Femme soninke, femme courageuse, et infatigable sur tous les plans. Elle demeure jusqu’à nos jours le soubassement, la fondation ou le socle de soninkara mais oubliée, marginalisée voire réduite en silence ou soumission totale.
Vu ce traitement inéquitable des femmes soninkés rurales que j’ai décidé de prendre ma plume à leur honneur pour alerter nos dirigeants, leaders, cheikhs, intellectuels et chefs coutumiers et de familles, le danger qui guette notre communauté.
J’avais écrit un précèdent article les différentes tâches quotidiennes qu’effectuent nos braves femmes. Face à une mondialisation en vitesse de croisière, toute société ou communauté battue sur les inégalités (sexe, castes, discrimination et analphabétisme) trouvera des sérieuses difficultés. Face à ce dilemme, qu’on ne peut pas changer toutes les sociétés ou communautés du monde, je commence par la mienne (soninkara) à alerter l’opinion communautaire. À cet effet, J’interpelle les intellectuels, les érudits, les cheikhs de tout bord à prendre leurs bâtons de pèlerins pour mener des campagnes de sensibilisation, de conscientisation sur l’analphabétisme des filles et l’impact négatif en découle sur la jeunesse soninké. Les femmes instruites, entrepreneures, indépendantes et clairvoyantes, assumez vos responsabilités face à l’illettrisme généralisé des filles du soninkara qui impactera tôt ou tard sur la jeunesse, notre avenir. Les campagnes de sensibilisations doivent commencer dans nos familles, quartiers, villages, pays. Me Abdoulaye Wade disait « dis moi quelle jeunesse tu as et je te dirai quel peuple tu auras ». Cette citation m’a poussé à approfondir davantage ma réflexion qu’est-ce que soninkara a fait pour demain, afin que son peuple répondra aux concerts de civilisations ? À ce niveau je suis très inquiet, nous savons tous que soninkara dans sa majorité est composée d’analphabètes et des émigrés. Cette émigration massive des forces vives a provoqué une hémorragie masculine laissant dans leurs localités d’origine des vieillards, des femmes et des enfants. La jeunesse en majorité analphabète, surtout sa frange féminine, suscite en moi la peur au ventre pour l’avenir de soninkara.
C’est pour cette raison que j’apporte ma contribution en proposant quelques modestes solutions ci-dessous :
■ Eradiquer toutes formes de discrimination
■ Promouvoir l’accès au savoir pour tous (sans différence de sexe)
■ Soutenir les femmes dans l’éducation des jeunes
■ Mener des campagnes de sensibilisation (radios communautaires villageoises, régionales et nationales) sur l’importance du savoir pour la communauté, surtout pour la frange féminine et son impact sur la jeunesse.
■ Instaurer dans nos localités des structures maternelles ou cases de tout petit car nos enfants sont envoyés à l’école tardivement par rapport aux normes qui existent ailleurs
■ Envoyer des filles à l’école en masse
■ Encourager et motiver les filles dans leur cursus de scolarisation
■ Eviter le mariage précoce des jeunes
■ Impliquer nécessairement les femmes dans les initiatives de développement et de prise de décisions
■ Accorder des postes de responsabilité aux femmes et les assister
🔹️Par Moussa Diakhité, assistant en insertion sociale en île-de-France
Voila 8 mois que la Mauritanie est dirigée par un nouveau Président, Ould Ghazouani. 8 mois dans la vie d’un pouvoir « nouveau », c’est peu, pourrait-on dire. 8 mois pour le changement, c’est trop peu. Mais 8 mois pour émettre les signaux d’un changement ou le début d’une nouvelle ère, c’est beaucoup trop.
Cela fait 8 mois que Ghazouani est au pouvoir avec des mots forts (intitulés mes engagements) et ce après 11 ans du régime de Mohamed Abdelaziz mais les maux sont encore là. Des maux vraiment perceptibles dans tous les domaines. Et pourtant le Mauritanien perdu, hypnotisé par cet espoir suscité par l’arrivée au pouvoir de Ghazouani veut toujours croire aux engagements de ce Président. Les citoyens attendent et les véritables signaux visibles et entretenus par le nouveau régime ne font, au contraire, que conforter les situations dans leurs certitudes qu’ils sont dans un rêve, une situation de réveil agité.
Les mots de Ghazouani sont forts mais les maux de notre chère patrie sont profonds et confondus avec nous-mêmes où les pessimistes pensent à l’impossibilité de cette Mauritanie rêvée qui permettra au camp des justes de se frotter les mains et aux morts de se reposer en paix. L’équation à résoudre est à inconnue connue, d’où sa complexité.
Si on simplifie le désastre étatique du pays auquel le président Ghazouani est confronté et que les citoyens impatients demandent du résultat, ce désastre peut se comparer à la situation de la commune de Sebkha qui à l’échelle de 1/NX1000. La situation de la mairie de Sebkha est suffisamment compliquée mais nous renseigne sur la délicatesse ou la pourriture de la gestion des affaires de ce pays ou certaines personnes de la haute sphère décisionnelle de l’Etat qui en sont responsables.
Les mots ne peuvent être les remèdes à ces maux. Ces maux qui, comme le virus coronavirus, nous dominent et risquent de dominer encore ce pays qu’on aime tant.
Et c’est ça la Mauritanie. Le maire a le droit et le citoyen est avec lui mais il est bloqué par un lobby qui contrôle la manne financière du marché depuis quelques décennies. L’autorité de tutelle inefficace ou complice laisse la situation pourrir. Ce maire, comme beaucoup de maires, est dépouillé de ses prérogatives. Il n’est rien, ne peut rien s’il n’accepte pas la concussion. Il ne pourra rien faire pour le citoyen de Sebkha s’il ne collabore pas avec le lobby de sangsues, fortes et tenaces. Sebkha est à l’image du pays… le chemin est encore long car nous devons repenser la Mauritanie. Un projet de pays mal pensé entre les mains des lobbys d’une primitivité inouïe comme des adolescents qui confondent leurs billes ou ce joueur de golf qui prend un œuf pour une balle… La Mauritanie, comme ces hommes et femmes justes, attend encore plus de nous pour donner un sens à notre existence. Exigeons de nous des efforts, beaucoup d’efforts qui restent à faire. L’Etat a failli et pour cela il y a des responsables… et le citoyen, à l’image de celui de Sebkha, commence à comprendre et connaitre, voire indexer les véritables ennemis de cette nation. Aidons à donner un sens à la décentralisation, au rôle des collectivités locales en soutenant l’expression effective d’une politique communale pensée et voulue par nous-mêmes, les citoyens.
Le citoyen au centre de l’action des politiques de développement, c’est aussi une promesse du président Ghazouani. Arrivera-t-il à extirper ce citoyen du « néant » malgré la puissance de ces mains invisibles… visibles ? Difficilement.
Voilà que la mairie de Sebkha, comme un atelier d’expérimentation des ambitions volontaristes, des idées novatrices et d’une bonne gouvernance avec comme règle servir le citoyen, risque d’être un rêve de plus d’un citoyen qui s’est cogné la tête contre le mur. Car cet ambitieux élan est entrain d’être stoppé net par les puissants lobbys que le jeune maire de Sebkha ne connaissait pas et ne connaît pas les ramifications incroyables, un groupe de puissants qui se voient tout permis dans une république perdue.
On comprend, maintenant, le principal problème du nouveau Président : la puissance des lobbys du système avec des intérêts mercantilistes exagérés. Pille, affame et écrase le citoyen mauritanien, prends-lui tout -même sa dignité – il te suivra comme une poule picorant des graines jetées au sol et qui peuvent l’amener droit au four. Des attitudes contraires aux promesses intitulées « Mes engagements » par l’actuel Président et qui mineront leur réalisation.
Le jeune Soumaré va-t-il échouer parce que refusant de servir les lobbys ? Ces lobbys l’en veulent depuis son refus de leur cadeau empoisonné (dix millions d’ouguiyas) offert par la fédération des commerçants au lendemain de son élection. Magot qu’il a gentiment retourné à la fédération….
Son projet pour cette cité est-il vraiment voué à l’échec à cause de la force des ces sangsues qui ont contrôlé et veulent continuer à contrôler le patrimoine de la mairie : le marché ?
Mon projet, mon avenir, le programme Ewlewiyatt, l’agence Taazour et d’autres encore… mais surtout la levée des poursuites contre les opposants à l’extérieur du pays, oui, voilà des signes annonciateurs de rupture d’avec l’époque d’Abdelaziz… mais des signes encore très insuffisants pour construire ce pays.
Que Dieu préserve la Mauritanie et assiste les justes sur ce long chemin de la déconstruction de l’entreprise, produit de ces maux qui plombent notre avenir et handicapent la bonne marche de ce pays…
Ce 18 février 2020 à Genève (en Suisse), l’honorable député Biram Dah Abeid a été primé par Le Sommet de Genève pour les Droits de l’homme et la Démocratie, du Prix du Courage – 2020. Une énième reconnaissance internationale d’un engagement droit-de-lhommiste pacifique entamé depuis de nombreuses années. Ce jour du 18 février 2020 lors d’une conférence plénière dans la ville helvétique au bord du lac leman, le président Biram Dah Abeid a brossé avec pertinence la réalité de grands déséquilibres multidimensionnels qui affectent notre pays depuis plusieurs décennies. Ainsi ces dernières heures, différentes réactions sont apparues à travers divers canaux médiatiques. Celle de Maître Bouhoubeïni, président de la Commission Nationale des Droits l’Homme (CNDH) , a retenu notre attention. Lors d’un point de presse, il se dit surpris par le fond du discours de Genève. Ainsi pour nous , rien de surprenant connaissant l’actualité qui prévaut dans ce pays en matière de déficit de Justice et d’Égalité entre les citoyens. Certes depuis l’élection controversée de l’actuel chef de l’Etat Ghazouani en juin 2019, nous avons constaté une esquisse d’ouverture qui finit par mourir dans l’oeuf du fait de la résistance des tenants suprematistes du systeme. Ainsi, l’ossature administrative, judiciaire et sécuritaire a renforcé la mécanique et les reflexes de pratiques discriminatoires et de violations de la dignité humaine notamment le blanchiment systematique des crimes atroces de l’esclavage. Les discours volontaristes que nous avons cru sincères de Maître Bouhoubeïni, commencent à montrer leurs limites amèrement et trés vites ont pris le ton et la teneur habituels chez les organisations gogos, toujours à la solde de la defense du gouvernement en contrepartie de subsides. Sur la problématique de l’esclavage, le cas Ghaya Maiga (fillette de 14 ans) et l’autre cas avéré de crimes esclavagistes, sur le petit Beibeu (garçon de 8 ans) au Guidimagha récemment, nous prouvent que la connivence habituelle entre les présumés esclavagistes et certains pans administratifs et judiciaires, sévit toujours hier du temps de Ould Abdel aziz qu’aujourd’hui avec le nouveau régime. En matière politique, certains partis et mouvements (IRA-MAURITANIE, RAG et FPC) sont toujours interdits sans motifs identifiés sinon qu’ils sont encartés comme étant des formations cataloguées par le régime en place comme étant defenseurs des causes des victimes du racisme et de l’esclavage en Mauritanie. Nous dirions que Maître Le president de la CNDH, Bouhoubeïni, a osé par cette conférence de presse, engager contre le defenseur des droits humains nouvellement primé à Genéve par le Prix du Courage, une campagne de diabolisation sans précédent. Allié à des activistes suprématistes et islamistes radicaux comme Mohamed Jemil Mansour et Sidi Mohamed ould Maham, respectivement anciens présidents des partis Tawasoul (d’aubedience frères musulmans) et le parti de l’Union pour la République, toujours au pouvoir. Les deux hommes avaient reclamé publiquement en 2012 et en 2014 la peine de mort contre Biram Dah Aveid et Mohamed Cheickh ould Mkhaitir qu’ils ont accusés d’apostasie. Le président de la CNDH, institution censée être indépendante selon des principes de Paris, se lance dans une guerre politique partisane en faveur du gouvernement en place.
Au lieu de concourir à l’enclenchement d’une dynamique pouvant affronter véritablement les écueils qui sapent l’instauration d’un véritable état de droit, la CNDH est exploitée par les tenants connus de la violence verbale et physique contre les défenseurs des droits humains pour assoir la persécution idéologique , la terreur sociale, le silence complice et le statu quo de l’injustice. D’ailleurs cet ordre inique et injuste que défend sans gêne le président de la CNDH, a ses racines au cœur du système étatique à différents niveaux. Aujourd’hui il n’est pas lieu de s’étonner du discours du président Biram Dah Abeid , mais il faudrait sérieusement et profondément exposer un diagnostic courageux et proposer des décisions gouvernementales fortes.
Mme Coumba Dada KANE Vice-présidente IRA Mauritanie Députée à l’Assemblée Nationale Mauritanie
■ Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Apostrophe à l’autorité exécutive
Le 18 février, la justice de la Mauritanie mettait un terme aux poursuites contre les opposants en exil Mohamed Ould Debbagh, Mohamed Bouamatou et Moustapha Limam Chafi. Également cibles de tentative d’émission de notices rouges auprès d’Interpol, les trois parcouraient le monde sans contrainte ; ils dévoilaient ainsi le caractère fantaisiste des griefs retenus par des juges aux ordres du Président d’alors, Mohamed Ould Abdel Aziz. Que le ministère public renonce, de lui-même, à sa propre requête en dit long sur l’instrumentalisation partisane du droit et son corollaire, la sujétion des magistrats à l’autorité du prince. La fin de la persécution permet aussi le retour, au bercail, du groupe de rap Oulad Leblade et du poète Mohamed Yahya Ould Lemsaïdov ; tous pourront désormais redonner libre court à leur art.
L’épilogue réjouit de nombreux compatriotes et rappelle notre plaidoyer, constant, afin de soustraire les instruments légaux du pouvoir, aux tentations de règlement de comptes avec les adversaires du gouvernement. L’acte de normalisation, porté au crédit du Président de la république Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, mérite compliment et adhésion.
Cependant, le climat d’apaisement et de transparence, revendiqué depuis le début du quinquennat requiert, d’urgence, la levée de l’interdiction de certains partis, en particulier les Forces Progressistes du changement (Fpc), Radical pour une Action Globale (Rag) et l’association Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M). Le Chef de l’Etat en avait d’ailleurs pris l’engagement, à mainte reprise, depuis son investiture.
Autre objection du moment, l’heureuse occasion ne saurait faire oublier que la police vient d’engager une sombre campagne d’arrestation, visant des dirigeants locaux de l’Alliance pour la refondation de l’Etat mauritanien (Arem), des activistes de la laïcité et des féministes de renom. Comme d’habitude, les enseignes et hauts parleurs de la domination entourent l’évènement, d’une studieuse censure.
Ira-Mauritanie réitère sa solidarité aux victimes de la coercition indue et réitère l’engagement à défendre l’Etat de droit, l’indépendance de la justice et empêcher la dérive du pays vers l’obscurantisme religieux.
Allocution du lauréat de la session 2020, Biram Dah Abeid, « Prix du Courage »
Mesdames et Messieurs les membres de la coalition du Sommet de Genève Chers membres du jury, honorable assistance
La session 2020 du « Sommet de Genève, pour les droits humains et la démocratie » me décerne, aujourd’hui, le diplôme du courage. Que l’honorable jury reçoive ma gratitude. Cependant, je souhaite exprimer une nuance : lorsqu’enfant, vous expérimentez l’injustice, l’héritez de vos aïeuls et risquez de la transmettre à votre descendance, l’affronter ne relève plus d’une option. Résister, tient, ici, de l’impératif de survie ; parce qu’il subsiste en vous un brin d’espoir, un résidu de volonté, votre humanité vous commande de vous battre, par réflexe ; votre corps et l’esprit qu’il abrite, même meurtris, vous enjoignent de relever la tête. Voici pourquoi, je ne pense mériter une si prestigieuse médaille ; nul ne doit être félicité d’aspirer – et d’agir – à une existence de bonheur et de paix, à l’ombre de l’équité.
Nous autres, noirs de Mauritanie, rejetons d’esclaves depuis des siècles ou victimes plus récentes de ségrégation, savons la rançon des efforts de relèvement que nous intime la lucidité de notre état. A l’image de tant de nègres au fil du temps et des civilisations, j’ouvrais les yeux sur le constat brutal de mon infériorité, laquelle m’expliquait-on, procède de ma peau sombre, des origines païennes de mes ancêtres et du vouloir de Dieu. Vous le voyez, un si mauvais départ ici-bas, m’exposait à devenir, tôt ou tard, l’ennemi public de quelqu’un. A partir de 2008, année de création de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M), j’ai cessé de courir devant le déterminisme de la lutte et accepté la fatalité du sacrifice.
En septembre, Ghaya Maiga, une fille mineure de 14 ans que ses maîtres exploitaient et frappaient, leur sera finalement livrée, selon l’injonction du juge d’instruction, malgré l’opposition théâtrale du procureur de la république. Ils s’empressèrent de la conduire, dans leur village, à plus de 1200 kilomètres et postèrent des images et messages de victoire, sur les réseaux sociaux ; en février 2020, déguenillé, déscolarisé et sans état civil, le garçonnet Beibbeu a fui l’enfer de la servitude congénitale. Au lieu de recevoir le secours de la loi, sera emprisonné et intimidé par les juges et gendarmes supposés le défendre. Il finira par retirer sa plaine et la demande de protection.
Dans le passé proche – et pour quelques uns encore aujourd’hui – nous mourrions au service d’une frange de nos compatriotes. Garder le bétail, creuser les puits, préparer la nourriture et la couche, accompagner les caravanes sous le soleil ardent, pieds nus, sans salaire ni horaire de travail, tel se présentait notre destin. Nos femmes, à peine vêtues, se prêtaient au viol, notre progéniture servait de cadeau de noce ou de naissance. Dispersés en guise héritage, aux quatre points cardinaux, nous étions vendus et troqués, contre une génisse, un dromadaire, une perle en pâte de verre, un anneau de cheville ou une amulette miraculeuse. Voici, résumé, l’univers mental où, adolescent, je me retrouvais, en demeure de forger une identité et imaginer un avenir.
En avril 2012, las de m’inscrire, à chaque occurrence, dans la rhétorique des sacralisations imposées par nos maitres, je décidais, après la prière du vendredi, de brûler, devant témoins, les livres dits de « droit musulman » qui codifiaient l’institution de l’esclavage. Aussitôt, les foules fanatisées submergèrent les mosquées et les rues, exigeant ma crucifixion ; des semaines durant, les médias publics et privés leur offriraient le monopole de la parole et le Chef de l’Etat de l’époque vint cautionner l’appel au meurtre. Arrêté au grief de rébellion vis-à-vis de Dieu, je n’ai dû mon salut qu’à la mobilisation de mes frères et de nos soutiens extérieurs. Je ne regrette un tel geste et le referais, volontiers. Pour une raison qui m’échappe encore, les ambassadeurs du Maroc et de Russie me blâmèrent en public et celui de la Syrie me défendit, à la télévision du gouvernement. Aucun représentant du Monde libre ne m’apporta le soutien auquel je m’attendais, au nom des droits humains, des valeurs de laïcité, de l’idéal républicain ou du devoir d’ingérence. Je vous épargne le récit sordide des humiliations et des sévices, à l’intérieur de deux mètres carrés, par temps de canicule, jour et nuit. Ironie du sort, c’est de ma cellule, que je fus élu député, dès septembre 2018. Les soldats en charge de me surveiller m’ont paru tristes de leur réclusion dans l’univers carcéral ; je les quittai, sans trop de regret mais avec un brin de pitié. Depuis décembre 2010, j’ai vécu quatre incarcérations. Mon organisation, toujours interdite, avoisine le record d’une vingtaine de procès et détentions accompagnées de torture. Aucun de nos tortionnaires n’a été inquiété.
A l’élection présidentielle de juin 2019, je talonnais l’actuel Chef de l’Etat, alors candidat des notabilités tribales et de l’armée. Malgré l’attestation massive de la fraude, je reconnus, le résultat erroné du vote. Ainsi, évitais-je, à mon bercail vulnérable, l’autodissolution dans une crise qui le livrerait au djihadisme violent, en embuscade alentour. Aux nouvelles autorités, j’ai tendu la main du dialogue ; je m’obstine à obtenir, d’abord, la reconnaissance d’associations et de partis réfractaires à la discrimination envers les noirs de filiation subsaharienne et l’annulation des poursuites contre d’illustres opposants en exil. Nous œuvrons à abroger la loi d’amnistie qui protège, depuis 1993, les auteurs de déportation de masse, de torture et de tuerie, forfaitures commises entre 1986 et 1991, au titre d’une tentative sanglante de changement de la démographie et d’effacement de la diversité linguistique, pour que la Mauritanie, enfin « arabisée », tournât le dos au Sahel, sa vocation. Permettez-moi, ici, de vous montrer deux visages des victimes de la tentative de purification ethnique en Mauritanie : Houleye Sall, âgée de 80 ans, s’obstine, depuis bientôt trois décennies, à obtenir la réhabilitation de son fils unique. Un parmi des centaines d’autres suppliciés, le lieutenant Abdoulaye Sall mourut, à 31 ans, d’un écartèlement entre deux voitures en mouvement, sur ordre de ses supérieurs au sein de l’armée.
Notre souffrance n’est en rien imputable à l’Occident, encore moins à la colonisation ou à la traite négrière. Elle nous vient de l’intérieur de nos sociétés d’Afrique. Comme nos géniteurs et leurs devanciers, nous endurions la persécution, infligée par nos concitoyens arabo-berbères ; pourtant, ensemble, nous partageons, la foi religieuse, le culte et souvent la langue.
Sur un autre front, nous continuons à réclamer l’accès équitable à l’état-civil et aux listes d’électeurs car nous habite la certitude de représenter une majorité de la population ; le poids des suffrages, un jour, obligera nos juges à cesser de couvrir le crime d’esclavage et de banaliser le « négrocide » ; ils glorifieront le droit international, accepteront un minimum d’universalité et renonceront aux feintes du relativisme culturel. Un jour, la Mauritanie abrogera l’article 306 du code pénal dont le zèle post-coranique punit de mort, séance tenante, le refus de prier, le blasphème et l’apostasie, sans possibilité de repentir. J’ai failli en mourir. Appliquer les lois de Daesh et prétendre combattre le terrorisme relèvent de l’aporie et d’un mensonge létal. Mon pays, la Mauritanie constitue, à présent, l’environnement favorable à l’instauration d’une théocratie islamiste. Cette vérité taboue, je l’assume devant vous, aujourd’hui, en qualité de lanceur d’alerte.
Je salue, ici, les centaines de jeunes, les dizaines de lettrés et d’intellectuels, braves dissidents, issus des féodalités que nous nous acharnons à défaire ; ils portent haut et loin, l’élan de générosité et de volontarisme où je puise l’intensité et la constance de l’argument. Avec votre permission, je leur dédie ce prix du courage.
Honorable assistance, la distinction de l’année consolide mon engagement sur la voie de l’alternance pacifique, grâce au pouvoir des urnes. Certes je ne puis respecter les valeurs de qui m’opprime mais, jamais, je n’encouragerai un coup d’Etat, une sédition ou un quelconque usage de la force. Les mots, vecteurs d’idées subversives et de propositions de réforme, restent nos armes exclusives. Nous voulons persuader au lieu de susciter la crainte. La peur mène à la surenchère, la surenchère tue et nous aimons la vie.
This year’s Aichana Award recipients are Rory Hoskins, Forest Park Mayor, Antonio Sola, Human Rights Leader and Founder of Commonsense Foundation and Black Remembrance Project. They are recognized for their outstanding work on slavery and its legacy, and global human rights. The event was filled with symbolism as it took place at the Historic Stone Temple Church on February 12th, the Month of Black History. It is important to mention that the Stone Temple Church was the very first church to courageously hosted Dr. Martin Luther King, Jr. in Chicago despite of the challenges of that time.
During the event I was moved by the story of Mr. Eugene Horton, released from Illinois State prison after serving 48 years for a crime he did not commit. Interestingly, he has been inspired by his own experience to advocate for justice.
Congratulations to the awardees, heartfelt thanks to Bishop Derrick Fitpatrick and Reshorna Fitzpatrick for generously hosting the event. And kudos to the board of Abolition Institute.
✅Français : Prix Aichana Abeid Boilil 2020
Les lauréats du Prix Aichana de cette année sont Rory Hoskins, Maire de Forest Park, Antonio Sola, Leader des Droits de l’Homme et Fondateur de Fondation Bon Sens et Black Remembrance Project. Ils sont reconnus pour leur travail exceptionnel sur l’esclavage et son héritage, ainsi que sur les droits de l’homme dans le monde. L’événement était rempli de symbolisme car il a eu lieu à l’église historique, « Stone Temple Church » le 12 Février, le mois de l’histoire des Noirs « Black History Month ». Il est important de mentionner que Stone Temple Church était la toute première église à accueillir courageusement Dr Martin Luther King, Jr. à Chicago malgré les défis de l’époque.
Durant l’événement, j’ai été profondément ému par l’histoire de M. Eugene Horton, libéré de la prison d’État de l’Illinois après avoir purgé 48 ans pour un crime qu’il n’a pas commis. Inspiré de sa propre expérience, il est devenu un ardent défenseur de la justice.
Toutes nos félicitations aux lauréats. Merci du fond du cœur à Mgr Derrick Fitpatrick et Reshorna Fitzpatrick pour avoir généreusement abrité l’événement. Et bravo au conseil d’administration de Abolition Institute.
🔹️Tentative de dissimulation, recel et blanchiment de crime
Une attitude prévisible
Comme nous le pressentions à l’occasion d’une note d’alerte du 13 février, sur le récent cas d’esclavage, dans la région du Guidimakha, la fabrique du déni automatique et de la contrefaçon s’est mise en branle, comme un réflexe. Une vidéo partagée au fil des réseaux sociaux expose la nouvelle version de l’enfant victime de travail forcé, avec le concours de ses présumés parents, tous en plein exercice de falsification. Ils contestent les faits initialement allégués et accusent l’Ira d’avoir inventé le récit. Entouré des adultes auteurs de son sort, le garçonnet de 8 ans témoigne contre la dame qui l’a recueilli, chez elle, au village de Zweinliya. Selon lui, elle l’aurait contraint à raconter une fausse histoire, en l’occurrence celle de l’audio où il explique son calvaire et les raisons de sa fuite, loin du bercail, à la recherche d’un asile. En somme, le maître devient un oncle, Beibbeu n’a jamais été molesté ni obligé de garder le bétail et, surtout, il se serait perdu dans la nature, jusqu’à son arrivée dans une localité distante de 13 km environ. Il convient de bien visionner le film de propagande (cliquer ici) pour défaire le montage et en dénouer les ficelles.
Une tradition d’imposture
Depuis la dictature du Colonel Ould Taya et ses déboires fameux avec l’association SOS Esclaves, les services de sécurité se sont habitués à la posture défensive du démenti, peu importent les moyens requis à la réalisation d’une telle fin. Pour produire de la fraude en vue de travestir l’actualité de l’esclavage, tribu, parents, connaissances, proches, voisins ou badauds sont soumis à un cumul de pression – de la menace à la promesse, en passant par l’achat des consciences.
En vertu de cette jurisprudence du pire, l’honorable Mohamed Ould Ikabrou, Procureur de la république à Selibaby, déclarait aux militants de Ira venus dénoncer la maltraitance et le trafic de personne, que la lanceuse d’alerte, à l’origine de l’affaire, est une « ressortissante du Mali » prise en flagrant délit de nuisance à l’image de la Mauritanie. Or, la brave Hawa Mint Bilal secourait un humain en bas âge, guenilleux, épuisé et urinant le sang. Au lieu de lui décerner une distinction nationale du mérite et lui confier la garde de l’enfant avant la décision de justice, l’Etat oppose à Hawa le soupçon et l’opprobre. Ainsi, de confusion en doute, l’on oublie le fond du contentieux : Comme la fille Ghaya Maïga en septembre 2019, Beibbeu, déscolarisé et travailleur sans salaire ni état-civil, se retrouve à la merci de ceux qu’il a fuis. Le constat factuel ne souffre aucune réserve. Cependant, dans la logique du système de domination, un rejeton de famille servile peut être exploité par les siens.
Un pouvoir faible et miné de l’intérieur
Les cas de Beibbeu Ould Cheikh et de Ghaya Maiga dévoilent le tâtonnement d’une gouvernance, sans cesse tiraillée entre façade de modernisation et enracinement du conservatisme. Les juges en charge d’appliquer la loi ignorent le principe de prééminence du droit international sur les normes internes. En vertu de leur socialisation, la plupart qualifient l’esclavage de pratique prévue dans la Charia’a et, à ce titre, de l’ordre de la normalité islamique. En Mauritanie, le prétexte extensible de la religion couvre une infinité d’abus. L’impasse requiert des interrogations :
Comment le gouvernement mauritanien compte-t-il résoudre la situation de Beibbeu et de ses frères et sœurs dont lui-même relatait l’infortune, avant son retournement ?
Quelles mesures de sanction ou de récusation, le Garde des sceaux entend-il diligenter à l’endroit du magistrat Ould Ikabrou, s’il souhaite garantir un traitement équitable par le Parquet ?
A partir de quel moment, la doctrine officielle en matière d’esclavage et de racisme évoluera-t-elle, du tripatouillage laborieux à l’acceptation de la vérité ?
S’il existe, au sommet du pouvoir, une volonté d’en finir avec la décennie de l’occultation et des faux semblants, pourquoi la continuité de tels comportements prévaut-elle encore parmi les fonctionnaires et auxiliaires de de la justice ? Autrement dit, l’autorité politique dispose-elle d’un centre de décision ou subit-elle, en son sein, la compétition d’intérêts divergents ?
Conclusion
Des secteurs de l’appareil d’Etat œuvrent à rebrousse-poil des intentions de réforme – d’ailleurs revendiquées à vide – depuis l’alternance de juillet 2019 ; quand la police diffuse des d’images et des vocaux relatifs à des enquêtes en cours, elle suscite la demande sociale de coercition et instille, aux citoyens les germes de la discorde ; hormis le dysfonctionnement, révélateur de lacunes de déontologie et d’éthique dans une profession en surcharge d’impromptu et de bavure, l’hypothèse d’un complot de déstabilisation endogène prend forme. Il appartient au Président de la république et à son Premier ministre d’y faire face.
Aujourd’hui ce samedi 15 février, une visite de courtoisie et de fraternité autour de notre honorable référent traditionnel de la communauté GANBANAAXU – Nouakchott. Monsieur Biranté Koné a eu l’honneur d’être désigné le 11 février 2020 comme doyen de la communauté au niveau de Nouakchott. Basant sur les critères du droit d’aînesse, sa désignation est d’une symbolique d’ordre fraternel et citoyen. Mr Koné est originaire du village de Bouanze dans le Guidimagha.
Aucune ségrégation ou discrimination patronymique et statutaire, ne fait partie de nos valeurs de respect et de considération à l’endroit des personnes âgées. Nos règles sociales sont en phase avec les principes fondamentaux qui régissent l’ordre républicain et démocratique prévu et promu par les institutions publiques dans nos pays. Les humiliations symboliques subies dans l’ancien régime féodalo-esclavagiste soninké , n’affecteront plus notre DIGNITÉ HUMAINE.
Ce 11 février 2020 correspond au 30ème anniversaire de la sortie de prison d’une icône de la lutte pour la JUSTICE et L’ÉGALITÉ, le sud-africain Nelson Mandela. Ce dernier disait :
《J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J’espère vivre assez pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. 》
🔹️Notre devise aujourd’hui : Ni maîtres de personne, ni esclaves de personne aussi.
Le Conseil des Présidents de la CVE/VR a reçu ce jeudi 13 février 2020 une délégation conjointe d’IRA Mauritanie et du parti RAG conduite par Madame l’Honorable députée Coumba Dada Kane et comprenant M. Balla Touré, Secrétaire général du RAG, M. Elhadj El Id, Coordinateur de IRA Nouakchott et Dah Boushab. Après le discours de bienvenue du Docteur Alassane Dia, Mme Kane a pris la parole pour transmettre les salutations du Président Biram Dah Abeid et ses félicitations au Conseil des Présidents de la CVE/VR, suite à la mise en place des nouvelles structures de la coalition. Ce fut ensuite au tour des membres des deux délégations de prendre la parole pour mettre l’accent sur la convergence des objectifs. Il en est apparu que les deux groupes sont tout autant animés par l’intention de bâtir une Mauritanie juste et égalitaire, réconciliée avec elle-même.
Les deux délégations sont convenues de se revoir très bientôt pour étudier les modalités pratiques de leur collaboration.
Nouakchott le 13 Février 2020 La Cellule de Communication
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