuelle des uns sur les autres, la négation de l’humanité de l’esclave… Tous ces obstacles à la libération des esclaves ou des descendants d’esclaves doivent être surmontés pour faire disparaître l’esclavage et ses séquelles dans toutes les sociétés humaines. L’égalité de tous les êtres humains et la solidarité citoyenne annoncent le devenir de l’humanité, elles sont indépassables, n’en déplaise aux esclavagistes d’hier et d’aujourd’hui.
En Afrique à ces difficultés intrinsèques à tous les esclavages,
s’ajoute l’idée que nous devons renforcer l’unité nationale et l’unité continentale ; les Africains sans esprit de revanche ni amertume,
doivent ériger et renforcer la conscience historique d’appartenir à un peuple indivisible (dominé depuis plus de treize siècles) qui n’a désormais de références et de référents que les valeurs et les héros venus d’ailleurs… L’Afrique s’est oubliée, elle ne réfléchit et ne parle qu’en étrangère à elle-même.
Nous devons labourer nos propres champs de la liberté pour y récolter les fruits de la prospérité spirituelle et matérielle.
A tous ceux qui ne veulent pas se débarrasser de l’esclavage et /ou
de ses séquelles, il faut ajouter d’autres attitudes et comportements humains face à ce fléau :


2°) L’indifférence :


l’indifférent se dit : tant qu’on n’est pas directement concerné, la terre tourne rond, on a rien vu, rien entendu, tout va bien dans le
meilleur des mondes… C’est une attitude très répandue, elle est souvent liée à la peur de se mouiller, à l’égoïsme, ou au manque de discernement.


3°) La déploration :


on sait que l’esclavage existe, on en fait le constat, mais on se dit que
la réalité étant ce qu’elle est… on ne peut rien y faire, ni rien y changer, les choses ne peuvent évoluer par quelque moyen que ce soit. C’est l’attitude des défaitistes, des fatalistes et des paresseux (c’était l’attitude de beaucoup de philosophes et de savants du
« Siècle des lumières » comme Helvétius, Montesquieu, Voltaire, A.
Smith, voire Diderot). Celui qui adopte une telle attitude ne veut
souvent pas regarder l’ensemble du problème, il se contente généralement d’une analyse molle, parcellaire ou morale. Ce qui compte à ses yeux c’est sa tranquillité d’esprit.


4°) La critique :


c’est le point vue de celui qui a bien analysé et bien réfléchi à tous les
aspects de l’esclavage. Il pose comme postulat une dé-légitimation morale (souvent basée sur le religieux), ou éthique basée sur une condamnation rationnelle de l’institution. L’esclavage est pour lui contraire à la vraie justice, au bien être et à l’intérêt de l’humanité.
L’esclavage doit être détruit. Mais pour cette catégorie de penseurs
l’esclavage est abstrait ; on ne cible pas par exemple l’esclavage des Nègres comme système contemporain des « Lumières » qu’il faut détruire immédiatement dans la réalité. On s’en tient à des principes généraux aristotéliciens ou platoniciens alors qu’au XVIIIe siècle plus de 6 millions de Nègres enchaînés à fond de cale traversent
l’Atlantique sous les yeux des plus grands esprits d’Occident : dans
cette catégorie on a des hommes comme le Chevalier de Jaucourt, Rousseau, Locke, Hutcheson, etc. Ils ont fouillé tous les aspects
philosophiques, économiques, juridiques, sociaux, psychologiques, etc. du problème pour finir par reconnaître : qu’un homme libre ne peut ni se vendre, ni vendre ou acheter un autre homme.
Qu’esclavage, justice et droit sont antithétiques ; qu’esclavage,
morale et éthique sont incompatibles.
Cette catégorie d’hommes ont beaucoup critiqué l’esclavage en
général, ils en ont cerné les contours théoriques et pratiques sans pour autant les dénoncer tous, sans pour autant se lever pour agir concrètement contre la mise aux fers des Nègres d’Afrique, la plus
grande déportation humaine de l’histoire qui se déroule sous leurs
yeux au XVIIIe siècle.


5°) Le combat


contre l’institution esclavagiste :


L’esclavage est une infamie, un scandale en lui-même dont la
disparition est une exigence absolue et incontournable. Il relève du
vieux monde dont la disparition inévitable est annoncée.
Aux esclaves combattants en première ligne de tous les champs de bataille nous disons Honneur et respect. Honneur et respect pour les
Africains déportés dans les quatre coins du monde et qui sont les
premiers guerriers tombés dans l’action quotidienne, qui ont donné
leur vie dans un combat silencieux, sourd, enfoui dans l’oubli et le
déni, invisible des historiens surgis des rangs des vainqueurs, invisible
de l’histoire orale d’une Afrique à la mémoire dominée ; morts sans
visage sur les routes intérieures de la déportation, sur les routes
désertiques, sur celles des forêts, sur celles invisibles mais bien plus
cruelles des Océans et des Mers ; routes-cimetières aux vagues incandescentes, aux caveaux invisibles mais insatiables de chair humaine. Gloire à vos éclaireurs, à vos martyrs, à nos lumières
éternelles, à la Reine Nzinga coupe-coupe des forêts impénétrables du Kongo, à Harriet Tubman transporteuse d’espoir, à Frédéric Douglas, à Toussaint-l’Ouvreur des mille voies de la liberté, à Louis Delgrès et à sa reine Solitude morts au champ d’honneur à Matouba dont le cri de guerre, résonnera dans nos oreilles pour l’éternité : « Vivre libres ou mourir ». A tous ceux que je n’ai pu citer mais qui sont au coeur de ce texte restreint.
Honneur et gloire à tous les Africains morts dans les quilombo et les mocambo du Brésil, les palenque de Cuba, les cumbe du Venezuela tous ces villages créés par des Nègres assoiffés de liberté, dans les marécages, les montagnes escarpées et les forêts primaires loin des plantations esclavagistes mortifères, au prix de leurs vies. Gloire à vos leaders courageux, intrépides et éclairés qui ont défriché les chemins de la liberté pour tous les Africains et toute l’humanité.
Gloire et honneur pour les millions d’esclaves africains à travers le
monde qui ont décidé de passer à l’action sous quelque forme qu’elle soit pour faire cesser cette pratique abjecte et déshumanisante qu’est l’esclavage. Ils sont passés de la critique en roue libre à la
lutte et au combat quotidien sur tous les plans, sur tous les fronts,
pour mettre fin à l’institution esclavagiste : action guerrière,
politique, juridique, économique, sociale, action visible, action
invisible mais toujours réelle, etc.
Ils refusèrent tous la mort physique et sociale de l’être humain à
travers le crime d’esclavage. En Occident on peut ajouter quelques noms célèbres qui ont rejoint
le combat des Nègres et l’ont prolongé en Europe et dans les
colonies ; cependant, ces noms et institutions ne peuvent et ne
doivent occulter le centre du brasier occupé par les esclaves en lutte
quotidienne contre l’ignominie de l’esclavage.
Citons pêle-mêle Wilberforce 1888 en Angleterre, l’Abbé Grégoire en
France (au combat de 1789 à1731 soit 42 ans de lutte contre
l’esclavage), Polverel, Sonthonax, Robespierre, Danton, la Convention nationale et tous les acteurs de la première abolition de février 1794 ; les Quakers ou la « Société religieuse des Amis » fondée par George Fox au milieu du XVIIe siècle en Angleterre qui a poursuivi son combat anti-esclavagiste aux USA, Condorcet, Turgot (dcd en 1781), Necker, Malesherbes ; le Girondin Brissot (Société des Amis des Noirs fondée en 1889, ils sont plutôt pour la libération des esclaves par paliers… ce sont des « gradualistes » qui sont pour la plupart partisans de la conservation des colonies avec des Nègres libérés et « civilisés » par étape…).
Parmi les acteurs de la Révolution de février à mai 1848 qui ont
procédé à la seconde abolition, certains dont le Sous Secrétaire d’Etat de la Marine et des colonies, Victor Schoelcher (sont pour la
libération des esclaves mais pour la conservation des colonies…), sont
actuellement contestés comme seuls libérateurs des esclaves des
colonies. La lutte des esclaves doit être selon eux, prise en considération, Saint-Domingue s’est libérée, partout dans la Caraïbe
les luttes de libération s’exacerbent, en Martinique et en Guadeloupe
le décret du 27 avril 1848 est arrivé après la libération des esclaves
suite à la révolte des esclaves du Nord de la Martinique. Plus généralement, la fin des déportations et de l’esclavage est un combat de longue haleine qui commence dès l’attaque d’un village africain, se poursuit dans les chemins tortueux de la captivité, ensuite dans la mise en esclavage et jusqu’à nos jours.
En effet, après toutes les libérations, réelles, formelles et institutionnelles, il faut aujourd’hui libérer les esprits des descendants d’esclaves et ceux des maîtres. Il faut déconstruire et traiter l’esclavage et la colonisation dans les têtes et dans les « signes » visibles ou ténus de la société réelle…
Bien que l’hydre a pris de nouvelles formes, aucun pays, aucune
institution ne peut plus se prévaloir de pratiquer ou de défendre
ouvertement l’esclavage sauf en Afrique chez quelques groupes
relégués en marge de l’évolution du monde moderne, en marge de
l’éducation, de l’instruction, de l’égalité citoyenne, de la liberté, du droit national et international (comme au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Nigeria et dans certains autres pays d’Afrique de l’Ouest…).
L’Afrique ne pourra pas faire l’économie de l’éradication de
l’esclavage et de l’idée de réduire son prochain en bête de somme.
Pour faire peuple, les Africains doivent cheminer vers l’égalité
citoyenne, le respect de chaque être humain en Afrique.
Tant qu’un seul coin d’Afrique acceptera encore de faire de ses
enfants des esclaves intérieurs, il acceptera volontiers de les vendre
aux puissances étrangères d’une manière ou d’une autre.
L’Afrique doit se battre pour sa liberté, elle doit rapidement
apprendre à « faire peuple » pour défendre ses intérêts vitaux.
Alors, dès aujourd’hui cessons de «danser au Carnaval des autres »,
comme l’a si bien dit A. Césaire.


Yaya SY (Anthropologue et Professeur d’histoire, 08-06-2021).

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur – 9 juin 2021

Une Mauritanie hypocondriaque : J’ai mal à ma Mauritanie | Par Salihina Moussa Konaté



C’est avec une profonde tristesse que j’évoque ce fléau qui gangrène le cœur d’une société dont le troisième pilier de sa religion est la « Zakat » qui signifie « l’aumône obligatoire purificatrice». Cela éclaire, sans doute, davantage mes lanternes sur l’hypocrisie d’un grand nombre de mes coreligionnaires qui prétendent aimer Allah et pourtant ne prennent pas graine de ses injonctions. Des hommes dont les actes sont en permanence aux antipodes d’une religion qu’ils feignent d’aimer avec ferveur.
Il est presqu’impossible de rester de marbre face à la situation du 3/4 de la population qui vivent en loque dans la précarité sans subvention. Qui grelottent de faim, de froid et de l’effroi ; dont certains s’éteignent silencieusement d’inanition. J’ai mal à ce pays qui m’a vu naître et grandir comme j’ai mal au cœur quand j’observe avec un œil contemplatif ces pauvres gens qui font flèche de tout bois en vain, chaque jour, pour mettre du beurre dans les épinards. Ils ont beau remuer ciel et terre, ils ne s’en sortiront pas. Parce qu’ils sont condamnés par des politiques à tirer sans trêve ni repos le diable par la queue.

J’ai vu un homme au regard piteux dont je vais taire le nom de sa communauté, fixer le ciel comme pour lui reprocher quelque chose. J’ai eu envie de lui dire que le ciel n’est point responsable, n’y est pour rien de son misérable train de vie. Il travaillait comme un bagnard cependant, il ne gagnait que 3000 MRU (équivalent de 68€) par mois.
Je le voyais toujours à Kouva car il habitait là-bas. Kouva : un bidonville méconnu de nos responsables politiques. Oui, méconnu, car je ne connais pas un seul président qui a mis le pied dans cet endroit.

Dans ce bidonville, j’ai vu également un couple avec leurs 4 enfants partageaient une baraque de 4 m sur 3,5. Un homme gueux comme un rat d’église. Il se réveille aux premières lueurs d’un potron-minet pour aller à la quête de sa pitance journalière. Quelquefois, il fait la manœuvre pour avoir de quoi sustenter sa famille.
Des misérables, des damnés de la terre, j’en rencontre presque partout dans cette ville séparée par une invincible cloison invisible ; avec des opulents d’un côté et des indigents de l’autre.

La misère est sans nom au sein de ce pays. Alors je souffre de cet espace géographique hypocondriaque où les humains sont traités comme je ne sais quoi au nom d’on ne sait quoi. À défaut des qualificatifs adéquats, je dirais, comme des immondes.
Je me meurs de la souffrance de ce corps affecté que l’on refuse de soigner les balafres, que l’on observe passivement l’éclat de son âtre tirer à petit feu sa révérence.
Que restera-t-il de ma Mauritanie dans dix, vingt ans ? Plus d’humanisme ? Un taudis où croupissent des hommes sous la férule d’une fatale injustice ?

J’ai mal à ce pays où une myriade de jeunes gens traînent, déambulent sur les trottoirs pour recourir la générosité des passants. Ces enfants qui n’ont pas choisi de n’être des enfants de personne. Ils marchent nu-pieds. Souvent lapidés par les frimas, ils tremblent de froid. Ce sont des abandonnés, sans doute, des laissés-pour-compte, somme toute. On les fait tourner en bourrique. Quelques abrutis leur demandent de chanter avant de jeter un jeton dans leurs sébiles. Amère, la vie de ces condamnés aux enfers telluriques !
Où sont ces sans-cœurs qui les ont mis au monde ? Sont-ils sereins en sachant que leurs enfants dorment à la belle étoile souvent dans la rue ?
On ne peut au moins du monde l’être, à moins qu’on soit une victime des textes fallacieux qui nous promettent le paradis dans l’autre monde en échange de l’abandon de nos progénitures. Dieu n’aime pas les parents qui abandonnent leurs mômes. Et pourtant nous prétendons les faire en Son nom.
Abandonner les anges, laisser mourir les pauvres, si c’est cela ta religion chère Mère donc je suis un renégat.
Heureusement, la paix est la seule religion de Dieu. Elle, seule, mérite égard.

L’insoutenable, c’est aussi, le sort de ces enfants que je rencontre chaque jour à Neteuk comme un peu partout dans la ville ; ces enfants éboueurs qui méritent une place sur les bancs des écoles. Cependant, à cause du non-respect de la Charte de l’article 26 de la déclaration onusienne qui stipule que : « toute personne a droit à l’éducation. » Et aussi de l’article 11 de la Charte Africaine et les droits de l’enfant qui encourage la fréquentation des établissements scolaires et invite les États à assumer cette responsabilité.
Sommes-nous dignes d’appartenir à la communauté mahométane ; quand Mohammed(PSL) lui-même affirme que : l’acquisition de la science est une obligation qui incombe à tout musulman et à toute musulmane ? Ou bien, de notre islam, il ne reste que le nom ? La forme ? Hélas, tous les matins, ils grimpent des charrettes pour aller chercher de quoi mettre sous la dent au lieu d’être dans des temples du savoir pour faire leurs humanités.

Les conditions de vie de ces hommes et femmes de Mendez, de Melaha, de Toujinine et tutti quanti, pour ne citer que ceux-ci me laissent coi et me portent à croire que l’âme de ce pays est entachée. Car il est plus qu’absurde de voir dans une république islamique des hommes qui souffrent de la famine pendant que d’autres roulent sur l’or et regardent insensiblement leurs frères et sœurs tenaillés par la faim. A-t-il la foi, celui ou celle qui dort le ventre plein sachant que ses voisins n’ont pas de quoi à tromper leur faim ?

J’abhorre cette maladie mortelle qui consume l’âme de cette patrie dont je me donnerais avec autant de persévérance comme un sacerdoce ministériel pour soigner ses blessures.

Une humanité se dégage des oripeaux de cette morale qui s’effrite, c’est pourquoi il m’est interdit le généralisme. Quelques Abû bakr Saddiq sont encore vivants, et donnent de leur bien à ceux qui vivent d’expédients, aux indigents.


J’ai appris récemment via un blog que le Président de la République avait donné des assurances maladie aux pauvres. Certes, un acte qui mérite d’être salué.
En effet, si la voix d’un jeune pauvre et désarmé peut avoir une considération, fût-elle infime, Mr le Président de la République, j’aimerais que vous sachiez que donner les assurances maladie aux pauvres, c’est bien, mais les nourrir, c’est mieux, car les pauvres de ce pays ne sont pas malades, ils crèvent de faim. Une myriade des pauvres qui languissent sur les lits des hôpitaux souffrent de la cadence des vitamines.

Ces invalides, lapidés par le vent et dont le soleil porte en ébullition leur cerveau ne méritent-ils pas une assistance ? L’État n’est pas censé les prendre en charge ? La réponse est obvie. Je suis envahi par une profonde contrition de constater qu’il ne demeure de la devise de ce pays que des mots sans signification réelle ou concrète dans le quotidien.
Aucun peuple ne peut prétendre avoir l’honneur quand ses faibles ne sont pas mis à l’abri et protégés puisque la grande d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses pauvres ; ni ne peut se prétendre juste quand ses biens communs sont dilapidés par un groupe de gens pendant d’autres vivre dans un dénuement sans nom. Et la fraternité est sans signification là où les hommes se regardent en chiens de faïence. Et se font des sourires sardoniques.


Nous avons beau rêver d’une Mauritanie juste et équitable, cependant, tant que nous ne nous réveillons pas de notre léthargie, ces rêves ne demeureront que des simples défilements d’images comme on regarde la télé. Beau, certes, mais cela n’a aucune incidence sur le progrès de notre pays. Réveillons-nous.

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur.

Kagamé/Macron: parallélisme des formes ou imitation de forme? | Par Mr Ba Bocar Oumar



Nous avons été nombreux à nous féliciter de l’accueil de Macron à sa descente d’avion à Kigali par un ministre envoyé par Paul KAGAME. Pour nombre d’africains, et dans le contexte d’un panafricanisme ragaillardi ces dernières années, ce geste constituerait un symbole de souveraineté et de fierté qui tranche avec les traditionnels youyous auxquels nous avaient habitués les autres présidents africains à l’occasion de l’arrivée de chefs d’états occidentaux en terre africaine.

Je ne résiste pourtant pas à l’envie d’aventurer une autre lecture de cet événement qui m’agite tous ces jours-ci. Sans rien enlever au courage de KAGAME et au style décomplexé qui fait à juste titre la fierté de nombre d’africains, gardons tout de même à l’esprit que, comme cela a pu être rappelé, dans le protocole français, tout chef d’état, quel qu’il soit, est accueilli sur le perron de l’Élysée, et non à sa descente sur le tarmac. Ce qui tranche naturellement, pour ceux qui connaissent les traditions africaines d’hospitalité, avec les formes d’accueils que l’on peut observer en terre kémite.
J’ai toujours en souvenir en disant cela, dans ma ville de Kaëdi, ces processions de femmes du quartier historique de Touldé, armées de bol et faisant tout un tintamarre pour accueillir à l’aérodrome un des leurs débarquant du DC4 d’Air Mauritanie. Il s’agit là d’une authentique tradition africaine d’accueil. Et il me semble que ce c’est cette tradition qui transpire dans le protocole d’accueil de la plus part des états africains. Bien sûr, restera à repenser comment l’hôte, notamment lorsqu’il s’agit de l’ancien colonisateur, pourrait interpréter cet enthousiasme populaire…

Mais il y a tout de même lieu de se demander, si au nom du parallélisme des formes, nous devons abandonner nos traditions d’accueils qui ne font que témoigner de ce qu’authentiquemrnt nous sommes.

Abandonner cette tradition pour nous caler au protocole français, n’est-il pas encore une fois une imitation (fut-elle au nom de la souveraineté), et donc un signe de dépendance?

N’avons-nous pas d’autres espaces de souveraineté à réaffirmer, autres que ceux qui nous font encore une fois imiter ceux qui nous méprisent justement pour cela?

Ce sont-là des questions que je pose. Mon opinion sur la question n’est pas encore vraiment faite.

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Face au racisme et à l’exclusion : Existe-t-il un peuple politique mauritanien ? | Par Boulaye Diakité

Pas nécessaire d’être sociologue, juriste ou politologue, il suffit d’un simple regard : un arrêt sur une image des supporteurs d’un match de foot et une image de nos institutions (éducation, santé, etc.) dites de la république de Mauritanie. Rousseau disait ceci dans son contrat social « avant donc d’examiner l’acte par lequel un peuple élit un roi, il serait bien d’examiner l’acte par lequel un peuple est un peuple ». Un peuple n’est pas qu’une agrégation d’individus fascinée par un chef chauvin – un peuple n’est pas qu’aussi une population où un peuplement d’un territoire – le peuple enveloppe l’unité et la pluralité. Il est une association d’individus de s’accepter à vivre ensemble sur un territoire soumis aux mêmes lois et appartiennent aux mêmes institutions politiques.

On n’y trouve différentes catégories des peuples sur le territoire mauritanien, certains n’appartiennent pas aux institutions et tandis que d’autres oui. D’autres sont expropriées, privé de leurs identités juridiques, réduits en des étrangers sur leurs propres sols. Et enfin, une catégorie choisie et institutionnalisé. Les architectes de ce choix ne font rien au hasard ou par simple coïncidence, il s’agit bien d’une volonté, je dis bien une volonté politique.

L’urgence aujourd’hui est de dire à ses hommes qui ont pris ce pays un otage par les armes et trahis, qu’ils seront vaincus.
À l’heure où se trouve la dégradation de l’unité nationale, la question n’est plus à la négociation. L’urgence est la construction de l’unité nationale autour de nos valeurs communes et la reconnaissance de l’ensemble de nos communautés culturelles sans les « nous » et « eux ». La reconnaissance n’est pas négociable, me reconnaître, te reconnaître, je suis comme je suis tu es comme tu es.

Si nous ne voulons ou ne souhaitons pas vivre ensemble, il est aujourd’hui, urgent et temps de faire scission et prendre l’indépendance du sud de la Mauritanie.

Je constate sur ce territoire appelé la Mauritanie vive une population de tous contre tous pris un otage des intégristes nationalistes, des voyous, des bandits, des criminels. On assiste à un nomadisme politique sans précédent.

L’existence sociale mauritanienne est fragmenté au point qu’il n’y a plus d’espoir d’unité nationale. Des factions rivales qui s’échangent le pouvoir par des méthodes voyous.

Coexister ou vivre ensemble n’est pas limité les droits et les libertés uns et l’inverse pour une catégorie. Coexister et vivre ensemble, s’est reconnaître et garantir les libertés civiles aux mêmes titres en terme de culture, de langue et des droits.

La population mauritanienne qui lutte pour rétablir ses propres maux sociétales ailleurs tandis qu’elle attend la libération du divine chez elle. L’existence, ici ou ailleurs ne se donne pas, elle s’arrache par la lutte.

Le racisme d’état mauritanien n’est pas naturel mais construit socialement et volontairement. Le peuple mauritanien est tellement habitué et socialisé à vivre l’injustice, le racisme et l’exclusion et ne s’en rende même plus compte. La légalisation des conditions sociales est une exigence et non négociable.

Cette politique de spectacle, nous n’en voulons plus. Le mauritanien lambda se manifeste selon les nombres des nominations de sa famille, ses proches, sa communauté, ses amis et sa tribu. L’existence de soi n’a plus aucun sens, le citoyen a perdu le courage d’exister.

Les nationalistes (nasséristes et batthistes) et les lobbys religieux ont légitimé les inégalités sociales, politiques et économiques. Les nationalistes font appel à la pureté de la race. Les lobbys religieux se réfèrent à d’autres raisons extérieures à la société et à la vie humaine. Les religieux légitiment tout par des lois et des ordres surnaturelles et se donnent l’autorité d’être les gardiens des lois divines. Il faut avoir le courage et affronter pour exister, être hostile aux racistes, aux intégristes nationalistes, aux lobbys religieux. Il est temps que nous arrêtions de mendier les droits des noirs en Mauritanie. Le courage, pour une existence.

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C’est avec un réel sentiment de responsabilité que je vous expose l’intérêt et la nécessité de déblayer le sujet “la citoyenneté”. | Par Tidiane Diarra


De toutes les urgences légitimes auxquelles notre pays fait face , la problématique de la citoyenneté et de la paix dans son approche la plus complète apparaît comme la plus urgente de toutes.
Tout d’abord , parce qu’elle incarne toutes les dimensions fondamentales du système démocratique consacrées par nos textes fondateurs et de leur philosophie substantielle.
Ensuite cette question de la citoyenneté recèle en elle toutes les caractéristiques , tous les préalables et tous les ressorts de notre idéal national et de notre vouloir vivre ensemble dans la paix et la liberté.
Enfin la problématique de la citoyenneté est ce qui exprime le mieux dans notre pays. L’impuissance morale , structurelle et fonctionnelle de l’état d’une part et d’autres parts la fragilisation brutale et suicidaire de l’ensemble du corps social et politique. Qu’est ce que parler de la citoyenneté? C’est :
1) aborder la problématique des droits, des libertés et des devoirs du citoyen dans son rapport à l’état, la société et d’autres citoyens.
2) pointer du doigt nos obsessions ethniques et identitaires qui sont devenues de véritables dynamiques perverses de notre désintégration nationale et politique
3) parler de la paix démocratique et de la cohésion pacifique dans la société avec des droits égaux , des libertés égales et une justice effective.

Chers compatriotes le constat est sans appel, convenons en, la réalité est brutale, le communautarisme identitaires et ethniques menacent gravement notre chère patrie, sa démocratisation et sa paix sociale .
L’ethnicisme politique et instrumental, le régionalisme et le clientélisme sont devenus notre handicap majeur et une vulnérabilité inquiétante de la paix sociale et la stabilité crédible de nos institutions.
L’évidence est douloureuse mais palpable, nous avons dans notre pays un manque criard et destructeur de citoyenneté, de culture de civisme, de culture démocratique et de facteurs démocratiques.

Le constat, nous devons tous le reconnaître en toute honnêteté y mettre les mots et le langage qu’il faut et y faire face avec ténacité et intelligence car lorsque les mots ne disent pas réels, le langage perd sa valeur, la politique son sens.
À défaut nos mots deviennent incompréhensibles, inefficaces et sans sens…et la parole publique creuse et inaudible.
Voilà les signes du désastre annoncé.

Qu’Allah nous vienne en aide.
Qu’Allah béni les justes & Ma Mauritanie.

Tidiane Diarra
Inchiri/Mauritanie.

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🔴 Nos contradictions transversales face aux différentes injustices dans le monde | Ces miroirs fuyants à tous les étages .

Certains milieux muslim en France vivent une bipolarité terrible sur certains sujets géopolitiques et les travers racistes au sein de la communauté. Par exemple un afro musulman français qui s’excite outre mesure sur « l’affaire Palestine » est vu en champion de « piété » mais s’il indexe bruyamment le racisme anti Noirs dans certains pays arabes, on dirait qu’il est diviseur de la Oumma. Il y en a qui sont indifférents tout simplement quand un joueur Noir subit les cris racistes dans un stade européen et surtout s’il n’est pas musulman en plus…!

S’ils voient un afro converti un peu exhibitionniste, ils en font leur « mamelouk » prisé « anti-blanc » dans toutes les sauces virtuelles , mais de l’autre côté ils sont foncièrement adeptes de thèses d’un influenceur comme Bassem qui distille un racisme de plus fourbe à l’endroit de Noirs. Souvent avec certains collègues natifs d’ici d’origine maghrébine, je leur dis, vous et moi, nous pouvons vivre des comportements fragiles et injustes venant du monde environnant à « dominance blanche » ici mais il suffit qu’on aille de l’autre côté de la Méditerranée, je vivrais seul d’autres comportements similaires sinon plus graves encore.

Un autre tiret sur ces contradictions qui nous habitent, certaines mentalités féodales chez nous peuvent compatir avec les Afro-américains , les palestiniens, les peuls maliens, les noirs mauritaniens…et être des grands défenseurs des coutumes esclavagistes et discriminatoires (érigées en traditions sacrées) qui prévalent dans l’intra-muros communautaire . Ces derniers temps, il a été relevé que l’imam référence et officiel du gouvernement mauritanien aurait tenu dans sa Kutba de la prière de l’Aïd à Nouakchott devant la crème des hautes autorités, des propos limite apologétiques de l’esclavage (considéré comme crime contre l’humanité). Finalement, rien d’étonnant car s’agissant du discours religieux esclavagiste dans nos pays sahéliens, on entendrait le même fond qui légitime socialement la catégorisation des croyants (hommes libres & esclaves) sans aucune approche de contextualisation liée à l’histoire et aux temps. Le grand imam arabo-berbère a dit sur les conditions de zakat El-fitr ce qu’un autre imam soninké, peul ou diakhanké dirait pareillement devant ces ouailles en circonstances similaires en ce plein 21 ème siècle .

– KS pour le BLOG

Cridem Culture – L’acteur culturel, journaliste et écrivain Bios Diallo publie un nouveau recueil de poème : La Saigne, aux éditions Le Manteau & la Lyre OBSIDIANE, 2021


La Saigne est un chant ample, clair, généreux. Son rythme, sa scansion sont brefs, alertes. Bios Diallo a la science des vocables éruptifs et inventifs. Le recueil de poèmes se fait l’écho d’une Afrique saignée par l’immigration à risques et minée par des troubles politiques, l’intolérance, les conflits identitaires et religieux.

Le poète les passe en revue au prisme de sa propre vie. Ainsi, l’invasion de Tombouctou en 2013 fait ici l’objet d’une louange à la cité médiévale, où s’est inventé l’amour des hommes et du savoir.

Bios Diallo nous offre son cœur « sans reddition », sans orgueil et non sans panache. C’est le sens du renversement qu’il fait subir au substantif saignée. Le verbe s’y fait entendre, qui agit puissamment en nous.

L’auteur

Né à Sélibaby, dans le sud de la Mauritanie, Bios Diallo, journaliste de son état, dirige à Nouakchott depuis 2010 les «Rencontres littéraires Traversées Mauritanides », qui accueillent chaque année des écrivains du monde entier. Il est auteur de deux recueils de poèmes et d’un roman, ainsi que d’un essai.

Il a eu le privilège d’interviewer en 2002 à Fort-de-France Aimé Césaire pour la Revue de l’Intelligent. Il a aussi collaboré à Césaire et nous, un ouvrage collectif (2003). Lors de la crise malienne de 2013, il participe au recueil Voix hautes pour Tombouctou avec Vrilles à Tombouctou, un cri d’indignation pour la ville assiégée.

La crise des migrants en 2018 le fait participer au collectif Au Cœur de l’errance, publié par les Editions Chèvre-Feuille Étoilée au profit des réfugiés. Il renouvelle son éloge au peuple malien en 2020 avec Poèmes à un jeune soldat inconnu. Recueil en hommage aux soldats disparus (ouvrage collectif).

Source : https://cridem.org/C_Info.php?article=745100

PS: Photo Amy Sow

©️ Crédit source : https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10226371395257476&id=1420516501

Frère Hacen Lebatt : l’émotion prend le dessus c’est symptomatique ! | Par Gaye Traoré



Suite à la publication de Docteur BA Mamadou Kalidou professeur de lettres à l’université de Nouakchott ALSRYA , vous avez manifesté votre indignation ainsi que bon nombre de nos compatriotes entre autres férus du panarabisme chauvin et du bathisme sanguinaire .
Monsieur Ba mamadou Kalidou , puisque c’est de sa publication qu’il est question n’a fait qu’exprimer son opinion et pour un universitaire c’est de bonne guerre .N’oublions que notre frère BA Mamadou n’est pas le seul universitaire à exprimer ses idées , Ely O/ Sneiba exprime ses idées qu’on soit d’accord avec lui ou pas il a droit d’exprimer ses idées même fardées de quelques insultes à ma mémoire ou à notre mémoire collective .C’est la liberté d’expression !
Nous avons reprochés aux régimes passés leur atteinte à nos droits fondamentaux y compris celle de la liberté d’expression , vous homme de médias ne devrait l’avoir à l’esprit cela quel que soit votre détracteur , quel que soit la funeste réalité de la géopolitique au Moyen-Orient en l’occurrence la sauvagerie de l’Etat d’Israël vis-à-vis de la population palestinienne .J’aime répéter dans mes publications sur les réseaux sociaux la phrase suivante : « on ne fait pas du militantisme des droits humains à la carte » en un mot pas de paliers ni de cases en matière d’atteinte aux droits et à la dignité humaine.
Cher frère beaucoup d’entre nous font de la défense des droits à la carte et là est notre faiblesse , là est notre manque de lucidité , c’est à ce niveau que se situe une absence de cohérence dans nos principes et convictions .J’aurai aimé vous voir déconstruire par force d’arguments l’opinion de ton frère Ba Mamadou kalidou , avec références scientifique ainsi les esprits éclairés , la communauté académique n’en serait que satisfaite et grandie. Par ailleurs vous devriez est solidaire de votre frère Ba Mamadou Kalidou dans sa douleur , il a de la matière pour parler de ses drames familiales !Peut être que ce soutien lui fait défaut , votre solidarité lui fait défaut !
J’ai lu d’autres frères traiter de façon emphatique monsieur Ba Mamadou kalidou en le qualifiant d’être un haineux vis-à-vis des arabes , arrêtons ce terrorisme intellectuel de grâce et je connais le procédé je me permettrai quelques digressions avant de me rappliquer :


-Quand on critique la politique de l’Etat d’Israël que je ne confonds point avec le peuple d’Israël et le peuple juif , il arrive que l’on nous taxe d’antisémitisme ce n’est pas Pascal Boniface qui me dira le contraire .Car il y a des juifs aussi qui ne sont pas d’accord avec la politique de l’Etat d’Israël c’est à mentionner et c’est tout à leur honneur !
-Quand on veut critiquer la proposition des lois sur le séparatisme en France , on nous taxe d’islamo-gauchisme !
-Quand on critique l’Etat mauritanien certains entretiennent exprès et de manière confuse que nous nous attaquions aux maures .
Chers compatriotes prenons de la lucidité , de la cohérence dans nos actions diverses et de la maturité tout court .Ce que l’on reproche à monsieur Ba Mamadou Kalidou est ailleurs : parler de la similitude dans la souffrance et dans la résilience de son peuple avec celui du peuple juif sous l’angle strictement historique dans un contexte géopolitique funeste au Moyen-Orient . Peut-être le mot similitude a eu un autre sens académique d’où tant de convulsions et de spasmes ! Par honnêteté intellectuelle ne nous plaisons pas dans l’amalgame , il y a des juifs qui ne cautionnent pas du tout la politique étatique d’Israël et une petite recherche sur la toile permet de renforcer cette certitude .Dans le peuple juif il y a diverses sensibilités politico-religieuses ceci est à mentionner !Se sentir solidaire du peuple juif par un passif historique chers frères et sœurs ne veut pas dire soutenir la politique coloniale et destructrice de NETANYAHOU .Soyons plus fort que nos émotions !
La lucidité de ne pas se laisser submergés par les émotions , cette même émotion nous le trouvons dans d’autres communautés religieuses extra-européennes en France quand l’Etat d’Israël subit les tirs de roquettes de la part du Hamas ou Hezbollah .
De la cohérence , de la maturité et surtout de la lucidité pour mettre fin à nos indignations sélectives parfois partiale : les pauvres paysans de la vallée méritent le soutien des « justes mauritaniens sinon des frères mauritaniens», les veuves et les orphelins des années de braises , les créanciers du « Madoff mauritanien » ; les dilapidations de nos deniers publics , les recrutements scandaleux et discriminatoire méritent notre sursaut patriotique commun au-delà de nos tribus , de nos clans , de nos castes , de nos couleurs et ethnies y compris ceux qui sont victimes de leur déterminisme de naissance . Nous sommes prisonniers des idéologies qui ne sont plus en vigueur sous leurs cieux d’origine et c’est notre vivre-ensemble qui en prend un coup jour après jour .

Ayons ce sursaut patriotique en la mémoire des pères de cette nation


Le constat plein d’amertume est le suivant : Certains de nos compatriotes sont plus sensibles à la cause arabe que la cause nationale et cela a créé un déséquilibre au sein de la composante nationale et ce déséquilibre ne peut être réparé que par le fils et fille de la Mauritanie. Le jour où je vois dans les rues de Nouakchott la Mauritanie diverse revendiquer ses droits , le jour où je vois la Mauritanie dans sa diversité occuper les rues de Nouakchott et des autres villes pour une injustice subie par des compatriotes mauritaniens tout court alors vous verrez que nos dirigeants seront au rendez-vous de nos attentes .Un député qui pleure le malheur des autres peuples , cela est tout simplement humain mais quand un député soit insensible aux malheurs de sa propre population cela relève du renoncement !
Le combat pour la libération du peuple palestinien ne peut être nié par Ba Mamadou Kalidou , comme par ces juifs qui militent pour la fin de la colonisation de l’Etat d’Israël bien que faibles et réduit en silence par les sionistes .

D’ailleurs tous les peuls ne sont pas musulmans , Des peuls de Niger sont appelés « woddaabé  » ou bororo , qui sont animistes pour beaucoup , ils venaient jusqu’en Mauritanie (Guidimakha) ! La ressemblance c’est la souffrance , il a été clair Ba Mamadou Kalidou ce sont les similitudes dans la résilience et la souffrance cher frère Hacen Lebatt.
Et s’il faut mettre en avant la solidarité islamique , les musulmans centrafricains sont les oubliés de notre solidarité islamique mauritanienne quand ils se faisaient égorgés et brûlés vifs , je vois ici des esprits étroits dirent : « ils ont été égorgés par leurs propres frères noirs » ce ne serait que du déjà entendu !
Cher frère Hacen Lebatt , votre réaction est la manifestation de ce problème de « vivre-ensemble » et voici ce que je lis en filigrane dans votre réaction au-delà de toute émotion : « que nous soyons à l’unisson dans notre indignation manifestée , dans notre joie exprimée, dans notre condamnation et notre sentence. » Pour cela il nous fait construire une conscience citoyenne mauritanienne laquelle conscience ne jetterai en pâturage un frère pour une divergence d’opinion , vous êtes très bien placé pour jouer un rôle majeur .
Le peuple palestinien a besoin de soutien , qu’il trouve ici toute ma compassion et ma solidarité !


Traore Gaye
Activiste des droits de l’homme

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur

Amadou Hampaté Ba, un maître universel (Hommage à l’occasion des 30 ans de son décès) | Par le mathématicien Sy Mahamadou

Je peux dire en toute fidélité qu’Amadou Hampaté Ba fut, à travers ma lecture permanente de son œuvre durant mon adolescence, l’homme qui m’a le plus influencé sur un plan personnel, culturel et philosophique. Je lisais les bouquins de Hampaté que j’empruntais à la bibliothèque du lycée de Kaédi, je les relisais presque sans arrêt ! J’y passais le plus clair de mes weekends, temps normalement destiné, dans mon cas précis, à me ressourcer du climat familier de mon village avant de retourner passer la semaine à Dimmbee-Jooroo (1). Mais, assis sur la chaise en fer garancée que le temps et l’extrême demande par divers séants ont commencé à ternir, je lisais Hampaté au sein d’un climat virtuel extrêmement intense. Le monde virtuel qui se déployait alors donnait bizarrement plus de sens à cette atmosphère familiale que je respirais à l’ombre, posé sur mon siège astucieusement incliné de sorte que les pieds avant restent en l’air tandis que la traverse employait fièrement le mur comme support et que les deux pieds arrière s’enfonçaient un peu plus que d’habitude dans le sol pour éviter un glissement de l’ensemble. C’était comme si la manœuvre que je menais instinctivement pour maintenir subtilement cet équilibre quelque peu équestre et hautement instable servait de base à mon immersion dans cet immense univers qui se dépliait le long des pages, de par les détails qui émergeaient à chaque coin de phrase et les structures qui prenaient forme au fur et à mesure que l’on montait les chapitres. Chez Hampaté, et conformément à l’école traditionnelle de la vieille Afrique, le conte merveilleux n’est jamais très éloigné des affaires humaines à l’œuvre au cœur de la lutte quotidienne : la patience, le savoir, la souffrance, l’intelligence, l’ambition, le pouvoir, la morale, l’amitié, l’amour, la spiritualité, la différence, le respect, l’adversité, la jalousie et bien d’autres composantes de la vie humaine sont savamment intégrés que ça soit dans Petit Bodiel et les subterfuges du léporidé dans ses relations conflictuelles avec les grands mammifères de la brousse, ou dans Njeddo Dewal face aux prouesses du petit prodige Bâgumâwel au Heli-E-Yooyo, le berceau mythique des Peuls. La trilogie Kuumen, Kaidara et Laaytere Koodal (l’éclat de la grande étoile) est une visite des profondeurs de la philosophie traditionnelle des Peuls, dans ses racines mythologiques contenant des relents d’une société originelle – imaginaire ? – basée sur le duo mystique-spiritualité. Lootori (ou bain rituel) est une poésie traditionnelle aux vers divins, anciennement pratiquée au réveillon et au jour de l’an Peul où les campagnards, après une veillée de chants, descendent, à l’aube, au cours d’eau le plus proche pour baigner leur bovidé en déclamant les paroles-vœux dans une harmonie difficile à atteindre. Cette ode à la vache, être central de la culture des Peuls spécialisés dans l’élevage, contient également des vers d’amour qui chantent les louanges de la nature dans laquelle le Peul traditionnel se reconnaissait avec dévotion.
Mais, au-delà de la culture peule, Hampâté fut surtout un cadeau précieux pour l’Afrique et le monde pour avoir été un brillant esprit né au moment crucial où le sort des sociétés africaines (et de la diversité culturelle du monde en général) devait connaître un bouleversement sans précédent. Il eut des capacités hors du commun à jouer deux rôles-clés qui auront des conséquences marquantes dans le devenir de l’imaginaire collectif : d’abord il fut dépositaire d’un certain patrimoine traditionnel, oral pour l’essentiel ; et ensuite, le plus important, il joua le rôle d’un passeur culturel talentueux et très productif. Amadou Hampaté Ba fut une mémoire de la société traditionnelle qui a su, par la beauté et par la sagesse qu’elle contenait, se faire une place dans un « monde moderne » fortement caractérisé par des courants hostiles, par construction, à la tradition. Le génie de Hampaté était certainement d’avoir su porter et plaider pour cet héritage culturel sans tomber dans le piège du passéisme. C’est pour cela d’ailleurs que l’on peine à trouver dans son œuvre une quelconque mise en opposition entre la tradition et la modernité ; on ressent plutôt, à la sortie de celle-ci, un lien profond entre les deux mondes ; une multiplication de possibilités s’opère alors, et on revient doté d’ouvertures inédites qui, toutes, tendent vers l’universalité.
Un enseignant, il le fut ; il a dû l’être durant toute sa vie, et ce conformément aux valeurs qu’il a acquises à l’initiation traditionnelle. Le plus important est qu’au moment où les valeurs de cette initiation sont dévoyées et que celle-ci est pratiquée inconsciemment pour servir à des bassesses humaines, Hampaté resta authentique et fidèle à sa discipline. Faisant preuve de sagesse, d’honnêteté et d’une grande modestie, il s’est employé à la transmission et à la sauvegarde à la différence de ceux qui ont sauté sur l’occasion pour se construire une position de pouvoir en entrainant des gens dans les bas-fonds de l’ignorance. Je vais terminer avec un conseil que le vieux sage darda au cours d’une de ses prises de parole à l’Unesco :
« Si vous voulez faire une oeuvre durable, soyez patients, soyez bons, soyez vivables, soyez humains. »

(1) : Nom apologique de la ville de Kaédi. Comme toute digne localité du Fuuta, Kaédi a son apologie dans la poésie populaire.

Mouhamadou Sy

©️ Crédit source : post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=809777853279804&id=100027427912973