INTRODUCTION À LA CONNAISSANCE DE L’ESCLAVAGE | Par l’Anthropologue Yaya SY, Professeur à la retraite.



Trois formes d’esclavage (qu’il faut distinguer en Afrique) :

A-Esclavage intérieur africain (à l’intérieur de l’Afrique noire, ou esclavage des sociétés domestiques agraires) datation difficile sur l’ensemble du continent. Si l’esclavage existait avant les contacts avec le monde arabo-musulman, personne n’a su lui donner une consistance historique scientifique. En tout état de cause, l’esclavage en Afrique noire s’est cristallisé au contact des Arabo-musulmans à partir du VIIe siècle, dans ses formes actuellement connues.

B-Esclavage dans les pays arabo-musulmans (vers l’Inde et la Chine pour usage dans le travail agricole) à partir de l’an 652 où le bakht fut signé entre les deux royaumes issus de Méroé vaincu ayant comme capitale Dongola et le Khalife des musulmans pour lui livrer « 360 têtes d’esclaves de moyenne valeur et dépourvus d’infirmités. » (F. Renault et Serge Daget, éd. Karthala, 1985 p.19)


En 666-667, les troupes musulmanes atteignent le Fezzan et s’emparent de Jarma, ils imposent le prélèvement de 360 esclaves pour le Khalife.


En 667, les Arabes atteignent le royaume de Kawar au Nord du Tchad et imposent au roi le prélèvement 360 esclaves.
En 682, une expédition partie de Marrakech, attaque les Mesufa au Sud.
Le commerce de l’or, l’or produit par les esclaves sur la boucle du Niger est à l’origine des empires almoravide et almohade. Il permit la frappe de pièces d’or par les Almohades en particulier et l’éclosion de la pré-Renaissance et de la Renaissance par la croissance des célèbres ports et Etats-cités du Sud de l’Europe en particulier en Italie et en Espagne grâce au commerce de l’or. C’est la naissance du système bancaire des cités italiennes qui va financer les premières constructions navales de l’Europe ibérique et plus tard de la Hollande, de l’Angleterre et de la France.

C-Esclavage en Amérique et en Occident (sociétés marchandes où le fruit du travail de l’esclave dans les mines et dans l’agriculture est commercialisé, c’est la genèse du capitalisme) : Elle débute en 1444 dès l’arrivée des Portugais dans l’embouchure du fleuve Sénégal un demi-siècle avant le voyage de Colomb en Amérique.
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Qu’est-ce qu’un esclave ?

-Définition juridique (est-elle suffisante ?)

L’esclave est un homme ou une femme qui est la propriété d’un autre homme (ou femme) auquel (à laquelle) il est soumis, de même qu’il est sous la juridiction du pays où l’esclavage est pratiqué. Il travaille pour le maître sans contrepartie de salaire.

-La définition juridique est loin de cerner tous les aspects de l’esclavage dans le temps et dans l’espace, encore moins l’évolution des agressions individuelles et sociales liées à l’esclavage qui se perpétuent dans le monde entier jusqu’à nos jours.

-Elargissement de la définition juridique de l’esclavage par les autres sciences sociales et humaines :

L’esclavage entraîne des conséquences très importantes tant sur l’individu esclave que sur le maître (naissance d’une classe des esclaves et d’une classe des maîtres), et sur l’ensemble de la société esclavagiste. Ces transformations sociales, physiques et psychologiques sont si profondes chez l’esclave et le maître (ainsi que chez les autres membres de la société) que l’histoire ou le droit ne peuvent seuls les épuiser. Les problématiques de l’esclavage dans une société donnée constituent au sens maussien un phénomène social total.

Selon l’anthropologie (cf. C. Meillassoux) 1 : il faut faire la distinction entre l’état et la condition de l’esclave ; par ailleurs, il soutient que l’esclave n’a pas de parenté, il n’a pas de relations sociales libres car il ne peut pas voyager librement, voire ne peut même pas se déplacer comme il le veut dans son environnement proche. En
anthropologie, on dit aussi que l’esclave est l’étranger absolu, celui qu’on ne doit pas introduire dans le système de parenté franche. C’est ce processus de mise à l’écart volontaire, de marginalisation exogamique qui permet le contrôle social de la classe des esclaves dans la durée. C’est qui fait dire à Meillassoux que non seulement l’esclave n’a pas de parenté, mais qu’il est de surcroît en dehors de celle-ci. Mais l’esclave est plus largement désocialisé, dépersonnalisé, désexualisé (simple géniteur) et hors de la civilisation.
L’état de l’esclave c’est la traduction sociale de sa situation juridique de propriété d’un autre homme auquel il est soumis et pour qui il travaille sans salaire. L’état est l’invariant de tout esclavage, il est le propre de tous les esclavages de l’histoire de l’humanité.
La condition de l’esclave c’est la situation concrète qu’il vit au quotidien chez le un maître particulier. La condition de chaque esclave dépend de plusieurs facteurs chez chaque maître.
L’esclave n’a pas de parenté, donc il ne peut invoquer que des aïeuls, pas des ancêtres n’étant pas introduit dans la parenté des hommes libres. Il est mis en marge de la société qui le reçoit. Il vit pour travailler pour les hommes libres en dehors de leur système de parenté.
L’esclave vit en ménage ou en concubinage car lui-même et sa « femme » sont considérés par le maître comme de simples géniteurs de petits esclaves
(pratiquement dans tous les systèmes d’esclavage). Dans les sociétés esclavagistes marchandes on peut séparer les membres de la « famille » esclave à tout moment pour raison de vente ou de location.

1 – Claude Meillassoux : «Anthropologie de l’esclavage (le ventre de fer et d’argent) », puf, 1986)

D’ailleurs la concubine de l’esclave peut être réduite à n’importe quel moment en
objet de satisfaction des désirs sexuels les plus pervers du maître, y compris le viol s’il en décide ainsi. Les filles de l’esclave aussi sont soumises aux mêmes violences sexuelles effectives ou potentielles de la part du maître.

En Afrique noire, dès le VIIe siècle, on a créé des marchés d’esclaves au Nord-est, au Nord-ouest et au centre Nord pour pénétrer jusque dans la savane, voire dans la forêt (surtout par le Nord-est dès le VIIe siècle de la part des hordes arabo-musulmanes).

Avec l’arrivée des Européens, la Côte africaine est attaquée dès 1444 et est transformée en vaste champ de captures violentes pour faire des captifs qui seront
transformés en esclaves localement, vers l’Europe et ensuite vers les Amérique dès
l’année 1503.


A partir de 1444, des fortifications sont édifiées par les Européens sur les côtes africaines de Saint-Louis au Cap où se répandra comme un traînée de poudre la Grande déportation des Nègres d’Afrique sous le couvert du doux euphémisme de « commerce triangulaire » ou « traite des négrière » (cf. Yaya SY : Les légitimations de l’esclavage et de la colonisation des Nègres » (Paris, l’Harmattan, 2009, 452 p.)

● Les institutions esclavagistes :

Selon les pays et les périodes de l’histoire, les institutions esclavagistes ont toujours été et sont encore très complexes parce qu’elles concernent la société dans l’ensemble de son système de production et de reproduction politique, juridique, économique et social, etc.

-Le système juridique (oral ou écrit) instituant l’esclavage dans une aire nationale ou culturelle donnée. C’est le droit qui fonde la propriété esclavagiste (pour la quasi totalité des Etats, des Cités-Etats et des sociétés du Moyen Âge.

-L’institution guerrière liée au système politico-juridique de l’Etat esclavagiste, parfois même à des hordes hors-la-loi. C’est l’institution guerrière qui organise, souvent sous la houlette ou avec l’aval du pouvoir politique, les prélèvements de captifs par la violence (guerre, razzia ciblée ou pas, dans les pays lointains, etc.)

-Les marchands et les marchés d’esclaves où les guerriers des rois ou autres déversent leurs butins humains de captifs. Les marchands y achètent ou revendent des captifs (voire même y échangent des esclaves).

-Les acheteurs ou propriétaires d’esclaves sont les destinataires finaux de la « marchandise humaine ». Ils utilisent les esclaves selon leur propre statut social et les répartissent ainsi : esclaves des mines, esclaves des champs, esclaves domestiques, esclaves à métiers, esclaves ostentatoires d’apparat et de prestige des grands rois (comme les eunuques de palais en Egypte, etc.)

NB// Un captif (de razzia ou même un prisonnier de guerre) ne fait pas un esclave tans qu’il n’est pas vendu et acheté par un tiers et soumis à un travail gratuit pour le maître qui l’a ainsi acquis.

En Afrique, sont souvent classifiés dans le groupe des esclaves : des réfugiés, des
endettés, des voyageurs étrangers, etc.
Ils sont classifiés en tant qu’étrangers hors de la parenté des libres mais ce ne sont pas des esclaves au sens anthropologique du terme, même si certains d’entre eux travaillaient pour les maîtres et pour eux-mêmes sur des terres appartenant à ceux qui se disaient leurs maîtres. Nous y reviendrons avec des exemples précis.

SUITE ……

La prochaine fois j’introduirai l’esclavage dans la société domestique africaine agraire avec des exemples précis pris dans les pays à la lisière du Sahara.

Par Yaya SY Anthropologue et Professeur d’histoire à la retraite

MISE AU POINT DU PRÉSIDENT SAMBA THIAM

C’est moi, et personne d’autre, qui choisit mon timing …et sans pression .
On ne me dicte pas, par ailleurs, les actes politiques et médiatiques, assumés, que je choisis de poser…parce que je suis au cœur de l’arène et non à sa périphérie .

Il y en a, je trouve – hélas, parfois même dans nos rangs- qui ont une philosophie ou une vision étriquée des principes de vie … En effet, j’ai noté, il y a quelques mois, que d’aucuns s’étaient offusqués de me voir reconnaître à Yehdih du style dans l’écriture, une culture générale phénoménale… Je suis honnête avec moi-même, honnête avec mes adversaires politiques en dépit des coups reçus !
Où étaient-ils donc ces commentateurs critiques à tout va lorsque je croisais le fer avec Yehdih ?

A chacun sa morale, son éthique…

Pour ma part, les miennes m’interdisent de taper sur un adversaire à genoux ou disparu . Je me refuse de charger un défunt, lui réclamer des dettes, demander des comptes ! Plutôt , j’essaie de me pardonner, de lui pardonner les coups et blessures que nous nous sommes infligés, l’un à l’autre !

Mais, au fait, que dit l’Islam à ce propos ?

Pour ce qui me concerne, encore une fois, ‘’ avec la mort tout s’éteint’’.
Alors que les crieurs crient « !

Samba Thiam.
Président des FPC.

©️ Crédit source: Page officielle Samba Thiam – https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1677413179086390&id=420106731483714

L’Afrique et ses hauts potentiels, Par le mathématicien Mouhamadou F. SY

La disparition de Diary Sow, brillantissime élève en prépa scientifique en France, tient tout un peuple en haleine depuis quelques jours. Tout comme vous, je ne suis pas en mesure d’y remédier, ni de donner des informations qui puissent au moins fixer les esprits à défaut de les soulager. Et ce n’est pas par manque de volonté ! À vrai dire, je suis tout autant, si ce n’est plus, que vous dans l’ignorance du contexte réel de cette disparition. Je n’ai pas la moindre idée de la nature de cette disparition ; est-elle d’origine criminelle ? Est-ce la volonté de l’étudiante ? Ce que je sais, au-delà de l’inquiétude que cette disparition suscite en nous, c’est qu’il y a un problème qui reste réel quelque soit ce qu’il est en train de se passer dans le cas inquiétant de Diary : c’est la problématique de la gestion africaine de ses hauts potentiels. J’ai décidé d’écrire sur ce sujet trop peu investigué après avoir passé des jours à chercher ce que je peux faire d’utile sur cette affaire. Contacter la famille et leur présenter mon soutien, oui, surement ! Mais quoi d’autre ? Et vu que je ne peux pas pénétrer la police française, ni distribuer des tracts à partir de l’Amérique, je vais tenter d’être utile autrement ; une utilité qui pourrait parler à Diary car elle est certainement concernée par le sujet, mais qui peut aussi améliorer la vie de toute une catégorie de personnes, de leurs familles et, in fine, de la société.
Souvent on décrit le haut potentiel (HP) par quelques signes et traits par lesquels on aime l’identifier, signes et traits, beaucoup de fois, vaporeux pour ne constituer en fin de compte qu’une identité vague à marquer une espèce bizarroïde qui se décale de la norme. On passe ainsi sous silence le monde intérieur qui fait émerger ces caractères qu’on a pu détecter chez le HP, ce monde qui est la base du tout, ce monde rapide et intense qui bouillonne sans arrêt. Un monde tentaculaire qui, sans en avoir la décision, s’intéresse à tout ! À absolument tout ! Au moindre détail de logique, à la structure, à l’agencement, aux perturbations. Pour un HP, il ne s’agit pas que de noter les effets occasionnés par un évènement, il s’agit surtout de s’engager, sans en recevoir l’ordre ni la demande, et de façon systématique, dans la généalogie des causes, jusqu’à en être submergé par les différentes directions qui se sont accumulées par superpositions successives à la façon d’un arbre multi-dimensionnel, et que le phénomène suivant se déclenche. Tout cela se passe, le plus souvent, sans le moindre mot externalisé ; ces petits voyages de curiosité sont consignés dans le registre des souvenirs dont les plus chanceux sortiront lors d’une conversation paisible sous forme de remarques. Ce qui caractérise ce mode d’interaction avec son environnement c’est son aspect permanent et non motivé. Quand un HP n’a pas un phénomène à se mettre sous la dent de la cognition, le temps s’arrête pour lui ; il entre alors en état de besoin extrême. Pour faire simple, un HP est un peu un rongeur cognitif, il lui faut sa noix ! S’il n’y a pas une proposition externe à sa demande interne intense, il lui incombe de l’inventer pour éviter de sombrer par explosion émotionnelle ! Voilà ce qui explique sa tendance à être d’une créativité remarquable et multidisciplinaire. La créativité du HP est moins guidée par une ambition donnée que par la nécessité de combler le vide infernalement ennuyeux que présente un environnement peu satisfaisant.
Ce tableau que j’ai dressé n’est qu’un croquis préliminaire qui contient un petit aperçu interne du HP, bien qu’incomplet. Ce sujet est délicat, le fait même d’en parler soulève des questions diverses en rapport avec les manières en vigueur dans la société à laquelle le texte est destiné. Ce qui explique le semblant de « tabou » intellectuel autour de la question.
Notre société comporte des freins à l’endroit de cette catégorie de personnes. Les moules sociales dans lesquelles la société veut introduire ses individus ne sont pas assez flexibles pour le mode HP. Il faut le plus souvent que ce dernier se résigne à se faire castrer de tout ce qui dépasse pour trouver une place, s’il ne veut pas se faire broyer ou éjecter. Il peut aussi ruser et combiner les trois options pour répartir le choc, mais de façon provisoire ! Je vous passe les détails sur les réflexions et les reproches pointant les différences d’intérêt qui se mettent en place dès l’enfance. Encore une fois, le problème est que le haut potentiel présente une différence intellectuelle importante dont on n’aperçoit que les manifestations, donc là où on le traite, sans en être conscient, sur la base de cette différence, en même temps il est, lui, en train d’appliquer cette même différence pour s’interroger sur les causes de ce traitement, systématiquement. Et cela le marque.
Le haut potentiel africain qui arrive en France dans le cadre des études peut se retrouver face à un problème de nature nouvelle pour lui. Il est pris entre le marteau de la différence d’intérêts prononcée avec sa société d’origine et l’enclume de la non-conformité avec l’image toute faite que l’essentiel de la société d’accueil s’est construit à son égard des suites d’évènements historiques qu’il n’est besoin d’exposer. Il est ainsi mal-pensé d’un côté et mal-imaginé de l’autre. Quelles que soient les appréciations qu’il reçoit dans le cadre de ses études, il n’en est pas autant guéri des attaques sociales reçues qui se mesurent proportionnellement à ses interactions avec ses divers entourages. Il lui est alors urgent de se construire un abri, une carapace, pour se protéger. Cet abri peut requérir divers matériaux ; mais l’isolement semble être un ingrédient naturel qui s’utilise d’une façon ou d’une autre et à un certain degré selon le sujet.
Il n’est pas besoin de s’attarder sur le rapport pour le moins ambigu que le HP africain dans un pays comme la France peut avoir avec une partie de ses camarades de classe et parfois même de l’équipe professorale ; ni sur le comment, d’un autre côté, les nombreuses possibilités présentes dans un tel milieu peuvent le propulser. Mais nous pouvons quand même sensibiliser la société africaine sur ce problème. Cette catégorie de personnes, appelées sous divers noms : surdouées, hauts potentiels …, a besoin d’une place dans la société. Elle a aussi besoin du soutien de la société quand elle fait face aux nombreuses difficultés de l’extérieur. Le moins que la société peut faire c’est de laisser le HP exprimer sa différence cognitive sans le réprimer ou chercher à le décourager. Car de par leur différence, ce sont des gens qui exploitent des possibles non encore envisagés et qui, parfois, permettent à la société d’avancer.
Puisse ceci participer à faire avancer les mentalités en ce qui concerne le rapport entre notre société et ses hauts potentiels de façon générale, à défaut de faire revenir Diary à qui je souhaite d’être retrouvée saine et sauve pour continuer dans sa lancée pleine d’espoir quant à l’avenir de notre société.


Mouhamadou F. SY
(11 janvier 2021)

©️ Crédit source: Post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=736218170635773&id=100027427912973

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (3ème Partie et fin), Par Mr Bocar Oumar BA

« Nos vies commencent à finir le jour où nous devenons silencieux à propos des choses qui comptent ». Martin Luther King.

« Ceux qui aiment la paix doivent commencer à s’organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre ». Martin Luther King

Ainsi donc disais-je à la fin de la deuxième partie de ma réflexion, que l’endogamie est ce qui renforce le mieux, tout en le pérennisant, le système des castes, ainsi que l’esprit féodal qui sous-tend son détournement social et politique.

En réalité, la question du mariage est centrale chez les Haalpulaar’en. Elle est la clé de voûte qui permet de maintenir intactes les deux institutions les plus conservatrices de notre société : le système des castes et le patriarcat. Car si le mariage préférentiel est un moyen efficace de contrôle du sang et du rang (donc de la reproduction de la logique des castes), il est avant tout un moyen efficace de contrôle de la femme et de sa mobilité dans la société (donc du maintien du patriarcat dans toute sa rigueur). Et le Haalpulaar’en, quelle que soit son extraction sociale, est éduqué dans le sens de ce conservatisme séculaire. Les personnes issues de castes dites inférieures elles-mêmes, qu’elles furent hommes ou femmes, et quel que soit par ailleurs leur degré d’engagement contre l’esprit féodal, auront tendance à vouloir maintenir une forme de prépotence sur la femme, sans forcément faire le lien que je tente d’établir plus haut avec le patriarcat et avec le système des castes…Les conséquences logiques à tirer d’un tel combat sont si douloureuses en termes de renonciation à des parcelles de pouvoir pour l’homme haalpulaar, qu’elles impliquent une grande rigueur avec soi-même d’abord.

Il n’aura donc pas échappé au lecteur que les injustices que je tente de dénoncer dans notre société Haalpulaar sont systémiques. Elles se maintiennent toutes en raison d’une vision globale de l’humain et de sa place parmi ses semblables. C’est donc une réforme en profondeur de la société qu’il faudrait, à l’image de celle que nous avons hélas ratée en 1776 avec Ceerno Sileymaani BAAL et Abdul Kader KAN. Que les descendants d’Almamys n’y voient aucune insulte, il ne s’agit là que d’une critique historique des politiques conduites. L’homme qui écrit ces lignes est lui-même un descendant direct de l’Almamy Moustapha BA de Hoore Foonde, et n’accepterait aucune insulte à sa mémoire, mais pour rien au monde ne tiendrait pour sacrée l’action à laquelle son nom est associé. La critique de notre société, même de ses géniales trouvailles, n’est pas une déconsidération des anciens, mais leur nécessairement dépassement.

Une fois que l’on a dit tout cela, que nous reste-t-il comme perspectives de solution? Quelles mesures pour le court-terme, et quelles mesures pour le long-terme ? Que répondre à ceux qui pensent qu’introduire ce débat est contre-productif, et aurait pour seul effet d’introduire des divisions dans la société Haalpulaar légitimement préoccupée par l’oppression qu’elle vit au plan national ?
Il est évident que la mentalité populaire que j’ai tenté de décrire tout au long de mon propos ne se combat pas seulement à coup de décrets et de lois. La détricoter suppose un travail de longue haleine. Mais la pire des postures serait que sous ce prétexte, nous ne le commencions pas dès aujourd’hui. L’attentisme qui caractérise certaines réactions consistant à sous-traiter au temps ce qui relève de la responsabilité des hommes contemporains, est une reculade devant l’Histoire. Il n’est pire arrogance que l’appel à la patience des dominants.

S’il appartient à chacun de prendre ses responsabilités face à l’Histoire, la responsabilité des cadres et intellectuels Haalpular’en issus de la féodalité me parait encore davantage engagée que celle des autres. Car la lutte des dominés elle, va de soi. Mais l’engagement des personnes issues de la féodalité, dans l’optique de réformer un système qui les privilégie, est le signe d’une société qui va plutôt bien. Commençons donc par là. Que chacun rejoigne ce combat nécessaire, au sens de la nécessité morale et historique, pour se reformer et reformer par là même notre société. Cela suppose d’abord d’accepter que ce débat est utile, et d’y apporter sa contribution. Rien n’oblige évidemment d’être d’accord sur tout, la seule éthique à tenir étant de ne pas s’opposer au principe sacro-saint de l’égalité des humains.

Parmi les mesures à court-terme pouvant être prises par l’Etat, garant par ailleurs de l’égalité des citoyens devant la loi, il y a celle qui consisterait à démocratiser la question du mariage. La puissance publique devra permettre que des règles dissuasives découragent ceux qui seraient tentés d’empêcher deux personnes qui s’aiment, de se marier hors considération de castes. Il faut que ceux qui en seraient empêchés à ce titre, puissent trouver un moyen de recours judiciaire. Mais cela suppose naturellement que les lois concernant la condition générale des femmes évoluent au même rythme ; car les deux questions sont intrinsèquement liées. Rien de ce point de vue n’est imaginable dans une société où la femme n’est pas reconnue souveraine dans ses choix. Vous aurez donc compris la révolution sociale et le courage politique que cela suppose…

Le même effort de démocratisation devra être fait sur la question foncière. Une réforme générale du foncier consistant dans l’esprit, à remettre les exploitants agricoles au centre de la propriété est nécessaire. Mais pour cela, il y a d’abord à renoncer à la politique d’expropriation actuelle qui consiste à déposséder les communautés villageoises au bénéfice des agro-business men du système. Et dans le même temps, au sein des communautés villageoises elles-mêmes, d’entreprendre une opération de réparation des injustices nées du Feccere Fuuta que nous avons évoquées dans les précédentes parties.

Il y a également à envisager des actions pour le long terme ; tant de la part de l’Etat et de la société civile, que de la part des simples citoyens que nous sommes. Du côté de l’Etat, l’éducation nationale, dans une démarche globale de faire émerger le citoyen de demain, devra faire l’objet d’une réforme de fond. Pour qu’elle aboutisse à ce que nous souhaitons, cette réforme devra être largement concertée. L’émergence de la citoyenneté moderne ne peut se passer de la question de l’égalité dans toutes ses déclinaisons : égalité des « races », des « castes », des genres, etc. Les mécanismes de production des injustices et des humiliations au sein de nos sociétés doivent être enseignés à nos enfants afin qu’ils s’en affranchissent. Seule une volonté politique réelle, affranchie de toute forme d’influence de nature conservatrice, notamment cléricale, peut conduire à de telles réformes.

Du côté de la société civile et des citoyens, il s’agit de nourrir courageusement un tel débat dans les différents médias de la société. Cela passe par tous les acteurs de notre quotidien (journalistes, artistes, intellectuels, religieux, etc.), et notamment par une jeunesse subversive, qui ose rêver et bousculer la société pour tenter de réaliser ses rêves. Une jeunesse qui ne rêve pas de justice sociale et de révolution est une jeunesse éteinte.

Et c’est peut-être finalement cela, et au-delà de tout, l’enjeu principal de notre débat de société : avons-nous encore une jeunesse suffisamment passionnée d’avenir pour ne pas se résoudre à singer machinalement ses ancêtres qu’elle a le droit d’aimer malgré tout ? Car comme j’ai pu le dire dès l’entame de mon propos, il est question dans ce débat de l’avenir de nos jeunes. Comment interpréter dès lors leur désintérêt manifeste pour cette question qui les concerne au premier plan ? Quel est notre rôle auprès d’eux afin qu’éclose une conscience de lutte ? Sans doute un autre débat…

©️ Crédit source: post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224483080882926&id=1184398165

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (2ème Partie)



« La tradition, c’est le progrès dans le passé; dans l’avenir, ce sera la tradition ». Edouard HERRIOT

« La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu’elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition, comme la tradition a surgi du progrès ». Jean D’ORMESSON

La stratification actuelle du groupe peul de Mauritanie, plus communément appelé Haalpulaar, est le résultat de la dernière glaciation des rapports de forces sociaux issus des derniers régimes politiques du Fuuta précolonial, notamment Deeniyankoo6e et Tooro66e.

• Quels termes précis pour définir ce système social ?

Système féodal ? Classes sociales ? Système des castes? A dire vrai, il serait difficile de le classer en toute rigueur dans l’une ou l’autre des dénominations. Le système que je tente ici d’analyser pourrait se retrouver à l’intersection de tous. Je fais, quant à moi, le choix de retenir l’appellation « système des castes » avec, en arrière-plan, le référentiel indien dont il n’épouse pas cependant toute la rigueur. Il en reproduit néanmoins la logique d’essentialisation, et partant, de stigmatisation.

Je ne referai pas ici la nomenclature des différentes castes en pays Pulaar dont on peut retrouver aisément une foultitude de travaux d’autorité (Oumar BA, Amadou Hampathé BA, Yaya WANE, Oumar KANE, etc.) Ce qui m’importe en définitive, c’est comment un système de division du travail, à la base fonctionnel, sans doute horizontal au départ, s’est mué en un rapport de verticalité interdépendante. Et comment, encore au 21ème siècle, alors même que nous vivons dans un état « moderne », et que les rapports sociaux sont de plus en plus des rapports économiques, perdurent encore des souffrances que nous avons parfois du mal à entendre dans notre société ? Quelle est la nature de ces souffrances ? Comment la société dans son ensemble s’arrange encore aujourd’hui avec l’humiliation de l’autre (et quelque fois de soi-même…), au prétexte de la sacro-sainte tradition ? Comment reposer les termes d’un débat de société avec le seul souci du nécessaire dépassement d’un anachronisme handicapant ?
Il me semble que le système que nous connaissions, où le fils du Baylo (forgeron) était destiné à reprendre la forge de papa, est en voie de disparition dans sa logique de reproduction sociale. Nombre de mes amis Subal6e (pêcheurs) ayant grandi à Nouakchott nagent moins bien que moi, et trembleraient à la seule idée de monter dans une pirogue. L’un comme l’autre, tout comme le fils du Toorodo (caste en charge du spirituel) qui ne maitrise pas le premier verset du coran, contiendraient difficilement les soubresauts de leurs torses à l’évocation du Mbaylaagu, du Cubalaagu ou du Toorodaagu…

Soyons clairs ! Il ne me vient pas un seul instant à l’esprit de dénier aux uns et aux autres le droit d’être fiers de ce qu’ils « sont ». J’essaie juste de comprendre de quelle façon notre société arrive encore à leur faire intégrer l’idée qu’ils seraient dépositaires du Mbaylaagu, du Cuballagu et du Toorodaagu, en dépit de leur incompétence manifeste en la matière…

C’est bien l’essentialisation des castes qui forge l’hérédité ontologique que nous lui reconnaissons. Et on est là en plein cœur du problème. C’est à la seconde même où nous avons commencé à penser que l’on pouvait être imam, cordonnier ou tisserand, non par compétence mais par essence, que nous avons définitivement dévoyé le caractère fonctionnel de nos castes. Celles-ci se seraient sans doute plus facilement adaptées au monde moderne, n’eut été ce détournement de sens. Cette essentialisation de l’appartenance à la caste met en œuvre tout un système de représentations qui est hélas à l’origine des souffrances évoquées plus haut, et fonde par la même occasion des discriminations réelles. Ces discriminations sont à la fois d’ordre symbolique, politique et économique. La direction des prières et la chefferie du village qu’on dénie souvent aux anciens esclaves est sans doute la manifestation la plus paradigmatique de cette discrimination. L’autre source de discrimination étant l’inégal accès au foncier. C’est que la révolution Toorodo de 1776 a réussi à certains endroits du Fuuta, le tour de force de concentrer ces trois pôles entre les mains d’un seul groupe : le savoir, le pouvoir et l’avoir. Là aussi au nom du détournement de la révolution théocratique pensée par Sileymaani BAAL ; détournement qui permit l’émergence d’une nouvelle aristocratie. Le feccere Fuuta (partage foncier du Fuuta) en 1790 permit à la nouvelle caste Tooroodo à bien des endroits, d’accéder aux privilèges fonciers que lui octroie sa prise de pouvoir. Il y a lieu de noter cependant que les aristocraties plus anciennes, mis à part quelques familles deeniyanke victimes de leur fidélité réelle ou supposée à l’ancien régime, conservèrent de larges domaines fonciers. C’est notamment le cas des castes se66e et subal6e. En somme, les castes dites d’autorité (Tooro6e, ful6e se66e et cubal6e) ; c’est-dire celles qui dirigent nos villages, sont les principales bénéficiaires de notre tenure foncière traditionnelle actuelle. Les autres castes dites de métiers, ainsi que les esclaves statutaires, sont les grands oubliés du feccere fuuta ; alors même que les esclaves par exemple, sont ceux qui travaillent principalement la terre sans en être les propriétaires. Ils sont souvent réduits, dans le meilleur scénario, à faire du « rem peccen » (cultive, nous partageons ! »). Il s’agit d’un procédé par lequel le propriétaire terrien reçoit une partie de la récolte d’une terre que sa famille n’exploite plus depuis des générations quelque fois. L’exploitant étant souvent l’esclave statuaire qui, de fait, ne bénéficie pas de tous les fruits de son labeur… Et c’est ce système aujourd’hui qui est décrié assez souvent dans la vallée du fleuve Sénégal par les victimes de ce système inique, sous la thématique de l’esclavage foncier. Il fait partie de ce qui fonde la récurrence des conflits autour de la question de l’esclavage en milieu négro-africain de Mauritanie.

L’autre point important de la dénonciation à laquelle s’adonnent les militants égalitaristes en milieu Haalpulaar, se situe au niveau des clichés humiliants dont les personnes dites de castes inférieures peuvent souffrir au sein de notre société. Bien sûr, et il faut oser le dire, ces clichés sont entretenus y compris par des personnes dites « castées ». Nos rituels de familles (mariage, « baptêmes », etc.) sont souvent l’occasion de recréer ses rapports dominants/dominés. Et c’est à travers ces dons symboliques que les personnes dites nobles accordent, qu’elles reçoivent de la part des autres la reconnaissance de leur statut de dominants. Il a pu être dit que c’est un rapport de dépendance financier dont profitent également les personnes « castées ». A vrai dire, rien n’est moins sûr… Comment penser de nos jours, que des personnes vivent encore de ce qu’elles perçoivent à ses occasions ? Si les profits matériels sont réels, je crois néanmoins davantage à un attachement affectif à une coutume, dont on sait qu’elle permet de conserver sa place dans la société, qu’à une dépendance financière réelle. Il y aurait de mon point de vue, plus une peur d’un changement qui perturberait l’ordre établi, peur qui existe dans toutes les sociétés conservatrices, qu’un réel besoin de survie économique. Conserver la tradition semble être pour les Haalpulaar une forme de repli identitaire face à un monde moderne violent et insécurisant, où la moindre concession pourrait soulever le fantasme d’une cosmogonie qui s’écroule.

D’où la vitalité de l’endogamie qui permet de conserver deux choses importantes aux yeux du haalpulaar : le sang et le rang. De tout temps la logique matrimoniale a été fondée sur le mariage préférentiel qui ne trouve sa limite que dans l’inceste. Le mariage entre cousins étant celui qui est privilégié, il a alors forcément pour conséquence de rigidifier la cloison caste. Si on se marie préférentiellement dans sa lignée, on se marie forcément préférentiellement dans sa caste aussi. Ici la notion de pureté du sang qui irrigue la logique des castes est sacralisée ; car il s’agit d’assurer la descendance. Les mariages entre castes (ou tout au moins entre castes non équivalentes) sont donc proscrits en raison du risque de confusion qu’ils induisent. L’adage pulaar « Yoo gundo res gundo, elo resa elo » (que le lézard se marie avec le lézard, et le varan avec le varan), est une illustration de cette volonté de cloisonner. En vérité, à y réfléchir, cet adage est bien plus terrifiant qu’on y croit. En effet, il est du même ordre que la logique qui a fait appeler les métis « mulâtres ». Le mot mulâtre a la même racine que le mot mulet : animal issu du croisement entre le cheval et l’âne et qui a la particularité d’arrêter à elle la descendance par son incapacité à se reproduire. Cette terminologie animalière appliquée à l’humain en dit long sur le mépris qu’elle ne s’embarrasse même pas de cacher.

L’adage pulaar ne dit pas forcément la crainte d’une non-reproduction physique, mais symboliquement, l’enfant issu d’un mariage exogamique inter-castes souffrirait d’un déficit de reconnaissance sociale. Son géniteur fait courir le risque que la pureté de la lignée, et par conséquent la lignée elle-même, s’arrête à lui. Du moins dans sa pureté… La crainte d’une discontinuité étant toujours ce qui semble opérer ici.
(Suite)

Lien utile Partie 1 : https://soninkideesjose.wordpress.com/2020/12/24/conservatisme-feodalite-systeme-des-castes-pour-un-regard-lucide-partie-1-par-ba-bocar-oumar/

©️ Crédit source: post Facebook de – https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224416097648387&id=1184398165

LE SENS DE NOTRE ENGAGEMENT! Par Kaaw Touré

Je ne suis ni un « influenceur » (à la mode), ni un activiste et encore moins un blogueur même si j’écris au quotidien sur la toile depuis novembre 1999 et bien avant depuis le début des années 90 en tant que rédacteur en chef de l’organe d’information de notre mouvement de libération en exil (Le Flambeau des Flam). Je suis juste un simple citoyen qui milite pour le respect des droits les plus élémentaires de mon peuple opprimé, exclu, clochardisé, génocidé et déporté. Je me considère comme un simple combattant de la liberté et non un politicien au sens galvaudé du terme sous nos cieux. Pour moi la politique c’est surtout et avant tout une question d’éthique et de principes. Notre combat n’est pas dirigé contre une communauté et encore moins contre un régime particulier mais contre un Système raciste, esclavagiste et injuste. Notre combat est pour une autre Mauritanie où le fait d’être arabe, Noir, Haratine, Znégua ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. Notre combat est pour une Mauritanie réconciliée avec sa diversité, sa réalité sociologique et géographique, une Mauritanie contrée de la liberté et de la démocratie.
Que Dieu nous donne la force et le courage , guide nos pas et nos actes pour continuer dignement ce noble combat engagé depuis notre prime adolescence, à 15 ans et qui nous a valu la prison à 18 ans et plus de 26 ans d’exil forcé.
Demain il fera jour et la lutte continue!

Bon dimanche les amis.

Et la lutte continue!

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

« Il faut dépasser les niaiseries socioculturelles pour l’avènement d’une culture citoyenne » Par Souleymane Sidibé

La tradition, par essence, évolue et se lègue de générations en générations. Elle est la transmission d’un contenu culturel à travers le temps. Si j’ose dire, elle est ce que l’on peut appeler un « héritage immatériel » qui marque l’identité de toute communauté.
Chaque génération doit alors choisir quelle tradition( « pratique transmise ») laisser aux générations futures.

Ma génération est celle qui s’en passe pour bons nombres de personnes, des traditions ancestrales qu’elle assimile à l’illogique et la déraison. Cette génération dont je fais partie voit le poids du capitalisme dans les relations entre l’humain et son milieu. Il faut alors considérer que la tradition qui est un marqueur culturel a évolué et tend vers une nouvelle quête: satisfactions des besoins primaires puis secondaires (par l’éducation) aux tertiaires (voyager et découvrir le monde).

Nonobstant cela, il y’a encore des actions concrètes à mener pour l’éradication de plusieurs fléaux. La bêtise n’a pas de limite! Souvent, elle (la bêtise) s’érige en mode de pensées. C’est pourquoi sur le terrain idéologique, nous avons des débats encore d’esclavages et de féodalité. Les intellectuels africains ont cherché à plaire à l’Occident sans vouloir véritablement changer la conscience collective africaine. Les noirs en Mauritanie, victimes pour la plupart d’un système qui favorisent une partie, vivent des inégalités et considérations d’antan. Certains sont déconnectés mais encore étiquetés.

Il ne faut pas des tensions avec nos populations encore pour la vielle génération prisonnière des tares. Cette vielle génération avec toute sa « grande sagesse » n’a pas occulté de son mode de fonctionnement:

  • les privilèges liées à la naissance comme l’affirme Abdoulaye Doro Sow
  • la noblesse comme l’affirme Kissima Diagana
  • le monopole des fonctions essentielles à une seule entité
  • la relégation de l’humain
  • le mythe de la pureté de sang
  • le refus de « mélange de sang ».

Il faut alors dépasser l’intellectualisme pour des actes dans la sphère publique jusqu’au sein des familles dans nos sociétés. Parler à hue et à dia ne sert à rien sans ce préalable qui est de dépasser son milieu pour aller vers les rapports de force pour le changement citoyen.
Quand les africain.e.s partent en Occident et se marient avec des femmes ou des hommes sans se poser les mêmes questions du terroir, c’est que la tradition a évolué. La femme comme l’homme est alors libre de ses choix et de ses engagements.
Il faut dépasser les niaiseries socioculturelles pour l’avènement d’une culture citoyenne en posant encore et encore des actes et pas seulement des discours. L’hypocrisie africaine est incroyable! Les dits intellectuels sont encore plus surprenants.

Entre la parole et l’acte (pour poser les bases d’un changement) , il y’a du chemin à faire. Certains se glorifient encore de chants de griots et autres pour qui, s’il y avait des élections, ils ne voteront pas. Pour eux, cette forme de musicalité dithyrambique se résume à leur égo. Il ne faut pas à longueur de journée parler de système beidane alors que sous nos cieux, le noir est l’ennemi de son semblable.

Quand on sera juste envers nous mêmes, nous pourrons pointer du doigt l’extérieur. Toutes les composantes mauritaniennes doivent pour les politiques et les membres de la société civile tendre vers un nouveau type d’individu, de mauritanien.nne et de CITOYENNETÉ.

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (Partie 1) Par BA Bocar Oumar.


« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ».

« Une civilisation qui choisit de fermer les yeux sur ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation éteinte ».

Aimé CESAIRE, « Discours sur le colonialisme ».

Le récurent débat sur la notion de « féodalité » dans notre société mauritanienne impose aux gens honnêtes d’en faire le leur. Il ne s’agit pas ici de questionner son actualité, ni sa pertinence, mais les moyens de son intelligence et de sa compréhension. L’enjeu pour moi ici, est de tenter modestement de replacer la question au centre d’un débat serein et dépassionné, loin de l’invective facile et du sauve-qui-peut archaïque et réactionnaire qui caractérisent bien souvent certaines postures sur la défensive. L’ensemble rendant les échanges sur les réseaux sociaux parfois inaudibles en raison du dialogue parallèle ainsi instauré. Il me semble que l’avenir de nos enfants, car c’est de lui qu’il est question au final, mérite mieux. Essayons donc de comprendre dans quoi nous sommes pris dans ce débat.

Je n’ai évidemment pas la prétention de commettre une réflexion anthropologique exhaustive sur la féodalité en société mauritanienne. Un regard qui se veut lucide sur cette question dans le groupe sociolinguistique Peul auquel j’appartiens suffirait déjà à sa peine…Il n’empêche cependant qu’un propos préliminaire sur la nature conservatrice du pays qui est le nôtre, et par conséquent sur le détournement de l’Etat moderne qu’elle occasionne, autoriserait des ouvertures de fenêtres sur ce qui se passe chez les voisins.
Il se trouve effectivement, que notre pays se caractérise par le fait que très tôt, les pôles de décision traditionnels (chefferies, tribus, castes dites nobles, etc.), ont investi les structures de l’état, figeant ainsi dans une forme de conservatisme cette institution qui était peut-être la seule à avoir vocation à impulser efficacement les politiques nécessaires à la transformation sociale et à la lutte contre les archaïsmes de nos sociétés rurales. Et c’est à ce niveau que la féodalité, au sens où on pouvait l’entendre dans le moyen-âge européen (pouvoir territorialisé de seigneurs contrôlant des fiefs), peut s’entendre en République Islamique de Mauritanie. Non pas que nous aurions en Mauritanie des seigneurs et des fiefs, mais bien davantage dans la tension permanente entre état moderne et pouvoirs traditionnels. La persistance d’une forme d’aristocratie au sein même de la gouvernance étatique a forcément pour conséquence d’affaiblir celle-ci et de retarder l’émergence d’une citoyenneté unique pourtant seul gage de l’égalité. Car l’émergence du citoyen fait renaître la loi face à la coutume. Et la loi est en principe seule garante de l’égalité citoyenne qui n’établit en définitive de verticalité que vis-à-vis de l’Etat. Mais tout cela fut hélas jusque-là un enjeu insuffisamment porté.

Ni les discours aux relents « progressistes » de nos dirigeants, encore moins les incantations de certains de nos théoriciens du grand soir, n’ont suffi à bousculer sérieusement les déterminismes sociaux, les réflexes de stigmatisation et les crispations culturelles et mentales qui nous habitent tous. Et cela, parce qu’entre le discours de tribune bien souvent produit par mimétisme et fidélité à des idéologies (voire à des « idoles ») occidentales, et l’attitude à tenir en toutes circonstances en société, il y a un gouffre que l’on se pardonne assez facilement en Mauritanie par schizophrénie.

Et ce conservatisme banalisé par tous, quand il n’est pas sciemment entretenu par tous, n’aide naturellement pas à l’émergence d’un vrai débat autocritique sur nos sociétés et leurs archaïsmes. Il n’y a guère que les coups de boutoir des victimes de ces archaïsmes pour obliger nombre d’entre nous à ouvrir les yeux aujourd’hui. La société Peul de Mauritanie n’échappera pas à un nécessaire examen de conscience ; car son histoire cache bien des cadavres dans le placard. Sa stratification actuelle qui est le produit de cette histoire, se retrouve dans la centralité même du débat.

©️ Crédit source: Repris via post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224385750289722&id=1184398165

À quand la fin du cumul des mandats ou la démocratie véritable en Afrique ? Par Ismaël Traoré

Initiatives News – Les départs contraints ou « volontaires » de nombreux chefs d’États africains tels, entre autres, Robert Mugabe, Blaise Compaoré, Yahya Jammeh, Josoph Kabila, le renoncement au troisième mandat du général Mohamed Ould Abdel Aziz, la démission du président algérien Abdelaziz Bouteflika et la chute du dirigeant soudanais Omar El-Béchir me font espérer que tôt ou tard le cumul des mandats cessera et que la vraie démocratie arrivera en Afrique, même s’il reste encore un long chemin à parcourir.

Accordons-nous le temps et patientons tout simplement ! Car comme le dit ce proverbe africain : « C’est en supportant les piqûres des abeilles qu’on récolte le miel ». Le recours à la violence, notamment par l’utilisation forcenée des armes n’est plus une solution.

Tout doit se jouer dans les urnes tant pour les scrutins présidentiels, municipaux que législatifs, et ce quelles que soient les erreurs ou les fraudes : absence de représentants de bureaux des camps adverses, suppression de certains noms et numéros sur les listes de votants, ou encore suspension du vote pour les électeurs en faveur des candidats d’opposition.

Les considérations ethniques, claniques et statutaires quant à elles, doivent être non seulement révolues, mais aussi bannies, surtout au XXIe siècle. De même, il est temps de tourner le dos au « hold-up électoral ».

Le vainqueur doit être indubitablement celui qui a remporté plus des voix. Peu importe son origine ! Je suis écœuré par l’accaparement du pouvoir par certains dirigeants d’Afrique francophone, anglophone et arabophone.

Ces soi-disant démocrates, rédempteurs, gentilshommes et vénérables maîtres, en majorité militaires, se targuent davantage de leurs pouvoirs autocratiques, s’autorisant à briguer plusieurs mandats électifs bien que la Constitution de leurs pays ne le leur permette pas.

Après les pays tels que le Zimbabwe, le Burkina Faso, le Gabon, le Tchad, le Cameroun, une nouvelle retouche constitutionnelle est entrain d’être amorcée sur le territoire africain.

Les idées le plus couramment avancées pour justifier cette mesure sont immuables : le besoin de stabilité, la nécessité de poursuivre une œuvre inachevée, la réalisation d’un projet délaissé, la protection d’intérêt public et la réponse à une sollicitation populaire.

C’est le cas en Guinée, en Côte d’Ivoire… Car pendant que l’opposition proteste, les chefs suprêmes de ces pays continuent à briser les verrous constitutionnels.

Ismail Traoré

Étudiant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges / France

ismael172017@yahoo.com

Réflexion | Notre « noir » n’est pas causé par que du Blanc !

Certains militants afro-panafricanistes sont tellement obsédés par le fait « Homme Blanc », qu’ils perdent toute lucidité militante et intellectuelle jusqu’à vouloir dédouaner nos dirigeants Noirs tortionnaires et également nos propres tares abjectes. Genre, on était au paradis dans Mama Africa avant l’arrivée du Blanc (oriental ou occidental), et l’esclavage intra-africain serait importé… ou il n’existe pas du tout. Sauf qu’en parlant d’Afrique, je me demandais pourquoi parmi les Noirs, les tenants des traites (orientales et occidentales) trouvèrent facilement un marché d’hommes Noirs en masse sur plusieurs siècles alors que d’autres populations non Noires furent épargnées…!

Dans l’Histoire, d’autres peuples non Noirs ont subi l’esclavage, mais si le Noir a été essentialisé comme le « marqueur universel et originel » de l’esclave, revient à nous réapprendre profondément en matière civilisationnelle.

Pire, on devrait se poser certaines questions, pourquoi ça se passait à sens unique ce trafic d’êtres humains ?

Pourquoi ne trouve t- on pas aujourd’hui des populations blanches d’ascendance esclave dans des zones majoritairement Noires ?

Les diasporas afros d’outremer et en milieux orientaux d’aujourd’hui ne suffisent pas comme matière à questionnements perpétuels pour nous…?

Le célèbre kankan Musa dans son voyage en Orient, il avait beaucoup d’or dit – on mais également beaucoup d’esclaves sous son joug apparemment qui ne seraient autre chose que du Noir en masse. A t – il pu ramener tous ces esclaves à leurs terres originelles…?

Les souverains orientaux lui avaient-ils donné comme présents d’esclaves blancs issus de leurs sociétés orientales…?

En Occident d’aujourd’hui, quand un mauritanien Noir rencontre un africain black acquis idéologiquement à certaines thèses afrocentrées et anti-blancs, et lui parle d’esclavage, il sautille en indexant des méchants arabes qui seraient venus d’Orient pour nous réduire en esclavage. En répliquant que Non, ce sont des Noirs qui considèrent d’autres Noirs d’esclaves dans leurs propres communautés dites autochtones, et là il va se sentir perturbé amèrement…. et il peut même te suspecter d’être un vendu à la cause du monde Blanc…!

Et c’est Vrai pourtant !

La lutte anti-esclavagiste engagée dans les communautés soninkés en Afrique de l’ouest, symbolise les tristes et acerbes réalités de cet esclavage par ascendance . Voir et lire ces liens médiatiques :

https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26219&LangID=F

https://observers.france24.com/fr/20191118-resister-esclavage-ascendance-kayes-caste-malinke-soninke-peuls

KS pour le BLOG