● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Dr DIALLO Djibril

—La rubrique GEB (Grand Entretien du BLOG) vous propose l’interview ci-après accordée par M. Diallo Djibril. Originaire de la commune de Tachott dans le Guidimagha, le juriste est actuellement haut cadre au Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Ici l’expression de notre fraternelle reconnaissance à son endroit pour la disponibilité.

Bonne lecture !

Question 1 : Présentation sommaire ?

Dr DIALLO Djibril : Je m’appelle Diallo Djibril Cheikh Bouye. Je suis juriste de formation, titulaire d’un doctorat en droit public de l’université Paris 8, avec une spécialisation en intégration régionale africaine et en gouvernance publique. Mon parcours universitaire m’a conduit également à l’Université de Perpignan, ainsi qu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où j’ai approfondi mes recherches en droit de l’intégration et en droit international économique.
Sur le plan professionnel, j’exerce aujourd’hui principalement dans le champ des politiques publiques, de la stratégie institutionnelle et du conseil juridique. J’occupe présentement la fonction de conseiller technique chargé des affaires juridiques au cabinet du ministre de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Parallèlement, j’ai longtemps évolué dans le monde de la recherche et des études stratégiques au Centre Essahraa d’Études et de Consultations, un think Tank mauritanien.
J’ai également été enseignant en droit, économie et management, dans le secondaire et certains établissements de l’enseignement supérieur lors de mon séjour en France. 
Aussi, j’ai toujours été engagé dans la vie associative, notamment sur les questions de citoyenneté, d’éducation et de développement communautaire.
Je m’arrête là, avec cette brève présentation.
Question 2 : Retour d’expérience après l’Europe ?
DD : Mon séjour en Europe fut une expérience intellectuelle et humaine extrêmement structurante. Il m’a permis d’évoluer dans des environnements académiques exigeants, où la rigueur méthodologique, l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle sont fortement valorisés.
Les facilités résident principalement dans l’accès aux ressources documentaires, à des réseaux scientifiques denses et à un encadrement académique structuré. Toutefois, les écueils ne sont pas négligeables : solitude, exigence d’adaptation culturelle, pression académique et nécessité d’une discipline personnelle constante.
Mon principal conseil aux jeunes serait de ne pas idéaliser l’extérieur, mais de le considérer comme un espace d’apprentissage. L’essentiel est d’acquérir des compétences transférables, une méthode de travail solide et une ouverture d’esprit. Le retour au pays doit être pensé comme une continuité logique : il s’agit de réinvestir les acquis au service du développement national.
Question 3 : Conseils à la jeunesse mauritanienne, notamment soninké ?
DD : L’éducation demeure le levier fondamental de transformation sociale. À la jeunesse mauritanienne, je recommanderais d’investir prioritairement dans la formation intellectuelle, technique et morale. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de cultiver la compétence, l’éthique et la discipline.
À l’adresse particulière des jeunes soninké, dont l’histoire est marquée par une forte tradition intellectuelle et migratoire, je dirais qu’il est impératif de concilier enracinement culturel et ouverture au monde. La maîtrise des langues, des outils numériques, des sciences et des métiers émergents est aujourd’hui indispensable.
Il faut également développer l’esprit entrepreneurial et sortir d’une logique exclusive de recherche d’emploi public. La création de valeur, l’innovation et l’initiative privée constituent des perspectives majeures pour l’avenir.
Question 4 : Diagnostic sur les pratiques féodalo-esclavagistes et pistes d’éradication ?
DD : Les survivances de pratiques féodalo-esclavagistes constituent une réalité sociologique et historique complexe. Elles s’inscrivent dans des structures mentales héritées, parfois intériorisées, qui continuent d’influencer les rapports sociaux.
Mon diagnostic est double : d’une part, il existe un décalage entre le cadre juridique – qui prohibe clairement ces pratiques – et certaines représentations sociales persistantes ; d’autre part, la transformation des mentalités nécessite un travail de longue haleine.
Les pistes d’action devraient s’articuler autour de trois axes :
L’éducation et la conscientisation : renforcer l’enseignement de l’égalité, de la dignité humaine et de la citoyenneté.
L’application rigoureuse du droit : l’État doit garantir l’effectivité des normes existantes.
Le dialogue communautaire et religieux : mobiliser les leaders d’opinion, intellectuels et acteurs associatifs pour déconstruire les justifications culturelles erronées.
La sortie définitive de ces tares suppose une évolution générationnelle appuyée par des politiques publiques cohérentes et une volonté collective affirmée.

● Question 5 : Engagement des jeunes en politique en Mauritanie ?

DD : La jeunesse mauritanienne manifeste un intérêt croissant pour les questions politiques, notamment à travers les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes. Cependant, cet engagement demeure parfois fragmenté et insuffisamment structuré.
Je constate un dynamisme réel, mais qui gagnerait à être davantage organisé, formé et encadré. L’engagement politique ne devrait pas se limiter à la revendication ; il doit également intégrer la formation doctrinale, la compréhension des institutions et la culture du compromis.
Il est essentiel que les jeunes investissent les partis, les organisations de la société civile et les espaces de débat avec compétence et éthique. L’avenir démocratique du pays dépendra largement de leur capacité à conjuguer idéal et responsabilité.

● Réalisé par KS pour le BLOG

🔴 Études ~ Histoire | Critique historique des affirmations sur Koumbi Saleh et l’Empire du Ghana | Par M. Mady Ibrahim Kante



1) L’existence historique de Koumbi Saleh
L’affirmation selon laquelle Koumbi Saleh n’est qu’un mythe ou une invention coloniale est remise en question par des fouilles archéologiques, titre d’exemple, les premières grandes fouilles scientifiques ont été effectuées par Raymond Mauny (1950-60), puis par Serge Robert et Sophie Berthier. Cependant, les vestiges comprennent bien évidemment, habitations en pierre, mosquées anciennes et structures urbaines étendues sur le lieu considérait l’ancienne citée de Koumbi Saleh. On peut situer l’occupation principale entre le Ie/IVe et le XIIIe siècle selon les datations. Ces travaux témoignent de la présence réelle d’une ville importante précoloniale, bien avant 1910.
2) Koumbi Saleh et la capitale de l’Empire du Ghana (Wagadou)
L’Empire du Ghana, appelé Wagadou par les Soninké, est attesté par plusieurs sources médiévales musulmanes, indépendantes de la colonisation européenne. En particulier, la Source majeure : Al-Bakri au XIe siècle, il décrit Koumbi comme une capitale composée de deux villes distinctes : une ville royale (tradition animiste) ; une ville musulmane avec 12 mosquées, sous un pouvoir politique structuré et un commerce d’or florissant.
Son œuvre date de 1068 — soit près de 850 ans avant la présence coloniale française en Mauritanie. Il est donc historiquement inconcevable que l’Empire du Ghana soit une ‘invention coloniale’.
3) Sur l’accusation d’« invention par le sergent Bonnet en 1910 »
Aucune source académique officielle ne fait référence à un « sergent Bonnet » comme l’inventeur du royaume du Ghana. Au contraire, des auteurs arabes comme : Al-Bakri (XIe siècle), Al-Idrissi (XIIe siècle) et Ibn Khaldoun (XIVe siècle), mentionnent déjà l’existence d’un royaume puissant appelé Ghana. Les sources islamiques médiévales documentent donc le royaume, bien avant toute entreprise coloniale européenne.
4) Les Almoravides ont-ils fondé Koumbi Saleh ?
Les Almoravides étaient un mouvement réformiste berbère né au XIe siècle en Mauritanie et au Maroc. Regardons les faits historiques établis, qui ont mené des campagnes militaires vers le sud. Également, certains historiens pensent qu’ils ont attaqué Ghana vers 1076. Mais aucune preuve sérieuse n’indique qu’ils ont fondé Koumbi Saleh. Cependant, Les vestiges archéologiques montrent que la ville existait avant l’expansion almoravide.
Toutefois, les Almoravides ont pu influencer l’islamisation et renforcer les quartiers musulmans. Mais pas créer la ville ni l’empire.
5) Origine soninké de l’Empire (Wagadou)
Chez les Soninké, la tradition orale soninké (Mama Dinga – Soninké) identifie comme le fondateur de Wagadou (Ghana) depuis les premiers siècles de notre ère (A.J.). En établissant un système politique structuré considéré comme une aristocratie locale. Ces informations sont approuvées académiquement par des recherches linguistiques et anthropologiques confirment l’ancienneté soninké dans cette région.
En effet, l’Empire du Ghana ou Wagadou est donc purement africain, existait dans la période de précolonial, sous le règne de soninké.
6) Sur la thèse du « mensonge colonial pour effacer l’islam »
Cette affirmation pose un problème logique, notamment, les premières descriptions détaillées de Ghana viennent d’auteurs musulmans. Puis, la ville comportait des quartiers musulmans importants. Selon Docteur Ahmed Chalabi, il y’avait douze grandes mosquées dans les deux grandes villes de l’empire de Ghana. Il est important de noter que l’Islam y était déjà présent au XIe siècle.
Si l’objectif colonial était d’effacer l’islam, pourquoi s’appuyer sur des sources musulmanes anciennes ? pourquoi documenter l’existence de mosquées et de savants musulmans ? En effet on pourrait dire que l’argument manque de cohérence historique.
7) La question archéologique actuelle
Il est vrai que tous les aspects de l’Empire ne sont pas entièrement élucidés, des débats existent sur l’étendue exacte du territoire. Mais débat scientifique ≠ inexistence historique. La majorité des historiens spécialisés en Afrique médiévale reconnaissent l’existence de l’Empire du Ghana, l’importance de Koumbi Saleh et son rôle probable de capitale ou centre majeur
Conclusion
Le texte attribué à un certain « Ahmed Lehbib » présente plusieurs affirmations non étayées ni fondées, en particulier : absence de sources académiques ; négation des sources arabes médiévales ; confusion entre débat scientifique et négation historique ; accusation coloniale non documentée.
En revanche, les preuves en faveur de l’existence de « Koumbi Saleh » dans l’Empire du Ghana (Wagadou) et son noyau soninké ainsi que son importance dans le commerce transsaharien, sont appuyées par : sources arabes médiévales ; fouilles archéologiques ; traditions orales corroborées et ; recherches universitaires modernes.
Bien sûr, la reconnaissance de l’existence de l’Empire du Ghana ne diminue en rien l’importance des Almoravides, l’histoire islamique régionale et la valeur culturelle des Soninkés. Au contraire, cela montre la complexité et la richesse de l’histoire ouest-africaine-sahélienne précoloniale.
Bibliographie
I. Sources médiévales arabes (sources primaires)
1. Al-Bakri
Kitāb al-Masālik wa-l-Mamālik (Livre des routes et des royaumes), 1068.
o Description détaillée du royaume du Ghana et de sa capitale composée de deux villes.
o Traduction partielle dans :
De Slane, W. (trans.), Description de l’Afrique septentrionale, Alger, 1913.
2. Al-Idrissi
Nuzhat al-mushtāq fī ikhtirāq al-āfāq, XIIe siècle.
o Mention du royaume du Ghana dans ses descriptions géographiques.
3. Ibn Khaldoun
Kitāb al-‘Ibar, XIVe siècle.
o Chroniques historiques mentionnant les dynasties soudanaises, dont Ghana.
II. Travaux archéologiques sur Koumbi Saleh
4. Mauny, Raymond.
Tableau géographique de l’Ouest africain au Moyen Âge, Dakar, IFAN, 1961.
o Étude fondamentale reliant les descriptions arabes au site archéologique. (https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000066051_fre?posInSet=1&queryId=0346effd-082d-48d3-9101-036141508a5b)
5. Berthier, Sophie & Robert, Serge.
Recherches archéologiques à Koumbi Saleh (Mauritanie), CNRS, années 1970-1980.
o Rapports détaillant les fouilles, structures urbaines, mosquées, habitations en pierre.
6. UNESCO
Fiche descriptive du site de Koumbi Saleh (Liste indicative du patrimoine mondial).
o Documentation archéologique et historique officielle.
III. Ouvrages académiques modernes sur l’Empire du Ghana
7. Nehemia Levtzion
Ancient Ghana and Mali, Methuen, 1973.
o Analyse critique des sources arabes et des données archéologiques.
8. D.T. Niane (dir.)
Histoire générale de l’Afrique, Vol. IV : L’Afrique du XIIe au XVIe siècle, UNESCO, 1984.
o Chapitres consacrés à Ghana (Wagadou) et aux Soninké.
9. John Iliffe
Africans: The History of a Continent, Cambridge University Press, 1995.
o Synthèse historique incluant l’Empire du Ghana.
10. Kevin Shillington (ed.)
Encyclopedia of African History, Routledge, 2005.
o Entrée “Ghana Empire”.
IV. Sur les Almoravides
11. Nehemia Levtzion & Hopkins, J.F.P.
Corpus of Early Arabic Sources for West African History, Cambridge University Press, 1981.
o Compilation et traduction des textes arabes mentionnant Ghana et les Almoravides.
12. Vincent Cornell
The Almoravids and the Meanings of Jihad, Journal of African History.
o Étude critique du mouvement almoravide.
V. Synthèses générales
13. Basil Davidson
Africa in History, 1968.
o Vulgarisation historique basée sur recherches académiques.
14. Encyclopaedia Britannica
Article “Ghana Empire”.
o Résumé académique validé.

Mady Ibrahim Kanté, Enseignant-chercheur

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● Contribution | La dictature est-elle étrangère au pouvoir africain ? Par le journaliste mauritanien M. Seyre Sidibe

Il existe une part historique indéniable expliquant la propension de l’Africain à devenir un despote. En Afrique, il n’y a de pouvoir que dans la verticalité. Le chef appartient à une famille qui se fabrique  souvent une généalogie fabuleuse- souvent apparentée aux génies, aux diables et aux forces occultes- afin d’être craint et vénéré.

Être un surhomme inspire la crainte et instille dans l’esprit des autres l’idée qu’ils sont nés pour être dominés ; le chef et sa famille seraient, quant à eux, porteurs d’une essence quasi divine qui leur confère le droit de diriger et de gouverner sans partage.

C’est assurément ce qui explique que le pouvoir en Afrique, hier comme aujourd’hui, n’ait jamais su se libérer de la sorcellerie, de la magie noire, des sacrifices humains et de toutes sortes de pratiques irrationnelles destinées à rendre les tenants du pouvoir éternels.
Toute contradiction, toute opposition au chef n’est pas tolérée et est considérée comme un défi, un crime de lèse-majesté.
En soninké, par exemple, un adage traduit bien cet état d’esprit et le pouvoir hors norme du chef en ces termes : « Le chien du chef est un chef. »

Ainsi, la dictature est congénitale au pouvoir en Afrique. Si le chef n’est pas fort, impitoyable, sadique voire sanguinaire, c’est le peuple lui-même qui cherche à le destituer, car le pouvoir doit être sans partage, sans pitié, et incarner la puissance.
La fébrilité, l’empathie, la clémence et l’humilité sont perçues comme des signes de faiblesse et d’incompétence voire l’illégitimité.

Qu’en est-il alors du rapport du pouvoir africain avec le bien public ?

Le pouvoir africain, étant par essence autoritaire et autocratique, ne peut concevoir une gouvernance transparente et collégiale des ressources et des biens publics. Il n’existe aucune séparation entre le bien privé et le bien public. Le chef a le contrôle sur tout, le monopole sur tout. D’ailleurs, nos populations sont tellement « vassalisées » qu’elles trouvent cela normal.
La prédation des biens publics et l’enrichissement illicite n’avaient même pas de sens dans nos sociétés, où le chef se prêtait les attributs du créateur.
Pour la petite anecdote, le tout-puissant mansa Kankou Moussa avait mis la main sur tout l’or du Mali. Lors de son expédition, raconte-t-on, le prix du précieux métal baissa partout où le souverain passa. Il en distribua généreusement aux dignitaires arabes.
L’Africain se nourrit d’orgueil et de louanges, et aime être chanté et vanté, ce qui consolide le culte de la personnalité. Or, le culte de la personnalité est indissociable de la dictature.
In fine, on se plaint de la dictature et d’un pouvoir prédateur et arrogant. Certains Mauritaniens vont jusqu’à dire que seul un militaire peut diriger le pays, comme si l’autorité de l’État devait nécessairement être celle d’un homme providentiel.
La meilleure autorité est celle de la loi : des lois justes que l’État applique sans complaisance à tous les citoyens.

Seyré SIDIBE

● Mauritanie ~ Éducation | À la découverte de l’école des Sourds-muets du Guidimagha. Par M. Bakari Abdoulaye TANDIA.

—La rubrique Grand Entretien du BLOG vous revient dans cet élément consacré aux activités de l’instituteur M. Bakari Abdoulaye TANDIA. Un enseignant très investi dans un domaine socio éducatif d’une grande portée humaniste et inclusive. Le responsable de l’école des Sourds-muets d’Agoinitt (Guidimagha) nous présente ci-après son établissement :

● Question 1 : Bonjour monsieur Bakari TANDIA, pouvez vous présenter sommairement à nos lecteurs?

Bakari Tandia : (parcours scolaire, professionnel)
Ecole Coranique tout le cursus scolaire Fondamental
Ecole Fondamentale à JOWOL 1977-1983
Enseignement secondaire lycée de KAEDI 1983-1994
Formation à l’école normale des instituteurs de Nouakchott 1994-1997
D’Octobre 1997 à Juillet 2008 instituteur de l’enseignement ordinaire  aux classes de l’Institut des Langue Nationales au Guidimakha (Sabouciré, Khabou, Hachi Chaghar )     
D’Octobre 2009 à nos jours chargé de programme du projet éducatif de l’Association Espoir de Demain et le charge du suivi scolaire des élèves sourds de l’école des sourds du Guidimakha

● Question 2 : Vous dirigez l’école des sourds de la localité d’Agoinit dans le Guidimakha, pouvez nous le présenter notamment sa genèse son statut administratif (public ou privé) et son fonctionnement?

BT : – L’historique
Au début de l’année scolaire 2007, dans une classe de 6éme année fondamentale à SABOUCIRE au Guidimakha en Mauritanie, un enfant sourd de six ans se présenta en plein cours.
Bien que l’instituteur fut surpris par cette visite mais néanmoins, il l’accueille l’enfant sourd bras ouvert dans sa classe, l’enfant tenait dans sa main une ardoise, un cahier et un stylo. L’instituteur fut ému, étonné et dit aux élèves : Le sourd veut apprendre et il a droit à l’éducation comme vous les entendant
Un élève leva le doigt et posa une série de question. Est –ce le sourd peut apprendre nous les entendant ? Comment il lire l’alphabet ?
L’instituteur n’avait pas de réponse aux questions posées par cet élève.
C’est dans cette perspective que cet instituteur eu l’audace l’idée pendant les fêtes de Noëls en 2007 d’aller à Nouakchott juste pour se renseigner auprès des Associations des Personnes Handicapées comment aider ce jeune sourd et répondre à la question de son élève.
L’instituteur retourna dans sa localité de service ayant une réponse aux différentes questions posées par son élève ayant les contacts le Directeur de Déficients Auditifs de Bamako donner par la Directrice de l’école des sourds de NOUAKCHOTT.
L’identification des enfants en situations d’handicaps
L’instituteur avait fait une identification des enfants en situations d’handicaps dans quelques localités du Guidimakha en Mauritanie et a enregistré à titre indicatif les résultats suivants :
Sourd : 40
Aveugle : 10
Mental : 35
Moteur : 60
A sa forte surprise 20 enfants en situations d’handicaps auditifs sont de la localité d’AGOINITT au GUIDIMAKHA en MAURITANIE
Le voyage d’échange et de formation
Le 15 Décembre 2008 l’instituteur quitta et décida de traverser le fleuve Sénégal en destination de BAMAKO. L’instituteur était logé dans les locaux de l’école des déficients auditifs de Bamako pendant trois mois. Au cours d’une mission de ses propres frais (suspendu de salaire) qui lui a amené au Mali en côte d’Ivoire au Benin et au Niger, il s’est imprégné des réalités de l’éducation des sourds, il se sent à présent très bien armé pour mettre à profit cette expérience.
La première classe des sourds
Ce natif de Gori dans la Commune de JOWOL en MAURITANIE, depuis le 19 Octobre 2009, le nommé BAKARI ABDOULAYE TANDIA a ouvert une classe des sourds d’une manière informelle, toutefois il ne pouvait pas consacrer aux jeunes handicapés que ses heures libres : le weekend, il est fonctionnaire de l’éducation nationale affecté par la Dren du Guidimakha à l’école 2 d’Agonit.
C’est ainsi la première classe des sourds a ouvert ses portes dans la famille SOKHNA dont le chef de famille est un handicapé moteur ses quatre enfants et son épouse sont sourds
L’effectif
En 2023
Filles sourdes : 15
Garçons sourds : 10
EN 2024
Filles sourde : 15
Garçons sourds : 10
Le personnel
BAKARI ABDOULAYE TANDIA FONCTIONNAIRE DU MINSTERE DE L’EDUCATION NATIONAL
MAIMOUNA HODIYE SILLA VOLONTAIRE DEPUIS LES PREMIERES HEURES

● Question 3 : cet établissement qui s’inscrit dans une dynamique d’inclusion à l’endroit de ces personnes à besoins spécifiques, en exist-il d’autres ailleurs en Mauritanie?

BT : Oui bien sur il y a des centres d’enfants en situations d’handicaps en Mauritanie qui sont crées il y’a juste moins de dix ans :
Le Centre d’ATAR , Le Centre de Nouadhibou, Le centre Kaédi, ect …….. Quand à l’école des sourds du Guidimakha est ouverte depuis octobre 2009, c’est une classe qui est crée dans une école fondamentale

● Question 4 : quels sont les débouchés en termes d’insertion socioprofessionnelle et universitaire à moyen et long terme pour vos apprenants sourds-muets ?

BT : L’objectif de l’Association Espoir de Demain et l’Ecole des Sourds d’Agoinitt est de former de jeunes en situations d’handicaps en lecture , en langage signes, en écriture , sur les techniques des quatre opérations et sur les techniques de conversions les mesures de longueurs pendants quatre ans à cinq ans pour la préparations de ces derniers à la formations professionnelles
Pendant seize ans l’école des sourds d’Agoinit et l’Association Espoir de Demain ont formés des jeunes en situations d’handicaps en couture, en teinture, en art plastique , en coiffure ect……………….

23 janvier 2026

Réalisé par KS pour le BLOG

● Mauritanie ~ Faits Historiques | Par l’honorable députée Mme Kadiata Malick Diallo

Le Centre Mauritanien de recherches et d’études Stratégiques a organisé aujourd’hui samedi 17/01/2026, à l’hôtel Mauricenter de Nouakchott, une journée de réflexion sur le Passif humanitaire. J’ai présenté avec un Panel de 5 membres, une intervention sur le thème: Que s’est-il passé? Pourquoi? Ci-après cette intervention:

PASSIF HUMANITAIRE

I. QUE S’EST-IL PASSÉ ?

Éléments de chronologie

1. Avril 1989 : l’incident de Diawara

En avril 1989, un incident éclate entre des éleveurs mauritaniens et des agriculteurs sénégalais dans la zone de Diawara, au Sénégal.
Cet affrontement local fait des victimes et donne lieu à des représailles réciproques de part et d’autre de la frontière.

2. Avril–mai 1989 : l’embrasement

L’incident dégénère rapidement en crise majeure :
• émeutes à Dakar et à Nouakchott ;
• violences ciblant les ressortissants du pays voisin, souvent menées par des groupes visiblement organisés, encadrés et instrumentalisés ;
• pillages de domiciles et de commerces ;
• sévices, meurtres et humiliations de civils ;
• expulsions et rapatriements forcés croisés.

La crise conduit à la rupture des relations diplomatiques entre la Mauritanie et le Sénégal et à la fermeture de la frontière.

3. 1989–1990 : exactions en Mauritanie

En Mauritanie, la situation prend une dimension dramatique :
• déportations massives de populations (des villages entiers, des fonctionnaires, des travailleurs dans le secteur privé) vers le Sénégal ;
• retrait ou destruction des documents d’état civil ;
• spoliations systématiques de biens en particulier du bétail;
• exactions, arrestations et exécutions sommaires le long de la vallée du fleuve Sénégal, perpétrées par des éléments des forces de sécurité et des milices armées.

Des fosses communes seront découvertes ultérieurement, notamment à Sorimalé, Wothie (Brakna), Woyndouyol et Moudji (Guidimakha).

Sous la pression de ces violences, des dizaines de milliers de Mauritaniens fuient vers le Sénégal et le Mali.
Le HCR estime alors le nombre de réfugiés mauritaniens à environ 60 000 personnes.

Dans le même temps, des groupes armés mêlant réfugiés organisés et éléments connus pour des activités de banditisme mènent depuis le Sénégal des opérations de représailles ponctuelles, causant des pertes humaines et des vols de bétail.

4. Septembre 1990 – mars 1991 : la tragédie dans les casernes

Entre septembre 1990 et mars 1991, des vagues d’arrestations massives frappent non seulement des militaires, mais aussi des civils, dans presque toutes les casernes et dans plusieurs villes : Nouakchott, Nouadhibou, Zouérate, Kaédi, entre autres.

Les personnes arrêtés subissent :
• des détentions arbitraires ;
• des traitements inhumains et dégradants ;
• des exécutions extrajudiciaires.

Le paroxysme est atteint dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, avec la pendaison de 28 militaires, cyniquement qualifiés de « sacrifiés pour la fête de l’indépendance ».
Les estimations font état de plus de 500 morts dans les lieux de détention.

Ces faits constituent un condensé nécessairement non exhaustif de l’une des périodes les plus sombres de l’histoire récente de la Mauritanie.
Ils sont aujourd’hui désignés, dans le langage politique officiel, sous le vocable de « passif humanitaire ».

Les survivants sont des témoins vivants de ces crimes. L’un d’entre eux, l’ex-lieutenant Mohamadou Sy, a livré un témoignage accablant dans son ouvrage L’Enfer d’Inal.

II. POURQUOI ?

L’incident de Diawara, pourtant fréquent et historiquement récurrent dans les zones de contact entre éleveurs et agriculteurs, aurait pu être circonscrit localement et réglé par des mécanismes traditionnels ou administratifs.
Il ne s’agissait :
• ni d’un conflit frontalier ;
• ni d’un conflit ethnique, puisqu’il opposait un Peul mauritanien à un Soninké sénégalais.

Pourquoi, dès lors, un fait somme toute banal a-t-il pu dégénérer en une crise régionale majeure et, en Mauritanie, en une violence ciblée contre des citoyens négro-africains, sous le regard d’un pouvoir au minimum complice, au pire commanditaire?

Les événements de 1989 s’inscrivent dans un contexte de crise politique, sociale et identitaire profonde, qui a favorisé toutes les dérives. Parmi les facteurs déterminants, on peut citer :
• des tensions politiques et sociales anciennes liées à une cohabitation problématique;
• un pouvoir fragilisé par de multiples pressions :
sécheresse, raréfaction des pâturages, nouveaux aménagements agricoles, émergence de l’agrobusiness ;
• une réforme foncière mal conçue, fondée sur une loi domaniale ambiguë ou sélectivement appliquée ;
• la publication du Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé et la répression de ses auteurs ;
• la tentative de putsch de 1987, suivie d’arrestations, de procès devant un tribunal d’exception, de lourdes condamnations (dont trois officiers à mort et exécutés)et de détentions inhumaines ayant entraîné des morts, notamment à la prison de Oualata.

Ces facteurs, parmi d’autres, ont fertilisé le terrain des tragédies dont la Mauritanie continue de porter les séquelles.

Des groupes chauvins et racistes, ayant investi les rouages de l’État, ont exploité cyniquement la situation, instrumentalisé les peurs, intoxiqué l’opinion et pris en otage une grande partie de la communauté arabe.
Les différents pouvoirs ont tenté, chacun à sa manière, des solutions diverses, mais on doit se rendre à l’évidence que cette page sombre ne peut être tournée ni par l’écoulement du temps, ni par une simple indemnisation financière. C’est une blessure nationale non cicatrisée, dont les effets continuent d’affecter la confiance entre citoyens, le rapport à l’État et la crédibilité même du projet national mauritanien.
Aucune réconciliation durable ne peut être bâtie sur l’oubli, la minimisation ou le silence imposé.
Elle se construit sur la vérité, la reconnaissance des torts, la dignité rendue aux victimes et la garantie que de tels crimes ne se reproduiront plus.
Kadiata Malick Diallo
Députée à l’assemblée nationale
27/12/2025

©️ Lien média source https://www.facebook.com/share/p/1EaEmiwJUX/

● Réflexion ~ Contribution | Pour un rééquilibrage du Fiqh dans l’Etat islamique moderne | Par Mme Aissata Ahmedou Tidjane Bal

Certains ont comparé l’ordre et la discipline urbaine de certaines villes asiatiques à l’application d’une logique d’inspiration coranique : celle d’une rationalité ordonnée, d’une harmonie collective née du respect de principes supérieurs. Mais cette référence, souvent réappropriée à des fins politiques ou culturelles, témoigne d’un paradoxe : l’Islam, religion de raison et de justice, semble parfois absent des réalités sociales et politiques de ceux qui s’en réclament.

C’est pourtant sur des préceptes d’ordre, d’équité et de dignité que s’est fondée la Révolution torodo au Fouta-Toro, où Ceerno Souleymane Baal chercha à ériger une société islamique équilibrée  une cité où chaque caste tirait sa dignité du travail, où la femme était respectée comme gardienne du lien social, et où l’esclavage fut combattu comme une offense à la justice divine. Ceerno, fidèle à l’école malikite, sut unir la lecture littérale du Coran à l’exigence rationnelle. Il démontra que la fidélité à la Révélation n’exclut pas la lucidité politique, et que la spiritualité, loin d’être un refuge, est un acte d’ordre et de construction.

Le premier verset révélé au Prophète  » Lis ! » (Iqra’)  n’est pas une simple injonction littérale. C’est une ordonnance ontologique : un appel à la connaissance, à la quête de sens, à la compréhension du monde comme condition humaine. Lire, c’est déchiffrer le visible et l’invisible, c’est participer à l’acte divin de compréhension. La tradition islamique a toujours lié la foi à la connaissance (ʿilm), et la connaissance à la dignité. Le Coran évoque d’ailleurs la création du calame et de la tablette, symboles de la mémoire et de la pensée. Le musulman est ainsi appelé non seulement à croire, mais à penser le juste, à aimer la vérité et à agir selon la raison éclairée par la foi.

Dès lors, que signifie le silence des juristes religieux lorsque l’ordre public est bafoué, que l’égalité sociale s’effondre, que la corruption dévore les institutions ? Que signifie ce mutisme quand les prêches ne sont plus entendues, ou quand elles sont écoutées pour être aussitôt oubliées ? Ce silence devient plus qu’un désengagement spirituel : il est la marque d’une démission morale. Est-ce le signe d’une foi de façade, d’une passivité devant le chaos, ou le produit d’une éducation religieuse biaisée qui a détaché la foi de la cité, la conscience du politique, la prière de la justice ?

Car lorsque les savants se taisent, le vide qu’ils laissent est aussitôt comblé. Ce silence des fuqahāʾ ouvre un espace que d’autres s’empressent d’occuper : des activistes, sincères parfois, mais souvent emportés par la colère plus que guidés par la connaissance. Ils se croient porteurs d’un langage de vérité, mais leurs voix, nourries d’indignation plutôt que de science, finissent par déformer ce qu’ils prétendent défendre. Ils brandissent la justice sans en comprendre la mesure, s’érigent en juges sans la rigueur du droit, parlent au nom du peuple sans la sagesse de la loi. Ainsi, le déséquilibre s’installe : la parole du savant, qui aurait pu apaiser, structurer et élever, est remplacée par le cri du militant qui divise, blesse et consume. Et lorsque la colère tient lieu de pensée, la justice elle-même devient aveugle.

Dans des États qui se proclament islamiques, ce silence n’est pas seulement religieux : il devient institutionnel, étatique, moral. Les conseils religieux, souvent intégrés aux appareils du pouvoir, préfèrent l’obéissance à la vérité, oubliant que la mission du savant est d’être miroir du juste, non paravent du prince. Ce silence, c’est celui d’une conscience qui abdique. Et cette abdication ouvre la voie à la confusion : entre foi et idéologie, entre engagement et agitation, entre l’appel au bien et la soif de visibilité.

Pourtant, le fiqh originel n’a jamais été un droit du silence. Il était une pensée dynamique, ouverte sur la raison et sur le changement des temps. Les juristes malikites rappelaient que le changement des coutumes entraîne le changement des jugements : la loi ne se fige pas, elle s’adapte pour préserver l’équité. L’ordre islamique véritable n’est pas celui d’une immobilité, mais d’un équilibre : celui d’une justice sociale et morale, d’une préservation de la dignité humaine, d’une paix intérieure qui se prolonge dans la cité.

Le mutisme du savant face à l’injustice équivaut à la démission du témoin, car le témoignage du vrai (shahāda) est le prolongement de la foi. Celui qui se tait devant l’oppression participe à son maintien. Le rôle du fiqhi n’est pas de bénir l’ordre établi, mais de rappeler que la cité de Dieu n’est pas celle des puissants, mais celle de la justice.

L’Islam, dès ses origines, a proposé une vision cosmique du monde. Le Coran évoque les étoiles, les galaxies, l’expansion du ciel  bien avant que la science moderne n’en formule les lois. Cette ouverture au cosmos traduit une conception unifiée du savoir : l’homme, en connaissant, participe à l’ordre divin. Aujourd’hui, cette dimension rationnelle et contemplative s’est dissoute dans une pratique fragmentaire où la religion devient un refuge identitaire plutôt qu’un projet de civilisation. Beaucoup cherchent dans l’islam un apaisement spirituel sans y puiser une éthique du monde.

Mais la véritable foi, celle qu’incarnait Ceerno Souleymane Bal, consiste à faire régner la justice dans la cité. Refuser la justice, c’est trahir la volonté divine. Le fiqhi qui se tait face à l’oppression ne manque pas seulement à sa mission : il rompt le pacte du savoir et du juste. Et c’est alors la raison  ce don premier de Dieu qui s’éteint dans le vacarme du monde.

Dans les États islamiques contemporains, où les textes juridiques mêlent droit moderne et droit religieux, le fiqh pourrait redevenir une source d’équilibre et d’inspiration. À travers une lecture rationnelle du Coran et une compréhension renouvelée de ses finalités, il peut aider les magistrats à replacer le souci du juste au cœur de leur fonction. Car juger, dans la perspective islamique, n’est pas seulement appliquer la loi : c’est rechercher la vérité avec équité, préserver la dignité humaine et restaurer la balance morale du monde. En réconciliant la rigueur du droit avec la lumière de la raison coranique, le fiqhi peut encore inspirer des textes plus justes, des décisions plus équilibrées et une justice plus conforme à la noblesse de l’esprit islamique.

La Mauritanie par exemple alliant droit islamique et moderne dans ses cadres normatifs aurait pu être un bastion de la pensée rationnelle islamique, le lieu d’un rééquilibrage inspiré par le fiqh, aussi bien dans son paysage législatif que dans l’action des acteurs sociaux et politiques. Son histoire ne manque pourtant pas d’exemples où la rigueur religieuse s’alliait à la justice politique : l’héritage de l’empire du Ghana, l’expérience réformatrice du Fouta, ou encore Chinguetti, temple du savoir et carrefour des sciences religieuses. En renouant avec cette tradition, la Mauritanie aurait pu rappeler au monde musulman le socle vivant de la science juridique islamique  une science qui ordonne la cité, éclaire la raison et élève la justice.

Ainsi, dans le cadre républicain mauritanien, il serait possible de concevoir un projet institutionnel qui réconcilie la foi et la raison autour d’un même horizon éthique : celui de la justice, du savoir et de la dignité. L’éducation nationale, pierre angulaire de la conscience civique, devrait devenir l’espace privilégié où se tisse ce dialogue entre la science et la Révélation. Non pas pour confondre les domaines, mais pour leur restituer leur complémentarité : la foi, comme source de valeurs et d’équilibre moral ; la raison, comme instrument d’exploration du monde et de progrès collectif. Un tel plan pourrait intégrer, dans les curricula, une pédagogie de la justice sociale inspirée des principes coraniques d’équité et de solidarité, tout en renforçant la formation scientifique et cosmologique comme acte spirituel de connaissance. Il s’agirait aussi de développer des programmes de prévention intellectuelle contre les idéologies extrémistes, en opposant à la radicalité la rigueur du fiqh, à la haine la lumière de la connaissance, et à la confusion des discours la clarté d’une raison éclairée par la foi.

Mais au-delà de l’éducation, la pensée islamique elle-même doit être reconstruite, non dans une rupture avec la tradition, mais dans une fidélité intelligente à son esprit de raison et de justice. L’ijtihād effort d’interprétation et la maṣlaḥa recherche du bien commun doivent redevenir les instruments centraux d’une pensée islamique vivante, capable de dialoguer avec les réalités sociales contemporaines. Ces mécanismes, loin d’être figés, peuvent nourrir un projet de réunification nationale, en fondant la cohésion non sur l’ethnie ou la région, mais sur la dignité partagée de l’être humain, créé libre et responsable. L’‘adl (justice), l’ukhuwwa (fraternité) et la karāma (dignité) pourraient ainsi devenir les piliers d’un civisme spirituel, où la foi ne s’oppose pas à la citoyenneté, mais en élève le sens moral.

La Mauritanie, forte de sa diversité culturelle et de son expérience dans la lutte contre le terrorisme, pourrait devenir un laboratoire de ce renouveau islamique. Sa stabilité relative, son enracinement dans la tradition malikite et son héritage intellectuel issu de Chinguetti lui offrent les conditions d’une réconciliation entre religion, raison et République. En transformant la lutte contre le radicalisme en un combat intellectuel et moral pour une pensée éclairée, une justice sociale authentique et une pédagogie du respect , elle pourrait montrer qu’un État musulman moderne n’est pas celui qui impose, mais celui qui élève. La Mauritanie, fidèle à sa vocation spirituelle et politique, pourrait rappeler au monde que la véritable force d’une nation ne réside pas dans la domination, mais dans la construction d’une dignité partagée, où la foi inspire le civisme et la civilité devient un prolongement de la spiritualité.

Dans les Républiques Islamiques comme dans tous les États, traversés par le tumulte de la désinformation, l’indignation sélective et la confusion des repères, il faut des voix qui rappellent que la parole de Dieu doit rester audible : une parole de justice, de connaissance et d’équilibre, capable de réguler le désordre du monde et de rétablir la mesure du vrai.

Aissata Ahmedou Tidjane Bal, Juriste en droit Public.

©️ lien médias https://kassataya.com/pour-un-reequilibrage-du-fiqh-dans-letat-islamique-moderne/?fbclid=Iwb21leAOFa3ljbGNrA4Vrc2V4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAhjYWxsc2l0ZQIyNQABHtVDFUhVvD84ozYtVBAejoNgPfkQWIurZPCeNlqLUSvAl7ymwxRrsdEGbuzs_aem_8sATkrFjiGyFs8qGqfiFmA

● Éditorial de La Nouvelle Expression: L’axiome mathématique du Président Ghazouani | Par Camara Seydi Moussa

Nos propos ne s’attarderont ni sur la visite présidentielle à l’Est du pays, ni sur le rapport de la Cour des Comptes, mais sur une phrase – apparemment anodine – prononcée par le Président Mohamed Ould Ghazouani : « La Mauritanie est un petit pays ».

Cette phrase, qui a surpris plus d’un Africain, résonne pourtant comme un axiome mathématique – une vérité posée sans démonstration, mais énoncée avec la tranquillité de l’évidence. Un axiome qui, derrière son apparente modestie, cache un diagnostic implacable: celui d’un État réduit à sa plus simple expression, trahi par ceux qui l’ont façonné. Une vérité qui dépasse son auteur et qui trouve écho dans les propos tenus par le Président lors de son périple à l’Est, révélant ainsi les failles profondes d’un système qui peine à se réformer.
En qualifiant la Mauritanie de ‘petit pays’, le Président voulait probablement évoquer sa superficie, sa population ou ses ressources limitées. Mais les mots ont parfois une vie propre et révèlent des vérités inattendues. Car, oui, la Mauritanie est un petit pays, non pas en raison de sa taille ou de ses ressources, mais à cause de la petitesse de ses ambitions, de la médiocrité de ses pratiques politiques et de la fragilité de ses institutions.

Un pays est petit quand la tribu y pèse plus que l’État. Quand le mensonge devient une méthode de gouvernance. Quand la promotion se fonde sur l’appartenance et non sur le mérite. Quand l’élite confond patriotisme et privilèges. Quand les mêmes visages – depuis Maouiya – continuent à décider pour tous.
Un pays est petit :
– Quand ses dirigeants se soignent à l’étranger tandis que ses hôpitaux meurent.
– Quand leurs enfants étudient ailleurs pendant que l’école publique s’effondre.
– Quand les intellectuels sincères sont marginalisés et les médiocres décorés.
– Quand les institutions sont faibles et les hommes forts.
– Quand l’opposition passe plus de temps à se battre contre elle-même qu’à proposer une alternative.
Ce sont là les symptômes d’une petitesse nationale. Mais aussi les attributs d’un petit pays. Et surtout, un pays est petit lorsque son peuple se résigne à être gouverné ainsi.

Depuis sa naissance, la Mauritanie s’interroge sur son identité: arabe, africaine, berbère, négro-mauritanienne ? Mais pendant que nous débattons de ce que nous sommes, nous oublions ce que nous valons.
Nos ancêtres ont bâti des empires, des émirats, des almaamiyya fondés sur l’honneur, la justice, la bravoure et la science. Leurs héritiers, eux, ont érigé la triche, le népotisme et la cupidité en valeurs d’État.

Depuis sa création, le pays s’est enlisé dans une querelle identitaire stérile, préférant renier son authenticité plutôt que d’assumer les vérités que l’histoire et l’archéologie pourraient reveler. Notre élite s’abreuve de récits importés et de copies douteuses, reniant la Mauritanie des empires, des savants et des bâtisseurs. C’est ainsi que nous sommes devenus petits dans un petit pays.

Le Président avait raison, d’une certaine manière: la Mauritanie est un petit pays. Sinon, comment expliquer – comme je l’ecrivais un peu plus haut – la présence de ces hommes et femmes qui, depuis plus de quarante ans (de Maouiya à aujourd’hui), continuent à gouverner, à s’accommoder de toutes les situations comme des danseurs s’ajustant aux rythmes du tam-tam ? Ils décident pour nous de tout : de l’école, de la santé, de la gouvernance. Et pourtant, ils ne se soignent pas ici et leurs enfants n’apprennent pas dans nos écoles. Voilà pourquoi nous sommes un petit pays: sans logique programmatique, sans vision de développement, prisonniers d’une classe dirigeante dont la seule constante est la préservation de ses intérêts. Le cercle vicieux du pouvoir.

Nous sommes un petit pays parce que nous avons perdu la mémoire politique et la culture de la dignité. Souvenons-nous : les proches de l’actuel Président voulaient un troisième mandat pour son prédécesseur, Ould Abdel Aziz, au nom de son « irremplaçabilité ». Ils l’ont fait pour Maouiya, pour feu Ely, pour feu Sidi Ould Cheikh Abdallahi… et ils le feront encore pour Ghazouani, tout en préparant déjà leurs discours de soutien pour le prochain. Voilà pourquoi nous sommes un petit pays.

Le résultat est clair : Un pays riche par la nature, mais pauvre par la culture de ses élites. Quand un peuple se laisse gouverner par des criminels en col blanc, quand il accepte la corruption comme une fatalité, quand il célèbre les voleurs plutôt que les bâtisseurs, il devient le miroir de sa propre décadence. Le miroir de sa petitesse. Le résultat d’une équation morale.

Ce que Ghazouani a dit, sans le vouloir peut-être, c’est que la Mauritanie est devenue le reflet exact de ceux qui la dirigent – et de ceux qui les tolèrent. Et tant que cette équation ne changera pas, le résultat restera le même:
Petit pays = petits hommes = petites ambitions.

Oui, Monsieur le Président, vous avez raison: la Mauritanie est un petit pays. Mais elle ne l’est pas par nature – elle l’est par choix, par renoncement, par résignation. Elle le restera tant que les Mauritaniens ne décideront pas de redevenir grands: non par les discours, mais par la dignité, le travail, la justice et la mémoire. Une vérité douloureuse, mais necessaire.

Car ce pays, jadis grand par ses empires, est devenu petit par ses comportements – ceux d’un État profond qui a pris en otage la République. Et le premier pas vers la grandeur est peut-être, paradoxalement, d’avoir enfin reconnu notre petitesse – et que ce constat vienne du plus haut sommet de l’État.

La vérité de cet axiome, c’est que nous sommes aujourd’hui perdus, désorientés, abandonnés. Mais si nous savons nommer notre petitesse, alors peut-être, enfin, pourrons-nous redevenir grands.

Camara Seydi Moussa

©️ lien médias http://nouvelleexpression.org/suite-info.php?var=2224&fbclid=Iwb21leAOFM6djbGNrA4UzBmV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAhjYWxsc2l0ZQIyNQABHhGntcSv-0VJQdJipYB0POqohtGv6teiLLOnudGIe_FNRsiEqlrk0CNYqLJH_aem_ehx8MPkmXR33shKbWd-1-w

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec l’ingénieur et l’entrepreneur mauritanien M. Cheikhou GANDEGA

Le Grand Entretien du BLOG (le GEB) vous propose l’interview ci-après accordée par l’entrepreneur et spécialiste en Mentorat M. Cheikhou GANDEGA. Natif de la localité de Baydiam dans le Guidimagha mauritanien, l’ingénieur expert en QHSE et CEO de la société GMS PARTNERS a répondu à nos questions avec bienveillance dans ce numéro du 30 octobre 2025 de la rubrique le GEB. Le week-end dernier (25 octobre 2025), il a été décoré Médaille du Mérite lors de la Semaine de l’Afrique des Solutions tenue à la Mairie du 16e arrondissement de Paris. Une énième consécration de haut rang pour notre compatriote saluant son parcours et ses accomplissements. Félicitations et bonne continuation à lui.

Ici l’expression de notre fraternelle et citoyenne reconnaissance à son égard pour la disponibilité. Bonne lecture à tous.

Question 1 : Bonjour monsieur Gandéga Cheikhou, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)

Cheikhou GANDEGA : Je m’appelle Cheikhou GANDEGA, expert en QHSE, RSE et Lean management avec plus de 12 ans d’expérience en France et à l’international.

Arrivé en France, j’ai orienté mon parcours vers le management et la performance des organisations. J’y ai obtenu une Licence en Gestion de Projets, puis un Master 1 en Management des Projets et des Organisations au Pôle Européen d’Économie et de Gestion de Strasbourg, avant de compléter mon cursus par un Master Spécialisé labellisé Grandes Écoles en management QHSE et performance industrielle à l’école d’ingénieurs CESI Campus d’Angoulême.
Fort de 12 années d’expérience au sein de grands groupes européens dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des services, j’ai décidé de revenir aux sources pour mettre mon expertise au service du continent africain.

C’est ainsi qu’en 2023, j’ai fondé en Mauritanie GMS PARTNERS, un cabinet de conseil et d’ingénierie de formation présent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Pour découvrir nos expertises, consultez notre site internet :
https://gms-partners.fr
Notre mission : accompagner les entreprises et les institutions vers une performance durable, en alliant qualité, innovation et impact social.
Parallèlement, je m’engage activement dans des programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat destinés aux jeunes et aux femmes africains, afin de favoriser leur autonomie, leur insertion professionnelle et leur contribution au développement du continent.

Question 2 : De votre riche et inspirante expérience, quelles recettes clés en termes de détermination et de résilience pouvez-vous recommander aux jeunes apprenant.e.s (écoliers, étudiants…) et aux aspirant.e.s à l’entrepreneuriat ?

CG : Aux jeunes, je dirais ceci : Osez rêver grand, mais surtout osez croire en votre différence.
Car c’est souvent ce qui vous rend unique qui deviendra votre plus grande force.
Moi aussi, je suis parti de loin. Né sous un baobab, j’ai appris très tôt que la vie ne te donne rien gratuitement. Mais j’ai compris une chose essentielle : la chance n’existe pas.
Ce qu’on appelle la chance, c’est l’opportunité qui rencontre la préparation. Alors préparez-vous. Formez-vous. Étudiez. Apprenez un métier. Car l’éducation est la clé qui ouvre toutes les portes, même celles qu’on croyait verrouillées à double tour.
Fixez-vous des objectifs clairs. Ne laissez personne vous dire que vous rêvez trop grand. Les grands rêves ne sont pas faits pour les autres — ils sont faits pour ceux qui ont le courage d’y croire.
Entourez-vous de personnes meilleures que vous, de mentors, de modèles, de gens qui vous élèvent. Parce qu’on ne construit rien de solide seul.
La détermination, ce n’est pas la force d’un instant. C’est la constance dans l’effort, jour après jour, même quand personne ne vous regarde.
N’ayez pas peur d’échouer : l’échec, c’est l’école de la réussite. Chaque chute vous rapproche de la victoire.
Et surtout, gardez cette flamme en vous : celle de vouloir laisser une trace, d’apporter quelque chose d’utile au monde.
Rêver grand, ce n’est pas un luxe, c’est un devoir envers vous-même et envers ceux qui viendront après vous.
Croyez, travaillez, persévérez, et le monde finira par s’incliner devant vos efforts.
Parce que tout est possible, à celui ou celle qui s’en donne les moyens.

● Question 3 : Après vos études et une solide expérience professionnelle en France, vous êtes revenu investir en Mauritanie et en Afrique, que donneriez-vous comme conseils cruciaux pour une meilleure réinstallation socio-professionnelle ?


CG : Je dirais qu’une réinstallation réussie en Afrique ne s’improvise pas : elle se prépare, s’adapte et s’ancre dans la réalité locale.


1️-D’abord, comprendre avant d’agir.

Trop souvent, ceux qui reviennent veulent appliquer directement les modèles européens.
Or, chaque pays, chaque territoire a ses spécificités. Il faut écouter, observer, comprendre les besoins réels et les codes locaux avant de proposer des solutions. C’est cette phase d’humilité et d’apprentissage qui fait toute la différence.


2️-Ensuite, construire des partenariats solides.

La réussite ne se fait jamais seul. En Afrique, le réseau est un levier essentiel : il faut s’entourer d’acteurs de confiance, qu’ils soient institutionnels, entrepreneurs ou associatifs. La collaboration ouvre des portes et sécurise les projets.


3️– Enfin, cultiver la patience et la résilience.

Les réalités du terrain peuvent être déroutantes : lenteurs administratives, infrastructures limitées, résistances au changement… Mais c’est précisément dans ces défis que se trouvent les plus belles opportunités. Il faut garder le cap, s’adapter et persévérer.
Mon conseil ultime : revenez avec vos compétences, mais surtout avec un état d’esprit de bâtisseur.

● Question 4 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?

CG : Trop de familles ont pleuré des fils, des filles, des frères, partis avec l’espoir dans les yeux, et que la Méditerranée a engloutis dans le silence.
Je veux dire à la jeunesse, en particulier à celle de la vallée et du Guidimakha : l’avenir ne se trouve pas forcément ailleurs, il peut se construit ici, pas à pas, avec courage et engagement.
Nous avons trop longtemps cru que la réussite passait uniquement par l’exil. Mais aujourd’hui, le vrai courage, c’est de rester, d’apprendre, d’innover et de bâtir chez soi. Chaque village, chaque région regorge de ressources inexploitées, de talents endormis et d’opportunités à révéler. Il suffit d’y croire, de se former et de s’impliquer.
Formez-vous, cultivez la connaissance comme une arme contre la pauvreté et la résignation.
L’éducation est le passeport le plus sûr vers la liberté et l’autonomie, et au-delà des études, intéressez-vous aux initiatives locales : coopératives agricoles, startups sociales, projets environnementaux, associations communautaires… C’est souvent dans ces actions de proximité que naissent les plus grandes transformations.

C’est en croyant en notre terre, en nos idées et en nos compétences que nous ferons de l’Afrique non pas un continent à quitter, mais un continent à construire.

L’État ne peut pas simplement “sensibiliser” ou “réprimer” : il doit redonner confiance.
Cela passe par des politiques structurantes et non symboliques.
Créer des zones d’opportunités locales
Investir dans l’agriculture moderne, la transformation agroalimentaire, les énergies renouvelables, les métiers verts.
Favoriser des zones d’emploi rural avec un accompagnement entrepreneurial et des formations adaptées.
Décentraliser les investissements pour éviter la concentration urbaine du développement.
Repenser la formation professionnelle
Aligner la formation sur les besoins réels du marché local (BTP, maintenance, TIC, agriculture intelligente, artisanat moderne).
Créer des centres de compétences régionales, accessibles, connectés, et valorisant les métiers manuels.
Impliquer la diaspora
Instaurer des fonds d’investissement de la diaspora avec garanties publiques, pour soutenir des projets créateurs d’emplois.
Faciliter le retour des compétences (programmes d’échange, mentorat, partenariats).
Lutter contre la résignation sociale
Mettre en place des campagnes nationales de valorisation du “rêve africain”, à travers les médias, les écoles, les leaders religieux et communautaires.
Encourager les projets culturels et éducatifs qui redonnent confiance à la jeunesse en son identité et son territoire.


● Question 5 : La communauté soninké connaît une crise latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance » et ses manifestations, quelles seraient vos recommandations susceptibles d’apporter une certaine cohésion dans l’organisation sociale sans ces tares ?


CG : Parler de « l’esclavage par ascendance » exige d’abord humilité et lucidité, car il s’agit d’une blessure ancienne, profonde, qui continue malheureusement de diviser.
Je crois sincèrement que la première étape vers la cohésion, c’est la vérité. Il faut oser regarder ce passé en face, sans haine ni déni, pour en comprendre les racines et en tirer les leçons.
Tant que ce sujet restera tabou, il nourrira la méfiance et freinera l’unité au sein de nos communautés.
Ensuite, il est essentiel de reconstruire les liens sur la base du respect, de la dignité et de l’égalité. Personne ne doit être défini par son origine, son nom ou son ascendance. La valeur d’un être humain se mesure à sa conduite, à son savoir et à sa contribution à la société, pas à l’histoire de ses ancêtres.
Aux leaders communautaires, religieux et politiques, je recommande de jouer un rôle d’apaisement et d’exemplarité. Nous devons ensemble promouvoir un discours de justice sociale, de fraternité et de vivre-ensemble, et encourager le dialogue intergénérationnel pour guérir ces blessures.
En somme, il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de le transcender, pour bâtir une société plus juste, plus apaisée et profondément humaine. C’est ensemble, dans le respect mutuel et la reconnaissance de notre humanité commune, que nous écrirons la plus belle page de l’histoire soninké.


Le 29 Octobre 2025

● Réalisé par KS pour le BLOG https://ecrit-ose.blog/

● Sur la question haratine, le Président de l’ UFP, Mohamed Ould Maouloud manque, une fois encore, le rendez-vous de l’Histoire. Par M. Mahamed Daoud Imigine

Lors de sa dernière conférence de presse, le président de l’UFP, Mohamed Ould Maouloud, a répondu aux attentes sur la plupart des sujets, à l’exception de la question haratine, sur laquelle il s’est longuement attardé pour mettre en garde contre ce qu’il perçoit comme un danger : les appels récurrents, relayés sur les réseaux sociaux par certaines voix haratines, en faveur d’une autonomie politique de ces derniers.
Selon lui, au-delà du caractère utopique d’une telle aspiration, et la futilité du débat qu’elle suscite, au regard d’un idéal de citoyenneté loin d’être acquis, le président Mohamed Ould Maouloud estime que l’évolution de la question haratine — passée d’une revendication sociale à une ambition politique — en complique la résolution et fait peser le risque de dérives conflictuelles, à l’image des tragédies qu’a connues le Rwanda. Et de terminer en  miroirant que l’unanimité politique sur la nécessité de  dépassement de la question haratine et le dialogue politique en vue, doivent être saisis comme des opportunités à positiver.
Ainsi, avec un argumentaire qui frise le mépris, il a entrepris de discréditer une évolution pourtant logique, légitime et naturelle à tout point de vue, en la réduisant à une lecture alarmiste et réductrice, sans autre perspective que celle de vœux pieux dépourvus de portée concrète.
Si je ne doute nullement de l’attachement sincère du président Mohamed Ould Maouloud à l’idéal d’unité nationale, il demeure néanmoins surprenant que l’éminent docteur en Histoire et figure emblématique de la gauche mauritanienne n’appréhende pas avec la profondeur requise les dynamiques historiques et sociales de l’évolution de la communauté haratine — communauté héritière d’un passé esclavagiste, d’un poids démographique désormais déterminant dans le devenir national, mais toujours en proie à une discrimination, sociale, économique et politique aujourd’hui arrivée à son paroxysme.
Mais là où l’on peine véritablement à situer l’animal politique qu’est le président Mohamed Ould Maouloud, c’est lorsqu’il en vient, en filigrane, à conseiller aux activistes haratines d’éviter l’isolement, au motif de leur supposée vulnérabilité et fragilité, en cantonnant leur combat à une simple revendication sociale.
On aurait pourtant pu croire que leurs aspirations politiques, plus audacieuses et plus assumées, trouveraient un écho naturel dans ses propres inspirations progressistes, voire révolutionnaires. Que l’on comprenne la prudence, la sagesse et le pragmatisme que dicte le contexte politique, soit. Mais comment accepter qu’il accable à ce point, qu’il diabolise tant, caricature et dénature ainsi une dynamique pourtant essentielle à la désarticulation de nos entraves sociales et politiques les plus rétrogrades ? À l’entendre mettre en garde contre la politisation de la question haratine — qu’il estime devoir rester cantonnée au domaine social —, on ne peut qu’être saisi par une interrogation essentielle : que signifie, au juste, l’aspect social d’une question s’il n’est pas, en amont, porté par une volonté politique ?

Et si cette volonté politique fait défaut, que reste-t-il d’autre à entreprendre, sinon la politique elle-même — pour l’impulser, l’imposer, ou, à défaut, l’assumer et agir ?
Monsieur le president sait pertinemment que si la pratique de l’esclavage relève du droit, que certaines de ses séquelles peuvent être classifiées comme des questions sociales, la discrimination des Haratines, leur marginalisation et leur privation  par tous les systèmes politiques, sont des faillites éminemment politiques. Et puisque toutes ses questions sont structurellement liées le combat englobant pour leur éradication ne peut-être que politique.
En somme, on se doit d’interpeller le président Mohamed Ould Maouloud sur le fait que la conscience haratine a franchi un seuil : elle rejette désormais cette lecture sociale infantile de leur cause — une lecture réductrice qui vise à la dépolitiser pour mieux la contenir.
C’est précisément contre cette infantilisation, entre autres, que s’affirme aujourd’hui leur volonté d’autonomie politique.
Quant à cette volonté d’autonomie politique que le président Mohamed Ould Maouloud prophétise comme une manoeuvre satanique et apocalyptique, elle s’exprime déjà sous des formes diverses, dans le paysage politique national, certes avec des sensibilités qui lui sont inhérentes, mais de manière on ne peut plus pacifique. D’une part, elle se manifeste de manière explicite, structurée et symbolique à travers l’action de partis et d’organisations tels que l’APP, l’IRA ou SOS Esclaves.
S’agissant du second aspect des velléités d’autonomisation, il procède d’un mouvement plus diffus : tacite, spontané, parfois désordonné, mais néanmoins réel et désormais pris en compte. Dépourvu de stratégie cohérente et de cadre structuré, ce mouvement émane d’un élan subjectif, nourri par un sentiment de singularité militante et par une quête persistante de reconnaissance et de visibilité.
Autrement dit, les appréhensions du doyen Mohamed Maouloud paraissent largement exagérées. Elles semblent surtout viser à exploiter la crainte d’une évolution sociale pourtant inévitable dans une société qui peine encore à se défaire de ses pratiques néo-esclavagistes, tout en cherchant à discréditer une dynamique politique concurrente, porteuse d’une transition sociale et politique désormais inscrite dans l’ordre naturel du temps.
Les exemples les plus significatifs et les plus symboliques, susceptibles d’édifier le président Mohamed Ould Maouloud, demeurent sans nul doute l’élection  d’un hartani, d’abord comme député de la moughataa de Tidjikja lors de la précédente législature, puis à la tête de la mairie de cette même ville. Deux événements qui ne sauraient être interprétés autrement que comme une réponse à cet impératif de visibilité, que ne saurait dissimuler un pragmatisme et un réalisme politiques, certes salutaires, mais révélateurs d’une aspiration plus profonde à l’affirmation et à la reconnaissance.
Lire la question haratine à travers le seul prisme des turpitudes du système et de la classe politiques actuels relève d’une approche simpliste et à courte vue. En historien averti, le président Mohamed Ould Maouloud sait pourtant que les Haratines, à l’instar des affranchis de toutes les époques et de toutes les latitudes, portent naturellement en eux la vocation de se libérer et de s’émanciper du système de domination néo-esclavagiste, quelles qu’aient été les formes de leur asservissement.
La dimension conflictuelle de ce processus tient, le plus souvent, à la résistance du système de domination et aux rapports de force qui en découlent. Il appartient dès lors à tous les Mauritaniens, sans distinction, de relever le défi de cette transformation pour réussir la transition qu’impose l’évolution de notre société et pour consolider un État de droit, citoyen et véritablement démocratique. Cela exige, de toute évidence, un traitement politique lucide et responsable de la question haratine.


MOHAMED DAOUD IMIGINE
Le 29 Octobre 2025

● Rendons-nous Hommage Vivant | À nos braves oncles !

📷 Septembre 2022

Ici avec 2 oncles et partenaires dans la militance droit-de-l’hommiste et anti-féodalo-esclavagiste au sein du mouvement abolitionniste Ganbanaaxu Fedde. Il s’agit de messieurs Abdoulaye Traoré (au centre) et Ibrahima Cissokho originaires respectivement de Testayé et de Coumbadaw (dans le Guidimagha mauritanien). Ils furent parmi les personnalités pionnières qui mirent en place les bases et les premières activités d’éveil abolitionniste de l’association Armepes-France Ganbanaaxu dans les années 2010. Pour rappel, l’association Armepes-France a été à l’initiative de la création du forum whatsapp Ganbanaaxu Fedde en date du 5 octobre 2016 notamment par son secrétaire général à l’époque M. Gaye Tene Traoré. Je n’avais pas eu la chance d’assister à la première conférence de l’association animée en 2011 par l’enseignant et cheikh Abdoulaye Traoré à Paris, j’étais à celle de 2013 à Aubervilliers. Et, il s’est distingué toujours par un engagement constant de haute facture contre les coutumes féodalo-esclavagistes et autres pratiques et mentalités surannées qui minent foncièrement l’ensemble communautaire soninké. Ce 11 octobre 2025, il a été invité comme conférencier principal par la section Ganbanaaxu Lyon et à l’occasion, lui et ses  co-intervenants ont brillamment animé cet événement de sensibilisation à l’endroit de la communauté militante et de soninkara dans son ensemble. Le vivre-ensemble communautaire passe par une égale Dignité d’essence Humaine et une sereine culture citoyenne dans le temps et dans l’espace.

Ainsi, je tiens à leur rendre Hommage à travers ces courtes lignes qui ne sauraient englober la vaillante substance de leur militantisme humaniste. Le Temps-mémoire retiendra qu’ils ont opté pour la VOI(E)X AUDACIEUSE de l’éveil et de la dignité. Et en disant Niet au fatalisme social..!

Longue vie et santé à eux. Ameen.

Ci-joint un élément rétro de 2017  https://ecrit-ose.blog/2017/12/17/ustaz-abdoulaye-traore-lun-des-dignes-et-courageux-pionniers-de-la-sensibilisation-contre-lesclavagisme-statutaire-en-milieux-soninkes-ces-dernieres-annees/

17 octobre 2025


Paisible week-end à Tous.

–KS pour le BLOG