L’opposition antisystème, comme il convient de le dire maintenant pour signifier les militants politiques qui sont pour un changement structurel de la Mauritanie, si elle est réellement attachée à son idéal d’une Mauritanie où règne la justice, ne peut continuer à négliger, voire ignorer l’épine sur son chemin que constitue la honteuse loi d’amnistie de 1993. Dans une livraison récente, je disais que la lutte pour l’abrogation de cette loi doit être la focale pour tout combat pour la justice dans notre pays.
Comment peut-on continuer à penser qu’une lutte sincère contre l’injustice soit possible dans un pays, sans que ne soit décrétée comme absolument prioritaire, l’abrogation d’une loi encore en vigueur faite justement pour protéger des criminels et narguer les victimes ? Imaginez une seule seconde qu’il subsiste encore dans nos textes une loi qui protège officiellement les maitres d’esclaves, les voleurs, les violeurs, etc. Je vois déjà le sourire de ceux qui s’empressent de me faire remarquer que si la loi ne les protège pas, la pratique le fait. Certes ! Mais l’édification d’une loi n’a pas la même valeur symbolique qu’une pratique qui vise justement à contourner une loi. Quand une assemblée vote une loi pour protéger des criminels là où même dans ses rêves les plus fous elle ne s’autoriserait pas à en voter une pour protéger des voleurs, quand bien même de fait l’état les protège par des pratiques connues de tous, ça dit quand même quelque chose sur le plan symbolique. Quand on sait que la plupart des personnes qui bénéficient de cette amnistie font partie de l’oligarchie arabe de ce pays, et que les victimes des atrocités ainsi niées sont toutes issues de la communauté négro-africaine déjà sous le joug du racisme d’état, la fracture nationale causée par les tenants du système apparait dans toute sa splendeur.
Que les tenants du système et ceux qui les applaudissent au quotidien n’aient pas intérêt à ce que la loi d’amnistie de 1993 ne soit pas dans la centralité du débat public, je le comprends aisément. Mais que ceux qui prétendent se battre pour la justice ne fassent pas de l’abrogation de cette loi le symbole même de leur lutte, j’en comprends moins la logique. Si ce n’est qu’il est facile de mesurer le cafouillis qui caractérise ce qu’on appelle « opposition », qui permet de masquer bien des lignes de fractures idéologiques pourtant essentielles pour mener de manière cohérente le seul combat qui vaille en Mauritanie : celui de faire nation. Le dialogue de l’opposition que nous avons appelé de nos vœux à l’Ajd-mr, sans y mettre, je l’admets, l’énergie que j’espérais, gagnerait pourtant à se tenir pour clarifier les logiques d’alliances qui, pour moi, doivent reposer d’abord sur une commune vision de la construction nationale, bien avant les logiques de stratégies électorales. Et dans cette démarche, le combat pour l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993 et l’article 6 de la constitution officialisant la seule langue arabe sont des curseurs incontournables de cette mesure.
Quelle Mauritanie voulons-nous ? Celle qui fait le choix de piétiner des victimes parce qu’elles sont noires et de protéger des criminels, voire les promouvoir, parce qu’ils sont arabes ? Celle qui élève la langue d’une seule communauté nationale au statut de langue officielle et abandonne en rase-campagne les autres langues nationales, accentuant ainsi la discrimination que vivent déjà leurs locuteurs ? Ou voulons-nous une Mauritanie plus juste envers tous ses enfants, leur donnant le même accès à la justice et à la protection de la puissance publique ? Nous pourrions établir ainsi une série de thèmes et de critères pour voir qui de l’opposition est d’accord avec quoi, aussi au regard des textes et déclarations traditionnelles des partis concernés.
S’abandonner à une lutte essentiellement basée sur des slogans désormais plus répétés par habitus que par conviction est la meilleure façon de la banaliser. Les sud-africains ont fait de la libération de Mandela un symbole de lutte n’ont pas qu’ils perdaient de vue l’objectif final qui est celui d’abattre l’apartheid, mais parce qu’ils comprenaient qu’ils avaient tout intérêt à faire de Mandela un totem et un symbole. Free Mandela ! est un slogan bien plus facile à faire passer tout en sachant que la libération de Mandela ne laissera pas indemne le système d’apartheid. De même, en Mauritanie, si nous arrivons à faire tomber le symbole que constitue la loi d’amnistie de 93, c’est l’idée même de l’impunité, base existentielle de l’injustice, que nous abattrions. Les tenants du système l’ont d’ailleurs parfaitement compris pour y tenir tant quel que soit le régime, ce depuis 31 ans…
Je suis d’ailleurs toujours étonné de l’étonnement des gens quant à la multiplication des meurtres d’innocents par le fait des forces de l’ordre. L’existence d’une loi protégeant des criminels dans le pays, est à elle seule la garantie de la répétition des faits du genre. Comment ne pas comprendre dès lors que ce qui prime c’est d’abattre cette fichue loi qui se moque des victimes et élève les criminels au statut d’intouchables ?
Rien n’est immuable. Tout est écoulement, tout change . Le plus puissant ne peut rester indéfiniment sur son petit nuage, regardant sans état d’âme, souvent les autres avec dédain et condescendance.
Le plus puissant peut du jour au lendemain tomber « en disgrâce », cherchant protection et défense .Telle est la condition humaine. Cette dynamique dont les manettes et l’horloge sont la propriété d’un être supérieur ( juste et parfait) rappelle à chacun et aux plus consciencieux que la vie des hommes et de nos sociétés est précaire. Rien n’est éternel. Tout est finitude. Tout est périssable au point que le philosophe s’est interrogé avec pertinence si vraiment, cette vie vaut la peine d’être vécue ?
Nous sommes tous faibles
A quelques heures de l’investiture du président Ould Ghazouani pour un second mandat, à l’issue de la présidentielle du 29 juin 2024, marquée par une crise post-électorale, tuée dans l’oeuf, emportant la vie d’au moins cinq jeunes à Kaedi, chacun mesure la force du pouvoir et sa capacité à faire accepter ou même imposer sa volonté.
Le président Ould Ghazouani est réélu, les morts sont morts pour rien. Il n’ y aura ni enquêtes ni coupables et encore moins un procès. On ne saura pas tout sur ces assassinats qui en rappellent d’autres.
La légitimité et la légalité, celui qui est porté au pouvoir dans nos États, peut s’en procurer à tout bout de champ, en actionnant plus d’un levier à sa disposition. La seule vérité qui vaille est celle du pouvoir, de celui qui est au pouvoir. Il devient l’incarnation de la loi et même l’esprit de la loi, la référence pour interpréter chaque mot, chaque paragraphe de la loi. Ce tableau quelque peu caricatural montre à merveille le malaise de notre système judiciaire.
Ould Abdel Aziz : rattrapé par sa propre justice
Sans vouloir, innocenter l’ancien président, Ould Abdel Aziz ou refaire son procès, qui n’a pas été choqué par la descendante aux enfers de l’homme ?
Un tout-puissant que même les mouches craignaient, réduit » à quémander » un extrait d’acte de naissance, pendant deux semaines dans son projet ubuesque de candidature à la présidentielle, se plaignant ou pleurnichant auprès du président du Conseil Constitutionnel.
Cette image était bouleversante. Peu importe comment, il est arrivé au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz a eu l’opportunité de réformer, formater voire réinventer notre système judiciaire. Il n’ y a jamais pensé parce qu’il était « du bon côté », le côté des puissants et de l’impunité. Or, cette justice à deux grandes vitesse ne protège pas pour longtemps. L’ancien président s’en était servi pour éliminer, écraser, envoyer en prison ou sur le chemin de l’exil certains opposants ou contradicteurs.
Le président Ould Ghazouani va-t-il oser libérer la justice du joug de l’exécutif ?
Le président Ould Ghazouani va être installé, ce 02 août 2024, pour un second mandat. Il est interpellé pour faire de la justice, le premier chantier de son dernier quinquennat. Cela commence par la promotion de l’excellence, de l’éthique, de la vertu; en mettant courageusement fin aux nominations politiques, jusqu’ ici, seul critère pour accéder à de nombreux postes clés de la haute administration. Les nominations à coloration purement politique ( par recommandation) créent un sentiment de redevabilité et d’allégeance vis-à-vis d’un vassal politique, qui tire toujours les ficelles.
Voilà le mécanisme par lequel se nourrissent jusqu’à satiété : clientélisme, népotisme, corruption etc. La politique ne doit pas se mêler de tout, et tout n’est pas politique dans une république. En effet, le politique et le technocrate n’ont pas les mêmes grilles de lecture. Si le premier ne peut se laver de tout opportunisme, de la démagogie, de la séduction sur fond de flagornerie, le second est intègre, une qualité que lui impose la science qui se veut universelle et tient un discours intelligible. La politisation tous azimuts de nos institutions publiques est source de léthargie, de déroute et de faillite: la compétence est sacrifiée sur l’autel de la complaisance et de toutes sortes de logiques qui ne servent pas le mérite et la compétence.
S’il vous plait, épargnez , la haute administration, et tout ce qui a trait à la recherche scientifique, au monde universitaire, à l’expertise, à la justice, à la santé … de la politique politicienne.
Entourez-vous de politiques pour diriger mais pour gouverner, il faut donner plus de place aux technocrates et experts. Ceux-là vous diront que l’eau boue à cent degrés, que le prophète Mahomet PSL est musulman, que le fer est un métal …
Les hommes politiques, chez nous excellent dans le mensonge, la manipulation et la compromission.
La justice est l’alpha et l’oméga
Tous les maux de notre société se résument en une expression : le manque de justice. Le racisme, l’esclavage, la féodalité, le tribalisme les discriminations de tous ordres, le népotisme, le clientélisme, la corruption, l’impunité, l’extrémisme, la haine et le même la violence dans une certaine mesure, la médiocrité, le manque de patriotisme, l’incivisme, les coups d’État militaire, constitutionnels, tous ces péchés sont la manifestation de l’absence de justice. Cette crise de la justice, de notre justice commence par l’irrespect de nos propres lois par les autorités, comme elles étaient votées pour être appliquées exclusivement aux plus fragiles ou à certaines personnes.
La jungle est encore préférable à une société humaine où l’injustice règne en maître . En effet, les animaux s’affrontent de manière sauvage et grégaire, et cela loin de tout projet génocidaire et de stigmatisation. La force, comme loi est toujours valable et en toute circonstance au royaume des bêtes où il n’ y a ni médisance, ni manipulation, ni hypocrisie…
Chez les hommes, et particulièrement en Mauritanie, c’est notre hypocrisie qui a atteint des proportions inquiétantes. On vote des lois qu’ on applique jamais. On criminalise des pratiques qu’on soutient en silence. On essaie même de justifier l’impie par la religion pour plaire au chef, par une interprétation tendancieuse du texte etc.
Ces écarts à la morale sociale et religieuse, aux lois de la république n’ont été possible qu’ en l’absence de justice . La justice doit être la boussole, et seulement la crainte de la justice qui peut canaliser notre façon de vivre, de parler et même notre rapport avec les autres, et même la chose publique.
La justice aurait permis d’assainir notre société, donner à chacun et à tous l’opportunité de se réaliser dans le respect de l’intérêt général. Même notre foi, notre pratique religieuse aurait beaucoup gagné si véritablement, la justice était une préoccupation de nos gouvernants.
Le président Ould Ghazouani a tout intérêt à ce que la justice soit indépendante. En effet, une justice politisée est comme un monstre qu’ on a nourri, élevé sachant qu’ il finira toujours par dévorer son maître.
Suite aux résultats de la présidentielle, Kaédi a été endeuillé, sévèrement frappé par les foudres de la répression policière. Je renouvelle mes condoléances aux proches des victimes et au peuple mauritanien qui essuie une fois de plus les violences du système odieux qui le gouverne.
Compte tenu de la fréquence de tels crimes, des meurtres récents de 2023 dans un contexte bien différent de celui d’une élection, il est raisonnable d’imputer la responsabilité de ces pertes à un système dans lequel sévit l’impunité qui, d’une certaine façon, sonne comme un mot d’ordre. Il n’y a pas encore eu, à ma connaissance, de mesures sérieuses prises à la suite de Lamine Mangane, ou d’Abass Diallo, ou de Souvi, de Oumar Diop, de Ould Samba, etc. Nous avons été à chaque fois confrontés à des justifications les plus ahurissantes: tir de semonce, conditions respiratoires défaillantes, etc. Il y a lieu ici d’exprimer aussi fortement et résolument que possible notre dénonciation de tous ces actes barbares et d’appeler à la justice.
En deuxième lieu, il convient, si nous voulons être justes, d’aller au-delà du système décrit qui de toute évidence est coupable. Nous devons également situer les circonstances spécifiques.
Il y a quelque chose d’extrêmement contestable qui s’est passé dans le camp de l’opposition, le cercle de la coalition Biram pour nommer directement les choses, tout au long du dépouillement. Mesurant le danger que cela représentait, nous avons eu à appeler à la rigueur dans une « note méthodologique » parce que, précisément, nous craignions que cette dynamique n’aboutisse à une tragédie qui pouvait être évitable.
Dès le soir du 29 juin, des résultats partiels, purement sélectifs, ont commencé à submerger les réseaux sociaux montrant des écarts importants favorables au candidat Biram Dah Abeid. Ce qui a induit chez beaucoup une confiance et un espoir, voire une euphorie, quant à une victoire incontestable. Seulement le biais ici est flagrant, car au même moment d’autres circonscriptions affichaient également, peut-être à l’insu de la bulle pro-biramienne, des écarts tout aussi notables, si ce n’est largement plus, en sa défaveur. Un discours de contestation extrêmement peu documenté, comme si cela était voulu ainsi, commença à s’installer, réconfortant les espoirs des uns, transformant l’euphorie des autres en une conviction quant à un vol caractérisé. Tout cela sans un sérieux travail de documentation et de confrontation des données. Bref, le moins que l’on puisse dire est que la coalition Biram, principale contestataire, n’a pas basé ses revendications sur des données palpables, là où la CENI offrait une possibilité d’être contredite en affichant tous les détails et supports de ses chiffres en accès libre. Quelques PVs semblant entrer en contradiction avec les données de la CENI ont circulé, mais rien de tel à changer significativement les résultats. Au contraire, on retrouve bel et bien sur le site, telles quelles, les quelques données favorables à la coalition Biram qui avaient circulé la veille.
Dans ces conditions, comment peut-on prétendre à une victoire? Comment peut-on appeler à manifester – ou tout au moins y préparer – sachant les risques réels encourus? Soyons clairs: loin de moi l’idée d’accepter que l’on puisse arrêter, torturer et assassiner un manifestant. Cet état des choses est plus que révoltant. Mais, il s’agit d’un fait constaté en Mauritanie, et on doit le prendre en compte pour toute raison pratique. Je ne dis pas non plus qu’il faille être apeuré à tel point que l’on renonce au droit de manifester. Je dis cependant, sachant tout l’historique de la répression, qu’il est irresponsable de mettre des jeunes dans une telle situation sans aucune raison concrète derrière.
La vérité est qu’autant il nous a été difficile de prouver notre victoire, autant il est facile d’expliquer notre défaite.
Pouvons-nous contester par exemple les résultats de Bababé? Pouvons-nous comprendre quelles en sont les raisons? Ne connaissons-nous pas de véritables piliers du pouvoir, bien implantés ici et là, qui, à l’aide d’un clientélisme, raflent la grande part de la population votante? Et nous parlons de lieux qui étaient censés nous être favorables ! Mais, hélas on y perd assez largement. Et dans les quelques lieux où on l’emporte, on le fait avec des écarts facilement remontables. Les mécanismes de notre défaite sont, je le regrette, bien compris. Elle était prédictible et a bien été prédite.
Je pense que la conduite responsable ne consistait pas à crier au vol avec la manière que l’on connaît, qui a participé à disposer certains jeunes, de bonne foi, à s’engager dans la rue pour défendre une prétendue victoire au contact de la violence policière. Alors que l’on n’est même pas prêt à faire la démarche administrative consistant à un simple dépôt d’un recours auprès de l’autorité compétente. Cela relève d’une totale irresponsabilité a priori; et d’une indignité manifeste a posteriori.
Pour les besoins politiques de mobilisation bien compréhensibles, ce camp de l’opposition pouvait bien opter pour la critique des règles du jeu électoral bien critiquables, s’y confiner à défaut de pouvoir démanteler les données de la CENI. Ce sujet serait moins sensible, peu enclin à exposer la population, et serait plus conforme à la réalité.
En conclusion, nous devons dénoncer de toutes nos forces la violence et l’impunité qui régissent ce système. Nous devons aussi appeler les leaders à la responsabilité; à mesurer la portée de leurs postures et discours. Les risques étant si grands, il est nécessaire de s’assurer du bien fondé de la revendication avant de décréter des positions aussi incitatives.
Le scrutin présidentiel dans ce pays ouest-africain s’est soldé par la reconduction du président sortant selon les résultats provisoires publiés par la CENI (la commission électorale nationale indépendante). Données faisant l’object d’une ferme contestation exprimée par la coalition qui porte la candidature du leader abolitionniste mauritanien, le parlementaire M. Biram Dah Abeid. Lors de différentes sorties médiatiques, celui qui est arrivé deuxième avec 22,10% selon le bilan CENI, laisse entendre qu’un travail est en cours pour matérialiser les éléments prouvant la mise en cause des données sous le contrôle de la CENI. Ainsi, une évolution éventuelle en terme de recours est à suivre avant la proclamation officielle par le conseil constitutionnel. Du côté du Raïs annoncé réélu, il s’est exprimé dans la journée du 1 juin 2024 dans un élément vidéo prenant acte de la confiance renouvellée par le peuple à son égard dit-il.
Pour rappel, lors des élections générales de l’année dernière, son parti Insaf et ses alliés avaient largement dominé avec une majorité écrasante à l’assemblée nationale et 13 conseils régionaux conquis.
Ci-après quelques données clés provisoires du scrutin reccueillies sur la plateforme de la CENI :
Du côté de l’opposition sur les 3 dernières présidentielles (2014, 2019 et 2024), le leader antiesclavagiste BDA est en progression constante et s’est positionné comme le premier challenger des candidats de l’état profond. En effet, il y a 10 déjà, il était arrivé deuxième avec un score de 8,67% loin derrière l’ex président Ould Abdel Aziz, en 2019, il avait reccueilli 18,59% face à l’actuel président réélu.
L’arène politique dans ce pays reste à revoir en matière de gestion électorale. Les oppositions doivent se réinventer politiquement et enclencher d’autres stratégies visionnaires sur le long terme. Les échéances prochaines…2028 et 2029, respectivement attendues les générales et la présidentielle.
Ce jour, nous apprenons que les réseaux internet mobiles sont suspendus dans le pays. Ce qui rend confuse la situation actuelle postélectorale liée aux remous contestataires du scrutin.
Pas grand-chose pour nous autres, parce que nous sommes, ce que nous sommes. Les élections présidentielles en Mauritanie se suivent et se ressemblent. Cette fois-ci encore le peuple, la majorité, celle qui aspire ardemment au changement a rêvé jusqu’ au soir du 29 juin. Au final, c’est un énième désenchantement !
La campagne aura été, comme à l’accoutumée un déversoir, un moment pour les éternels opprimés de se lâcher sans tabou.
La pilule est certes dure à avaler pour le pouvoir, mais il l’a ingurgitée quand-même, non sans difficulté et sans grimace, pour se prêter au jeu démocratique. Le temps d’une campagne est compté, assez court. Le pouvoir constitué, entre autres, d’une oligarchie militaro-esclavagiste- feodalo- affairiste a dû serrer les dents, en fermant les yeux sur ce qu’il considère, en d’autres circonstances comme des écarts de langage, – pratiques courantes-, pour enfreindre à la liberté d’expression.
Ainsi, le pouvoir a laissé faire non pas par principe, mais tout simplement, parce qu’il a peur du jugement de l’extérieur (l’opinion internationale). Le jugement de l’autre le préoccupe tant, au point qu’il oublie celui de (l’intérieur) le peuple souverain.
D’ordinaire, répressif et autoritaire, le pouvoir a fermé les yeux sans vraiment les fermer véritablement pendant la campagne électorale.
En effet, les services des renseignements travaillent à plein régime, sortent leur calepin et notent tout.
Et les premières mesures qui seront prises au lendemain de la réélection d’ Ould Ghazouani prendront en considération grandement, le travail abattu par les services de renseignements.
Pour ce faire, les nominations, les limogeages, l’orientation des projets dans les différentes régions du pays, le nombre de ministres par tribu, par communauté, par ethnie ainsi que leur origine sociale et même familiale etc. seront faits sur la base de ces éléments (fiches de renseignements).
D’un côté, il y a ceux qu’il faut abattre parce qu’ils ont osé dénoncer, s’allier avec l’adversaire politique du pouvoir. Ceux-là seront des victimes, même leurs proches ne seront pas épargnés.
Une espèce de règlement de comptes s’installe, à moins de se dédire, se racheter, faire son mea culpa, renoncer à ses convictions politiques, trahir tout simplement, pour acheter la paix et celle des siens.
L’après présidentiel, c’est également un moment de délation, au sein du cercle du pouvoir. Certains sont reclassés, d’autres déclassés, et tombent en disgrâce.
Et bien évidemment, il y a ceux qui seront récompensés, et qui gagneront la confiance du raïs pour s’être investis, souvent avec zèle pour ces derniers, c’est une nouvelle vie qui commence.
Il ne faut pas s’attendre à de grands changements. On reprendra ad vitam aeternam les mêmes. C’est l’éternel recommencement : les mêmes noms de familles vont revenir. Leur père, cousin, oncle ont occupé des postes de responsabilité, eux aussi sont prédestinés à la haute sphère de l’Etat.
Cette « reproduction en fac-similé », des élites issues des mêmes familles, mêmes fratries et tribus de générations en génération, depuis l’indépendance dans la gestion de l’Etat est une triste réalité partagée, – les postes de responsabilité au sein de l’Etat sont devenus, la chasse gardée pour certains- qu’on peut observer dans toutes les composantes sociologiques du pays.
Bien évidemment, chez les Beydane, la réalité est moins visible, du fait qu’ils détiennent la part du lion dans les nominations, alors que chez les autres, il y a en général deux à trois postes prévus. Ce qui fait qu’il est plus facile de remarquer la régularité des mêmes visages, des mêmes noms, des mêmes familles qui sont régulièrement promus. C’est la démocratie par les quotas.
Le Guidimakha ne fera pas exception à cette tradition, plus forte que les lois et même la Constitution. Les nominations se suivent et se ressemblent, au profit des lignées pour asseoir leur domination et leur hégémonie sur les autres.
Et dans les discours officiels on continuera à mentir, à proclamer » l’égalité des chances, et même l’équité.
Notre démocratie est grabataire, elle est en fin de vie. Faut-il l’euthanasier ? A-t-elle encore une chance d’être sauvée ? Le pessimisme est de mise et semble l’emporter. Les signes sont loin d’être rassurants. Et c’est parti encore pour cinq années d’aventure ou dit moins de mésaventure démocratique. Les mêmes intérêts seront préservés, les mêmes clans et les mêmes seront promus. Et après eux, ce sera le tour de leurs progénitures.
Il n’ y a pas plus angoissant que d’être suspendu à la délibération, des résultats d’un concours auquel, vous avez participé alors que vous avez des réserves sérieuses, à la fois sur la probité et l’impartialité des correcteurs et du jury. Vous êtes d’autant plus dévasté, à l’idée d’un éventuel échec surtout lorsque vous êtes le meilleur de la classe. Ce que vous avez su prouver pendant neuf mois à travers vos notes des contrôles continus.
Si vous êtes littéraire, et le concours porte sur la dissertation, par exemple, vous pouvez être plus indulgent, et comprendre votre échec par le caractère particulier des disciplines littéraires.
Ainsi, dédouaner plus aisément les correcteurs et le jury ; en raison du caractère « subjectif » des disciplines littéraires ( les sciences humaines), qui pour autant, obéissent bien entendu à des règles précises et sont donc loin s’être dénuées de toute logique.
En revanche, dans un concours où les épreuves sont dans les sciences exactes, il y a peu de place à la subjectivité. On doit pouvoir expliquer l’échec comme le succès.
En effet, si le jury est transparent et neutre, il doit accepter sans récriminations, les réclamations et contestations des candidats recalés, en vue de les étudier et envisager une nouvelle correction, avec d’autres correcteurs dont les qualités et l’intégralité morales sont avérées, et ce en présence des requérants.
Par une telle démarche, le jury peut se laver les mains proprement de tout soupçon, de complicité ou connivence. Il y va pour son image en tant qu’institution.
Dans le domaine des sciences exactes, le résultat n’est pas parachuté, inventé et imposé. Il s’impose par lui-même, de lui-même par la démarche, la méthodologie. Même les plus incrédules, ne peuvent résister, refuser « pendant longtemps » la vérité scientifique.
On entend ici et là, que le candidat à la présidentielle de juin, Biram Dah Abeid ne peut pas diriger la Mauritanie. On lui reproche de tenir un discours extrémiste, violent, pourfendeur et dézingueur qui détruit tout, y compris de l’unité nationale.
Ce sont ces mêmes personnes qui ont diabolisé des années durant, le leader charismatique de la cause négro mauritanienne, Samba Thiam en le taxant de raciste, d’anti Beydane pour le rendre épouvantable et infréquentable.
Idem pour Ibrahima Moctar SARR de l’AJDM/R parce que, lui aussi, a toujours su trouver les mots justes, adéquats et appropriés mais acerbes pour qualifier le système, pour le décrire, le décrypter et le mettre à nu sans complaisance. Les maux ont peur des mots. La dénonciation finira toujours par vaincre l’injustice et la dictature.
Dans une histoire récente, de l’autre côté du fleuve aussi, on a vu des gens de la même espèce tenir les mêmes propos contre les leaders du Pastef, en l’occurrence Ousmane Sonko, le qualifiant d’extrémiste, dangereux pour le Sénégal. Incapable de diriger ce pays au risque de le conduire vers le chaos.
En dépit de tout ce qu’on a dit d’Ousmane Sonko et du Pastef, les Sénégalais ont résisté en refusant de se faire manipuler. La page, Macky SALL et ses acolytes est tournée de la plus belle des manières par les urnes : l’alternance dans sa forme la plus achevée et complète. La rupture est désormais effective avec à la clé un changement générationnel, un nouveau Sénégal est en gestation.
En vérité, ceux qui tiennent de tels propos, ici et ailleurs, ont quelque chose en commun. Ils sont soit au pouvoir, proches du pouvoir ou bénéficient des avantages du pouvoir (du système) qu’ils entendent préserver à tout prix, y compris par la diabolisation, la mystification, la calomnie, la manipulation…
Quant aux victimes de ces campagnes obscènes et diffamatoires, elles présentent généralement les mêmes similitudes : elles s’opposent à un système mafieux, à un pouvoir discrédité, souvent à la dérive, et qui entend éliminer par toutes sortes de méthodes déloyales et anti démocratique ses adversaires.
Ainsi, les véritables challengers sont traqués, combattus, souvent par « la main représailles » du pouvoir : les forces de défense et de sécurité. Et comme ces genres de pouvoirs ont pour slogan et morale » la fin justifie les moyens « , ils mettent en branle toutes sortes de stratégies, de plans machiavéliques et macabres pour arriver à leurs fins.
Il ressort de ces deux exemples que pour déboulonner un système politique arbitraire, discriminatoire, autocratique et inique, il faut des mots forts, un discours virulent. Une telle attitude est une réponse à la violence et ne saurait être considérée comme de la violence. Il n’y a pas plus de violence que les violences policières, l’usage disproportionné des grenades lacrymogènes etc. Quid de la corruption qui compromet l’avenir des générations futures en contribuant grandement à la paupérisation.
Il n’y a pas plus violent qu’un système politique mafieux qui détruit et exclut systématiquement tous ceux qui ne sont pas du sérail, du clan, du cercle fermé, un univers constitué exclusivement de quelques privilégiés, qui sont aux commandes du pays depuis l’indépendance.
Si bien que l’égalité des chances n’est qu’un vain mot. L’école ne sert plus à grand-chose. D’ailleurs, elle a cessé d’être un ascenseur social depuis qu’elle a été décrétée Républicaine. Les diplômes, la compétence et les études ne sont plus considérés comme des vecteurs de réussite sociale. Il vaut mieux décliner le nom de son père, son patronyme : Ould Velanne, de telle tribu…
Pour briser ce système oligarchique (militaro-féodalo- tribalo-raciste), une telle véritable machine à fabriquer les inégalités, la corruption, les injustices de toutes sortes, en contradiction avec l’Etat de droit, la république, la démocratie et de l’islam, il va bien falloir « dégainer » des mots forts, des « missiles » en dénonçant avec force et vigueur.
Dans cet exercice de diabolisation, on joue sur les peurs et elle prend toutes les formes. On va fouiller dans les origines sociales, familiales, dans le parcours scolaire, académique où professionnel de l’opposant pour chercher la petite bête. Si tout est clean. C’est rarement le cas d’ailleurs, en effet qui cherche finira toujours par trouver. Ainsi, vous conviendrez avec moi, que Biram est victime d’un faux procès du genre : « il va déstabiliser le pays, il va le vendre au diable, il n’a point d’expériences dans la gestion de État » etc. Cependant, en dépit des nombreuses campagnes de déstabilisation, de coups bas, et toutes sortes de stratégies utilisées, depuis l’ère Mohamed Ould Abdel Aziz pour éliminer l’homme, il résiste vaillamment.
Et comme requinqué plus que jamais, il donne du fil à retordre au pouvoir en créant une situation inédite dans le pays où la réélection du président sortant fait douter plus d’un.
A mesure qu’on s’approche du scrutin du 29 juin, le scepticisme est de mise quant à la victoire du pouvoir ; à en croire les échos de la campagne et la mobilisation des citoyens plutôt favorables au changement, à la mise à mort du système politique en place depuis plusieurs décennies.
Mais, en Afrique, l’issue d’une élection est toujours mystérieuse. Que d’acteurs visibles mais surtout invisibles interagissent pour faire basculer le suffrage des électeurs du côté qu’ils n’ont souvent pas choisi. La sécurisation des votes est dès lors essentielle et constitue tout l’enjeu de cette présidentielle.
Mohamed Camara, originaire de Guémou, au sud de la Mauritanie, a parcouru un cheminement académique remarquable et diversifié. Après avoir complété ses études primaires, secondaires et universitaires en Mauritanie, il a enrichi son parcours en poursuivant des études en France.
Titulaire de deux Masters, il obtient son premier diplôme en Gestion de l’Environnement, avec une spécialisation dans la gestion des activités extractives, de l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis au Sénégal. Son deuxième Master, en Économie Appliquée, avec une option en économétrie financière, lui a été décerné par l’Université de Paris 8. Par ailleurs, il possède une licence en Administration Publique obtenue en Corse.
Mohamed Camara en publiant le livre intitulé La mondialisation appauvrit-elle l’Afrique?, pose une question majeure de notre temps. En effet l’Afrique, berceau de l’humanité, des premières civilisations a toujours été au cœur de relations avec le reste du monde.
De l’antiquité gréco-romaine en passant par les grandes explorations européennes à partir de l’ouverture atlantique au 15e siècle à la colonisation jusqu’à la globalisation actuelle, l’Afrique a eu son rôle à jouer. Toutefois avec l’esclavage transatlantique, la colonisation et aujourd’hui le néo-colonisation, la place réservée à l’Afrique dans la mondialisation suscite de nombreuses questions.
L’Afrique en participant à la mondialisation est-elle simplement reléguée au statut de pourvoyeuse de ressources humaines et naturelles destinées au monde capitalisme occidental et aux puissances dominantes? Sans trop rentré dans les considérations historiques, idéologiques et géopolitiques, l’auteur Mohamed Camara se limite à nous pousser à réfléchir sur la véritable place réservée à l’Afrique dans la mondialisation actuelle.
Son livre, très édifiant, met en exergue les enjeux réels et les véritables effets de la mondialisation en Afrique. Il expose les véritables acteurs du commerce international dominé par le monde occidental et les nouvelles puissances montantes. Mohamed Camara analyse et décortique la situation de l’Afrique, continent qui regorge certes de matières premières mais qui ne participe pas aux décisions concernant l’acquisition de ses matières premières par le monde dominant.
L’Afrique privée d’une industrie de transformation locale est en effet contrainte d’exporter ses matières premières qui lui reviendront en produits finis vendus très chers. En lisant le livre de Mohamed Camara, on réalise bien que la mondialisation suit une certaine évolution, une certaine logique qui malheureusement ne datent pas d’aujourd’hui.
Par ailleurs, les retombés du commerce international tel qu’il fonctionne aujourd’hui ne profitent pas non plus à l’Afrique. Avec des sources fiables, des arguments solides et des chiffres tirés d’études de spécialistes, Mohamed Camara s’attèle à montrer que la mondialisation telle qu’elle est conçue ne peut pas développer l’Afrique.
L’Afrique selon lui ne fait que le jeu de la mondialisation au bénéfice du monde dominant. Il regrette que le continent africain tarde à véritablement réfléchir et trouver une stratégie efficace pour occuper sa place et intégrer définitivement les échanges mondiaux.
Face à ce constat, Mohamed Camara rappelle que la mondialisation pourrait bien être une chance, une véritable opportunité de développement de l’Afrique à la condition unique que les pays africains se spécialisent chacun dans un domaine précis et en devienne le maître et le décideur. À travers ce livre, Mohamed Camara apporte des informations scientifiques et documentées et comble un vide historique sur un sujet majeur de notre temps.
Dr Amadou BA
Historien, politologue, chercheur et auteur.
Enseignant en histoire et en science politique à l’université Laurentienne Sudbury Ontario Canada
La praxis politique en Mauritanie ressemble fort à la circulation routière du pays : un désordre indescriptible, un véritable capharnaüm. Cette anarchie qu’on peut observer dans les rues de Nouakchott est révélatrice de notre rapport à la loi, aux règles, aux symboles et partant à tout ce qui est institutionnel. Ainsi, le malaise qui touche actuellement les grands noms de l’histoire politique de notre pays est symptomatique de notre relation avec les « choses instituées ».
Une crise qui a fait « glisser », voire emporter plus d’un homme politique, parmi lesquels certains mammouths et ténors de la politique nationale vers des destinations incertaines pour servir la compromission.
Ces dérives inopportunes dans le contexte de l’élection présidentielle du 29 juin, réconfortent l’analyse d’un confrère et doyen, qui soutient en substance, que les partis politiques en Mauritanie sont le plus souvent créés, ex nihilo par un homme, et ne reposent sur aucune référence, assise théorique qui sous-tend un projet de société, des idéaux et des valeurs. C’est assurément l’une des raisons qui expliquent les transhumances politiques devenues de véritables « migrations politiques ».
Des pratiques qui ont atteint un pic sans précédent sous l’ère Ould Ghazouani. On n’aura tout vu. Au nom de l’apaisement politique tous les compromis, tous les deals, toutes sortes d’accords, d’arrangements et même de transactions contre nature ont été passés pour être admis dans le giron du pouvoir, et ce au détriment de la « doctrine factice » dont se revendiquent ces formations politiques.
S’il est communément admis que la politique est par essence opportunisme, jeu d’intérêts ; elle a tout de même besoin d’une once de vertu pour ne pas être monstrueuse. En effet, quel sens donné à la chose politique lorsqu’ elle est portée par des hommes sans crédibilité ?
Nos partis politiques sont donc de véritables quincailleries où l’on trouve tout et n’importe quoi. Exception faite pour certains. En vérité, la majorité de nos formations politiques ne s’identifie à aucune doctrine, ce qui rend problématique leur désignation ou caractérisation.
De véritables passe-partout, toujours à l’affût de tous les régimes, excellant dans l’art de la flagornerie, tout en faisant fi de la nature de ces pouvoirs : légitimes ou illégitimes, populaires ou impopulaires, démocratiques ou autocratiques etc.
Dans une démocratie normale, les partis politiques sont toujours nés autour d’une certaine philosophie, ils sont porteurs d’idées et de convictions. Ces identifiants déterminent et régulent la vie, les fréquentations et accointances de chaque formations politiques.
La scène politique est devenue la Cour du roi Petaud. Confuse et illisible. Pour la première fois des partis emblématiques et caractéristiques de l’opposition, dans l’histoire du pluralisme politique du pays – UFP, RFD, APP – sont au bord de l’implosion, au point que les observateurs se demandent : de quels bords politiques sont-ils désormais placés ?
Décidément, ce premier quinquennat du président Ould Ghazouani a fait du mal à la démocratie mauritanienne. On assiste à un big bang de l’édifice démocratique, en passe d’emporter les « Temples et Académies » de la démocratie du pays. Un effet destructeur qui va consolider le pouvoir en place, au détriment du pluralisme démocratique.
À quelque chose malheur est bon dit l’adage. L’opposition étant consubstantielle à la nature humaine et à la démocratie. Une autre alternative, d’autres alternatives est / sont née.s pour porter la voix et les aspirations d’une partie du peuple, qui attend et croit encore au changement.
La démocratie ne se décrète pas. C’est plus qu’une simple une déclaration d’intention. Des discours et des mots, sans convictions et principes. Exactement comme l’unité nationale, qui est régulièrement magnifiée et chantée sans effets dans la pratique. Elle est malade de notre hypocrisie ! Le refus de reconnaitre l’évidence.
La démocratie, c’est un choix et une option stratégiques, une culture qui impliquent une volonté réelle de changements dans les pratiques, les mentalités et même de paradigmes. Elle a pour baromètre la fonctionnalité et l’effectivité voire l’efficacité des institutions, notamment dans leur capacité à servir le citoyen, à le protéger contre toutes sortes d’abus, en lui garantissant ses droits, ses devoirs : son plein épanouissement. La démocratie ne peut être source d’asservissement, abrutissement ou d’endormissement du peuple.
Au contraire, elle se fonde sur la participation et l’implication citoyennes dans une démarche de co-construction et de co-production pour donner crédit, pertinence et légitimité aux décisions prises par les gouvernants. Elle n’a point besoin de surhomme ou d’homme providentiel : toute la force, tous les pouvoirs, tout le charme de la démocratie se trouvent dans les institutions elles-mêmes (institutions fortes diront certains). Institutions qui n’ont besoin que d’hommes honnêtes, vertueux.
Voilà ce qui nous fait défaut.
La démocratie, elle ne saurait se mesurer au nombre de partis politiques, au nombre de radios et télévisions privées, au pléthore d’Agences de l’Etat chargées de « je ne sais quoi » ? Une assemblée nationale fortement arrimée jusqu’à la subornation au pouvoir Exécutif.
La démocratie, ce n’est pas non plus une CENI, un Observatoire national de surveillance des élections… autant d’institutions budgétivores et technicistes, dont les rôles, les missions et les prérogatives sont mal définis, voire ambivalents. Cette « polypersonnalité » de nos institutions est source d’interfèrent, un cafouillage qui crée une espèce de brouillage propice aux manœuvres de toutes sortes, contraires à la transparence et à la crédibilité électorales.
Les élections sont souvent une mascarade, les règles du jeu ne sont jamais respectées, elles peuvent même changer en pleine compétition. Elles coûtent trop chères au contribuables sans jamais servir à quelque chose. Une situation qui a fini par créer chez certains citoyens, une espèce de fatalisme, de lassitude : un découragement qu’ils expriment en ces termes : « ça ne sert à rien d’aller voter ». En effet, les élections sont toujours truquées, et le jeu démocratique toujours biaisé par des pratiques anti-démocratiques.
Finalement, ils sont nombreux les Mauritaniens et les Africains qui ne croient plus à la démocratie en tant que modèle de gouvernance. Ils sont dégoutés et déçus. Ils en viennent jusqu’à se tromper d’ennemis, en s’en prenant à la DEMOCRATIE en tant que système politique. Or, le problème n’est pas la démocratie, même si elle est loin d’être une panacée universelle. Une chose est sûre, c’est que nos dirigeants n’ont jamais voulu de la démocratie dans nos Etats. Parce qu’ils cesseront d’être des roitelets, parce qu’elle fait table rase de certains acquis parmi lesquels : la super citoyenneté et ses privilèges …
C’est dire que souvent, le procès fait à la démocratie en Afrique est à mon sens injuste. Il faut avoir appliqué et pratiqué correctement la démocratie pour pouvoir la juger. Un malade qui n’a jamais respecté son traitement ne peut pas se permettre de donner un avis objectif sur son médicament et encore moins sur son médecin. Malheureusement, sous nos tropiques, nos dirigeants assoiffés de pouvoir et d’autorité ont volontairement vidé « l’enfant Grecques et natif d’Athènes » de sa substance, en foulant aux pieds ses principes sacro-saints, sans jamais accepter véritablement de le tropicaliser. On l’a dénaturé et vidé de sa substance, son être pour assouvir des desseins démoniaques et totalitaires.
La démocratie mauritanienne
La démocratie, chez nous n’est pas le pouvoir du peuple. Elle est le pouvoir d’une oligarchie militaro- politico-féodalo-affairiste et esclavagiste contre le peuple. Un peuple désabusé et dépassé, qui ne comprend plus rien au jeu démocratique, réduit à exécuter tels des automates les mêmes gestes, soit les mêmes erreurs.
Son rôle (le peuple) se limite à la répétition de gestes, de mots et de phrases toutes faites sans réfléchir ; un ensemble de réflexes devenus son trait de caractère, sa principale « compétence » que les différents « chefs d’orchestre » ont bien voulu développer en lui en vue de pérenniser leur mainmise, leur hégémonie, leurs intérêts etc. Dans cette démocratie militaire, l’électeur subit l’élection. Il craint le rendez-vous avec les urnes comme un chat échaudé qui craint l’eau froide.
La présidentielle de 29 juin 2024 ne dérogera pas à cette règle. Sauf coup de force majeure, cette élection présidentielle sera, tout sauf l’expression de la souveraineté du peuple mauritanien. En effet, le peuple n’existe que par la volonté de ces groupes opportunistes et machiavéliques, unis pour défendre des intérêts et des » positions » égoïstes, sectaires et claniques.
Ainsi, le jeu démocratique est faussé d’avance parce que s’appuyant sur des groupes de pression qui marchandent, manipulent, orientent, désorientent selon les situations et les contingences, le peuple. Tout est bon pour le maintenir dans l’ignorance, en lui administrant jour après jour des somnifères afin de retarder son réveil, son éveil.
Si bien que le peuple est désormais hypnotisé et réduit à la subordination, au point où même derrière l’isoloir, le citoyen ne peut retrouver indépendance et lucidité : il vote contre lui-même en s’enfonçant encore et encore un peu plus, pour asseoir davantage la suprématie de « ses maîtres impitoyables « . C’est le syndrome de Stockholm.
Notre système démocratique qui peine à se libérer du joug du pouvoir traditionnel (spirituel et temporel) déconstruit la culture de la citoyenneté. Un citoyen, c’est celui qui est capable de choisir par lui-même, et qui dispose d’une marge de liberté pour exprimer son droit de vote sans être » écrasé » par la dictature de l’Autorité sociale, communautaire, politique…
L’État se complaît dans une telle situation où la « conquête » de l’électorat repose sur des concessions avec la chefferie traditionnelle. Cette dernière détient de nombreux leviers de pression qu’elle exerce sans pitié sur le groupe notamment, les individus qui osent défier l’ordre féodal et traditionnel. Dès lors, on assiste au phénomène bien décrit par certains et appelé très ironiquement : bétail électoral ou l’électorat bestial.
La citoyenneté est ainsi bradée au détriment des pesanteurs socio-culturelles, contraires à la république : les électeurs sont dans de nombreux cas soumis à une consigne de vote mécanique d’un dignitaire ou d’un homme d’affaires.
Aux électeurs
Ne marchandez surtout pas votre droit de vote, il en va de votre dignité. Prenez vos distances des politiciens courtiers qui pullulent ces derniers temps dans votre région, dans votre quartier et ne ratent aucune prière dans votre mosquée etc.
Ils sont en mission et cherchent à vous séduire, vous endoctriner, vous flatter en usant de leur rhétorique démagogique bien huilée, s’appuyant sur des promesses mirobolantes sans lendemain. Rappelez-vous la Fable de la Fontaine (le Corbeau et le Renard) : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ».
Heureusement, une nouvelle ère s’annonce avec l’émergence d’un nouveau type de citoyens qui prend ces distances des « pesanteurs héritées » souvent plus fortes que la loi, en s’assumant et s’affirmant en faveur d’une démocratie véritable. Celle qui permet au fils du paysan, du berger d’accéder aux « cimes de la république », jusque-là réservées aux fils à papa. Cette prise de conscience est consécutive est caractéristique de la maturité d’une partie du peuple, désormais vent debout pour faire respecter la vérité qui sortira des urnes, le 29 juin prochain.
Le Guidimakha, on nous a assez mentis et trompés : ça suffit
Alors que les promesses tenues lors des élections municipales, législatives et régionales de mai 2023 et celles de la présidentielle de 2019 sont restées lettres mortes et classées sans suite, les voilà de retour au terroir pour » s’endetter «, en s’enfonçant encore plus auprès des populations. Si dans certaines contrées les préoccupations prioritaires sont l’accès aux services sociaux de base, chez nous, nous clamons « JUSTICE et EGALITE des citoyens ».
Nous sommes presque sous occupation, expropriés de nos terres, malmenés, humiliés, utilisés les uns contre les autres pour nous diviser. Chaque jour, l’un des nôtres est arbitrairement arrêté pour des motifs évasifs qui ne peuvent être qualifiés juridiquement, et envoyé en prison.
Ensuite, la machine se met en route. On fait cotiser les émigrés ou on pioche dans les caisses villageoises pour soudoyer. La corruption a atteint des proportions jamais égalée au point que les fonds villageois sont devenus ces six dernières années déficitaires en raison du conflit intercommunautaire Soninké, une mine d’or pour le pouvoir local qui ne fait rien pour appliquer la loi.
Au contraire, il jette de l’huile sur le feu par ses décisions de justice mettant en compétition des Soninké attachés à l’ancien ordre et les progressistes : chacun de ces groupes rivalisent d’ardeur pour » graisser la patte » de l’administration, en espérant gagner le procès.
Le procès de la honte, de la haine et de la bêtise. Justice ne sera jamais rendue. Votre unité et cohésion en souffriront. Vous n’aurez droit qu’à » des demi- vérités » afin que vous continuez à vous détruire. Et l’administration locale continuera de vous traire telles des vaches laitières. Comme dans un jeu de poker, chaque partie continuera à doubler sa mise indéfiniment. Pendant que « le rapace opportuniste » et insatiable se nourrit de votre orgueil, de votre stupidité pour vous saigner à blanc. Voilà la triste réalité au Guidimakha que tous les pouvoirs ont ignorée.
Le meilleur candidat à la présidentielle, pour nous autres, sera celui qui protégera « le Guidimakhé » contre les abus du pouvoir local. Celui qui mettra fin aux injustices que nous subissions depuis des décennies. La soif, de justice nous tenaille plus que le manque d’eau potable, et nous préoccupe plus que le désert des infrastructures qui constitue la caractéristique principale de notre région ô combien déshéritée et abandonnée à elle-même.
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