—Par Biram Ould Dah Ould Abeid, Député Mauritanien, Président de la Coalition de l’Opposition Anti-Système et de l’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA), Prix des Droits de l’Homme des Nations-Unies (2013).
Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, chers guides et frères, après plusieurs nuits de stress et d’insomnie, à Bruxelles, capitale de l’Europe, je me résous à vous écrire, espérant que vous lisiez mon message, malgré la priorité des impératifs que vous dicte l’exercice du pouvoir d’Etat. L’Afrique est nostalgique des pionniers de ses luttes pour la dignité, la vraie, presque tous partis en martyrs, sans avoir assisté à votre exploit. Le recouvrement de leur rêve de leaders bâtisseurs vous échoit. Il vous appartient de confirmer la revanche, sur la malédiction du sort et la nuisance des forces rétrogrades, soient-elles endogènes ou d’appoint aux appétits extérieurs. Des générations d’Africains n’ont cessé, depuis des décennies, de scruter l’horizon – obstinément vide – du lendemain qui répare et rassure. Avant vous, les multitudes vivaient l’espérance, quasi messianique d’une relève, sur la voie du redressement moral, pour qu’enfin prenne corps, la promesse de l’émancipation. Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobè, Ahmed Ben Bella, Mehdi Ben Barka, Alioune Blondin Diop et bien d’autres, attendent, avec la patience du monde des esprits, que nous exhaussions leurs vœux par le parachèvement de l’entreprise de libération du Continent. Vous avez jeté les jalons du Pastef, en tête de pont de renaissance et de reconquête d’une destinée trop longtemps tenue sous l’éteignoir de la corruption, de la brutalité et des égoïsmes. En arrachant les instruments de la légitimité populaire, grâce aux atouts exclusifs de la persuasion, vous avez érigé un modèle de vertu, là où la plupart de vos prédécesseurs échouaient, sans répit. Croyez-en un aîné, vous n’avez droit à l’erreur. Après tant de sacrifices, la négligence ne vous est permise. Or, les informations et échos de votre dissensus nous parviennent du Sénégal. La rumeur nous afflige et nous plonge dans une anxiété qu’agitent l’appréhension de l’échec et la crainte d’un cinglant désaveu par l’histoire dont nous ne saurions nous relever, de sitôt. Pourtant, en Afrique, les populations vulnérables, les jeunes, les patriotes et surtout les cadets sociaux, au-delà de votre pays, commençaient à entrevoir la délivrance car vos victoires, réitérées dans les urnes, validaient leur aspiration à vaincre la fatalité. Un tel affranchissement ne peut devenir objet d’aventure. C’est un bien précieux et sa perte, ô combien onéreuse, déclencherait l’onde de choc de la régression et baliserait la pente de l’impuissance. Aussi, vous invitons-nous au sursaut de la lucidité, afin d’éviter que se rompt l’élan de la locomotive salutaire. Pastef- Sénégal, porte notre foi commune en l’avenir d’une Afrique des peuples, de la démocratie et de la souveraineté restaurée. Vous n’êtes pas seuls.
Le ministre de l’Intérieur, de la Promotion de la Décentralisation et du Développement local, M. Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a tenu, cet après-midi, mercredi, dans son bureau, une réunion avec plusieurs ambassadeurs de l’Union européenne accrédités en Mauritanie.
La réunion a rassemblé, outre M. Joaquin Tasso Villalonga, ambassadeur, chef de la délégation de l’Union européenne en Mauritanie, M. Florian Rendel, ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne, et M. Pablo Barbara Gomez, ambassadeur du Royaume d’Espagne accrédité à Nouakchott.
La rencontre a porté sur les relations existantes entre la Mauritanie et l’Union européenne et les moyens de les renforcer. Elle a également abouti à la décision de prendre toutes les mesures nécessaires pour simplifier et faciliter l’obtention du visa Schengen par les citoyens mauritaniens.
Ont assisté à la réunion, du côté mauritanien, M. Abderrahmane Ould El Hassen, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local, et M. Sidi Ali Ould Nav’e, administrateur directeur général de l’Agence nationale du registre des populations et des documents sécurisés, et du côté européen, Mme Agnès Plassais, Première conseillère à la délégation de l’Union européenne à Nouakchott, et M. Samuel Jacquet, Premier conseiller à l’ambassade de France.
Ces derniers jours, des accusations ont émergé, portées par certains médias étrangers, selon lesquels la Mauritanie servirait de point de passage pour des armes en provenance d’Ukraine, destinées à des groupes armés sévissant au Sahel. Aucune preuve tangible n’est venue étayer ces allégations. Il n’en demeure pas moins que la répétition de telles accusations impose une clarification.
Nouakchott récuse ces soupçons avec fermeté. Depuis plus d’une décennie, le pays a construit une stratégie de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent qui lui a permis d’échapper aux dérives régionales. Cette politique, souvent citée en exemple, repose sur une conviction constante : la sécurité intérieure de la Mauritanie ne peut être dissociée de celle de son voisinage.
Cette interdépendance résulte pour le gouvernement mauritanien tout autant de l’impératif de solidarité que d’un constat de réalisme. Par simple lucidité, la Mauritanie estime qu’elle ne peut se permettre de voir un voisin sombrer dans le chaos, sans en subir elle-même, tôt ou tard, les répercussions. L’expérience confirme ce principe simple : lorsqu’un État vacille, les lignes de fracture traversent immédiatement les frontières.
De ce point de vue, l’attachement de Nouakchott à la sécurité collective du Sahel s’explique aisément. Le pays n’a cessé, dans la discrétion et loin des déclarations spectaculaires, de soutenir ses voisins lorsqu’ils traversaient des périodes de vulnérabilité. Soutien logistique, partage d’informations sensibles, médiation discrète : les gestes sont nombreux, même si la tradition locale a toujours privilégié la retenue à la sur-communication. La Mauritanie n’a jamais ressenti le besoin de proclamer ses solidarités mais préfère agir sans publicité.
À ce socle régional, s’ajoute une diplomatie dont la ligne apparaît, avec le recul, d’une grande constance. Dans un contexte mondial marqué par les revirements et les repositionnements, la Mauritanie s’est tenue à quelques principes cardinaux : attachement au multilatéralisme, respect scrupuleux de la Charte des Nations unies, règlement pacifique des différends et refus de s’engager dans les rivalités géopolitiques.
Le cas du conflit russo-ukrainien illustre cette cohérence. À l’Assemblée générale des Nations Unies, la Mauritanie a soutenu la résolution condamnant l’atteinte à la souveraineté territoriale de l’Ukraine. Dans le même temps, elle s’est opposée à l’exclusion de la Russie du Conseil des droits de l’homme, convaincue que les sanctions et l’isolement diplomatique ne règlent pas les crises mais les prolongent. Certains y ont vu une ambiguïté ; d’autres y reconnaissent une fidélité à des principes. Le pays, de son côté, souligne la simplicité de son raisonnement : ses relations avec Moscou remontent à 1965, celles avec Kiev plus récentes et limitées. Les choix diplomatiques ne se font pas en fonction des aides reçues de part et d’autres – au demeurant inexistantes dans le cas de la Mauritanie – mais selon l’épaisseur des liens historiques et la cohérence des positions de principe.
Avec ses partenaires sahéliens, la même logique prévaut. Des explications franches ont eu lieu, notamment avec les autorités maliennes, qui ont compris la nature de la position mauritanienne. Derrière ce dialogue s’affirme une conviction qui ne varie pas : prévenir l’instabilité d’un État de la région, c’est protéger l’ensemble du Sahel contre un effet domino.
Ainsi, face aux accusations récentes, la Mauritanie oppose moins l’indignation que la permanence de sa ligne. Elle parle peu, agit davantage, et préfère la constance et la clarté. Dans une région marquée par les crises et les basculements, elle a choisi une voie singulière : une diplomatie de retenue, discrète dans les formes mais ferme dans ses principes, convaincue que la stabilité n’est jamais l’affaire d’un seul pays mais une responsabilité collective.
Maayo wonaa keerol, n’en déplaise aux petits chauvins et nationalistes étroits. Je suis chez moi à Jowol Rewo et Jowol worgo. Je suis chez moi à Guiraye, Mow, Gawol, Dial, Thilogne, Gawdal, Diamel, Dondou, Keeɗeele, Aali wuuri, Nguidjilone wuro Daara Koliyaaɓe, Sadel, Woudourou, Koundel, Matam kaggu laaɗe, Bokki Diawe, Ndouloumadji, Doumngaaji, Nganno, Haayre Law, .. où vivent, mes oncles, mes tantes, cousins et cousines.. je suis chez moi partout au Fouta Toro. Demander un visa de séjour pour aller me recueillir sur les sables de Bilbassi ou pour cultiver mes champs à Helata ? Quelle absurdité pour un Fuutanke ! Voulez-vous détruire notre moi, notre histoire, notre culture, couper notre cordon ombilical ? Nous faisons partie du peuple des Deux rives et ce peuple fait partie de l’ensemble de civilisations tekrouriennes et mandingue, aujourd’hui sénégambienne. Cette sénégambie géographique et culturelle qui part de la Mauritanie Centrale (vers Moudjeria, Tidjikja) et qui finit en Casamance et en Guinée Bissau, en passant par une partie du Mali. Cet espace est une aire culturelle dans laquelle ont évolué de nombreuses entités ethniques, toutes parentes et dont le sort a été inextricablement lié depuis des millénaires aux différentes mutations ou changements qui y sont intervenus. Le colonisateur français n’est arrivé à détruire ce pays qu’en 1890 seulement alors que cette « conscience collective identitaire » a été forgée des milliers d’années durant et continue à survivre malgré la séparation arbitraire et artificielle du même peuple par le colon.
En tant que fils de la vallée du fleuve, qui naviguait entre les deux rives depuis ma tendre enfance soit pour aller à nos champs de culture, soit pour suivre les séances de lutte traditionnelle ou participer à des tournois du football et des journées culturelles qui regroupaient les villages des deux rives, je n’ai jamais senti cette frontière entre nos deux pays séparés administrativement par le colonisateur. Adolescent j´ai parcouru par pirogue ou par pieds et au dos d´âne beaucoup de villages du Fuuta natal, du Nord au Sud du fleuve pour participer avec mes amis et classes d’âge ( fedde) à des séances de luttes traditionnelles sous le feu du bois ou au clair de la lune. C était au beau vieux temps avant que notre vallée ne soit transformée en vallée de larmes, de résignation et de désolation. Chez moi nous avons deux Jowol, Jowol rewo ( nord-Mauritanie) et Jowol worgo ( sud Sénégal ), c’est un même village avec les mêmes familles de part et d’autre avec une même histoire, même langue, même culture. Avant les années de braise en Mauritanie nous partagions avec Jowol worgo les mêmes mosquées, les mêmes cimetières, écoles et champs de culture. On célébrait ensemble nos baptêmes et mariages. On priait ensemble nos morts c’est pour vous dire que le lien du sang était plus fort que tout autre décret ou appel. Le fleuve n’ a jamais été une frontière. Et comme je le rappelais tout récemment dans une interview avec un site mauritanien, nous avions, avant les années de braise en Mauritanie, une fédération des associations culturelles de notre zone au Fouta (Le Ngenaar) qui s´appelait Jaalowaali qui s´étendait de Jowol Mauritanie à Koundel Sénégal et qui regroupait plus d´une dizaines de villages des deux rives et chaque vacance d´été un des villages de la vallée organisait une semaine culturelle et sportive à laquelle participaient toutes les associations culturelles membres de Jaalowaali. Cela donnait lieu à beaucoup d´activités dont des soirées de théatre, des choeurs, de ballets, de la poésie, des conférences publiques, des opérations d´assainissements des villages, des plantations d´arbres, des compétitions de football, de l´athlétisme. Ces grands évènements annuels permettaient surtout de raffermir les liens de parenté et des relations d´amitié entre des jeunes du Fouta, en même temps qu´ils entretenaient notre idéal panafricain répondant à cet adage pulaar ”Maayo wonaa keerol” autrement le fleuve n´est pas une frontière. Je me sens toujours chez moi au Sénégal et en Mauritanie comme tout bon Foutanké, tout Waalo- Waalo, tout Guidimaxanke, la Mauritanie a été créée sur l’ancien Tekrour, terre où se sont constituées et individualisées ces trois nationalités ou communautés linguistiques. Cette réalité est aussi valable pour nos compatriotes Beydanes du Nord. Un Ehl barikallah, un Rgeibat, un Ehl Mohamed Fadel, un Ehl bousba peut se sentir chez lui en Mauritanie, au Maroc et au Sahara occidental. Nous avons vu les deux frères Wane (photo) occuper des fonctions ministérielles dans les deux pays. Nous avons vu notre père et oncle Mamoudou Touré occuper le poste du premier ambassadeur de la Mauritanie à Paris et finir comme ministre des finances au Sénégal. Pour la petite histoire c’est le 10 avril 1904, par arrêté, que tous les territoires situés sur la rive droite du fleuve Sénégal sont provisoirement rattachés à la Mauritanie occidentale, un état conventionnel crée en 1900 par le colon français à la faveur de l’affaiblissement des pouvoirs traditionnels pré-coloniaux et différenciés des communautés qui cohabitaient dans cet espace. Le 8 decembre 1933, un décret colonial délimite la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie. Le 03 juillet 1944, par décret, les deux Hodhs qui faisaient partie du Mali, furent rattachés à la Mauritanie à la faveur d’événements religieux (le courant hamallisste) . Après la conférence de Brazzaville, comme les États colonisés de l’Aof, la Mauritanie devait élire pour la première fois un député à l’assemblée nationale française, un sénateur et un conseiller de l’union de l’Aof. Ces élections révelaient une double signification pour les Mauritaniens. D’abord, elles symbolisaient le début d’une individualisation politique et territoriale par rapport au Sénégal. Jusqu’au 2 juin 1946, le nom de la Mauritanie figurait jumelée au Sénégal sous l’appellation « Circonscription Mauritanie-Sénégal), ensuite elles devraient confirmer le loyalisme des chefs traditionnels aux réformes traditionnelles. En novembre 1946, pour la première fois, les Mauritaniens sont appelés à élire leur député au parlement de la République française. C’est une autre histoire nous y reviendrons un autre jour. » Maayo wonaa keerol « . Je signe et persiste. Demain il fera jour et la lutte continue.
Comme à l’édition 2024, voir https://ecrit-ose.blog/2024/05/23/%e2%97%8f-paris-une-journee-a-la-semaine-africaine-de-lunesco/, notre Blog a été de passage en visite culturelle lors de cette édition 2025 de la Semaine Africaine à l’Unesco. L’événement de 3 jours (19, 20 et 21 mai) était en accès libre avec un enregistrement à badge visiteur à l’accueil. Nous avons été le 19 mai, la journée d’ouverture, et également le 21/05 pour la clôture. À Paris (7ème arrondissement) , au sein du siège de la Top Institution de la diplomatie culturelle internationale, la thématique phare de ce rendez-vous culturel est ainsi présentée en sommaire : « Solidarité mondiale pour la restitution et la restauration du patrimoine africain par le biais de la culture, de l’éducation et des sciences » .
À la mi-journée du lundi 19 mai, une conférence a été consacrée en PANEL 1 sur la thématique principale. Nous avons suivi les échanges instructifs entre différents intervenants chacun selon son angle d’approche, de compétences et d’expérience. Notre compatriote Dr Ousmane Sao a assuré la modération lors de la conférence tenue en séance ouverte dans la grande Salle I . Doté d’un backgroud académique par ses savoirs transversaux sur la matière qui est l’objet de la table ronde, M. Sao a su mener la mission avec tact et pertinence. Une fierté à noter aux couleurs de la Mauritanie qui ne manque de ressources intellectuelles si elles sont explorées, valorisées et mises en perspective lors de pareilles occasions. Pour rappel, notre ami et frère Sao est membre de la délégation permanente mauritanienne auprès de l’Unesco depuis quelques années. Mes remerciements à lui pour sa disponibilité lors de notre visite dans différents départements sur place.
La clôture de l’événement s’est faite avec un gala artistique de haute classe avec plusieurs groupes pays qui ont donné leurs prestations musicales. Parmi les artistes chanteurs de la soirée Show, notre compatriote Heydi Sibiri et ses musiciens, voir https://www.facebook.com/share/v/1HUzLphH27/ .
Les stands expo de cette édition sont visiblement moins garnis que l’année précédente. Dans les allées du bâtiment, un point librairie est présent disposant de quelques ouvrages édités par l’Unesco. Leurs prix étaient d’une alléchante promotion (par exemple un livre à 20 € mais acquisition pour 5€).
Aspect relationnel et réseautage, cet univers populaire est naturellement propice. Échanges et prise de contacts avec d’autres ressortissants mauritaniens et liens de connaissance avec d’autres africains venus du continent ou de la diaspora.
Avant toute chose, précisons que cet article n’a pas vocation à juger si les pratiques sont “normales” ou “injustes”.
Il n’est pas question de défendre qui que ce soit, mais uniquement d’expliquer les logiques diplomatiques, économiques et stratégiques derrière certains comportements d’État.
Beaucoup réagissent avec émotion ou fanatisme, sans comprendre les réalités froides du fonctionnement entre pays. Il est temps d’être lucide.
1. Libre circulation et accords bilatéraux : pourquoi les Ivoiriens ont-ils un traitement particulier ?
En Mauritanie, certains ressortissants ivoiriens bénéficient d’une facilité d’accès à la carte de séjour, grâce à un accord bilatéral entre Nouakchott et Abidjan.
• Comment cela fonctionne-t-il ?
• Les Ivoiriens s’inscrivent auprès d’une entité officielle ivoirienne installée à Nouakchott. • Cette entité transmet leurs informations au ministère mauritanien des Affaires étrangères. • En retour, ces Ivoiriens obtiennent gratuitement leur carte de séjour.
Pourquoi cet avantage ?
Parce que la Mauritanie et la Côte d’Ivoire ont des intérêts croisés forts : • Des milliers de commerçants mauritaniens vivent et prospèrent en Côte d’Ivoire (boutiques, import-export, gros commerce, etc.). • La Mauritanie a donc tout intérêt à ménager la diaspora ivoirienne chez elle pour protéger ses propres ressortissants en Côte d’Ivoire.
Exemple concret :
Si demain la Côte d’Ivoire expulse massivement des commerçants mauritaniens, cela entraînerait un désastre économique pour des milliers de familles mauritaniennes.
2. Pourquoi cette situation n’est-elle pas la même avec le Sénégal ou le Mali ?
Il est vrai que la Mauritanie a aussi des commerçants au Sénégal et au Mali. Mais : • Le volume est beaucoup plus faible qu’en Côte d’Ivoire. • L’activité est différente : au Sénégal, par exemple, de nombreux Mauritaniens sont liés au commerce de proximité ou viennent se soigner ou étudier, mais ils ne dépendent pas massivement du marché sénégalais ou malien. • Le transfert est possible : si un jour un conflit éclatait, un commerçant mauritanien au Sénégal pourrait facilement s’installer en Gambie ou en Guinée-Bissau. Les risques économiques sont donc limités.
En revanche, pour la Mauritanie, perdre l’accès au marché ivoirien serait un coup stratégique majeur. Conclusion simple : là où il y a plus d’intérêt, il y a plus d’efforts diplomatiques pour ménager l’autre partie.
3. La vraie mécanique des relations Nord-Sud
Quand deux pays collaborent, ce n’est jamais par amour ou par simple voisinage. C’est toujours une question de : • Qui dépend de qui ? • Qui perdrait quoi en cas de crise ? • Quels sont les leviers de pression disponibles ?
Exemples simples pour comprendre :
• Licences de pêche : La Mauritanie octroie chaque année des permis de pêche aux Sénégalais. Si tension il y a, ces licences peuvent être suspendues, créant une crise pour des milliers de pêcheurs sénégalais.
• Diaspora active : Il y a beaucoup plus de Sénégalais vivant et travaillant en Mauritanie que l’inverse. Donc, Nouakchott a un levier de pression plus fort. • Flux financiers : Plus d’argent sort de Mauritanie pour aller au Sénégal et au Mali que l’inverse. Cela crée un déséquilibre économique que Nouakchott peut utiliser.
4. La Gambie, un autre exemple de “statut privilégié”
La Gambie est un autre pays où la relation est particulière : • Beaucoup de commerçants mauritaniens sont établis en Gambie. • La majorité des Gambiens en Mauritanie sont des étudiants venus pour des études islamiques. • Résultat : Même s’ils paient leur carte de séjour, les Gambiens bénéficient d’une certaine tolérance.
La raison est toujours la même : protéger ses propres ressortissants à l’étranger.
5. Exemple frappant : le Mali et les représailles sur les commerçants
Quand la Mauritanie a expulsé des Maliens récemment, des jeunes à Bamako ont voulu fermer les boutiques mauritaniennes.
Réaction rapide des autorités maliennes : les jeunes ont été arrêtés et le Mali a réagi pour protéger ses autres intérêts en Mauritanie.
Cela montre que les États négocient selon leurs intérêts stratégiques réels, pas selon les sentiments populaires.
Comprendre sans fanatisme
Chers amis, il faut arrêter d’analyser ces questions avec des lunettes de colère ou de fanatisme.
Les relations internationales, surtout entre pays africains, fonctionnent selon des règles pragmatiques : intérêts économiques, équilibre de pouvoir, dépendances mutuelles.
Celui qui domine économiquement négocie mieux. Celui qui a plus à perdre plie.
Ne vous laissez pas tromper par des discours émotionnels : il ne s’agit pas d’amour, de fraternité ou autre , mais bien d’intérêt froid et calculé.
Comprendre cela, c’est grandir et éviter de se ridiculiser en confondant nationalisme de café et réalités géopolitiques.
“Lorsque vous avez l’occasion de vous exprimer, dites du bien de votre pays !”
Cette phrase de l’ancien président Américain, Jimmy Carter, sied bien à la situation actuelle entre le Mali et l’Algérie. La récente brouille diplomatique fait suite à l’affaire du drone malien abattu par l’Algérie. Dans cet article, nous revenons sur l’origine de cette tension diplomatique ; la communication interposée des gouvernements maliens et algériens ; la réplique de l’Alliance des Etats du Sahel et enfin un plaidoyer pour la défense de la patrie.
• De la dénonciation des accords d’Alger à la brouille diplomatique
Depuis son indépendance en 1960, le Mali a été secoué par plusieurs rébellions qui menacent sa stabilité politique et institutionnelle. Toutes ces rébellions sont issues du septentrion malien, faisant frontière avec l’Algérie. Ainsi, ce pays a toujours été impliqué dans la recherche des solutions face à ces crises. Pour preuve, le dernier accord entre le gouvernement du Mali et les groupes armés a été négocié sur le sol algérein en 2015. Cependant, peut-on être la solution d’un problème dont on est au moins en partie la source? Absolument pas ! C’est le cas de l’Algérie. En effet, il n’est un secret pour personne que ce pays n’a jamais joué franc jeu avec le Mali. Comment comprendre que les chefs terroristes et rebelles qui sèment la terreur au Mali trouvent toujours refuge sur le sol algérien? Quelle hypocrisie !
Après la reprise de la Ville de Kidal par l’armée malienne en novembre 2023, le gouvernement de transition a opté pour un changement de paradigme tant sur le plan sémantique que diplomatique. En effet, les anciens rebelles de la Coordination des Mouvements de l’AZAWAD (CMA) ont été requalifiés en “terroristes”. Ainsi, le président de la transition, le Général Assimi Goita, dénonce l’accord de paix et de réconciliation issu du processus d’Alger. Dans la foulée, le Dialogue inter-Maliens est initié et se tiendra en avril et mai 2024. Dès lors, l’Algérie semble perdre la main dans un dossier dont elle pensait avoir le monopole. La question que l’on se pose est la suivante : peut-on objectivement s’opposer qu’un pays puisse s’approprier la gestion d’une crise interne? De quoi l’Algérie se mêle finalement? Cet état de fait conduit à une escalade diplomatique. L’épilogue de ces tensions intervient avec l’attaque du drone malien par l’Algérie début avril 2025.
• La communication interposée des gouvernements malien et algérien
Après l’attaque du drone malien à la frontière avec l’Algérie, le gouvernement algérien a été le premier à communiquer, affirmant que le drone était entré sur son territoire. On pouvait dès lors croire à une légitime défense. Il a fallu quelques jours, le temps de mener des enquêtes approfondies, pour que le gouvernement malien affirme que l’Algérie a bel et bien abattu le drone mais avec un détail important : sur le sol malien! En effet, coordonnées géographiques à l’appuie, le gouvernement de transition au Mali a démontré que le drone se trouvait à près d’une dizaine de kilomètres à la frontière de l’Algérie. Autre constat qui soutient cette thèse, l’épave du drone a été retrouvée sur le territoire malien. Il apparaît dès lors que ce pays voisin, ou pour ainsi dire cette voisine hypocrite, a délibérément abattu le drone
• La réplique de l’AES
La réplique du Mali et plus globalement des pays de l’AES ne s’est pas faite attendre. En effet, dans un communiqué conjoint, le Mali, le Burkina et le Niger rappellent leurs ambassadeurs pour consultations. Et l’ambassadeur d’Algérie à Bamako sera convoqué au ministère des affaires étrangères. C’était là une application concrète de l’article 6 de la charte du Liptako-Gourma qui stipule que toute attaque contre un pays membre est considérée comme une attaque contre l’ensemble des pays. Aussi, faut-il rappeler que les territoires des trois pays sont désormais considérés comme un seul théâtre d’opérations. Si l’Algérie voulait tester la solidarité des pays de l’AES, elle a sa réponse. Au-delà du niveau institutionnel, les populations ne sont pas restées en marge de cette affaire.
• Plaidoyer pour la défense de la patrie
Lorsque la Nation fait face à l’adversité venue de l’extérieur, il convient que chacun se range derrière le drapeau national, pas nécessairement derrière les autorités. Il faut dire que la quasi-totalité des partis politiques et des organisations de la société civile ont condamné cet acte d’agression contre notre pays. Néanmoins, nous sommes peinés de constater que certaines personnalités politiques et publiques participent à la cabale médiatique de l’Algérie contre le Mali, oubliant ainsi le principe même de l’action politique hélas…
Retrouvons-nous autour de l’essentiel, le Mali. C’est le seul combat qui vaille!
Brehima SIDIBE, Doctorant à CY Cergy Paris Université
Initiée par le Togo sous l’impulsion du président Faure Gnassingbé, la décision prise par l’Union africaine, qualifiant l’esclavage et la colonisation de crimes contre l’humanité, ouvre un nouveau chapitre dans la reconnaissance des préjudices subis par le continent au cours des cinq derniers siècles.
L’Union africaine (UA) a adopté le 16 février 2025 une résolution qualifiant l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et de génocides à l’encontre des peuples africains. Cette décision fait suite à une initiative portée par le Togo.
La résolution a été adoptée lors de la 38e session ordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UA. Présentée par le Togo sous l’égide du président Faure Gnassingbé, elle constitue une première dans l’histoire de l’organisation panafricaine.
Dans sa déclaration, le Togo souligne que cette qualification juridique concerne des actes « planifiés et méthodiquement exécutés » au cours des cinq derniers siècles. Le texte adopté répond aux demandes exprimées par les sociétés civiles africaines et les organisations diasporiques.
La reconnaissance de ces événements comme crimes contre l’humanité et génocides établit un cadre juridique nouveau concernant ces périodes historiques. Cette qualification pourrait avoir des implications sur les discussions futures concernant les réparations.
La Francophonie est née d’un lien historique entre la France et ses anciennes colonies, mais elle dépasse aujourd’hui cette relation héritée du passé. Elle joue un rôle clé dans la culture, l’économie, la diplomatie et l’éducation, promouvant la langue française et des valeurs de solidarité et de diversité. Ainsi, le français n’est plus seulement « un butin de guerre » ou un vestige colonial, mais une langue vivante, portée par des millions de locuteurs à travers le monde. « C’est notre bien commun, notre maison. Il faut mieux la connaître pour l’aimer », martèle Alain Rey.
• Un outil d’émancipation et de coopération
Le français est devenu un espace d’expression culturelle et un outil de transmission des savoirs, permettant aux peuples de revendiquer leur histoire et de bâtir un avenir commun. Il structure les échanges et sert de levier diplomatique et économique, notamment à travers des initiatives favorisant la coopération Sud-Sud. De plus, les pays francophones s’appuient sur cette langue pour renforcer leur souveraineté tout en restant connectés au monde.
Cependant, à l’ère des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, la prédominance de l’anglais constitue un défi majeur. La révolution numérique privilégie les contenus anglophones, marginalisant les autres langues. Le français doit donc s’adapter et se renforcer dans ces nouveaux espaces pour préserver la diversité linguistique et culturelle.
• Un atout diplomatique et économique
Malgré la montée de l’anglais et du mandarin, le français demeure la cinquième langue la plus parlée au monde et reste une langue de travail dans les grandes organisations internationales comme l’ONU et l’OIF. Sur le plan économique, les échanges entre pays francophones sont en moyenne 65 % plus élevés, preuve du rôle stratégique de la Francophonie dans le développement et la coopération.
Dans le domaine scientifique, le français garde une place importante, notamment dans les sciences humaines et sociales. Toutefois, pour éviter un recul face à l’anglais, il est essentiel d’encourager la production et la diffusion des savoirs dans cette langue.
• Une Francophonie plus inclusive et tournée vers l’avenir
Malgré ses atouts, la Francophonie reste parfois perçue comme un espace réservé à une élite. Dans de nombreux pays, l’accès au français demeure inégal, limitant son potentiel d’inclusion. Pour évoluer au-delà du cadre postcolonial, il est nécessaire d’adopter une approche plus équitable et ouverte.
Des pays comme le Sénégal, le Canada ou le Rwanda montrent qu’il est possible de concilier multilinguisme et valorisation du français. Par exemple, le Rwanda a intégré l’anglais dans son système éducatif tout en restant un membre actif de la Francophonie, illustrant une approche pragmatique et non dogmatique des politiques linguistiques.
• Réinventer la Francophonie : un défi pour le XXIe siècle
Pour que la Francophonie reste pertinente, plusieurs actions sont nécessaires : • Décoloniser les imaginaires : cesser de voir la France comme le centre de la Francophonie et reconnaître pleinement la diversité des pays francophones. • Démocratiser l’accès au français : rendre son enseignement plus inclusif et accessible. • Valoriser la diversité linguistique : promouvoir le français en complément des langues locales et non en opposition à elles. • Renforcer la coopération Sud-Sud : développer des projets culturels, économiques et éducatifs entre pays francophones indépendamment des anciennes métropoles coloniales. • Investir dans le numérique et l’intelligence artificielle : assurer une présence forte du français dans les nouvelles technologies pour éviter qu’il ne soit marginalisé.
Cette Organisation ne devrait avoir pour vocation d’être un outil de domination, mais un projet d’avenir fondé sur la coopération et la diversité. Elle peut jouer un rôle clé dans un monde en mutation, où les défis géopolitiques et technologiques redéfinissent les rapports entre nations. Pour cela, elle doit s’adapter, se moderniser et devenir un véritable espace d’échanges équilibrés et inclusifs.
Après des mois de controverse, la Maison des mondes africains, aussi appelée MansA va s’installer dans le Xe arrondissement de Paris. Ce centre pluridisciplinaire a pour ambition d’être le « QG permanent » des cultures africaines en France. Ce projet a été voulu par Emmanuel Macron et initié par le penseur camerounais Achille Mbembé. Les diverses autorités en charge du dossier se disputaient depuis des mois sur le lieu d’implantation de la maison.
Si l’art peut-être réaliste, les querelles parisiennes sont souvent surréalistes. Il a fallu des mois de débats et de controverse pour enfin décider du lieu d’implantation de la MansA, la maison des mondes africains. Ce sera finalement un ancien atelier du Xe arrondissement de Paris qui commencera à accueillir ses premiers visiteurs dès juin.
Pendant un temps, le ministère de la Culture souhaitait voir la maison s’installer sur les berges de la Seine, à la Monnaie de Paris. Mais le vénérable établissement datant du IXème siècle aurait dû partager un espace qu’il espérait rentabiliser pour financer son budget, faute de fonds publics.
La querelle avait pris un tour politique Par ailleurs, la querelle avait pris un tour politique. Les députés du Rassemblement national ont accusé le gouvernement de céder « aux sirènes de la repentance », vis-à-vis de l’Afrique. À cela, des difficultés budgétaires se sont ajoutées entre les deux ministères de tutelle, celui des Affaires étrangères et la Culture.
Au final, ce projet aura mis plus de trois ans à s’implanter. Sur le modèle de l’Institut du monde arabe, la MansA se veut à la fois une vitrine, un refuge et un tremplin pour les artistes africains.
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