Après le COVID-19, les mauritaniens et tous les peuples meurtris par les dissensions, les inégalités et l’injustice auront une approche différente dans leurs rapports : la tribu comprendra par exemple que peu importe celui qui est ministre ou Directeur l’important est qu’il soit compétent et honnête. L’ethnie se foutrait pas mal de la couleur de l’épiderme, la seule chose qui compterait enfin pour elle sera la compétence et l’honnêteté du titulaire de tel ou tel poste. Le clan aurait compris enfin que son fils ou sa fille promue à un endroit qui ne devrait pas constituer un danger en cas de péril quand ce ou cette dernière devra jouer un rôle clef dans un dispositif de sauvetage quelconque. On aurait compris que communiquer dans toutes les langues nationales et toutes les langues parlées majoritairement est un impératif. On aurait aussi compris que le débat, Arabiya vs Varansiya ne sert à rien. À ce moment précis, personne même parmi les plus incultes ne s’offusque de voir le Ministre de la Santé parler toujours en français et en arabe lors de chacune de ses sorties. On aurait compris que l’école ne devrait point être politisée car le plus important pour la nation est qu’elle forme convenablement ses enfants capables de lui assurer un avenir radieux. Imaginez juste un seul instant que durant cette période, on avait certains types de ministres à la place du Dr. Nezhirou! Ça aurait été la catastrophe. Je ne veux blâmer nommément personne mais chacun de vous connaît plusieurs têtes de turcs qui ont été dans le passé à ce poste avant lui et imaginez juste une seconde un de ces zouaves, ministre à ce moment précis. – Vous vous êtes pris la tête en lisant ce passage tellement l’image que vous a renvoyé votre cerveau vous a fait cligner des yeux!!! – Je suis sûr et certain de mon assertion car, de plus en plus de voix autorisées dans le clergé diront d’eux-mêmes qu’il est de l’intérêt de tout le monde qu’ils restent dans leurs mosquées et se limitent juste de parler de religion et rien d’autre. Croyez-moi, ce sera la même chose du côté des corps habillés. Le COVID-19 révolutionnera l’humanité et la Mauritanie ne sera pas en reste.
Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste en Mauritanie (Ira-M).
🔹️Note d’alerte
Le 15 mars courant, Ira-Mauritanie publiait son soutien et ses encouragements aux mesures de prévention décidées, sur ordre des autorités de la République islamique de Mauritanie, afin d’éradiquer, du moins de limiter la menace de contagion et de mortalité par le Covid-19. A titre exceptionnel, notre organisation suspendait sa communication militante, jusqu’au rétablissement d’un minimum de sécurité à l’intérieur du territoire.
Hélas, des informations de la nuit du 15 au 16 mars attestent la violation des règles de prudence et la mise en danger de la vie d’autrui, depuis le rapatriement, le même soir, de quelques dizaines de compatriotes, en provenance d’Espagne, via le Sénégal. Les passagers, arrivés de Dakar à Nouakchott, furent dirigés vers l’hôtel Khatter, en vertu du confinement provisoire, peu importe s’ils présentaient ou non des symptômes, compte-tenu du nombre des porteurs sains, un peu partout dans le monde. Cependant, les directives n’ont pas été appliquées avec le souci de l’équité et du discernement.
A. Dès l’atterrissage, un membre de la famille du Ministre de la défense, ainsi isolé du groupe et dispensé de l’obligation de quarantaine, rentre chez lui, sous bonne escorte.
B. Peu de temps après, alors que les nouveaux venus prenaient leurs marques sur le lieu de la résidence forcée, une patrouille de police identifie un cousin du Ministre de la santé, le soustrait à la discipline et le dépose à son domicile.
Dans le communiqué de la veille, Ira-M pressentait la probabilité de tels dysfonctionnements, tant l’Etat et la société des tribus banalisent l’intervention, le passe-droit et le privilège, malgré les conséquences de tels manquements, sur le devenir collectif. Or, en l’occurrence, le défi de santé publique et la rupture du principe d’égalité des citoyens, commandent, au pouvoir exécutif, une réaction de rigueur ; il convient, ici, de rendre, à la population, justice, espoir et confiance :
Restaurer l’isolement des deux personnes et de leurs proches susceptibles d’occasionner un risque de transmission de la pathologie;
Déterminer la part du zèle et de l’instruction officielle, dans la responsabilité des actes en cause ;
Sanctionner les auteurs, y compris la chaine de commandement éventuelle, à la fois pour l’exemple et contre l’impunité.
Ira-M exhorte les mauritaniens à mieux décrypter les épreuves de la vie quand elles démontrent la nuisance protéiforme des inégalités. Face à la maladie, comme à d’autres moments de l’existence sociale, édicter des contraintes légitimes et s’abstenir de les appliquer à tous, ne produit que la frustration et la défiance. À l’adresse des sceptiques de service et des dénégateurs de toujours, voici, une illustration supplémentaire, qu’il importe de bien méditer.
Par la voix du ministre de la santé Mohamed Nedhirou HAMED le gouvernement mauritanien a annoncé aujourd’hui de nouvelles mesures préventives pour lutter contre le Coronavirus [COVID-19]
☑️ La mise en quarantaine de toutes les personnes ayant été en contact non protégé avec un malade.
☑️ La mise en quarantaine de toutes les personnes en provenance de l’étranger durant 14 jours.
☑️ La suspension de tous les vols à destination de la Mauritanie à compter du mardi 17 mars 2020.
☑️ L’interdiction de tous les regroupements non essentiels.
☑️Des poursuites judiciaires à l’encontre de personnes véhiculant de fausses infirmations à propos du Coronavirus en Mauritanie.
☑️La mise en place de commissions de sensibilisation sur l’ensemble du territoire national.
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Le 14 mars, en Mauritanie, le Comité interministériel chargé du suivi de l’ évolution du coronavirus (Covid-19), décidait, sous la direction du Premier ministre, une série de directives de prévention, dont la fermeture des écoles, le contrôle sanitaire des voyageurs à l’arrivée, la surveillance de certains postes- frontière et de rares contraintes d’isolement. Le principe de précaution et le caractère inédit de la menace expliquent le délai d’une semaine, que le gouvernement vient d’adopter, à titre probatoire. Ira-Mauritanie (Ira-M), association de défense des droits de la personne, soutient l’effort des pouvoirs publics et salue la célérité de leur réaction, sans exclure, cependant, les dysfonctionnements d’un Etat en ruine et souvent réduit à l’impuissance, par le cumul du laxisme et de l’incompétence. Ira-M exhorte la population, présente sur le territoire, à exécuter, scrupuleusement, toutes les recommandations de prophylaxie et de confinement que les autorités publient ; elle invite les mauritaniens, dès l’extinction de la pandémie, à une revue des politiques de santé, en prévision d’autres alertes de gravité comparable. Pour l’instant, il convient d’associer les lieux de culte et les rassemblements festifs, à l’application des consignes de distance et de réserve, physiques. Enfin, jusqu’à la levée des mesures de restriction, Ira-M suspend sa communication militante, à l’exception des sujets relevant du Covid-19 et de ses implications sociales.
AMI – Suite à l’apparition du premier cas confirmé du coronavirus et son annonces officielle par l’OMS « épidémie mondiale », le Comité interministériel chargé du suivi de l’évolution du coronavirus (COVID-19) a tenu une réunion d’urgence sous la présidence du Premier ministre et arrêté une série de mesures dont la fermeture des établissements scolaires pour une semaine et la mise en service d’un numéro vert. Le gouvernement rassure les citoyens que tous les services de l’Etat et ses moyens sont suffisamment mobilisés pour toute éventualité. Voici le communique du comité interministériel :
« Le Premier ministre, M. Ismail Bedda Cheikh Sidiya, a présidé, samedi matin, une réunion du Comité interministériel chargé du suivi de l’évolution du coronavirus (COVID-19). Le comité a examiné la situation de propagation du virus, surtout après la constatation du 1er cas du virus en Mauritanie et sa récente proclamation par l’OMS « pandémie« . A cette occasion, le comité a passé en revue les mesures rapides prises par les services sanitaires spécialisés immédiatement après l’annonce de l’apparition des symptômes de la maladie, vendredi, chez un ressortissant étranger et sa confirmation ‘’positif ‘’ à l’issue des analyses médicales.. A cet effet les différents services sanitaires spécialisés exercent les investigations approfondies sur les conditions d’entrée du sujet atteint au pays et l’identification des personnes avec lesquelles il a eu des contacts aussi bien dans l’avion qu’après son arrivée à Nouakchott pour prendre toutes les dispositions susceptibles d’empêcher la propagation du virus. Suite à cette situation, le gouvernement a décidé, dans le cadre de la seconde phase de la stratégie nationale de lutte contre la pandémie, stratégie tracée par le gouvernement, en application des instructions du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la prise d’une série de mesures qui seront immédiatement mises en vigueur :
🔹️1-Confinement de tous les voyageurs venus en Mauritanie des zones endémiques pour une période de 14 jours avec isolement total. Les services compétents du gouvernement mettront en place les modalités appropriées pour la mise en œuvre de cette mesure ;
🔹️2 – Réduction et renforcement de la surveillance sanitaire au niveau des points de passage frontaliers, afin de maitriser les zones d’accès au pays et d’assurer un contrôle sanitaire efficace à tous les passants.
🔹️3 -Tous les établissements scolaires publics et privés : écoles, universités et instituts seront fermés pour une semaine. Cette mesure sera réexaminée après cette période suivant l’évolution de la situation ;
🔹️4-Les citoyens sont appelés, à titre préventif, à éviter les rassemblements, les festivités et les cérémonies qui suscitent la présence de plusieurs personnes dans un même endroit ;
🔹️5-Mise en service d’un numéro vert 1155 pour répondre aux questions des citoyens ayant trait au virus et leur permettre d’annoncer tout cas suspect.
Au moment où le gouvernement appelle les citoyens à adopter les mesures préventives nécessaires, il tient à les rassurer que tous les services de l’Etat et ses moyens sont suffisamment mobilisés pour toute éventualité. Il s’engage également à annoncer rapidement tous les évènements éventuels relatifs à cette épidémie. Qu’Allah nous protège contre ce mal ».
En Mauritanie, la journée du 6 mars de chaque année marque une date consacrée à la lutte contre l’esclavage et ses séquelles. Cette année 2020, le mouvement d’éveil citoyen, humaniste et anti-esclavagiste GANBANAAXUN FEDDE a organisé un événement de sensibilisation à Sélibaby dans le Guidimagha. L’association UVDS – Ganbanaaxu (Union de Volontaires pour le Développement de Soninkara) et L’ARMEPES – Ganbanaaxu, ont animé cette journée avec un grand public venu de différentes localités de la région. Les présidents Gaye Traoré et Yakhoub Bakhayokho, nos doyens Wali Diallo et Diaguily Traoré et d’autres éminents membres de la mouvance abolitionniste GANBANAAXUN FEDDE, ont rappelé la nécessité d’un éveil citoyen pour s’extirper des pesanteurs discriminatoires de l’ordre féodalo-esclavagiste qui persiste dans nos communautés notamment chez les soninkés. Parmi chaque délégation villageoise, il y a eu un-e intervenant-e pour témoigner des divers harcèlements provocateurs venant de certains tenants extrémistes des coutumes féodalo-esclavagistes. Des membres de la communauté Ganbanaaxu sont lésés dans leurs droits légitimes tant au niveau sociétal que citoyen. Le cas de la grande mosquée de Kininkoumou, où une minorité sociale (féodaux aux mentalités esclavagistes) s’est accaparée de la gestion exclusive au détriment de l’écrasante majorité considérée d’ascendance esclave, et avec la complicité des autorité publiques qui traînent les dossiers. Un cas similaire est relevé à Coumba Daw . Dans le domaine du foncier, diverses menaces d’ expropriations sont signalées ici et là. Plusieurs dossiers judiciaires ont été ouverts comme à Dafor, mais les autorités étatiques ne bougent presque pas . Tous ces remous ont une seule origine ; celles et ceux qui refusent les coutumes féodalo-esclavagistes (ladani) dans la communauté, sont systématiquement visés par les réactionnaires féodaux en complicité tacite avec certains cadres soninkés introduits dans les rouages étatiques. Ces cadres fonctionnaires ou politiciens tiennent un langage contradictoire selon s’ils sont à Nouakchott auprès de hautes autorités ou dans leurs villages au Guidimagha . Ainsi ce 6 mars 2020, l’occasion a été d’exposer ces réalités criantes liées à l’esclavage coutumier par ascendance foncièrement nuisible à la paix sociale.
À l’État et ses organismes publics, de faire régner le régalien dans nos contrées villageoises où discriminations et ségrégations sont érigées en norme de vie féodale digne du moyen-âge. L’arsenal juridique avec les dispositions de la Loi 031 – 2015 sur les pratiques esclavagistes et de la Loi 023 – 2018 portant sur les discriminations, doit être appliqué d’une manière effective pour mettre fin sérieusement à ce déficit d’état de droit en Mauritanie et particulièrement à ce niveau.
Tout d’abord, je remercie le Collectif de chercheurs arabesque de m’avoir offert l’opportunité de m’exprimer dans ce lieu de culture et de savoir.
J’ai eu l’occasion, ce 04 mars 2020, de m’exprimer sur plusieurs questions notamment celle de la problématique des langues nationales , la situation des droits humains, le déséquilibre communautaire et éthnique etc. Il fallait enfin proposer des solutions et perspectives.
La question linguistique étant à mes yeux celle qui bloque l’unité nationale, je vous propose mes analyses sur cette question.
I– Sur la question linguistique en Mauritanie
1– la langue, comme facteur d’intégration
La Mauritanie est un pays multicurel et pluriethnique. Chaque éthinie constitue une communauté spécifique. L’ensemble des communautés forme la communauté nationale. Le peuple Mauritanien.
Les langues nationales sont : le pulaar, le wolof, le soninké, le Bambara et l’arabe. L’arabe est la langue officielle du pays selon la constitution. Le français, une langue administrative.
Cependant, le fait d’utiliser la langue arabe comme langue de juré (officiellement reconnue par la loi fondamentale comme telle) constitue un obstacle majeur à l’intégration des autres communautés ethnique comme les WOLOFS, LES PEULS, LES SONINKES ET LES BAMBARAS.
L’ intégration
L’intégration d’un groupe d’individus dans un pays donné passe d’abord par la promotion et la protection de la langue utilisée par ce groupe. Or, en Mauritanie, les langues nationales ne sont pas enseignées afin de permettre à ceux les utilisent de se sentir concerné et impliqué dans les affaires publiques, administratives et sociales.
Ce déficit ne peut donc provoquer qu’un sentiment d’exclusion.
2– la langue, comme facteur d’exclusion
Il est clair que dans tout type de société, lorsqu’un individu ne travaille pas avec sa langue, n’etudie point dans celle ci et ne peut donc ni produire du savoir ni en acquérir à travers l’usage de sa langue , il est appelé à ne pas être totalement impliqué dans la gestion de la cité.
Prenons l’exemple du wolof en Mauritanie. Il parle essentiellement wolof et utilise le français comme langue administrative. Si on lui impose l’arabe, comme langue enseigné à l’école en plus du français qui n’est pas sa langue maternelle, il aura beaucoup de mal à s’intégrer pleinement dans la société. Il en est ainsi pour le soninké, le bambara et le peul.
Toutefois, toutes ces éthinies apprennent l’arabe à l’école. D’une part parce qu’elles n’ont pas le choix, d’autres part, parce que l’école Mauritanienne étant bilingue, les élèves sont dans une obligation de partir de cette base. Il faut souligner tout de même que le choix d’apprendre uniquement l’arabe existe.
Le citoyen peul qui ira à l’école aura donc deux défis à surmonter : apprendre deux nouvelles langues étrangères (Arabe, Français).
Il est également important de souligner que ni l’arabe ni le français ne sont ses langues maternelles. Il n’est donc absolument pas préparé depuis le cercle familial à en faire usage.
Un enfant peul parle peul à la maison. Mais à l’école, il doit se débrouiller à acquérir des connaissances dans des langues qui lui sont totalement étrangères.
Ce fait constitue à mon avis un facteur élémentaire d’exclusion. Je propose que les autorités Mauritaniennes prennent en compte ce facteur dans leur projet politique.
L’exclusion :
Il s’agit là de mettre l’accent sur la question de de l’exclusion d’un groupe dans une société donnée.
Un individu ou un groupe d’individus peut être exclu de différentes manières mais l’exclusion par l’usage de la langue est plus profonde.
On ne peut nier le fait que parler et travailler dans sa langue maternelle est beaucoup plus utile que le faire dans une langue étrangère.
L’apprentissage est ici ralenti, et l’individu apprenant un autre mode linguistique de communication se voit complètement retardé par les années qu’il passera à cet apprentissage.
Le système éducatif Mauritanien doit alors urgemment se lancer dans des réformes profondes afin de promouvoir les langues des autres Mauritaniens et leur permettre et d’étudier et de travailler dans leurs propres langues.
L’usage de l’arabe comme langue officielle constitue donc un élément fondamental d’exclusion qu’il aurait fallu corriger il y a déjà plusieurs décennies.
3– L’usage des langues pour favoriser le bien vivre ensemble : l’unité nationale.
Solutions et perspectivesSolutions :
● Solutions
1– Former les formateurs (enseignants) dans les 5 langues nationales,
2– Imposer le choix d’au moins deux langues nationales aux élèves à l’école au primaire ( les 2 premières années du primaire) et les trois autres (les 3 dernières années du primaire) ainsi de suite jusqu’au collège et au lycée.
Ce choix imposé permettra aux jeunes élèves, collégiens et lycéens de partir sur des bases égalitaires.
3– Faire des langues nationales les langues de travail et de communication dans l’administration.
4– Le français, à mon avis, devrait être la seule langue officielle. Aucun Mauritanien n’a le français comme langue maternelle. Alors aucun Mauritanien ne pourra prétendre être favorisé si tel était le cas.
Les Maures sont plus à l’aise avec la langue arabe. Le hassanya parlé n’est rien d’autre qu’un dialecte arabo-berbère. Ils ont alors plus de chance de réussir et s’intégrer dans la société Mauritanienne qu’un Wolof, un Peul, un Soninké ou un Bambara.
● Perspectives :
1– Des réformes profondes pour la promotion et la protection des langues nationales,
2– Des révisions ou modifications constitutionnelles dans ce cadre,
3– Un dialogue national inclusif
Pour l’unité nationale, pour l’amour de mon pays, pour le bien vivre ensemble.
Mohamed Lam, Bordeaux, le 05/03/2020. Restitution intervention Université Bordeaux Montaigne.
Dimanche 23 février 2020, une délégation dirigée par Demba Coulibaly, s’est rendue aux Mureaux pour une cérémonie de présentation chez notre notre honorable doyen choisi.
Basant sur les critères du droit d’aînesse, sa désignation est d’une symbolique d’ordre fraternel et citoyen. Mr Gassama est originaire du village de Nieliba dans le Guidimagha.
Aucune ségrégation ou discrimination patronymique et statutaire, ne fait partie de nos valeurs de respect et de considération à l’endroit des personnes âgées. Nos règles sociales sont en phase avec les principes fondamentaux qui régissent l’ordre républicain et démocratique prévu et promu par les institutions publiques dans nos pays. Les humiliations symboliques subies dans l’ancien régime féodalo-esclavagiste soninké , n’affecteront plus notre DIGNITÉ HUMAINE.
🔹️Notre devise aujourd’hui : Ni maîtres de personne, ni esclaves de personne aussi.
Les ressortissants mauritaniens résidant en Île-de-France sont conviés à une réunion d’information et de présentation du programme SÉCURITÉ ALIMENTAIRE, FORMATION, INSERTION, RÉSILIENCE ET EMPLOI (SAFIRE). Le programme SAFIRE est élaboré afin de répondre à des problématiques multi-sectoriels répertoriées dans les régions du Hodh, du Gorgol, du Guidimakha, du Brakna, du Trarza et même de Nouakchott.
Le programme s’adresse aux jeunes et aux femmes s’activant dans le domaine agro-sylvo-pastoral en situation de vulnérabilité, auxquelles sont proposées des opportunités d’insertion professionnelle, de création de microentreprises et de nouvelles opportunités économiques grâce à l’accès à la microfinance, l’accompagnement personnalisé, des conseils au niveau des intrants/des équipements techniques et l’appui à la professionnalisation.
Conscient du rôle que joue la diaspora dans les zones d’interventions retenues par le programme SAFIRE, l’implication de ses derniers est plus que nécessaire afin de le rendre plus opérationnel et efficace. C’est dans cette optique que le programme veut y associer la diaspora mauritanienne.
L’objectif de cette rencontre qui aura lieu le mercredi 26 février 2020 à 17h sera entre autre de :
Présenter le programme SAFIRE et les zones d’intervention concernées.
Présenter les objectifs de Safire, notamment le résultat 3 , qui consiste à sensibiliser la diaspora pour s’impliquer dans le soutien à des porteurs de projets de leur région d’origine.
Recueillir son avis et ses attentes par rapport aux modalités de collaboration avec les ONG qui ont la conduite du projet.
Présenter l’idée d’un Forum économique de la diaspora à organiser en Mauritanie.
Ce programme financé par l’union européenne et mis en place par 14 ONG, en partenariat avec le Ministère de l’emploi de la jeunesse et des sports avec notamment un volet économique, qui a trait à la diaspora Mauritanienne
Adresse : 15 rue Bisson 75020 Paris Accès : Métro 2, station couronnes ou Belleville.
Allocution du lauréat de la session 2020, Biram Dah Abeid, « Prix du Courage »
Mesdames et Messieurs les membres de la coalition du Sommet de Genève Chers membres du jury, honorable assistance
La session 2020 du « Sommet de Genève, pour les droits humains et la démocratie » me décerne, aujourd’hui, le diplôme du courage. Que l’honorable jury reçoive ma gratitude. Cependant, je souhaite exprimer une nuance : lorsqu’enfant, vous expérimentez l’injustice, l’héritez de vos aïeuls et risquez de la transmettre à votre descendance, l’affronter ne relève plus d’une option. Résister, tient, ici, de l’impératif de survie ; parce qu’il subsiste en vous un brin d’espoir, un résidu de volonté, votre humanité vous commande de vous battre, par réflexe ; votre corps et l’esprit qu’il abrite, même meurtris, vous enjoignent de relever la tête. Voici pourquoi, je ne pense mériter une si prestigieuse médaille ; nul ne doit être félicité d’aspirer – et d’agir – à une existence de bonheur et de paix, à l’ombre de l’équité.
Nous autres, noirs de Mauritanie, rejetons d’esclaves depuis des siècles ou victimes plus récentes de ségrégation, savons la rançon des efforts de relèvement que nous intime la lucidité de notre état. A l’image de tant de nègres au fil du temps et des civilisations, j’ouvrais les yeux sur le constat brutal de mon infériorité, laquelle m’expliquait-on, procède de ma peau sombre, des origines païennes de mes ancêtres et du vouloir de Dieu. Vous le voyez, un si mauvais départ ici-bas, m’exposait à devenir, tôt ou tard, l’ennemi public de quelqu’un. A partir de 2008, année de création de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M), j’ai cessé de courir devant le déterminisme de la lutte et accepté la fatalité du sacrifice.
En septembre, Ghaya Maiga, une fille mineure de 14 ans que ses maîtres exploitaient et frappaient, leur sera finalement livrée, selon l’injonction du juge d’instruction, malgré l’opposition théâtrale du procureur de la république. Ils s’empressèrent de la conduire, dans leur village, à plus de 1200 kilomètres et postèrent des images et messages de victoire, sur les réseaux sociaux ; en février 2020, déguenillé, déscolarisé et sans état civil, le garçonnet Beibbeu a fui l’enfer de la servitude congénitale. Au lieu de recevoir le secours de la loi, sera emprisonné et intimidé par les juges et gendarmes supposés le défendre. Il finira par retirer sa plaine et la demande de protection.
Dans le passé proche – et pour quelques uns encore aujourd’hui – nous mourrions au service d’une frange de nos compatriotes. Garder le bétail, creuser les puits, préparer la nourriture et la couche, accompagner les caravanes sous le soleil ardent, pieds nus, sans salaire ni horaire de travail, tel se présentait notre destin. Nos femmes, à peine vêtues, se prêtaient au viol, notre progéniture servait de cadeau de noce ou de naissance. Dispersés en guise héritage, aux quatre points cardinaux, nous étions vendus et troqués, contre une génisse, un dromadaire, une perle en pâte de verre, un anneau de cheville ou une amulette miraculeuse. Voici, résumé, l’univers mental où, adolescent, je me retrouvais, en demeure de forger une identité et imaginer un avenir.
En avril 2012, las de m’inscrire, à chaque occurrence, dans la rhétorique des sacralisations imposées par nos maitres, je décidais, après la prière du vendredi, de brûler, devant témoins, les livres dits de « droit musulman » qui codifiaient l’institution de l’esclavage. Aussitôt, les foules fanatisées submergèrent les mosquées et les rues, exigeant ma crucifixion ; des semaines durant, les médias publics et privés leur offriraient le monopole de la parole et le Chef de l’Etat de l’époque vint cautionner l’appel au meurtre. Arrêté au grief de rébellion vis-à-vis de Dieu, je n’ai dû mon salut qu’à la mobilisation de mes frères et de nos soutiens extérieurs. Je ne regrette un tel geste et le referais, volontiers. Pour une raison qui m’échappe encore, les ambassadeurs du Maroc et de Russie me blâmèrent en public et celui de la Syrie me défendit, à la télévision du gouvernement. Aucun représentant du Monde libre ne m’apporta le soutien auquel je m’attendais, au nom des droits humains, des valeurs de laïcité, de l’idéal républicain ou du devoir d’ingérence. Je vous épargne le récit sordide des humiliations et des sévices, à l’intérieur de deux mètres carrés, par temps de canicule, jour et nuit. Ironie du sort, c’est de ma cellule, que je fus élu député, dès septembre 2018. Les soldats en charge de me surveiller m’ont paru tristes de leur réclusion dans l’univers carcéral ; je les quittai, sans trop de regret mais avec un brin de pitié. Depuis décembre 2010, j’ai vécu quatre incarcérations. Mon organisation, toujours interdite, avoisine le record d’une vingtaine de procès et détentions accompagnées de torture. Aucun de nos tortionnaires n’a été inquiété.
A l’élection présidentielle de juin 2019, je talonnais l’actuel Chef de l’Etat, alors candidat des notabilités tribales et de l’armée. Malgré l’attestation massive de la fraude, je reconnus, le résultat erroné du vote. Ainsi, évitais-je, à mon bercail vulnérable, l’autodissolution dans une crise qui le livrerait au djihadisme violent, en embuscade alentour. Aux nouvelles autorités, j’ai tendu la main du dialogue ; je m’obstine à obtenir, d’abord, la reconnaissance d’associations et de partis réfractaires à la discrimination envers les noirs de filiation subsaharienne et l’annulation des poursuites contre d’illustres opposants en exil. Nous œuvrons à abroger la loi d’amnistie qui protège, depuis 1993, les auteurs de déportation de masse, de torture et de tuerie, forfaitures commises entre 1986 et 1991, au titre d’une tentative sanglante de changement de la démographie et d’effacement de la diversité linguistique, pour que la Mauritanie, enfin « arabisée », tournât le dos au Sahel, sa vocation. Permettez-moi, ici, de vous montrer deux visages des victimes de la tentative de purification ethnique en Mauritanie : Houleye Sall, âgée de 80 ans, s’obstine, depuis bientôt trois décennies, à obtenir la réhabilitation de son fils unique. Un parmi des centaines d’autres suppliciés, le lieutenant Abdoulaye Sall mourut, à 31 ans, d’un écartèlement entre deux voitures en mouvement, sur ordre de ses supérieurs au sein de l’armée.
Notre souffrance n’est en rien imputable à l’Occident, encore moins à la colonisation ou à la traite négrière. Elle nous vient de l’intérieur de nos sociétés d’Afrique. Comme nos géniteurs et leurs devanciers, nous endurions la persécution, infligée par nos concitoyens arabo-berbères ; pourtant, ensemble, nous partageons, la foi religieuse, le culte et souvent la langue.
Sur un autre front, nous continuons à réclamer l’accès équitable à l’état-civil et aux listes d’électeurs car nous habite la certitude de représenter une majorité de la population ; le poids des suffrages, un jour, obligera nos juges à cesser de couvrir le crime d’esclavage et de banaliser le « négrocide » ; ils glorifieront le droit international, accepteront un minimum d’universalité et renonceront aux feintes du relativisme culturel. Un jour, la Mauritanie abrogera l’article 306 du code pénal dont le zèle post-coranique punit de mort, séance tenante, le refus de prier, le blasphème et l’apostasie, sans possibilité de repentir. J’ai failli en mourir. Appliquer les lois de Daesh et prétendre combattre le terrorisme relèvent de l’aporie et d’un mensonge létal. Mon pays, la Mauritanie constitue, à présent, l’environnement favorable à l’instauration d’une théocratie islamiste. Cette vérité taboue, je l’assume devant vous, aujourd’hui, en qualité de lanceur d’alerte.
Je salue, ici, les centaines de jeunes, les dizaines de lettrés et d’intellectuels, braves dissidents, issus des féodalités que nous nous acharnons à défaire ; ils portent haut et loin, l’élan de générosité et de volontarisme où je puise l’intensité et la constance de l’argument. Avec votre permission, je leur dédie ce prix du courage.
Honorable assistance, la distinction de l’année consolide mon engagement sur la voie de l’alternance pacifique, grâce au pouvoir des urnes. Certes je ne puis respecter les valeurs de qui m’opprime mais, jamais, je n’encouragerai un coup d’Etat, une sédition ou un quelconque usage de la force. Les mots, vecteurs d’idées subversives et de propositions de réforme, restent nos armes exclusives. Nous voulons persuader au lieu de susciter la crainte. La peur mène à la surenchère, la surenchère tue et nous aimons la vie.
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