Interview/ Birame Dah Abeid, Président du mouvement IRA et député au Parlement: « La Mauritanie a changé… »

« J’ai abordé ces questions avec le président de la République et notamment l’exclusion continue des franges de la population d’ascendance africaine et d’origine servile. Celle-ci dénote de la dérive injuste, sectaire du pouvoir depuis plusieurs décennies, une situation qu’il faudrait corriger car elle menace la paix civile, l’unité nationale et la pérennité de l’Etat mauritanien. »

Au sortir d’une audience accordée par le président de la République Mohamed Ould Cheikh Ghazwani le 28 août dernier vous avez déclaré à l’occasion d’une conférence de presse que la Mauritanie a changée depuis l’alternance de 2019 ? Qu’est ce qui vous pousse à dire cela ?

Birame Ddh Abeid (BDA) : Effectivement, tel est le cas. En effet, le changement en Mauritanie que j’ai évoqué dans ma dernière conférence de presse se vérifie d’abord par la décrispation du climat politique, le dégel intervenu entre l’opposition et le nouveau Chef de l’Etat. Lui-même a pris l’initiative de retisser le fil du dialogue, d’engager des rencontres d’échanges avec la classe politique y compris de toute obédience.

Nous avons ainsi tourné la page de l’invective, des insultes et des accusations que son prédécesseur distribuait à l’endroit de ses opposants, sans aucune retenue.
Je note également la levée des poursuites judiciaires, indument engagées contre des opposants et des personnes supposées proches d’eux.

Il y a lieu de noter, également, l’ouverture des média publics, à l’opinion dissidente ; Aujourd’hui nous y avons accès et pouvons y dérouler nos messages. Leur accès nous était étaient interdit, jusqu’à une date récente.

Une avancée mérite mention, en somme, la volonté par le Président de la République, de respecter la séparation des pouvoirs, d’où la marche acceptable de la Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) et les prémisses d’une enquête judiciaire autour de son rapport sur la gabegie de la décennie écoulée.

J’ajoute, à la liste, la respectabilité accrue des élus du peuple, naguère humiliés, vilipendés et torturés par l’ancien pouvoir et ses acolytes ; à présent, ils peuvent jouer leur rôle en tant que superviseurs du travail de l’Exécutif, des dépenses des deniers publics et du respect de l’Etat de droit. Et dans le cadre de cette mission, ils sont reçus, avec tous les égards au sein des départements ministériels. Je pense qu’il s’agit, là, d’un début de changement, d’ailleurs inédit et inespéré, qui nous permet de transmettre la flamme de l’espoir à nos populations quand elles luttent pour une rupture pacifique en Mauritanie.

Au cours de votre audience avec le président Ghazwani vous avez parlé des inégalités et de l’exclusion. Pouvez-vous nous en dire plus ?

BDA : J’ai abordé ces questions avec le président de la République et notamment l’exclusion continue des franges de la population d’ascendance africaine et d’origine servile. Celle-ci dénote de la dérive injuste, sectaire du pouvoir depuis plusieurs décennies, une situation qu’il faudrait corriger car elle menace la paix civile, l’unité nationale et la pérennité de l’Etat mauritanien. En effet, il est inconcevable et dangereux que les différents corps civils et militaires de l’Etat se composent d’une seule communauté. Il n’est pas plus acceptable que les richesses du pays et le pouvoir politique restent circonscrits entre les mains du pré-carré de quartiers résidentiels et administratifs de la capitale, allant du Carrefour Madrid et englobant Tevrak Zeina, Soukouk et le Ksar Nord. En effet, ce sont les résidents de cette infime portion du territoire de Nouakchott qui dirigent la Mauritanie dans tous ses leviers de commandements, dépensent ses richesses, se distribuant les terres, les licences de pêche, les mines, les banques, l’aide financière extérieure, le personnel du corps diplomatique ; ceux qui vivent ailleurs, notamment les quartiers périphériques populeux et les campagnes de l’intérieur du pays, continuent d’éxpérimenter les affres de la misère et de l’humiliation. D’ailleurs, si vous consultez la liste des personnalités entendues ou indexées dans le rapport de la CEP, vous noteriez la proportion écrasante des tribus maures. A lui seul, ce document témoigne, par ricochet, de l’ampleur des inégalités et discriminations dans mon pays.

Nous espérons que le président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani apportera une solution à cette carte sociopolitique et économique hideuse, afin de juguler ce genre de disparités entre cet îlot d’opulence insolent et le reste de la Mauritanie dévastée par la déscolarisation, l’absence de couverture et d’assurance santé, voire d’eau potable, le délabrement des routes et la flambée du chômage.

Avez-vous reçu des assurances au sujet de la légalisation de votre parti, le RAG ?

BDA : Oui, et elles ne sont pas nouvelles, de la part du président de la République. J’ai pu entendre que les mauritaniens bénéficieront, tous, de droits que leurs confèrent les lois et la Constitution, notamment la faculté de s’associer, de se présenter aux élections, d’élire et se faire élire.

Selon certaines sources lors de l’audience avec le président Ghazwani, ce dernier vous aurait reproché vos critiques à l’endroit de l’ex président Aziz et vous aurait demandé de rester dans le cadre de l’objet de l’audience. Qu’en est-il au juste ?


BDA : A en croire une publication du journaliste Cheikh Haidara, le Président m’aurait dit sa volonté de renoncer à un second mandat, qu’il ne serait pas intéressé par le pouvoir. Il serait dérangé par mes critiques acerbes contre son prédécesseur Aziz, ce qui l’inciterait à me demander l’objet de ma demande d’audience, etc.

Je dirais à ce propos que je connais très bien la source malsaine de cette information et de cet acharnement ; Je voudrais préciser ici que je ne suis pas tenu de livrer tout le contenu de mes entretiens avec le président de la République et ce n’est pas dans mes habitudes de le faire. Je livre, de manière précise à l’opinion publique et à mes soutiens, ce qui alimente et anime l’espoir des mauritaniens pour un avenir meilleur ; je ne partage en public que les informations positives en vue d’entretenir l’espoir et de reconstruire la cohésion de mes compatriotes, pour plus d’épanouissement, d’entente, de paix des cœurs, bien entendu sous l’égide de l’Etat de droit.

Donc, je laisse à ce piètre manipulateur éhonté le soin de propager à sa guise cette information erronée, ce qu’il caresse et appelle de ses vœux c’est-à-dire le fait de voir le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani désister de sa candidature à un second mandat en 2024. Je ne suis pas le porte parole, le porte-venin de cette personne mal intentionnée et moins encore celui du président Ghazwani. Donc, ses intentions électorales.

Quand à assainir la scène politique, c’est-à-dire les rapports partisans entre le pouvoir et l’opposition, il m’apparait bien que la réalisation de l’objectif préoccupe le Président Ghazwani. Et il est faux, archi-faux de dire que j’ai abordé le sujet de son prédécesseur, lors de mes deux rencontres avec le chef de l’Etat ; je ne l’ai fait ni en octobre dernier et encore moins ce 28 août 2020.

Je ne fais pas partie de ceux qui ont pris la poudre d’escampette et qui se sont enfuis, la peur au ventre, incapables d’affronter l’ancien président lorsqu’il s’est érigé en despote, en tyran durant ses onze dernières années de règne. Je ne fais pas partie non plus de ceux qui sont restés au pays en adoptant un profil bas ou en léchant les bottes du tyran. Moi Birame Dah Abeid, je me suis dressé la tête haute, le verbe haut et me retrouvait plus d’une fois en prison, enferré. J’ai tenu tête, dans ma demeure, la rue et hors du pays, à Mohamed Ould Abdel Aziz et cela durant plus de dix ans et j’ai passé la moitié de son règne en cellule, à intervalles réguliers. Donc ce n’est pas moi qui ai besoin de rattraper le temps, de recouvrer le courage, de racheter la témérité, de perdre ma dignité, pour m’en prendre à Aziz alors qu’il est devenu un citoyen lambda, vomi de tous, vilipendé par le premier venu, ceux qui l’adulaient, le déifiaient ou se sont enfuis jusqu’à la fin de son règne. Moi, mes comptes je les ai réglés avec Aziz lorsqu’il était encore fort et dangereux. Maintenant c’est aux fugitifs et lécheurs de bottes, c’est aux lâches de s’en prendre à Aziz.

Je souligne aussi que la source mensongère qui a induit votre confrère Cheikh Haidara en erreur fait semblant de méconnaitre une qualité commune au Président Ghazwani et moi. Par son éducation et la confiance en soi, mon interlocuteur ne commet jamais d’impolitesse, surtout pas du genre à interrompre un visiteur qu’il reçoit. C’est lui faire mauvaise presse que de lui prêter ce genre de tempérament.

Quand à moi Birame Dah Abeid, aucune personne, aucun homme ne peut tenter de m’interrompre ou de me faire taire sur aucun sujet quelconque, pour la simple raison que je suis libre et réfractaire aux ordres inadmissibles, aux normes de bienséance et au droit. Et c’est méconnaître Birame que de lui prête les tares de courtisan.
Je voudrais aussi informer davantage vos collègues et l’opinion publique que la nature de ma rencontre avec le chef de l’Etat ne peut pas être qualifiée d’une simple demande d’audience. Non. La rencontre a été longtemps travaillée, organisée, mûrie… Ses thèmes ont été décortiqués de part et d’autre avant le jour J. Et c’est l’occasion, encore une fois pour moi, de remercier vivement le Président de la République Mohamed Ould Cheikh Ghazwani.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que vous avez été un allié de l’ex président Mohamed Ould Abdel Aziz ?

BDA : Je vous pose une question : Mon alliance avec Aziz se manifeste en quoi ? Ce n’est là que le recours des lâches, incapables de tenir tête à Ould Abdel Aziz. Ce sont ces lâches qui tentent de se dédouaner vis-à-vis de la performance de Birame Dah Abeid et du mouvement IRA. Cette notoriété a été gagnée de haute lutte, grâce à de gros sacrifices. Leur lâcheté ne leur permet pas d’aller aussi loin que nous et c’est pourquoi ils sont obligés de se rabattre sur des ragots. Il faut plutôt me dire que le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) a été l’allié de Aziz qu’il a soutenu au lendemain du coup d’Etat contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Là je dirai oui.

Le parti Hatem a été l’allié de Aziz, parce que certains de ses membres avaient été cooptés dans son gouvernement après le putsch de 2008.
Tawassoul a été l’allié de Aziz. Cette coalition s’est manifestée pendant les éléctions sénatoriales, avec une présentation de listes communes entre ce parti et l’Union Pour la République (UPR).

Par ailleurs, je peux comprendre que les opposants de Aziz aient été ses alliés. Ils n’ont pas été envoyés en prison comme Birame, lui, embastillé jusqu’à la dernière année de Aziz au pouvoir. En plus, ils sont restés fonctionnaires. Ils ont continué à percevoir les salaires et n’ont pas été congédiés de leur travail par Aziz, comme Birame. Ces opposants, Aziz leur réglait leurs soins contrairement à Birame. Ceux qui pourvoyaient aux miens, ils se connaissent et peuvent témoigner.

Donc, l’on pourrait dire à la rigueur que les partis d’opposition, les ONG de la Société Civile étaient des alliés de Aziz car il les a légalisés ou leur a permis de continuer à exister. Birame a été privé par Aziz de récépissés, pour l’ONG IRA et le parti RAG. Tous ces gens, je peux dire qu’ils sont les alliés de Aziz car leurs rassemblements et leurs manifestations n’étaient pas réprimés durant le règne de Aziz, à l’inverse des militants du mouvement IRA, confrontés à la répression et à la torture.

Et puis ces opposants n’ont pas été diabolisés sous Aziz comme Birame l’a été par le biais de la diplomatie, des mosquées et des partis fantoches. Ce ne sont pas les opposants de Aziz dont les pieds de leurs épouses et de leurs enfants furent fracturés mais c’étaient Birame et les siens. Donc comment pourrait se manifester mon alliance avec Aziz ? La violence contre ma famille ? La répression de mes camarades? Mon emprisonnement, ma torture et la torture de mes amis ? L’interdiction de notre ONG et de notre parti ? Notre diabolisation dans les mosquées, les média, les milieux diplomatiques ? La confiscation de mon salaire durant tout le règne de Aziz ?
L’alliance dont il est question révèle plutôt notre action, manifestée par des faits incontestables et connus de tous. Nous avons opté pour une action frontale et nous avons tenu le discours le plus dur qui se résumait à une dénonciation systématique et sans complaisance du régime de Aziz aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cette dénonciation a usé de tous les canaux disponibles (presse, réseaux sociaux, forums internationaux…) Notre discours était celui qui présentait le minimum de concessions à Aziz alors que l’opposition d’alors accompagnait Aziz dans sa diabolisation de Birame et de notre formation interdire, Radical pour une Action Globale (RAG). Je me demande encore en quoi pourrait se matérialiser cette alliance ? Il faut un élément concret. Pendant les deux dernières élections présidentielles (2014 et 2019) j’ai été le candidat le plus combattu par Aziz. Tous les candidats ont bénéficié des signatures des maires et des conseillers du parti au pouvoir. J’en ai bénéficié aussi comme Mohamed Ould Mouloud, Kane Hamidou Baba et d’autres. La liste est longue.

Peut-être que cette prétendue proximité se manifesterait par le fait que Aziz m’a emprisonné à la veille des dernières élections, ce qui m’a pas empêché de gagner des communes et une forte minorité de députés et des conseillers régionaux. Si le fait de m’emprisonner pour m’empêcher de concurrencer les riches, constitue une preuve de l’alliance, quel bénéfice en ai-je tiré, à la fin? Peut-être que la CEP et la police des crimes économiques, les tribunaux seraient bien inspirés d’ouvrir un dossier pour faire apparaître les montants que Aziz m’aurait versé, en contrepartie de mes longues périodes d’emprisonnement, mes amis de l’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA)et moi, en dédommagement de la violence que ma famille, mes militants et moi avons subi ; en contrepartie des dénigrements que j’ai subi à l’intérieur et à l’extérieur. Le montant pourrait alors s’élever à des sommes faramineuses. La CEP et la police des crimes économiques sont tenues de ne pas occulter ces fonds astronomiques. Et combien alors Aziz aurait-il accordé à ces dizaines de milliers de personnes qui ont joué du théâtre à son service ? Quel était le mode de paiement de ces foules qui soutenaient Birame? Comment tous ces militants ont pu signer leurs contrats ? Et qui sont les autres acteurs de l’orchestre du théâtre décennal que Birame Dah Abeid aurait joué avec Aziz ?

Je vous rappelle que les jury qui ont décerné des prix et des médailles à Birame Dah Abeid sont entre autres ceux des Nations Unies, de Front Line Defender, de Weimar, du Département d’Etat Américain, du ministère Hollandais des Affaires Etrangères (Prix Tulipe), du prix Martin Luther King, de l’université de Louvain en Belgique pour l’octroi du doctorat Honoris Causa, du Times Magazine en 2017 pour les cent personnes les plus influentes du monde. Toujours en 2017, le Jury du Magazine africain et de Jeune Afrique m’ont retenu pour mon classement parmi les quinze africains les plus influents du continent. Et en février 2020, je rappelle l’octroi du Prix Courage à Genève, au titre de la défense des Droits de l’Homme.

Tous ces jurys aguerris avec leurs probité et crédit moral sont-ils membres de l’orchestre théâtral qui a joué avec Aziz et Birame de 2008 à 2019 ? Aziz les a-t-il achetés ou Birame les a-t-il payés ? Où sont-ils les dindons de la farce ? Ils ont pu reconnaître Mandela, Martin Luther King, Jimmy Carter et j’en passe. Ils ont pu reconnaître ces leaders avec leurs moyens d’identifier et de coopter les personnalités méritantes. Mais, avec Birame, ils seraient été myopes et tombés sur la mauvaise personne, selon les chantres de la médisance et les lâches.
Maintenant Aziz est parti et l’on va voir ce qui va advenir de Birame, de l’IRA et du RAG. Peut-être doivent-ils inventer un nouveau employeur pour Birame et les réseaux Ira, s’ils ne veulent pas couler ou convaincre Ghazwani de jouer le même théâtre avec eux !

Propos reccueillis par Bakari Guèye

©️ Crédit source: http://cridem.org/C_Info.php?article=739980

Biram Dah Abeid dément les propos qui lui sont attribués au sujet de la candidature du Président de la République.

AMI – Le député Biram Dah Abeïd s’est dit surpris par la publication d’informations erronées selon lesquelles il avait caché aux médias le contenu de ses entretiens avec le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, surtout à propos de la volonté du président de la République pour un deuxième mandat.

Il a ajouté que la nouvelle, largement diffusée, précise qu’il a été l’objet de sévères menaces et de manquement de la part du président de la République. «Tout cela est dénué de tout fondement ».

M. Abeïd a précisé, dans un communiqué parvenu à l’AMI, que son entretien avec le Président de la République était focalisé sur les sujets publiés par les médias publics, indépendants et la presse internationale et avait trait aux attentes de tous les citoyens comme la fin de toute injustice, le renforcement de la démocratie, les libertés, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et l’indépendance du pouvoir législatif.

« Le président de la République m’a assuré qu’il est déterminé dans la lutte contre la pauvreté, le chômage et la corruption ».

Il a ajouté que le président de la République a clairement indiqué qu’il s’oppose à l’abus de pouvoir, au vol, à l’exclusion et à la confrontation de l’opposition, indiquant que cette dernière dispose d’un espace reconnu par le système démocratique.

« Au cours de l’entretien, le Président de la République a insisté sur l’intransigeance face au détournement des deniers publics, à l’atteinte aux droits de l’Homme et à l’unité nationale, affirmant que toutes ces questions seront traitées avec minutie et que la porte est largement ouverte à tous ».

Le député Abdeïd a enfin déclaré qu’après investigations, il apparait clairement que l’auteur de ces allégations a été soudoyé par des parties bien connues. « Le journaliste qui m’a interviewé a dénaturé mes propos en contrepartie d’une corruption financière d’une partie bien connue dont les intentions sont inavouées ».

©️ Crédit source: http://cridem.org/C_Info.php?article=739821

Editorial: Abdelaziz et la roue de l’histoire, lettre d’un ex…. à un ex, Par Camara Seydi Moussa (NE)

En 2014, dans un éditorial intitulé « Au pays d’un seul homme », j’écrivais ceci : « La Mauritanie, un pays et un homme Mohamed Abdelaziz. C’est une manifestation radicale d’une réalité amère : Mohamed Abdelaziz est le seul homme valable en Mauritanie ».

Aujourd’hui, l’histoire ne me donne-t-elle pas raison ? Les résultats de la commission de l’enquête parlementaire ne m’ont-ils pas renforcés dans ma pensée d’il ya six ans ? Eh oui ! Aujourd’hui, force est de reconnaître qu’Abdelaziz était l’alpha et l’oméga de l’action gouvernementale. Ses ministres, sans paraphraser Pr Ely Moustapha, étaient des assistants – ou des figurants – sans avis, ni décision. Ils n’étaient au fond que de simples faire-valoir…Triste.

La raison : ils (ceux qui sont concernés par les dossiers traités par la commission parlementaire) ont tous affirmé devant celle-ci qu’ils n’agissaient pas car ne pensaient et n’existaient pas. Ils étaient justes des figurants qui attendaient les claquements des doigts du chef pour réagir, sans demander et chercher à savoir les conséquences de leur action pour le pays. Ils étaient des marionnettes au pays de l’improvisation.

On n’avait pas pensé moins d’eux car tout au long du règne du président Abdelaziz, le portail principal de la présidence était devenu un mur de lamentations. Ces ministrons, aux yeux du peuple, ne servent à rien. La population partait poser leurs problèmes, quelle qu’en soit la nature à la présidence.

Très cher Abdelaziz,
Sans vous le dire, je me suis promis d’écrire à l’ancien président que vous êtes aujourd’hui car le bruit de vos casseroles nous assourdit. C’est pour moi un devoir, une cohérence de ligne éditoriale. Monsieur, je suis étonné par la réaction des populations à la découverte de l’incommensurabilité de ce dont on vous accuse : vol des biens du peuple, ce pauvre pays. Abdelaziz, ces complices oublient qu’ils vous ont aidé à réaliser votre rêve scabreux : leur appauvrissement.

Votre slogan était « le président des pauvres ». Après plus de dix ans de règne, votre vœu a été exhaussé avec une insolence inouïe. Vous avez été la manifestation radicale d’un misérabilisme primaire incroyable. On parle de la casse du siècle. Vous vous êtes joué du peuple mauritanien – qui n’en mérite pas moins – avec la complicité de ceux qui vous abandonnent aujourd’hui.

Mon cher,
Le vol dont on vous accuse est monstrueux. Ces actes ne peuvent pas être le fait d’un président, même celui des pauvres. Ils sont dignes d’un affamé sur un plat qu’il ne pouvait imaginer ou l’acte d’un ruiné sur un trésor de ses rêves les plus incroyables. Vous avez été impitoyable.

De tous ces forfaits qu’on vous accuse, je retiens un qui m’a davantage renseigné sur votre personne, le coût de l’alimentation en eau d’une piscine dans votre ranch à partir de Nouakchott. C’est plus que de la cruauté. Avez-vous oublié la soif des quartiers périphériques de Nouakchott ?
Ces concerts des bidons jaunes devant la présidence, expression de leur souffrance, ne vous ont rien fait ? Et mieux, vous avez drainé l’eau sur des dizaines de kilomètres pour alimenter votre piscine pour un coût de plus d’un milliard d’ouguiya au moment où votre peuple cherche quelques gouttes d’eau pour étancher sa soif…

La qualité, la quantité et la cruauté de ce dont on vous accuse justifient le pourquoi de ce troisième mandat que vous vouliez tant. Mais désormais vous êtes plus proche de la prison, du trou, que du palais présidentiel. Un trou que beaucoup d’entre nous ont connu par ce que vous le vouliez.

Mon cher,
Je sais que vous n’êtes pas LULA, l’ex-président brésilien…. Un ex-président que son peuple a continué d’aimer même quand il avait à faire avec la justice de son pays. Car ce qui vous arrive semble démontrer que vous êtes seul. Sans soutien conséquent de ce peuple que vous pensez avoir servi. Un peuple qui croit que vous vous êtes bien servi de lui. Dans votre solitude, pendant le séjour dans le trou que nous connaissons bien. Une expérience amère qui a été un éveil pour le peuple. Un peuple qui pensait que vous étiez un super-homme. Vous avez passé la nuit dans la cellule qui était celle du sénateur Ghadda…. Le décor était beau. Et le peuple attend la suite.

Mon désormais ex-président,
Vous avez était puissant. Un puissant président. Qui arrêtait qui il voulait et poussait à l’exil qui il ne sentait pas. Et même très impopulaire, le tout puissant président déroulait son agenda. Pour notre super-président, comme disait le camp de Gbagbo, « y a rien en face, c’est maïs ! ».

Quand on s’efforce à ignorer la réalité vis-à-vis de son peuple, cela s’appelle du mépris. Si on refuse de voir ou de comprendre que les soutiens du moment sont les pires laudateurs que la Mauritanie a connus, on risque de vivre l’effet d’un caillou jeté dans un arbre envahi par des oiseaux. Vos soutiens aujourd’hui, on les compte sur les doits d’une main… Triste, non ?

Mon cher,
Vous avez été abandonné par vos marionnettes qui vous plébiscitiez. Ces soutiens qui s’activaient pour un troisième mandat ont disparu et même certains d’entre eux vous accablent aujourd’hui. Vous avez été trahi. Le chef qui pense être trahi n’a plus le temps de tirer les conséquences qui s’imposent. Mais seulement ce chef, Abdelaziz, était pour ce pays le TOUT. Des déclarations de certains de vos amis qui vous ont lâché, on déduit aisément que dans ce pays (la Mauritanie) où tout était pensé, voulu et décidé par vous seul, on ne pouvait parler d’avenir, puisqu’on ne vivait que dans un misérable présent, dans un néant infini où vous aviez plongé ce pays.

Monsieur l’ex président,
Vous étiez le président, l’homme tout puissant qui décidait de tout et faisait tout en Mauritanie. Ce président que vous étiez décidait de ce qu’il voulait, où il le pensait, quand il le voulait, à qui il pouvait.
Et les autres s’exécutaient, l’échine basse et rivalisant de courbettes et d’applaudissements nourris. Ils n’étaient ni autorisés à penser, ni à agir mais seulement à réagir quand vous le voulez et contre qui vous le voulez. Souvenez-vous, quand vous avez affirmé que l’emprisonnement d’un détenu d’opinion (le journaliste Hanevi O. Dahah) était mieux pour lui, car en liberté, sa sécurité était menacée. Nous attendons de connaître votre opinion dans votre situation présente…

Mon cher,
Votre histoire avec la Mauritanie est celle du conte du lièvre (vous) et de l’hyène (le peuple) partis en voyage. Une histoire que je vais conter dans mon prochain éditorial.

Annihilé, atrophié par des sangsues qui sont aux commandes par et pour leurs intérêts personnels, le citoyen lui ne pense désormais qu’au véritable sursaut. Et cette fois-ci, puisque le désaccord s’est matérialisé entre les sangsues, comme des spectateurs de la lutte sénégalaise, le citoyen demande justice car le perdant ou le gagnant a déjà eu son cachet.

L’ex-président et citoyen Abdelaziz doit être jugé dans le respect de ses droits durant toute la procédure.
Mon ex-président, je suis légaliste, je suis pour la présomption d’innocence, et rien que pour cela, je soutiens que vos droits, tous vos droits, soient respectés. Mais je ne vous soutiens pas.

Camara Seydi Moussa

©️ Crédit source: http://nouvelleexpression.org/suite-info.php?var=1357

Mauritanie  – Politique : Le député BDA reçu par le président mauritanien Ghazouani.

Ce Vendredi 28 août 2020 aux environs de 18H30 GMT, le député mauritanien Biram Dah Abeid, leader du mouvement anti-esclavagiste IRA (Initiative pour la Résurgence Abolitionniste) a tenu un point de presse à Nouakchot. L’objet de ce rendez-vous médiatique concernait la suite de sa rencontre du jour avec le président Ghazouani . Ci-après le compte-rendu d’audience distribué aux médias et à l’opinion publique :

Crédit photo: SD

Compte rendu d’audience


À l’usage de la presse

Le Président de la république, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, a bien voulu me recevoir, le 28 août 2020. Nous avons pu discuter de la situation générale du pays. Il m’a prêté toute son attention et consacré le temps nécessaire à l’échange, franc, entre le Chef de l’Etat et un citoyen, représentatif d’une partie de l’opinion. Je tiens, ici, à le remercier de sa courtoisie habituelle et de ses facultés d’écoute.
Parmi les sujets abordés ensemble, je mentionne la reconnaissance de partis et d’associations jusqu’ici interdits, les suites de la Commission d’enquête parlementaire (Cep), l’implication de la justice et du pouvoir exécutif dans l’éradication de la mauvaise gouvernance et de l’impunité de celle-ci. Les assurances du Président attestent qu’il n’y aura ni règlement de compte, ni complaisance ; ainsi, confirment-elles, ses propos antérieurs sur la séparation des pouvoirs, que la Constitution consacre. J’apporte mon soutien, avec vigilance, à cette orientation inédite dans l’histoire de la Mauritanie, depuis le renversement du régime civil en 1978. Je rappelle que la profondeur de la corruption et sa banalité requièrent, dès à présent, une tolérance zéro et la traque, au sein de la fonction publique, des faux diplômes, du tribalisme et des promotions imméritées. La corruption appauvrit, fait honte et pousse à la révolte. La Mauritanie n’a plus la force de continuer à couvrir les crimes de prédation, quand la majorité de sa population, toutes appartenances confondues, réclame l’Etat de droit, la réparation l’équité et un minimum de dignité matérielle. Le Président de la république m’a semblé résolu à favoriser un nouveau pacte social, sur la base du mérite, de la compétence et de l’égalité des chances, loin des faux diplômes, de la préférence ethnique et de la complaisance. Je lui ai réitéré la certitude de notre concours enthousiaste, sur la voie de la refondation du pays, de ses institutions et lois. Quand le pouvoir tiendra de tels engagements, notre soutien ne lui manquerait. S’il en dévie ou hésite, nous lui rappellerions sa mission, propositions alternatives à l’appui et dans le souci scrupuleux de la non-violence. Le temps, de la confrontation systématique nous paraît révolu car la Mauritanie change , et depuis l’alternance de juin 2019. J’ai la faiblesse de croire que l’espoir, à la réalisation duquel mes compagnons de lutte ont enduré et se sont sacrifiés, est maintenant à la portée. Je leur dis toute ma fierté d’avoir porté leurs revendications légitimes. Aujourd’hui, je rends surtout hommages à mes frères et sœurs, travailleurs de leurs mains, paysans, ouvriers, portefaix et leur promets la victoire sans ressentiment ni revanche.
Je saisis aussi l’occasion de rappeler notre impatience de participer au jeu politique, nos alliés et nous, à visage découvert et dans des cadres autorisés par la loi, d’où la décision, tant attendue, de notre reconnaissance. Nous sommes des mauritaniens à part entière, pas un danger public. Avec nous, la démocratie grandit et avance, d’un pas sûr.
Je tiens à revenir sur certaines de nos revendications auxquelles la plupart des partis restent sourds, sans doute à cause de lacunes ou de réserves idéologiques :

  1. La réforme de l’éducation nationale en vue de généraliser l’enseignement des langues étrangères et nationales, loin du monolinguisme actuel, source de discrimination, de chômage et d’extrémisme religieux ; l’école publique doit redevenir le creuset de l’unité nationale et de l’excellence.
  2. L’abrogation de la loi dite d’amnistie de 1993, qui insulte les victimes innocentes du racisme, empêche la publication de la vérité et désespère, les survivants, de se sentir protégés dans leur pays ;
  3. Une meilleure résolution du Conseil suprême de la magistrature, à sanctionner les personnels de justice quand ils restreignent l’application des normes en matière de pénalisation de l’esclavage et des pratiques associées ;
  4. La sincérité à la répression du trafic de drogue et du blanchiment de ses revenus, au lendemain de la publication d’un rapport des Nations unies qui met en cause un haut fonctionnaire et un député, les deux de nationalité mauritanienne.
  5. L’annulation de l’article 306 du code pénal, car la Mauritanie ne saurait combattre le terrorisme et, simultanément, appliquer le programme juridique de l’extrémisme violent ;
  6. Notre réintégration complète au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), où nombre de nos compatriotes travailleurs expatriés se plaignent de tracasseries et de perte de rendement ; pourquoi s’obstiner et que nous a apporté la sortie en 2000 ?
  7. La signature, par le gouvernement, d’une déclaration spéciale établissant la compétence de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, à recevoir les plaintes d’associations et de particuliers. Plusieurs Etats membres de l’Union, nous ont précédé ;
  8. La ratification du Statut de Rome créant la Cour pénale internationale (Cpi), seule juridiction qui constitue un rempart devant les risques de génocide. Selon quelle rationalité, la Mauritanie, se tient-elle en marge d’une entité, désormais de compétence universelle ?
  9. L’adoption de mesures de sensibilisation et de sanction exemplaire, à l’endroit des auteurs et complices d’abattage d’arbres et de dégâts sur la biodiversité, grâce au renforcement des peines contre les infractions à l’’intégrité du patrimoine naturel ; il y a lieu de tarir le commerce du charbon de bois, par l’investissement massif dans les énergies renouvelables et à la démocratisation de l’accès au gaz butane ;
  10. Redéployer les ambassades en fonction de la densité de nos compatriotes à l’étranger et des intérêts stratégiques du pays ; le même impératif dicte, à la Mauritanie, de n’avoir plus que des amis et d’éviter les aventures de rupture des relations diplomatiques, hors contexte de belligérance directe avec un autre Etat ;
  11. La restauration des symboles – déformés – de la nation, en particulier le drapeau et un hymne évocateur de notre diversité culturelle.

Biram Dah Abeid, député à l’assemblée nationale et président d’IRA-MAURITANIE

(Ira-M)


Nouakchott, le 28 août 2020

La conférence de presse d’Aziz : le grand déballage (Le Calame)

Comme prévu, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz a tenu sa conférence de presse entouré d’une poignée de personnes dont les trois ministres ( Isselkou Ould Ahmed Izid Bih, Seyidna Aly Ould Mohamed Khouna et Mohamed Jibril Niang) et du président du parti PUDS redevenu son secrétaire général adjoint.

Prévue pour 21 heures, la conférence, retransmise en direct par les télévisions privées Sahel et de Chinguitt, a commencé avec une bonne quinzaine minutes de retard. Comme attendu, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a commencé par remercier le peuple à qui il a promis d’apporter des éclaircissements sur ce qu’il a appelé la crise actuelle dont l’origine est cette histoire de « référence » qui s’est posée après son retour de l’étranger et sa volonté de rejoindre le parti (UPR) dont il prétend être le fondateur. Selon lui, il a voulu juste procéder à une certaine refondation mais qu’à cause du grabuge qui s’en est suivi, il a préféré quitter le parti et éviter la confrontation vers laquelle certains voulaient le pousser. Parlant de la commission d’enquête parlementaire, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz a tout simplement dit qu’il s’agit d’une véritable machination « fabriquée à la main » pour régler des comptes avec lui à travers un machin instrumentalisé en qui il n’a aucune confiance et composé de personnes qui ne jouissent d’aucune crédibilité et qui sont tous impliqués dans des scandales. Selon lui, c’est pour tout cela qu’il n’a pas accepté de coopérer avec cette structure qui en plus, a t-il ajouté, n’est pas habilitée à l’entendre en sa qualité d’ancien président de la république jouissant de l’immunité constitutionnelle. Selon Ould Abdel Aziz, « la commission d’enquête parlementaire est un complot entre l’exécutif et le législatif pour diaboliser l’ancien président de la république » .

Quelques fois, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz ne s’est pas privé d’envoyer quelques piques à son ancien ami de quarante ans devenu président se demandant qu’est qu’est-ce qui a été fait du budget de l’armée pendant dix ans ? Ou pourquoi ne pas commencer par auditer et enquêter sur cette première année de pouvoir au cours de laquelle, selon lui, « rien n’a été réalisé » . Ould Abdel Aziz se permettant même de déclarer que maintenant le kilomètre de goudron est facturé 160 millions d’ouguiyas alors que lorsque lui était président, son prix oscillait entre 85 à 115 millions d’ouguiyas. Dans une digression intéressante, Ould Abdel Aziz est revenu sur la fameuse affaire d’Él Yemeni plus connu sous le nom de Ghanagate qui ne serait, selon lui, qu’une affaire d’escroquerie qu’un bandit irakien nommé Abdou El Yemeni a organisée. Selon Aziz, les 400.000 dollars que l’escroc a restitués appartiendrait à un cousin de l’actuel président de la république Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Sur l’affaire Senoussi, Ould Abdel Aziz a déclaré qu’il n’a été remis qu’après consultation du Haut Conseil Islamique et que l’argent donné en contrepartie qui représente un don du gouvernement libyen à l’État mauritanien est allé dans les caisses de l’État. En réponse à une question maintes fois réitérée sur l’origine de ses biens, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz a tout simplement déclaré qu’il ne donnera aucune explication là dessus mais a quand même confirmé que pendant tout le temps passé au pouvoir il n’a jamais touché à une seule ouguiya de son juteux salaire (près de sept millions MRO/mois) qui était entièrement viré dans son compte de la BMCI et que cela pouvait bien avoir servi à sa femme qui en était la dépositaire pour s’acheter des terrains et de construire des maisons. Réagissant aux biens de son beau-fils, Ould Abdel Aziz a expliqué que celui-ci était non seulement fils d’un richissime homme d’affaires mais que lui y était depuis 2003 disant qu’on peut bien devenir subitement riche et donnant l’exemple du président du patronnat Zein El Abidine qui, selon lui, n’avait rien en 2010 et est aujourd’hui un homme extrêmement riche. Comme dans toutes ses conférences de presse, Mohamed Ould Abdel Aziz donnait la parole aux journalistes, la reprenait selon que la question lui convenait ou pas se permettant même sur un ton tantôt insolent tantôt méprisant de donner quelques directives et suggestions souvent déplacées.

Dans certaines de ses réponses, il ne se privait pas de faire constater le recul des libertés fondamentales et de la démocratie. Selon lui, il était très impatient de quitter le pouvoir et cette histoire que les généraux l’auraient obligé à renoncer à un troisième mandat est totalement infondée puisque dit – il » personne ne pouvait parler « . Ould Abdel Aziz a déclaré qu’il va se défendre contre la diabolisation et les attaques dont il est l’objet. Et qu’il fera la politique même s’il n’est encore membre d’aucun parti y compris le PUDS auquel ont adhéré beaucoup de ses proches dont les trois ministres qui lui sont restés fidèles. Durant trois heures, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz a parlé de politique, de gabegie, de la commission d’enquête parlementaire, de la suspension du PUDS qu’il a jugée illégale, de ses biens, de ses rapports avec son successeur et ancien ami et a fini en donneur de leçons de morale à ceux qui hier en faisaient un héros national et qui sont devenus aujourd’hui les principaux promoteurs de son envoi à l’échafaud déclarant non sans en rire qu’il disait alors qu’il était encore président à qui voulait le croire: » Une fois que je ne serai plus président, je n’aurais jamais de gens plus « durs » envers moi que ceux-ci » dont certains ont pleuré le jour où il a déclaré qu’il renonce à briguer un troisième mandat. Visiblement, ce n’était que des larmes de crocodile.

Synthèse Sneiba

Le calame

©️ Crédit source: Repris via http://adrar-info.net/?p=65151

Mauritanie/Foncier : DÉCLARATION DE PRESSE DES FPC

Depuis quelques semaines nous assistons encore à la reprise des opérations de spoliation et d’accaparement des terres des populations dans la vallée du fleuve.
C’est une suite logique de la même politique d’expropriation programmée depuis la fameuse réforme de 1983. Le régime du président Mohamed Ould Ghazouani, comme ses prédecesseurs, procède, sans scrupule, au bradage du peu de terres qui restaient encore aux paysans de la vallée. Il a fallu une résistance patriotique des populations de Darel Barka pour que le régime mette pédale douce sans pour autant renoncer à la volonté acharnée de colonisation des terres de la vallée.

Les FPC dénoncent avec vigueur cette politique scélérate de privation et d´assujetissement des populations de la vallée.
Les FPC apportent leur soutien patriotique aux vaillantes populations de la commune de Darel Barka qui ont compris qu’il en va de leur avenir et celui de leurs enfants que défendre leur espace vital et leur patrimoine séculaire.

Les FPC profitent de l´occasion pour réaffirmer leur position de toujours et leur proposition par rapport aux problèmes de la tenure foncière.
Les terres alluviales de la vallée du fleuve constituent un patrimoine national devant profiter à l’ensemble des Mauritaniens. Il relève du bon sens que leur gestion soit régie par les lois de la République. Tout comme ces mêmes lois devraient s’appliquer avec la même rigueur et avec impartialité à toutes nos terres utiles et arables, qu’elles soient au nord ou au centre de notre pays.

La terre constitue un bien économique précieux, fortement chargé d’émotion par tradition et culture en Afrique noire. Pour son exploitation durable, rationnelle et fondée sur la justice, notre réforme foncière devra, dans un souci de préservation de la paix sociale, reposer sur les principes ci-après:

  • Les lois et valeurs qui ont toujours régi la gestion et la préservation de ces terres doivent être reconnues et valorisées. Ainsi, l’accès à la terre doit d’abord et en priorité revenir aux autochtones aidés et soutenus par les moyens de l’Etat pour sa mise en valeur. Le droit des propriétaires terriens sera donc reconnu tout en faisant place aux nationaux sans- terres.
    Suivant cette logique d’apaisement et du devoir de solidarité nationale, les attributions et accès à ces terres s’établiront comme suit: aux populations locales, les surfaces inondables du walo, aux investisseurs nationaux et sous-régionaux, le moyen Diéri et à l’agro-business étranger, le haut Diéri.
    L’exploitation des terres du fleuve se fera dans un équilibre qui préserve les droits séculiers des paysans (accès à la terre ), des pêcheurs ( droit – fluvial – de pêche ) et des éleveurs ( droit-pastoral par la création de couloirs de parcours et d’accès au fleuve pour le bétail ). L’environnement immédiat des villages – espace vital – sera préservé.

Il faut certes développer notre agriculture en la modernisant, en vue d’arriver à l’auto-suffisance alimentaire du pays, seulement cela devra se faire en concertation avec les populations, dans l’intérêt bien compris et assumé des paysans, des éleveurs et des pêcheurs associés.

La lutte continue!

Nouakchott le 25 août 2020.

©️ Crédit source: Post Facebook de Kaaw Touré

Mauritanie/Justice : Maître Brahim Ould Ebety dirige un collectif d’avocats chargés de « récupérer les fonds publics volés ».

Le Bâtonnier de l’Ordre National des Avocats Mauritaniens, Maître Brahim Ould Ebety, dirige un collectif d’avocats qui auront à plaider au nom de l’État mauritanien dans les dossiers de corruption inclus dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire, dans le but de « récupérer les fonds publics volés ».

Dans un contact avec le site Al-Akhbar, Ould Ebety a affirmé qu’il coordonne le groupe qui aura en charge de plaider au nom de l’État mauritanien dans cette affaire, en sa qualité de Bâtonnier du Barreau.

Le groupe comprend 12 avocats, dont la plupart sont des anciens Bâtonniers, tels que Yacoub Diallo, Ahmed Ould Youssouf et Mahfoudh Ould Bettah, en plus de l’universitaire Lo Gourmo Abdoul.

La mission du collectif du plaignant pourrait s’étendre pour inclure des dossiers extérieurs à soulever éventuellement devant la justice étrangère, si nécessaire, selon des sources au sein du collectif, indique le site Al-Akhbar.

©️ Crédit source: repris via https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=3319566324770811&id=100001524288944

Le parquet déplore les propos tenus par les avocats français de l’ex président Ould Abdoul Aziz à l’encontre de la justice Mauritanienne

Le parquet mauritanien a condamné les déclarations de «deux avocats étrangers qui se sont engagés à défendre un suspect dans des affaires de corruption», en référence à l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.

L’accusation a déclaré, dans un communiqué publié ce soir, que ces déclarations « comprenaient des inexactitudes et des transgressions » qui justifient un avertissement.

Et le communiqué ajoutait: «Le pouvoir
judiciaire mauritanien est un pouvoir judiciaire indépendant, et il n’est pas permis de l’insulter, qui qu’il soit, et quels qu’en soient les prétextes».

Il a ajouté: « La pratique des étrangers dans la profession juridique en Mauritanie nécessite une adhésion littérale aux lois mauritaniennes, à l’éthique et aux coutumes de la profession. »

Le communiqué a estimé que « les droits de la défense garantis ne peuvent pas être utilisés pour nuire au pouvoir judiciaire, à son peuple ou à l’état de droit en Mauritanie ».

L’accusation a averti que « toute transgression dans ce sens sera confrontée à l’auteur du crime au pénal, et avec la rigueur requise par la position ».

Le ministère public a confirmé, dans la conclusion de sa déclaration, que « la défense d’immunité, et d’autres moyens de défense sont présenté à des moments précis de la procédure et devant les tribunaux compétents, et que le pouvoir judiciaire est le garant des droits et libertés des individus, et qu’aucune directive n’est attendue à cet égard ».

Source :Mourassiloum

Traduit par page Mauritanie

©️ Crédit source: https://www.facebook.com/297319407063485/posts/3015882721873793/

AVOCAT FRANÇAIS: L’ARRESTATION DE L’ANCIEN PRÉSIDENT EST ILLÉGALE ET IL DOIT ÊTRE LIBÉRÉ IMMÉDIATEMENT

L’avocat français David Raju a qualifié l’arrestation par la police depuis lundi soir dernier,de l’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, de « illégale » et a exigé sa libération immédiate.

Raju a déclaré, lors d’un point de presse, depuis l’intérieur du domicile de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz à Nouakchott ,que, selon le texte de la constitution mauritanienne, l’autorité qui doit convoquer l’ancien président ou le juger ,est la Haute Cour de justice,. Laquelle n’existe pas.

Et l’avocat français a appelé le président Mohamed Ould El-Ghazwani, en sa qualité de « gardien de la constitution », à préserver le respect de la constitution, à protéger les libertés et à intervenir pour libérer immédiatement l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.
L’avocat français David Raju a souligné qu’il n’y a aucune justification légale pour maintenir l’ancien président en détention à l’intérieur des bâtiments de l’administration publique, ajoutant qu’en tant qu’ancien président, il jouit de l’immunité constitutionnelle.

L’avocat français a qualifié ce qui s’est passé jusqu’à présent de « farce judiciaire », ajoutant qu’il n’y a absolument aucune justification pour maintenir l’ancien président en détention, sauf pour faire pression sur lui, ce qui est considéré comme juridiquement inacceptable.

L’avocat français a mentionné que la Mauritanie est un État de droit, qu’elle a une constitution, des lois et un code de procédure judiciaire. ajoutant que la methode utilisée est une violation de ses lois par les autorités

Source : alakhbar info


Traduit par adrar.info

IRA-MAURITANIE : LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN MAURITANIE

Promesses, encouragment et lacunes

Le 18 août 2020, la police convoquait l’ancien Président de la république, dans le cadre du contentieux consécutif au rapport de la Commission d’enquête parlementaire (Cep), sur de présumés délits et crimes de gestion, commis, par des agents de l’Etat, entre 2009 et 2019, soit le temps des deux quinquennats de Mohamed Ould Abdel Aziz. Depuis, le prévenu, en garde-à-vue, a pu bénéficier de la visite de ses avocats, de la famille et d’instances de défense des droits de la personne. Déjà, le 29 juillet, les députés votaient, en plénière, la compétence des tribunaux, à connaitre des faits allégués s’ils dérogent à la compétence de la Haute cour de justice. Il s’agit d’infractions relevant du trafic d’influence, de la surfacturation, de l’attribution frauduleuse de marchés, du détournement, de l’évitement fiscal, du faux en écriture et de la subornation de témoins, l’ensemble à des fins d’enrichissement personnel. Certes, il y a lieu de saluer le travail remarquable de la Cep, dont le texte, cependant, omet ou esquive des dossiers de gravité similaire, tant les pratiques de l’impunité s’enracinent, au cœur de l’Etat, des décennies durant, sans plus susciter assez d’indignation. Sous peine de partialité ou d’abstention, il appartient, aux législateurs, de compléter l’œuvre en cours et de consolider la culture de la transparence et de la « redevabilité ».
Même si les prémisses de la recherche menée par l’Assemblée nationale autorisaient la crainte d’un règlement de comptes entre deux fractions du pouvoir, il importe, aujourd’hui, de constater le caractère massif des preuves et le sérieux de leur collecte. De même, faut-il prendre acte de la disponibilité, de la plus haute autorité du pays, à asseoir et respecter l’indépendance des magistrats et l’autonomie des élus, deux principes allègrement bousculés dans l’univers des démocraties bananières où notre pays occupait une place de choix. L’importance de l’effort entrepris grâce à l’obstination des députés et la collaboration de l’Exécutif laisse entrevoir un tournant, sans précédent, de la gouvernance vertueuse, en perte de crédit, depuis le 10 juillet 1978.
Ainsi, la Mauritanie entame-t-elle un élan de restauration du bien public qui devrait inspirer d’autres peuples en lutte perpétuelle contre la médiocratie, la prédation et l’incurie. La restriction, l’atténuation, le recul ou la suspension du processus équivaudrait à une défaite morale et favoriserait la tendance à l’insurrection des foules, trop longtemps maintenues dans l’acceptation du statuquo, au prétexte d’empêcher l’anarchie. Aussi, le rapport de la Cep implique-t-il :

  1. La reprise de l’investigation quant aux aspects oubliés ou censurés, sur la période en cause, notamment la phase de création de l’état-civil biométrique (2012-2016), la falsification des diplômes, le recrutement du personnel de l’Etat titulaire de qualifications indues, les dysfonctionnement de la Banque centrale de Mauritanie (Bcm) et des établissements clients, les suspicions de blanchiment et de financement du terrorisme, par les agences de transfert de monnaie, l’opacité des trafics aux ports autonomes et de l’administration des douanes ;
  2. Le nettoyage de l’arsenal législatif : il convient d’en expurger les lois qui couvrent les tueries racistes, l’extrémisme religieux, l’atteinte à l’intégrité du corps et l’inégalité des sexes ;
  3. L’assainissement de la fonction publique qui abrite encore, à des positions d’influence et de décision, une majorité de cadres à l’intégrité douteuse ;
  4. La révision des normes de pénalisation de l’esclavage : le temps presse d’en garantir l’applicabilité, loin du déni et des réflexes de connivence avec les contrevenants.
  5. L’assurance scrupuleuse de la faculté, pour les prévenus, de bénéficier d’un procès équitable, selon les standards de la contradiction.
  6. La vigilance du gouvernement et de la magistrature, à éviter des interférences de tribu, de clans et de groupes d’intérêts en conflit, qui entraveraient l’accomplissement de la justice et compromettraient sa vocation ;
    Sous les réserves précitées, l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) soutient, avec impatience, la résolution, du Président de la république, à déclencher une réforme globale des institutions et de leurs pratiques.

Ira – Mauritanie, Nouakchott, le 20 août 2020