Mauritanie, Abou Hafs: Le projet de loi sur le genre est dictée par les organisations et pays occidentaux mécréants (Audio transcrit , Source le Calame)

Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux
Louange à Allah, nous Le louons, implorons Son aide,⁰ Lui demandons pardon et cherchons refuge auprès de Lui contre nos propres maux et contre les actions mauvaises que nous serions amenés à commettre. Celui qu’Allah guide dans le bon sens ne peut être désorienté par qui que ce soit et celui qui est désorienté ne peut n’est pas guidé vers la bonne direction. J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu qu’Allah seul qui n’a pas de partenaire et j’atteste que Mohamed est Son serviteur et Son messager Et je témoigne que Muhammad est son serviteur et messager, que celui-ci a fait parvenir le Message, s’en est acquitté avec honnêteté, a servi loyalement la Nation et a accompli le Jihad jusqu’au bout sur la voie d’Allah.


La loi sur le genre ou la loi portant protection de la femme et de la jeune fille, comme elle a été appelée récemment, est une dangereuse loi. Il s’agit d’une très mauvaise loi. Cette loi réunit plusieurs défauts : c’est une législation ne tenant pas compte d’Allah, qui est contraire à la chariaa, qui est choquante, qui tranche avec les valeurs et la morale de la communauté musulmane. Il s’agit d’un texte qui participe à la destruction du foyer familial, à la désintégration du tissu social et qui représente une injustice à l’endroit de la femme et de l’homme, tous les deux. Nous passerons ultérieurement les articles de ce texte, qui sont en porte à faux avec le Coran, la Sunna et avec les questions faisant objet de consensus à travers la Oumma islamique.


Pour le moment, ce n’est pas le lieu de nous arrêter sur ces différents points parce qu’il s’agit ici de faire des interventions succinctes en réponse aux questions posées durant le présent épisode de cette émission.


Le plus grave, s’agissant de cette loi et là où elle contrevient le plus aux normes islamiques, c’est qu’elle représente une législation qui ne tient pas compte d’Allah Le-Tout-Puissant. Or, Allah le Tout-Haut dit : « Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, les voilà les mécréants. » Et Il dit : « Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. » Et encore : « Ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont les pervers. » (Sourate Al MA’IDA, versets 44, 45 et 47)
Et comme c’est exclusivement Allah qui est vénéré, c’est aussi Lui seul qui légifère. Allah est donc seul à monopoliser le droit d’être vénéré et de légiférer et il a dit : « et Il n’associe personne à Son commandement. » et aussi « Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu’il fasse de bonnes actions et qu’il n’associe dans son adoration aucun à son Seigneur ». (Sourate Al Kahf, versets 26 et 110) La loi en question est une législation qui ne tient pas compte des obligations islamiques et n’est guère autorisée par Allah car elle contredit le Livre, la Sunna et le consensus de la Oumma.
La deuxième raison qui fait que nous nous tenons contre cette loi, que nous œuvrons pour son rejet et appelons tout le monde à y contribuer, c’est qu’il s’agit d’un texte qui incarne l’obéissance aux mécréants sur des points contraires aux ordres de la religion islamique. Allah dit : « Si vous leur obéissez, vous deviendrez certes des associateurs. » (Sourate Al AN’Am, verset 121). L’obéissance aux mécréants sur des sujets contraires aux prescriptions religieuses représente une entorse à l’obligation de croire à l’unicité d’Allah (chirk), comme c’est dit expressément dans le Saint Coran. Et cette loi, c’est connu, est imposée par des organisations internationales, des forces et des associations dont l’ONU, les Etats occidentaux qui œuvrent ensemble à la destruction de la famille islamique à travers l’adoption de lois pareilles. Cela apparaît clairement à travers la formulation de ce texte, à travers son contenu et à travers la nature des milieux qui militent à son adoption. Même, après la 3e révision de ce texte, certains parmi ses articles comprennent toujours des expressions et des contenus qui montrent qu’il s’agit bel et bien d’un texte imposé de l’étranger, qui n’a rien à avoir avec notre religion ni avec notre culture, ni avec nos valeurs ni avec nos coutumes.
L’autre question, qui nous dicte de nous opposer à cette loi, c’est qu’elle est en porte à faux avec la constitution. La loi fondamentale de la République Islamique de Mauritanie précise que la Chariaa islamique est l’unique source de législation. Elle proclame en son préambule, l’attachement à la religion islamique, précise que la Mauritanie est une République islamique et que l’Islam est la religion du peuple et de l’Etat. En conséquence, toute loi et toute disposition contraire à l’Islam est, par la force des choses, anticonstitutionnelle et est donc nulle et non avenue.
Parmi les articles de cette loi et qui sont clairement en porte à faux avec le Livre, la Sunna et le consensus des oulémas de la Oumma, il y a que ce texte considère comme un crime le fait pour un époux d’encadrer sa femme, de la discipliner en recourant même s’il le faut à la sanction physique autorisée par Allah quand Il dit : « Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les ». (Sourate Annissa, verset 34). Cette sanction physique, consistant à battre la femme sans atrocité, sans provoquer de blessures ou de fractures sans méchanceté, déterminée par le législateur islamique, est déclarée licite par le Saint Coran alors que du point de vue de cette loi, cela représente un crime qui est réprimé. Parmi les articles expressément contraires au Livre, à la Sunna et au consensus des oulémas, il y a le fait pour cette loi de stipuler que l’époux ne saurait imposer un quelconque comportement ou attitude à son épouse sous peine de se voir appliquer une peine d’emprisonnement. Or, du point de vue de la Chariaa, l’époux est le responsable du foyer et c’est à lui qu’incombent tous les devoirs envers la famille. Allah dit en ce sens : « Ô vous qui avez cru! Préservez vos personnes et vos familles, d’un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres » Sourate Ettahrim, verset 6. Et Il dit : « Et commande à ta famille la Salat, et fais-la avec persévérance ». (Sourate TAHA, verset 132) Donc, si un époux impose à sa femme de porter le voile et de ne sortir que si elle le porte, ceci est considéré comme un crime du point de vue de cette loi. Imaginez là que si un père empêche, par exemple, sa fille de suivre un film pornographique, cette loi donne à cette fille le droit de porter plainte contre lui pour l’avoir empêchée de jouir d’un droit culturel qui lui est reconnu. Si d’aventure cette fille ne porte pas plainte, la loi confère aux organisations féminines de le faire en ses lieux et place. Si ces organisations le font, le père sera puni pour avoir empêché sa fille de suivre le film en question, la mère de la fille sera sanctionnée pour ne pas avoir dénoncé son mari et les enfants seront punis eux-aussi pour ne pas avoir porté le crime commis par leur géniteur à la connaissance de la justice. Vous vous imaginez tous les graves développements pouvant naître de cette catastrophe ! Ce ne sont là que des exemples et les circonstances ne permettent pas de citer tous les cas de figures pouvant résulter de l’adoption de ce texte. Le tout, sans compter que cette loi a consacré les peines prévues par le droit positif auxquelles elle a cédé la place des sanctions instituées par le code pénal islamique.
En plus de tout cela, ils ont dit que l’objectif visé par cette loi est la protection de la femme, de l’épouse et de la jeune fille alors qu’en réalité, elle ne leur confère aucune protection. La preuve en est que dans les pays occidentaux et dans les pays islamiques qui ont adopté cette loi, il y a une recrudescence des crimes de viol et d’agression contre les femmes qui dépassent 10 fois le taux de faits similaires en pays où cette loi n’est pas en vigueur. A chaque minute qui passe, il y a des centaines de viols et d’agressions contre les femmes dans les pays occidentaux où cette loi est appliquée alors que les autres pays respectueux de leurs valeurs religieuses et culturelles, qui n’appliquent pas cette loi, ne leur sont pas comparables du point de vue de la fréquence de ces faits répréhensibles.
En réalité, cette loi ne préserve pas la dignité de la femme, ne protège pas ses droits mais, au contraire, consacre une injustice contre elle et contre l’homme également. Parce que tout jugement qui n’est dérivé des lois divines représente une injustice. Allah Le-Tout-Puissant a dit : « Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, les voilà les mécréants ». (Sourate AL MA’IDA, verset 44).
Et ce qui est curieux, c’est que cette loi n’a pas fait cas de droits fondamentaux de la femme et de la jeune fille qu’Allah a imposés et garantis. Cette loi ne parle pas du droit de la mère à jouir de l’obéissance et de la bonté de ses enfants et ne fait pas cas du droit de la jeune fille à l’éducation, à la préservation de sa dignité et aux bons soins des parents. Cette loi se limite à parler de certains aspects visant à détruire la famille et à la faire dévier par rapport à la législation islamique. Donc, c’est une loi contraire à la chariaa qui matérialise la soumission aux mécréants et l’obéissance à eux en ce qui concerne des questions prohibées par la religion. En plus, elle est anticonstitutionnelle parce que la loi fondamentale stipule que la chariaa est source de droit ; elle est contraire à nos valeurs, à notre culture,
constitue une menace pour la famille et n’apporte rien à la protection de la femme et à la garantie de ses droits. De ce fait, on doit combattre cette loi et œuvrer à son rejet.

Audio whatsapp du 17 mai 2020

©️ Crédit source: le Calame via adrar.info http://adrar-info.net/?p=62981

Mauritanie : Un officier de police judiciaire viole une mineure descendante d’esclave

🔹️Note d’information

Le 15 mai, le juge d’instruction et le ministère public de la ville d’Aïoun, chef-lieu de la région du Hodh occidental, inculpent, de « viol sur mineure » et « transgression des préceptes de Dieu », le Commandant de la gendarmerie de la localité de Twil. Certes, les juges ont ignoré les délits flagrants d’exploitation de mineur(e), d’obstruction à la loi et les tentatives de subornation de témoin, mais ils viennent d’ordonner le dépôt du prévenu, en prison. Il est rare, en Mauritanie, que des agents de la force publique répondent de leurs excès de pouvoir. Il convient de souligner l’importance de l’évènement, non sans en dérouler la genèse et les avatars, quand ils attestent des atteintes caractérisées à la dignité de la personne.

Le déclenchement

Le 12 mai 2020, la section Ira-M de la région du Hodh Elgharbi, à Aïoun, apprend que le commandant de la brigade de gendarmerie dans l’arrondissement de Twil, a été dénoncé par la mère et l’oncle d’une fillette de 12 ans, victime de sévices sexuels. L’enfant, Toutou Mint Kaber, est hartania, c’est à dire issue de la communauté des descendants d’esclaves que la terminologie pudique des gouvernements de Mauritanie, qualifie de « couche vulnérable » ; il s’agit du groupe social le moins exposé à l’instruction, aux services universels de base et sans doute le plus familier de la misère. Au lendemain de la nouvelle, le responsable local de d’Ira, Elhacen Ould Saleck et son adjoint Hamadi Ould Abeidallahi, se transportent vers Twil. La délégation, grâce à ses investigations sur le terrain et aux témoignages de proches, a pu recueillir, situer et corroborer les faits suivants :

  1. L’ultime responsable de la sureté des lieux et de la police judiciaire à Twil, le commandant de la brigade de gendarmerie Ahmed Taleb Ould Elmokhtar Ould Cheikh, a loué la fillette Toutou, pour le ménage et les menues commodités de la maison, depuis le début de l’année 2020. Celle-ci œuvrait, chez lui, comme domestique, en contrepartie de subsides d’un montant indéfini, dont sa maman jouissait. Pauvre et démunie, la mère habitait une manière de galetas, parmi d’autres logement de fortune, à proximité de la demeure du protecteur. La maman, Arba Mint Kaber, dit avoir installé sa hutte près du domicile d’un représentant de l’Etat. Ainsi, elle bénéficierait de la sécurité et de la justice, souci en vertu duquel, elle plaçait sa fille chez un gradé de gendarmerie mais aussi afin de gagner une meilleure nourriture et améliorer l’ordinaire.
  2. Or, au début du mois de mai 2020, la jeune employée de logis se sentait malade et se plaignait de douleurs et d’un mal-être diffus. Son employeur, l’officier de police judiciaire, l’emmène au centre médical où le personnel de santé informe, Ahmed Taleb Ould Elmokhtar Ould Cheikh, que sa servante se trouve en grossesse, de trois mois ou plus. Le gendarme aurait demandé, à ses interlocuteurs, de procéder à l’avortement mais ils se seraient abstenus de déférer à de telles instances. Le représentant de l’Etat décide, alors, de recourir à l’oncle maternel de la petite, le sieur Sghair Ould Kaber, auquel il promet 15 mille ouguiyas nouvelles, soit 340 euros, en compensation du silence des parents ; en « bon musulman », il promet de convoler avec la fillette grosse de ses œuvres, selon les prescriptions de la charia, dès qu’elle accoucherait. L’oncle décline la proposition et demande, d’abord au gendarme, d’avouer son forfait. Ce dernier élude la réponse, ajourne la discussion et accorde rendez-vous, à son contradicteur, chez les parents de la victime, en soirée du 11 mai 2020. À l’heure dite, le visiteur arrive, en compagnie d’une imposante députation de notables locaux, sous la conduite du maire de Twil. Devant témoins, il propose de remettre, aux parents 100 mille ouguiyas – 2400 euros – en guise de forfait, assorti de l’engagement définitif à clore le contentieux, ici et maintenant.

Le dérapage

  1. La famille refuse l’offre d’arrangement. Le commandant de brigade, furieux de subir l’affront en assemblée, lance un défi, à la cantonade : « aucune autorité et aucune justice ne me fait peur ; allez, vous plaindre là où vous voulez ! » Aussi, le matin du 12 mai, la mère et l’oncle, accompagnés par la fillette, portent-ils plainte au chef d’arrondissement de Twil, qui relève de l’autorité administrative, en somme le Ministère de l’Intérieur. Selon les requérants, le fonctionnaire fut très ému par le récit et surtout le détail circonstancié de la contrainte à visée sexuelle. Aussitôt, il rédige une lettre adressée au Procureur de la république du tribunal du Hod Elgharbi. Il y stipule que la fillette Toutou confirme ses griefs contre le commandant de brigade de la gendarmerie de Twil et transmet l’affaire à la compétence du magistrat.
  2. Le soir du 12 mai, la victime, sa mère et l’oncle, sont arrêtés et mis en cachot dans les locaux de la brigade de gendarmerie. Et jusqu’à la fin de la journée du 14 mai, les trois ont pris la place du bourreau, conformément à la jurisprudence factuelle de la république islamique de Mauritanie ; selon les témoignages concordants, les prisonniers subissent les intimidations et brimades, pour modifier leurs témoignages et imputer les faits délictueux à d’autres auteurs, notamment parmi la communauté d’ascendance servile. Les anciens maîtres maures, ne devant répondre du viol sur une mineure noire, la gendarmerie de Twil interpelle trois jeunes hratin du village et d’alentour ; deux d’entre eux restaient, en détention, le 14 mai. L’Apartheid empirique de Mauritanie commande la poursuite et la condamnation des coupables de substitution, de sorte que l’impunité, continue d’assurer, à une frange de la population, la garantie de sa prééminence.

Enseignements et recommandations

De facto, la Mauritanie ne protège, les mineurs, de l’asservissement par les adultes, malgré son empressement à signer les normales mondiales en faveur de l’enfance. Pour des raisons à la fois religieuses et anthropologiques, l’opinion accorde, aux parents, une souveraineté déliée sur leur progéniture. Ainsi, des milliers de fillettes et de garçonnets s’échinent-ils au labeur, à l’abri de la moindre assurance-santé ou protection contre l’abus, en particulier la maltraitance, l’usage de la correction corporelle, le mariage forcé et les mutilations génitales féminines ; le salaire, s’il y en, est souvent versé au tuteur. La pratique concerne, à une majorité écrasante, les rejetons de familles hratine, en bas-âge. La présence de ces ombres noires ponctue le quotidien de beaucoup de foyers arabo-berbères où elle perpétue la division raciale du travail, legs de siècles d’esclavage à sens unique ; néanmoins, la barbarie envers les mineurs, surtout les filles, n’épargne aucun milieu. La société tolère les pratiques de l’infériorité infantile et considère, avec méfiance et fanatisme, l’intervention de l’Etat ou du magistrat, au secours du mineur menacé par les siens.

En Mauritanie, le moment est venu de ratifier l’ensemble des instruments de droit international, protecteurs de la femme et de l’enfance – dont, en premier, le protocole de Maputo à la Charte africaine – et les inscrire dans le corpus juridique du pays, à l’occasion d’une loi spécifique. Alors que le Parlement examinera bientôt les termes du projet de pénalisation de la violence au genre, Ira Mauritanie propose, à ses alliés dans l’Assemblée nationale, de s’efforcer, en synergie, à l’éclosion d’une norme qui préserve, les non-majeurs, des outrances et de la débauche, infligés au sein de la parentèle et sous l’immunité des liens du sang. A cette fin, le Commissariat aux Droits de l’homme, à la lutte contre la Pauvreté et à l’insertion est tenu, statistiques à l’appui, de produire et réactualiser, pour les besoins de la comparaison et de la prévention, une cartographie de la vulnérabilité selon l’âge.

Initiative de résurgence abolitioniste en Mauritanie (Ira-M)


Nouakchott, le 15 mai 20120

Mauritanie – Covid-19 : quelques précisions sur la situation, par le ministre de la santé

Le ministre de la santé a donné ce soir une interview pour apporter quelques précisions quant à la situation actuelle dans le pays.

Voici les principaux points qu’il a abordé.

  1. Le ministre a déclaré que nous sommes actuellement dans la 2ème phase de l’épidémie.
    Toute épidémie présente 3 stades:
  • L’émergence de cas individuels
  • La propagation des cas
  • L’endiguement des cas
    Le gouvernement a pris une série de mesures pour freiner la propagation du virus sur le territoire, mais la propagation de l’épidémie dans les pays voisins représente un défi majeur.
  1. La situation est sous contrôle, comme l’a déclaré le Président de la République, car la plupart des cas sont en contact avec nous et diagnostiqués individuellement.
  2. Nous sommes donc dans une nouvelle phase de l’épidémie, qui nécessite de prendre de nouvelles mesures, dont la plus importante est la prise de conscience par les populations de leurs responsabilités.
    La responsabilité incombe à chaque citoyen de respecter toutes les mesures de précaution.
  3. Nous ne pouvons pas revenir en arrière en ce qui concerne les mesures d’atténuation qui avaient été prises récemment et tout fermer car cela est trop néfaste pour la condition des citoyens.
    Il faudrait que les citoyens comprennent que tout déplacement doit être évité et se faire uniquement lorsqu’il est absolument nécessaire. Toute réunion ou toute activité professionnelle qui peut être évitée doit l’être pour freiner l’épidémie.
  4. Les marchés resteront ouverts mais les autorités de sécurité veilleront à ce que les personnes qui s’y rendent soit équipées d’un masque. Des dispositifs seront également mis en place pour permettre de se laver les mains aux alentours des marchés.

Les mosquées ne seront pas fermées non plus mais chaque personne devra apporter son propre tapis de prière et porter des masques. Si le gouvernement constate que les mosquées sont une source d’infection généralisée, elles seront fermées et le calendrier du couvre-feu sera strictement respecté.

  1. Désormais, nous allons faire des investigations pour détecter les cas et ne plus attendre qu’ils se manifestent. 15 équipes mobiles sillonneront dans chaque wilaya de Nouakchott et seront reliées au centre d’appels.
    On voudrait éviter que les gens se rendent dans les établissements de santé mais qu’ils soient pris en charge par ses équipes qui viendront vers les personnes suspectées.
  2. Sur instruction du Président de la République, nous intensifierons les examens et les patients seront entièrement couverts.
  3. Le ministre a tenu également à préciser que 85% des patients ne ressentent aucun symptôme et 10% ne se plaignent que de symptômes bénins, et si les autres sont pris en charge rapidement, leur état de santé ne se détériorera pas.
  4. Nous avons fourni du matériel de protection aux médecins et nous obtiendrons d’autres équipements dans les deux jours qui suivent. Dans 2-3 jours nous allons recevoir de nouveaux équipements qui seront distribués à l’intérieur du pays car à Nouakchott, nous avons toutes les exigences pour lutter contre le virus.
  5. Nous avons formé un comité qui a visité le centre d’appels pour évaluer leur performance et leur donner de nouvelles instructions.
    Le ministre invite également à contacter directement le ministère via sa page Facebook pour tout cas suspicieux.
  6. Il y a trois jours, nous avons pris des mesures pratiques pour acheter des médicaments connus pour être rares. Nous mettrons à disposition des médicaments pour les maladies chroniques dans les hôpitaux publics.
  7. En toute transparence, le ministre a déclaré que l’épidémie va se propager et donc de nouveaux cas seront enregistrés mais l’intensité de cette propagation dépend de la responsabilité et du comportement des citoyens.

actualite #mauritanie #santé #coronavirus

©️Crédit source: La Page FB – La Vision (15/05/2020)

Nouakchott covid Bana Blanc : l’impardonnable négligence du ministère de la santé

Après les chants à la gloire de la lutte contre une épidémie fantôme, après avoir osé dire qu’il n’y a plus de cas de Covid en Mauritanie avant de faire machine arrière face à l’énormité de la bêtise car nul ne saurait en savoir quelque chose, voilà qu’une épicerie des quartiers chics est touchée via la famille des propriétaires dont l’un des membres a perdu la vie à 63 ans.

 Nos condoléances à toute la famille.

 Des membres de la famille ont été testés positifs. Depuis c’est la panique. L’Etat demande à tous ceux qui sont passés récemment à l’épicerie d’aller se faire tester. Quand on sait la fréquentation de ces endroits, on imagine qu’il peut s’agir facilement de milliers de personnes qui peuvent potentiellement contaminer à leur tour leur famille.

 De Nouakchott, des proches cherchent à savoir où aller se faire tester. Ils ont appelé le 1155 en vain. Personne ne peut leur dire où aller exactement.

Qu’est-ce que le ministère de la santé pouvait y faire ?

 Etant en Italie, j’ai pu observer au quotidien ce que l’Etat a fait, ce que les supermarchés et autres commerces ouverts ont mis en place comme mesures barrières. J’ai vu comment le pays a été géré lors du confinement et comment le déconfinement est engagé…

 Si la richesse d’un pays permet d’agir avec plus de soutiens financiers pour les populations comme la France a pu le faire, là où l’Italie a des difficultés, reste qu’avec seulement 4 millions d’habitants, une population jeune et des milliards obtenus pour le fonds de solidarité sans parler des richesses du pays, la Mauritanie pouvait éviter l’incohérence dangereuse et l’irresponsabilité derrière une communication d’enfumage digne des pays totalitaires où tout est annoncé sous contrôle.

 Inutile d’énumérer l’amateurisme et l’incohérence des mesures prises avant que ne soit décidé le confinement. Inutile de dire ce que le Maroc a fait notamment en donnant 100 euros à toutes les familles travaillant dans l’informel, c’est l’équivalent d’un smic mauritanien pendant que l’Etat mauritanien s’est borné à donner un lot de riz, d’huile et de poissons à quelques familles pour les besoins de la TVM ; n’allons même pas nous comparer au Sénégal. Maroc et Sénégal prouvent que l’Etat craint le peuple…

 Nous avons certes fait un minimum correct, frontières fermées assez tôt et surtout prise en charge des cas avérés ou potentiels dans des hôtels comme il faut mais nous n’avons rien fait pour assurer un minimum de déconfinement sécurisé.

Que fallait-il faire ?

 Nous sommes à peine 4 millions avec un fonds de solidarité fort de milliards. Comment ne pas avoir fait comme le Maroc pour rendre le masque obligatoire, sans parler des gants jetables au moins pour un mois sachant que le Maroc peut produire 5 millions de masques par jour !

 Il fallait ensuite dans tous les commerces imposer à l’entrée masques, désinfectant et éventuellement gants. Faire une campagne TV et radio pour informer les populations et sévir contre les récalcitrants.

Au lieu de ça, on a confiné de façon bancale et on déconfine de façon irresponsable et peut-être criminelle.

 Ces mesures auraient évité la situation que nous vivons parfaitement prévisible à savoir une contamination potentiellement de masse partant d’une épicerie.

Le ministère de la santé prouve encore son manque impardonnable de lucidité, de cohérence et de compétence face à cette épidémie à nos portes. Heureusement les mauritaniens peuvent compter sur leurs prières, sur la chaleur et leur population jeune pour compenser d’incompétence de ceux qui sont censés les protéger…

 Ahmed Ould Soueid Ahmed

©️ Crédit source: https://www.chezvlane.com/Nouakchott-covid-Bana-Blanc-l-impardonnable-negligence-du-ministere-de-la-sante_a19456.html

Mauritanie-Guidimakha-Commune de Khabou : Le Maire peut-il être un médiateur républicain et démocrate dans un conflit entre ses administrés ? Par Mr BA Boubou

Géographiquement, la commune de Khabou se situe dans la vallée du fleuve Sénégal. Elle est au carrefour entre les trois (3) Etats (Mali, Mauritanie et Sénégal), que moi j’appelle la commune de « trois rives » ou « triangulaire ». Elle est l’une des plus grandes communes dans la wilaya de Guidimakha. Peuplée d’environ 35.000 habitants, selon nos enquêtes de terrain. Par ailleurs, la Commune de Khabou est composée de toutes les composantes de la nation mauritanienne (Soninké, Peulh, Maure, Wolof et Bambara), c’est d’ailleurs cette multiculturalité qui fait sa beauté. Sa population est jeune et active. La moyenne d’âge varie entre 25 à 35 ans.
En effet, l’avertissement donné par Voltaire, selon lequel, « si l’on voulait discuter avec lui, il fallait bien définir ses termes », paraît utile quand on aborde une notion aussi nébuleuse qu’est la médiation. La médiation selon les différentes acceptions c’est la « justice alternative », ou la « justice participative » ou encore la « justice restauratrice ». L’objectif de la médiation est donc de permettre aux parties en conflit de contrôler leurs divergences et d’encourager le dialogue entre les parties, d’augmenter les chances d’un accord et d’améliorer le processus de négociation et ses résultats.

Sur le plan juridique, la médiation est un « processus structuré, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord, en dehors de toute procédure judiciaire en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l’aide d’un tiers choisi par elles qui accomplit sa mission avec impartialité, compétence et diligence ». La médiation est celle qui se réalise en l’absence d’un juge ou en dehors de toute instance judiciaire, c’est-à-dire une médiation organisée comme les parties le veulent, sans contrainte ni forme imposée. Il s’agit là une justice par le contrat. Sur le plan sociologique, la médiation désigne la justice « participative » ou « restauratrice ». Elle désigne, « l’ensemble des pratiques ou procédures, le plus souvent informelles, des résolutions des conflits, impliquant habituellement l’intervention d’un tiers qui, à l’aide de techniques non juridictionnelles, permet de parvenir au règlement d’un conflit opposant deux ou plusieurs parties ».

Par ailleurs, qui parle de médiation forcement ce qu’il y a un conflit entre deux ou plusieurs parties. Effectivement, il existe un conflit/litige/différend au sein de la communauté Soninké qui perdure et persiste depuis plusieurs années. Un conflit qui prend sa source dans la persistance des hiérarchies statutaires. Ce conflit a marqué les relations sociales endogènes de la communauté et les relations entre les membres d’une même famille, fragmentées notamment autour des clivages coutumiers et statutaires.
C’est dans cet ordre d’idées que le maire de la commune de Khabou a pris l’initiative d’ouvrir le dialogue et de donner la parole à tous ses administrés sur une plateforme de communication afin d’écouter et de comprendre les uns et les autres sur un conflit patent qui nuit les relations sociales de sa commune ; ce dialogue et d’écoute pourraient solder un nouveau contrat social, basé sur l’équité, l’égalité de chance, paix et d’entente, facteurs du développement. En effet, avant tout nous nous félicitons de la démarche entreprise par M. le maire. La bonne initiative de M. le maire, qui est d’ailleurs une initiative républicaine et démocrate, et qui doit être approuvée par tout citoyen/républicain/démocrate soucieux de la paix et de l’entente. Car au-delà de ses fonctions administratives et sécuritaires, le maire est le premier magistrat pour faire régner la paix, la cohésion sociale et la tranquillité dans sa commune au regard des textes en vigueur en Mauritanie. Oui, nous disons que le maire peut jouer la médiation en cas des conflits entre ses administrés selon le Code de procédure civile, commerciale et administrative et selon la réforme de 2019 sur la médiation. C’est un acteur disponible et disposé pour répondre aux besoins de sa population. Le document élaboré par le Ministère de la justice en 2019, intitulé : stratégie nationale d’accès à la justice pour tous 2020-2024 favorise la médiation/conciliation. Par ce mécanisme, les parties s’impliquent activement dans le processus et trouvent une solution adaptée à leur situation. Cette pratique permet de ne pas recourir aux tribunaux pour résoudre un conflit et invite les parties à échanger et à s’accorder une entente.

En revanche, il faut bien préciser que tout conflit/litige/différend qui porte atteinte à l’ordre public, comme par exemple les infractions de meurtre, de viol ou de l’esclavage relèvent des juridictions compétentes étatiques. Car ce sont des faits très graves. En effet, l’esclavage par définition est un crime selon la loi de 2015, et le crime est une atteinte à l’ordre public. Aux termes de l’article 2 de la loi de 2015, « l’esclavage constitue un crime contre l’humanité. Il est imprescriptible ». Par conséquent, le champ d’application de la médiation ou de la conciliation est limité aux droits dont les parties ont la libre disposition. Les atteintes à l’ordre public nécessitent un transfert de compétence au profit d’autorités publiques seules habilitées à juger et d’en décider en ces matières. Sans doute, M. le maire est un républicain et un légaliste, et du coup sa démarche je suppose restera sur les bases légales, c’est à dire force reste aux lois de la république.

La médiation suppose l’accord des parties, avec un tiers neutre. Autrement dit, le processus de médiation est soumis au respect des principes généraux de la justice amiable, notamment l’indépendance, l’impartialité, la neutralité et la confidentialité, selon la loi n° 2019-008 sur la « médiation judiciaire », et la loi n° 2019-020 portant sur la « médiation conventionnelle ». D’ailleurs sur ce point, la Mauritanie a même crée un centre international de médiation et d’arbitrage, le 17 février 2017 par un arrêté conjoint n° 0707 du Ministre du commerce, de l’Industrie et du Tourisme et du Ministre de la Justice. Ainsi, nous attendons du tiers médiateur d’être indépendant, impartial et neutre pour bien mener sa mission vers un accord de paix.

L’indépendance du médiateur : Le médiateur est un bon communicateur, ne disposant pas le pouvoir d’imposer sa solution, est un de ces moyens pour permettre aux parties en litige de trouver une solution consensuelle, amiable et satisfaisante. L’indépendance se définit comme un statut qui permet à la personne de résister aux pressions provenant des autorités extérieures. L’indépendance du médiateur se traduit par l’absence de pression ou de pouvoir d’une instance extérieure qui aurait droit de regard ou d’intervention sur la médiation.

L’impartialité du médiateur : L’impartialité se définit comme l’absence de parti pris, de préjugé, de préférence, d’idée préconçue, exigence consubstantielle à la fonction dont le propre est de départager des adversaires en toute justice et équité. L’impartialité vient de « pars » qui signifie partie. Le tiers est celui qui n’est pas partie, qui ne prend pas parti. Il doit au contraire maintenir la balance égale entre les parties, rester à la juste distance qui seule confère légitimité à son intervention. Ainsi, la neutralité du médiateur, est le fait de ne se prononcer pour aucun parti. La réussite de la médiation est en effet subordonnée, à l’existence d’un dialogue loyal et constructif entre les parties. Celle-ci doit être assurée de s’engager dans une telle démarche avec l’aide d’un tiers neutre qui saura écouter leurs arguments respectifs et rechercher avec elles la meilleure solution au conflit qui les oppose et ce en toute objectivité et non sur le fondement de préjugés.
Pour conclure, l’initiative de M. le maire est louable et soutenable. Car jusqu’à la preuve du contraire je suppose qu’il répond aux critères fixés par la loi de 2019 sur la médiation c’est-à-dire, indépendance, impartialité et neutralité, qui sont les éléments fondamentaux pour une médiation réussie ; qui constituent également l’éthique et à la déontologie d’un tiers médiateur. Nous demandons à toutes les parties en conflit d’accompagner l’initiative de M. le maire et de privilégier le dialogue, et la table négociation afin de pouvoir trouver une solution négociée, efficace et véridique à ce conflit qui pourrit le lien social, la paix et la cohésion. Mes vœux de réussite à M. le maire et je souhaite de tout cœur que la commune de Khabou serait le laboratoire de paix pour toute la Mauritanie.

Boubou BA
Doctorant-Chercheur en France
Membre du Centre de recherche d’Histoire et d’Anthropologie du Droit à Paris

Mauritanie : de la femme-objet au martyre muet (IRA-MAURITANIE)


Note d’alerte urgente


Depuis l’adoption, en 2016, d’un projet de loi, d’ailleurs retoqué plus d’une fois, la Mauritanie ne parvient, encore, à produire une norme de protection de la femme contre les violences, le mépris, l’humiliation et la minorité civile. Jusqu’ici, les députés n’ont pu voter un dispositif, sans cesse révisé, entre apparence de conformité aux standards internationaux et souci de ménager le populisme du public dévot. Comme souvent quand il s’agit de la marge de l’individu dans l’espace arabo-musulman, la polémique devient le prétexte d’une confrontation des tenants du progrès, aux défenseurs de la tradition. Pour situer davantage l’opinion, il convient de préciser qu’en l’espèce, les associations à l’origine de la réforme souhaitaient mettre un terme aux voies de fait, insultes, abus sexuels, abandon de foyer, refus de règlement de la pension, la plupart commis dans le cadre du couple. D’autres brutalités, abus, éviction de l’héritage et divers actes de contraintes concernent, aussi, les célibataires, en premier les filles-mères.


● Enjeu passionnel


L’ensemble nourrit la croyance d’une infériorité légale et pratique de la femme, en comparaison de l’homme, fût-il conjoint, parent ou sans lien particulier avec elle. La matière de la controverse porte, également, sur la faculté du divorce, la condition du veuvage et la jouissance de la personnalité juridique, dont le droit de voyager, d’entreprendre et de dépenser constituent des illustrations concrètes ; enfin, il importe de n’omettre, bien entendu, la molestation, la séquestration et le mariage forcé. A présent, le statu quo s’effrite sous l’influence de la mondialisation et du credo de la parité. Les avocats de la conservation souhaitent s’en tenir à des formulations vagues pour ne pas « heurter » la piété du peuple ; selon eux, les clauses en chantier consacreraient la notion de « genre », une innovation de l’Occident qui n’accorde assez d’égards aux prescriptions de la Charia, voire encourage leur effacement. Ceux du camp de l’éthique séculière insistent, plutôt, sur le retard du pays dans le domaine, au regard de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Ils plaident la nécessité de combler un vide normatif, source d’impunité et vecteur de récidive…
Une bataille de tranchées
Il aura fallu, le 8 mai 2020, la signature, sur Facebook, d’une publication par une députée islamiste, pour enflammer le débat, à quelques jours de l’examen en commission de l’Assemblée nationale, avant discussion et amendements en séance pépinière. L’honorable Saadani Mint Khaïtoure y exprimait son soutien au projet et invitait, son parti Tawassoul, à s’émanciper de la ligne de promotion et de défense de la prééminence masculine et de l’obscurantisme. Sans doute à cause de la faveur et de l’enthousiasme que son propos déclenchait auprès du courant anti-esclavage, des Ong féministes et de la mouvance de gauche, l’aile dure de son obédience– imams, parlementaires et blogueurs – lui opposa une objection de toute virulence ; quelques contradicteurs l’accusèrent, à visage découvert, d’indiscipline, de trahison, voire de rébellion envers Dieu. Dans sa réplique d’une teneur inusitée parmi les islamistes, Mint Khaïtoure refuse de déférer à l’impératif de dévouement aux vendeurs de nourriture avariée et de médicaments contrefaits, négoce établi sous l’alibi de la barbe et derrière la piété de façade. La dispute se poursuit et enregistrera, le même jour, la contribution de Mahfoudh Ould Waled, alias Abu Hafs, l’ancien numéro trois de Alqaïda et conseiller de Ben Laden. L’auteur y avertit, le gouvernement, du risque de susciter une insurrection militaire où la Mauritanie sombrerait, si la législation en cours s’obstinait à édicter l’égalité des sexes. Certes, Abu Hafs se prévaut du droit d’expression mais l’assortit d’une exhortation implicite à l’émeute ; ses antécédents notoires confèrent, à l’insinuation, le crédit du chantage. Dans la structuration mentale du susdit, d’ailleurs figée aux siècles de l’Arabie d’antan, les hommes vont au combat, défendent la foi et exterminent les mécréants, tandis que les épouses, soumises, les attendent pour leur prodiguer des soins, des attentions et le repos du guerrier. Le reste de la gent féminine s’occupe de puériculture, de fantaisie, de petits rien et de casseroles, sauf à disposer d’esclaves car une telle représentation de l’humanité, assigne, à la servitude du noir, la logistique de pans entiers de l’existence en société. C’est ce monde trépassé mais imputrescible que Abu Hafs s’évertue à ressusciter et faire prospérer, au point de brandir, en guise de menace, le péril des armes et la suggestion de l’attentat. Le personnage n’en est à un coup d’essai. Depuis son retour d’Afghanistan en Mauritanie, ses déclarations et gestes perpétuent l’ambiguïté et laissent entrevoir la poursuite de ses desseins initiaux. Les autorités de la République, à rebours de leur prétention de dépositaires d’un l’Islam du juste milieu, compromettent ainsi le partenariat mondial de la paix et de la sécurité, face à l’extension du fanatisme.

Nos recommandations


Sur le fond, l’Ira-M, demande, aux gouvernement et élus, de bien vouloir prendre le temps de rediscuter l’énoncé, de l’expliquer aux gens, avec le scrupule de la clarté et du contradictoire, afin de recueillir un optimum d’amélioration ; de l’expérience résulterait, non pas un autre compromis mais le rehaussement de la morale universelle, au degré le moins contestable de la dignité et du respect dû à l’humain. Le verset 70 de la sourate 17 comporte, alors, un rappel profitable : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam ». En l’état, le texte sacrifie trop aux pudeurs, tabous et embarras d’une écologie sociale dont l’environnement a disparu, de manière irréversible. Les dispositions manquent de cohérence et d’audace, comme si la femme devait toujours s’excuser d’être la victime. La légèreté des sanctions et des réparations de préjudices graves contrevient aux engagements extérieurs de la Mauritanie. A titre d’exemple, l’article 7 stipule : « le retrait de la plainte ou la conciliation entre les époux éteint l’action publique relative aux infractions à la présente loi ». Le pouvoir et la majorité de l’Opposition, du moment joue à la duplicité, souvent subjugués par le calcul électoraliste de court terme.
Soit nous appartenons au concert des nations, soit nous choisissons de reprendre et suivre, dès ses débuts, l’expérience liberticide du wahhabisme que bien des princes et de jurisconsultes d’Arabie saoudite n’osent plus assumer. Des historiens l’assimilent, désormais, à une barbarie. La Turquie, elle, s’obstine à préserver son modèle de laïcité. Dans la même urgence à libérer les consciences et lever l’hypothèque du terrorisme destructeur de l’esprit, figure l’article 306 du code pénal, lequel punit, de mort, des « crimes » immatériels, à l’inverse des brutalités conjugales et du viol. La Mauritanie a besoin de sortir du Moyen-Age. Plus elle tarde, davantage elle s’y enfonce.


Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, 12 mai 2020

L’éditorial – Nouvelle Expression : « Quand les héritiers de Wagadu déraisonnent… » Par Camara Seydi Moussa

Notre propos à l’égard de la communauté soninké, l’héritière de l’une des plus belles histoires de l’humanité en Afrique – groupe auquel j’appartiens – relève, pour moi, de la séquence de l’émotion.
Voilà maintenant plus de cinq ans, que j’endure, sans recours ni trêve, un lynchage intracommunautaire dont la sordidité le dispute à l’infécondité.

Ici, s’opposent, à l’abri de la moindre médiation, les tenants du statu quo des hiérarchies anachroniques et les détracteurs de telles discriminatoires ; comme partout dans le monde, depuis que les humains ont inventé le désir d’équité et acquis l’usage de la mémoire, la conservation se défend des assauts du progrès et le sentiment de supériorité résiste aux exigences d’égalité.

Là, il n’est point question d’un échange courtois sous la supervision d’un arbitre que sa neutralité désigne à la confiance des deux parties mais d’une relecture passionnée de l’histoire, aux fins de s’en réapproprier les symboles, en les malmenant, s’il le faut. L’enjeu comporte sa part de rancœur et de violence, comme le révèle, sur la ligne de clivage « seigneur-sujet », la vivacité, parfois la brutalité concrète de la néo-contradiction parmi les Soninko.

Des voisinages harmonieux se muent en inimitiés, les regards s’évitent, l’insulte devient facile et, désormais, les coups pleuvent, quelquefois dans un sens inédit.
Les victimes de ce que l’on appelle complaisamment « séquelles de l’esclavage, se confrontent aux défenseurs de l’Ancien, toujours perpétué ; après y avoir sacrifié des siècles durant, elles perdent l’assurance, voire l’illusion, de vivre, encore, le temps de la justice, qui définit et alimente la faculté du supportable. A terme plus ou moins bref, nul ne se satisfait d’un contrat -fût-il sacré – où il cesserait d’espérer une compensation, un profit.

Ainsi, la frustration et sa soudaine part de lucidité régissent les révolutions et guerres de renversement et, dans le meilleur des romans, une action de réforme. En l’occurrence, le verbe du débat se caractérise par la diffamation, l’anathème et l’intimidation physique.
Malgré l’occasion d’apprendre et d’enseigner, peu d’acteurs et de témoins inclinent, jusqu’alors, aux vertus de la pédagogie et de la recherche. A cause de la démocratisation de l’accès aux gadgets de l’instantanéité, les praticiens des sciences humaines et sociales, les sages et les préposés au souvenir, perdent la voix ; au chapitre, l’on n’entend plus que le charivari populaire de l’accusation, de la réfutation et du procès d’intention, ceci selon la loi, lapidaire, du nombre.

De part et d’autre du litige, la rue parle haut et fort. Du quasi-monopole de la vox populi émerge et s’installe la légitimité du règlement de compte, sur la place publique, devant le juge mais aussi en privé, au hasard des rencontres. La préméditation de l’embuscade témoigne d’un passage qualitatif de l’adversité, du spontané à la délibération. Les ondes d’un conflit de basse intensité parcourent, à intervalle aléatoire, les hameaux, campements, villes, villages et quartiers où un Soninké en croise un autre. Aucun n’y échappe.

L’on assiste, souvent désolé, nauséeux ou passif par lassitude, à une confrontation des moins conventionnelles ; il convient de se le remémorer, le royaume de Wagadu n’a succombé ab intestat mais la descendance, convertie à l’Islam, préférait ignorer, oublier, gommer la fortune d’avant. De la, s’explique, peut-être, la propension des descendants de légataires immédiats, à abolir leur lien primitif et le débiter en lambeaux d’allégeance circonstancielle.

Il en résulte la facilité avec quoi l’injonction de l’adversité et le fantasme d’une différence non surmontable, substituent la discorde à la cohésion d’antan. Remise en question, révisionnisme, braquage mémoriel, tentative de déconstruction d’une fraude ou attente de réparation, l’identité Soninko se retrouve sommée de se départir de son vocabulaire initial. Certains de ses fils n’y puisent des motifs de prestige, une denrée immatérielle qui constitue l’un des ornements de l’existence à plusieurs.

Ce passé mal réparti les révolte et dégoûte ; il n’est plus le leur. Certes, à leur décharge, les rejetons du Wagadu d’hier ne s’imaginaient ressortissants d’un Etat unitaire, sous l’égide des principes normatifs, qui commandent le primat de la citoyenneté sur la fortuité de la naissance. Ils tenaient plutôt pour sain d’appartenir à un peuplement où chacun agirait à sa guise, suivant le savant équilibre entre subjectivité et conséquences de celle-ci. Bien entendu, le constat s’applique à n’importe laquelle des autres composantes de la Mauritanie plurielle.

Aujourd’hui, les langues se délient et le Soninkara semble dénudé. Des situations conflictuelles se créent et perdurent sur l’espace de l’Afrique de l’Ouest où la communauté s’étend, notamment la Gambie, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal…S’ensuivent des morts d’hommes, des privations d’habitation et de terres culturales. Et dans la honte, les enfants de Wagadu se dévoilent. Malgré les principes de pudeur, de devoir et de parole donnée qui singularisent ce code d’honneur, la vulgarité, le ressentiment et l’irrespect gagnent les esprits ; ce n’est plus qu’une mêlée informe.

Pourtant, à l’épuisement conjoint des ressources de la polémique et de la force brute, les deux lutteurs, confus, se rendront compte que le désir de justice et d’égalité finit par vaincre, hélas dans la douleur. L’évidence inéluctable de la prédiction recèle de quoi modérer la fureur à l’assaut de la cité imparfaite et adoucir, aux défenseurs de ses murs, la certitude de leur reddition.

Un proverbe Hassani le rappelle assez, « il est bien nu celui qui se cache sous les jours ». Les jours se suivent et renouvellent. Ils se ressemblent de moins en moins.

Camara Seydi Moussa

©️ Crédit source: http://nouvelleexpression.org/suite-info.php?var=1255

Réflexion – Tribune : « le déconfinement des mentalités » Par KIDE Baba Galle

Dans la trame de l’histoire, des contes pour enfants, remaniés et méthodiquement retravaillés, pour les besoins de la cause, peuvent se positionner comme des vérités sacrées à pérenniser. Quelques fois, la contradiction de l’histoire officielle, bien qu’elle soit fondée sur des éléments historiques avérés, réveille des réflexes qui ne se manifestent ni avec la raison encore moins avec la retenue. Ces reflexes, centenaires et extrêmement encrés dans le tissu de notre société, soutenus par un fanatisme délétère, ne servent guère à ressouder notre communauté et ne profitent qu’à nos bourreaux d’aujourd’hui.

L’histoire est faite de prédation et de libération, de vérité et de mensonge, de cynisme et de provocation. Quelques soient les lieux et les temps, les histoires ne décrivent que les faits du passé et la description d’un évènement passé est souvent teintée de paradoxe et de manipulation, de falsification et de mépris. L’histoire pensée et imposée par l’Occident sur les africains constitue un parfait exemple. De l’origine blanche de l’Egypte pharaonique à la naissance du monothéisme chez les hébreux, nous nous rendons compte que dans certaines circonstances bien précises, l’idéologie se drape en habit d’histoire.

Les fondements du féodalisme dans notre société se sont structurés sur la déformation originelle des castes et sur l’instrumentalisation de celle-ci à des fins politiques et de domination. D’aucun d’entre-nous ne serait surpris par une telle affirmation. En remontant dans le temps, cette vérité nous éclate à la figure et nous dévoile les mécanismes de cette horrible machination. Des milliers d’individus qui partagent la même langue, la même mémoire collective et la même communauté que nous se retrouvent étranglés par un suprématisme humiliant et mortifère.

Certains de nos frères et sœurs, amis et proches, par ce féodalisme silencieux et ravageur, reçoivent, pour on ne sait quelle logique et quelle science, des propos humiliants et menaçants de la part de ceux qui se considèrent comme les élus de l’Eternel. En tout cas, comme disait Kemi Seba sur le peuple élu : Moi, je n’ai pas voté. Et vous ? Sous les coups de ce fanatisme imaginaire, basé sur la primauté du sang, ces individus, laissés à eux seuls, se retrouvent dépouillés de toute dignité et privés de vivre consciemment leur temps.

Le déconfinement des imaginaires, pour les besoins de notre Union, doit être pensé et enclenché. Quand un individu adopte des comportements de domination et de prédation en s’appuyant sur des certitudes infondées, il est le devoir de chacun d’entre-nous de lui montrer le chemin de la libération et du déconfinement, du « déconfinement mental ». Les esprits peuvent être confinés dans des perceptions floues et destructrices. Ces esprits, flottants dans des contes pour enfants, par manque d’instruction et de culture, sont aujourd’hui des plaies qui nous empêchent de nous relever et de nous constituer comme un seul homme.

L’instauration d’un ordre social harmonieux et juste ne pourrait se faire sans qu’il y ait un déconfinement des mentalités ; une réforme profonde de nos préjugés et prénotions, de nos folles et fausses croyances. En faisant cela, nous permettrons le retour de l’ordre, de la paix et de la discipline dans nos rapports à nous-mêmes et à l’autrui. Puisque, là où l’incompétence, l’ignorance, le racisme et la discrimination règnent, la violence et le mépris prennent pieds et deviennent des versets et des sourates.

Le paradigme dans lequel nous planifions nos projets d’avenir est un système d’idées pensé, structuré et imposé par des féodaux qui, à la suite de l’histoire, se sont trouvés enchainés à la cheville du beidanisme. Son imposition ne s’est pas faite avec douceur et humanité mais avec une violence inouïe et avec un mépris dévastateur. Comment même s’imaginer un futur juste dans une existence faite de violence et dans la négation de l’autre, de ses capacités, de son humanité ? C’est une problématique qui doit être prise au sérieux puis que, sans une critique de notre condition spirituelle et intellectuelle, sociale et culturelle, nous ne serions que des valets à la solde des grandes tentes mauresques.

Nous traversons une crise profonde. Une crise qui nous oblige à nous rendre compte de notre destin commun et de la nécessité d’instaurer les conditions d’une société débarrassée de ses pratiques féodales injustes.

Enfin, tant que nous nous tairons devant la barbarie du féodalisme, tant que nous nous enfermerons dans le déni face à la violence et à l’injustice, tant que nous nous sentirons indifférents à la souffrance des opprimés et des « mal-nés », nos enfants nous trainerons dans le tribunal des lâches et des complices directs de la misère des pauvres, de la souffrance des innocents enfants.

*Déconfinement mental : Expression employée par Jacques Attali dans son article du 7 Mai intitulé : Petit exercice de déconfinement.

Par KIDE Baba Galle

Tribune : « La Mauritanie des bras longs et des discriminés » Par le Prof Ibrahima Dioum

Le député mauritanien, Biram Dah Abeid s’étonnait le 18 février dernier à Genève de la place de la Mauritanie au sein du conseil des droits de l’Homme des Nations Unies alors que « ce pays est un apartheid implanté en Afrique de l’Ouest ». Cette déclaration de l’activiste des droits de l’Homme était applaudie par les mauritaniens épris de justice, elle avait en même temps choqué les partisans du système politique en vigueur depuis l’indépendance du pays. Le débat formel et informel sur la question de la discrimination de certains mauritaniens, sous ses différents aspects est ainsi relancé.

Il serait anodin pour nombre de mauritaniens de parler de discrimination religieuse dans le pays, l’islam y étant la seule religion. Cependant les autres formes de discriminations apparaissent comme une évidence dans cette nation de moins de 5 millions d’habitants.

Il n’est un secret pour personne que le choix politique est très déterminant dans l’évolution professionnelle en République Islamique de Mauritanie. Le fonctionnaire ou le salarié mauritanien, pour être promu à un poste, doit appartenir dans la majorité des cas au parti au pouvoir. Une bien triste réalité qui a toujours existé, qui perdure et s’enracine au fil des années. La grande majorité des dirigeants des grandes entreprises, la grande majorité des cadres de l’administration territoriale et de l’État central, pour ne citer que ceux là, sont du parti au pouvoir ou des proches du parti au pouvoir.

Dans l’armée, la police et la gendarmerie, c’est la couleur de la peau, la caste et l’appartenance ethnique qui conditionnent le grade et le poste occupé au niveau du commandement. Sauf exception, les noirs, les personnes de castes « inférieures » et les citoyens mauritaniens d’ascendance servile sont toujours au bas de l’échelle dans le régalien et dans l’administration publique de manière plus générale. Aujourd’hui, les généraux de l’armée et les commissaires de polices mauritaniens sont massivement issus de l’ethnie maure, ils sont clairs de peau et ne sont en aucun cas Zenagas, Moualems ou Hartanis. Cette situation s’aggraverait dans les années à venir puisque les actuels élèves de l’école militaire sont quasiment tous maures blancs.

La région ou l’appartenance géographique est également source de discrimination. Si vous habitez le Guidimakha, vous avez surement moins de chance qu’un Taganit ou un habitant de l’Adrar d’occuper un poste stratégique dans les établissements publics et même privés. De mémoire, un natif des régions du Guidimakha, du Gorgol, de l’Assaba et du Brakna n’a jamais été premier ministre de la République Islamique de Mauritanie. Toujours en parlant de l’origine géographique, c’est aussi connu qu’un habitant du 5ème ou du 6ème arrondissement de Nouakchott n’a pas les mêmes chances d’accès à l’emploi que ses frères bourgeois de Tevrag Zeina.

En Mauritanie, d’autres formes de discrimination basées sur l’apparence physique et l’origine familiale existent pareillement. En effet, lorsque vous vous présentez à un entretien d’embauche, habillé en wax ou en « demi-saison », vous auriez moins de chance que celle ou celui qui vient en melhfa ou en boubou blanc sur une chemise repassée ou non. En outre, les concours de l’administration publique, les sélections préalables à l’entrée de l’école militaire et à l’École Nationale d’Administration nécessitent d’avoir le bon nom de famille pour faire partie des effectifs.

Sans être exhaustif, nous allons finir avec le facteur de discrimination liée à la langue maternelle ou la langue parlée.
Le Poular, le Soninké et le Wolof sont reconnues par la constitution mauritanienne en tant que langues nationales et pourtant elles ne sont toujours pas enseignées à l’école. Cette discrimination se trouve amarrer dans la constitution de la Mauritanie en son article 6 qui officialise la seule langue arabe alors que les 3 autres langues sont juste reconnues langues nationales… Autre part, les chaines de télévisions et de radios nationales accordent un temps de diffusion en Arabe de loin plus important que celui des trois autres langues réunies.

Le fléau de la discrimination a une grande ampleur en Mauritanie et cela n’est pas sans conséquence dans un pays multilingue, multicolore et multiculturel. Il a façonné et divisé les frères mauritaniens en deux grands groupes loin de ce que la diversité ethnique, linguistique, culturelle et raciale pourrait apporter à la nation : le groupe des bras longs et celui des discriminés. Ces deux grandes catégories regroupent chacune, paradoxalement, à la fois les composantes de toutes les langues, toutes les couleurs, toutes les cultures et de toutes les régions.

Les bras longs sont une élite qui s’est construite progressivement depuis l’indépendance du pays en 1960 et prend de plus en plus de place et d’importance dans les gouvernements successifs. Les membres de ce groupe sont en général richissimes, ont pour doctrine le favoritisme et ou occupent souvent une bonne profession dans une grande administration publique. Lorsqu’ils abandonnent cette position, c’est pour se hisser à la tête d’une grande entreprise ou une grande banque avant de revenir dans une ambassade ou dans un ministère. Ce va et vient des membres de l’élite s’apparente à celui des pions du jeu de dames qui reviennent à chaque fois que le jeu reprend.

L’élite mauritanienne, d’ailleurs de type féodal bénéficie, conserve et défend un certain nombre de privilèges au risque de naviguer à contre courant de la morale et à entraver le développement du pays. Au jour d’aujourd’hui beaucoup de signaux montrent que ce groupe n’est pas encore prêt à partager sa part du lion. Au contraire il voudrait même aller jusqu’au bout de sa domination : depuis quelques années, il a commencé l’expropriation des dernières terres qui restent aux pauvres.

Quant aux discriminés, les seuls parmi eux qui ont encore la chance de s’en sortir sont ceux travaillant avec les organismes internationaux qui privilégient les compétences à la différence des organisations nationales. Quelques tristes réalités caractérisent les discriminés de la Mauritanie : la pauvreté et l’auto exclusion.

Du fait de leur faible taux d’employabilité, de leur pauvreté et de leurs conditions précaires, les discriminés mauritaniens ont de plus en plus du mal à satisfaire leurs besoins, même les plus élémentaires. Contrairement à ce qui est répandu, en Mauritanie il y a encore des ménages qui ne prennent qu’un seul repas par jour et qui habitent des taudis. En outre, ils ont du mal à accéder à des structures de santé et de se faire soigner, les infrastructures de santé du pays étant souvent en très mauvais état de fonctionnement et mal équipées.

Les mauritaniens qui ont de la chance traversent le fleuve pour se faire soigner au Mali ou au Sénégal. Les plus fortunés d’entre eux se font hospitaliser en cas de maladie, au Maroc, en Tunisie, en Espagne et en France. Les rares structures sanitaires opérationnelles se concentrent à Nouakchott et sont inaccessibles car étant privées avec un tarif dissuasif ou exigeant là aussi un bras long. Aujourd’hui, quel mauritanien peut se faire soigner sa carie dentaire ? Quel mauritanien peut passer au scanner ? Quel mauritanien peut se permettre un bilan de santé ? Ce luxe exclut les sans bras longs.

Un autre malheur d’appartenir aux discriminés hélas peu compris de l’opinion est celui lié à la scolarité. Les enfants des discriminés se retrouvent entassés dans des salles de classes vétustes, des bâtiments délabrés sans table-bancs avec des effectifs pléthoriques. À titre d’exemples, une salle de classe du lycée de Selibaby peut compter jusqu’à 100 élèves assis à même le sol ; les écoles des quartiers populaires de Nouakchott tombent en ruine… Dans ces configurations, il est légitime et même obligatoire pour tout bon mauritanien de s’apercevoir que les écoles du pays sont de vraies fabriques d’inégalités. L’employabilité, le niveau de connaissances et la chance d’obtenir le bac chez les élèves scolarisés dans les établissements publiques sont très faibles comparés à ceux de leurs compatriotes dans les écoles privées et ou pouvant s’offrir des cours de soutien scolaire.

Les conditions d’existence des discriminés se révèlent alarmantes mais le plus inquiétant est que les individus de ce groupe s’auto-excluent.

Très souvent, certains mauritaniens refusent de se présenter à un concours ou de postuler pour un emploi. Pour eux, fournir cet effort minimum n’en vaut pas la peine. Ils perdraient leur temps dans une compétition où les médaillés sont connus d’avance : les bras longs et leurs proches. La conviction des discriminés est que lors des concours, les copies ne sont jamais corrigées avec du sérieux, la liste des admis étant établie avant le jour de la passation des épreuves. Donc se préparer, se présenter et espérer être admis à un concours est synonyme de gaspillage d’une énergie mentale.

Dans ce sens, l’attitude des discriminés mauritaniens joue contre eux et montre bien qu’ils ont intériorisé psychologiquement la discrimination par le développement d’un complexe d’infériorité et d’un pessimisme. Cette conséquence de la discrimination directe donne à l’élite un argument de taille pour s’installer de plus en plus confortablement.

Le constat est fait : la discrimination, sous ses multiples facettes existe en Mauritanie dans divers domaines. Alors le devoir de tout Mauritanien éclairé serait :
D’inviter et même d’exiger de l’exécutif et du pouvoir juridique d’avoir une volonté ferme de punir les auteurs d’actes de discrimination quelques soient leurs positions sociales et politiques ;
D’appeler l’État à mettre en place une politique de discrimination positive digne de ce nom car le fossé entre bras longs et discriminés est immense ;
De condamner le groupe des bras longs socialement et moralement en attirant leur attention sur l’intérêt général et celle de la nation ;
De montrer les méfaits de la discrimination en privilégiant l’information et le dialogue car la discrimination ne viendrait pas seulement des intérêts égoïstes mais aussi de l’ignorance et de l’aveuglement de ses auteurs et victimes c’est-à-dire des bras longs et des discriminés dans le contexte mauritanien.

Une société mauritanienne meilleure et riche de sa diversité est pourtant possible.

DIOUM Ibrahima
Enseignant d’économie-gestion
Académie de Paris

©️ Crédit source: post Facebook de l’auteur 10/05/2020

Mauritanie – débat : « Quand les langues cesseront d’être des sujets de diversion et d’évincement pour mettre la machine d’évolution du pays en route. » Par Souleymane Sidibé

« S’il y’a un choix à faire entre l’arabe et une autre langue, c’est notre arabe. Notre langue, c’est tout!» dixit Ould Baya, président de l’Assemblée Nationale de Mauritanie en réponse à l’honorable députée Kadiata Malick Diallo.
L’arabe est une belle langue. Elle est la langue par laquelle de millions personnes de toutes les communautés du monde psalmodient le Livre Saint.
Il faut tout de même noter que l’arabe et l’arabisme étaient étrangers à la Mauritanie comme le français.

~ Les langues locales et étrangères: Cultures et occupations.

Notre beau pays culturellement comprend plusieurs communautés avec les bambaras (langue bambara), les wolofs (langue wolof), les halpoular’en (langue peul), les sooninko (langue sooninké) et les maures: blancs et noirs. Les maures blancs sont appelés beydanes (langue hassanya) ou les arabo-berbères. C’est au XIIIe siècle que les Beni Hassen descendants des Banu Makil (Egypte) sont venus coloniser, la partie nord de la Mauritanie et au Sahara, les populations Sanhadja (Iznagen en berbère) selon les historiens. Les Zenagas (Iznaga) ou Znagas sont une des trois composantes des Amazigh qui se sont fortement arabisés au XVe siècle.
Référence: Talaàt Al Mouchtari d’Ahmed Annaçéri.
Ce mixage a donné les beydanes avec la langue hassanya (mélange d’arabe et de berbère).
Les autres sous composantes des maures sont les haratines (descendants d’esclaves) et d’autres groupes « acculturés » ayant adoptés la langue ou une partie de la culture beydane par proximité géographique et lignage.
Quant à la langue française, langue étrangère à ses débuts comme l’arabe, est celle des troupes françaises ayant colonisées la Mauritanie.
La Mauritanie a officiellement vu le jour en 1899, et elle sera une colonie sous l’égide de l’A.O.F (X. Coppolani en Mauritanie, cité par R. Arnaud, Précis de politique musulmane, t. I, Alger, 1906).
L’A.O.F est le sigle de l’Afrique occidentale française. Ainsi, notre passé nous lie au français et la France. À nous le français maintenant comme l’arabe. Cela ne fait en aucun cas de nous des français en Mauritanie ou totalement arabe.
« Le 21 février 1903 par traversée du Pays Trarza (d’Est en Ouest), Coppolani étant accompagné de guerriers et marabouts: il réussissait, sans avoir eu à tirer un coup de fusil, un véritable tour de force en amenant à la soumission « le pays poudre, mais aussi des dissensions par excellence » (Cdt Giller, la pénétration en Mauritanie, 1926).
Par la suite, en décembre 1920, la Mauritanie devient une colonie de l’AOF dont la capitale est Saint Louis jusqu’en 1957. En « 1945, Leopold Sedar Senghor [est], député de Mauritanie à l’Assemblée Constituante. Octobre 1946, la Mauritanie [est], territoire d’Outre-Mer de la République française.
En tant que telle, elle élit des députés au Parlement français et au Conseil territorial qui n’a que voix consultative auprès du gouverneur de la colonie.
Novembre 1946, Horma ould Babana [est] élu député de Mauritanie à l’Assemblée Nationale ». L’année 1958 est marquée par le Congrès d’Aleg, par le mouvement des jeunes de Kaédi ainsi que la proclamation de la république islamique de Mauritanie. Ces dates puisent leurs sources dans les écrits de Francis de Chassey et Jean Louis Balas dans Chronologie des principaux événements touchant la Mauritanie ( https://books.openedition.org/iremam/1253?lang=fr).
Le 28 novembre 1960, l’Indépendance de la Mauritanie est proclamée en Français par le président Mokhtar Ould Dadah (avocat stagiaire). Il faut savoir que plusieurs groupes ont dominé l’espace géographique à travers des empires. Ainsi, les historiens pourront nous parler de l’époque du Wagadu (l’empire du Ghana) au Fouta Toro avec l’Almamiyat aux Emirats du nord avec l’arrestation de plusieurs groupes anticolonialistes à travers des meutes. Tout cela pour dire que nous avons nullement choisi le français, mais qu’elle est une partie de l’histoire de la Mauritanie, de son administration et des coopérations près-coloniales à celles post-coloniales.

~ L’exploitation désavouée des langues

Pour revenir à la notion de langue, il faut la définir. C’est un « ensemble de signe permettant une communication ». Elle est un moyen de communication.
En Mauritanie, aucune famille ne parle arabe en son sein ou dans le quotidien. Il y’a des familles mauritaniennes qui parlent le français. Certains parents communiquent avec leurs enfants en français comme en hassanya, sooninké, pular, wolof voire bambara. Le français qui est d’abord la langue du colon est devenue si l’on se réfère à Alain Rey: « Notre bien commun, notre maison. Il faut [donc] mieux la connaître pour l’aimer ». L’arabe est utilisée dans par les journalistes arabophones, sur les réseaux sociaux, mais elle n’effleure pas la place du français. L’élite mauritanienne envoie ses enfants dans le programme français. La majorité des présidents mauritaniens notamment beaucoup de cadres et ministres envoient leurs progénitures au Lycée Français de Nouakchott. La suite logique sera de continuer leurs études dans les pays anglo-saxons ou en France. Le citoyen lamba ne bénéficie pas de cela sauf s’il remue ciel et terre. Les outils didactiques en français sont plus utilisés. L’arabe reste néanmoins la langue de l’apprentissage originel. La question sera de savoir pourquoi arabiser les institutions, les écoles qui doivent être républicaines et les universités pour ensuite voir les tenants des pouvoirs publics faire le contraire. Il y’a la présence des écoles américaines en Mauritanie où les élèves mauritaniens sont nombreux. N’est- il pas temps pour les dirigeant.e.s de faire parler leur bon sens pour être de vrai.e.s Hommes ou Femmes d’Etat pour une réforme de l’éducation nationale qui prend en compte les inquiétudes? L’arabe,oui. le bilinguisme avec l’arabe et le français, oui. L’anglais aura toute sa place aussi. Il faudra, par ailleurs, donner le choix aux élèves de choisir l’arabe ou l’anglais voire le chinois ou l’espagnol comme la langue vivante 2 après le français par principe d’équité. De même, il faut laisser les personnels administratifs mener à bien leurs missions à travers une langue qui construit l’Etat.

~ La langue ou l’instrument de discrimination

Les discours dans l’hémicycle en français passent mieux que ceux en hassanya pour le monde extérieur. Rares sont ceux qui s’expriment véritablement en arabe. Le choix du hassanya est-il le non dit par cette assimilation à l’arabe? S’agit-il là de vouloir museler la parole aux députés qui représentent un « peuple meurtri » en imposant une langue au détriment d’autres. Est-ce l’hégémonie culturelle qui s’exprime? Les députés du système pour certains comme anti-système pointent du doigt l’incapacité, l’incompétence, et l’incohérence des politiques par leurs décisions au fil du temps. En effet, il faut rendormir ou faire disparaître ce désir de vouloir considérer des individus pour ce qu’ils ne sont pas. C’est antinomique aux valeurs morales et politiques.
L’arabisme est un faux débat. Optons pour le français pour tous dans l’enseignement public pour que les mauritaniens sans distinctions bénéficient du bon enseignement. Cela permettra d’une part d’éblouir et consolider le vivre-ensemble et d’autre part juguler le mal qui gangrène les cœurs à travers le manque d’éducation et les profondes inégalités sociales, politiques et économiques.

©️ Crédit source: post Facebook de l’auteur 7/5/2020